Formidable

J’espère que vous avez lu Le Parfum de Patrick Süskind, un livre formidable. La trame du récit est tout simplement l’olfaction; le héros possède un odorat exceptionnel ce qui lui permet d’appréhender le monde d’une manière extraordinaire.

Certains diront que nous vivons une époque formidable. L’intelligence artificielle nous permet de trouver en un clin d’œil des réponses qui, jadis, auraient exigé des recherches fastidieuses sur la Grande Toile. C’est formidable!

Sens originel

Les lecteurs auront remarqué mon utilisation très contemporaine du mot formidable.  Il y a plus d’un siècle, des érudits comme Victor Hugo ou Gustave Flaudert auraient sourcillé. Pour eux, j’aurais commis un faux sens. Car, à l’époque, formidable signifiait dangereux ou terrifiant. Voire monstrueux. La créature du docteur Frankenstein était formidable, non pas parce qu’elle sortait en boite, mais bien parce qu’elle sortait d’un laboratoire.

D’ailleurs, le Trésor de la langue française le confirme par la définition suivante :

Qui est à craindre ou qui inspire une grande crainte, qui est dangereux de nature ou terrifiant d’aspect.

On observera la marque d’usage de l’Académie : vieilli ou littéraire. Il va sans dire que les autres ouvrages de langue ont emboité le pas.

Aujourd’hui

Les mots, comme les langues, sont des organismes vivants et le terme a évolué. Il a même pris une valeur superlative, comme on a pu l’observer dans les deux premiers paragraphes de ce billet (formidable).

Considérable et stupéfiant sont aussi des définitions que l’on pourrait donner au mot en l’objet. Gisèle Pélicot a fait preuve d’une résilience formidable devant ses épreuves. En 1927, la traversée de l’Atlantique par Charles Lindberg était formidable, au sens de « stupéfiante », pour l’époque.

Il est remarquable de constater que le sens contemporain de formidable a à peu près complètement délogé le sens originel du mot. Celui-ci s’est muté en superlatif positif. Formidable, aurait dit Charles Tisseyre.