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Accent aigu

Francisons, bon sang !

La préparation d’une série de conférences sur la Russie soviétique m’a amené à constater les disparités dans les sources francophones quant à l’orthographe de certains noms russes.

Certains d’entre eux sont francisés, comme Lénine, qui prend l’accent aigu. Pour d’autres, comme Grigory Ordjonikidze, on omet l’accent aigu, pourtant plus précis, bien que l’on voie de temps à autre Ordjonikidzé. Autre personnage du régime bolchévique, Nikolaï Iejov, parfois écrit Iéjov.

Prenons ce dernier cas. Le prénom est bien translittéré : Nikol est le juste reflet de la prononciation russe; le A et le I sont deux lettres distinctes qui se prononcent aïe et non è. Pourtant, le nom de famille Iéjov reçoit souvent un E, que l’on pourrait prononcer comme un E, un É ou un È. Imprécision agaçante.

J’ai déjà discuté de Saint-Pétersbourg, appelée Petrograd (sans accent), avant de devenir Leningrad, toujours sans accent. Illogisme manifeste d’autant plus qu’on a francisé Lénine en le coiffant d’un accent aigu.

Soit dit en passant, l’ancienne capitale impériale est située sur la Neva, qui devrait s’écrire Néva. Francisons ! Bon sang !

Dans un autre article, j’ai parlé des finales en I allongé, que l’on symbolise en français par un Y… Enfin pas toujours. Le flottement le plus évident touche Lev Bronstein, connu sous le nom de Léon Trotsky… du moins chez certains auteurs, car le compagnon de Lénine voit son nom simplifié en Trotski, notamment dans le Larousse.

On observe la même omission pour le maréchal Toukhatchevski. Comme pour Trotsky, son nom russe comporte I allongé en finale : Тухачевский. On devrait donc écrire Toukhatchevsky. Ce que font d’ailleurs les anglophones : Tukhachevsky.

De fait, les noms russes comportant cette finale en I allongé devraient s’écrire avec le Y en français. On aurait donc Dostoïevsky et non Dostoïevski.

Bolchevik

Les communistes radicaux de Russie étaient appelés les bolcheviks. Cette graphie choc, rude comme un coup de canon en 1812… Un peu à l’écart du français, elle a mis du temps à être francisée… jusqu’à un certain point. On a vu apparaitre bolchevique, toujours sans accent. La réforme orthographique de 1990, conspuée par bien des traditionnalistes, nous a donné bolchévique et bolchévisme. Mais une simple consultation des ouvrages et des textes en ligne sur cette idéologie montre clairement que l’usage reste fluctuant, quelque cent ans après la Révolution russe.

Encore plus d’accents aigus!

La problématique de la non-utilisation de l’accent aigu pour les noms étrangers touche bien d’autres toponymes et gentilés, comme je l’ai relaté dans d’autres articles parus dans ce blogue.

Des noms de pays comme Bélarus ou Guatémala gagneraient à être francisés.

Détroit, ville fondée par les Français, mais écrite encore trop souvent à l’anglaise dans les textes de l’Hexagone.

Le nom d’États étasuniens comme la Géorgie et le Névada, peut s’écrire en français

Tous ces flottements illogiques nuisent à l’uniformité du français. Francisons ! Francisons ! Vive l’accent aigu !

Saint-Pétersbourg

Pour bien des gens, orthographier les noms russes est aussi agréable que d’avaler du bortch…

Nous commencerons notre voyage par Saint-Pétersbourg, mais en passant brièvement par Kyïv avant de nous perdre dans la steppe des graphies contradictoires…

J’ai écrit de nombreux billets sur l’écriture en français des noms russes et slaves, sujet rébarbatif sur lequel les médias ont dû se pencher récemment, à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’article que j’avais écrit l’an dernier sur Kyïv et Kiev est soudainement devenu très populaire, au point que j’ai même donné une entrevue sur la question à une émission humoristique québécoise, l’Infoman.

Je planche sur une conférence portant sur la Russie soviétique et celle de Poutine, qui commencent à se ressembler étrangement. Mes passionnantes recherches sur le pays des tsars m’amènent à me frotter à des noms de lieux et de personnes translittérés en français.

Un phénomène m’a immédiatement frappé : les noms écrits en français ne prennent pas toujours l’accent aigu, alors qu’ils le devraient; ensuite les finales en SKI ne sont pas bien écrites.

Les personnes aimant aller au fond des choses poursuivront leur lecture…

L’accent aigu aléatoire

Saint-Pétersbourg est l’ancienne capitale russe bâtie par Pierre le Grand. Pendant la Première Guerre mondiale, elle a été rebaptisée Petrograd. On remarquera tout de suite que le premier nom est correctement francisé, tandis que le second a perdu l’accent aigu qu’il devrait avoir.

La magnifique ville, théâtre de la Révolution russe de 1917, a repris son nom d’origine après la chute du communisme en 1991. Pour ceux qui se le demandent, le nom des habitants est Pétersbourgeois.

Une autre ville marquante de l’histoire de la Russie est Iékatérinbourg, que j’écris avec des accents, alors que dans le Larousse il n’en prend pas. L’encyclopédie nous apprend que la famille impériale a été exécutée à Iekaterinbourg, sans aucun accent. Voilà une curieuse incohérence.

Incohérence il y également avec Boris Ieltsine, que les ouvrages s’entêtent trop souvent à écrire Eltsine. L’anglais est plus près du russe : Yeltsin.

Lénine (avec accent aigu) a été le leader de la Révolution bolchévique. Le nom du révolutionnaire a été francisé un peu partout… Lenine? Niet!

Mais si on écrit Lénine, pourquoi trouve-t-on Tchekhov? Le nom en cyrillique est bien Чехов, le E se prononçant IÉ. On devrait donc écrire Tchiékhov, ou à tout le moins Tchékhov. En anglais : Chekhov.

Force est donc de constater que la transcription en français des noms russes est souvent approximative et ne reflète pas fidèlement la prononciation en langue originale.

Un autre exemple en ce sens est l’adjectif bolchevique, parfois bizarrement écrit bolchevik. La graphie en russe comporte bel et bien un E, prononcé IÉ, ce qui ne semble pas suffire pour lui attribuer un accent aigu dans notre langue. Est-ce que bolchevik et bolchevique font plus exotiques?

Les finales en SKI ET SKY

Les langues slaves comportent une forme de I allongé et mouillé qui s’écrit en russe avec un double I : ий.

Prenons l’exemple connu de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.

En russe : Фёдор Михайлович Достоевский. Ceux qui lisent le cyrillique voient tout de en finale est le fameux I allongé. On devrait donc écrire Dostoïevsky, le Y servant à illustrer ce I allongé qui n’existe ni en français ni en anglais.

D’ailleurs, les anglophones nous livrent une orthographe bien plus précise du nom de l’écrivain russe : Fyodor Dostoyevsky.

On remarquera que le Y remplace le Ï français dans le prénom, mais que la finale du nom de famille comporte le Y du I allongé.

On observe le même phénomène avec le nom d’un ancien oligarque russe : Михаил Борисович Ходорковский,

Mikhaïl Khordorkovski en français et Mikhail Khordorkovsky en anglais.

Là encore deux graphies légèrement différentes et celle de l’anglais est plus précise.

Conclusion

Il semble que les lexicographes et rédacteurs francophones ont adopté un système graphique s’écartant légèrement de la prononciation du russe. Néanmoins, les Européens francophones se donnent la peine de translittérer vers le français, au lieu d’adopter platement les graphies de l’anglais, comme cela se voit trop souvent au Canada français.

Pour ceux et celles qui veulent éviter de s’embrouiller…

Écrire les noms russes en français

Écrire les noms ukrainiens en français

Heure

Le Canada vit à l’heure anglo-saxonne… lire à l’heure américaine. Cela vaut pour les absurdes mesures impériales qui continuent de sévir ici, à cause du conservatisme américain vis-à-vis du système métrique.

Cela vaut également pour la façon d’exprimer les heures. Par exemple, travailler de 9 à 5 signifie être à l’œuvre de 9 heures à 17 heures. Jeune adulte, cette façon d’exprimer les heures me laissait pantois, mais, au fond n’est-il pas plus logique de compter de 1 à 24 au lieu de le faire 2 fois de 1 à 12?

La manière internationale d’exprimer les heures s’est peu à peu imposée au Canada – du moins chez les francophones – d’autant plus qu’elle est plus précise notamment dans les horaires de vols à l’aéroport. Votre avion pour Bruxelles décolle à 18 h 45 et non à 6 h 54 PM. Autrement, il y a bien deux 6 h 54 dans la journée et si on n’ajoute pas l’indicatif AM ou PM, tout devient confus.

Au Canada, on observe une grande confusion entre les deux systèmes. Visite du musée des horreurs.

Ouvert de 9 h 00 h AM à 17 h 00 PM                        Les mentions AM et PM sont inutiles.

Ouvert de 9 h 00 h à 17 h 00                                     Les zéros sont inutiles.

Ouvert de 9h à 17h                                                   On doit séparer le H d’une espace.

Ouvert de 9 hres à 17 hres                                        Mauvaise abréviation

Ouvert de 9 HRS à 17 HRS                                         Pire encore! Abréviation anglaise!

Ouvert de 9:00 à 17:00                                             C’est un horaire de train?

Le cours commence à 15.30                                     Erreur et horreur!

Le cours commence à 15H30                                    Pas mieux.

Déboussolé?

Remettons les pendules à l’heure… Toute cette confusion peut laisser croire que l’écriture des heures en français est extrêmement compliquée. Elle ne l’est pas. Le h s’écrit en minuscule et il est placé à une espace du chiffre qui le suit ou le précède. Sa seule forme abrégée est h tout simplement. Il n’y a pas de point abréviatif ni de deux-points. Le double zéro est inutile et ne s’écrit pas.

Les programmes de visite

Lorsque je travaillais au ministère des Affaires étrangères du Canada, nous devions traduire les programmes de visite. Une règle capricieuse du français venait toutefois nous compliquer la tâche. Je pense à cette interdiction d’écrire par exemple 9 h 05, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une décimale. Voici ce que cela donnait :

Accueil des invités                             9 h

Allocution                                          9 h 5

Goûter                                               9 h 15

Début de la visite                              9 h 50

Pause                                                 11 h 5

Suite de la visite                                11 h 30

Pause dîner                                       12 h 50

Discours d’adieu                                14 h 5

Toute personne lisant le programme avait l’impression qu’il était truffé de coquilles. On voit que le chiffre des unités est dans la même colonne que celui des dizaines, ce qui sème la confusion. Les traducteurs ont vite fait passer par la trappe les règles typographiques bancales qui régnaient à l’époque. Autrement, les chiffres du programme de visite anglais étaient bien alignés, tandis que ceux du français donnaient l’impression d’avoir été écrits n’importe comment.

L’Office québécois de la langue française

L’OQLF nous donne l’heure juste, encore une fois.

Auparavant, l’Office québécois de la langue française proposait de ne pas faire précéder d’un zéro les minutes inférieures à dix (8 h 5), car les minutes ne sont pas des unités décimales. Toutefois, l’emploi du zéro accolé aux minutes en bas de dix (8 h 05) étant la notation acceptable la plus répandue, c’est celle que l’organisme propose désormais dans les textes courants. En plus d’être facile à lire et à comprendre, cet usage a le mérite de lever tout doute possible quant à l’heure indiquée, l’omission d’un chiffre pouvant autrement être soupçonnée à la lecture.

Par souci de réalisme, l’Office a modernisé sa recommandation. Si le français fonctionnait toujours ainsi…

Horaires

Un indicateur de chemin de fer aussi bien que le tableau des vols à l’aéroport exprimera les heures en se servant du deux-points.

Départ                        9:28                            Arrivée                        13:08

Ce type de format ne doit pas être employé dans un texte courant.

J’espère vous avoir donné l’heure juste.

Ligne dure

Les langagiers sont toujours en première ligne pour défendre le français. Certains adoptent la ligne dure quant à la lutte contre les anglicismes et je pense faire partie de ce groupe. Au Canada, les langagiers vivent une promiscuité périlleuse avec la langue de Shakespeare et ils en viennent à voir des anglicismes là où il n’y en a pas.

Comme je l’ai signalé dans des billets antérieurs, c’est souvent l’anglais qui a emprunté au français, et non l’inverse.

Par exemple, la ligne dure dont je parlais plus haut. En bout de ligne, c’est l’anglais qui s’est inspiré de notre langue. Hard line et ligne dure marchent main dans la main. Mais oups que voilà! Restons vigilants! En bout de ligne est un calque de : at the end of the line. Un calque du même genre que à la fin de la journée…

Anglicismes fréquents

Au Canada, on parle fréquemment de lignes de piquetage, picket lines, au lieu de piquet de grève.

Pour aller aux États-Unis, il faut traverser les lignes, c’est-à-dire traverser la frontière. On dira aussi qu’il y avait toute une file de voitures aux lignes. Donc une file à la douane.

Douane que l’on écrit parfois au pluriel : les douanes américaines.

Devant les bons restaurants de Montréal et de Québec, il y a parfois une ligne d’attente; il faut donc faire la ligne. Les visiteurs auront compris qu’il y a une file.

Le téléphone a été inventé il y a plus de cent ans. Jadis, lorsqu’on appelait une entreprise, une opératrice (c’étaient toujours des femmes) nous répondait immédiatement. Si, si, ce n’est pas un canular. Elle pouvait nous mettre en attente en disant : « Gardez la ligne. » Ce qui voulait dire Restez en ligne.

De nos jours, des répondeurs automatiques aux menus labyrinthiques nous découragent de rester en ligne. Ils font tout pour nous amener à demander nos renseignements en ligne.

En fin de billet on arrive au dernier droit, autre anglicisme; c’est plutôt de la dernière ligne droite qu’il s’agit. Point à la ligne.

Translittération

Le sujet est rébarbatif; j’en ai parlé dans plusieurs chroniques. Mais la cruauté de l’actualité politique internationale l’a ramené sur le tapis.

L’agression sauvage de l’Ukraine par la Russie post-soviétique a mis en lumière la russification du pays de Zelensky. Dès lors, la question de l’écriture en français des noms ukrainiens s’est posée.

Le cas de la capitale nous a sauté aux yeux. Kiev est le nom russe de Kyïv. Pourquoi au juste nomme-t-on la capitale ukrainienne en russe? Et pourquoi Kharkov, Lvov et bien d’autres villes déclamées en russe?

La tragédie ukrainienne a ouvert les yeux de bien des gens et les noms ukrainiens Kharkiv, Lviv, etc. ont maintenant droit de cité. Cependant, bien des médias s’en tiennent à Kiev.

La question épineuse de la translittération

Les nombreux articles que j’ai écrits sur la translittération des noms slaves en français m’ont conféré une certaine autorité. Pendant de longues années, j’ai énoncé certains principes d’écriture en français, principes consignés nulle part ailleurs que dans mes cahiers de cours. Bien entendu, tout ouvrage sur la langue russe nous indique que tel caractère donne tel son en français. Mais aucun n’indique aux traducteurs comment passer d’une translittération à l’anglaise à une translittération à la française

Le cas le plus flagrant est Vladimir Poutine, écrit Putin en anglais. Comme je dis souvent, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. Un exemple percutant. Reprendre intégralement les graphies anglaises en français peut s’avérer catastrophique.

Les médias

Cette question épineuse était de la sorcelletie aux yeux des médias, qui ont bien des chats à fouetter. Pourtant, une observation attentive de la presse française montre que les noms russes sont francisés. Par exemple Youri Loujkov, ancien maire de Moscou que les médias francophones canadiens écrivaient Yuri Luzhkov, dans l’indifférence générale.

La guerre en Ukraine a éveillé certains esprits. Du moins sur la nécessité d’utiliser les noms ukrainiens pour les toponymes ukrainiens. Certains noms obscurs comme Zaporijjia sont même translittérés correctement.

Les médias se sont interrogés sur l’orthographe exacte de Kyïv. Le Journal de Montréal a consulté l’auteur de ces lignes et a adopté la graphie ukrainienne Kyïv; TVA Nouvelle a enchainé. Les correcteurs du journal Le Monde ont eux aussi consulté mon blogue, sans nécessairement adopter mes suggestions. Par ailleurs, certains médias français comme Libération écrivent Kyiv, sans tréma.

La réflexion est donc amorcée. Le journal montréalais Le Devoir m’a indiqué qu’il était délicat de changer la graphie de Kiev en plein milieu d’un conflit. C’est un point de vue que je respecte.

Malheureusement, le service des nouvelles de Radio-Canada ne m’a jamais répondu, et ce n’est pas la première fois. Il y a plusieurs années, j’avais envoyé à la chef d’antenne un dossier étoffé expliquant la nécessité d’adopter des graphies françaises pour les noms russes. Je n’ai jamais eu de réponse, même pas un accusé réception.

Quelle ne fut donc pas ma surprise (totale) de voir la recherchiste de l’émission satirique Infoman m’inviter à faire un topo sur Kiev/Kyïv dans une prochaine émission. Il est quand même curieux de voir une émission de variété manifester plus d’intérêt envers cette question très particulière que les gens de l’information. Comprenne qui pourra.

Le problème est-il réglé?

Pas du tout. Ce qui est évident avec Poutine l’est beaucoup moins pour un obscur général russe dont il y a toutes les chances que le nom sera écrit à l’anglaise.

Le monde des sports n’aide pas. L’uniformisation du nom des athlètes est constante. Pensons à l’ancienne championne de tennis Maria Sharapova, qu’à une autre époque on aurait écrit Charapova. Au hockey, nous avons Alexander Ovechkin, qui devrait être orthographié Aleksandr Ovetchkine.

À la défense des journalistes nord-américains, il faut admettre que l’environnement hautement anglicisé laisse peu de place à la francisation. Dans un lointain passé, le journal La Presse de Montréal avait commencé à écrire Kroutov au lieu de Krutov, mais cet effort n’a duré que le temps des roses.

Il est également bien difficile de demander à de courageux reporters comme Tamara Altéresco de se pencher sur la francisation d’Irpin, entre deux bombardements russes. Mais les chefs de pupitre, eux, pourraient le faire à sa place.

S’il y a eu prise conscience de toute cette problématique dans les salles de rédaction, force est de constater que la volonté d’être plus rigoureux est encore absente. Pour l’instant, elle se limite à remplacer les noms russes en Ukraine par les toponymes ukrainiens. C’est déjà un progrès.

***

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L’ukrainien et le russe

Écrire les noms ukrainiens en français

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Kiev ou Kyïv?

Tasse de thé

Le soccer, nom américain du football européen, n’est pas ma tasse de thé. L’engouement mondial pour le ballon rond me dépasse quelque peu, un sport au pointage famélique dans lequel tout le monde pourchasse ce fameux ballon sans jamais arriver – ou presque – à le loger dans le filet.

Ce n’est pas non plus ma tasse de thé de promouvoir les anglicismes, mais pas au point de bannir à tout prix toute expression venant de la langue de Boris Johnson. Parce qu’il faut bien l’admettre, l’expression ce n’est pas ma tasse de thé est absolument irrésistible quand on connait quelque peu la société britannique.

Le fameux thé de cinq heures (servi à quatre heures…) que sirote Miss Marple avant d’élucider un meurtre. Bref, l’expression s’est frayé un chemin en français au point d’entrer dans la langue courante… et dans les dictionnaires. Elle est répertoriée dans le Petit Robert qui en signale l’origine anglaise. Cela ne me convient guère, propose-t-on comme définition. Plus familier : Ce n’est pas mon truc. Le dictionnaire de l’Académie la mentionne aussi en proposant : Ce n’est pas ce qui m’intéresse.

En lisant ce qui précède, il faut bien reconnaitre que les expressions proposées ressemblent à du thé noyé dans du lait; c’est fade. Combien plus imagé de dire que ce n’est pas ma tasse de thé.

Hercule Poirot aussi serait d’accord.

Le diable est dans les détails

Devant un public sceptique, le gouvernement du Québec entend « refonder » le système de santé, dont la précarité est apparue au grand jour pendant la pandémie. Les loustics diront que Québec va frapper un mur, parce que le diable est dans les détails.

Cette dernière expression fait florès, car elle est merveilleusement expressive. Elle fait partie de ces expressions inspirées de l’anglais qu’il est difficile de rendre autrement, l’image qu’elles colporent étant tellement colorée que les tentatives de traduction semblent manquer de relief.

Certains s’y sont essayés : ce sont les détails qui posent problème; le défi sera de…; rien n’est jamais parfait; tout est dans les détails; la difficulté réside dans les détails.

À cela on pourrait ajouter des traductions s’écartant davantage de l’anglais : il y aura du sable dans l’engrenage; cela risque de mal fonctionner; nous allons au devant de difficultés pratiques; ce ne se fera pas en criant ciseau; il faudra ajouter de l’huile au mécanisme…

L’enfer, comme vous voyez.

Il est intéressant de constater que l’expression anglaise s’est propagée dans d’autres langues. Qu’on en juge :

Espagnol : el demonio está en los detalles

Italien : il diavolo sta negli dettagli

Allemand : Der Teufel steckt im Detail

Turc : şeytan ayrıntıda gizlidi (Le Diable se cache dans le détail)

PROCHAIN ARTICLE : Ce n’est pas ma tasse de thé.

Piocher

Autant pour un Français, un Belge ou un Québécois, piocher c’est travailler dur, bref bûcher. Le sens de creuser et de remuer la terre avec une pioche est également commun tant en Europe qu’en Amérique.

Les francophones du Canada sont toutefois surpris de lire qu’une personne a pioché un as de cœur pendant une partie de bridge. Le sens de « Prendre (une carte, un domino…) dans la pioche » est inusité de côté-ci de l’Atlantique. Encore faudrait-il s’entendre sur ce que signifie pour nous une pioche, parce qu’au Canada il est question d’un outil, tout simplement.

Comme on le voit, les francophones érigent parfois entre eux des remparts qui ont pour eux un sens différent En français européen, une pioche est aussi un lot de cartes ou de dominos qui n’ont pas été pigés…

Là, je suis certain que ce sont les Européens qui ne comprennent plus ce que j’écris. Comment peut-on piger une carte?

Au Québec, on ne pioche, on pige une carte. En Europe, on pige quand on comprend quelque chose, ce qui est également vrai au Québec.

Et une personne qui ne veut rien comprendre est une tête de pioche. Ça c’est clair des deux côtés de l’Atlantique.

Troisième Guerre mondiale

Sommes-nous au seuil d’une troisième guerre mondiale? Certains le pensent, d’autres le nient. Pour ma part, j’ai l’impression que nous sommes déjà dans une sorte de troisième guerre mondiale.

Qu’on y pense un peu : le déclenchement des hostilités en Ukraine a suscité une réprobation presque universelle; la Russie est condamnée de toutes parts et des représailles internationales ont été adoptées en un temps record. Ce qui revient à dire que le conflit a déjà pris une dimension mondiale. Certes, les pays de l’OTAN ne sont pas officiellement en guerre contre la Russie : ils se battent par Ukrainiens interposés.

Tant et aussi longtemps que les troupes de l’Otan ne se battront pas contre celles de la Russie (en plus des tueurs tchétchènes et syriens recrutés par Poutine), nous ne serons pas officiellement en guerre mondiale. Mais sitôt que des combats directs seront engagés ce ne sera plus le cas.

Majuscule?

Il faudra alors parler de Troisième Guerre mondiale, avec majuscule, comme il sied à toute appellation reconnue. C’est pourquoi on écrit Première Guerre et Deuxième Guerre mondiale, bien que certaines publications adoptent une orthographe sans majuscule, ce qui est à mon avis insensé.

Pour l’instant on parle d’une troisième guerre mondiale, qui ne fait pas encore officiellement partie de la réalité. La minuscule est donc correcte d’autant plus qu’on utilise l’article indéfini. Le fait d’employer une expression dérivée, mais non reconnue, entraine également l’emploi de la minuscule.

Quelques exemples :

  • Le deuxième conflit mondial
  • La guerre civile américaine (au lieu de Guerre de Sécession – j’assume les majuscules)
  • Les guerres balkaniques

Souhaitons que le terme troisième guerre mondiale continue de s’écrire en minuscules.

***

À lire :

Frapper un mur

Le président russe a frappé un mur en envahissant l’Ukraine. En essayant d’aider un ami, j’ai frappé un mur. Convaincre un complotiste de changer d’idée c’est aller frapper un mur. Le Canadien a frappé un mur en tentant de percer la muraille défensive des Bruins.

Ce sont là des formulations qui n’étonneront personne au Canada mais qui risquent de faire froncer les sourcils d’un Européen ou d’un Africain. Au sens propre, frapper signifie donner un coup à quelqu’un; il y a donc une intention agressive au départ. Un boxeur frappe son adversaire, il lui cogne dessus.

Au Canada, le verbe en question a pris le sens de heurter, comme je l’ai précisé dans un article précédent. L’expression frapper un mur est l’équivalent de frapper un nœud, bref de faire face à une difficulté imprévue et peut-être insurmontable. Au Canada, l’expression tomber sur un os a été martyrisée : frapper un os.

Il est clair que dans l’expression frapper un mur, le verbe frapper est employé au sens de heurter, quoiqu’il soit concevable qu’une personne rageuse ait donné un coup de poing dans un mur. Mais là, on s’éloigne quelque peu du sens de frapper un nœud.

Le fait de frapper un mur peut être porteur de sagesse nous dira peut-être un jour le président russe. Ou peut-être pas.