Monthly Archives: octobre 2021

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Comprenez-vous?

Avez-vous déjà eu cette étrange impression de vous être exprimé clairement et de vous heurter à un mur d’incompréhension?

Sûrement.

Il n’y a qu’à écouter autour de soi pour constater que la plupart des gens ne maitrisent pas la langue. Le vocabulaire est déficient – on peine à nommer les choses correctement. Pire encore, la syntaxe est délabrée, on construit des phrases comme si on empilait des vieilleries dans la cave, sans trop savoir qu’en faire.

Deux anecdotes. Je suis chez mon tailleur et je veux acheter des jeans de très bonne qualité, plus minces que ceux vendus un peu partout. Le vendeur me dirige justement vers ce genre de vêtement au tissu grossier. Je suis obligé de répéter ma demande pour qu’il comprenne enfin ce que je veux.

Je m’exprime pourtant avec clarté et précision, alors pourquoi n’a-t-il rien compris la première fois?

Deuxième histoire, qui date un peu. J’achète de la pellicule pour mon appareil et je veux prendre des photos noir et blanc. La fille au comptoir veut me faire comprendre que les films 100 ASA ne sont pas les meilleurs dans ce cas, mais elle est incapable de le dire. Son français est tellement rudimentaire qu’elle n’arrive pas à traduire son idée en mots. Elle finit par me dire que ce serait mieux d’acheter du 400 ASA.

Je joue au télépathe et exprime ce qu’elle a dans le fond de la tête : vous voulez dire que je serais mieux d’acheter une pellicule plus sensible pour mieux faire ressortir les contrastes. « C’est ça. »

Les causes?

Des études ont montré qu’environ la moitié des Québécois ont du mal à comprendre un texte écrit. Cela n’est guère surprenant quand on voit comment l’ensemble de la population s’exprime. Les vox populi grinçants dont les journalistes tapissent leurs reportages (avant la pause publicitaire) en sont un brillant témoignage.

Les causes de ce désastre sont multiples. L’environnement anglo-saxon écrasant en est une : le vocabulaire et la syntaxe de l’anglais pénètrent aisément par toutes les fissures de notre français délabré.

L’enseignement du français et les multiples réformes imposées au fil des décennies. Je me demande souvent ce que l’on fait au juste dans les classes. Comment enseigne-t-on la grammaire et l’orthographe? Comment se fait-il qu’à peu près tout ce que l’on lit un peu partout (petites annonces, médias sociaux, etc.) est rempli de fautes grossières?

L’incompréhension des règles d’accord (finales en er, ez), la confusion des homonymes c’est, s’est, ses, ces me jette par terre. Après 11 ans d’étude du français. Mais qu’est-ce qui ces donc passer?

Même les journalistes, qui devraient donner l’exemple, finissent par dire n’importe quoi, sans jamais chercher le sens véritable des mots. Les impacts, enjeux, partager, thématiques, problématiques en sont de vibrants exemples. Les commentateurs ne semblent pas avoir la moindre idée de la signification réelle de ces mots.

À tout cela s’ajoute l’indifférence, la paresse collective de bien parler. C’est peut-être le plus grave problème.

Le résultat est qu’une personne comme moi, qui s’exprime clairement, mais sans affectation, passe pour une sorte d’extraterrestre en public. Mes interlocuteurs sont désorientés d’entendre quelqu’un parler autrement qu’à coup d’approximations… genre.

On pourra reprocher aux Français tout ce qu’on voudra, notamment leurs anglicismes ridicules, prononcés de manière farfelue. Mais écouter la télé française est un ressourcement en soi. La fluidité du discours, la précision du vocabulaire sont admirables.

Pour les amoureux de la langue française, c’est une cure nécessaire.

Portfolio

Le remaniement ministériel que le premier ministre Trudeau a partagé a eu de l’impact sur son Conseil des ministres et a fait en sorte que plusieurs d’entre eux ont changé de portfolio.

Qu’est-ce qui cloche dans cette phrase écrite en style journalistique contemporain? (Soupir…)

La voici réécrite : Le remaniement ministériel du premier ministre Trudeau a eu des répercussions sur son Conseil des ministres et plusieurs d’entre eux ont changé de portefeuille.

Les lecteurs qui voudront en savoir plus sur les corrections consulteront les articles suivants :

Les reportages sur la question nous ont malheureusement asséné une autre horreur que l’on n’attendait pas, à savoir portfolio, anglicisme grinçant pour portefeuille.

Par exemple, notre ancien alpiniste de la tour du CN, Steven Guilbault s’est vu confier le portefeuille de l’environnement. Certains médias, dont La Presse, ont employé portfolio.

Ce mot est emprunté à l’italien portfogli et désigne un ensemble de photos ou de gravures qui sont présentées dans un coffret ou une pochette. En anglais, le même terme est employé pour l’ensemble des responsabilités d’un ministre, ce qu’on appelle portefeuille en français.

Cette erreur nous rappelle le danger d’emprunter directement à l’anglais sans vérifier la définition d’un mot en français. Traduire machinalement – pour ne pas dire comme une machine – n’est jamais une bonne idée.

Mouliner

La maitrise du français au Québec est vraiment déficiente, j’en ai souvent parlé. Écouter les informations à la télé française est une véritable cure de jouvence, ne serait-ce que pour l’absence de pauses commerciales. Le vocabulaire précis et la syntaxe m’émerveillent sans cesse.

Un reportage diffusé dans le bulletin du 20 octobre 2021 de France 2 exposait la faiblesse du réseau informatique dans certaines régions de l’Hexagone. Des personnes interrogées déploraient les difficultés de connexion.

Au Québec, on aurait parlé d’un site qui est très lent, qui tourne en rond, qui met du temps à se télécharger, etc. Rien d’inexact, mais très prosaïque, vous admettrez.

Et que disaient nos cousins en montrant leur ordi en train de pédaler dans le vide? « Et voilà, regardez, il rame, il mouline. » Tellement plus joli, n’est-ce pas? On imagine très mal ces expressions chez nous.

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Vous trouvez le français compliqué? Très compliqué? Inutilement compliqué? Vous lirez avec intérêt mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français. L’auteur y explique comment on pourrait moderniser l’orthographe et la grammaire de notre langue sans la dénaturer complètement.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Dernier droit

On entend cette expression aussi bien dans le monde du sport que dans un contexte plus général. Elle est fautive et s’inspire de l’anglais the last straight. Dans une course de 400 mètres, par exemple, on dira que les coureurs abordent le dernier droit. En politique, on dira qu’une campagne entre dans son dernier droit, c’est-à-dire dans les derniers jours.

Le français est pourtant très simple : la dernière ligne droite. Exemple tiré du Multidictionnaire de la langue française :

Les cyclistes se positionnent en vue de la dernière ligne droite.

Dans un contexte plus général, on parlera aussi de la dernière ligne droite d’un projet. Évidemment, il sera toujours possible de moduler, selon le contexte. Quelques suggestions : les derniers moments/détails, la touche finale, le parachèvement, etc.

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Transparence

La transparence est un thème à la mode; les entreprises, les gouvernements, les individus aspirent à être transparents, sans nécessairement y parvenir. Les premières s’engagent à être transparentes tout en ayant bien des choses à cacher; les seconds en font un engagement solennel… avant de prendre le pouvoir; quant aux individus…

Pour les langagiers, une question se pose : peut-on appliquer le concept à des choses abstraites? Sommes-nous devant un autre calque insidieux de l’anglais?

Les chasseurs de primes seront déçus. Si la transparence s’applique à des objets matériels, comme l’eau ou le teint, elle décrit aussi des notions plus abstraites.

Une visite dans les dictionnaires ne laisse aucun doute. Le Robert parle de la transparence des intentions d’une personne; le Larousse est également très clair : « Parfaite accessibilité de l’information dans des domaines qui regardent l’opinion publique. »

Réclamer la transparence du financement des partis politiques.

Lorsque le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, en 1976, son président, René Lévesque, avait promis un gouvernement transparent. Cet usage ne date donc pas d’aujourd’hui.

Certains voudront substituer honnêteté à transparence, mais ce serait un glissement de sens. On peut être honnête sans être transparent. C’est d’ailleurs ce vers quoi tendent les autorités politiques, avec des succès très relatifs…

Un synonyme intéressant serait sincérité. Qu’en pensez-vous?

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Déconstruire

Pendant longtemps, j’ai cru que le verbe déconstruire était une façon chic de dire analyser. Je dois quelque peu nuancer cette opinion arbitraire. Au départ, la définition proposée par le Robert sembler pointer vers la redondance des deux termes.

Analyser : Opération intellectuelle consistant à décomposer un tout en ses éléments constituants et d’en établir les relations.

Cependant, déconstruire renvoie à une certaine forme de destruction.           

Défaire par l’analyse (ce qui a été construit). (Robert)

Défaire la construction, la structure, l’organisation de quelque chose. (Larousse)

Le Robert en ligne en rajoute : Défaire complètement ce qui a été construit.

Il ne s’agit donc plus de comprendre les mécanismes d’un tout, mais bien de le défaire. Tout comme on peut déconstruire un bâtiment, on peut déconstruire un concept, une idée.

Par exemple, on peut déconstruire l’idéologie du libéralisme économique en faisant valoir un de ses principes sous-jacents : L’accumulation de richesses par quelques privilégiés finit par profiter à tout le monde. Ce n’est qu’en partie vrai.

L’anglais, quant à lui, ne s’y trompe pas. Déconstruire est rendu par deconstruct, dismantle.

En fin de compte, la déconstruction est une analyse plus agressive.

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Offshore

Le scandale des Pandora Papers vient révéler toute la duplicité de nos dirigeants qui prétendent lutter contre l’évasion fiscale, mais ne font à peu près rien, parce que beaucoup d’entre eux profitent du système ou en profiteront. D’ailleurs qui peut nommer une firme importante ou une personnalité qui a dû rembourser à la collectivité les sommes qu’elle lui a dérobées en les versant dans des paradis fiscaux?

Les Jacques Villeneuve et autre Tony Blair ont ouvert des comptes dits offshore dans les Caraïbes ou ailleurs. La notion d’offshore est tellement courante qu’elle est entrée dans les dictionnaires courants. La recommandation officielle est extraterritorial.

En effet, quelle bonne idée! Mais en voici d’autres : si une entreprise a des actifs offshore, ils sont placés à l’étranger, dans un autre pays. Soit dit en passant, voilà une belle façon de réhabiliter le mot étranger, que la rectitude politique anglo-saxonne a banni pour le remplacer par international, ce qui entraine toute une ribambelle de faux sens, comme dans étudiants internationaux, terme joyeusement adopté par nos institutions d’enseignement.

On parle aussi de plateformes pétrolières offshore, celles qui font du forage en mer, au large. Il est également possible de parler de forage côtier ou encore marins. Là encore, on peut aisément se passer de l’anglicisme.

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Province

Le vocabulaire constitutionnel canadien est entachés d’anglicismes, sans compter tous les faits erronés rapportés dans les médias.

Le mot province, qui désigne les dix États fédérés composant la fédération canadienne, fait partie de ces anglicismes. Beaucoup seront surpris, car une province peut être une subdivision territoriale, comme l’indique le dictionnaire de l’Académie.

La Loi constitutionnelle de 1867 crée le Canada moderne et institue quatre provinces : le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Ces États font partie d’une fédération – et non d’une confédération. Des pouvoirs précis leur sont attribués, certains exclusifs, d’autres partagés avec le nouveau gouvernement fédéral.

Le mot province, pour désigner un État fédéré, est inspiré de l’anglais et mentionné depuis un bon bout de temps dans les dictionnaires traditionnels, à commencer par celui de l’Académie; on y apprend que le même mot est utilisé en Belgique pour parler d’une division politique et administrative. Le Petit Robert, quant à lui, précise que les provinces sont souveraines dans leurs domaines de compétences.

Malgré les origines anglaises du terme en question, il serait vain de tenter de lui substituer l’expression État fédéré.

D’autres pays fédéraux emploient des mots originaux. Nous avons bien sûr les États-Unis, composés de cinquante États; la Suisse avec ses vingt-six cantons; l’Allemagne et ses seize Länder, mot qui signifie « pays ».

Pour ceux qui se posent la question, le Canada est une fédération, c’est-à-dire un pays divisé en États fédéraux. Une confédération est une association d’États souverains. L’Union européenne, par exemple, est un ensemble confédéral.

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