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Chatbot

Un chatbot, c’est un logiciel avec lequel vous pouvez engager une conversation et qui vous donne l’impression, par ses réactions, d’être un humain.

Un phénomène inquiétant

L’intrusion de l’intelligence artificielle dans nos vies est très préoccupante. Les potentiels de dérapage sont nombreux et des effets ont déjà commencé à se faire sentir. Pensons à ce jeune homme belge qui s’est suicidé parce que l’agent conversationnel Chai lui proposait de venir le trouver dans l’autre monde.

Les personnes en détresse — et même celles qui sont très intelligentes — peuvent facilement se faire piéger. Certains personnalisent même le chatbot en lui attribuant un nom personnel, comme Charlie ou Walter. Moi je l’appellerais Belzébuth.

D’ailleurs, des chercheurs émérites, comme le Québécois Joshua Bengio, mettent le monde scientifique en garde contre les avancées de l’IA. Personne ne semble savoir où l’on s’en va.

À mon avis, le jour n’est pas loin où des humanoïdes « intelligents » provoqueront des drames chez les personnes qu’ils auront asservies.

Traduction

Le terme chatbot n’est que le dernier en lice de tous les anglicismes qui pullulent dans le monde de la technologie, comme s’il était impossible d’exprimer la réalité autrement que par le canal de la langue anglaise.

Pensons à des emprunts comme open space, data center…

Évidemment, chatbot est facile à prononcer; en outre le terme contient le mot chat, passé en français. Dans notre langue, on dit clavarder, un mot-valise combinant clavier et bavarder. Mais ce sont de désolants mots français…

Alors, comment traduire ce chat botté de chatbot? Les dictionnaires nous proposent : un dialogueur, un agent de conversation.

On peut aussi penser à : clavardage robotisé.

Comme toujours, cette chronique a été écrite par un être humain conversationnel.

Victorien

Les anglophones du Canada ont fêté hier ce qu’ils appellent la fête de la Reine. Au Canada français, on célèbre la mémoire des Patriotes qui, en 1837, ont déclenché une rébellion contre le pouvoir colonial anglais.

La fête de la Reine

Pendant longtemps, Canadiens et Québécois ont cru que la fête en question était en l’honneur de la reine Élisabeth II, dont le règne a enjambé sept décennies. C’était une erreur, car la défunte reine était née le 21 avril 1926. Elle ne pouvait donc pas être célébrée l’avant-dernier lundi de mai.

Celle qui était à l’honneur, c’était Victoria, dont le règne s’est échelonné de 1837 à 1901, un règne qui a marqué le XIXe siècle. La Grande-Bretagne était au faîte de sa gloire; son empire s’étendait sur les cinq continents et comptait 450 millions de sujets. En 1877, Victoria devenait impératrice des Indes, comme on disait à l’époque.

Victorien

L’adjectif victorien désigne l’époque en question et il a pénétré l’usage, tant en anglais qu’en français. L’époque victorienne se caractérisait par un grand conservatisme social et le triomphe de la Révolution industrielle. Certes, l’Empire britannique a connu une expansion phénoménale, mais la réalité pour ses habitants était loin d’être aussi glorieuse. Lisez Charles Dickens.

On comprend donc que le terme victorien est employé aussi de manière péjorative. On parlera de la pudibonderie victorienne. Des idées rétrogrades peuvent être qualifiées de victoriennes.

Élisabéthain

La reine Victoria n’est pas la seule à avoir prêté son nom à un adjectif. La reine Élisabeth 1ère a donné l’adjectif élisabéthain. Celui-ci est moins entaché de conservatisme que victorien.

Élisabeth 1ère a régné 45 ans, de 1558 à 1603. Comme elle ne s’est jamais mariée, on suppose qu’elle est restée vierge. L’État américain de Virginie tire son nom de cette hypothèse.

L’ère élisabéthaine est prestigieuse. La souveraine a assis la domination de la religion anglicane. La victoire de la marine britannique sur la grande armada espagnole a amené le déclin de l’Empire d’Espagne et établi la domination anglaise sur les mers.

Géorgien

Les quatre rois George ont marqué l’architecture anglaise, de 1714 à 1830. Place au style Renaissance et aux frontons gréco-romains. Le palais de Buckingham en est un bel exemple.

La fête des Patriotes

Les Québécois ne sont pas de fervents monarchistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Si la reine Élisabeth II attirait le respect, tout comme le souverain actuel Charles III, on n’entend pas retentir dans les rues le God Save the King.

Depuis environ 25 ans, le Québec honore les Patriotes qui ont tenté de faire du Bas-Canada de l’époque une république indépendante. Le projet était hardi à plusieurs égards : les insurgés voulaient fonder un nouveau pays dans lequel hommes et femmes étaient égaux, une révolution pour l’époque. En outre, le gouvernement serait responsable devant le Parlement, ce qui correspondait à des revendications aussi bien au Canada français qu’au Canada anglais.

Chose certaine, le combat des Patriotes, écrasé dans le sang, continue d’inspirer la population, particulièrement la jeune génération.

Data center

Soyons réalistes, la technologie informatique se décline en anglais. L’évolution constante des ordinateurs et de l’intelligence artificielle s’impose comme une réalité inéluctable, dont le vocabulaire est en anglais.

Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il est impossible d’exprimer cette réalité en français. Nous sommes encore devant un problème que j’ai maintes fois dénoncé dans mes billets : le manque de volonté de l’Europe francophone à traduire les expressions et les mots anglais. Exprimer les nouvelles réalités en anglais est un signe d’ouverture d’esprit. Du moins, le croit-on là-bas.

Et pourtant, la traduction de bien des termes s’impose d’elle-même sans risque de semer la confusion. Mais cet argument ne porte pas en Europe.

Quelques évidences

Prenons le terme Data center qui se rend très bien en français par centre de données. Quelles données ? demanderont certains, qui verront là un bel argument pour conserver l’anglicisme.

Eh bien des données numériques, belle traduction de l’anglicisme data. Donc, centre de données (numériques) conviendrait parfaitement.

Autre cas qui relève de l’évidence, le fameux QR Code. Qu’est-ce qui est incompréhensible dans l’expression code QR ? Mais on s’entête à employer l’anglicisme, tellement plus… moderne.

Moins évidents, mais traduisibles quand même

Un Open source est un logiciel dont le code est accessible au public. On pourrait donc parler d’un code source libre, bref d’une source ouverte.

Si vous êtes le moindrement prudent, vous sauvegardez vos textes et photos dans le Cloud. Il s’agit du nuage informatique. La technologie en question s’appelle l’infonuagique. À mon avis, une belle trouvaille.

Dans Facebook, vous aimez afficher des stories. Une story,c’est un micro-récit vidéo. Et pourquoi ne pas parler d’une petite histoire ou un court récit ? Le contexte sera suffisant pour comprendre.

Bien entendu, cette traduction n’a aucune chance de s’implanter. De la même manière, il est bien plus excitant de parler de reel que de microvidéo. Le terme vient de Tik Tok. Ce sont ces vidéos très courtes que les gens regardent sans pouvoir s’arrêter.

Pourquoi ? Grâce au scrolling. Ce défilement continu, en spirale abrutit et capture le lecteur, incapable de décrocher.

Heureusement, cette chronique quelque peu désabusée prend fin ici, car mes textes ne sont pas en défilement continu. Heureusement.

Bogue

Vous avez suivi toutes les étapes. Vous avez enfin trouvé la scie mécanique de vos rêves sur JeFlambeMonFric.com. Votre nom, votre numéro de téléphone, votre adresse ont été dument inscrits. Vous voici enfin rendu au moment fatidique : payer votre achat en ligne. Vous êtes bien lucide, votre concentration atteint un paroxysme inégalé : il ne faut pas gaffer en inscrivant le numéro de votre carte de crédit; une seule erreur et tout capote. Le formulaire s’efface et il faut tout reprendre.

Vous vérifiez trois fois : il n’y a pas d’erreur, la date d’expiration de la carte est exacte, le numéro secret est le bon. Vous pesez sur Envoyer.

Et crac! Le système gèle, pas de réaction, sauf un cri d’effroi de votre part.

Un bogue

Il faut se rendre à l’évidence, l’application a un bogue. Je suis convaincu que vous avez tous connu cela, dans vos achats privés ou au boulot.

Ce type de dysfonctionnement s’appelle un bogue, de l’anglais bug, qui signifie bestiole. En effet, le bogue est une sorte de bibite (québécisme), un grain de sable dans l’engrenage.

On remarquera la graphie francisée qui semble prévaloir dans les ouvrages de langue tout comme dans l’usage courant. De temps à autre verra-t-on un bug, qui apparaît comme une bestiole dans la soupe.

Le terme bogue a engendré le verbe déboguer, dont la définition est : « Rechercher et corriger les erreurs de fonctionnement d’un programme informatique. » – Le Petit Larousse

Synonymes

Comme le mot en question est d’usage fréquent et très ciblé, nous ne sommes guère portés à lui trouver un synonyme. Le premier mot qui nous vient en tête est dysfonctionnement; pensons aussi à trouble, erreur de fonctionnement.

Bogue et blogue

Si la francisation de bug semble aller de soi, celle de blog n’est pas évidente, puisque cette graphie persiste dans beaucoup d’écrits d’outre-Manche. Au Québec, on emploie blogue, qui, d’ailleurs, nous a donné bloguer et blogueur.

Maison Blanche

La résidence du président des États-Unis s’appelle la Maison-Blanche. Habituellement, on ne met pas de majuscule à l’adjectif lorsque celui-ci est après le nom. On devrait écrire Maison blanche, mais on ne le fait pas.

Cette règle, de garder la minuscule à l’adjectif, comporte une exception : l’adjectif qui précède le substantif prend la majuscule. Par exemple, le Grand Trianon. Si on écrivait la Blanche Maison, eh bien la majuscule serait justifiée.

On remarquera une autre exception, celle des appellations commerciales. Pensons à la Banque Nationale. La double majuscule donne ici plus de relief à cette raison sociale.

La même logique prévaut pour la résidence du président des États-Unis. Mais, comme je le signalais dans un article précédent, il est de coutume de mettre le trait d’union. L’appellation qui identifie l’édifice devient donc un nom composé, un peu à la manière d’un odonyme.

Par exemple, on écrira la rue des Grands-Châteaux. L’élément déterminatif s’écrit avec un trait d’union, une manière d’unifier le tout.

Maison Blanche

L’appellation Maison-Blanche est quelque peu malmenée dans la presse. La graphie classique avec trait d’union perd un peu de terrain dans la presse européenne. Les quotidiens Le Monde, Libération et Le Figaro écrivent maintenant Maison Blanche, bien que cet usage ne soit pas constant. La double majuscule est sauvegardée, mais pas le trait d’union.

Dans plusieurs articles de ce blogue, j’ai critiqué les règles byzantines du français sur la majuscule. Leur rigidité et surtout leur incohérence expliquent peut-être que certains scribes s’encanaillent. Ce n’est pas moi qui vais les blâmer.

Gardiens de la Révolution

Les experts s’entendent pour dire que les Gardiens de la Révolution islamique ont remplacé les mollahs à la tête de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution sont en quelque sorte la garde prétorienne des mollahs, un État dans l’État. Ils sont devenus une sorte de mafia fanatisée, qui profite largement des exportations de pétrole de l’État persan.  En outre, ils ont massacré les manifestants qui exigeaient la fin de la République islamique. Les Gardiens sont en fait un corps militaire bien mieux armé que l’armée régulière, ce qui explique peut-être la passivité de cette dernière devant les exactions commises contre la population iranienne.

Les gardiens de la révolution

J’en ai parlé à maintes reprises, le français est avare de majuscules, une denrée distribuée au compte-gouttes dans les appellations officielles. La minuscule possède un droit d’aînesse apparemment inaliénable.

Auparavant, la presse francophone parlait tout simplement des gardiens de la révolution, tout en minuscules, comme on le voit. Ici et là, des auteurs s’encanaillaient au point de glisser une majuscule : les Gardiens de la révolution. C’était un début

On pourrait citer comme exemple l’Armée populaire de Chine, la Fraction Armée rouge. On donne la majuscule au nom d’un groupe spécifique.

Reste la révolution. J’ai déjà dénoncé la prudence excessive du français quant aux noms de périodes historiques. Par exemple la Révolution française, mais la révolution américaine, la révolution russe ou la révolution islamique. Comme si tous ces tournants de l’histoire étaient sans importance.

Donc : la Révolution islamique, dont personne ne doute de la portée (parlez-en à toutes ces femmes maintenant forcées de porter le hidjab au Moyen-Orient).

Par conséquent, il conviendrait de mettre la majuscule aux Gardiens de la Révolution. Pour beaucoup de francophones prudents, c’est déjà une hérésie : deux majuscules dans une seule expression!

Le corps des gardiens de la révolution

Continuons notre promenade dans le désert.

L’appellation en titre est le nom officiel des Gardiens de la Révolution. Il est employé couramment dans la presse anglophone. Les francophones emboitent maintenant le pas.

Comme on pouvait s’y attendre, les graphies prolifèrent. Je vous fais grâce des diverses variantes, qui vont de la plus aride toute en minuscule à la plus audacieuse.

Comme dirait Columbo, il y a un détail qui me chicotte. Écrire le corps des gardiens de la révolution revient à nier le caractère officiel de cette organisation particulière. Or, nous avons déjà écrit les Gardiens de la Révolution.

Il serait particulièrement étrange de tout ramener à la minuscule triomphante; bref de passer de la serre chaude au reg desséché. Un majuscule initiale s’impose au mot Corps.

Écrire le Corps des gardiens de la révolution serait suffisant à bien des scribes. Mais, là encore, on aplatit le nom d’une institution. On ne peut pas tout à coup dépouiller les Gardiens de la Révolution de leurs majuscules arrachées aux esprits conservateurs.

 Le Corps des Gardiens de la révolution est donc la graphie qui s’impose.

Les États-Unis illibéraux

La guerre que mènent les États-Unis en Iran constitue un indice de plus de la décadence démocratique de ce grand pays, jadis respecté un peu partout dans le monde. De plus en plus, une évidence s’impose : les États-Unis sont devenus un pays illibéral.  

Définition

Commençons par définir ce terme, un néologisme, qui se répand de plus en plus. Il a d’ailleurs fait une percée dans le Larousse :

« Qui est opposé au libéralisme, à ses principaux fondements, tels que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’État de droit et les libertés individuelles. »

Dans un article précédent, j’expliquais qu’un État devient illibéral lorsque les règles démocratiques fondamentales ne sont plus entièrement respectées. Un tel État peut revêtir les nobles habits de la démocratie, tout en continuant d’en saper les principes fondamentaux.

Un bel exemple est la Hongrie de Victor Orban. Son parti, Fidesz, pourrait perdre les prochaines élections législatives, dimanche prochain, après un règne de 16 ans. Le régime est illibéral entre autres parce que le système électoral favorise le parti au pouvoir, les circonscriptions ayant été découpées pour l’avantager.

Récemment, on a découvert une charge d’explosifs visant un gazoduc entre la Serbie et la Hongrie. Les observateurs sur place s’interrogent sur l’authenticité de ce projet d’attentat et pointent le gouvernement de Budapest, qui chercherait à créer un état d’urgence factice.

La Turquie, la Russie et l’Iran sont d’autres pays illibéraux. Bien sûr, les citoyens vont aux urnes, mais dans des conditions totalement différentes que celles qui règnent dans des démocraties évoluées, comme le Canada, la France ou l’Allemagne.

Les États-Unis illibéraux

Les États-Unis ne sont plus la démocratie inspirante qu’ils étaient. En 2024, le Democracy Index, de l’Economist Intelligence Unit, plaçait les États-Unis au vingt-huitième rang, derrière des pays comme l’Uruguay, le Costa Rica et Taïwan. Le Canada se classait au quatorzième rang, derrière la Norvège, la Suède, la Suisse et le Danemark.

Voici quelques éléments de réflexion sur l’état de la démocratie américaine.

  1. La guerre illégale contre l’Iran

Le déclenchement illégal de la guerre contre l’Iran, sans obtenir l’aval du Congrès, est un exemple flagrant de violation de la Constitution états-unienne. On se rappelle sûrement du discours de Franklin Roosevelt au Capitole, dans lequel il dénonçait l’infamie du Japon après l’attaque de Pearl Harbor. Roosevelt demandait au Congrès de déclarer la guerre au Japon.

Le président actuel n’a jamais demandé la permission de personne pour attaquer l’Iran. Il entraine son pays et le reste du monde dans un conflit insensé et personne, aux États-Unis, ne semble capable de l’arrêter.

Ce n’est que la dernière conséquence de l’effritement de la démocratie chez nos voisins du Sud.

2. Le gerrymandering

Le découpage frauduleux des circonscriptions électorales est devenu une pratique courante aux États-Unis. L’État du Texas veut diminuer le nombre de circonscriptions qui pourraient voter démocrate. On les fractionne de telle manière que bon nombre d’électeurs démocrates seront noyés dans des circonscriptions républicaines.

Devant cette supercherie opérée sans cachotterie, le gouverneur Newsom de la Californie a annoncé que son État ferait pièce au Texas, cette fois-ci pour favoriser les démocrates. Que restera-t-il de la crédibilité de la démocratie américaine, si d’autres États se livrent aussi à cette danse maléfique?

3. La légitimité des élections

On le sait, Donald Trump a refusé de reconnaitre les résultats du scrutin présidentiel de 2020. Le 6 janvier de l’année suivante, il a incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden. C’est ce qu’on appelle une tentative de coup d’État.

Interrogé à propos des élections de mi-mandat, en novembre prochain, il a indiqué qu’il en reconnaitrait le résultat, « si elles sont honnêtes ». Le simple fait de poser une question de ce genre au président est déjà un indicateur inquiétant de l’état lamentable de la démocratie états-unienne. Et que dire de sa réponse, lourde de sous-entendus?

4) Centraliser les élections

Le président actuel veut maintenant centraliser la conduite des élections, ce qui contrevient à la Constitution. Celle-ci prévoit que ce sont les États qui organisent les scrutins fédéraux, et non le gouvernement central, comme cela se fait au Canada.

Cette volonté de prendre le contrôle du déroulement des prochaines élections n’est évidemment pas innocent.

5) La guerre contre les médias

Selon Donald Trump, les médias sont les ennemis du peuple, une terminologie qu’employait Staline pour dénoncer ceux qui avaient le courage de s’opposer à lui. Or, de plus en plus, les républicains cherchent à contrôler les journalistes qui se présentent aux conférences de presse, que ce soit à la Maison-Blanche ou au Pentagone.

Souvent, les reporters plus critiques, ceux qui posent des questions embêtantes, ne sont plus admis aux conférences de presse. Ils sont remplacés par des journalistes complaisants, de publications sympathiques au président, qui posent des questions préparées à Trump.

Pis encore, le président a intenté des poursuites en diffamation de 15 milliards de dollars contre le Wall Street Journal à la suite de la publication d’un article. Les tribunaux ont jugé sa plainte non fondée.

Néanmoins, l’intimidation des médias est un signe inquiétant et rien ne garantit que le président n’y recourra pas encore.

Une démocratie qui vacille

Le terme illibéralisme a un bel avenir devant, surtout quand l’ancien phare de la démocratie libérale semble en voie de s’éteindre.   

Force est de constater que les contre-pouvoirs constitutionnels sont enrayés en bonne partie. Le Congrès n’exerce pas son rôle de baliser le pouvoir du président. Beaucoup se demandent quand il se réveillera au juste.

Pour l’instant, le seul contre-pouvoir efficace demeure celui des tribunaux. Mais pendant combien de temps?

Limoger

Le verbe limoger a une origine intéressante et particulièrement originale. Son nom dérive de la ville de Limoges, en France. C’était l’endroit où le maréchal Joffre affectait les généraux qu’il jugeait incapables, pendant la Grande Guerre, future Première Guerre mondiale.

On disait alors que le général Groprunot avait été « limogé ».

Des petits hasards comme celui-ci forgent la langue et expliquent certaines incohérences apparemment illogiques, qui finissent par investir le français par le portillon du jardin.

Le verbe limoger a pris le sens général de renvoyer quelqu’un. En fait, le limogeage est la destitution ou le déplacement d’une personne jugée incompétente. Les amateurs de hockey se souviendront que le président du Canadien de Montréal Ronald Corey avait limogé son directeur général Serge Savard.

Dans le contexte de la fonction publique, on pourrait employer le verbe révoquer : on révoque un fonctionnaire. Ne vous inquiétez pas, c’est très rare…

Un dangereux faux ami

En anglais, dans un style relevé (lui aussi très rare), on pourrait parler de demission, que le Collins définit comme suit : « relinquishment of or abdication from an office, responsability ». Des synonymes nettement plus courants existent : dismiss, fire, etc.

Un traducteur incapable serait porté à parler de la démission d’un fonctionnaire, ce qui serait un faux sens. Un rédacteur plumitif dirait que le général Groprunot a été démissionné… Nul doute que ces deux énergumènes seraient limogés sur-le-champ.

Disgrâce

Depuis quelques années déjà, l’ancien prince Andrew est en disgrâce en Grande-Bretagne pour avoir fréquenté le pédophile Jeffrey Epstein. Or, il vient tout juste d’être arrêté parce qu’il aurait révélé des secrets d’État à des entreprises étrangères.

Certains diront que les agissements de Andrew Mountbatten sont une véritable disgrâce.

C’est aussi dans ces termes que s’exprime le président des États-Unis après le jugement de la Cour suprême qui statue que les droits tarifaires imposés à plusieurs autres pays sont illégaux.

« Ce jugement est une disgrâce », s’est exclamé le grand homme, outré.

Un autre faux ami?

Employer le mot disgrâce en français c’est comme marcher sur un fil de fer. Un faux pas et c’est l’anglicisme insidieux qui nous guette.

Dans le cas du président étasunien, il faudrait dire que le jugement est une honte, qu’il est scandaleux. En effet, le terme anglais disgrace peut se traduire ainsi. Autrement dit, les juges du tribunal suprême ont pris une décision inacceptable, une très mauvaise décision.

Là où le français rejoint l’anglais, c’est lorsque l’on dit qu’une personne est en disgrâce à cause des actes répréhensibles qu’elle a commis. C’est le cas de Andrew Mountbatten Windsor.

Disgrâce en français

Dans notre langue, une perte de faveur est une disgrâce. On dira que l’ancien prince britannique est tombé en disgrâce, parce qu’il a eu des rapports sexuels avec des personnes mineures.

Ce scandale secoue la Grande-Bretagne et ébranle la monarchie britannique. C’est une honte, mais non pas une disgrâce, au sens strict du français.

L’Iran en révolte

La République islamique d’Iran n’a jamais été aussi vulnérable. Ce fruit pourri de l’islam politique semble sur le point de tomber.

Chronique en deux volets. Le premier porte sur le terme anglais proxy et le second est une somme de mes réflexions sur la situation en Iran après avoir lu divers articles dans la presse étrangère. Vous y trouverez un tas de détails qui sont ignorés par nos médias locaux, dont la couverture internationale est vraiment minimale.

Proxies

La République islamique soutient divers groupes terroristes que sont le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Le terme proxy vient bien entendu de l’anglais et il peut sembler difficile à traduire. Lu récemment dans Le Figaro : les affidés de Téhéran. Une jolie trouvaille, bien que le mot soit quelque peu obscur pour bien des gens. On pourrait lui substituer acolytes ou parler des complices de l’Iran. Les méchantes langues diront les sbires

Le terme proxy existe en français. Il désigne en informatique un serveur mandataire, c’est-à-dire un serveur secondaire.

Fin du volet linguistique.

Une insurrection contre le régime islamique

Au Québec, la presse bien-pensante essaie de faire croire que les émeutes récentes en Iran étaient surtout dues à la vie chère. Du bout des lèvres, elle est bien obligée de mentionner que beaucoup d’Iraniens veulent en finir avec cette tyrannie religieuse qui les écrase depuis 1979.

Pourtant, l’évidence s’impose : la vaste majorité de la population est excédée par le régime des mollahs. De nombreux manifestants réclament la tête de l’ayatollah Khamenei, d’autres brandissent des pancartes en faveur de Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979 par la Révolution islamique.

Autre fait qu’ignorent nos médias, toujours soucieux de ménager l’islam, c’est que cette révolte n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, la population iranienne élit des parlementaires progressiste au Majlis, le Parlement. Elle a aussi élu des présidents modernes déterminés à moderniser le régime. Pensons à Akbar Hachémi Rafsandjani en 1989 ou à Mohammad Khatani, élu en 1997. Il se sont tous heurtés au pouvoir religieux inflexible : les ayatollahs ont toujours le dernier mot. La volonté de changement de la population reste lettre morte.

L’opposition iranienne

Les récentes émeutes n’ont pas suffi à renverser le régime islamique. Le peuple iranien est laissé à lui-même : il n’a pas de leader qui pourrait prendre la tête de l’insurrection. Celle-ci est spontanée et désorganisée. Mais, surtout, elle n’a pas d’armes pour tenir tête à cette armée redoutable que sont les Gardiens de la révolution

Les Gardiens de la révolution

Un État dans l’État. Ils comptent 200 000 hommes, armés jusqu’aux dents, mieux équipés, en fait, que l’armée régulière.

La République islamique ne faisait pas confiance à l’armée régulière, qu’elle soupçonnait de soutenir le shah exilé. Les Gardiens de la révolution sont donc devenus l’armée privée des mollahs. Ce sont des hauts gradés de l’armée, des anciens combattants contre l’Iraq… mais aussi toute une fratrie d’opportunistes, de gens d’affaires qui s’enrichissent, fait paradoxal, grâce aux sanctions.

Les Gardiens de la révolution possèdent une flotte de 60 pétroliers, amarrés à des ports privés, grâce à laquelle ils peuvent vendre du pétrole illégalement. Ils sont également dans l’import-export et contournent les sanctions occidentales en s’en mettant plein les poches par la vente de produits interdits.

Bref, une sorte de multinationale mafieuse, considérée comme un groupe terroriste par le Canada et, enfin, par l’Union européenne, tout dernièrement.

Les insurgés iraniens devront marcher sur le corps des Gardiens de la révolution s’ils veulent se débarrasser des mollahs. Or, ils ne le peuvent pas sans aide extérieure.

Impasse

Le régime islamique n’a plus rien à offrir à sa population. Les diatribes contre Israël et le Satan américain ne portent plus. La pudibonderie imposée à la population ne fait que dresser celle-ci contre le régime. Les femmes brûlent parfois leur hidjab en pleine rue; d’autres ne le portent plus, mettant leur vie en péril. Pensons à Mahsa Amini, jeune Kurde battue à mort en 2022 parce que son voile était mal ajusté.

L’élément déclencheur des émeutes du début de l’année est la misère économique due à l’incompétence monstrueuse des élites religieuses. Les religieux ne sont pas des administrateurs chevronnés. Comme le disait l’ayatollah Khomeini, « les économistes sont des ânes. » Eh bien les ânes ce sont eux, les religieux!

En clair, les mollahs sont incapables d’assurer la prospérité économique du pays. Le taux de chômage est de l’ordre de 40 pour 100. Comble de malheur, la classe moyenne s’appauvrit et les classes populaires ont perdu tout espoir d’ascension sociale. Une situation explosive.

Bien entendu, les sanctions ont un effet délétère sur la population, mais il ne faut pas se leurrer, c’est d’abord et avant tout l’incompétence des religieux qui est responsable du bourbier économique actuel.

Autre pièce du puzzle, le rôle politique de l’Iran sur l’échiquier international.

L’Iran est un élément perturbateur au Moyen-Orient depuis des décennies, une sorte de boutefeu très dérangeant. Sa cible principale est Israël, mais les pétromonarchies tout autour sont agacées par l’instabilité provoquée par les manigances de Téhéran, notamment de son utilisation de complices pour perpétrer des actes terroristes. À cela s’ajoute un autre facteur de division : les Iraniens sont chiites, tandis que la majorité des peuples environnants est sunnite.

Des conditions inacceptables

Le président états-unien a promis son aide aux insurgés avant de retourner sa veste. Il semble maintenant chercher un deal, comme il les affectionne. Pourtant, les conditions qu’il veut imposer à Téhéran sont inacceptables pour le régime des mollahs. En effet, l’Iran doit :

  • Renoncer à son programme nucléaire.
  • Arrêter de tyranniser la population.
  • Mettre fin à l’appui à des groupes terroristes comme le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et aux Houthis au Yémen.

On pourrait penser que le locataire de la Maison-Blanche est un fin stratège en poussant Téhéran dans ses derniers retranchements, sachant très bien que l’ayatollah Khamenei n’acceptera jamais ces conditions. Au fond, Washington demande la capitulation de du régime islamique.

Que va faire Washington?

Mais le président américain n’a pas cette finesse de jugement. Il a carrément laissé tomber la population iranienne à qui il avait promis son aide. Le voilà maintenant en train de négocier un deal sur le nucléaire. Chose certaine, la population ne s’est pas soulevée pour avoir une entente sur le nucléaire. Les 30 000 personnes massacrées par les Gardiens de la révolution ne protestaient pas contre les stocks de plutonium enrichi.

Trahison? C’est ce que pensent bien des Iraniens interrogés sur place par des journalistes français. Malheureusement pour les Iraniens, la suite des choses n’est pas claire.

Au sein de la Maison-Blanche, isolationnistes et interventionnistes se disputent l’attention du président, qui semble indécis, même s’il a dépêché quelques navires de guerre non loin de l’ancienne Perse.

Les isolationnistes craignent que les États-Unis s’embourbent dans un autre conflit interminable, comme en Afghanistan ou en Iraq, sans parler de la catastrophe en Libye. Par ailleurs, disent les interventionnistes, l’occasion n’a jamais été aussi favorable pour se débarrasser de la République islamique.

Idéalement, la révolution devrait venir de l’intérieur. Il faudrait que l’armée et les forces policières prennent position en faveur de la population. Jusqu’à maintenant elles n’ont pas bougé, d’autant plus que les Gardiens de la révolution veillent au grain.

Si soldats et policiers en venaient à soutenir la population, la révolution pourrait mener à une guerre civile dont l’issue est imprévisible. À moins, bien sûr, que Washington…