Influenceur

On me pardonnera cette chronique quelque peu narcissique.

Aujourd’hui, la notion d’influenceur.

Question existentielle : suis-je un influenceur?

Qu’est-ce qu’un influenceur?

En gros, une personne se servant de son blogue ou d’une plate-forme comme YouTube pour propager ses opinions et influencer un groupe d’individus. Le Larousse précise que cette influence s’étend sur l’opinion publique, voire sur les décideurs.

Évidemment, tout dépend de ce qu’est un groupe d’individus et de sa taille. En outre, il faut aussi – et surtout – considérer le nombre d’abonnés. Quand on regarde l’influence qu’ont certaines personnalités connues, on revient vite sur le plancher des vaches.

Personnellement, je compte 1903 abonnés sur Twitter; Guy A. Lepage en a 455 000, Karine Vanasse, 87 000. J’ai des croûtes à manger…

Ce serait bien prétentieux de dire que moi, je suis un influenceur.

Quand on parle d’influenceurs, il est surtout question de personnalités très connues, dans le monde du journalisme, de la politique et de cette race nouvelle apparue au cours des dernières années : celles qui se font connaitre dans les médias sociaux.

Ce sont par exemple des filles qui analysent des produits de beauté, des cuisiniers qui exercent leur art sur YouTube.

Je n’ai pas la prétention de rejoindre autant de personnes. La question de la langue française n’est pas celle qui excite tellement les foules; la difficulté que j’ai à attirer l’attention des médias sur mon livre en est une preuve brutale (gros soupir).

Sauf que…

Les chiffres parlent

Mon blogue attire l’attention d’un public spécialisé qui n’a rien à voir avec celui des grandes vedettes artistiques et médiatiques (le pouvoir de l’adjectivite!). Il est évidemment oiseux de faire des comparaisons avec ces gens qui défilent régulièrement dans les médias, l’un invitant l’autre à son émission…

Mais, toutes proportions gardées, je pense quand même obtenir un certains succès.

En consultant les statistiques de mon blogue, je me rends compte que mes articles sont beaucoup plus lus que je ne l’imaginais. C’est même assez renversant.

J’ai donc une certaine influence dans un monde relativement restreint.

La publication d’un nouvel article suscite une certaine anxiété… (Voir mon article sur ce mot.) Combien de gens vont le lire? Je vois assez vite si j’ai fait mouche… Si le compteur du blogue affiche quelques dizaines de personnes en moins d’une heure, je sais que de 300 à 400 personnes l’auront lu en fin de journée.

Pour ceux que ça intéresse, le record mondial, absolu et jamais égalé (un nouveau record) pour une journée est mon article sur le français au Québec et en France. Il a eu un grand retentissement (façon de parler). Je m’attendais à des critiques outrées de Québécois susceptibles, convaincus de parler un excellent français… eh bien non! Beaucoup m’ont félicité de mon courage. Des Français y ont réagi avec sympathie; ils ignoraient que le français était si précaire au Canada.

Certains articles suscitent des centaines de clics, mais pas toujours les articles que j’attends. Au cours du dernier trimestre, les textes les plus populaires sont les suivants :

  1. Empowerment.
  2. États-Unis : pluriel ou singulier?
  3. Finnois ou Finlandais?
  4. Des chevals?
  5. Le français au Québec et en France.

Ah, les fameux chevals… Qui aurait pensé? Le billet a été publié en mars 2018. Mais s’il avait paru en 2013, il caracolerait sûrement en tête de peloton.

J’écris mes articles depuis mars 2013. Certains d’entre eux sont dans le paysage depuis un bon bout de temps. Je constate que les billets à saveur géographique retiennent beaucoup l’attention. Voici les articles les plus lus depuis la création du blogue, avec le nombre de clics :

  1. Finnois ou Finlandais?                                   30 031
  2. Écrire et traduire les adresses.                      15 9345
  3. États-Unis : pluriel ou singulier?                   15 237
  4. Iraq ou Irak?                                                  8 193
  5. Sinophones ou magyarophones.                  7 672
  6. Politiciens ou politiques?                                7 221
  7. Empowerement.                                           7 173
  8. Les majuscules : des règles à revoir.             7 066
  9. Viet Nam ou Vietnam?                                  6 562
  10. Seconde ou Deuxième Guerre mondiale?    4 952

Courrier

Tenir un blogue suscite des réactions de toutes sortes. Certaines font chaud au cœur, tandis que d’autres sont vraiment décevantes. Je vous renvoie à un article écrit l’an dernier à ce sujet. Qui écrit à un blogueur/influenceur?

Anxieux

On dit souvent que la dépression est le mal du siècle, mais l’anxiété ne laisse pas sa place, surtout en période de pandémie. L’anxiété, qui vient du latin anxietas, est cette appréhension de l’imminence d’un évènement dangereux. Les personnes éprouvant cette émotion sont anxieuses.

L’anglais anxiety a le même sens que son équivalent français. Son adjectif anxious a aussi le même sens qu’anxieux. On relève toutefois une définition assez surprenante :

Intensely, desirous, eager

Le Collins donne comme exemple : anxious for promotion.

On pourrait penser qu’il s’agit d’un sens spécifique à l’anglais, cette langue ne concordant pas toujours avec le français, comme nous le savons.

Être anxieux de…

Pourtant une petite surprise nous attend au détour. Pas besoin d’éprouver de l’anxiété… pour être anxieux. En effet, l’expression être anxieux s’entend au sens d’être désireux, impatient de faire quelque chose. Le Larousse précise : « attendre quelque chose avec une grande impatience ».

Le calque syntaxique parait évident. Tant le Dictionnaire des anglicismes de Colpron que le Multidictionnaire sanctionnent l’expression, la dénonçant comme un anglicisme.

La cause semble entendue, mais attendons un peu avant de crier au calque!

Ni le Robert ni le Larousse n’indique que cette expression vient de l’anglais, ce qui est déjà suspect. Eh bien le calque n’est pas du tout là où on le croit.

Surprise! Le Trésor de la langue française recense l’expression « être anxieux de »:

Qui éprouve, témoigne de l’anxiété, dont l’extrême tension nerveuse résulte d’une attente vécue dans le plaisir.

Cette tournure m’a toujours parue suspecte et quelque peu absurde. Être anxieux n’est pas un état agréable et attendre avec impatience un évènement heureux ne génère pas d’anxiété au sens classique du terme.

Pas étonnant que bien des langagiers tiquent. Dans son célèbre ouvrage, Meertens suggère « être très désireux, soucieux, avide de… » Une variante : « Souhaiter vivement, tenir beaucoup à… » Il semble donc que c’est finalement l’anglais qui a calqué le français, comme cela s’est produit souvent. Être langagier rend parfois anxieux, n’est-ce pas?

Racisme

On parle beaucoup du racisme, en bonne partie à cause du meurtre ignoble de Goerge Floyd aux États-Unis. Il est évident que dans ce pays les Noirs sont racisés.

Racisés ou racialisés? Là est la question, comme dirait l’autre.

Commençons par démêler les deux termes. La Ligue des droits et libertés pas plus que Termium ne fait de différence. Dans les deux cas, on renvoie à des personnes ayant subi de la racisation. On aurait pu dire de la racialisation. Tous ces mots sont de beaux néologismes signalant l’évolution de la langue.

Néologismes vraiment? Le Petit Robert nous apprend que le mot racisé existe depuis au moins 1907… La définition est claire :

Personne touchée par le racisme, la discrimination.

Assez curieusement, le mot racisé ne figure pas dans le Petit Larousse. Néanmoins, un exemple intéressant de mot revenu en force tout simplement parce qu’il n’a pas perdu sa pertinence.

Dans l’usage courant, il est clair que personnes racisées et racisation ont la cote. Ces deux dérivent d’ailleurs du mot race et sont liés au racisme, sur lequel je reviens en fin de billet.

La notion de race

La Ligue relève la confusion que sème dans bien des esprits la notion de race.

Notons que, les « races » et les groupes dits « raciaux » ou « ethniques » sont souvent un mélange des genres : on les invoquera ou les supposera en parlant par exemple de musulman-e ou de Juif, juive (religion), de Noir-e (couleur de peau), d’Arabe (langue) ou d’Asiatique (continent).

Cette précision est importante, car assimiler les Noirs ou les Arabes à une race constitue une erreur; de la même manière on ne peut prétendre que l’islam est une race.

Soit dit en passant, le Larousse prend ses distances avec le mot race dans la définition qu’il donne du racisme :

Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.

Le plus grand respect accordé aux membres de minorités ethniques et sexuelles a entraîné une mutation du vocabulaire.

La notion de race a d’ailleurs cédé le pas à celle d’ethnie, dans la mesure où l’on peut considérer qu’il n’y a qu’une seule race humaine, et non plusieurs comme on le soutenait jadis. De toute manière, cette question relève davantage de l’anthropologie que de la linguistique.

Une nation se compose souvent de plusieurs ethnies, qu’on pourrait à la rigueur appeler « peuples ». Par exemple, la Grande-Bretagne comporte les ethnies suivantes : Anglais, Écossais, Gallois. Ce ne sont évidemment pas des races.

Raciste

Tout d’abord, ne pas confondre avec racial : relatif à la race. Est raciste une personne qui pratique le racisme. Selon le Larousse, le racisme c’est :

Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.

L’exemple le plus percutant est celui de l’Allemagne nazie qui a mis en place une hiérarchisation des peuples, certains étant considérés supérieurs et d’autres inférieurs. On peut aussi penser à la Chine d’aujourd’hui qui est en train de détruire les peuples Tibétains et Ouïghours. Voilà de beaux exemples de populations racisées.

Sino

On parle beaucoup de la Chine ces temps-ci et on peut prévoir que certaines expressions apparaîtront quant aux rapports aussi bien conflictuels que commerciaux qu’entretient le régime de Pékin avec le reste de la planète. Certaines expressions seront peut-être formées à partir du préfixe sino.

Ce préfixe vient du latin médiéval Sina, qui signifie Chine. Un certain nombre de mots et d’expressions comportent ce préfixe pour indiquer qu’elles sont liées à l’Empire du Milieu.

La sinologie est l’étude de la langue, de la civilisation et de l’histoire de la Chine. Un spécialiste de ce pays est un sinologue. Le préfixe en l’objet a amené le verbe siniser qui, on l’aura deviné, a le sens de rendre chinoise la culture d’un pays. D’ailleurs, l’anglais possède un verbe semblable : sinicize.

Dans le même optique, il sera logique de dire qu’une personne pouvant s’exprimer en chinois est un sinophone.

Le préfixe sino a déjà servi à former des expressions composées, comme le conflit sino-soviétique, dans les années 1960, à l’époque où la Chine et l’Union soviétique ne s’entendaient pas sur la manière de construire le socialisme.

Dans la même veine, on peut parler des relations sino-canadiennes qui sont particulièrement tendues à cause de l’arrestation de Meng Wanzhou au Canada et de la prise en otage subséquente par le régime de communiste des deux Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig. Cette expression est un synonyme (sinonyme?) commode de relations entre la Chine et le Canada. Bien sûr, il sera toujours possible de parler des relations canado-chinoises.

L’émergence de la Chine comme puissance commerciale ainsi que sa diplomatie brutale a entraîné une réponse occidentale dont le leadership est assumé par les États-Unis. On parlera sûrement du conflit sino-américain, si la situation continue de s’envenimer.

Pékin ou Beijing?

La dénomination à employer en français pour désigner la capitale chinoise fait toujours l’objet de discussions, bien que l’usage semble avoir tranché. Lire mon article à ce sujet.

D’autres préfixes…

Certains préfixes particuliers sont employés pour la Grèce, l’Espagne, la Hongrie… À vous de les découvrir dans cet autre article.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Féminicide

La langue française ne cesse d’évoluer et les néologismes viennent l’enrichir. Le mot féminicide commence à se propager dans nos médias notamment à cause du meurtre récent au Québec de nombreuses femmes, victimes d’un conjoint dominateur.

Ces assassinats étaient jadis qualifiés de « drame familial », « drame conjugal » ou de « crime passionnel » dans les médias. Heureusement, la terminologie a évolué car ces expressions étaient grossièrement inexactes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation s’envenime. L’Observatoire canadien du féminicide estime que 160 Canadiennes ont été victimes de féminicide en 2020, ce qui signifie qu’une femme est assassinée aux deux jours. À ce sujet, je vous conseille de lire la chronique de Francine Pelletier dans Le Devoir.

Un néologisme bienvenu

C’est clair, féminicide est un néologisme de bon aloi, comme on disait jadis. Il est logique et respecte les règles du français en plus de décrire parfaitement la situation.

Selon Wikipédia, le terme serait apparu à la fin du XIXe siècle. Il est calqué sur le mot homicide. En anglais, femicide est aussi apparu auXIXe siècle. Sa définition est la même qu’en français : le meurtre d’une femme à cause de son genre.

On peut le qualifier de néologisme parce que sa diffusion dans les médias est plutôt récente. Bien entendu, le phénomène existe depuis très longtemps; certaines sociétés et certaines religions véhiculent la notion de « crime d’honneur », qui touche surtout les femmes, particulièrement celles qui cherchent à s’émanciper de la tutelle des hommes.

Il était donc temps que le meurtre des femmes soit qualifié correctement.

D’autres néologismes…

Le mot féminicide brille de tous ses feux quand on le compare à d’autres tentatives de modernisation du français, sous l’influence de la rectitude politique. On a qu’à penser aux sourds et aux aveugles devenus des malentendants et des malvoyants, mots imprécis qui peuvent aussi bien désigner les personnes partiellement ou totalement sourdes ou aveugles. À mon sens, ce n’est pas un progrès d’utiliser ces expressions.

J’en ai parlé dans un billet précédent, le remplacement du mot étranger par international amène son lot d’imprécisions et d’absurdités, comme en témoigne l’expression étudiants internationaux, hélas largement utilisée.

Autre raison de saluer féminicide, en souhaitant que ce terme devienne un jour désuet.

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Téléjournal et publicité

Vous avez marre de la pub envahissante au Téléjournal de Radio-Canada? Voici la lettre que j’ai fait parvenir au ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbault.

Je vous écris pour porter plainte au sujet de la publicité de plus en plus envahissante qui saccage le Téléjournal de 22 heures, à Radio-Canada. Lors de l’émission du 22 mars, j’ai recensé 39 annonces en une heure. Ce qui signifie qu’environ 195 publicités sont diffusées pendant la semaine, sans compter celles de la fin de semaine. Vous conviendrez que c’est énorme.

Je m’ennuie énormément de cette belle époque, il y a une quinzaine d’années, où Bernard Derome animait un Téléjournal d’une heure, sans AUCUNE publicité. Malheureusement, Radio-Canada étant dramatiquement sous-financé, on a décidé d’insérer des pubs dans les bulletins de nouvelles. Au départ, les messages étaient plutôt discrets, mais ils ont depuis envahi le bulletin, surtout vers la fin, où chaque reportage est suivi d’un lot de pubs. Environ un quart de l’émission, sinon plus, passe en publicité. Le Téléjournal est devenu une sorte de fanfare publicitaire; il n’est presque plus écoutable.

Comment se fait-il que le Canada, un pays riche membre du G7, n’est pas capable d’offrir un Téléjournal exempt de publicité?

Des pays comme la France et la Grande-Bretagne, qui sont plus endettés que le Canada, le font. Le déficit et la pandémie ne sont pas des raisons valables pour ne pas agir. Comme le précise un rapport diffusé par Radio-Canada, le Canada arrive au 16e rang des 18 grands pays occidentaux pour le financement accordé à la radiodiffusion publique. C’est honteux.

Monsieur le Ministre, vous avez le pouvoir de mettre fin à cette situation qui ne cesse de se détériorer depuis quelques années. Les Canadiens méritent mieux qu’un Téléjournal qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

Chirurgical

La notion d’attaque chirurgicale est apparue lors de la Guerre du Golfe en 1991. Cette expression n’est rien d’autre qu’un artifice de propagande visant à faire croire que ces attaques de haute précision épargnaient miraculeusement les civils.

Le terme venait bien de l’armée américaine et il s’est infiltré dans la langue française, au point de trouver sa place dans Le Petit Robert : « Attaque, frappe chirurgicale, d’une extrême précision. »

Le contexte est militaire, certes, mais le terme en l’objet a rapidement débordé dans d’autres domaines, particulièrement lorsqu’il est question de précision. Quelques exemples glanés dans le Web :

Ce cas montre bien que si on comprend les mécanismes du cerveau, on peut intervenir en thérapie avec une précision chirurgicale.

Des centaines de robots travaillent avec une précision chirurgicale : ils mettent en place les différentes pièces de tôlerie.

Des palettes localisées derrière le volant, et qui permettent des changements de rapports d‘une précision chirurgicale.

Le mot « chirurgical » est évocateur : on voit tout de suite le médecin qui manie le scalpel avec grand doigté, cherchant à épargner les tissus sains. Cette expression est reportée à des frappes militaires censées obtenir le même résultat, comme je l’ai dit.

Il n’en demeure pas moins que l’expression vient de la langue états-unienne et que bien des langagiers voudront la contourner. Alors, que dire?

En paraphrasant le Robert : d’une extrême précision, d’une grande précision; des mesures (très) ciblées, ultra précises; bien centrées, des mesures focalisées. Et pourquoi pas « des mesures qui s’attaquent directement au problème »? Je sais, le mot tabou problème vient d’être prononcé… Pour une fois, épargnons-nous ces ridicules enjeux

Comme on le voit, ce n’est pas une opération bien compliquée d’éviter le mot « chirurgical ».

Prochain article : le Téléjournal de Radio-Canada, massacré par les publicités envahissantes.

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Téléjournal

Petit intermède de douce moquerie sur les tics langagiers qui fleurissent dans les médias. Combien en voyez-vous dans ce texte fantaisiste, mais pas si loin de la réalité?

L’envoi de vaccins est un enjeu significatif dans cette course contre les variants du coronavirus. Les autorités ont en effet eu des problématiques avec l’approvisionnement venant d’Europe et les délais font en sorte que le calendrier de vaccination risque de ne pas être respecté.

Clip d’un responsable gouvernemental : « C’est évident qu’à ce moment-ci, nous ne pouvons rencontrer nos échéances. C’est définitivement un défi qui nous interpelle. »  Question du journaliste : Pourquoi au juste? Réponse : « Parce que plus de monde va tomber malade éventuellement. » 

C’est tout un enjeu pour le gouvernement et l’impact de ces délais pourrait faire la différence. Notre correspondant Christian Lalancette, basé à Trois-Rivières, est allé voir comment se déroule la vaccination là-bas. Bon matin Christian :

La mairie suit la situation sur une base régulière pour faire en sorte que les impacts ne soient pas trop importants dans la Mauricie. Pourtant les arrivages arrivent à temps à toutes fins utiles et les Trifluviens affluent aux centres de vaccination.

Images d’aiguilles que l’on prépare suivie de quatre scènes d’injection dans l’épaule en gros plan.

Les vaccinés sont interviewés à la caméra.

– Y’était temps que ça arrive.

– On va pouvoir sortir!

– Mon mari est contre, pis moi je viens pareil.

Vieille dame en chaise roulante : « C’est ma fille qui m’amène. »

Les responsables de la Ville ont été rencontrés par des représentants fédéraux et disent qu’ils voient la lumière au bout du tunnel. Beaucoup de gens se font dépister, également.

Le maire de la ville, Lucien Laurier, souligne qu’un nombre historique de citoyens ont été vaccinés aujourd’hui, plus de 5 000, un record absolu et jamais égalé.

L’animateur : on va continuer de suivre ça… Merci Christian. En terminant, une histoire incroyable de girafe qui a accouché d’un rhinocéros… Après la pause.

Une douzaine de spots publicitaires explosent à l’écran, dont deux qui se répètent. Le rythme de l’émission est complètement brisé. Pseudo-reportage qui reprend les grandes lignes d’une émission d’affaires publiques diffusée plus tard en semaine. Douze autres annonces. Arrive le reportage sur la girafe.

Bon matin tout le monde…

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Muséum

Le Museum d’Histoire naturelle de Paris était jadis appelé le Jardins des Plantes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mot muséum n’est pas un autre emprunt à l’anglais; le mot vient du latin.

Il fait figure d’incongruité dans le paysage du français, car il n’est utilisé que pour désigner les musées d’histoire naturelle. L’exception étonne. Car les autres institutions du genre reçoivent l’appellation de musée, par exemple, le Musée des sciences et de la technologie ou le Musée canadien de la nature.

La majuscule

Le Museum d’Histoire naturelle est une curiosité à un autre égard : par l’utilisation de la majuscule, et ce, deux fois plutôt qu’une!

Les règles de typographie du français en ce qui a trait aux majuscules sont alambiquées et inutilement compliquées. Voir mon article à ce sujet. En Europe, on écrit musée avec la minuscule initiale et c’est l’élément déterminatif qui prend la majuscule. Ce qui donne :

Le musée du Louvre

Le musée des Offices

Curieusement, on fait exception pour le Museum d’Histoire naturelle dont le générique reçoit la majuscule, tout comme le déterminatif Histoire naturelle.

Appellations administratives

Normalement, ce genre d’appellation suit le modèle très simple qui coiffe de la majuscule initiale l’élément générique du début de l’appellation : la Direction des communications. Pour des raisons incompréhensibles, le nom des musées suit la logique inverse… sauf pour notre Museum d’Histoire naturelle.

Au Canada, on a renoncé à cet illogisme et toutes les appellations muséales prennent la majuscule initiale à l’élément générique, par exemple le Musée des beaux-arts de Montréal, et non le musée des Beaux-Arts.

Lueur d’espoir? Toujours est-il que les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique étalent une triple majuscule! C’est exactement le genre de graphie que je préconise dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, paru aux éditions Crescendo.

Le français distribue ses majuscules comme un avare ses deniers. Il est temps que cela change.

Abolir la monarchie?

Les évènements récents, tant aux États-Unis (entrevue du prince Harry et de sa femme) qu’au Canada (Julie Payette) suscitent toute sortes de réflexions sur les liens entre le Canada et la monarchie britannique.

Allons-y dans l’ordre.

Abolir la monarchie au Canada?

La question demeure controversée au Canada anglais, bien qu’un nombre croissant de nos voisins estiment que la monarchie constitutionnelle au Canada est quelque peu dépassée. Bien entendu, la réaction est tout autre au Québec, car les habitants ont bien du mal à s’identifier à la souveraine britannique.

La vraie question à se poser est la suivante : est-il possible d’abolir la monarchie au Canada?

L’ennui, c’est que même un consensus d’un océan à l’autre sur la nécessité d’en finir avec la Couronne britannique ne suffirait pas. En effet, conformément à la Loi constitutionnelle de 1982, il faut que les dix provinces canadiennes ainsi que les deux chambres du Parlement donnent leur accord pour que le Canada devienne une république. On conviendra qu’une pareille situation est hautement improbable à moins qu’on découvre soudain que la famille royale est composée de pédophiles satanistes…

La nécessité d’avoir un chef d’État

Tous les États, quels qu’ils soient, démocraties ou autocraties, ont besoin d’un chef pour sanctionner les lois, accepter les lettres officielles des ambassadeurs étrangers et se charger de diverses tâches officielles. Le président de la République, le roi, l’empereur, etc. doivent aussi participer à toute une ribambelle de cérémonies protocolaires ennuyeuses. Parlez-en à Julie Payette…

Dans beaucoup de pays, les rôles de chef d’État et de chef de gouvernement sont distincts, justement parce que leur cumul est exigeant. Les fonctions les plus protocolaires échoient à une personne ne jouant aucun rôle politique, sauf dans certaines situations. Cette division des tâches permet à la personne dirigeant le gouvernement de se consacrer entièrement à son travail.

Dans une monarchie, le souverain s’occupe des tâches protocolaires. Des pays comme la Grande-Bretagne, la Norvège, les Pays-Bas, le Japon, la Thaïlande, l’Espagne, etc. sont des monarchies.

Les républiques les plus connues sont les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, Israël, l’Argentine, la Russie, etc.

Une république? Puis après?

Le fait de transformer le Canada en république n’est pas la panacée qu’on imagine. Sorry to be positive about that.

Les fonctions protocolaires ne disparaissent pas avec la monarchie. Même si le Canada arrivait à rompre avec les Windsors, il devrait se choisir un chef d’État pour les raisons exposées ci-dessus. Ce chef pourrait être :

  1. Le premier ministre
  2. Une personne désignée par le premier ministre
  3. Une personne choisie par le Parlement
  4. Une personne choisie par une assemblée spéciale
  5. Une personne élue par la population

Examinons ces options. La première a peu de chance d’être adoptée, le premier ministre étant déjà suffisamment occupé.

Actuellement, le gouverneur général est nommé par la reine sur proposition du premier ministre (option 2). Par conséquent, il n’y aurait pas de changement avec le gouverneur général… Bella affaire!

Les options 3 et 4 sont celles retenues par beaucoup de pays. En Allemagne, par exemple, le président est désigné par l’Assemblée fédérale, qui regroupe des députés et des représentants des Länder, les États fédératifs allemands. Un ancien politicien respecté de tous est souvent choisi par cette assemblée.

Les pays cherchent en effet des personnes qui pourront, le cas échéant, jouer le rôle d’arbitre ou de conciliateur impartial en cas de conflit politique aigu entre les partis. Soit dit en passant, c’est exactement le rôle que joue le gouverneur général.

Le gouverneur général

La controverse entourant le départ de Julie Payette a relancé le débat sur l’utilité du gouverneur général. Pour beaucoup, cette fonction représente une dépense inutile et mieux vaudrait la faire passer par la trappe.

On voit tout de suite que les personnes préconisant cette solution ne connaissent rien au régime constitutionnel canadien.

Or le Canada ne peut faire partie du Commonwealth sans que son chef d’État ne relève de la Couronne britannique. Et, comme nous venons de le voir, le poste de chef d’État est indispensable.

Donc, que ça nous plaise ou non, le Canada continuera d’avoir la reine de Grande-Bretagne comme chef d’État, tant et aussi longtemps qu’il demeurera une monarchie constitutionnelle. Ce qui signifie qu’un gouverneur général sera toujours dans le paysage pour assumer des fonctions protocolaires dont la reine ne peut se charger, étant chef d’État d’une quinzaine de pays.

Il faut donc éviter de juger les institutions à partir d’une seule personne, si détestable soit-elle.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

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