Monthly Archives: décembre 2021

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Biais

L’expression « par le biais de » a évolué et a pris le sens plus général de « par l’entremise de », « grâce à », etc. L’expression reste malgré tout française.

Ce n’est pas du tout le cas quand il est question d’avoir un biais dans telle ou telle situation. Il s’agit dans ce cas d’un anglicisme.

Le mot en l’objet désigne une ligne oblique, une diagonale ou encore le moyen détourné de résoudre un problème (oui ce mot existe encore…).

L’anglais emploie le mot bias d’une manière très différente. Une expression qui revient souvent est gender bias, que l’on peut traduire par préjugé, parti pris sexiste; en langage plus contemporain, on voit aussi préjugé lié au genre.

En anglais, le mot bias exprime une préférence marquée pour une chose ou une personne, un intérêt envers un sujet donné. Il est inconcevable de le traduire par biais.

Le traducteur avisé lui préférera préjugé, parti pris, subjectivité, partialité. Éventuellement, on pourrait parler d’une tendance, d’une orientation.

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C’était ma dernière chronique avant Noël. À tous mes lecteurs du Canada et d’ailleurs dans le monde, je souhaite un joyeux Noël et une belle année 2022, à l’enseigne de la Francophonie.

Si vous avez des suggestions d’articles, n’hésitez pas à me les communiquer.  

Ont été rencontrés

Souvent, j’ai été agacé par cette locution entendue dans les médias : « Les témoins ont été rencontrés par les policiers. »

Anglicisme? Faute de syntaxe? Je tenais un autre beau sujet pour mes chroniques martiennes, diraient certains.

L’anglicisme parait évident. Les anglophones recourent au passif plus souvent que nous et, comme nous le savons, le français et l’anglais ne s’expriment pas toujours de la même façon. La cause est entendue. Eh bien non.

L’Office québécois de la langue française

La Banque de dépannage linguistique est formelle : la phrase précitée est syntaxiquement correcte et elle est compréhensible. Elle se situe dans la même lignée que d’autres du même genre.

L’individu a été interrogé par des agents de police.

Un témoin important doit être entendu par les enquêteurs.

L’employé fautif sera questionné par ses supérieurs.

À cela on pourrait ajouter :

La cause a été entendue par la juge Cuesta.

Le malade a été ausculté par le docteur Richardson.

La série La Casa de Papel a été vue par des millions de personnes.

Le vilain passif…

Dans les facultés, on enseigne souvent la méfiance envers le passif, présenté comme un mode d’expression lourd et peu naturel. Des générations de traducteurs et de rédacteurs grandissent dans la crainte perpétuelle de commettre l’impair.

Une bonne connaissance du français permet de tempérer ce jugement quelque peu hâtif.

Il est vrai que l’anglais abuse parfois du passif, surtout quand il s’agit de ne pas nommer l’agent qui accomplit l’action. Ce phénomène est observable dans les comptes rendus de réunion : it was said, it was decided, concerns were expressed.

Mais, en anglais comme en français, le passif est un mode d’expression tout à fait acceptable et tenter de le remplacer à tout prix peut s’avérer risqué, voire contre-productif. Qu’on en juge :

L’usine d’embouteillage PopSaccarine a produit cinq millions de cannettes.

Cinq millions de cannettes ont été produites par l’usine d’embouteillage PopSaccarine.

On voit tout de suite que la seconde phrase met l’accent sur la quantité de cannettes, qui est l’élément principal. Chercher à tout prix à mettre la phrase en mode actif ne donne plus le même effet.

Les personnes qui ont lu le classique de Robert Catherine Le style administratif savent que le passif est parfaitement acceptable dans la langue administrative; il est un outil de l’arsenal dont disposent les rédacteurs.

Ont été rencontrés?

Cette locution continue malgré tout de me déranger, mais il devient difficile de la condamner quand on constate que bien d’autres phrases sont construites de la même façon et ne font tiquer personne.

Omicron

L’apparition d’un nouveau variant déclenche une nouvelle vague de panique. Cette pandémie, dont le gouvernement chinois cherche à cacher l’origine, semble se perpétuer.

Le variant en question, Omicron, est une curiosité linguistique. Le nom vient d’une lettre grecque, tout comme le variant Delta, d’ailleurs. Des loustics ont fait observer qu’on aurait pu choisir une autre lettre grecque, xi, ce qui aurait donné le variant Xi (Jinping). Or Xi Jinping est le nom du dirigeant de la République populaire de Chine…

Plus sérieusement, se pose la question de la prononciation de cette lettre. Nouvelle divergence entre le Canada et la France. De ce côté-ci de l’Atlantique, la syllabe finale est prononcée comme une nasale. Dans un autre article, je relatais que les francophones du Canada prononçaient Boston, Michigan et Wisconsin comme s’il s’agissait de mots français. Par exemple Boston, comme divination, Michigan comme origan et Wisconsin comme saint.

Le même réflexe s’impose quand on parle du nouveau variant; donc Omicron comme pompon. En écoutant les infos sur les chaînes françaises, on constate vite la différence. On prononce Omicron comme bonbonne.

Alors qui a raison?

Il est facile de trouver la réponse dans les dictionnaires en regardant la prononciation indiquée pour les lettres grecques. Par exemple, epsilon, prononcée epsilonne.

Par conséquent, force est de constater que la prononciation avec nasale est une nouvelle caractéristique du français au Canada. Ce n’est d’ailleurs pas la première divergence au sujet de la covid, ou plutôt du covid, diraient les Français. Un autre bel article vous attend sur la question du genre grammatical de cet acronyme.

Prequel

Le monde du spectacle foisonne d’anglicismes, j’en ai parlé dans un article précédent.

La décennie des années 20 du nouveau siècle sera marquée par l’expansion des plateformes permettant de regarder en rafale nos séries favorites, sans pauses commerciales.

Le vocabulaire de ces nouvelles technologies vient de l’Amérique et, bien entendu, il est repris intégralement dans l’Europe francophone, comme s’il était impossible d’exprimer ces néologismes en français. En fait, on n’essaie même pas de le faire.

Prenons justement ce nouveau phénomène boulimique consistant à regarder plusieurs épisodes de suite d’une nouvelle série, au lieu d’attendre un nouvel épisodes chaque semaine. En anglais, il est question de binge watching. On peut parler de visionnage en rafale ou encore de visionnage boulimique. Le verbe serait donc de regarder en rafale. J’ai écrit un article complet sur le sujet.

Oui, ça peut se dire en français.

Certaines séries connaissent un tel succès que l’on en vient à produire des prequels. Il s’agit de raconter les évènements antérieurs à la série visionnée, autrement dit qu’est-ce que faisait tel ou tel héros avant, par exemple, de devenir un détective ou un avocat célèbre? La traduction française parle d’elle-même : antépisode ou présuite.

Dans la même veine que prequel, nous avons sequel qui, d’après le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, est une : « Œuvre cinématographique ou littéraire qui fait suite à une production antérieure, habituellement. »

Lorsqu’ils découvrent un filon, nos amis américains savent l’exploiter, c’est le moins que l’on puisse dire. L’idée est de faire pousser de nouvelles branches sur un tronc vigoureux, ce que l’on appelle dans le jargon un spin-off. On reprend le même univers et on le développe d’une manière différente. Comment traduire ce terme?

Une œuvre inspirée de… une production dérivée. Pourquoi pas?