Halte

Halt! Le commandement est sans équivoque et claque comme un coup de fouet. Ou comme le jappement d’une sentinelle quand vous vous aventurez en territoire interdit. Il vous dira peut-être halte-là!

(Petite parenthèse, la chanson-thème des Canadiens de Montréal, équipe mythique du hockey nord-américain, contient justement cette locution : « Halte-là! Halte-là! Halte-là, les Canadiens sont là).

Comme on peut le voir, le germanisme a vu sa graphie francisée par l’ajout d’un e final.

Halte conserve aussi sa force de frappe lors des manifestations. Halte à la guerre, halte aux féminicides, etc.

Un mot allemand francisé

Le mot vient de l’allemand et signifie « arrêt ». Comme d’autres germanismes, il s’est acclimaté en français et a commencé à voler de ses propres ailes. De fait, il est plus souvent employé dans un sens moins impératif qu’un commandement, un peu comme s’il avait été délavé après un trempage dans la langue française.

Quelques exemples.

On fera un halte lors d’une randonnée. Les automobilistes du Québec connaissent bien les haltes routières où ils font une pause pendant un long trajet, afin de se délier les jambes et de prendre parfois une collation.

On peut aussi faire une halte pendant une excursion en montagne ou dans un parc, par exemple pour faire un pique-nique. Et quant à faire une pause, on pourrait aussi trinquer, autre mot allemand acclimaté en français.

Chatbot

Un chatbot, c’est un logiciel avec lequel vous pouvez engager une conversation et qui vous donne l’impression, par ses réactions, d’être un humain.

Un phénomène inquiétant

L’intrusion de l’intelligence artificielle dans nos vies est très préoccupante. Les potentiels de dérapage sont nombreux et des effets ont déjà commencé à se faire sentir. Pensons à ce jeune homme belge qui s’est suicidé parce que l’agent conversationnel Chai lui proposait de venir le trouver dans l’autre monde.

Les personnes en détresse — et même celles qui sont très intelligentes — peuvent facilement se faire piéger. Certains personnalisent même le chatbot en lui attribuant un nom personnel, comme Charlie ou Walter. Moi je l’appellerais Belzébuth.

D’ailleurs, des chercheurs émérites, comme le Québécois Joshua Bengio, mettent le monde scientifique en garde contre les avancées de l’IA. Personne ne semble savoir où l’on s’en va.

À mon avis, le jour n’est pas loin où des humanoïdes « intelligents » provoqueront des drames chez les personnes qu’ils auront asservies.

Traduction

Le terme chatbot n’est que le dernier en lice de tous les anglicismes qui pullulent dans le monde de la technologie, comme s’il était impossible d’exprimer la réalité autrement que par le canal de la langue anglaise.

Pensons à des emprunts comme open space, data center…

Évidemment, chatbot est facile à prononcer; en outre le terme contient le mot chat, passé en français. Dans notre langue, on dit clavarder, un mot-valise combinant clavier et bavarder. Mais ce sont de désolants mots français…

Alors, comment traduire ce chat botté de chatbot? Les dictionnaires nous proposent : un dialogueur, un agent de conversation.

On peut aussi penser à : clavardage robotisé.

Comme toujours, cette chronique a été écrite par un être humain conversationnel.

Formidable

J’espère que vous avez lu Le Parfum de Patrick Süskind, un livre formidable. La trame du récit est tout simplement l’olfaction; le héros possède un odorat exceptionnel ce qui lui permet d’appréhender le monde d’une manière extraordinaire.

Certains diront que nous vivons une époque formidable. L’intelligence artificielle nous permet de trouver en un clin d’œil des réponses qui, jadis, auraient exigé des recherches fastidieuses sur la Grande Toile. C’est formidable!

Sens originel

Les lecteurs auront remarqué mon utilisation très contemporaine du mot formidable.  Il y a plus d’un siècle, des érudits comme Victor Hugo ou Gustave Flaudert auraient sourcillé. Pour eux, j’aurais commis un faux sens. Car, à l’époque, formidable signifiait dangereux ou terrifiant. Voire monstrueux. La créature du docteur Frankenstein était formidable, non pas parce qu’elle sortait en boite, mais bien parce qu’elle sortait d’un laboratoire.

D’ailleurs, le Trésor de la langue française le confirme par la définition suivante :

Qui est à craindre ou qui inspire une grande crainte, qui est dangereux de nature ou terrifiant d’aspect.

On observera la marque d’usage de l’Académie : vieilli ou littéraire. Il va sans dire que les autres ouvrages de langue ont emboité le pas.

Aujourd’hui

Les mots, comme les langues, sont des organismes vivants et le terme a évolué. Il a même pris une valeur superlative, comme on a pu l’observer dans les deux premiers paragraphes de ce billet (formidable).

Considérable et stupéfiant sont aussi des définitions que l’on pourrait donner au mot en l’objet. Gisèle Pélicot a fait preuve d’une résilience formidable devant ses épreuves. En 1927, la traversée de l’Atlantique par Charles Lindberg était formidable, au sens de « stupéfiante », pour l’époque.

Il est remarquable de constater que le sens contemporain de formidable a à peu près complètement délogé le sens originel du mot. Celui-ci s’est muté en superlatif positif. Formidable, aurait dit Charles Tisseyre.