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Expressions anglaises francisées

Certaines formulations anglaises sont tellement percutantes qu’elles se sont imposées en français. Ce n’est pas toujours une mauvaise chose.

On le sait, les langues s’empruntent des mots et des expressions, phénomène normal et le plus souvent enrichissant, malgré certains excès dénoncés dans cette chronique.

L’anglais est une langue expressive; il parle souvent par images. Le français, en comparaison, est plus abstrait, et donc plus terne. D’où certains emprunts.

Le chat est sorti du sac.

On a connu le fin mot de l’histoire. La vérité est apparue au grand jour. Voilà ce qu’on pourrait dire dans notre langue. Le sens est maintenu, tout est clair. Mais l’image de l’anglais frappe davantage l’imagination.

Le diable est dans les détails.

Votre police d’assurance ne couvre pas les tornades. Bien entendu, votre assureur ne le claironne pas vous devez lire les petits caractères du contrat.

En français? Il faut faire attention aux détails. Ce sont les détails qui posent un problème. Il faut être vigilant. Il faut bien lire le contrat. Attention aux clauses dissimulées/cachées.

On n’est pas sorti du bois.

Locution très canadienne, cent fois plus expressive que l’expression consacrée : on n’est pas sorti de l’auberge.

Les forêts canadiennes sont immenses. Parler d’une auberge n’interpelle pas du tout la population canadienne.

L’éléphant dans la pièce, aux États-Unis, c’est la santé mentale du président.

Le sujet tabou, le sujet dont personne n’ose parler. Le français dit bien ce qu’il a à dire, mais l’anglais est nettement plus imagé. Comme le disait bien un sénateur français, Trump est le seul éléphant à se promener avec son magasin de porcelaine…

Les mathématiques, ce n’est pas ma tasse de thé.

Très britannique indeed. Les mœurs britanniques nous fascinent à un point tel que nous avons calqué cette délicieuse expression.

Ce n’est pas à mon goût, ce n’est pas mon truc. Les mathématiques, ça ne m’excite pas… aussi vrai que un et un font trois.

Conclusion

Les expressions empruntées respectent la syntaxe du français, c’est pourquoi elles sont parfaitement admissibles. Ce qui explique que l’emprunt passe le plus souvent inaperçu.

Le 11 Septembre

Tout le monde se souvient de l’endroit où il était le 11 septembre 2001. Je n’ajouterai pas mon propre témoignage à ce déferlement de souvenirs douloureux. Je me contenterai du point de vue linguistique.

Majuscule ou pas?

En français, on écrit le nom des mois en minuscule, comme dans la date précitée. Certains évènements historiques, lorsqu’ils sont énoncés de manière elliptique, voient la majuscule apparaitre au nom du mois.

On parle par exemple des attentats du 11 Septembre. Il ne s’agit pas de n’importe quel 11 septembre, mais de celui des attentats de New York et de Washington.

Trait d’union

L’utilisation du trait d’union dans notre belle langue est souvent arbitraire et illogique. Que l’on pense à compte rendu et à procès-verbal.

C’est ce qui explique que les dates elliptiques s’écrivent de deux manières : le 11-Septembre, le 11 Septembre.

L’usage français est confus, on ne s’en étonnera pas. Le Monde titre 25 ans du 11-Septembre; Le Figaro : 25 ans du 11 Septembre. De ce côté-ci de l’Atlantique, La Presse parle lui aussi du 11-Septembre, tandis que Le Devoir écrit le 11 Septembre.

Conclusion

Vous avez le choix pour le trait d’union, mais ce qui importe est de mettre la majuscule elliptique lorsque la date n’est pas énoncée au complet. C’est le marqueur évident qu’il est question d’un évènement historique.

Le même principe s’applique pour le 11 Novembre.

Crosse

Le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis touche notamment ce que l’on appelle chez nous les bâtons de hockey. Dans les rares articles européens qui parlent de l’intimidation du président-fou envers son plus grand marché d’exportation, il est question de crosses de hockey.

Qui a raison?

Les Européens. Clairement.

L’expression « bâton de hockey » est ni plus ni moins un calque de l’anglais hockey stick. Mais le terme est passé dans l’usage et tout le monde n’y voit que du feu, quitte à compter dans son propre filet.

Bâton et crosse

Les grands dictionnaires définissent un bâton comme un long morceau de bois, par exemple un bâton de pèlerin ou un bâton de ski. Il peut également être un symbole d’autorité, comme un bâton de maréchal. Mais nulle part n’est-il question d’un bâton de hockey ou d’un bâton de baseball.

Le mot utilisé est crosse. On pourrait croire ici à une simple différence de vocabulaire. Ce n’est pas le cas. Une crosse est un long bâton courbé, ce qui correspond à ce qu’est exactement un bâton de hockey. Dans les autres exemples donnés, on cite aussi la crosse d’un évêque.

Il serait donc plus exact de parler de la crosse de hockey, mais, bien entendu, ce n’est pas demain la veille que les commentateurs sportifs du Canada français vont rectifier leur vocabulaire. Encore une fois, l’usage, si malveillant soit-il, fait loi.

Un sport

On notera au passage que la crosse est un sport amérindien qui se joue avec une balle sur le gazon ou sur une surface dure. Le Larousse précise que ce sport se pratique avec une… crosse.

Les anglophones l’appellent lacrosse pour éviter la confusion avec le verbe to cross.

Variations sémantiques

Le français québécois et canadien a donné un sens particulier au terme en l’objet. Une belle crosse est une arnaque, pratiquée par un crosseur. Un crosseur est un individu malhonnête qui essaie de rouler les autres.

On dira par exemple que le marchand de voitures usagées de la rue Principale est un crosseur. Il a vendu une voiture accidentée à une vieille dame. (Les lieux communs sont en pleine forme!)

Une personne victime d’une telle arnaque s’est fait crosser. Elle s’est fait avoir, en termes plus polis. Pour bien des gens, les politiciens et les avocats sont tous des crosseurs.

À la forme réflexive, se crosser signifie se masturber… On est loin de la crosse d’un évêque…

Le déclin de la lecture

Voici le résumé d’un article de l’excellente revue états-unienne The Atlantic. L’auteur fait le point sur le déclin marqué de la lecture chez les jeunes Américains, l’ère des médias électroniques.

Les intertitres sont de moi et aucun outil de traduction automatique n’a été utilisé pour la rédaction de ce texte.

L’ère de la lecture touche-t-elle à sa fin?

On lit de moins en moins

L’écriture a été inventée en Mésopotamie il y a quelque 6000 ans, principalement pour consigner les inventaires de céréales. La capacité de lire s’est répandue avec l’invention de l’imprimerie, par Gutenberg, en 1440. Au fil des siècles, l’alphabétisation a gagné du terrain dans les pays développés.

Toutefois, la lecture semble devenue un exercice de plus en plus exigeant pour la jeune génération biberonnée aux écrans et à l’intelligence artificielle. Les indices en ce sens ne manquent pas.

La National Endowment for the Arts a réalisé en 2022 un étude très détaillée les habitudes de lecture des États-Uniens. Celle-ci a révélé que moins de la moitié des adultes ont lu un livre en 2022. Seulement 38 pour 100 avaient lu un roman ou une nouvelle. L’étude réalisée auprès de 236 000 personnes a aussi révélé que la proportion des États-Uniens lisant pour le plaisir est passée de 28 pour 100 en 2004 à 16 pour cent en 2023. Autrement dit, un Américain sur six lit pour le plaisir.

La situation n’est guère plus reluisante pour les journaux. En 1975, la moitié des gens dans la vingtaine lisaient un journal chaque jour. Aujourd’hui moins de 10 pour 100 le font. La plupart des Américains s’informent par leur téléphone et leur ordinateur, tandis que 40 pour 100 d’entre eux préfèrent regarder les nouvelles en ligne, plutôt que de les lire.

La capacité de bien s’exprimer fléchit elle aussi

On observe aussi que les phrases des livres à succès recensés par le New York Times comportent des phrases qui sont environ un tiers plus courtes qu’il y a un siècle. En outre, les phrases plus longues ne sont pas nécessairement mieux écrites.

On est donc loin du niveau de maitrise de la langue observé jadis. Des lettres de soldats écrites pendant la guerre de Sécession étaient souvent d’un style très relevé, ce qui serait inconcevable de nos jours.

Le déclin n’a rien de surprenant quand on sait que l’indice d’alphabétisation chez les adultes a fléchi : environ 30 pour 100 des Américains d’âge adulte ne peuvent réécrire un texte de plusieurs pages ni en comprendre le sens. En 2017, ce pourcentage était tombé à moins de 20 pour 100. Ce qui signifie que 8 États-Uniens sur 10 ont du mal à comprendre un texte.

Le plus court possible

Paradoxalement, les États-Uniens lisent probablement plus que jamais. Toutefois, ce qui a changé, c’est ce qu’ils lisent. Les gens sont ensevelis sous les courriels, les messages texte, les statuts dans X, les liens vers Reddit et les légendes dans Instagram. Le plus souvent, ce sont des textes très courts. Quand c’est trop long, on lâche prise.

Tout ce déluge de messages diminue la capacité des Américains de lire des textes plus substantiels et plus compliqués.

Comme si cela ne suffisait pas, la capacité des étudiants de lire un livre diminue. Des bibliothécaires américains achètent des livres moins longs pour plaire au public.

Même au niveau universitaire le mal est ressenti. Un étudiant de Harvard a demandé à Chat GPT de lui résumer le roman L’Orange mécanique, pour éviter de le lire au complet. Ici, on ne parle pas d’une brique comme La Guerre et la paix.

Des étudiants en littérature dans une université états-unienne ont déjà protesté contre le grand nombre de romans à lire pendant une session. Des étudiants en littérature. Même eux sont gagnés par la paresse.

La post-alphabétisation

En 1962, le grand théoricien des médias Marshall McLuhan prédisait que le monde occidental entrerait dans une ère de « post-alphabétisation ». Dans La Galaxie Gutenberg, publié la même année, il affirmait que cette ère était déjà commencée : les médias électroniques supplantaient l’écriture. À l’époque, 90 pour 100 des foyers possédaient un téléviseur, contre 9 pour 100 dix ans plus tôt. La télé était en train de devenir la principale source d’information. Dans les foyers états-Uniens, on écoutait la télé plus de cinq heures par jour.

Si la télévision grugeait déjà le temps consacré à la lecture, celle-ci devient impossible à l’ère de l’Internet et des téléphones intelligents. Auparavant, les choses étaient plus simples. Les émissions passaient à un jour et à une journée fixes. Si vous désiriez regarder un vieux film, vous deviez aller au club vidéo. La lecture pouvait encore être possible : il suffisait d’éteindre la télé et de lire avant d’aller au lit.

Le rétrécissement de l’attention

À présent, les possibilités de divertissement sont infinies. Les émissions s’enchaînent sans arrêt. Les gens les écoutent dans le creux de leur main, avec leur téléphone, tout en surveillant les médias sociaux et en textant à des amis. Netflix aurait demandé aux scénaristes de tenir compte du fait que les auditeurs ne font plus attention; il faut donc leur rappeler sans cesse le déroulement d’une histoire. Dans un tel contexte, les gens doivent être déterminé à lire quelque chose. Ils ne le sont pas.

Les livres audio sont devenus une solution de rechange aux livres tout court parce qu’ils permettent aux auditeurs de faire plusieurs tâches en même temps. Vous pouvez lire tout en lavant la vaisselle ou en conduisant vers le travail.

Confrontés au rétrécissement de l’attention, les écoles auraient pu résister à la tentation de tout raccourcir et de simplifier les lectures. Mais non. Un sondage effectué en 2025 révèle que plus de la moitié des enseignants des écoles secondaires ont exigé la lecture d’au plus quatre livres par année. Pis encore, au fil des réformes, les écoles ont baissé les attentes. On demande aux étudiants de lire seulement de courts passages d’un livre, mais l’ouvrage au complet. Pour aider encore plus les étudiants, les examens comportaient ensuite des choix multiples.

Un grand nombre de programmes scolaires favorisent l’étude d’extraits d’œuvres littéraires. Quelques passages des Raisins de la colère de John Steinbeck devraient suffire…

Pendant ce temps, des élèves de huitième année passent quatre heures et demie par jour à consulter les médias sociaux. Le plus souvent, ils regardent des vidéos, souvent à double vitesse.

Conclusion

Cet article de l’Atlantic porte à réfléchir. Le déclin de la lecture – et donc de l’alphabétisation – a des conséquences incalculables. L’atrophie des capacités d’attention et d’analyse n’est pas sans conséquence. Elle a des répercussions considérables, notamment sur le plan politique, comme on le voit chez nos voisins du sud. Souhaitons que ce ne soit pas un signe précurseur.

Halte

Halt! Le commandement est sans équivoque et claque comme un coup de fouet. Ou comme le jappement d’une sentinelle quand vous vous aventurez en territoire interdit. Il vous dira peut-être halte-là!

(Petite parenthèse, la chanson-thème des Canadiens de Montréal, équipe mythique du hockey nord-américain, contient justement cette locution : « Halte-là! Halte-là! Halte-là, les Canadiens sont là).

Comme on peut le voir, le germanisme a vu sa graphie francisée par l’ajout d’un e final.

Halte conserve aussi sa force de frappe lors des manifestations. Halte à la guerre, halte aux féminicides, etc.

Un mot allemand francisé

Le mot vient de l’allemand et signifie « arrêt ». Comme d’autres germanismes, il s’est acclimaté en français et a commencé à voler de ses propres ailes. De fait, il est plus souvent employé dans un sens moins impératif qu’un commandement, un peu comme s’il avait été délavé après un trempage dans la langue française.

Quelques exemples.

On fera un halte lors d’une randonnée. Les automobilistes du Québec connaissent bien les haltes routières où ils font une pause pendant un long trajet, afin de se délier les jambes et de prendre parfois une collation.

On peut aussi faire une halte pendant une excursion en montagne ou dans un parc, par exemple pour faire un pique-nique. Et quant à faire une pause, on pourrait aussi trinquer, autre mot allemand acclimaté en français.

Chatbot

Un chatbot, c’est un logiciel avec lequel vous pouvez engager une conversation et qui vous donne l’impression, par ses réactions, d’être un humain.

Un phénomène inquiétant

L’intrusion de l’intelligence artificielle dans nos vies est très préoccupante. Les potentiels de dérapage sont nombreux et des effets ont déjà commencé à se faire sentir. Pensons à ce jeune homme belge qui s’est suicidé parce que l’agent conversationnel Chai lui proposait de venir le trouver dans l’autre monde.

Les personnes en détresse — et même celles qui sont très intelligentes — peuvent facilement se faire piéger. Certains personnalisent même le chatbot en lui attribuant un nom personnel, comme Charlie ou Walter. Moi je l’appellerais Belzébuth.

D’ailleurs, des chercheurs émérites, comme le Québécois Joshua Bengio, mettent le monde scientifique en garde contre les avancées de l’IA. Personne ne semble savoir où l’on s’en va.

À mon avis, le jour n’est pas loin où des humanoïdes « intelligents » provoqueront des drames chez les personnes qu’ils auront asservies.

Traduction

Le terme chatbot n’est que le dernier en lice de tous les anglicismes qui pullulent dans le monde de la technologie, comme s’il était impossible d’exprimer la réalité autrement que par le canal de la langue anglaise.

Pensons à des emprunts comme open space, data center…

Évidemment, chatbot est facile à prononcer; en outre le terme contient le mot chat, passé en français. Dans notre langue, on dit clavarder, un mot-valise combinant clavier et bavarder. Mais ce sont de désolants mots français…

Alors, comment traduire ce chat botté de chatbot? Les dictionnaires nous proposent : un dialogueur, un agent de conversation.

On peut aussi penser à : clavardage robotisé.

Comme toujours, cette chronique a été écrite par un être humain conversationnel.

Victorien

Les anglophones du Canada ont fêté hier ce qu’ils appellent la fête de la Reine. Au Canada français, on célèbre la mémoire des Patriotes qui, en 1837, ont déclenché une rébellion contre le pouvoir colonial anglais.

La fête de la Reine

Pendant longtemps, Canadiens et Québécois ont cru que la fête en question était en l’honneur de la reine Élisabeth II, dont le règne a enjambé sept décennies. C’était une erreur, car la défunte reine était née le 21 avril 1926. Elle ne pouvait donc pas être célébrée l’avant-dernier lundi de mai.

Celle qui était à l’honneur, c’était Victoria, dont le règne s’est échelonné de 1837 à 1901, un règne qui a marqué le XIXe siècle. La Grande-Bretagne était au faîte de sa gloire; son empire s’étendait sur les cinq continents et comptait 450 millions de sujets. En 1877, Victoria devenait impératrice des Indes, comme on disait à l’époque.

Victorien

L’adjectif victorien désigne l’époque en question et il a pénétré l’usage, tant en anglais qu’en français. L’époque victorienne se caractérisait par un grand conservatisme social et le triomphe de la Révolution industrielle. Certes, l’Empire britannique a connu une expansion phénoménale, mais la réalité pour ses habitants était loin d’être aussi glorieuse. Lisez Charles Dickens.

On comprend donc que le terme victorien est employé aussi de manière péjorative. On parlera de la pudibonderie victorienne. Des idées rétrogrades peuvent être qualifiées de victoriennes.

Élisabéthain

La reine Victoria n’est pas la seule à avoir prêté son nom à un adjectif. La reine Élisabeth 1ère a donné l’adjectif élisabéthain. Celui-ci est moins entaché de conservatisme que victorien.

Élisabeth 1ère a régné 45 ans, de 1558 à 1603. Comme elle ne s’est jamais mariée, on suppose qu’elle est restée vierge. L’État américain de Virginie tire son nom de cette hypothèse.

L’ère élisabéthaine est prestigieuse. La souveraine a assis la domination de la religion anglicane. La victoire de la marine britannique sur la grande armada espagnole a amené le déclin de l’Empire d’Espagne et établi la domination anglaise sur les mers.

Géorgien

Les quatre rois George ont marqué l’architecture anglaise, de 1714 à 1830. Place au style Renaissance et aux frontons gréco-romains. Le palais de Buckingham en est un bel exemple.

La fête des Patriotes

Les Québécois ne sont pas de fervents monarchistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Si la reine Élisabeth II attirait le respect, tout comme le souverain actuel Charles III, on n’entend pas retentir dans les rues le God Save the King.

Depuis environ 25 ans, le Québec honore les Patriotes qui ont tenté de faire du Bas-Canada de l’époque une république indépendante. Le projet était hardi à plusieurs égards : les insurgés voulaient fonder un nouveau pays dans lequel hommes et femmes étaient égaux, une révolution pour l’époque. En outre, le gouvernement serait responsable devant le Parlement, ce qui correspondait à des revendications aussi bien au Canada français qu’au Canada anglais.

Chose certaine, le combat des Patriotes, écrasé dans le sang, continue d’inspirer la population, particulièrement la jeune génération.

Data center

Soyons réalistes, la technologie informatique se décline en anglais. L’évolution constante des ordinateurs et de l’intelligence artificielle s’impose comme une réalité inéluctable, dont le vocabulaire est en anglais.

Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il est impossible d’exprimer cette réalité en français. Nous sommes encore devant un problème que j’ai maintes fois dénoncé dans mes billets : le manque de volonté de l’Europe francophone à traduire les expressions et les mots anglais. Exprimer les nouvelles réalités en anglais est un signe d’ouverture d’esprit. Du moins, le croit-on là-bas.

Et pourtant, la traduction de bien des termes s’impose d’elle-même sans risque de semer la confusion. Mais cet argument ne porte pas en Europe.

Quelques évidences

Prenons le terme Data center qui se rend très bien en français par centre de données. Quelles données ? demanderont certains, qui verront là un bel argument pour conserver l’anglicisme.

Eh bien des données numériques, belle traduction de l’anglicisme data. Donc, centre de données (numériques) conviendrait parfaitement.

Autre cas qui relève de l’évidence, le fameux QR Code. Qu’est-ce qui est incompréhensible dans l’expression code QR ? Mais on s’entête à employer l’anglicisme, tellement plus… moderne.

Moins évidents, mais traduisibles quand même

Un Open source est un logiciel dont le code est accessible au public. On pourrait donc parler d’un code source libre, bref d’une source ouverte.

Si vous êtes le moindrement prudent, vous sauvegardez vos textes et photos dans le Cloud. Il s’agit du nuage informatique. La technologie en question s’appelle l’infonuagique. À mon avis, une belle trouvaille.

Dans Facebook, vous aimez afficher des stories. Une story,c’est un micro-récit vidéo. Et pourquoi ne pas parler d’une petite histoire ou un court récit ? Le contexte sera suffisant pour comprendre.

Bien entendu, cette traduction n’a aucune chance de s’implanter. De la même manière, il est bien plus excitant de parler de reel que de microvidéo. Le terme vient de Tik Tok. Ce sont ces vidéos très courtes que les gens regardent sans pouvoir s’arrêter.

Pourquoi ? Grâce au scrolling. Ce défilement continu, en spirale abrutit et capture le lecteur, incapable de décrocher.

Heureusement, cette chronique quelque peu désabusée prend fin ici, car mes textes ne sont pas en défilement continu. Heureusement.

Bogue

Vous avez suivi toutes les étapes. Vous avez enfin trouvé la scie mécanique de vos rêves sur JeFlambeMonFric.com. Votre nom, votre numéro de téléphone, votre adresse ont été dument inscrits. Vous voici enfin rendu au moment fatidique : payer votre achat en ligne. Vous êtes bien lucide, votre concentration atteint un paroxysme inégalé : il ne faut pas gaffer en inscrivant le numéro de votre carte de crédit; une seule erreur et tout capote. Le formulaire s’efface et il faut tout reprendre.

Vous vérifiez trois fois : il n’y a pas d’erreur, la date d’expiration de la carte est exacte, le numéro secret est le bon. Vous pesez sur Envoyer.

Et crac! Le système gèle, pas de réaction, sauf un cri d’effroi de votre part.

Un bogue

Il faut se rendre à l’évidence, l’application a un bogue. Je suis convaincu que vous avez tous connu cela, dans vos achats privés ou au boulot.

Ce type de dysfonctionnement s’appelle un bogue, de l’anglais bug, qui signifie bestiole. En effet, le bogue est une sorte de bibite (québécisme), un grain de sable dans l’engrenage.

On remarquera la graphie francisée qui semble prévaloir dans les ouvrages de langue tout comme dans l’usage courant. De temps à autre verra-t-on un bug, qui apparaît comme une bestiole dans la soupe.

Le terme bogue a engendré le verbe déboguer, dont la définition est : « Rechercher et corriger les erreurs de fonctionnement d’un programme informatique. » – Le Petit Larousse

Synonymes

Comme le mot en question est d’usage fréquent et très ciblé, nous ne sommes guère portés à lui trouver un synonyme. Le premier mot qui nous vient en tête est dysfonctionnement; pensons aussi à trouble, erreur de fonctionnement.

Bogue et blogue

Si la francisation de bug semble aller de soi, celle de blog n’est pas évidente, puisque cette graphie persiste dans beaucoup d’écrits d’outre-Manche. Au Québec, on emploie blogue, qui, d’ailleurs, nous a donné bloguer et blogueur.

Maison Blanche

La résidence du président des États-Unis s’appelle la Maison-Blanche. Habituellement, on ne met pas de majuscule à l’adjectif lorsque celui-ci est après le nom. On devrait écrire Maison blanche, mais on ne le fait pas.

Cette règle, de garder la minuscule à l’adjectif, comporte une exception : l’adjectif qui précède le substantif prend la majuscule. Par exemple, le Grand Trianon. Si on écrivait la Blanche Maison, eh bien la majuscule serait justifiée.

On remarquera une autre exception, celle des appellations commerciales. Pensons à la Banque Nationale. La double majuscule donne ici plus de relief à cette raison sociale.

La même logique prévaut pour la résidence du président des États-Unis. Mais, comme je le signalais dans un article précédent, il est de coutume de mettre le trait d’union. L’appellation qui identifie l’édifice devient donc un nom composé, un peu à la manière d’un odonyme.

Par exemple, on écrira la rue des Grands-Châteaux. L’élément déterminatif s’écrit avec un trait d’union, une manière d’unifier le tout.

Maison Blanche

L’appellation Maison-Blanche est quelque peu malmenée dans la presse. La graphie classique avec trait d’union perd un peu de terrain dans la presse européenne. Les quotidiens Le Monde, Libération et Le Figaro écrivent maintenant Maison Blanche, bien que cet usage ne soit pas constant. La double majuscule est sauvegardée, mais pas le trait d’union.

Dans plusieurs articles de ce blogue, j’ai critiqué les règles byzantines du français sur la majuscule. Leur rigidité et surtout leur incohérence expliquent peut-être que certains scribes s’encanaillent. Ce n’est pas moi qui vais les blâmer.