L’Iran triomphe

C’est clair : l’Iran est en train de gagner la guerre.

L’objectif d’Israël et des États-Unis était de renverser le régime islamique; ils n’y sont pas parvenus. Échec total. Benyamin Nétanyahou, le fanatique de Tel Aviv, veut poursuivre les combats à tout prix, tandis que le cancre de Washington essaie de s’extirper du marécage dans lequel il a plongé sans réfléchir.

Contre toute attente, l’Iran a résisté aux bombardements et à l’élimination d’un grand nombre de ses dirigeants, dont l’ayatollah Khamenei. Tel une hydre à huit têtes, le régime a trouvé d’autres leaders. Le roseau plie mais ne rompt pas.

Un régime plus fort à Téhéran

On peut même affirmer que la République islamique sort renforcée par cette confrontation. Les Gardiens de la Révolution, cette élite militaire radicale du régime, a remplacé les ayatollahs, dont le chef spirituel est introuvable et gravement blessé, s’il vit toujours. L’Iran est maintenant une dictature militaire.

Quelle belle réalisation, Monsieur le Président.

Cette mutation ne fait que renforcer la volonté du régime d’écraser toute velléité de révolte. De toute façon, l’opposition iranienne est sans leader et désarmée. L’aide promise par le président Trump n’est jamais venue et les Iraniens ont été bernés. Pensez-vous qu’ils ont le goût de recommencer? Quelque 30 000 personnes ont été massacrées par les Gardiens de la Révolution. La répression, plus féroce que jamais, se poursuit, à l’abri des caméras. Merci de votre aide, Monsieur le Président.

L’Iran joue bien ses cartes

Non, la République islamique est plus forte que jamais. Elle s’est même enhardie à recourir à un moyen de pression inédit : le blocus du détroit d’Hormuz, un puissant levier de négociation. Jamais la République islamique n’avait osé bloquer cette voie maritime cruciale. Voilà maintenant que toute la planète est en émoi; l’économie internationale en sera affectée pendant des mois, même si on met un terme au conflit. Une grande victoire pour l’Amérique, n’est-ce pas, Monsieur le président?

Pire encore, Téhéran songe maintenant à lever des taxes sur les navires qui y circulent, chose qu’il n’avait jamais osé faire. Loin de perdre la partie, les dirigeants iraniens découvrent de nouveaux atouts dans leur jeu.

Astucieux, ils ont aussi bombardé les États du Golfe les amenant ainsi à faire pression sur Washington. Un accord de paix, ça presse! Bien joué, Téhéran. Paradoxalement, toute la pression est sur le président américain : les pays occidentaux, la Chine, les États du Golfe… et sa base MAGA qui se sent trahie.

Disons-le franchement, les Iraniens sont bien plus intelligents que les dirigeants américains : ils jouent admirablement bien leurs cartes. Contrairement aux hurluberlus en poste à Washington, ils avaient prévu le scénario d’une attaque américaine. Eux n’improvisent pas : ils étaient prêts. Les dirigeants iraniens sont peut-être des fanatiques religieux, mais eux ne sont pas de purs idiots.

Des négociations humiliantes

L’humiliation est de taille pour le président américain qui a refusé d’écouter les mises en garde de son vice-président et des quelques personnes un peu plus éclairées dans ce gouvernement ubuesque.

Des rumeurs circulent sur des négociations de paix en cours entre les belligérants. Pour paraphraser Trump, les États-Unis n’ont pas de cartes dans leur jeu. Reprendre les combats sera catastrophique, car les stocks de missiles et de drones iraniens sont intacts à 70 pour 100 (sources : le New York Times et le Figaro). Cela signifie que la guerre pourrait s’étaler sur de longs mois, sans aucune garantie que la République islamique finira par tomber.

Pourquoi? Parce que ce n’est pas dans l’intérêt des Chinois de voir le chaos s’installer dans la Perse moderne. La Chine achète son pétrole aux Iraniens. C’est probablement ce que Xi Jinping a expliqué au président américain.

À présent, la République islamique est en position de force. Elle tient la planète et les États-Unis en otage. Elle réclame maintenant le dégel de ses avoirs aux États-Unis; elle veut aussi que le dossier nucléaire soit exclu d’un éventuel accord de paix. Bref, elle est en position de force. Et vous prétendez être le vainqueur, Monsieur le Président?

Un recul considérable par rapport à l’entente sur le nucléaire négociée jadis par Barack Obama, entente déchirée par Donald Trump. Le roi du deal devra en conclure une autre à rabais.

Comme le disait Mark Twain, Dieu a créé la guerre afin que les Américains apprennent la géographie. Eh bien ils savent maintenant que Téhéran est à 7 123 milles d’Oklahoma City.

Victorien

Les anglophones du Canada ont fêté hier ce qu’ils appellent la fête de la Reine. Au Canada français, on célèbre la mémoire des Patriotes qui, en 1837, ont déclenché une rébellion contre le pouvoir colonial anglais.

La fête de la Reine

Pendant longtemps, Canadiens et Québécois ont cru que la fête en question était en l’honneur de la reine Élisabeth II, dont le règne a enjambé sept décennies. C’était une erreur, car la défunte reine était née le 21 avril 1926. Elle ne pouvait donc pas être célébrée l’avant-dernier lundi de mai.

Celle qui était à l’honneur, c’était Victoria, dont le règne s’est échelonné de 1837 à 1901, un règne qui a marqué le XIXe siècle. La Grande-Bretagne était au faîte de sa gloire; son empire s’étendait sur les cinq continents et comptait 450 millions de sujets. En 1877, Victoria devenait impératrice des Indes, comme on disait à l’époque.

Victorien

L’adjectif victorien désigne l’époque en question et il a pénétré l’usage, tant en anglais qu’en français. L’époque victorienne se caractérisait par un grand conservatisme social et le triomphe de la Révolution industrielle. Certes, l’Empire britannique a connu une expansion phénoménale, mais la réalité pour ses habitants était loin d’être aussi glorieuse. Lisez Charles Dickens.

On comprend donc que le terme victorien est employé aussi de manière péjorative. On parlera de la pudibonderie victorienne. Des idées rétrogrades peuvent être qualifiées de victoriennes.

Élisabéthain

La reine Victoria n’est pas la seule à avoir prêté son nom à un adjectif. La reine Élisabeth 1ère a donné l’adjectif élisabéthain. Celui-ci est moins entaché de conservatisme que victorien.

Élisabeth 1ère a régné 45 ans, de 1558 à 1603. Comme elle ne s’est jamais mariée, on suppose qu’elle est restée vierge. L’État américain de Virginie tire son nom de cette hypothèse.

L’ère élisabéthaine est prestigieuse. La souveraine a assis la domination de la religion anglicane. La victoire de la marine britannique sur la grande armada espagnole a amené le déclin de l’Empire d’Espagne et établi la domination anglaise sur les mers.

Géorgien

Les quatre rois George ont marqué l’architecture anglaise, de 1714 à 1830. Place au style Renaissance et aux frontons gréco-romains. Le palais de Buckingham en est un bel exemple.

La fête des Patriotes

Les Québécois ne sont pas de fervents monarchistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Si la reine Élisabeth II attirait le respect, tout comme le souverain actuel Charles III, on n’entend pas retentir dans les rues le God Save the King.

Depuis environ 25 ans, le Québec honore les Patriotes qui ont tenté de faire du Bas-Canada de l’époque une république indépendante. Le projet était hardi à plusieurs égards : les insurgés voulaient fonder un nouveau pays dans lequel hommes et femmes étaient égaux, une révolution pour l’époque. En outre, le gouvernement serait responsable devant le Parlement, ce qui correspondait à des revendications aussi bien au Canada français qu’au Canada anglais.

Chose certaine, le combat des Patriotes, écrasé dans le sang, continue d’inspirer la population, particulièrement la jeune génération.

Data center

Soyons réalistes, la technologie informatique se décline en anglais. L’évolution constante des ordinateurs et de l’intelligence artificielle s’impose comme une réalité inéluctable, dont le vocabulaire est en anglais.

Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il est impossible d’exprimer cette réalité en français. Nous sommes encore devant un problème que j’ai maintes fois dénoncé dans mes billets : le manque de volonté de l’Europe francophone à traduire les expressions et les mots anglais. Exprimer les nouvelles réalités en anglais est un signe d’ouverture d’esprit. Du moins, le croit-on là-bas.

Et pourtant, la traduction de bien des termes s’impose d’elle-même sans risque de semer la confusion. Mais cet argument ne porte pas en Europe.

Quelques évidences

Prenons le terme Data center qui se rend très bien en français par centre de données. Quelles données ? demanderont certains, qui verront là un bel argument pour conserver l’anglicisme.

Eh bien des données numériques, belle traduction de l’anglicisme data. Donc, centre de données (numériques) conviendrait parfaitement.

Autre cas qui relève de l’évidence, le fameux QR Code. Qu’est-ce qui est incompréhensible dans l’expression code QR ? Mais on s’entête à employer l’anglicisme, tellement plus… moderne.

Moins évidents, mais traduisibles quand même

Un Open source est un logiciel dont le code est accessible au public. On pourrait donc parler d’un code source libre, bref d’une source ouverte.

Si vous êtes le moindrement prudent, vous sauvegardez vos textes et photos dans le Cloud. Il s’agit du nuage informatique. La technologie en question s’appelle l’infonuagique. À mon avis, une belle trouvaille.

Dans Facebook, vous aimez afficher des stories. Une story,c’est un micro-récit vidéo. Et pourquoi ne pas parler d’une petite histoire ou un court récit ? Le contexte sera suffisant pour comprendre.

Bien entendu, cette traduction n’a aucune chance de s’implanter. De la même manière, il est bien plus excitant de parler de reel que de microvidéo. Le terme vient de Tik Tok. Ce sont ces vidéos très courtes que les gens regardent sans pouvoir s’arrêter.

Pourquoi ? Grâce au scrolling. Ce défilement continu, en spirale abrutit et capture le lecteur, incapable de décrocher.

Heureusement, cette chronique quelque peu désabusée prend fin ici, car mes textes ne sont pas en défilement continu. Heureusement.

Bogue

Vous avez suivi toutes les étapes. Vous avez enfin trouvé la scie mécanique de vos rêves sur JeFlambeMonFric.com. Votre nom, votre numéro de téléphone, votre adresse ont été dument inscrits. Vous voici enfin rendu au moment fatidique : payer votre achat en ligne. Vous êtes bien lucide, votre concentration atteint un paroxysme inégalé : il ne faut pas gaffer en inscrivant le numéro de votre carte de crédit; une seule erreur et tout capote. Le formulaire s’efface et il faut tout reprendre.

Vous vérifiez trois fois : il n’y a pas d’erreur, la date d’expiration de la carte est exacte, le numéro secret est le bon. Vous pesez sur Envoyer.

Et crac! Le système gèle, pas de réaction, sauf un cri d’effroi de votre part.

Un bogue

Il faut se rendre à l’évidence, l’application a un bogue. Je suis convaincu que vous avez tous connu cela, dans vos achats privés ou au boulot.

Ce type de dysfonctionnement s’appelle un bogue, de l’anglais bug, qui signifie bestiole. En effet, le bogue est une sorte de bibite (québécisme), un grain de sable dans l’engrenage.

On remarquera la graphie francisée qui semble prévaloir dans les ouvrages de langue tout comme dans l’usage courant. De temps à autre verra-t-on un bug, qui apparaît comme une bestiole dans la soupe.

Le terme bogue a engendré le verbe déboguer, dont la définition est : « Rechercher et corriger les erreurs de fonctionnement d’un programme informatique. » – Le Petit Larousse

Synonymes

Comme le mot en question est d’usage fréquent et très ciblé, nous ne sommes guère portés à lui trouver un synonyme. Le premier mot qui nous vient en tête est dysfonctionnement; pensons aussi à trouble, erreur de fonctionnement.

Bogue et blogue

Si la francisation de bug semble aller de soi, celle de blog n’est pas évidente, puisque cette graphie persiste dans beaucoup d’écrits d’outre-Manche. Au Québec, on emploie blogue, qui, d’ailleurs, nous a donné bloguer et blogueur.

Maison Blanche

La résidence du président des États-Unis s’appelle la Maison-Blanche. Habituellement, on ne met pas de majuscule à l’adjectif lorsque celui-ci est après le nom. On devrait écrire Maison blanche, mais on ne le fait pas.

Cette règle, de garder la minuscule à l’adjectif, comporte une exception : l’adjectif qui précède le substantif prend la majuscule. Par exemple, le Grand Trianon. Si on écrivait la Blanche Maison, eh bien la majuscule serait justifiée.

On remarquera une autre exception, celle des appellations commerciales. Pensons à la Banque Nationale. La double majuscule donne ici plus de relief à cette raison sociale.

La même logique prévaut pour la résidence du président des États-Unis. Mais, comme je le signalais dans un article précédent, il est de coutume de mettre le trait d’union. L’appellation qui identifie l’édifice devient donc un nom composé, un peu à la manière d’un odonyme.

Par exemple, on écrira la rue des Grands-Châteaux. L’élément déterminatif s’écrit avec un trait d’union, une manière d’unifier le tout.

Maison Blanche

L’appellation Maison-Blanche est quelque peu malmenée dans la presse. La graphie classique avec trait d’union perd un peu de terrain dans la presse européenne. Les quotidiens Le Monde, Libération et Le Figaro écrivent maintenant Maison Blanche, bien que cet usage ne soit pas constant. La double majuscule est sauvegardée, mais pas le trait d’union.

Dans plusieurs articles de ce blogue, j’ai critiqué les règles byzantines du français sur la majuscule. Leur rigidité et surtout leur incohérence expliquent peut-être que certains scribes s’encanaillent. Ce n’est pas moi qui vais les blâmer.

Gardiens de la Révolution

Les experts s’entendent pour dire que les Gardiens de la Révolution islamique ont remplacé les mollahs à la tête de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution sont en quelque sorte la garde prétorienne des mollahs, un État dans l’État. Ils sont devenus une sorte de mafia fanatisée, qui profite largement des exportations de pétrole de l’État persan.  En outre, ils ont massacré les manifestants qui exigeaient la fin de la République islamique. Les Gardiens sont en fait un corps militaire bien mieux armé que l’armée régulière, ce qui explique peut-être la passivité de cette dernière devant les exactions commises contre la population iranienne.

Les gardiens de la révolution

J’en ai parlé à maintes reprises, le français est avare de majuscules, une denrée distribuée au compte-gouttes dans les appellations officielles. La minuscule possède un droit d’aînesse apparemment inaliénable.

Auparavant, la presse francophone parlait tout simplement des gardiens de la révolution, tout en minuscules, comme on le voit. Ici et là, des auteurs s’encanaillaient au point de glisser une majuscule : les Gardiens de la révolution. C’était un début

On pourrait citer comme exemple l’Armée populaire de Chine, la Fraction Armée rouge. On donne la majuscule au nom d’un groupe spécifique.

Reste la révolution. J’ai déjà dénoncé la prudence excessive du français quant aux noms de périodes historiques. Par exemple la Révolution française, mais la révolution américaine, la révolution russe ou la révolution islamique. Comme si tous ces tournants de l’histoire étaient sans importance.

Donc : la Révolution islamique, dont personne ne doute de la portée (parlez-en à toutes ces femmes maintenant forcées de porter le hidjab au Moyen-Orient).

Par conséquent, il conviendrait de mettre la majuscule aux Gardiens de la Révolution. Pour beaucoup de francophones prudents, c’est déjà une hérésie : deux majuscules dans une seule expression!

Le corps des gardiens de la révolution

Continuons notre promenade dans le désert.

L’appellation en titre est le nom officiel des Gardiens de la Révolution. Il est employé couramment dans la presse anglophone. Les francophones emboitent maintenant le pas.

Comme on pouvait s’y attendre, les graphies prolifèrent. Je vous fais grâce des diverses variantes, qui vont de la plus aride toute en minuscule à la plus audacieuse.

Comme dirait Columbo, il y a un détail qui me chicotte. Écrire le corps des gardiens de la révolution revient à nier le caractère officiel de cette organisation particulière. Or, nous avons déjà écrit les Gardiens de la Révolution.

Il serait particulièrement étrange de tout ramener à la minuscule triomphante; bref de passer de la serre chaude au reg desséché. Un majuscule initiale s’impose au mot Corps.

Écrire le Corps des gardiens de la révolution serait suffisant à bien des scribes. Mais, là encore, on aplatit le nom d’une institution. On ne peut pas tout à coup dépouiller les Gardiens de la Révolution de leurs majuscules arrachées aux esprits conservateurs.

 Le Corps des Gardiens de la révolution est donc la graphie qui s’impose.

Les États-Unis illibéraux

La guerre que mènent les États-Unis en Iran constitue un indice de plus de la décadence démocratique de ce grand pays, jadis respecté un peu partout dans le monde. De plus en plus, une évidence s’impose : les États-Unis sont devenus un pays illibéral.  

Définition

Commençons par définir ce terme, un néologisme, qui se répand de plus en plus. Il a d’ailleurs fait une percée dans le Larousse :

« Qui est opposé au libéralisme, à ses principaux fondements, tels que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’État de droit et les libertés individuelles. »

Dans un article précédent, j’expliquais qu’un État devient illibéral lorsque les règles démocratiques fondamentales ne sont plus entièrement respectées. Un tel État peut revêtir les nobles habits de la démocratie, tout en continuant d’en saper les principes fondamentaux.

Un bel exemple est la Hongrie de Victor Orban. Son parti, Fidesz, pourrait perdre les prochaines élections législatives, dimanche prochain, après un règne de 16 ans. Le régime est illibéral entre autres parce que le système électoral favorise le parti au pouvoir, les circonscriptions ayant été découpées pour l’avantager.

Récemment, on a découvert une charge d’explosifs visant un gazoduc entre la Serbie et la Hongrie. Les observateurs sur place s’interrogent sur l’authenticité de ce projet d’attentat et pointent le gouvernement de Budapest, qui chercherait à créer un état d’urgence factice.

La Turquie, la Russie et l’Iran sont d’autres pays illibéraux. Bien sûr, les citoyens vont aux urnes, mais dans des conditions totalement différentes que celles qui règnent dans des démocraties évoluées, comme le Canada, la France ou l’Allemagne.

Les États-Unis illibéraux

Les États-Unis ne sont plus la démocratie inspirante qu’ils étaient. En 2024, le Democracy Index, de l’Economist Intelligence Unit, plaçait les États-Unis au vingt-huitième rang, derrière des pays comme l’Uruguay, le Costa Rica et Taïwan. Le Canada se classait au quatorzième rang, derrière la Norvège, la Suède, la Suisse et le Danemark.

Voici quelques éléments de réflexion sur l’état de la démocratie américaine.

  1. La guerre illégale contre l’Iran

Le déclenchement illégal de la guerre contre l’Iran, sans obtenir l’aval du Congrès, est un exemple flagrant de violation de la Constitution états-unienne. On se rappelle sûrement du discours de Franklin Roosevelt au Capitole, dans lequel il dénonçait l’infamie du Japon après l’attaque de Pearl Harbor. Roosevelt demandait au Congrès de déclarer la guerre au Japon.

Le président actuel n’a jamais demandé la permission de personne pour attaquer l’Iran. Il entraine son pays et le reste du monde dans un conflit insensé et personne, aux États-Unis, ne semble capable de l’arrêter.

Ce n’est que la dernière conséquence de l’effritement de la démocratie chez nos voisins du Sud.

2. Le gerrymandering

Le découpage frauduleux des circonscriptions électorales est devenu une pratique courante aux États-Unis. L’État du Texas veut diminuer le nombre de circonscriptions qui pourraient voter démocrate. On les fractionne de telle manière que bon nombre d’électeurs démocrates seront noyés dans des circonscriptions républicaines.

Devant cette supercherie opérée sans cachotterie, le gouverneur Newsom de la Californie a annoncé que son État ferait pièce au Texas, cette fois-ci pour favoriser les démocrates. Que restera-t-il de la crédibilité de la démocratie américaine, si d’autres États se livrent aussi à cette danse maléfique?

3. La légitimité des élections

On le sait, Donald Trump a refusé de reconnaitre les résultats du scrutin présidentiel de 2020. Le 6 janvier de l’année suivante, il a incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden. C’est ce qu’on appelle une tentative de coup d’État.

Interrogé à propos des élections de mi-mandat, en novembre prochain, il a indiqué qu’il en reconnaitrait le résultat, « si elles sont honnêtes ». Le simple fait de poser une question de ce genre au président est déjà un indicateur inquiétant de l’état lamentable de la démocratie états-unienne. Et que dire de sa réponse, lourde de sous-entendus?

4) Centraliser les élections

Le président actuel veut maintenant centraliser la conduite des élections, ce qui contrevient à la Constitution. Celle-ci prévoit que ce sont les États qui organisent les scrutins fédéraux, et non le gouvernement central, comme cela se fait au Canada.

Cette volonté de prendre le contrôle du déroulement des prochaines élections n’est évidemment pas innocent.

5) La guerre contre les médias

Selon Donald Trump, les médias sont les ennemis du peuple, une terminologie qu’employait Staline pour dénoncer ceux qui avaient le courage de s’opposer à lui. Or, de plus en plus, les républicains cherchent à contrôler les journalistes qui se présentent aux conférences de presse, que ce soit à la Maison-Blanche ou au Pentagone.

Souvent, les reporters plus critiques, ceux qui posent des questions embêtantes, ne sont plus admis aux conférences de presse. Ils sont remplacés par des journalistes complaisants, de publications sympathiques au président, qui posent des questions préparées à Trump.

Pis encore, le président a intenté des poursuites en diffamation de 15 milliards de dollars contre le Wall Street Journal à la suite de la publication d’un article. Les tribunaux ont jugé sa plainte non fondée.

Néanmoins, l’intimidation des médias est un signe inquiétant et rien ne garantit que le président n’y recourra pas encore.

Une démocratie qui vacille

Le terme illibéralisme a un bel avenir devant, surtout quand l’ancien phare de la démocratie libérale semble en voie de s’éteindre.   

Force est de constater que les contre-pouvoirs constitutionnels sont enrayés en bonne partie. Le Congrès n’exerce pas son rôle de baliser le pouvoir du président. Beaucoup se demandent quand il se réveillera au juste.

Pour l’instant, le seul contre-pouvoir efficace demeure celui des tribunaux. Mais pendant combien de temps?

Golfe Persique

La guerre en Iran nous impose une petite leçon de géographie. Tout le monde, ou presque, connait l’existence du golfe Persique et de son embouchure, le détroit d’Ormuz.

Le Golfe en question borde l’Iran ainsi que la péninsule d’Arabie. Or, l’Iran se faisait appeler jadis la Perse, jadis un grand empire. D’où le nom de golfe Persique. Comme je l’ai mentionné dans d’autres articles, les appellations géographiques sont souvent arbitraires. Par exemple, l’océan Indien lèche les côtes de l’Inde, certes, mais aussi du Bangladesh et du Myanmar, entre autres.

Quant à lui, le golfe Persique borde l’Iran, mais aussi d’autres États : Oman, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, l’Arabie saoudite, l’Iraq et le Koweït. Trouver une appellation qui ferait plaisir à tout le monde serait un exercice périlleux.

Certains auteurs parlent du golfe Arabo-Persique. La référence à la péninsule arabique rétablit un certain équilibre. Les ennemis de l’Iran, comme le président américain, l’appellent le golfe d’Arabie. Cette expression est rare en français.

Le régime des mollahs bombarde ce que l’on appelle les États du Golfe, c’est-à-dire les pays ayant un littoral avec le golfe Persique.

Majuscule

Les règles du français quant à l’utilisation des majuscules dans les toponymes sont assez claires. Le générique golfe s’écrit en minuscule tandis que le spécifique Persique prend la majuscule.

Une ellipse reporte la majuscule à Golfe dans l’expression pays du Golfe, car on sous-entend golfe Persique. Ainsi va le français avec son jeu de bascule majuscule/minuscule.

Le nom des habitants

Dans un article précédent, j’expliquais le changement survenu pour le nom des habitants des pays du Golfe. Prolifération des finales en -i au détriment des noms français. C’est ici.

Heureusement, l’Iran a été épargné : on parle bel et bien des Iraniens, et non des Iranis. Pour autant que je sache, il n’y a pas de nom collectif pour les habitants des pays du Golfe.

Le Bahreïn

La guerre en Iran déborde sur les États du Golfe, sous-entendu le golfe Persique. Le petit royaume de Bahreïn subit les tirs envoyés par la République islamique, tout comme le Qatar et les Émirats arabes unis.

Avec ou sans article?

Les commentateurs français aussi bien que canadiens énoncent le nom du royaume de deux manières :

  1. On parle de Bahreïn tout court, sans article;
  2. On parle du Bahreïn, avec article.

L’utilisation de l’article est plus naturelle; après tout, ne dit-on pas le Qatar? Sans parler de l’Arabie saoudite ou du Yémen? Alors d’où vient cette incongruité?

Première hypothèse : (le) Bahreïn est un archipel et les noms d’îles s’énoncent souvent sans article : Cuba, Saint-Pierre-et-Miquelon. Toutefois, il faut remarquer que l’archipel nippon se dit le Japon.

Seconde hypothèse : on traite Bahreïn comme un nom d’île, donc pas d’article. Pourtant, une grande île comme le Sri Lanka requiert l’article. À noter également qu’on disait jadis Ceylan sans article… L’usage a donc évolué.

Un nouvel usage?

La question se pose : un nouvel usage est-il en train de se créer? On peut penser que oui. On pourrait argüer que les scribes qui parlent du Bahreïn pèchent par ignorance. C’est bien possible. Mais on peut aussi supposer qu’ils trouvent absurde de mettre un article à Qatar mais pas à Bahreïn.

Cette absence d’article est d’autant plus illogique que le nom arabe de l’émirat est al-Bahrayn. On voit donc que les arabophones utilisent l’article al. Alors pourquoi ne pas faire la même chose en français?

Limoger

Le verbe limoger a une origine intéressante et particulièrement originale. Son nom dérive de la ville de Limoges, en France. C’était l’endroit où le maréchal Joffre affectait les généraux qu’il jugeait incapables, pendant la Grande Guerre, future Première Guerre mondiale.

On disait alors que le général Groprunot avait été « limogé ».

Des petits hasards comme celui-ci forgent la langue et expliquent certaines incohérences apparemment illogiques, qui finissent par investir le français par le portillon du jardin.

Le verbe limoger a pris le sens général de renvoyer quelqu’un. En fait, le limogeage est la destitution ou le déplacement d’une personne jugée incompétente. Les amateurs de hockey se souviendront que le président du Canadien de Montréal Ronald Corey avait limogé son directeur général Serge Savard.

Dans le contexte de la fonction publique, on pourrait employer le verbe révoquer : on révoque un fonctionnaire. Ne vous inquiétez pas, c’est très rare…

Un dangereux faux ami

En anglais, dans un style relevé (lui aussi très rare), on pourrait parler de demission, que le Collins définit comme suit : « relinquishment of or abdication from an office, responsability ». Des synonymes nettement plus courants existent : dismiss, fire, etc.

Un traducteur incapable serait porté à parler de la démission d’un fonctionnaire, ce qui serait un faux sens. Un rédacteur plumitif dirait que le général Groprunot a été démissionné… Nul doute que ces deux énergumènes seraient limogés sur-le-champ.

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