Piton

Êtes-vous vite sur le piton?

Phrase incompréhensible pour toute personne de l’extérieur du Canada. Dans notre pays, le mot piton a pris le sens très particulier de bouton. Cette acception figure dans le Petit Robert.

On parlera des pitons sur un clavier d’ordinateur, d’un tableau de bord « avec plein de pitons ».

Quelques expressions

Le terme est très répandu chez nous. Par exemple, être vite sur le piton signifie être vite sur ses patins… bref faire les choses rondement.

Ne pas être vite sur le piton signifie exactement le contraire : ne pas être vigilant, ni très brillant.

Sens classique

Un piton peut être un clou ou une vis « dont la tête forme un anneau ou un crochet », nous dit le Robert.

Un piton peut également être un synonyme de pic : un piton rocheux.

Voilà deux sens que l’on attribue généralement dans la Francophonie à ce qui, au Canada, est surtout un bouton.

Halte

Halt! Le commandement est sans équivoque et claque comme un coup de fouet. Ou comme le jappement d’une sentinelle quand vous vous aventurez en territoire interdit. Il vous dira peut-être halte-là!

(Petite parenthèse, la chanson-thème des Canadiens de Montréal, équipe mythique du hockey nord-américain, contient justement cette locution : « Halte-là! Halte-là! Halte-là, les Canadiens sont là).

Comme on peut le voir, le germanisme a vu sa graphie francisée par l’ajout d’un e final.

Halte conserve aussi sa force de frappe lors des manifestations. Halte à la guerre, halte aux féminicides, etc.

Un mot allemand francisé

Le mot vient de l’allemand et signifie « arrêt ». Comme d’autres germanismes, il s’est acclimaté en français et a commencé à voler de ses propres ailes. De fait, il est plus souvent employé dans un sens moins impératif qu’un commandement, un peu comme s’il avait été délavé après un trempage dans la langue française.

Quelques exemples.

On fera un halte lors d’une randonnée. Les automobilistes du Québec connaissent bien les haltes routières où ils font une pause pendant un long trajet, afin de se délier les jambes et de prendre parfois une collation.

On peut aussi faire une halte pendant une excursion en montagne ou dans un parc, par exemple pour faire un pique-nique. Et quant à faire une pause, on pourrait aussi trinquer, autre mot allemand acclimaté en français.

Chatbot

Un chatbot, c’est un logiciel avec lequel vous pouvez engager une conversation et qui vous donne l’impression, par ses réactions, d’être un humain.

Un phénomène inquiétant

L’intrusion de l’intelligence artificielle dans nos vies est très préoccupante. Les potentiels de dérapage sont nombreux et des effets ont déjà commencé à se faire sentir. Pensons à ce jeune homme belge qui s’est suicidé parce que l’agent conversationnel Chai lui proposait de venir le trouver dans l’autre monde.

Les personnes en détresse — et même celles qui sont très intelligentes — peuvent facilement se faire piéger. Certains personnalisent même le chatbot en lui attribuant un nom personnel, comme Charlie ou Walter. Moi je l’appellerais Belzébuth.

D’ailleurs, des chercheurs émérites, comme le Québécois Joshua Bengio, mettent le monde scientifique en garde contre les avancées de l’IA. Personne ne semble savoir où l’on s’en va.

À mon avis, le jour n’est pas loin où des humanoïdes « intelligents » provoqueront des drames chez les personnes qu’ils auront asservies.

Traduction

Le terme chatbot n’est que le dernier en lice de tous les anglicismes qui pullulent dans le monde de la technologie, comme s’il était impossible d’exprimer la réalité autrement que par le canal de la langue anglaise.

Pensons à des emprunts comme open space, data center…

Évidemment, chatbot est facile à prononcer; en outre le terme contient le mot chat, passé en français. Dans notre langue, on dit clavarder, un mot-valise combinant clavier et bavarder. Mais ce sont de désolants mots français…

Alors, comment traduire ce chat botté de chatbot? Les dictionnaires nous proposent : un dialogueur, un agent de conversation.

On peut aussi penser à : clavardage robotisé.

Comme toujours, cette chronique a été écrite par un être humain conversationnel.

Formidable

J’espère que vous avez lu Le Parfum de Patrick Süskind, un livre formidable. La trame du récit est tout simplement l’olfaction; le héros possède un odorat exceptionnel ce qui lui permet d’appréhender le monde d’une manière extraordinaire.

Certains diront que nous vivons une époque formidable. L’intelligence artificielle nous permet de trouver en un clin d’œil des réponses qui, jadis, auraient exigé des recherches fastidieuses sur la Grande Toile. C’est formidable!

Sens originel

Les lecteurs auront remarqué mon utilisation très contemporaine du mot formidable.  Il y a plus d’un siècle, des érudits comme Victor Hugo ou Gustave Flaudert auraient sourcillé. Pour eux, j’aurais commis un faux sens. Car, à l’époque, formidable signifiait dangereux ou terrifiant. Voire monstrueux. La créature du docteur Frankenstein était formidable, non pas parce qu’elle sortait en boite, mais bien parce qu’elle sortait d’un laboratoire.

D’ailleurs, le Trésor de la langue française le confirme par la définition suivante :

Qui est à craindre ou qui inspire une grande crainte, qui est dangereux de nature ou terrifiant d’aspect.

On observera la marque d’usage de l’Académie : vieilli ou littéraire. Il va sans dire que les autres ouvrages de langue ont emboité le pas.

Aujourd’hui

Les mots, comme les langues, sont des organismes vivants et le terme a évolué. Il a même pris une valeur superlative, comme on a pu l’observer dans les deux premiers paragraphes de ce billet (formidable).

Considérable et stupéfiant sont aussi des définitions que l’on pourrait donner au mot en l’objet. Gisèle Pélicot a fait preuve d’une résilience formidable devant ses épreuves. En 1927, la traversée de l’Atlantique par Charles Lindberg était formidable, au sens de « stupéfiante », pour l’époque.

Il est remarquable de constater que le sens contemporain de formidable a à peu près complètement délogé le sens originel du mot. Celui-ci s’est muté en superlatif positif. Formidable, aurait dit Charles Tisseyre.

L’Iran triomphe

C’est clair : l’Iran est en train de gagner la guerre.

L’objectif d’Israël et des États-Unis était de renverser le régime islamique; ils n’y sont pas parvenus. Échec total. Benyamin Nétanyahou, le fanatique de Tel Aviv, veut poursuivre les combats à tout prix, tandis que le cancre de Washington essaie de s’extirper du marécage dans lequel il a plongé sans réfléchir.

Contre toute attente, l’Iran a résisté aux bombardements et à l’élimination d’un grand nombre de ses dirigeants, dont l’ayatollah Khamenei. Tel une hydre à huit têtes, le régime a trouvé d’autres leaders. Le roseau plie mais ne rompt pas.

Un régime plus fort à Téhéran

On peut même affirmer que la République islamique sort renforcée par cette confrontation. Les Gardiens de la Révolution, cette élite militaire radicale du régime, a remplacé les ayatollahs, dont le chef spirituel est introuvable et gravement blessé, s’il vit toujours. L’Iran est maintenant une dictature militaire.

Quelle belle réalisation, Monsieur le Président.

Cette mutation ne fait que renforcer la volonté du régime d’écraser toute velléité de révolte. De toute façon, l’opposition iranienne est sans leader et désarmée. L’aide promise par le président Trump n’est jamais venue et les Iraniens ont été bernés. Pensez-vous qu’ils ont le goût de recommencer? Quelque 30 000 personnes ont été massacrées par les Gardiens de la Révolution. La répression, plus féroce que jamais, se poursuit, à l’abri des caméras. Merci de votre aide, Monsieur le Président.

L’Iran joue bien ses cartes

Non, la République islamique est plus forte que jamais. Elle s’est même enhardie à recourir à un moyen de pression inédit : le blocus du détroit d’Hormuz, un puissant levier de négociation. Jamais la République islamique n’avait osé bloquer cette voie maritime cruciale. Voilà maintenant que toute la planète est en émoi; l’économie internationale en sera affectée pendant des mois, même si on met un terme au conflit. Une grande victoire pour l’Amérique, n’est-ce pas, Monsieur le président?

Pire encore, Téhéran songe maintenant à lever des taxes sur les navires qui y circulent, chose qu’il n’avait jamais osé faire. Loin de perdre la partie, les dirigeants iraniens découvrent de nouveaux atouts dans leur jeu.

Astucieux, ils ont aussi bombardé les États du Golfe les amenant ainsi à faire pression sur Washington. Un accord de paix, ça presse! Bien joué, Téhéran. Paradoxalement, toute la pression est sur le président américain : les pays occidentaux, la Chine, les États du Golfe… et sa base MAGA qui se sent trahie.

Disons-le franchement, les Iraniens sont bien plus intelligents que les dirigeants américains : ils jouent admirablement bien leurs cartes. Contrairement aux hurluberlus en poste à Washington, ils avaient prévu le scénario d’une attaque américaine. Eux n’improvisent pas : ils étaient prêts. Les dirigeants iraniens sont peut-être des fanatiques religieux, mais eux ne sont pas de purs idiots.

Des négociations humiliantes

L’humiliation est de taille pour le président américain qui a refusé d’écouter les mises en garde de son vice-président et des quelques personnes un peu plus éclairées dans ce gouvernement ubuesque.

Des rumeurs circulent sur des négociations de paix en cours entre les belligérants. Pour paraphraser Trump, les États-Unis n’ont pas de cartes dans leur jeu. Reprendre les combats sera catastrophique, car les stocks de missiles et de drones iraniens sont intacts à 70 pour 100 (sources : le New York Times et le Figaro). Cela signifie que la guerre pourrait s’étaler sur de longs mois, sans aucune garantie que la République islamique finira par tomber.

Pourquoi? Parce que ce n’est pas dans l’intérêt des Chinois de voir le chaos s’installer dans la Perse moderne. La Chine achète son pétrole aux Iraniens. C’est probablement ce que Xi Jinping a expliqué au président américain.

À présent, la République islamique est en position de force. Elle tient la planète et les États-Unis en otage. Elle réclame maintenant le dégel de ses avoirs aux États-Unis; elle veut aussi que le dossier nucléaire soit exclu d’un éventuel accord de paix. Bref, elle est en position de force. Et vous prétendez être le vainqueur, Monsieur le Président?

Un recul considérable par rapport à l’entente sur le nucléaire négociée jadis par Barack Obama, entente déchirée par Donald Trump. Le roi du deal devra en conclure une autre à rabais.

Comme le disait Mark Twain, Dieu a créé la guerre afin que les Américains apprennent la géographie. Eh bien ils savent maintenant que Téhéran est à 7 123 milles d’Oklahoma City.

Victorien

Les anglophones du Canada ont fêté hier ce qu’ils appellent la fête de la Reine. Au Canada français, on célèbre la mémoire des Patriotes qui, en 1837, ont déclenché une rébellion contre le pouvoir colonial anglais.

La fête de la Reine

Pendant longtemps, Canadiens et Québécois ont cru que la fête en question était en l’honneur de la reine Élisabeth II, dont le règne a enjambé sept décennies. C’était une erreur, car la défunte reine était née le 21 avril 1926. Elle ne pouvait donc pas être célébrée l’avant-dernier lundi de mai.

Celle qui était à l’honneur, c’était Victoria, dont le règne s’est échelonné de 1837 à 1901, un règne qui a marqué le XIXe siècle. La Grande-Bretagne était au faîte de sa gloire; son empire s’étendait sur les cinq continents et comptait 450 millions de sujets. En 1877, Victoria devenait impératrice des Indes, comme on disait à l’époque.

Victorien

L’adjectif victorien désigne l’époque en question et il a pénétré l’usage, tant en anglais qu’en français. L’époque victorienne se caractérisait par un grand conservatisme social et le triomphe de la Révolution industrielle. Certes, l’Empire britannique a connu une expansion phénoménale, mais la réalité pour ses habitants était loin d’être aussi glorieuse. Lisez Charles Dickens.

On comprend donc que le terme victorien est employé aussi de manière péjorative. On parlera de la pudibonderie victorienne. Des idées rétrogrades peuvent être qualifiées de victoriennes.

Élisabéthain

La reine Victoria n’est pas la seule à avoir prêté son nom à un adjectif. La reine Élisabeth 1ère a donné l’adjectif élisabéthain. Celui-ci est moins entaché de conservatisme que victorien.

Élisabeth 1ère a régné 45 ans, de 1558 à 1603. Comme elle ne s’est jamais mariée, on suppose qu’elle est restée vierge. L’État américain de Virginie tire son nom de cette hypothèse.

L’ère élisabéthaine est prestigieuse. La souveraine a assis la domination de la religion anglicane. La victoire de la marine britannique sur la grande armada espagnole a amené le déclin de l’Empire d’Espagne et établi la domination anglaise sur les mers.

Géorgien

Les quatre rois George ont marqué l’architecture anglaise, de 1714 à 1830. Place au style Renaissance et aux frontons gréco-romains. Le palais de Buckingham en est un bel exemple.

La fête des Patriotes

Les Québécois ne sont pas de fervents monarchistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Si la reine Élisabeth II attirait le respect, tout comme le souverain actuel Charles III, on n’entend pas retentir dans les rues le God Save the King.

Depuis environ 25 ans, le Québec honore les Patriotes qui ont tenté de faire du Bas-Canada de l’époque une république indépendante. Le projet était hardi à plusieurs égards : les insurgés voulaient fonder un nouveau pays dans lequel hommes et femmes étaient égaux, une révolution pour l’époque. En outre, le gouvernement serait responsable devant le Parlement, ce qui correspondait à des revendications aussi bien au Canada français qu’au Canada anglais.

Chose certaine, le combat des Patriotes, écrasé dans le sang, continue d’inspirer la population, particulièrement la jeune génération.

Data center

Soyons réalistes, la technologie informatique se décline en anglais. L’évolution constante des ordinateurs et de l’intelligence artificielle s’impose comme une réalité inéluctable, dont le vocabulaire est en anglais.

Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il est impossible d’exprimer cette réalité en français. Nous sommes encore devant un problème que j’ai maintes fois dénoncé dans mes billets : le manque de volonté de l’Europe francophone à traduire les expressions et les mots anglais. Exprimer les nouvelles réalités en anglais est un signe d’ouverture d’esprit. Du moins, le croit-on là-bas.

Et pourtant, la traduction de bien des termes s’impose d’elle-même sans risque de semer la confusion. Mais cet argument ne porte pas en Europe.

Quelques évidences

Prenons le terme Data center qui se rend très bien en français par centre de données. Quelles données ? demanderont certains, qui verront là un bel argument pour conserver l’anglicisme.

Eh bien des données numériques, belle traduction de l’anglicisme data. Donc, centre de données (numériques) conviendrait parfaitement.

Autre cas qui relève de l’évidence, le fameux QR Code. Qu’est-ce qui est incompréhensible dans l’expression code QR ? Mais on s’entête à employer l’anglicisme, tellement plus… moderne.

Moins évidents, mais traduisibles quand même

Un Open source est un logiciel dont le code est accessible au public. On pourrait donc parler d’un code source libre, bref d’une source ouverte.

Si vous êtes le moindrement prudent, vous sauvegardez vos textes et photos dans le Cloud. Il s’agit du nuage informatique. La technologie en question s’appelle l’infonuagique. À mon avis, une belle trouvaille.

Dans Facebook, vous aimez afficher des stories. Une story,c’est un micro-récit vidéo. Et pourquoi ne pas parler d’une petite histoire ou un court récit ? Le contexte sera suffisant pour comprendre.

Bien entendu, cette traduction n’a aucune chance de s’implanter. De la même manière, il est bien plus excitant de parler de reel que de microvidéo. Le terme vient de Tik Tok. Ce sont ces vidéos très courtes que les gens regardent sans pouvoir s’arrêter.

Pourquoi ? Grâce au scrolling. Ce défilement continu, en spirale abrutit et capture le lecteur, incapable de décrocher.

Heureusement, cette chronique quelque peu désabusée prend fin ici, car mes textes ne sont pas en défilement continu. Heureusement.

Bogue

Vous avez suivi toutes les étapes. Vous avez enfin trouvé la scie mécanique de vos rêves sur JeFlambeMonFric.com. Votre nom, votre numéro de téléphone, votre adresse ont été dument inscrits. Vous voici enfin rendu au moment fatidique : payer votre achat en ligne. Vous êtes bien lucide, votre concentration atteint un paroxysme inégalé : il ne faut pas gaffer en inscrivant le numéro de votre carte de crédit; une seule erreur et tout capote. Le formulaire s’efface et il faut tout reprendre.

Vous vérifiez trois fois : il n’y a pas d’erreur, la date d’expiration de la carte est exacte, le numéro secret est le bon. Vous pesez sur Envoyer.

Et crac! Le système gèle, pas de réaction, sauf un cri d’effroi de votre part.

Un bogue

Il faut se rendre à l’évidence, l’application a un bogue. Je suis convaincu que vous avez tous connu cela, dans vos achats privés ou au boulot.

Ce type de dysfonctionnement s’appelle un bogue, de l’anglais bug, qui signifie bestiole. En effet, le bogue est une sorte de bibite (québécisme), un grain de sable dans l’engrenage.

On remarquera la graphie francisée qui semble prévaloir dans les ouvrages de langue tout comme dans l’usage courant. De temps à autre verra-t-on un bug, qui apparaît comme une bestiole dans la soupe.

Le terme bogue a engendré le verbe déboguer, dont la définition est : « Rechercher et corriger les erreurs de fonctionnement d’un programme informatique. » – Le Petit Larousse

Synonymes

Comme le mot en question est d’usage fréquent et très ciblé, nous ne sommes guère portés à lui trouver un synonyme. Le premier mot qui nous vient en tête est dysfonctionnement; pensons aussi à trouble, erreur de fonctionnement.

Bogue et blogue

Si la francisation de bug semble aller de soi, celle de blog n’est pas évidente, puisque cette graphie persiste dans beaucoup d’écrits d’outre-Manche. Au Québec, on emploie blogue, qui, d’ailleurs, nous a donné bloguer et blogueur.

Maison Blanche

La résidence du président des États-Unis s’appelle la Maison-Blanche. Habituellement, on ne met pas de majuscule à l’adjectif lorsque celui-ci est après le nom. On devrait écrire Maison blanche, mais on ne le fait pas.

Cette règle, de garder la minuscule à l’adjectif, comporte une exception : l’adjectif qui précède le substantif prend la majuscule. Par exemple, le Grand Trianon. Si on écrivait la Blanche Maison, eh bien la majuscule serait justifiée.

On remarquera une autre exception, celle des appellations commerciales. Pensons à la Banque Nationale. La double majuscule donne ici plus de relief à cette raison sociale.

La même logique prévaut pour la résidence du président des États-Unis. Mais, comme je le signalais dans un article précédent, il est de coutume de mettre le trait d’union. L’appellation qui identifie l’édifice devient donc un nom composé, un peu à la manière d’un odonyme.

Par exemple, on écrira la rue des Grands-Châteaux. L’élément déterminatif s’écrit avec un trait d’union, une manière d’unifier le tout.

Maison Blanche

L’appellation Maison-Blanche est quelque peu malmenée dans la presse. La graphie classique avec trait d’union perd un peu de terrain dans la presse européenne. Les quotidiens Le Monde, Libération et Le Figaro écrivent maintenant Maison Blanche, bien que cet usage ne soit pas constant. La double majuscule est sauvegardée, mais pas le trait d’union.

Dans plusieurs articles de ce blogue, j’ai critiqué les règles byzantines du français sur la majuscule. Leur rigidité et surtout leur incohérence expliquent peut-être que certains scribes s’encanaillent. Ce n’est pas moi qui vais les blâmer.

Gardiens de la Révolution

Les experts s’entendent pour dire que les Gardiens de la Révolution islamique ont remplacé les mollahs à la tête de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution sont en quelque sorte la garde prétorienne des mollahs, un État dans l’État. Ils sont devenus une sorte de mafia fanatisée, qui profite largement des exportations de pétrole de l’État persan.  En outre, ils ont massacré les manifestants qui exigeaient la fin de la République islamique. Les Gardiens sont en fait un corps militaire bien mieux armé que l’armée régulière, ce qui explique peut-être la passivité de cette dernière devant les exactions commises contre la population iranienne.

Les gardiens de la révolution

J’en ai parlé à maintes reprises, le français est avare de majuscules, une denrée distribuée au compte-gouttes dans les appellations officielles. La minuscule possède un droit d’aînesse apparemment inaliénable.

Auparavant, la presse francophone parlait tout simplement des gardiens de la révolution, tout en minuscules, comme on le voit. Ici et là, des auteurs s’encanaillaient au point de glisser une majuscule : les Gardiens de la révolution. C’était un début

On pourrait citer comme exemple l’Armée populaire de Chine, la Fraction Armée rouge. On donne la majuscule au nom d’un groupe spécifique.

Reste la révolution. J’ai déjà dénoncé la prudence excessive du français quant aux noms de périodes historiques. Par exemple la Révolution française, mais la révolution américaine, la révolution russe ou la révolution islamique. Comme si tous ces tournants de l’histoire étaient sans importance.

Donc : la Révolution islamique, dont personne ne doute de la portée (parlez-en à toutes ces femmes maintenant forcées de porter le hidjab au Moyen-Orient).

Par conséquent, il conviendrait de mettre la majuscule aux Gardiens de la Révolution. Pour beaucoup de francophones prudents, c’est déjà une hérésie : deux majuscules dans une seule expression!

Le corps des gardiens de la révolution

Continuons notre promenade dans le désert.

L’appellation en titre est le nom officiel des Gardiens de la Révolution. Il est employé couramment dans la presse anglophone. Les francophones emboitent maintenant le pas.

Comme on pouvait s’y attendre, les graphies prolifèrent. Je vous fais grâce des diverses variantes, qui vont de la plus aride toute en minuscule à la plus audacieuse.

Comme dirait Columbo, il y a un détail qui me chicotte. Écrire le corps des gardiens de la révolution revient à nier le caractère officiel de cette organisation particulière. Or, nous avons déjà écrit les Gardiens de la Révolution.

Il serait particulièrement étrange de tout ramener à la minuscule triomphante; bref de passer de la serre chaude au reg desséché. Un majuscule initiale s’impose au mot Corps.

Écrire le Corps des gardiens de la révolution serait suffisant à bien des scribes. Mais, là encore, on aplatit le nom d’une institution. On ne peut pas tout à coup dépouiller les Gardiens de la Révolution de leurs majuscules arrachées aux esprits conservateurs.

 Le Corps des Gardiens de la révolution est donc la graphie qui s’impose.

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