Crosse

Le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis touche notamment ce que l’on appelle chez nous les bâtons de hockey. Dans les rares articles européens qui parlent de l’intimidation du président-fou envers son plus grand marché d’exportation, il est question de crosses de hockey.

Qui a raison?

Les Européens. Clairement.

L’expression « bâton de hockey » est ni plus ni moins un calque de l’anglais hockey stick. Mais le terme est passé dans l’usage et tout le monde n’y voit que du feu, quitte à compter dans son propre filet.

Bâton et crosse

Les grands dictionnaires définissent un bâton comme un long morceau de bois, par exemple un bâton de pèlerin ou un bâton de ski. Il peut également être un symbole d’autorité, comme un bâton de maréchal. Mais nulle part n’est-il question d’un bâton de hockey ou d’un bâton de baseball.

Le mot utilisé est crosse. On pourrait croire ici à une simple différence de vocabulaire. Ce n’est pas le cas. Une crosse est un long bâton courbé, ce qui correspond à ce qu’est exactement un bâton de hockey. Dans les autres exemples donnés, on cite aussi la crosse d’un évêque.

Il serait donc plus exact de parler de la crosse de hockey, mais, bien entendu, ce n’est pas demain la veille que les commentateurs sportifs du Canada français vont rectifier leur vocabulaire. Encore une fois, l’usage, si malveillant soit-il, fait loi.

Un sport

On notera au passage que la crosse est un sport amérindien qui se joue avec une balle sur le gazon ou sur une surface dure. Le Larousse précise que ce sport se pratique avec une… crosse.

Les anglophones l’appellent lacrosse pour éviter la confusion avec le verbe to cross.

Variations sémantiques

Le français québécois et canadien a donné un sens particulier au terme en l’objet. Une belle crosse est une arnaque, pratiquée par un crosseur. Un crosseur est un individu malhonnête qui essaie de rouler les autres.

On dira par exemple que le marchand de voitures usagées de la rue Principale est un crosseur. Il a vendu une voiture accidentée à une vieille dame. (Les lieux communs sont en pleine forme!)

Une personne victime d’une telle arnaque s’est fait crosser. Elle s’est fait avoir, en termes plus polis. Pour bien des gens, les politiciens et les avocats sont tous des crosseurs.

À la forme réflexive, se crosser signifie se masturber… On est loin de la crosse d’un évêque

Nauru

Nauru vient de se joindre à la liste des pays qui ont adopté un nouveau nom. La petite ile du Pacifique a en effet décidé de se faire appeler Naoero, une appellation qui se rapproche davantage de la prononciation du toponyme dans la langue locale.

Naoero compte quelque 12 000 habitants et, en tant que micro-État, représente le troisième plus petit État après Tuvalu et le Vatican. Bref, une sorte de Monaco du Pacifique. Un État cependant menacé de disparition à cause de la montée des eaux, résultat du réchauffement climatique.

La population habite le territoire depuis au moins 3000 ans, mais l’ile a connu plusieurs épisodes de colonisation au fil des siècles.

L’Allemagne, le Japon, l’Australie et la NouvelleZélande ont gouverné Naoero à diverses époques. L’ile a déclaré son indépendance en 1968 et l’anglais est une langue d’usage aux côtés du nauruan.

Nauru

Le nouveau pays a adopté le toponyme de Nauru pour des raisons d’ordre pratique. L’appellation Nauru se veut un compromis pour rendre la prononciation plus facile aux étrangers.

Nauru se prononce Naw-rou, tandis que le nouveau nom s’énonce Naw-ero. Toutefois, sa graphie avec son train de voyelles demeure déroutante.

Le nom des habitants n’est pas pour autant devenu plus simple : dei-Naoero. Bon, il faudra s’y faire.

Autres toponymes originaux

La décolonisation et le désir d’adopter un nom plus authentique ont entrainé de nombreux changements de nom, par le passé; la plupart d’entre eux sont entrés dans l’usage. Une façon de dire que nous voulons nous reconnaitre nous-mêmes, sans faire de concession aux autres pays.

Pensons aux États suivants : la Haute-Volta (Burkina Faso); Swaziland (Eswatini); Ceylan (Sri Lanka); Siam (Thaïlande); Birmanie (Myanmar). Le plus connu est l’antique Perse qui se fait maintenant appeler Iran.

Tout récemment, la Turquie demande à être désignée sous le nom de Türkiye, ce qui n’est pas encore passé dans l’usage – et ne le sera peut-être jamais. Car l’usage, cet ivrogne sans réverbère, finit toujours par avoir le dernier mot.