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De Gaulle et le Québec

De Gaulle

Le général de Gaulle n’est pas perçu de la même façon au Québec et en France. Pour les Français, il est le père de la Cinquième République, celui qui a réformé le système politique de l’Hexagone, pour le rendre viable. Mais beaucoup le considèrent comme une figure politique du passé. Pour les Québécois, il est celui qui a osé mettre le Québec sur l’échiquier politique international.

Découvrir un peuple

Dans les manuels d’histoire en France, la colonisation du Canada était une toute petite parenthèse. Une amie Parisienne m’a confié qu’on en parlait pendant à peu près deux minutes au lycée…

Le Canada moderne, c’était cette étrange nation britannique sise au nord d’une contrée fabuleuse, les États-Unis d’Amérique. L’histoire de cette nation courageuse, colonisée par les Britanniques leur échappait. Ils ignoraient le long combat des Canadiens pour survivre et ne pas être assimilés comme le furent plus tard les Louisianais.

Un esprit libéral, lord Durham, considérait que ce serait rendre un service aux Canadiens de les faire disparaître une fois pour toutes…

Ce sont ces Canadiens (par opposition aux Anglais) que le général de Gaulle a découvert avec surprise lorsque les Alliés sont venus libérer la France du joug nazi. Or le Général avait le sens de l’histoire. Il a reconnu dans ces « Français du Canada », comme il le disait, de dignes descendants des Français.

D’autres l’avaient vu avant lui, mais ces éclairs de lucidité se sont vite éteints. Peu de gens le savent, mais le premier ministre Honoré Mercier a été reçu avec les grands honneurs à Paris, en 1888, où on lui a décerné la Légion d’honneur.

Presque cent ans plus tard, en 1960, le président de la République Charles de Gaulle recevait le premier ministre Jean Lesage avec le même faste que s’il était un chef d’État.

Cette fois-ci était la bonne. Les relations entre la France et le Québec prirent leur envol.

Dans ses Mémoires, de Gaulle avait déjà pris conscience des « réalités profondes qui font de la Fédération canadienne un État perpétuellement mal à l’aise, ambigu et artificiel. » Il exprima à Jean Lesage sa conviction profonde que le Québec était appelé à devenir un État souverain. [1]

Vive le Québec libre

Contrairement à ce que beaucoup ont laissé croire, le fameux cri du général de Gaulle n’était pas entièrement spontané. Il était résolu à corriger ce qu’il appelait la lâcheté de la France.

Lâcheté, vous dites? La France n’avait pas engagé assez de troupes pour défendre le Canada et semblait peu intéressée par le sort de sa colonie, ces fameux « arpents de neige », selon Voltaire. Après la défaite de 1760, elle avait abandonné ses colons canadiens aux Britanniques par le traité de Paris en 1763. Par la suite, la France avait fourni un appui militaire aux rebelles américains qui ont arraché leur indépendance en 1776. Les Canadiens de l’époque en voulaient beaucoup à la mère patrie. Pis encore la France a par la suite oublié l’existence même de ces Canadiens, devenus par la suite des Québécois, pour une bonne partie d’entre eux.

« Ils vont m’entendre. », clamait le Général avant d’entamer sa visite au Canada, à l’occasion du centenaire de la fédération canadienne. De Gaule aurait même exercé des pressions sur le premier ministre Johnson pour l’inciter à réaliser l’indépendance du Québec[2]. Johnson ne se sentait nullement prêt à aller dans cette direction.

Le Général a été accueilli dans ce qu’il a lui-même appelé « une atmosphère de Libération ». C’étaient des mots puissants venant du chef de la Résistance française.

Tout au long de son parcours, sur le chemin du Roy, s’étalaient des bannières « France libre Québec libre ». Nul doute qu’elles ont stimulé les ardeurs du Général. À l’hôtel de ville de Montréal, un micro fut mystérieusement placé sur le balcon, alors qu’il n’était pas prévu que l’auguste visiteur prendrait la parole. Entraîné par la foule majoritairement indépendantiste, le Général lança le fameux « Vive le Québec libre! » Catastrophé, le premier ministre Johnson lui reprocha d’avoir repris le slogan de ses adversaires du RIN. De Gaulle n’en fit pas grand cas.

Cette déclaration lapidaire a provoqué un incident diplomatique avec le Canada et le Général plia bagage avec sans doute le sentiment du devoir accompli.

Un chemin différent

On connaît la suite. Les Québécois ont refusé par deux fois d’emprunter le chemin de l’indépendance. Ils préfèrent demeurer un État fédératif dans le grand ensemble canadien, quitte à se faire conspuer abondamment par ce peuple canadien-anglais convaincu, lui, de ne pas être raciste du tout. My foot.

Je n’ose pas imaginer ce que le Général penserait de cette situation.


[1]  « Il y a 50 ans, le Québec à Paris -2 – Un grand élan diplomatique, Le Devoir, le 11 octobre 2011.

[2]  Voir Pierre Godin, Daniel Johnson, Montréal, éditions de l’Homme, 1980.

Violence américaine

En observant – médusés – le drame qui se déroule aux États-Unis, on ne peut qu’être frappé par la violence coutumière qui embrase ce pays.

J’ai toujours aimé les États-Unis et les Américains. Je garde de beaux souvenirs de mes vacances d’adolescent à la plage d’Atlantic City, avant l’arrivée des casinos. Le Boardwalk enchanteur qui longeait l’océan, les bâtiments désuets qui s’alignaient le long de ces avenues dont le nom avait inspiré les créateurs du jeu de Monopoly.

Ce pays ressemblait tellement au Canada. Jeune ado, j’avais remarqué la présence de Noirs dans les rues, ce qu’on ne voyait à peu près pas chez nous. J’avais voulu aller voir des Noirs qui habitaient en face de notre motel, mais ma mère m’en avait dissuadé, car c’était dangereux. Ah bon.

Plus tard, j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité et fait des études de science politique à l’université. Mon opinion à propos des Américains a commencé à s’infléchir.

Un grand peuple

Au départ, j’éprouvais beaucoup de sympathie envers les Américains – et c’est toujours le cas aujourd’hui, malgré tout. Ces fiers soldats venus mourir sur les plages françaises pour libérer l’Europe du joug nazi. Ces touristes débonnaires qui débarquaient à Montréal, charmés par la magie du français, tout autour d’eux. D’ailleurs, je n’éprouvais pas de malaise à pratiquer mon anglais maladroit avec eux, car je savais qu’ils n’avaient pas d’aversion envers les francophones, contrairement à ce qui se produisait dans mon propre pays.

Politologue en herbe, j’ai étudié avec ravissement la Constitution américaine, texte génial inspiré des philosophes français. Il était fascinant de lire cette loi fondamentale ainsi que toutes ces réflexions profondes sur l’édification d’un système politique équilibré mettant la population à l’abri d’une dictature.

Et comment ne pas être ébahi devant l’ascension fulgurante de cette nation devenue à l’aube du XXe siècle un géant économique, avant de devenir un colosse politique?

La violence dès le berceau

La violence a imprimé un sceau indélébile sur la mentalité américaine. Les États-Unis sont nés dans la violence. La Révolution américaine est une révolte contre le pouvoir jugé despotique du roi anglais George III. Cette révolution est primordiale pour comprendre la mentalité du peuple américain. Elle a ancré l’idée que la violence peut être un moyen légitime de régler un problème.

Et la violence allait imprégner la société américaine de multiples manières. C’est peut-être dans le système économique qu’elle est la plus perceptible. Les Américains ont une foi absolue dans l’économie libérale; celle-ci départage les gagnants, ceux qui travaillent dur, des perdants, des fainéants, des maladroits, brutalement écartés de la richesse collective. Dans cette foire d’empoigne qu’est l’économie libérale, chacun a exactement ce qu’il mérite et l’État n’a pas à s’en mêler. En fait, le gouvernement c’est le problème, pour paraphraser Ronald Reagan. Certains extrémistes en viennent à voir dans l’État un ennemi potentiel des libertés individuelles – présentées comme sacrées et protégées par le Bill of RIghts – d’où ces théories délirantes du deep state qui cherche par tous les moyens à surveiller les individus.

Cette foi totale dans l’économie de marché remonte au XIXe siècle. Depuis lors, les pays occidentaux se sont ravisés après avoir constaté les inégalités criantes qu’elle amène. Lisez Dickens. Tant au Canada qu’en Allemagne ou au Danemark, il va de soi que tous les citoyens doivent bénéficier d’un régime public d’assurance-maladie. Aux États-Unis, c’est une hérésie pour une couche importante de la population. Le fameux Obamacare, qui étendait la protection médicale aux couches plus démunies de la population, a suscité une immense controverse chez nos voisins du sud. Beaucoup en faisaient une question de principe : l’État n’a pas à offrir une protection à des losers qui ne travaillent pas assez fort pour s’enrichir. Pourquoi moi je paierais pour eux? C’est leur problème.

Exclure brutalement les pauvres des soins de santé est une forme de violence.

Les Noirs

Dans la Constitution de 1787, on parlait de ces « autres personnes » pour désigner les esclaves. Des présidents comme Washington et Jefferson possédaient des esclaves.

L’esclavagisme était une plaie pour la jeune nation américaine et il allait conduire le pays à une guerre civile particulièrement dévastatrice. Cent ans après, il ne s’en était toujours pas remis et le pasteur Martin Luther King clamait devant la foule qu’il avait un rêve, celui de l’égalité raciale.

À cette époque, les Noirs n’étaient pas admis dans bien des hôtels et des restaurants. Il y avait des toilettes séparées pour les Blancs et les Noirs. Comme en Afrique du Sud, un État qui, lui, s’affichait ouvertement raciste.

Le racisme systématique et systémique est un acte violent. Il touche aussi les Autochtones, que l’on a exterminés à coups de fusil avant de les entasser dans des réserves. Heureusement, il n’y pas eu de solution finale pour les Noirs, mais les extrémistes blancs en rêvent sûrement. Certains brûlent des croix et glorifient Hitler.

Le Deuxième Amendement

Et il y a les armes à feu. Il peut être amusant de regarder à la télé les grands classiques du western, avec tous ces gens qui s’entretuent à qui mieux mieux. Les Amérindiens sont toujours les méchants, on voit très peu de Noirs sauf dans le rôle de palefreniers ou de serviteurs. Mais, surtout, le fait de tuer une autre personne à coup de pistolet est tout ce qu’il y a de plus banal. Là encore, l’utilisation d’une arme à feu, soit pour se défendre soit pour faire justice, est parfaitement légitime. On en revient à la Révolution américaine. On tire d’abord, on s’explique ensuite.

La sacralisation des armes à feu est imprégnée dans la culture américaine, au point qu’elle a été consacrée dans le Deuxième Amendement de la Constitution américaine. Un phénomène unique dans les pays occidentaux. En fait, les Américains sont très étonnés de savoir qu’au Canada ou en France, personne ne ressent le besoin de posséder un pistolet. « Comment faites-vous pour vous défendre? », demandent-ils, intrigués.

Le lien entre les centaines de tueries qui surviennent chaque année aux États-Unis et la libre possession d’armes à feu n’échappe pas à un enfant de cinq ans. Pourtant, on entend régulièrement des sophismes de tout genre pour défendre la libre circulation des armes. Comme : « Ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les gens. » C’est en partie vrai. Les États-Unis sont malheureusement une société violente à divers degrés, comme j’essaie de le démontrer. Ce sont en effet les gens qui tuent, qui décident d’ouvrir le feu lors d’une altercation avec un voisin, quand quelqu’un les dépasse sur l’autoroute, quand ils entendent un bruit suspect dans la maison et descendent leur propre enfant qui rentrait un peu tard. Ce sont aussi des gens qui décident de massacrer leurs collègues au bureau, leurs collègues à l’école secondaire. Le lien entre cette violence outrancière et la disponibilité des armes à feu est évident.

Sans parler de ces bons parents qui amènent leur enfant de dix ans à une foire d’armes à feu. La vénération des fusils et des armes d’assaut commence jeune.

Parlons-en des enfants. Même le massacre de 20 enfants à l’école primaire de Sandy Hook, en 2012, n’a pas convaincu les parlementaires de modifier les lois. Le Deuxième Amendement l’emporte sur toute autre considération.

Un pays irréformable?

Dans un autre texte, je faisais état du dysfonctionnement de certaines institutions américaines. La Constitution géniale de 1787 se dégonfle au fur et à mesure que les États-Unis s’enfoncent dans une décadence de plus en plus évidente. L’élection comme président d’un homme malade et inapte, un boutefeu irresponsable, vient accélérer la tendance.

Mais nos voisins du sud n’ont pas toujours été dirigés par des abrutis. Obama était un président inspirant, l’un des plus intelligents jamais vus. Pensons aussi à l’autre Roosevelt, Theodore, qui a créé les grands parcs nationaux.

La politologue et chroniqueure Josée Legault parlait d’un pays individualiste, obsédé par l’argent et irréformable. L’avenir dira si elle a raison.

Mais l’avenir des nations tient souvent aux leaders qu’elles choisissent. En 1932, les Américains ont élu Franklin Delano Roosevelt qui allait lancer le New Deal, un programme de dépenses publiques dont l’objectif était de donner du travail aux masses de chômeurs jetés dans la rue par le krach boursier. Roosevelt allait à l’encontre de la philosophie individualiste qui imprégnait la société américaine.

À mon sens, l’espoir réside dans la jeunesse. C’est peut-être elle qui lancera les réformes nécessaires pour mettre les États-Unis au diapason des autres pays occidentaux. Joe Biden serait bien avisé de choisir une colistière noire et jeune comme Kemala Harris.

Mais le chantier est vaste et les forces réactionnaires particulièrement virulentes et bien armées. Surtout que certaines réformes impliquent un changement radical de la mentalité américaine. La fracture de la société américaine n’est pas que raciale : elle divise les Américains en deux camps : les progressistes qui s’alignent sur les autres pays occidentaux et les conservateurs opposés à toute forme de changement. La bataille s’annonce rude et violente.

Le virus chinois?

Le président américain parle du virus chinois, ce qui a royalement insulté le gouvernement de Pékin. Comme d’habitude, le locataire de la Maison-Blanche a été brutal et direct, une attitude que réprouvent les Orientaux en général. Habituellement, il faut être très diplomate avec eux, laisser entendre plutôt que d’affirmer, se perdre en circonlocutions. La franchise que les Occidentaux affichent les bouscule.

Les faits sont têtus

Pour une fois, cependant, je dois dire que je suis en partie d’accord avec le président américain. Non, je ne fais pas de fièvre… Je pense que l’heure n’est pas à la broderie diplomatique.

Comme le disait Lénine, les faits sont têtus. Une vidéo absolument dégueulasse circule sur les médias sociaux montant le marché de Wuhan où la pandémie a pris naissance. Je n’ose pas la diffuser; on y voit des serpents, des rats, des chauve-souris et toutes sortes d’autres bêtes étalées en plein air, vivantes ou à moitié mortes. Il n’y a aucune réfrigération, avec des mouches partout, des étals souillés de sang, des chiens qui errent. Une foule compacte achète de la nourriture dans ce dépotoir.

C’est là le foyer de cette pandémie mondiale qui fera des millions des morts. Attendez que le virus se propage en Afrique et dans les pays pauvres… Ce sera l’hécatombe; nous n’avons encore rien vu.

Comme si cela n’était pas assez, cette pandémie chinoise va gripper toute l’économie mondiale au point de provoquer une récession et peut-être même une dépression. Un nombre incalculable de gens vont perdre leur emploi, des millions de petits commerçants vont être ruinés. Votre boulanger du coin risque d’y passer.

Non, ce n’est vraiment pas le temps d’être poli avec la Chine.

Un blanchiment sémantique

Comme si cela n’était pas assez, il fallait que le politiquement correct s’en mêle. Il ne faut pas dire le virus chinois ou encore employer des termes racistes comme le virus de Wuhan, la grippe de Wuhan. Un peu plus et des gens comme l’éclairante Marie-France Bazzo vont nous faire croire que les Chinois représentent une communauté racisée et qu’il faut réagir en censurant le discours. Vous pensez que j’exagère? Attendez voir.

Bien entendu, il serait idiot de s’en prendre aux Chinois qui vivent au Canada et à tous les autres en général. Le vrai responsable de ce désastre est le gouvernement chinois.

Comme la Chine est un pays puissant, les autorités sanitaires mondiales se sont crues obligées de procéder à un blanchiment sémantique et d’inventer un sigle aseptisé, inspiré de l’anglais : COVID-19. Je pose à nouveau la question : si la pandémie avait commencé au Congo pensez-vous vraiment qu’on aurait fait la même chose? Poser la question c’est y répondre.

Le virus chinois

Alors faut-il reprendre l’expression de Trump? À moins d’avoir confiné toute réflexion critique, il faut reconnaitre que le virus a commencé à faire des dégâts en Chine. Il m’apparait plus exact – et plus scientifique – de parler de la grippe de Wuhan tout simplement. Cette appellation n’incrimine pas tout le peuple chinois et se fonde sur la réalité. En tout cas, elle est moins offensante que le virus chinois.

Faut-il écarter COVID-19? Je ne le pense pas, car l’expression se propage dans l’usage et elle n’est pas inexacte en soi. Bien sûr elle a été aseptisée et c’est fâchant. Le terme virus washing reste à inventer.

L’heure n’est pas aux rectifications de vocabulaire mais à la responsabilisation de tout le monde pour éviter à notre tour de propager cette épouvantable importation made in China.

COVID-19 : Réflexions

La pandémie mondiale de coronavirus dont est responsable la Chine s’aggrave de jour en jour, au point de provoquer une viro-anxiété galopante. Le monde est entré en récession économique et une dépression majeure n’est pas à écarter.

Le monde est glauque, mais cette crise comporte quand même des aspects positifs. Alors, pour clôturer la semaine, trêve de vocabulaire!

***

La crise actuelle est une répétition générale en vue d’une éventuelle pandémie mondiale beaucoup plus grave qui pourrait survenir n’importe quand. Heureusement, le monde est mieux préparé à faire face à une réédition de la grippe espagnole. Mieux préparé, mais PAS entièrement préparé.

Ce qui se passe en Chine aussi bien qu’aux États-Unis, en Italie, en Iran illustre tous les obstacles géopolitiques qui se dressent devant nous.

La Chine

L’un de ces obstacles est le déni de la réalité, tel qu’observé par le gouvernement chinois. Les scientifiques qui ont sonné l’alarme ont été menacés de représailles. L’un d’entre eux a succombé à la maladie. Le pays a perdu de précieuses semaines à ne pas réagir, ce qui a permis au dragon de se déployer dans l’Empire du Milieu.

La Chine est une dictature féroce et sans pitié. Son gouvernement veut contrôler tout ce qui se passe, tant il a peur d’une révolte populaire. Le fait que l’opposition soit jugulée et l’absence de contre-pouvoir permet au gouvernement de faire tout ce qu’il veut.

Le confinement de la population du Wuhan a donc été un succès. Il n’est pas certain que des démocraties occidentales pourraient arriver à des résultats semblables aussi facilement. Mais il est clair que la méthode est efficace.

Un autre effet positif en Chine a été la prise de conscience de la grave menace sanitaire que représentent les marchés publics où l’on vend des animaux sauvages destinés à être mangés. Les pratiques sanitaires moyenâgeuses de ce pays ont engendré une pandémie mondiale qui n’a pas encore donné toute sa mesure. D’après le National Geographic, les autorités de Pékin ont ordonné la fin de ces marchés. Souhaitons qu’elles ne les rétabliront pas après la pandémie, comme elles l’ont fait après le SRAS.

Néanmoins, il y a prise de conscience. Si Pékin se traîne les pieds, il est certain que les pays frappés de plein fouet par la grippe de Wuhan se chargeront de leur rappeler leurs responsabilités. Il y a des limites à toujours vouloir sauver la face.

L’incompétence de certains dirigeants

Au Canada, on a beaucoup dénoncé le manque de leadership de Justin Trudeau, un homme qui cherche ses idées autant que ses mots. Comme le faisait observer le journal libéral La Presse, le premier ministre est toujours en retard sur la réalité et manque de conviction.

Pourtant bien des États aimeraient bien avoir M. Trudeau comme dirigeant. Des fanfarons comme le président Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson en Grande-Bretagne, Doug Ford en Ontario et bien d’autres encore ont minimisé la gravité de la pandémie. Malheureusement la pensée magique ça ne marche pas.

La crise actuelle est un révélateur de l’incompétence de tous ces clowns. Les populations en tireront-elles des leçons? On peut le souhaiter, mais rien n’est moins sûr.

Trump

L’incompétence est encore plus préoccupante quand elle touche l’homme le plus puissant de la planète. Cet homme souffre d’une maladie mentale, le narcissisme, qui déjà le rend inapte à gouverner. Si ce n’était que cela.

Le personnage ne possède aucune culture générale, est profondément ignorant des réalités géopolitiques mondiales, ne comprend pas la Constitution américaine, est impulsif et n’écoute personne; en fait, il ne comprend rien à rien. Ça tout le monde le savait déjà. Pourtant il voguait vers une réélection tranquille en novembre à cause de l’ignorance et de la bêtise d’une grande partie de la population américaine. Pourtant, ce pays mérite mieux. Il n’y a pas que des abrutis aux États-Unis.

Les États-Unis seront le prochain foyer d’infection. Ils ont réagi trop tard à la pandémie, leur système médical est dysfonctionnel : une trentaine de millions de personnes n’ont pas d’assurance et ne pourront se faire soigner; des dizaines de millions sont des sans-papier et vont continuer à se cacher; bien des Américains n’ont même pas de congé de maladie.

Bref, le pays est un désastre social et politique. Et la crise va frapper très fort au point qu’un scénario à l’italienne est prévisible.

Cette crise sanitaire pourrait déboucher sur une crise politique, car récession il y aura. Si tout va mal, on peut prévoir que le président finira par en payer le coût politique. Ils seront très nombreux à vouloir le ternir responsable du chaos.

Bref, l’immonde président pourrait être battu, non par une prise de conscience, par un débat intelligent entre personnes intelligentes, mais bel et bien par un virus. Ce serait un immense bienfait pour la planète, car le fou furieux de la Maison-Blanche ne sait pas ce qu’il fait. Il est un danger pour l’humanité entière, pandémie ou pas.

Personnes vulnérables

L’éloignement social et le confinement des populations provoquent des réactions inattendues. Tout d’abord ces Italiens qui chantent… Mais aussi des élans de générosité envers les personnes les plus vulnérables. Nous prenons conscience des conditions précaires dans laquelle vivent les personnes âgées, les sans-emploi, les personnes souffrant de problèmes de santé.

Et comment ne pas louer les personnes courageuses qui œuvrent dans les établissements de santé. Elles affrontaient déjà divers dangers, mais le coronavirus est une menace directe à leur santé à elles. Elles méritent toute notre admiration.

Petites entreprises

Les entreprises locales, les marchands de toute sorte, les artisans, les pigistes sont autant de personnes précaires. La mondialisation sauvage célébrée par bien des politiciens et des économistes a été un raz de marée pour bien des entreprises non affiliées à une chaîne. Un grand nombre ont disparu. À terme, nous sommes menacés de voir ces commerces disparaître, écrasés ou avalés par les grandes chaînes.

À cela s’ajoute maintenant la pandémie chinoise. Certains se réorganisent. Des restaurants livrent à domicile, par exemple, d’autres organisent le travail à distance. Il est important d’encourager tous ces commerces qui sont le gagne-pain d’un grand nombre de personnes, qui risquent d’être jetées à la rue par une éventuelle récession.

C’était vrai avant la pandémie, ce l’est encore plus à présent.

Le COVID-19 laissera des traces durables. Souhaitons que ce soit pour le mieux.

L’OTAN

Le 4 avril, l’OTAN a célébré son soixante-dixième anniversaire. Voici quelques réflexions sur le nom de ce pacte militaire et sur son utilité.

La majuscule

On l’appelle au long l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. À remarquer l’utilisation capricieuse des majuscules en français. Le terme générique Organisation en prend une, mais pas le mot suivant traité, qui est pourtant lui aussi le générique de l’expression traité de l’Atlantique nord.

Cette graphie respecte les conventions habituelles de typographie qui prêchent en faveur d’une utilisation parcimonieuse de la majuscule dans notre langue.

L’anglais, lui, n’a pas les mêmes réserves : North Atlantic Treaty Organization. Une majuscule à chaque mot.

La minuscule à traité dérange, d’autant plus qu’on la met parfois à accord, un mot très semblable. Par exemple :  l’Accord de libre-échange nord-américain (RIP), rebaptisé Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Mais force est de constater que la minuscule initiale prévaut pour des mots comme traité, convention, pacte et accord.

Cet illogisme relève des règles à mon avis désuètes du français à ce sujet. Voir mes articles à ce sujet.

Appellations officieuses

L’acronyme OTAN est utilisé sur le site de l’Organisation, sise à Bruxelles. Dans la presse européenne on écrit les acronymes – soit les abréviations se prononçant comme un mot – avec la majuscule initiale : Otan. Parmi d’autres appellations connues, mentionnons Unesco, Unicef. Les sigles, par contre, prennent la majuscule à chaque lettre, par exemple l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. On remarquera la majuscule au deuxième substantif.

L’OTAN est surnommée l’Alliance atlantique. Cette fois-ci, la majuscule orne le générique, contrairement à ce que l’on voit pour le traité de l’Atlantique nord…

Utilité de l’Alliance atlantique

L’OTAN a été fondée à l’aube de la Guerre froide dans le but de protéger l’Europe de l’Ouest contre une invasion de l’Union soviétique. Ce n’était pas une chimère, puisque la puissante Armée rouge s’était avancée jusqu’en Europe centrale à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Par la suite, le pouvoir soviétique n’a pas respecté sa promesse de permettre l’organisation d’élections libres et a implanté des régimes communistes à sa solde.

On peut comprendre que Moscou ait voulu créer un glacis de pays pour prévenir une autre invasion d’une puissance étrangère, l’Allemagne, pour ne pas la nommer. Peu de gens le savent, mais l’invasion nazie a fait quelque 20 millions de morts en URSS. La dévastation du pays, les exécutions massives, sont inimaginables. Nous sommes largement redevables aux Soviétiques d’avoir abattu le nazisme.

L’OTAN reposait sur le principe qu’une attaque dirigée contre l’un des pays membres en constituait une contre tous les pays de l’Alliance. C’est le fameux article 5 de la Charte de l’Atlantique, document fondateur de l’OTAN.

Il est clair que cette disposition a dissuadé l’URSS de tenter de nouvelles annexions en Europe. Si l’Ukraine était aujourd’hui membre de l’OTAN, tous ses alliés atlantiques auraient volé à son secours pour bouter les pseudo-rebelles armés par Moscou hors du territoire ukrainien. En fait, le Kremlin n’aurait jamais osé orchestrer les troubles actuels dans l’est de l’Ukraine.

Contrairement à ce que pense le fou furieux narcissique de la Maison-Blanche, l’Alliance atlantique n’est pas obsolète.

De la désinformation

L’existence même de l’OTAN a toujours irrité les autorités soviétiques et elles ont continuellement essayé de l’affaiblir. Dans les années 1980, des agents soviétiques ont investi le mouvement pacifiste qui s’opposait à l’implantation de missiles de moyenne portée sur le sol de l’Allemagne de l’Ouest.

Les Soviétiques ne disposaient pas des moyens efficaces que sont les médias sociaux – et ils n’avaient pas un président américain à leur solde. Néanmoins, ils essayaient de propager des rumeurs anti-américaines pour déstabiliser l’Allemagne fédérale et semer la confusion. Le mouvement pacifiste et les verts jouaient leur jeu, sans en être conscients.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc rien de nouveau. Les autorités du Kremlin ont une longue expérience en matière de désinformation. La pagaille qu’ils ont semée au sujet de Hilary Clinton, aidant l’élection de Trump, est un triomphe pour les Russes, un triomphe qui va probablement au-delà de leurs espérances les plus folles.

Après l’Union soviétique

La chute du régime soviétique en 1990, et son remplacement par la Russie, est venu brouiller les cartes. Américains et Russes ont connu une brève lune de miel sous Boris Ieltsine, mais le choses ont changé avec Vladimir Poutine, un ancien chef de KGB (d’où les activités de désinformation et de déstabilisation).

Une des raisons du ressentiment du Kremlin est le fait que l’Occident n’a pas tenu sa promesse de ne pas accueillir d’anciens pays communistes du pacte de Varsovie au sein de l’OTAN.

Très rapidement après la chute du soviétisme, les anciennes républiques populaires d’Europe de l’Est sont venues frapper à la porte de l’Alliance. La Pologne, les pays Baltes, la Hongrie, la Slovaquie et bien d’autres ne voulaient plus jamais subir une occupation par les Russes. L’Alliance les a accueillis.

L’OTAN s’est cherché une nouvelle vocation pendant le bref rapprochement avec la Russie, participant à des missions qui n’avaient rien à voir avec la protection de ses membres. Certains se sont interrogés sur la pertinence de l’Organisation, pendant un bref moment.

Mais l’évolution de la conjoncture internationale vient en renforcer la légitimité.

Les mots de 2018

Certains nous hantent; ils sont comme la mouche du coche. On a beau les écarter d’un geste impatient de la main, ils reviennent en bourdonnant et semblent ne jamais vouloir partir.

D’autres sont des étoiles filantes dans le firmament du français. On les croit installés pour l’éternité, puis ils s’éclipsent.

Voici une modeste compilation des mots et expressions qui ont retenu mon attention durant l’année qui s’achève.

Le mot qui s’incruste

Une vilaine tache qui ne veut pas partir. On la frotte, on la javellise mais rien n’y fait. Je parle ici de partager. Comme d’habitude, les ouvrages français tardent à accepter le nouveau sens erroné qu’elle a pris sous l’influence de l’anglais. Observateurs prudents qu’ils sont. Peut-être espèrent-ils comme moi que le délire créatif entourant ce verbe s’essoufflera. Pour l’instant aucun espoir à l’horizon.

On partage tout : un gâteau, un appartement, un avis, une photo, des souvenirs, sans tenir compte du sens véritable du mot. On l’oublie, mais on partage une chose quand on la divise en plusieurs parts. Partager un document, des photos devient carrément illogique, sauf si on les découpe en morceaux.

Comme si ce beau gâchis sémantique ne suffisait pas, voilà maintenant qu’on décline allègrement partager en mode réflexif. Réplique affreuse de Louis-José Houde dans De père en flic : « Il me le partage! » au lieu de dire tout simplement « Il me le dit. »

Dans un cours de rédaction donné à l’université, j’ai glissé dans un texte l’expression « Je vous partage un rapport d’audit… » Le texte comportait une vingtaine d’erreurs que mes étudiants en traduction devaient repérer. Seulement deux personnes sur vingt-trois ont encerclé l’erreur. Troublant.

Le mot envahissant

Tout est historique. Écoutez les médias et il ne se passe pas une seule journée pour que tel évènement, si futile soit-il, soit qualifié d’historique. J’en suis au point de vouloir faire une compilation de tout ce qui sera considéré comme historique en 2019 et d’envoyer la liste à nos scribes pour qu’ils constatent les dégâts.

L’expression erronée

Le président des États-Unis est polarisant. Trudeau dirait qu’il est divisif. Qu’importe. Polarisant est ce que l’on pourrait qualifier de calque aveugle, de faux ami. Dans notre langue, polariser signifie concentrer en un seul point et non pas être aux antipodes. Le mot clivant suffit à la tâche.

Fâchant que personne n’ait seulement songé à vérifier au dictionnaire… Mais tout le monde sait que la traduction, c’est facile.

En régression

Les scribes ont une tendance naturelle à l’hyperbole. Parfois, ils cherchent aussi un élément de comparaison pour mieux illustrer leur propos. Dans les dernières années, on disait souvent que telle usine était grande comme cinq terrains de football, ce qui n’était pas une mauvaise idée en soi. Toutefois, la répétition de cet étalon devenait quelque peu lassante, car nos scribes sont souvent comme des moutons de Panurge : ils bêlent en troupeau.

La recrue de l’année

Les jeunes l’emploient beaucoup. Je ne serais pas surpris qu’elle gagne du terrain chez les plus âgés et, éventuellement, dans les médias, ceux-ci ne faisant pas toujours la différence entre les niveaux de langue.

Une situation est malaisante. C’est-à-dire elle est embarrassante, perturbante, dérangeante. Ce barbarisme se répand tranquillement. À suivre.

Chose étonnante, les lecteurs du journal belge Le Soir ont élu malaisant comme mot de l’année 2018.

Le petit dernier

Le fou furieux à la Maison-Blanche veut son mur, bon, parce que sans cela je vais péter une crise. C’est clair? Il provoque donc la fermeture du gouvernement, dans un conflit ouvert avec le Congrès. En anglais on parle de shutdown; la brièveté de l’anglais m’étonnera toujours.

L’anglicisme brillait de mille feux et des scribes d’outre-mer ont sauté sur l’occasion pour ajouter cette irrésistible perle à leur florilège d’anglicismes consacrés.

Si la présidence ne s’entend pas avec le Congrès, les opérations du gouvernement sont suspendues; le gouvernement est fermé; le gouvernement est paralysé. Donc, on peut parler de fermeture, de paralysie.

Nul besoin de shutdown en français.

Le 11 novembre 1918

Le 11 novembre prochain marquera le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, cette effroyable boucherie dont toute l’horreur a été décrite dans l’extraordinaire série Apocalypse.

À l’aube de ce triste anniversaire, il convient de signaler quelques erreurs linguistiques qui ne manqueront pas de pulluler dans les prochains jours.

Tout d’abord il est déplacé de commémorer l’anniversaire de l’armistice. En français on commémore un évènement, pas une date, pas un anniversaire. En temps normal, on célèbre, on fête un anniversaire; dans ce cas-ci, il est difficile de manifester quelque joie que ce soit, sinon d’observer le silence, de se recueillir. On marquera, soulignera cet anniversaire.

Le 11 novembre de chaque année est appelé le jour du Souvenir. On notera l’économie de majuscule : il s’agit d’un jour dont le nom est Souvenir. La double majuscule serait impensable, selon les grammairiens. Le français continue de s’inscrire en faux contre la logique naturelle qui voudrait qu’une appellation aussi solennelle comporte deux majuscules, et non pas une seule. Les autres langues opèrent différemment.

Le 11 novembre est aussi l’Armistice, que l’on écrit avec la majuscule, en toute logique, puisqu’il s’agit d’un évènement historique. À propos, le mot armistice est de genre masculin : un armistice.

La date en question est le 11 novembre 1918. La forme elliptique s’écrit le 11-Novembre, la majuscule indiquant qu’il ne s’agit pas de n’importe quel 11 novembre, mais bien de ce qui marque la fin des hostilités de la Grande Guerre. Ce genre de raccourci existe pour d’autres dates historiques, comme le 11-Septembre ou le 14-Juillet. On remarquera le trait d’union – qui peut être omis – et surtout la majuscule inhabituelle au nom du mois.

La boucherie effroyable de 14-18 est appelée de différentes façons. À l’époque, on parle de la Grande Guerre, celle qui devait être la « der des ders ». C’était oublier l’incommensurable bêtise humaine, toujours aussi prégnante.

Après l’autre boucherie, celle de 1939-1945, on parla de la Première Guerre mondiale.

La Nuit des longs couteaux

Cette semaine, un article politique sur cet événement qui a mené à un accord constitutionnel duquel le Québec a été exclu.

L’ancien premier ministre Jean Chrétien a profité de son passage à l’émission Tout le monde en parle pour proférer quelques demi-vérités. J’aimerais rectifier deux d’entre elles.

  1. Le Canada anglais a empêché la disparition du français au Canada

Ce n’est pas entièrement faux. M. Chrétien s’appuie sur l’exemple de la Louisiane où notre langue n’est presque plus parlée. Son affirmation se vérifie seulement si les Canadiens, comme on les appelait à l’époque, s’étaient tournés vers les États-Unis pour se libérer de la Couronne britannique. Or là nul doute que nous serions aujourd’hui anglicisés.

L’ennui, c’est que les colons canadiens ont choisi de rester dans l’Empire britannique, précisément parce qu’en vertu de l’Acte de Québec de 1774 et de l’Acte constitutionnel de 1791, il leur était permis de conserver leur langue, leur religion et leur droit civil. Or ce n’est pas par générosité que le conquérant britannique a fait adopter ces deux lois, c’est parce qu’il n’avait pas le choix. Il voulait éviter une rébellion des Canadiens, dont la population était bien plus nombreuse que celle des Britanniques.

Rappelons-nous qu’en 1840 les mêmes Britanniques font adopter l’Acte d’union, dont le but avoué est d’assimiler les colons canadiens pour les faire disparaître en tant que peuple, comme le recommandait lord Durham. Encore là, la démographie jouera en faveurs des Canadiens.

La survie du français au Canada n’a donc rien à voir avec une supposée générosité des Britanniques.

  1. La Nuit des longs couteaux n’a jamais eu lieu

Selon M. Chrétien, les négociations menées dans la nuit du 4 novembre 1981 et qui ont abouti à un compromis constitutionnel ralliant les neuf provinces anglaises se sont déroulées à son insu! Il dormait avec sa femme.

Peu importe où était M. Chrétien cette nuit-là, il était le maître d’œuvre des pourparlers enclenchés à Ottawa entre les provinces et le fédéral. Il serait étonnant qu’il n’ait jamais été informé du compromis intervenu durant la nuit.

Les affirmations de M. Chrétien cachent toutefois un élément clé que personne sur le plateau, pas même Denise Bombardier, n’a relevé. En dernier lieu, c’est le premier ministre Pierre Elliott Trudeau qui avait la responsabilité ultime d’accepter le compromis négocié avec les provinces, compromis qui excluait le Québec.

M. Chrétien escamote la question en soutenant que le ministre péquiste Claude Charron lui avait dit que le gouvernement du Québec ne signerait jamais rien. Il serait intéressant de voir si M. Charron est prêt à corroborer ce qu’avance M. Chrétien. Et si M. Charron a vraiment dit cela, est-ce que cet avis était partagé par le premier ministre Lévesque?

En supposant que le Québec était de mauvaise foi, il n’en demeure pas moins que M. Trudeau avait le devoir d’informer René Lévesque de l’accord intervenu durant la nuit. Il a choisi de ne pas le faire. M. Lévesque a été mis devant le fait accompli le lendemain matin.

Malheureusement, M. Trudeau a décidé de se comporter en politicien revanchard et de river son clou à son adversaire séparatiste. S’il avait choisi de se comporter en homme d’État et de tendre la main à René Lévesque, la suite de l’histoire aurait pu être très différente.

Pierre Elliott Trudeau avait le devoir de chercher un compromis avec le gouvernement du Québec, foyer des francophones du Canada. Il aurait pu choisir de s’élever au-dessus des lignes idéologiques et demander à M. Lévesque d’en faire autant. N’oublions pas que le gouvernement du Parti québécois venait d’essuyer un échec cuisant au référendum de 1980. M. Trudeau aurait pu rappeler à son vis-à-vis qu’il devait respecter la volonté des Québécois de rester dans la fédération canadienne.

On ne saura jamais ce qui ce serait passé si M. Trudeau avait tenté de modifier l’accord pour tenir compte des demandes du Québec. Il est bien possible que René Lévesque l’aurait envoyé paître. Et s’il s’était entendu avec son homologue fédéral, ce sont peut-être les provinces qui n’auraient pas voulu emboiter le pas.

Dans les deux hypothèses, ce serait soit le Québec soit les provinces qui auraient essuyé le blâme. La Nuit des longs couteaux? On n’en parlerait plus.

Malgré toutes ces spéculations un fait demeure : M. Trudeau ne s’est pas conduit comme un homme d’État et le Québec a été humilié.

Dégagisme

La colère. Voilà l’élément central de l’élection du premier octobre au Québec. La colère devant un gouvernement insensible aux peines infligées à la population pour équilibrer son budget. Une insulte à l’État providence auquel tiennent tant les Québécois.

Cette colère profite à un parti de droite dirigé par un ancien comptable et homme d’affaires, François Legault. Elle soulève aussi un parti de gauche qui porte les espoirs de la jeune génération.

Ce mouvement est appelé le dégagisme et il vient de balayer le pays du Québec. Il a commencé en Tunisie pour ensuite s’étendre à d’autre pays du Proche et du Moyen-Orient. Un ressac que l’on a appelé le Printemps arabe. Il s’est poursuivi en France avec l’émergence d’une certaine gauche radicale incarnées par Jean-Luc Mélanchon.

De quoi s’agit-il ? En gros de la perte confiance envers les partis traditionnels, qui ont eu la chance de gouverner et ont déçu. Ces partis ne semblent plus répondre aux aspirations de la population.

Le mouvement frappe fort en Occident. Que l’on songe à l’Italie gouvernée par deux partis marginaux : la Ligue et le Mouvement Cinq-Étoiles. La Ligue est un parti qui prônait jadis la séparation des régions de l’Italie du Nord pour former un nouveau pays, la Padanie. La démocratie chrétienne, les socialistes, qui jadis dominaient la vie politique de la patrie de Dante, ont pour ainsi dire disparu de la carte.

Même chose en Allemagne. Les partis traditionnels que sont les chrétiens-démocrates, les libéraux et les sociaux-démocrates voient émerger l’Alternative pour l’Allemagne, opposé à l’immigration, et Die Linke, la gauche, sorte de réincarnation de l’ancien parti communiste de l’Allemagne de l’Est.

Le dégagisme frappe donc de plein fouet les vieux partis occidentaux. Au Québec, le Parti libéral et le Parti québécois sont sérieusement ébranlés. Le premier séduit un francophone sur six, ce qui marque une rupture inquiétante avec la majorité, qui s’est tournée vers la Coalition avenir Québec.

Quant au Parti québécois il n’apparaît plus comme le véhicule de changement qu’il a été. Il ne séduit plus les jeunes. Son avenir est incertain.

Pour reprendre l’expression de Boucar Diouf, Philippe Couillard et Jean-François Lisée sont les derniers « catapultés du dégagisme »…  Reste à voir si les partis issus du dégagisme sauront vraiment gouverner de façon différente.

Balance du pouvoir


L’élection au Nouveau-Brunswick amène une situation quasi-inédite dans cette province : l’arrivée d’un gouvernement minoritaire. Du jamais vu depuis un siècle.

Peu importe le parti qui formera le gouvernement, il devra partager le pouvoir avec un ou des tiers partis. Ces derniers détiendront ce que l’on appelle couramment la balance du pouvoir.

Cette expression, employée au Parlement du Canada, est pourtant un calque de l’anglais balance of power.

Comme il est signalé dans les Clefs du français pratique :

Un parti influe sur l’équilibre des partis lorsqu’il peut mettre le gouvernement en minorité en votant avec un autre parti.

Un tiers parti devient donc l’arbitre de la situation, mieux, il détient la clef ou les clefs du pouvoir. Il est en quelque sorte le maître du jeu. On pourrait presque se permettre cette métaphore médiévale : il est un faiseur de roi !

L’expression détenir les clefs du pouvoir est nettement plus française et élégante que son équivalente anglaise avoir la balance du pouvoir.

À mettre dans la balance lorsque vous rédigerez.

 

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