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Heure

Le Canada vit à l’heure anglo-saxonne… lire à l’heure américaine. Cela vaut pour les absurdes mesures impériales qui continuent de sévir ici, à cause du conservatisme américain vis-à-vis du système métrique.

Cela vaut également pour la façon d’exprimer les heures. Par exemple, travailler de 9 à 5 signifie être à l’œuvre de 9 heures à 17 heures. Jeune adulte, cette façon d’exprimer les heures me laissait pantois, mais, au fond n’est-il pas plus logique de compter de 1 à 24 au lieu de le faire 2 fois de 1 à 12?

La manière internationale d’exprimer les heures s’est peu à peu imposée au Canada – du moins chez les francophones – d’autant plus qu’elle est plus précise notamment dans les horaires de vols à l’aéroport. Votre avion pour Bruxelles décolle à 18 h 45 et non à 6 h 54 PM. Autrement, il y a bien deux 6 h 54 dans la journée et si on n’ajoute pas l’indicatif AM ou PM, tout devient confus.

Au Canada, on observe une grande confusion entre les deux systèmes. Visite du musée des horreurs.

Ouvert de 9 h 00 h AM à 17 h 00 PM                        Les mentions AM et PM sont inutiles.

Ouvert de 9 h 00 h à 17 h 00                                     Les zéros sont inutiles.

Ouvert de 9h à 17h                                                   On doit séparer le H d’une espace.

Ouvert de 9 hres à 17 hres                                        Mauvaise abréviation

Ouvert de 9 HRS à 17 HRS                                         Pire encore! Abréviation anglaise!

Ouvert de 9:00 à 17:00                                             C’est un horaire de train?

Le cours commence à 15.30                                     Erreur et horreur!

Le cours commence à 15H30                                    Pas mieux.

Déboussolé?

Remettons les pendules à l’heure… Toute cette confusion peut laisser croire que l’écriture des heures en français est extrêmement compliquée. Elle ne l’est pas. Le h s’écrit en minuscule et il est placé à une espace du chiffre qui le suit ou le précède. Sa seule forme abrégée est h tout simplement. Il n’y a pas de point abréviatif ni de deux-points. Le double zéro est inutile et ne s’écrit pas.

Les programmes de visite

Lorsque je travaillais au ministère des Affaires étrangères du Canada, nous devions traduire les programmes de visite. Une règle capricieuse du français venait toutefois nous compliquer la tâche. Je pense à cette interdiction d’écrire par exemple 9 h 05, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une décimale. Voici ce que cela donnait :

Accueil des invités                             9 h

Allocution                                          9 h 5

Goûter                                               9 h 15

Début de la visite                              9 h 50

Pause                                                 11 h 5

Suite de la visite                                11 h 30

Pause dîner                                       12 h 50

Discours d’adieu                                14 h 5

Toute personne lisant le programme avait l’impression qu’il était truffé de coquilles. On voit que le chiffre des unités est dans la même colonne que celui des dizaines, ce qui sème la confusion. Les traducteurs ont vite fait passer par la trappe les règles typographiques bancales qui régnaient à l’époque. Autrement, les chiffres du programme de visite anglais étaient bien alignés, tandis que ceux du français donnaient l’impression d’avoir été écrits n’importe comment.

L’Office québécois de la langue française

L’OQLF nous donne l’heure juste, encore une fois.

Auparavant, l’Office québécois de la langue française proposait de ne pas faire précéder d’un zéro les minutes inférieures à dix (8 h 5), car les minutes ne sont pas des unités décimales. Toutefois, l’emploi du zéro accolé aux minutes en bas de dix (8 h 05) étant la notation acceptable la plus répandue, c’est celle que l’organisme propose désormais dans les textes courants. En plus d’être facile à lire et à comprendre, cet usage a le mérite de lever tout doute possible quant à l’heure indiquée, l’omission d’un chiffre pouvant autrement être soupçonnée à la lecture.

Par souci de réalisme, l’Office a modernisé sa recommandation. Si le français fonctionnait toujours ainsi…

Horaires

Un indicateur de chemin de fer aussi bien que le tableau des vols à l’aéroport exprimera les heures en se servant du deux-points.

Départ                        9:28                            Arrivée                        13:08

Ce type de format ne doit pas être employé dans un texte courant.

J’espère vous avoir donné l’heure juste.

Ligne dure

Les langagiers sont toujours en première ligne pour défendre le français. Certains adoptent la ligne dure quant à la lutte contre les anglicismes et je pense faire partie de ce groupe. Au Canada, les langagiers vivent une promiscuité périlleuse avec la langue de Shakespeare et ils en viennent à voir des anglicismes là où il n’y en a pas.

Comme je l’ai signalé dans des billets antérieurs, c’est souvent l’anglais qui a emprunté au français, et non l’inverse.

Par exemple, la ligne dure dont je parlais plus haut. En bout de ligne, c’est l’anglais qui s’est inspiré de notre langue. Hard line et ligne dure marchent main dans la main. Mais oups que voilà! Restons vigilants! En bout de ligne est un calque de : at the end of the line. Un calque du même genre que à la fin de la journée…

Anglicismes fréquents

Au Canada, on parle fréquemment de lignes de piquetage, picket lines, au lieu de piquet de grève.

Pour aller aux États-Unis, il faut traverser les lignes, c’est-à-dire traverser la frontière. On dira aussi qu’il y avait toute une file de voitures aux lignes. Donc une file à la douane.

Douane que l’on écrit parfois au pluriel : les douanes américaines.

Devant les bons restaurants de Montréal et de Québec, il y a parfois une ligne d’attente; il faut donc faire la ligne. Les visiteurs auront compris qu’il y a une file.

Le téléphone a été inventé il y a plus de cent ans. Jadis, lorsqu’on appelait une entreprise, une opératrice (c’étaient toujours des femmes) nous répondait immédiatement. Si, si, ce n’est pas un canular. Elle pouvait nous mettre en attente en disant : « Gardez la ligne. » Ce qui voulait dire Restez en ligne.

De nos jours, des répondeurs automatiques aux menus labyrinthiques nous découragent de rester en ligne. Ils font tout pour nous amener à demander nos renseignements en ligne.

En fin de billet on arrive au dernier droit, autre anglicisme; c’est plutôt de la dernière ligne droite qu’il s’agit. Point à la ligne.

Translittération

Le sujet est rébarbatif; j’en ai parlé dans plusieurs chroniques. Mais la cruauté de l’actualité politique internationale l’a ramené sur le tapis.

L’agression sauvage de l’Ukraine par la Russie post-soviétique a mis en lumière la russification du pays de Zelensky. Dès lors, la question de l’écriture en français des noms ukrainiens s’est posée.

Le cas de la capitale nous a sauté aux yeux. Kiev est le nom russe de Kyïv. Pourquoi au juste nomme-t-on la capitale ukrainienne en russe? Et pourquoi Kharkov, Lvov et bien d’autres villes déclamées en russe?

La tragédie ukrainienne a ouvert les yeux de bien des gens et les noms ukrainiens Kharkiv, Lviv, etc. ont maintenant droit de cité. Cependant, bien des médias s’en tiennent à Kiev.

La question épineuse de la translittération

Les nombreux articles que j’ai écrits sur la translittération des noms slaves en français m’ont conféré une certaine autorité. Pendant de longues années, j’ai énoncé certains principes d’écriture en français, principes consignés nulle part ailleurs que dans mes cahiers de cours. Bien entendu, tout ouvrage sur la langue russe nous indique que tel caractère donne tel son en français. Mais aucun n’indique aux traducteurs comment passer d’une translittération à l’anglaise à une translittération à la française

Le cas le plus flagrant est Vladimir Poutine, écrit Putin en anglais. Comme je dis souvent, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. Un exemple percutant. Reprendre intégralement les graphies anglaises en français peut s’avérer catastrophique.

Les médias

Cette question épineuse était de la sorcelletie aux yeux des médias, qui ont bien des chats à fouetter. Pourtant, une observation attentive de la presse française montre que les noms russes sont francisés. Par exemple Youri Loujkov, ancien maire de Moscou que les médias francophones canadiens écrivaient Yuri Luzhkov, dans l’indifférence générale.

La guerre en Ukraine a éveillé certains esprits. Du moins sur la nécessité d’utiliser les noms ukrainiens pour les toponymes ukrainiens. Certains noms obscurs comme Zaporijjia sont même translittérés correctement.

Les médias se sont interrogés sur l’orthographe exacte de Kyïv. Le Journal de Montréal a consulté l’auteur de ces lignes et a adopté la graphie ukrainienne Kyïv; TVA Nouvelle a enchainé. Les correcteurs du journal Le Monde ont eux aussi consulté mon blogue, sans nécessairement adopter mes suggestions. Par ailleurs, certains médias français comme Libération écrivent Kyiv, sans tréma.

La réflexion est donc amorcée. Le journal montréalais Le Devoir m’a indiqué qu’il était délicat de changer la graphie de Kiev en plein milieu d’un conflit. C’est un point de vue que je respecte.

Malheureusement, le service des nouvelles de Radio-Canada ne m’a jamais répondu, et ce n’est pas la première fois. Il y a plusieurs années, j’avais envoyé à la chef d’antenne un dossier étoffé expliquant la nécessité d’adopter des graphies françaises pour les noms russes. Je n’ai jamais eu de réponse, même pas un accusé réception.

Quelle ne fut donc pas ma surprise (totale) de voir la recherchiste de l’émission satirique Infoman m’inviter à faire un topo sur Kiev/Kyïv dans une prochaine émission. Il est quand même curieux de voir une émission de variété manifester plus d’intérêt envers cette question très particulière que les gens de l’information. Comprenne qui pourra.

Le problème est-il réglé?

Pas du tout. Ce qui est évident avec Poutine l’est beaucoup moins pour un obscur général russe dont il y a toutes les chances que le nom sera écrit à l’anglaise.

Le monde des sports n’aide pas. L’uniformisation du nom des athlètes est constante. Pensons à l’ancienne championne de tennis Maria Sharapova, qu’à une autre époque on aurait écrit Charapova. Au hockey, nous avons Alexander Ovechkin, qui devrait être orthographié Aleksandr Ovetchkine.

À la défense des journalistes nord-américains, il faut admettre que l’environnement hautement anglicisé laisse peu de place à la francisation. Dans un lointain passé, le journal La Presse de Montréal avait commencé à écrire Kroutov au lieu de Krutov, mais cet effort n’a duré que le temps des roses.

Il est également bien difficile de demander à de courageux reporters comme Tamara Altéresco de se pencher sur la francisation d’Irpin, entre deux bombardements russes. Mais les chefs de pupitre, eux, pourraient le faire à sa place.

S’il y a eu prise conscience de toute cette problématique dans les salles de rédaction, force est de constater que la volonté d’être plus rigoureux est encore absente. Pour l’instant, elle se limite à remplacer les noms russes en Ukraine par les toponymes ukrainiens. C’est déjà un progrès.

***

Les articles suivants vous intéresseront sûrement :

L’ukrainien et le russe

Écrire les noms ukrainiens en français

Écrire les noms russes en français

Kiev ou Kyïv?

Tasse de thé

Le soccer, nom américain du football européen, n’est pas ma tasse de thé. L’engouement mondial pour le ballon rond me dépasse quelque peu, un sport au pointage famélique dans lequel tout le monde pourchasse ce fameux ballon sans jamais arriver – ou presque – à le loger dans le filet.

Ce n’est pas non plus ma tasse de thé de promouvoir les anglicismes, mais pas au point de bannir à tout prix toute expression venant de la langue de Boris Johnson. Parce qu’il faut bien l’admettre, l’expression ce n’est pas ma tasse de thé est absolument irrésistible quand on connait quelque peu la société britannique.

Le fameux thé de cinq heures (servi à quatre heures…) que sirote Miss Marple avant d’élucider un meurtre. Bref, l’expression s’est frayé un chemin en français au point d’entrer dans la langue courante… et dans les dictionnaires. Elle est répertoriée dans le Petit Robert qui en signale l’origine anglaise. Cela ne me convient guère, propose-t-on comme définition. Plus familier : Ce n’est pas mon truc. Le dictionnaire de l’Académie la mentionne aussi en proposant : Ce n’est pas ce qui m’intéresse.

En lisant ce qui précède, il faut bien reconnaitre que les expressions proposées ressemblent à du thé noyé dans du lait; c’est fade. Combien plus imagé de dire que ce n’est pas ma tasse de thé.

Hercule Poirot aussi serait d’accord.

Le diable est dans les détails

Devant un public sceptique, le gouvernement du Québec entend « refonder » le système de santé, dont la précarité est apparue au grand jour pendant la pandémie. Les loustics diront que Québec va frapper un mur, parce que le diable est dans les détails.

Cette dernière expression fait florès, car elle est merveilleusement expressive. Elle fait partie de ces expressions inspirées de l’anglais qu’il est difficile de rendre autrement, l’image qu’elles colporent étant tellement colorée que les tentatives de traduction semblent manquer de relief.

Certains s’y sont essayés : ce sont les détails qui posent problème; le défi sera de…; rien n’est jamais parfait; tout est dans les détails; la difficulté réside dans les détails.

À cela on pourrait ajouter des traductions s’écartant davantage de l’anglais : il y aura du sable dans l’engrenage; cela risque de mal fonctionner; nous allons au devant de difficultés pratiques; ce ne se fera pas en criant ciseau; il faudra ajouter de l’huile au mécanisme…

L’enfer, comme vous voyez.

Il est intéressant de constater que l’expression anglaise s’est propagée dans d’autres langues. Qu’on en juge :

Espagnol : el demonio está en los detalles

Italien : il diavolo sta negli dettagli

Allemand : Der Teufel steckt im Detail

Turc : şeytan ayrıntıda gizlidi (Le Diable se cache dans le détail)

PROCHAIN ARTICLE : Ce n’est pas ma tasse de thé.

Piocher

Autant pour un Français, un Belge ou un Québécois, piocher c’est travailler dur, bref bûcher. Le sens de creuser et de remuer la terre avec une pioche est également commun tant en Europe qu’en Amérique.

Les francophones du Canada sont toutefois surpris de lire qu’une personne a pioché un as de cœur pendant une partie de bridge. Le sens de « Prendre (une carte, un domino…) dans la pioche » est inusité de côté-ci de l’Atlantique. Encore faudrait-il s’entendre sur ce que signifie pour nous une pioche, parce qu’au Canada il est question d’un outil, tout simplement.

Comme on le voit, les francophones érigent parfois entre eux des remparts qui ont pour eux un sens différent En français européen, une pioche est aussi un lot de cartes ou de dominos qui n’ont pas été pigés…

Là, je suis certain que ce sont les Européens qui ne comprennent plus ce que j’écris. Comment peut-on piger une carte?

Au Québec, on ne pioche, on pige une carte. En Europe, on pige quand on comprend quelque chose, ce qui est également vrai au Québec.

Et une personne qui ne veut rien comprendre est une tête de pioche. Ça c’est clair des deux côtés de l’Atlantique.

Troisième Guerre mondiale

Sommes-nous au seuil d’une troisième guerre mondiale? Certains le pensent, d’autres le nient. Pour ma part, j’ai l’impression que nous sommes déjà dans une sorte de troisième guerre mondiale.

Qu’on y pense un peu : le déclenchement des hostilités en Ukraine a suscité une réprobation presque universelle; la Russie est condamnée de toutes parts et des représailles internationales ont été adoptées en un temps record. Ce qui revient à dire que le conflit a déjà pris une dimension mondiale. Certes, les pays de l’OTAN ne sont pas officiellement en guerre contre la Russie : ils se battent par Ukrainiens interposés.

Tant et aussi longtemps que les troupes de l’Otan ne se battront pas contre celles de la Russie (en plus des tueurs tchétchènes et syriens recrutés par Poutine), nous ne serons pas officiellement en guerre mondiale. Mais sitôt que des combats directs seront engagés ce ne sera plus le cas.

Majuscule?

Il faudra alors parler de Troisième Guerre mondiale, avec majuscule, comme il sied à toute appellation reconnue. C’est pourquoi on écrit Première Guerre et Deuxième Guerre mondiale, bien que certaines publications adoptent une orthographe sans majuscule, ce qui est à mon avis insensé.

Pour l’instant on parle d’une troisième guerre mondiale, qui ne fait pas encore officiellement partie de la réalité. La minuscule est donc correcte d’autant plus qu’on utilise l’article indéfini. Le fait d’employer une expression dérivée, mais non reconnue, entraine également l’emploi de la minuscule.

Quelques exemples :

  • Le deuxième conflit mondial
  • La guerre civile américaine (au lieu de Guerre de Sécession – j’assume les majuscules)
  • Les guerres balkaniques

Souhaitons que le terme troisième guerre mondiale continue de s’écrire en minuscules.

***

À lire :

Frapper un mur

Le président russe a frappé un mur en envahissant l’Ukraine. En essayant d’aider un ami, j’ai frappé un mur. Convaincre un complotiste de changer d’idée c’est aller frapper un mur. Le Canadien a frappé un mur en tentant de percer la muraille défensive des Bruins.

Ce sont là des formulations qui n’étonneront personne au Canada mais qui risquent de faire froncer les sourcils d’un Européen ou d’un Africain. Au sens propre, frapper signifie donner un coup à quelqu’un; il y a donc une intention agressive au départ. Un boxeur frappe son adversaire, il lui cogne dessus.

Au Canada, le verbe en question a pris le sens de heurter, comme je l’ai précisé dans un article précédent. L’expression frapper un mur est l’équivalent de frapper un nœud, bref de faire face à une difficulté imprévue et peut-être insurmontable. Au Canada, l’expression tomber sur un os a été martyrisée : frapper un os.

Il est clair que dans l’expression frapper un mur, le verbe frapper est employé au sens de heurter, quoiqu’il soit concevable qu’une personne rageuse ait donné un coup de poing dans un mur. Mais là, on s’éloigne quelque peu du sens de frapper un nœud.

Le fait de frapper un mur peut être porteur de sagesse nous dira peut-être un jour le président russe. Ou peut-être pas.

L’ukrainien et le russe

Départager la langue ukrainienne de la langue russe n’est pas une mince tâche, d’autant plus que bien des Ukrainiens russophones défendent l’ukrainien par patriotisme… ukrainien.

Les deux langues sont très semblables; les deux s’écrivant en caractères cyrilliques, et non en caractères latins comme le français et l’anglais.

Les personnes venant de l’extérieur de la sphère des langues slaves ont malheureusement tendance à les confondre. Ce qui explique que bon nombre de toponymes ukrainiens étaient, jusqu’à tout récemment, orthographiés à la russe.

La décision prise par la plupart des médias francophones connus d’adopter le nom ukrainien Kyïv, au lieu du russe Kiev, est une belle illustration de ce problème. Il est en effet absurde d’employer les noms ukrainiens pour Kharkiv et Lviv et d’écrire ensuite Kiev à la russe.

Cohabitation

Tout comme le Bélarus, l’Ukraine est un pays russifié et la cohabitation des deux langues n’est pas toujours facile. Ainsi, le gouvernement ukrainien a fait adopter une loi en 2019 pour renforcer la présence de l’ukrainien dans la vie publique.

Quelques faits intéressants :

  • 60 pour 100 des Ukrainiens considèrent l’ukrainien comme leur langue maternelle.
  • 15 pour 100 considèrent le russe comme leur langue maternelle.
  • 22 pour 100 considèrent les deux langues comme leur langue maternelle.

Certains utilisent un mélange des deux langues appelé le Sourjik, sans toujours être conscients de ce qui vient du russe ou de l’ukrainien.

Un peu d’histoire

L’ukrainien tire ses origines de l’ancienne principauté slave orientale Rous de Kyïv qui, au IXe siècle, regroupait le Bélarus, la Russie et l’Ukraine modernes. Existe à cette époque une forme de bilinguisme entre langue écrite, le slavon, et langue parlée, l’ukrainien. On peut comparer ce bilinguisme à celui entre le latin du Moyen Âge et les langues vernaculaires.

Plus tard, l’Ukraine sera divisée entre la Pologne et la Russie. Les tsars Pierre le Grand et Catherine interdiront l’utilisation de l’ukrainien littéraire, de sorte que les populations seront russifiées.

Comme le précise la professeure de russe et d’ukrainien Natalia Chevtchenko de l’Université de Lyon :

L’usage du russe comme seule langue de communication dans les organismes officiels, le passage au russe de l’intelligentsia ukrainienne et de la majorité des dirigeants cosaques produisent leur effet très rapidement : déjà à la fin du XVIIIe siècle, l’ukrainien disparaît de l’usage officiel sur le territoire russe de l’Ukraine.

L’ukrainien est peu à peu étouffé et, sous le tsar Alexandre II, le gouvernement russe affirmera :

Il n’y a jamais eu de langue ukrainienne, il n’y en a pas maintenant et il n’y en aura jamais.

La Révolution russe de 1917 vient changer les choses. Le gouvernement de Moscou tolère les langues nationales, comme l’ukrainien, mais la langue nationale est le russe. Cependant, la défense de la langue ukrainienne deviendra rapidement suspecte; les autorités la traitent de « nationalisme bourgeois » …

En outre, la similitude entre russe et ukrainien vient compliquer les choses. Le même phénomène est observé au Bélarus, dont la langue ressemble elle aussi au russe.

Deux langues distinctes

Malgré tout, ukrainien et russe sont deux langues distinctes. Les deux tirent leur origine du proto-slave, mais l’ukrainien est davantage basé sur le dialecte vernaculaire, tandis que le russe est plus influencé par l’Église orthodoxe.

Le russe et l’ukrainien ont une similarité lexicale de 62 pour 100 alors qu’elle atteint 84 pour 100 avec le biélorusse et 70 pour 100 avec le polonais.

Cela n’empêche pas les divergences de vocabulaire.

MotUkrainienRusse
PapierPapirBumaga
SucreTsoukorSakhar
ArgentGrochiDenghi
MatinRanokOutro
BouteillePlyachkaBoutylka

Comme c’est souvent le cas avec deux langues voisines, il y a de faux amis.

MotUkrainien et russeSignification en russe
TempsTchasHeure
CitrouilleHarbousMelon
DimancheNedilyaSemaine

Confondre le russe et l’ukrainien est une grave erreur. On trouve facilement dans la Grande Toile tout un lot d’articles sur l’ukrainien, son alphabet, sa grammaire. C’est pourquoi il importe d’écrire correctement en français les noms ukrainiens.

Voir mon article à ce sujet.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

Écrire les noms ukrainiens en français

Écriture de l’ukrainien en français

L’invasion russe en Ukraine pose la question de l’orthographe des noms ukrainiens en français.

Comme le russe, l’ukrainien s’écrit en caractère cyrilliques, ce qui signifie qu’il faut transposer les sons originaux dans notre alphabet pour arriver à lire les noms. Ce procédé s’appelle la translittération. J’ai déjà abordé cette question pour la langue russe dans d’autres billets.

Petit rappel…

Deux exemples très simples : le nom du président russe est Влади́мир Влади́мирович Пу́тин. Bien entendu, c’est illisible dans notre langue. Il faut donc transposer les sons russes en français, ce qui donne Vladimir Vladimirovitch Poutine.

Toutefois, la translittération en anglais donne Vladimir Vladimirovich Putin, qui se prononce exactement de la même façon. On voit tout de suite qu’on ne peut adopter une graphie anglaise en français sans être quelque peu ridicule…

Second exemple : Dmitri Chostakovitch qui, en anglais, s’écrit Dmitri Shostakovich.

Noms ukrainiens en français

Les mêmes principes s’appliquent en ukrainien.

Pensons à Marioupol, orthographiée Mariupol en anglais.

On l’a vu récemment avec le nom de la centrale nucléaire attaquée par les Russes. Là encore, l’orthographe en français est différente de celle en anglais : Zaporijjiaen français mais Zaporizhzhia en anglais.

Pour éviter d’écrire les noms ukrainiens avec une graphie anglaise, il suffit de surveiller les lettres ou groupes de lettres suivants qui se trouvent dans les noms écrits à l’anglaise :

  • CH en anglais devient TCH en français
  • Les finales en IN devraient s’écrire INE en français
  • SH en anglais devient CH en français
  • SHCH en anglais devient CHTCH en français
  • U en anglais devient souvent OU en français
  • ZH en anglais devient J en français

Quelques exemples :

  • Chornobyl –> Tchornobyl (vrai nom de la centrale nucléaire)
  • Cherkassy –> Tcherkassy
  • Irpin –> Irpine
  • Jakchiv –> Jatchiv
  • Kiev –> Kyïv
  • Lvov –> Lviv
  • Lugansk –> Louhansk
  • Lutsk –> Loutsk
  • Mariupol –> Marioupol
  • Sebastopol –> Sévastopol
  • Shevchenko –> Chevtchenko
  • Zaporizhzhia –> Zaporijjia
  • Zhytomyr –> Jytomyr

Le president

Le nom du président ukrainien s’écrit de la même façon en anglais et en français : Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky. En effet, aucun des groupes de lettres susmentionnés ne se retrouvent dans ce nom.

Certains s’interrogeront sur le Y; pourquoi ne pas écrire tout simplement un I ? L’ukrainien, à l’instar du russe, possède un I allongé que l’on symbolise par un Y. En fait, il faudrait prononcer Zelensky à peu près de la manière suivante : Zé-lenne-skille.

Comment faut-il écrire Kiev en français? Réponse.

Prochain article : Langue ukrainienne et langue russe, des cousines très proches.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

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