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Grammaire oublier

Grammaire oublier

AVERTISSEMENT : Le titre de ce billet comporte une faute volontaire illustrant le propos du texte.

Mon père avait étudié jusqu’en onzième année. Il possédait peu de culture générale, pourtant quand il m’écrivait, lorsque j’étudiais en Europe, ses lettres ne comportaient aucune faute de grammaire. Je me souviens qu’un jour, il m’avait interrogé sur la conjugaison du verbe acquérir : il acquiert ou il acquière?

Ma mère avait étudié jusqu’en huitième année. Elle était une artiste et connaissait bien la musique classique, mais, comme c’était trop souvent le cas dans les années 1940, elle n’avait pas pu continuer ses études. Comme mon père, elle lisait peu et elle aussi, malgré tout, écrivait sans faute.

Combien de gens issus des milieux populaires en 2021 peuvent en dire autant? La réponse serait gênante.

La grammaire à la dure

Je soupçonne mes parents d’avoir appris le français à peu près de la même manière que moi, c’est-à-dire à la dure. Pour maîtriser le français, il faut bûcher, pas moyen d’y arriver autrement. À mon tour, je suis passé par les travaux forcés que sont les dictées. Mais avant, on s’était donné la peine de nous enseigner un art qui semble disparu : l’analyse de phrase. Patiemment, j’ai appris ce que sont un complément d’objet direct, un complément circonstanciel, un adverbe, une préposition, etc.

Bien entendu, tout cela était ardu et jamais les professeurs n’ont essayé par quelque tour de passe-passe de nous faire croire qu’on pouvait assimiler la grammaire française sans effort.

En réunissant tous ces éléments, il devenait relativement facile d’accorder ou de ne pas accorder un participe passé et d’écrire à peu près sans faute.

L’imparfait du subjonctif

Je ne sais pas si les étudiants et diplômés d’aujourd’hui ont la moindre idée de ce qu’est un imparfait du subjonctif. Le croiriez-vous, je l’ai appris en quatrième année du secondaire. La clé était de comprendre qu’il était formé à partir du passé simple.

Le passé simple? Vous dites? En Europe, on se demande si ce temps n’est pas appelé à disparaître pour être remplacé par le passé composé.

On voit bien que quelque chose s’est perdu en chemin. Déjà que mes parents trouvaient dommage qu’on n’enseigne plus le grec et le latin, comme jadis dans le cours classique. Néanmoins, rendu au collège et à l’université, j’écrivais le français sans faute.

Le français d’aujourd’hui

Des collèges au Québec offrent des cours de rattrapage en français parce que les étudiants sont incapables d’écrire correctement. Pire encore, leurs textes sont confus, voire incompréhensibles, parce qu’ils n’ont pas appris à organiser leurs idées. Bien des étudiants universitaires font encore des fautes. Ce sont pourtant des privilégiés possédant une éducation supérieure à la moyenne.

La question se pose : comment en sommes-nous arrivés là, après avoir dépensé autant d’argent pour instruire ces étudiants alors que le niveau d’instruction général de la population est supérieur à celui des années 1940?

Depuis plusieurs décennies, les élèves des écoles secondaires au Québec servent de cobayes à toutes sortes de réformes et d’expériences pédagogiques dont nous mesurons bien les résultats catastrophiques quant à la maîtrise du français. Le système d’éducation québécois a formé des cohortes d’incompétents transversaux qui écrivent au son.

On n’a qu’à lire la prose infecte des médias sociaux. Dans cette maison de fou, la déraison s’exprime dans une langue en haillons. Grammaire et orthographe massacrées qui témoignent d’un autre problème : l’indifférence à l’égard de la qualité du français.

Pourtant, le problème n’est pas nouveau. Il existait dans les années 1980 quand Claude Ryan était ministre de l’Éducation. Ses successeurs Pauline Marois et François Legault, aujourd’hui premier ministre, n’ont rien fait et l’amnésie collective se poursuit encore et encore.

Le déclin dramatique du français au Québec ainsi que l’indifférence des jeunes et des moins jeunes devant l’effritement de notre langue ne me rendent guère optimiste. Aurons-nous un jour un ministre qui aura le courage de tirer la ligne sur les élucubrations pédagogiques des technocrates et de restaurer des méthodes, certes moins séduisantes que les compétences transversales, mais qui, au moins, ont largement prouvé leur efficacité.

Des méthodes qui font passer mes parents peu instruits pour de grands érudits.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Médecine

Une personne œuvrant dans le monde de la psychologie est un psychologue; s’il s’agit d’une femme, on dira une psychologue. Une femme diplômée en génie sera une ingénieure.

Pourtant, une femme qui pratique la médecine est un médecin, point à la ligne. C’est ce qu’indiquent les dictionnaires courants. Sauf celui de l’Académie française, le croiriez-vous. Les Immortels y vont de cette précision, probablement nauséabonde aux yeux de la plupart d’entre eux :

La féminisation des noms de métiers et de fonctions se développant dans l’usage, comme l’a constaté le rapport de l’Académie française rendu public le 1er mars 2019, il est à noter que ce nom peut aussi s’employer au féminin.

On dira donc une médecin. C’est quand même une avancée, du moins en Europe. Au Québec, la féminisation des titres a été amorcée en 1976.

Médecine

La question se pose : pourquoi ne pas dire une médecine? Pourquoi en effet, car on le disait jadis. Comme on disait autrice, récemment ressuscité, philosophesse, et bien d’autres que l’Académie a éradiqué comme de la mauvaise herbe. La féminisation étant réservée à des métiers considérés comme inférieurs : ménagère, cuisinière, etc., mais pas professeur, par exemple.  

Les titres masculins demeurent plus prestigieux en Europe, comme en témoignent Anne Hidalgo, maire de Paris, Valérie Plante étant mairesse de Montréal. Il est clair que la réflexion sur les titres de profession n’est pas achevée en Europe, comme pourrait en témoigner la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, Hélène Carrère d’Encausse, qui tient à se faire appeler madame le secrétaire perpétuel.

 Médecine de cheval

Voilà un faux anglicisme qui est en réalité un terme vieilli ou un régionalisme. La médecine en question est un médicament. Certains préconisent remède de cheval. Quant à moi, l’expression en l’objet ne me dérange guère, d’autant plus qu’elle est parfaitement française.

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Fac

Mon amie Delphine va à la fac, elle étudie à l’Université de la Sorbonne en sociologie. Cette auguste institution se fait appeler dans les médias sociaux Sorbonne Université.

Mon ami Alexandre va à l’université, il étudie la sociologie à l’Université Laval de Québec. Dans les médias sociaux, cette institution se fait appeler… Université Laval.

La différence entre les formulations française et québécoise saute aux yeux.

Fac

Le mot fac est un diminutif de faculté, une composante de l’Université. Aller à la fac, c’est fréquenter l’université, une façon plus familière de dire la chose. Cette expression française en est une parmi tant d’autres que les Québécois doivent décrypter lorsqu’ils lisent un livre ou regardent un film de l’Hexagone.

Sorbonne Université

Cette formulation étonne et suscite des grincements de dents. Pourquoi? Parce qu’elle ressemble beaucoup à l’anglais : Oxford University. La concision proverbiale de l’anglais permet de créer une formule choc, qui se retrouve dans Sorbonne Université. Je me demande ce que la Française Académie en pense.

Je ne saurais dire si cette tournure est vraiment inspirée de l’anglais ou si elle se veut tout simplement plus moderne, mais à des oreilles québécoises elle est vraiment suspecte.

Chez nous personne ne dirait Laval Université, Montréal Université. L’institution qui se risquerait à adopter une telle appellation serait vivement dénoncée.

Rappel à mes lecteurs européens qui pourraient être irrités par mes propos : le Québec francophone vit à côté du géant américain et du Canada anglais : c’est environ sept millions de francophones contre 350 millions d’anglophones, ce qui nous rend plus frileux envers les emprunts à l’anglais. Imaginez la France encerclée par presque trois milliards de germanophones, qui ferait partie de l’Empire allemand, sans même être un pays. Comment vous sentiriez-vous par rapport à la langue allemande?

Master

Cette nouvelle appellation est maintenant employée à l’échelle de l’Europe, parce qu’il fallait uniformiser le nom des diplômes ; celui du deuxième cycle universitaire a pris le nom de master. Au Québec on l’appelle encore maitrise.

La terminologie des études est sensiblement différente chez nous. Le diplôme de premier cycle universitaire est un baccalauréat. À force d’en entendre parler, les gens plus éduqués, au Québec, savent que le bac est le diplôme qui couronne la fin des études secondaires en France. Nos téléjournaux parlent assez souvent des fourches caudines que représentent les examens du bac.

Le diplôme de premier cycle en France est une licence, titre que prenait jadis le premier grade universitaire au Québec.

Les deux pays se rejoignent au niveau du doctorat, aussi appelé Ph. D., souvent prononcé à l’anglaise, ici, pi-hetch-di. Mais comme en France nous faisons aussi notre doc.

Bien des étudiants du Québec séjournent en France pour étudier à l’université, ce qui est toujours une expérience enrichissante. À présent, les Français affluent dans les universités québécoises, ce qui leur permet de faire connaissance avec l’Amérique en français. D’ailleurs certains d’entre eux choisissent de rester au Québec, malgré la bureaucratie byzantine que les autorités de l’immigration imposent aux nouveaux arrivants. Hélas.

Faque

Les cousins qui atterrissent ici entendront souvent les Québécois glisser un faque dans leur discours. Il n’est nullement question d’université, ici. Faque n’est rien d’autre que la contraction de cela fait que

Faque c’est tout pour aujourd’hui.

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Enregistrer

Le verbe enregistrer peut paraitre parfaitement innocent, mais il peut parfois devenir un anglicisme. C’est notamment le cas lorsqu’on vous demande si vous vous êtes enregistré à l’hôtel. Inscrire est le verbe que nous cherchons. De la même manière, un colis enregistré est un colis recommandé.

Le sens initial d’enregistrer est de consigner dans un registre. Le sens plus courant, de nos jours, est de transcrire une image ou un son sur un support matériel. Par exemple, enregistrer une chanson, une entrevue.

Un bel exemple, aussi, est l’assistant vocal Google qui peut enregistrer ses utilisateurs par erreur. L’iPhone également, car Siri peut démarrer une recherche en entendant un seul mot lorsque vous parlez à quelqu’un; cela m’est arrivé. Nous oublions un peu vite que ces belles innovations techniques peuvent se retourner contre nous et servir à nous espionner. J’en ai discuté l’autre fois avec ma télé intelligente.

Un autre sens du verbe en question est de consigner par écrit. Le Robertdonne comme exemple : « enregistrer un mot, une locution dans un dictionnaire. »

Autre définition intéressante de notre verbe : prendre note de… Quelques exemples :

Le Québec enregistre un nombre de contaminations inférieur à l’Ontario et à l’Alberta.

Statistique Canada enregistre une hausse du cout de la vie.

En somme, enregistrer peut être utilisé sans crainte de se tromper dans la plupart des cas.

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Du coup

La locution du coup est devenue un tic langagier omniprésent en France. Elle sert à la fois de conjonction et d’adverbe. Quiconque écoute la télé française ou regarde des films doublés dans l’Hexagone ne peut qu’être frappé par la popularité de l’expression.

Citation du journal Le Figaro.

C’est ce qui s’appelle une expression coup-de-poing. Avec elle, toutes les conjonctions adverbiales et locutions sont tombées. Assommées. « Du coup » s’est littéralement imposé. Partout. « On ne sort pas ce soir. On fait quoi du coup? », « il ne veut pas manger de salade, du coup je fais des haricots », etc. Les exemples sont nombreux et éloquents.

Utiliser du coup comme un adverbe, avec le sens d’aussitôt, constitue une faute.

Lorsque du coup marque un enchainement, une conséquence, il est facile à remplacer par les mots et locutions suivantes : donc, par conséquent, dans ses conditions, conséquemment, alors, c’est donc dire, ce qui fait que, de ce fait, ainsi, partant de là, par là même.

Et pourquoi pas, subséquemment?

Autre tic observé, terminer les phrases par voilà! On dirait que le locuteur ne sait pas comment marquer la fin de son intervention et sent le besoin de l’exprimer à haute voix. Le français a traversé les siècles sans clore ses énoncés par cette préposition. Pourquoi ne pas poursuivre dans la même voie?

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Tréma

Dans un article paru dans Le Devoir en 2020, le journaliste Jean-François Nadeau décrivait la prolifération du tréma dans les raisons sociales au Québec et à l’étranger. Cette tendance vient, quant à moi, d’un mimétisme maladroit par rapport à certaines langues scandinaves, comme le suédois et le finnois. (Le danois et le norvégien n’utilisent pas le tréma.)

Le suédois et le finnois utilisent régulièrement le tréma pour infléchir la prononciation de certaines voyelles, bien que le finnois ne soit pas une langue germanique comme le suédois.

Toujours est-il que la Scandinavie est associée, à tort ou à raison, à un certain art de vivre, moderne, dépouillé et tout ce que vous voudrez, qui fait tendance, comme on dit. Insuffler un certain exotisme à des noms de marques est irrésistible. Voici quelques exemples que relevait Nadeau :

  • NüBerri
  • Le projet domiciliaire Fridöm
  • Kabïnn
  • Les appartements Blü
  • Förena, une « cité thermale »
  • La crème glacée Häagen-Dazs, un autre de ces faux noms danois, celui-ci patenté de toutes pièces par un Polonais du Bronx, et qui ne veut strictement rien dire, lui non plus, dans aucune langue.
  • Iögo, votre yougourt.
  • Motörhead
  • Humör, votre slip à bas prix bien québécois de la maison Simons.

Le tréma dans les autres langues

Le tréma n’est pas l’apanage des langues scandinaves. On le voit en allemand comme en turc, aussi en hongrois, entre autres. Dans la langue de Goethe, par exemple, placer un tréma sur le o a une incidence : il se prononce eu et non plus o.

Le tréma n’est donc pas un accessoire décoratif sans effet, comme semblent le croire les agents de publicité. D’ailleurs la question de la prononciation se pose dans les marques précitées. Quelqu’un peut m’expliquer comment le tréma dans Häagen-Dazs doit être prononcé? Et le zs final? Doit-on dire Frideum quand on lit Fridöm? Et que peut bien signifier le ï dans Kabïnn? Vacuité? Insignifiance?

Le tréma en français

En français le tréma indique que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément. Par exemple ambiguë.

Or l’Académie française a changé son fusil d’épaule et précise que le tréma doit être placé sur la voyelle qui doit être prononcée avec son timbre propre : aigüe, ambigüe, ambigüité, cigüe, exigüe, etc.

En outre, signale Joseph Hanse, « Elle a (…) décidé de mettre un tréma sur u dans certains mots pour lutter contre une prononciation défectueuse: argüer, gageüre, mangeüre, rougeüre, vergeüre. » Fort bien, mais bilinguisme a été laissé de côté. On devrait écrire bilingüisme.

Ai-je besoin de préciser que ces changements, pourtant très logiques, n’ont pas pénétré l’usage?

Qu’on le mette sur une voyelle ou sur une autre, le tréma a son utilité la plupart du temps. Dans certains cas, toutefois, son inutilité est flagrante, comme dans Noël. On pourrait lui emprunter son tréma et le transférer à arguer, que beaucoup d’érudits prononcent (logiquement) ar-gué, et non ar-gu-é. Le saviez-vous?

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Futur

Le futur constitue la temporalité majeure du Pour-Soi, dans la philosophie de Jean-Paul Sartre. Je vous laisse le soin de spéculer sur le sens profond de cette affirmation.

Le mot futur y est employé au sens d’« avenir » et certains condamnent cet usage. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien établi. Le Robert signale que l’utilisation de futur est abusive et influencée par l’anglais, dans une locution comme « Le passé, le présent et le futur. »

Je suis d’accord pour dire que l’influence de l’anglais est ici palpable, si ce n’est que le sens demeure clair et qu’il correspond à la définition que donne le même ouvrage du mot en question :

Partie du temps qui vient après le présent.

Plus jeune, je lisais des livres dans la collection Présence du futur, aux éditions Gallimard. Il s’agissait d’ouvrages de science-fiction, autre anglicisme bien implanté. Il serait possible de parler de romans d’anticipation, mais cette expression n’a pas la cote et pourrait être considérée comme appartenant au passé… Rien à voir avec le futur, bref.

Tout cela pour dire que l’on peut discerner une certaine influence de l’anglais dans l’emploi du mot futur, mais qu’il me parait difficile de le condamner, malgré tout. Quant à cette lorgnette grossissante vers le futur qu’est la science-fiction, il serait bien malaisé de tenter de l’éradiquer, même dans un futur, pardon, un avenir lointain.

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Influenceur

On me pardonnera cette chronique quelque peu narcissique.

Aujourd’hui, la notion d’influenceur.

Question existentielle : suis-je un influenceur?

Qu’est-ce qu’un influenceur?

En gros, une personne se servant de son blogue ou d’une plate-forme comme YouTube pour propager ses opinions et influencer un groupe d’individus. Le Larousse précise que cette influence s’étend sur l’opinion publique, voire sur les décideurs.

Évidemment, tout dépend de ce qu’est un groupe d’individus et de sa taille. En outre, il faut aussi – et surtout – considérer le nombre d’abonnés. Quand on regarde l’influence qu’ont certaines personnalités connues, on revient vite sur le plancher des vaches.

Personnellement, je compte 1903 abonnés sur Twitter; Guy A. Lepage en a 455 000, Karine Vanasse, 87 000. J’ai des croûtes à manger…

Ce serait bien prétentieux de dire que moi, je suis un influenceur.

Quand on parle d’influenceurs, il est surtout question de personnalités très connues, dans le monde du journalisme, de la politique et de cette race nouvelle apparue au cours des dernières années : celles qui se font connaitre dans les médias sociaux.

Ce sont par exemple des filles qui analysent des produits de beauté, des cuisiniers qui exercent leur art sur YouTube.

Je n’ai pas la prétention de rejoindre autant de personnes. La question de la langue française n’est pas celle qui excite tellement les foules; la difficulté que j’ai à attirer l’attention des médias sur mon livre en est une preuve brutale (gros soupir).

Sauf que…

Les chiffres parlent

Mon blogue attire l’attention d’un public spécialisé qui n’a rien à voir avec celui des grandes vedettes artistiques et médiatiques (le pouvoir de l’adjectivite!). Il est évidemment oiseux de faire des comparaisons avec ces gens qui défilent régulièrement dans les médias, l’un invitant l’autre à son émission…

Mais, toutes proportions gardées, je pense quand même obtenir un certains succès.

En consultant les statistiques de mon blogue, je me rends compte que mes articles sont beaucoup plus lus que je ne l’imaginais. C’est même assez renversant.

J’ai donc une certaine influence dans un monde relativement restreint.

La publication d’un nouvel article suscite une certaine anxiété… (Voir mon article sur ce mot.) Combien de gens vont le lire? Je vois assez vite si j’ai fait mouche… Si le compteur du blogue affiche quelques dizaines de personnes en moins d’une heure, je sais que de 300 à 400 personnes l’auront lu en fin de journée.

Pour ceux que ça intéresse, le record mondial, absolu et jamais égalé (un nouveau record) pour une journée est mon article sur le français au Québec et en France. Il a eu un grand retentissement (façon de parler). Je m’attendais à des critiques outrées de Québécois susceptibles, convaincus de parler un excellent français… eh bien non! Beaucoup m’ont félicité de mon courage. Des Français y ont réagi avec sympathie; ils ignoraient que le français était si précaire au Canada.

Certains articles suscitent des centaines de clics, mais pas toujours les articles que j’attends. Au cours du dernier trimestre, les textes les plus populaires sont les suivants :

  1. Empowerment.
  2. États-Unis : pluriel ou singulier?
  3. Finnois ou Finlandais?
  4. Des chevals?
  5. Le français au Québec et en France.

Ah, les fameux chevals… Qui aurait pensé? Le billet a été publié en mars 2018. Mais s’il avait paru en 2013, il caracolerait sûrement en tête de peloton.

J’écris mes articles depuis mars 2013. Certains d’entre eux sont dans le paysage depuis un bon bout de temps. Je constate que les billets à saveur géographique retiennent beaucoup l’attention. Voici les articles les plus lus depuis la création du blogue, avec le nombre de clics :

  1. Finnois ou Finlandais?                                   30 031
  2. Écrire et traduire les adresses.                      15 9345
  3. États-Unis : pluriel ou singulier?                   15 237
  4. Iraq ou Irak?                                                  8 193
  5. Sinophones ou magyarophones.                  7 672
  6. Politiciens ou politiques?                                7 221
  7. Empowerement.                                           7 173
  8. Les majuscules : des règles à revoir.             7 066
  9. Viet Nam ou Vietnam?                                  6 562
  10. Seconde ou Deuxième Guerre mondiale?    4 952

Courrier

Tenir un blogue suscite des réactions de toutes sortes. Certaines font chaud au cœur, tandis que d’autres sont vraiment décevantes. Je vous renvoie à un article écrit l’an dernier à ce sujet. Qui écrit à un blogueur/influenceur?

Anxieux

On dit souvent que la dépression est le mal du siècle, mais l’anxiété ne laisse pas sa place, surtout en période de pandémie. L’anxiété, qui vient du latin anxietas, est cette appréhension de l’imminence d’un évènement dangereux. Les personnes éprouvant cette émotion sont anxieuses.

L’anglais anxiety a le même sens que son équivalent français. Son adjectif anxious a aussi le même sens qu’anxieux. On relève toutefois une définition assez surprenante :

Intensely, desirous, eager

Le Collins donne comme exemple : anxious for promotion.

On pourrait penser qu’il s’agit d’un sens spécifique à l’anglais, cette langue ne concordant pas toujours avec le français, comme nous le savons.

Être anxieux de…

Pourtant une petite surprise nous attend au détour. Pas besoin d’éprouver de l’anxiété… pour être anxieux. En effet, l’expression être anxieux s’entend au sens d’être désireux, impatient de faire quelque chose. Le Larousse précise : « attendre quelque chose avec une grande impatience ».

Le calque syntaxique parait évident. Tant le Dictionnaire des anglicismes de Colpron que le Multidictionnaire sanctionnent l’expression, la dénonçant comme un anglicisme.

La cause semble entendue, mais attendons un peu avant de crier au calque!

Ni le Robert ni le Larousse n’indique que cette expression vient de l’anglais, ce qui est déjà suspect. Eh bien le calque n’est pas du tout là où on le croit.

Surprise! Le Trésor de la langue française recense l’expression « être anxieux de »:

Qui éprouve, témoigne de l’anxiété, dont l’extrême tension nerveuse résulte d’une attente vécue dans le plaisir.

Cette tournure m’a toujours parue suspecte et quelque peu absurde. Être anxieux n’est pas un état agréable et attendre avec impatience un évènement heureux ne génère pas d’anxiété au sens classique du terme.

Pas étonnant que bien des langagiers tiquent. Dans son célèbre ouvrage, Meertens suggère « être très désireux, soucieux, avide de… » Une variante : « Souhaiter vivement, tenir beaucoup à… » Il semble donc que c’est finalement l’anglais qui a calqué le français, comme cela s’est produit souvent. Être langagier rend parfois anxieux, n’est-ce pas?

Racisme

On parle beaucoup du racisme, en bonne partie à cause du meurtre ignoble de Goerge Floyd aux États-Unis. Il est évident que dans ce pays les Noirs sont racisés.

Racisés ou racialisés? Là est la question, comme dirait l’autre.

Commençons par démêler les deux termes. La Ligue des droits et libertés pas plus que Termium ne fait de différence. Dans les deux cas, on renvoie à des personnes ayant subi de la racisation. On aurait pu dire de la racialisation. Tous ces mots sont de beaux néologismes signalant l’évolution de la langue.

Néologismes vraiment? Le Petit Robert nous apprend que le mot racisé existe depuis au moins 1907… La définition est claire :

Personne touchée par le racisme, la discrimination.

Assez curieusement, le mot racisé ne figure pas dans le Petit Larousse. Néanmoins, un exemple intéressant de mot revenu en force tout simplement parce qu’il n’a pas perdu sa pertinence.

Dans l’usage courant, il est clair que personnes racisées et racisation ont la cote. Ces deux dérivent d’ailleurs du mot race et sont liés au racisme, sur lequel je reviens en fin de billet.

La notion de race

La Ligue relève la confusion que sème dans bien des esprits la notion de race.

Notons que, les « races » et les groupes dits « raciaux » ou « ethniques » sont souvent un mélange des genres : on les invoquera ou les supposera en parlant par exemple de musulman-e ou de Juif, juive (religion), de Noir-e (couleur de peau), d’Arabe (langue) ou d’Asiatique (continent).

Cette précision est importante, car assimiler les Noirs ou les Arabes à une race constitue une erreur; de la même manière on ne peut prétendre que l’islam est une race.

Soit dit en passant, le Larousse prend ses distances avec le mot race dans la définition qu’il donne du racisme :

Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.

Le plus grand respect accordé aux membres de minorités ethniques et sexuelles a entraîné une mutation du vocabulaire.

La notion de race a d’ailleurs cédé le pas à celle d’ethnie, dans la mesure où l’on peut considérer qu’il n’y a qu’une seule race humaine, et non plusieurs comme on le soutenait jadis. De toute manière, cette question relève davantage de l’anthropologie que de la linguistique.

Une nation se compose souvent de plusieurs ethnies, qu’on pourrait à la rigueur appeler « peuples ». Par exemple, la Grande-Bretagne comporte les ethnies suivantes : Anglais, Écossais, Gallois. Ce ne sont évidemment pas des races.

Raciste

Tout d’abord, ne pas confondre avec racial : relatif à la race. Est raciste une personne qui pratique le racisme. Selon le Larousse, le racisme c’est :

Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.

L’exemple le plus percutant est celui de l’Allemagne nazie qui a mis en place une hiérarchisation des peuples, certains étant considérés supérieurs et d’autres inférieurs. On peut aussi penser à la Chine d’aujourd’hui qui est en train de détruire les peuples Tibétains et Ouïghours. Voilà de beaux exemples de populations racisées.

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