Voici le résumé d’un article de l’excellente revue états-unienne The Atlantic. L’auteur fait le point sur le déclin marqué de la lecture chez les jeunes Américains, l’ère des médias électroniques.
Les intertitres sont de moi et aucun outil de traduction automatique n’a été utilisé pour la rédaction de ce texte.
L’ère de la lecture touche-t-elle à sa fin?
On lit de moins en moins
L’écriture a été inventée en Mésopotamie il y a quelque 6000 ans, principalement pour consigner les inventaires de céréales. La capacité de lire s’est répandue avec l’invention de l’imprimerie, par Gutenberg, en 1440. Au fil des siècles, l’alphabétisation a gagné du terrain dans les pays développés.
Toutefois, la lecture semble devenue un exercice de plus en plus exigeant pour la jeune génération biberonnée aux écrans et à l’intelligence artificielle. Les indices en ce sens ne manquent pas.
La National Endowment for the Arts a réalisé en 2022 un étude très détaillée les habitudes de lecture des États-Uniens. Celle-ci a révélé que moins de la moitié des adultes ont lu un livre en 2022. Seulement 38 pour 100 avaient lu un roman ou une nouvelle. L’étude réalisée auprès de 236 000 personnes a aussi révélé que la proportion des États-Uniens lisant pour le plaisir est passée de 28 pour 100 en 2004 à 16 pour cent en 2023. Autrement dit, un Américain sur six lit pour le plaisir.
La situation n’est guère plus reluisante pour les journaux. En 1975, la moitié des gens dans la vingtaine lisaient un journal chaque jour. Aujourd’hui moins de 10 pour 100 le font. La plupart des Américains s’informent par leur téléphone et leur ordinateur, tandis que 40 pour 100 d’entre eux préfèrent regarder les nouvelles en ligne, plutôt que de les lire.
La capacité de bien s’exprimer fléchit elle aussi
On observe aussi que les phrases des livres à succès recensés par le New York Times comportent des phrases qui sont environ un tiers plus courtes qu’il y a un siècle. En outre, les phrases plus longues ne sont pas nécessairement mieux écrites.
On est donc loin du niveau de maitrise de la langue observé jadis. Des lettres de soldats écrites pendant la guerre de Sécession étaient souvent d’un style très relevé, ce qui serait inconcevable de nos jours.
Le déclin n’a rien de surprenant quand on sait que l’indice d’alphabétisation chez les adultes a fléchi : environ 30 pour 100 des Américains d’âge adulte ne peuvent réécrire un texte de plusieurs pages ni en comprendre le sens. En 2017, ce pourcentage était tombé à moins de 20 pour 100. Ce qui signifie que 8 États-Uniens sur 10 ont du mal à comprendre un texte.
Le plus court possible
Paradoxalement, les États-Uniens lisent probablement plus que jamais. Toutefois, ce qui a changé, c’est ce qu’ils lisent. Les gens sont ensevelis sous les courriels, les messages texte, les statuts dans X, les liens vers Reddit et les légendes dans Instagram. Le plus souvent, ce sont des textes très courts. Quand c’est trop long, on lâche prise.
Tout ce déluge de messages diminue la capacité des Américains de lire des textes plus substantiels et plus compliqués.
Comme si cela ne suffisait pas, la capacité des étudiants de lire un livre diminue. Des bibliothécaires américains achètent des livres moins longs pour plaire au public.
Même au niveau universitaire le mal est ressenti. Un étudiant de Harvard a demandé à Chat GPT de lui résumer le roman L’Orange mécanique, pour éviter de le lire au complet. Ici, on ne parle pas d’une brique comme La Guerre et la paix.
Des étudiants en littérature dans une université états-unienne ont déjà protesté contre le grand nombre de romans à lire pendant une session. Des étudiants en littérature. Même eux sont gagnés par la paresse.
La post-alphabétisation
En 1962, le grand théoricien des médias Marshall McLuhan prédisait que le monde occidental entrerait dans une ère de « post-alphabétisation ». Dans La Galaxie Gutenberg, publié la même année, il affirmait que cette ère était déjà commencée : les médias électroniques supplantaient l’écriture. À l’époque, 90 pour 100 des foyers possédaient un téléviseur, contre 9 pour 100 dix ans plus tôt. La télé était en train de devenir la principale source d’information. Dans les foyers états-Uniens, on écoutait la télé plus de cinq heures par jour.
Si la télévision grugeait déjà le temps consacré à la lecture, celle-ci devient impossible à l’ère de l’Internet et des téléphones intelligents. Auparavant, les choses étaient plus simples. Les émissions passaient à un jour et à une journée fixes. Si vous désiriez regarder un vieux film, vous deviez aller au club vidéo. La lecture pouvait encore être possible : il suffisait d’éteindre la télé et de lire avant d’aller au lit.
Le rétrécissement de l’attention
À présent, les possibilités de divertissement sont infinies. Les émissions s’enchaînent sans arrêt. Les gens les écoutent dans le creux de leur main, avec leur téléphone, tout en surveillant les médias sociaux et en textant à des amis. Netflix aurait demandé aux scénaristes de tenir compte du fait que les auditeurs ne font plus attention; il faut donc leur rappeler sans cesse le déroulement d’une histoire. Dans un tel contexte, les gens doivent être déterminé à lire quelque chose. Ils ne le sont pas.
Les livres audio sont devenus une solution de rechange aux livres tout court parce qu’ils permettent aux auditeurs de faire plusieurs tâches en même temps. Vous pouvez lire tout en lavant la vaisselle ou en conduisant vers le travail.
Confrontés au rétrécissement de l’attention, les écoles auraient pu résister à la tentation de tout raccourcir et de simplifier les lectures. Mais non. Un sondage effectué en 2025 révèle que plus de la moitié des enseignants des écoles secondaires ont exigé la lecture d’au plus quatre livres par année. Pis encore, au fil des réformes, les écoles ont baissé les attentes. On demande aux étudiants de lire seulement de courts passages d’un livre, mais l’ouvrage au complet. Pour aider encore plus les étudiants, les examens comportaient ensuite des choix multiples.
Un grand nombre de programmes scolaires favorisent l’étude d’extraits d’œuvres littéraires. Quelques passages des Raisins de la colère de John Steinbeck devraient suffire…
Pendant ce temps, des élèves de huitième année passent quatre heures et demie par jour à consulter les médias sociaux. Le plus souvent, ils regardent des vidéos, souvent à double vitesse.
Conclusion
Cet article de l’Atlantic porte à réfléchir. Le déclin de la lecture – et donc de l’alphabétisation – a des conséquences incalculables. L’atrophie des capacités d’attention et d’analyse n’est pas sans conséquence. Elle a des répercussions considérables, notamment sur le plan politique, comme on le voit chez nos voisins du sud. Souhaitons que ce ne soit pas un signe précurseur.
Nous sommes en France. Mes enfants et moi-même sommes citoyens franco-canadiens. Nous lisons tous avant de nous endormir. Pas de télévision à la maison, encore moins dans les chambres… La lecture fait partie de notre culture. Mon fils aîné me dit ne pas concevoir une vie sans lecture.
Ce que l’on peut constater aux États-Unis est triste. Le déclin de la lecture est un déclin de la culture. L’omniprésence des écrans est une menace aux livres et à la lecture. Il suffit pourtant de contrôler son temps d’écran et celui des enfants en montrant l’exemple. Les écrans ne remplaceront jamais le livre qui permet de réellement s’évader et fait travailler l’imaginaire et le sens de la créativité. Pour préserver la santé de son cerveau et le maintenir actif, il est essentiel de lire.
Merci pour ce résumé, malheureusement édifiant. Le très important volet « lecture » doit être complété des études portant sur d’autres aspects connexes :
– Disparition accélérée de l’apprentissage et de la pratique de l’écriture manuscrite ;
– Disparition des méthodes ancestrales de mémorisation (apprendre des textes ou des listes par coeur) ;
– Disparition de l’apprentissage et de la pratique de certaines fonctions intellectuelles élémentaires : calcul mental avancé, orientation dans l’espace.
On pourrait aussi regarder de plus près l’évolution d’activités plus spécialisées mais importantes ponctuellement comme la pratique des langues étrangères ou anciennes, de la notation musicale, des capacités de représentation graphique, etc.
Le danger n’est finalement pas que dans les écrans. Il est surtout dans la baisse rapide d’exigence sur les niveaux à atteindre dans tous les domaines. On se contente de très peu partout et ce renoncement inconscient s’amplifie avec le temps. On ne voit pas trop comment la spirale s’arrêtera.