Golfe Persique

La guerre en Iran nous impose une petite leçon de géographie. Tout le monde, ou presque, connait l’existence du golfe Persique et de son embouchure, le détroit d’Ormuz.

Le Golfe en question borde l’Iran ainsi que la péninsule d’Arabie. Or, l’Iran se faisait appeler jadis la Perse, jadis un grand empire. D’où le nom de golfe Persique. Comme je l’ai mentionné dans d’autres articles, les appellations géographiques sont souvent arbitraires. Par exemple, l’océan Indien lèche les côtes de l’Inde, certes, mais aussi du Bangladesh et du Myanmar, entre autres.

Quant à lui, le golfe Persique borde l’Iran, mais aussi d’autres États : Oman, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, l’Arabie saoudite, l’Iraq et le Koweït. Trouver une appellation qui ferait plaisir à tout le monde serait un exercice périlleux.

Certains auteurs parlent du golfe Arabo-Persique. La référence à la péninsule arabique rétablit un certain équilibre. Les ennemis de l’Iran, comme le président américain, l’appellent le golfe d’Arabie. Cette expression est rare en français.

Le régime des mollahs bombarde ce que l’on appelle les États du Golfe, c’est-à-dire les pays ayant un littoral avec le golfe Persique.

Majuscule

Les règles du français quant à l’utilisation des majuscules dans les toponymes sont assez claires. Le générique golfe s’écrit en minuscule tandis que le spécifique Persique prend la majuscule.

Une ellipse reporte la majuscule à Golfe dans l’expression pays du Golfe, car on sous-entend golfe Persique. Ainsi va le français avec son jeu de bascule majuscule/minuscule.

Le nom des habitants

Dans un article précédent, j’expliquais le changement survenu pour le nom des habitants des pays du Golfe. Prolifération des finales en -i au détriment des noms français. C’est ici.

Heureusement, l’Iran a été épargné : on parle bel et bien des Iraniens, et non des Iranis. Pour autant que je sache, il n’y a pas de nom collectif pour les habitants des pays du Golfe.

Le Bahreïn

La guerre en Iran déborde sur les États du Golfe, sous-entendu le golfe Persique. Le petit royaume de Bahreïn subit les tirs envoyés par la République islamique, tout comme le Qatar et les Émirats arabes unis.

Avec ou sans article?

Les commentateurs français aussi bien que canadiens énoncent le nom du royaume de deux manières :

  1. On parle de Bahreïn tout court, sans article;
  2. On parle du Bahreïn, avec article.

L’utilisation de l’article est plus naturelle; après tout, ne dit-on pas le Qatar? Sans parler de l’Arabie saoudite ou du Yémen? Alors d’où vient cette incongruité?

Première hypothèse : (le) Bahreïn est un archipel et les noms d’îles s’énoncent souvent sans article : Cuba, Saint-Pierre-et-Miquelon. Toutefois, il faut remarquer que l’archipel nippon se dit le Japon.

Seconde hypothèse : on traite Bahreïn comme un nom d’île, donc pas d’article. Pourtant, une grande île comme le Sri Lanka requiert l’article. À noter également qu’on disait jadis Ceylan sans article… L’usage a donc évolué.

Un nouvel usage?

La question se pose : un nouvel usage est-il en train de se créer? On peut penser que oui. On pourrait argüer que les scribes qui parlent du Bahreïn pèchent par ignorance. C’est bien possible. Mais on peut aussi supposer qu’ils trouvent absurde de mettre un article à Qatar mais pas à Bahreïn.

Cette absence d’article est d’autant plus illogique que le nom arabe de l’émirat est al-Bahrayn. On voit donc que les arabophones utilisent l’article al. Alors pourquoi ne pas faire la même chose en français?