Archives de catégorie : Stylistique

Nauru

Nauru vient de se joindre à la liste des pays qui ont adopté un nouveau nom. La petite ile du Pacifique a en effet décidé de se faire appeler Naoero, une appellation qui se rapproche davantage de la prononciation du toponyme dans la langue locale.

Naoero compte quelque 12 000 habitants et, en tant que micro-État, représente le troisième plus petit État après Tuvalu et le Vatican. Bref, une sorte de Monaco du Pacifique. Un État cependant menacé de disparition à cause de la montée des eaux, résultat du réchauffement climatique.

La population habite le territoire depuis au moins 3000 ans, mais l’ile a connu plusieurs épisodes de colonisation au fil des siècles.

L’Allemagne, le Japon, l’Australie et la NouvelleZélande ont gouverné Naoero à diverses époques. L’ile a déclaré son indépendance en 1968 et l’anglais est une langue d’usage aux côtés du nauruan.

Nauru

Le nouveau pays a adopté le toponyme de Nauru pour des raisons d’ordre pratique. L’appellation Nauru se veut un compromis pour rendre la prononciation plus facile aux étrangers.

Nauru se prononce Naw-rou, tandis que le nouveau nom s’énonce Naw-ero. Toutefois, sa graphie avec son train de voyelles demeure déroutante.

Le nom des habitants n’est pas pour autant devenu plus simple : dei-Naoero. Bon, il faudra s’y faire.

Autres toponymes originaux

La décolonisation et le désir d’adopter un nom plus authentique ont entrainé de nombreux changements de nom, par le passé; la plupart d’entre eux sont entrés dans l’usage. Une façon de dire que nous voulons nous reconnaitre nous-mêmes, sans faire de concession aux autres pays.

Pensons aux États suivants : la Haute-Volta (Burkina Faso); Swaziland (Eswatini); Ceylan (Sri Lanka); Siam (Thaïlande); Birmanie (Myanmar). Le plus connu est l’antique Perse qui se fait maintenant appeler Iran.

Tout récemment, la Turquie demande à être désignée sous le nom de Türkiye, ce qui n’est pas encore passé dans l’usage – et ne le sera peut-être jamais. Car l’usage, cet ivrogne sans réverbère, finit toujours par avoir le dernier mot.

Le déclin de la lecture

Voici le résumé d’un article de l’excellente revue états-unienne The Atlantic. L’auteur fait le point sur le déclin marqué de la lecture chez les jeunes Américains, l’ère des médias électroniques.

Les intertitres sont de moi et aucun outil de traduction automatique n’a été utilisé pour la rédaction de ce texte.

L’ère de la lecture touche-t-elle à sa fin?

On lit de moins en moins

L’écriture a été inventée en Mésopotamie il y a quelque 6000 ans, principalement pour consigner les inventaires de céréales. La capacité de lire s’est répandue avec l’invention de l’imprimerie, par Gutenberg, en 1440. Au fil des siècles, l’alphabétisation a gagné du terrain dans les pays développés.

Toutefois, la lecture semble devenue un exercice de plus en plus exigeant pour la jeune génération biberonnée aux écrans et à l’intelligence artificielle. Les indices en ce sens ne manquent pas.

La National Endowment for the Arts a réalisé en 2022 un étude très détaillée les habitudes de lecture des États-Uniens. Celle-ci a révélé que moins de la moitié des adultes ont lu un livre en 2022. Seulement 38 pour 100 avaient lu un roman ou une nouvelle. L’étude réalisée auprès de 236 000 personnes a aussi révélé que la proportion des États-Uniens lisant pour le plaisir est passée de 28 pour 100 en 2004 à 16 pour cent en 2023. Autrement dit, un Américain sur six lit pour le plaisir.

La situation n’est guère plus reluisante pour les journaux. En 1975, la moitié des gens dans la vingtaine lisaient un journal chaque jour. Aujourd’hui moins de 10 pour 100 le font. La plupart des Américains s’informent par leur téléphone et leur ordinateur, tandis que 40 pour 100 d’entre eux préfèrent regarder les nouvelles en ligne, plutôt que de les lire.

La capacité de bien s’exprimer fléchit elle aussi

On observe aussi que les phrases des livres à succès recensés par le New York Times comportent des phrases qui sont environ un tiers plus courtes qu’il y a un siècle. En outre, les phrases plus longues ne sont pas nécessairement mieux écrites.

On est donc loin du niveau de maitrise de la langue observé jadis. Des lettres de soldats écrites pendant la guerre de Sécession étaient souvent d’un style très relevé, ce qui serait inconcevable de nos jours.

Le déclin n’a rien de surprenant quand on sait que l’indice d’alphabétisation chez les adultes a fléchi : environ 30 pour 100 des Américains d’âge adulte ne peuvent réécrire un texte de plusieurs pages ni en comprendre le sens. En 2017, ce pourcentage était tombé à moins de 20 pour 100. Ce qui signifie que 8 États-Uniens sur 10 ont du mal à comprendre un texte.

Le plus court possible

Paradoxalement, les États-Uniens lisent probablement plus que jamais. Toutefois, ce qui a changé, c’est ce qu’ils lisent. Les gens sont ensevelis sous les courriels, les messages texte, les statuts dans X, les liens vers Reddit et les légendes dans Instagram. Le plus souvent, ce sont des textes très courts. Quand c’est trop long, on lâche prise.

Tout ce déluge de messages diminue la capacité des Américains de lire des textes plus substantiels et plus compliqués.

Comme si cela ne suffisait pas, la capacité des étudiants de lire un livre diminue. Des bibliothécaires américains achètent des livres moins longs pour plaire au public.

Même au niveau universitaire le mal est ressenti. Un étudiant de Harvard a demandé à Chat GPT de lui résumer le roman L’Orange mécanique, pour éviter de le lire au complet. Ici, on ne parle pas d’une brique comme La Guerre et la paix.

Des étudiants en littérature dans une université états-unienne ont déjà protesté contre le grand nombre de romans à lire pendant une session. Des étudiants en littérature. Même eux sont gagnés par la paresse.

La post-alphabétisation

En 1962, le grand théoricien des médias Marshall McLuhan prédisait que le monde occidental entrerait dans une ère de « post-alphabétisation ». Dans La Galaxie Gutenberg, publié la même année, il affirmait que cette ère était déjà commencée : les médias électroniques supplantaient l’écriture. À l’époque, 90 pour 100 des foyers possédaient un téléviseur, contre 9 pour 100 dix ans plus tôt. La télé était en train de devenir la principale source d’information. Dans les foyers états-Uniens, on écoutait la télé plus de cinq heures par jour.

Si la télévision grugeait déjà le temps consacré à la lecture, celle-ci devient impossible à l’ère de l’Internet et des téléphones intelligents. Auparavant, les choses étaient plus simples. Les émissions passaient à un jour et à une journée fixes. Si vous désiriez regarder un vieux film, vous deviez aller au club vidéo. La lecture pouvait encore être possible : il suffisait d’éteindre la télé et de lire avant d’aller au lit.

Le rétrécissement de l’attention

À présent, les possibilités de divertissement sont infinies. Les émissions s’enchaînent sans arrêt. Les gens les écoutent dans le creux de leur main, avec leur téléphone, tout en surveillant les médias sociaux et en textant à des amis. Netflix aurait demandé aux scénaristes de tenir compte du fait que les auditeurs ne font plus attention; il faut donc leur rappeler sans cesse le déroulement d’une histoire. Dans un tel contexte, les gens doivent être déterminé à lire quelque chose. Ils ne le sont pas.

Les livres audio sont devenus une solution de rechange aux livres tout court parce qu’ils permettent aux auditeurs de faire plusieurs tâches en même temps. Vous pouvez lire tout en lavant la vaisselle ou en conduisant vers le travail.

Confrontés au rétrécissement de l’attention, les écoles auraient pu résister à la tentation de tout raccourcir et de simplifier les lectures. Mais non. Un sondage effectué en 2025 révèle que plus de la moitié des enseignants des écoles secondaires ont exigé la lecture d’au plus quatre livres par année. Pis encore, au fil des réformes, les écoles ont baissé les attentes. On demande aux étudiants de lire seulement de courts passages d’un livre, mais l’ouvrage au complet. Pour aider encore plus les étudiants, les examens comportaient ensuite des choix multiples.

Un grand nombre de programmes scolaires favorisent l’étude d’extraits d’œuvres littéraires. Quelques passages des Raisins de la colère de John Steinbeck devraient suffire…

Pendant ce temps, des élèves de huitième année passent quatre heures et demie par jour à consulter les médias sociaux. Le plus souvent, ils regardent des vidéos, souvent à double vitesse.

Conclusion

Cet article de l’Atlantic porte à réfléchir. Le déclin de la lecture – et donc de l’alphabétisation – a des conséquences incalculables. L’atrophie des capacités d’attention et d’analyse n’est pas sans conséquence. Elle a des répercussions considérables, notamment sur le plan politique, comme on le voit chez nos voisins du sud. Souhaitons que ce ne soit pas un signe précurseur.

Piton

Êtes-vous vite sur le piton?

Phrase incompréhensible pour toute personne de l’extérieur du Canada. Dans notre pays, le mot piton a pris le sens très particulier de bouton. Cette acception figure dans le Petit Robert.

On parlera des pitons sur un clavier d’ordinateur, d’un tableau de bord « avec plein de pitons ».

Quelques expressions

Le terme est très répandu chez nous. Par exemple, être vite sur le piton signifie être vite sur ses patins… bref faire les choses rondement.

Ne pas être vite sur le piton signifie exactement le contraire : ne pas être vigilant, ni très brillant.

Sens classique

Un piton peut être un clou ou une vis « dont la tête forme un anneau ou un crochet », nous dit le Robert.

Un piton peut également être un synonyme de pic : un piton rocheux.

Voilà deux sens que l’on attribue généralement dans la Francophonie à ce qui, au Canada, est surtout un bouton.

Formidable

J’espère que vous avez lu Le Parfum de Patrick Süskind, un livre formidable. La trame du récit est tout simplement l’olfaction; le héros possède un odorat exceptionnel ce qui lui permet d’appréhender le monde d’une manière extraordinaire.

Certains diront que nous vivons une époque formidable. L’intelligence artificielle nous permet de trouver en un clin d’œil des réponses qui, jadis, auraient exigé des recherches fastidieuses sur la Grande Toile. C’est formidable!

Sens originel

Les lecteurs auront remarqué mon utilisation très contemporaine du mot formidable.  Il y a plus d’un siècle, des érudits comme Victor Hugo ou Gustave Flaudert auraient sourcillé. Pour eux, j’aurais commis un faux sens. Car, à l’époque, formidable signifiait dangereux ou terrifiant. Voire monstrueux. La créature du docteur Frankenstein était formidable, non pas parce qu’elle sortait en boite, mais bien parce qu’elle sortait d’un laboratoire.

D’ailleurs, le Trésor de la langue française le confirme par la définition suivante :

Qui est à craindre ou qui inspire une grande crainte, qui est dangereux de nature ou terrifiant d’aspect.

On observera la marque d’usage de l’Académie : vieilli ou littéraire. Il va sans dire que les autres ouvrages de langue ont emboité le pas.

Aujourd’hui

Les mots, comme les langues, sont des organismes vivants et le terme a évolué. Il a même pris une valeur superlative, comme on a pu l’observer dans les deux premiers paragraphes de ce billet (formidable).

Considérable et stupéfiant sont aussi des définitions que l’on pourrait donner au mot en l’objet. Gisèle Pélicot a fait preuve d’une résilience formidable devant ses épreuves. En 1927, la traversée de l’Atlantique par Charles Lindberg était formidable, au sens de « stupéfiante », pour l’époque.

Il est remarquable de constater que le sens contemporain de formidable a à peu près complètement délogé le sens originel du mot. Celui-ci s’est muté en superlatif positif. Formidable, aurait dit Charles Tisseyre.

Maison Blanche

La résidence du président des États-Unis s’appelle la Maison-Blanche. Habituellement, on ne met pas de majuscule à l’adjectif lorsque celui-ci est après le nom. On devrait écrire Maison blanche, mais on ne le fait pas.

Cette règle, de garder la minuscule à l’adjectif, comporte une exception : l’adjectif qui précède le substantif prend la majuscule. Par exemple, le Grand Trianon. Si on écrivait la Blanche Maison, eh bien la majuscule serait justifiée.

On remarquera une autre exception, celle des appellations commerciales. Pensons à la Banque Nationale. La double majuscule donne ici plus de relief à cette raison sociale.

La même logique prévaut pour la résidence du président des États-Unis. Mais, comme je le signalais dans un article précédent, il est de coutume de mettre le trait d’union. L’appellation qui identifie l’édifice devient donc un nom composé, un peu à la manière d’un odonyme.

Par exemple, on écrira la rue des Grands-Châteaux. L’élément déterminatif s’écrit avec un trait d’union, une manière d’unifier le tout.

Maison Blanche

L’appellation Maison-Blanche est quelque peu malmenée dans la presse. La graphie classique avec trait d’union perd un peu de terrain dans la presse européenne. Les quotidiens Le Monde, Libération et Le Figaro écrivent maintenant Maison Blanche, bien que cet usage ne soit pas constant. La double majuscule est sauvegardée, mais pas le trait d’union.

Dans plusieurs articles de ce blogue, j’ai critiqué les règles byzantines du français sur la majuscule. Leur rigidité et surtout leur incohérence expliquent peut-être que certains scribes s’encanaillent. Ce n’est pas moi qui vais les blâmer.

Le Bahreïn

La guerre en Iran déborde sur les États du Golfe, sous-entendu le golfe Persique. Le petit royaume de Bahreïn subit les tirs envoyés par la République islamique, tout comme le Qatar et les Émirats arabes unis.

Avec ou sans article?

Les commentateurs français aussi bien que canadiens énoncent le nom du royaume de deux manières :

  1. On parle de Bahreïn tout court, sans article;
  2. On parle du Bahreïn, avec article.

L’utilisation de l’article est plus naturelle; après tout, ne dit-on pas le Qatar? Sans parler de l’Arabie saoudite ou du Yémen? Alors d’où vient cette incongruité?

Première hypothèse : (le) Bahreïn est un archipel et les noms d’îles s’énoncent souvent sans article : Cuba, Saint-Pierre-et-Miquelon. Toutefois, il faut remarquer que l’archipel nippon se dit le Japon.

Seconde hypothèse : on traite Bahreïn comme un nom d’île, donc pas d’article. Pourtant, une grande île comme le Sri Lanka requiert l’article. À noter également qu’on disait jadis Ceylan sans article… L’usage a donc évolué.

Un nouvel usage?

La question se pose : un nouvel usage est-il en train de se créer? On peut penser que oui. On pourrait argüer que les scribes qui parlent du Bahreïn pèchent par ignorance. C’est bien possible. Mais on peut aussi supposer qu’ils trouvent absurde de mettre un article à Qatar mais pas à Bahreïn.

Cette absence d’article est d’autant plus illogique que le nom arabe de l’émirat est al-Bahrayn. On voit donc que les arabophones utilisent l’article al. Alors pourquoi ne pas faire la même chose en français?

Limoger

Le verbe limoger a une origine intéressante et particulièrement originale. Son nom dérive de la ville de Limoges, en France. C’était l’endroit où le maréchal Joffre affectait les généraux qu’il jugeait incapables, pendant la Grande Guerre, future Première Guerre mondiale.

On disait alors que le général Groprunot avait été « limogé ».

Des petits hasards comme celui-ci forgent la langue et expliquent certaines incohérences apparemment illogiques, qui finissent par investir le français par le portillon du jardin.

Le verbe limoger a pris le sens général de renvoyer quelqu’un. En fait, le limogeage est la destitution ou le déplacement d’une personne jugée incompétente. Les amateurs de hockey se souviendront que le président du Canadien de Montréal Ronald Corey avait limogé son directeur général Serge Savard.

Dans le contexte de la fonction publique, on pourrait employer le verbe révoquer : on révoque un fonctionnaire. Ne vous inquiétez pas, c’est très rare…

Un dangereux faux ami

En anglais, dans un style relevé (lui aussi très rare), on pourrait parler de demission, que le Collins définit comme suit : « relinquishment of or abdication from an office, responsability ». Des synonymes nettement plus courants existent : dismiss, fire, etc.

Un traducteur incapable serait porté à parler de la démission d’un fonctionnaire, ce qui serait un faux sens. Un rédacteur plumitif dirait que le général Groprunot a été démissionné… Nul doute que ces deux énergumènes seraient limogés sur-le-champ.

Cassation

Écouter les informations françaises à TV5, ou les lire dans un journal de l’Hexagone, est une immersion dans la fontaine de jouvence pour tout Nord-Américain francophone.

On est frappé par la richesse du vocabulaire, un débit fluide, des phrases bien construites, non inspirées de la syntaxe anglaise.

L’affaire Marine Le Pen met en évidence des différences flagrantes entre le vocabulaire juridique français et celui qui a cours au Québec et au Canada.

Dans le cas de Mme Le Pen, il est question de cassation. La cheffe du Rassemblement national veut faire annuler une décision du tribunal. Elle forme un pouvoi en cassation. Cette formulation est inusitée au Canada.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on va en appel, on interjette appel. Le mot cassation risque d’être mal compris.

Pourtant, le mot est bel et bien français : « Annulation, par une cour suprême, d’un jugement, d’une décision rendue en dernier ressort par une cour d’une juridiction inférieure. » Dixit le Robert.

(Au Canada français, le mot juridiction est trop souvent employé dans son sens anglais d’État ou d’administration.)

En toute logique, une cour de cassation est ce qu’on appelle chez nous un tribunal d’appel.

Renverser une décision

En toute logique, une juridiction supérieure peut casser une décision rendue par un tribunal inférieur.

Des variantes existent : annuler, infirmer une décision.

Toutefois, « renverser une décision », comme on l’entend très souvent dans nos contrées, est un calque de l’anglais. Pensez-y, avez-vous déjà vu une cour de renversement? Par pitié, chers juristes et chers journalistes, évitez cette formulation anglo-saxonne.

Autre pays, autres mœurs

Bien entendu, il ne saurait être question d’adopter intégralement le vocabulaire français, d’autant plus que les mots de la justice sont souvent incompréhensibles pour le commun des mortels. Mais, il me semble qu’entendre une fois de temps à autre sur nos ondes que la Cour suprême vient de casser une décision serait une bouffée d’air frais.

La cause est entendue.

Exfiltrer

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis défraie la manchette, pour toutes sortes de raisons. L’une d’entre elles, linguistique, fait l’objet de cette chronique.

Certains médias ont parlé d’exfiltration, ce qui est inexact. Un simple coup d’œil au Petit Robert aurait permis d’éviter l’erreur. Voyons ce que dit le dictionnaire.

« Assurer le rapatriement de (un agent secret) au terme de sa mission. Organiser clandestinement la fuite de (qqn qui se trouve en milieu hostile). Exfiltrer des dissidents. »

On voit tout de suite que ça ne colle pas. Il aurait été plus juste de parler d’extradition, procédé qui consiste à se faire livrer un individu condamné. Par exemple, la France peut demander au Portugal l’extradition d’un trafiquant de drogues coupable de plusieurs crimes dans l’Hexagone.

Venezuela

Un petit mot sur ce toponyme espagnol, qui s’écrit sans accent, alors que le gentilé Vénézuélien en prend deux. Un autre illogisme du français? Pas vraiment, car Vénézuélien est bel et bien un mot français, et non espagnol. Dans la langue de Cervantès, on dit Venezolano.

Dans une autre chronique, j’ai déjà exprimé le vœu que certains toponymes étrangers soient écrits avec les accents du français. Matière à réflexion.

Cul

Une chronique cul par-dessus tête qui demande un certain CULot. Un mot innocent de trois lettres qui oscille entre vulgarité et acceptabilité. Car on peut parler de cul sans nécessairement être vulgaire et ceux qui souhaiteraient être dyslexiques pour éviter bassesse et trivialité seront confondus. Ils en resteront sur le cul.

Un mot comme un autre

On aurait tort de penser que cul rime sans cesse avec trivialité. Les automobilistes qui s’engagent dans un cul-de-sac pourront en témoigner, de même que les culs-de-jatte et toutes les personnes qui parlent avec la bouche en cul-de-poule. Celles qui pètent plus haut que le cul, bref. Au Québec, on est plus poli et on pète plus haut que le trou. L’honneur est sauf.

Les amateurs de vins aiment faire cul sec et boivent leur élixir jusqu’au fond de la bouteille. Ce fond de bouteille s’appelle le cul de la bouteille et jamais ne pourra-t-on accuser un œnologue de vulgarité lorsqu’il en parle. Eh oui, cul revêt parfois ses habits de gala et se glisse dans les conversations les plus innocentes. De quoi tomber sur le cul, diront les loustics, surtout si ladite bouteille nous coûte la peau du cul.

Un mot pas comme les autres

Il m’a fallu me botter le cul pour écrire ce texte, car le mot cul est le plus souvent employé dans un contexte de vulgarité. Qu’on en juge par les quelques expressions suivantes :

  • En avoir plein le cul : en avoir assez.
  • Se bouger le cul : se grouiller, réagir.
  • Lécher le cul : flatter quelqu’un.
  • Avoir le feu au cul : être en colère.

En Europe

Il y a prolifération d’expressions avec le mot cul, dont un certain nombre sont plutôt inusitées de ce côté-ci de l’Atlantique.

L’expression très imagée avoir le cul bordé de nouilles, c’est-à-dire être veinard, ne se voit pas au Canada français. Elle pourrait même susciter l’étonnement. Avoir du pot serait mieux compris.

Un peu de porno? Allons voir un film de cul, ou, de façon plus moderne, pourquoi ne pas le regarder sur son ordinateur, bien assis sur son cul. Tant qu’à y être, consultons les sites de rencontre pour se trouver un plan cul avec une gentille partenaire, généreuse de sa personne.

Un plan cul, vous dites? Jamais entendu cela ici. S’offrir une bonne baise, peut-être.

Autre expression étrange pour nous. Renaud chantait que les Français sont une bande de faux-culs, donc des hypocrites. Ce terme étonne.

Et que dire de cul-terreux? Une façon péjorative de décrire les paysans. Là encore, inusité au Québec et au Canada.

Icitte

Dans nos contrées enneigées, où des températures négatives, qualifiées de polaires en Europe, ne sont que rafraichissantes, on ne se pogne pas le cul. Non, on se grouille le cul… Et, s’il le faut, on se donne des coups de pied au cul pour affronter un froid polaire, soit en bas de vingt sous zéro.

Pourtant l’expression se pogner le cul est entrée dans le Robert. Signification? Ne rien faire tout simplement, comme on dit icitte (ici). On en reste sur le cul, n’est-ce pas?