Archives de catégorie : Stylistique

Ortografe…

Les rectifications orthographiques ont soulevé un tollé il y a plus de trente ans à un point tel que peu de publications les appliquent encore aujourd’hui. J’ai approfondi le sujet dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, paru en 2020.

Une docteure en linguistique, Mireille Elchacar, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke, relance la question au Québec. Son livre, Délier la langue, brille par sa concision et la clarté de son propos.

Son chapitre sur l’orthographe est remarquable. L’auteure explique que l’orthographe n’est rien d’autre, en fin de compte, que la représentation de la prononciation. L’invention de l’alphabet par les Phéniciens est un tournant dans l’histoire des langues. Auparavant, on représentait les mots par des dessins, comme les hiéroglyphes ou les idéogrammes chinois, ce qui rendait l’apprentissage de l’écriture extrêmement difficile. De nos jours, les Chinois doivent apprendre quelque cinq mille symboles pour être capables de lire et d’écrire.

L’alphabet tirait un trait sur cette façon de faire et décomposait les sons de la langue orale pour les écrire avec des lettres. Le but était donc de communiquer avec clarté. Il était logique d’écrire phonétiquement pour se simplifier la vie. Des langues comme l’espagnol, l’allemand ou l’italien s’écrivent au son et tout le monde trouve cela normal. Personne ne viendrait affirmer que l’espagnol est une langue inférieure au français parce que les Espagnols « écrivent au son ».

Comme le fait valoir Mme Elchacar : « Écrire au son, ce n’est pas un problème : c’est respecter le principe alphabétique. C’est la base même du système d’écriture que nous avons adopté. » Les langues écrites phonétiquement sont tout simplement plus efficaces.

Or, le français est une des langues dont l’apprentissage est le plus ardu, justement parce que son orthographe tarabiscotée est fastidieuse à apprendre. Pour l’auteure, « L’orthographe ne peut donc jamais devenir automatique, alors que c’est ce qui est souhaitable. »

Alors que Finnois, Grecs, Espagnols arrivent à plus de 95 pour 100 à lire les mots après une année de scolarisation, les Français affichent un piètre 79 pour cent.

Moderniser l’orthographe

L’écart entre l’écrit et l’oral ne cesse de se creuser depuis 1000 ans, et ce, malgré les multiples tentatives de simplifier le français au fil siècles, comme je le signale dans mon livre. Malheureusement, les francophones ont perdu de vue cette réalité pourtant très simple, à savoir que l’orthographe n’est rien d’autre que la transcription phonétique de la langue orale. En France, on a érigé l’orthographe en monument immuable de sorte que la moindre tentative de réforme suscite une levée de boucliers.

Comme le dit Mme Elchacar : « L’orthographe n’est pas une fatalité, une incongruité que l’on n’a pas le choix de subir : c’est un artéfact que l’on peut modeler. »

Si l’orthographe d’un mot change, la nature du mot reste intacte. Moderniser une graphie ne change rien au sens du mot. Qu’on écrive orthographe ou ortografe, le sens du mot reste le même.

Alibi

Ce mot est simple; il est alphabétique aussi bien que phonétique. Une pépite d’or. Il s’écrit exactement comme il se prononce. Des élèves de deuxième année l’écrivent correctement, mais pas ceux rendus en cinquième. Pourquoi? Parce que ces derniers ont compris qu’en français rien n’est jamais aussi simple qu’un alibi. Alors ils proposent toutes sortes de graphies, allant jusqu’à Halliby!

Je vais vous parler d’un outil de jardin imaginaire, le sloto. Je vous demande de l’écrire spontanément. Plusieurs obstacles se dressent devant nous.

Le premier est la multitude de façons d’écrire le son O : o, au, eau.

Slauteau, slotau, sleauto, sleautau, etc.

À cela s’ajoutent les improbables et imprévisibles lettres muettes. Elles peuvent être une consonne finale qu’on n’entend pas.

Slauteaud, slotaut, sleautop, sleautaug, etc.

Ces lettres muettes pourraient apparaitre en milieu de mot.

Slautheau, slothau, sleautho, sleauthau, etc.

Amusons-nous et ajoutons quelques digrammes.

Slauteault, slotauld, sleautost, sleautaux, etc.

Comme on le voit, le mot pourrait s’écrire de dizaines de façons. Cela n’a aucun sens.

Et le participe passé…

L’auteur partage mon opinion sur la nécessité et les moyens de simplifier l’accord du participe passé. Dixit : « Les participes passés employés avec l’auxiliaire avoir restent invariables; tous les autres s’accordent avec le sujet (ou avec le nom dans le cas du participe passé employé à la forme adjectivale. »

Finies les recherches fastidieuses dans le Grevisse, parce qu’on a affaire à une phrase complexe et que le complément d’objet direct est camouflé…

Voici les exemples que donne l’auteure.

Elles sont arrivées en retard.

Les invités déjà arrivés.

Ils se sont évanouis.

Elles se sont penchées.

J’ai lu un livre passionnant.

Les livres que j’ai lu étaient passionnants.

Des livres passionnants, j’en ai lu plusieurs.

Ces propositions ne sont pas une coquetterie que se permet l’auteure. Des langagiers comme moi et certains d’entre vous les défendent. D’ailleurs, certains organismes les mettent de l’avant ; le Conseil de la langue française; le Conseil de la langue française et des politiques linguistiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles; la Fédération internationale des professeurs de français; l’Association belge des professeurs de français. Et au Québec l’Association québécoise des professeur.es de français a pris position en faveur de cette réforme.

L’auteure suggère d’appliquer ces règles simplifiées dans nos écrits en précisant qu’ils sont recommandés par le Conseil de la langue française.

Certains s’y opposeront en faisant valoir qu’on se dirige vers l’anarchie. Cet argument ne tient pas. La grammaire et l’orthographe évoluent en fonction de l’usage; ce qui était fautif hier devient la nouvelle règle aujourd’hui.

Un jour, tout le monde se demandera comment on a pu pendant des siècles imposer une ortografe illogique et des règles d’accord incompréhensibles qui ont considérablement nui à l’apprentissage de notre belle langue.

Bleu royal

Au Canada français, il est souvent question de bleu royal. Au Canada anglais, il est souvent question de royal blue… Vous me voyez venir. Le premier est le calque du second, de toute évidence.

Ailleurs dans la Francophonie, on parle de bleu roi, car cette couleur est souvent associée à la monarchie déchue. Mais employer cette expression ici risque de dérouter tout le monde.

On entend aussi bleu marin, qui se dit plutôt bleu marine en Europe et ailleurs. Cette fois-ci, l’expression européenne est alignée sur l’anglais navy blue. Ce n’est probablement pas un anglicisme.

Peu de gens le savent, mais bleu provient des langues germaniques, en fait du francique blao, qui ressemble à l’allemand blau. Les langues latines, comme l’italien, l’espagnol ou le portugais désignent la couleur ainsi : azurro et azul.  On voit tout de suite que le mot français azur vient du latin.

Une visite au dictionnaire nous permet de constater qu’un grand nombre d’expression ont été forgées avec le nom de cette couleur.

Autre article : bleu poudre

Bleu poudre

La Coalition avenir Québec a peint le Québec en bleu poudre, c’est-à-dire en bleu pâle. Tous les commentateurs le disent. Cette teinte de bleu est la couleur du logo de la CAQ, ce qui lui permet de se distinguer des deux autres formations politiques ayant adopté le bleu comme couleur principale, à savoir le Parti québécois et le Parti conservateur.

Le langagier en moi tique : et si c’était un anglicisme, calque de powder blue? Le Dictionnaire Larousse anglais-français donne comme traduction bleu pastel, mais pas bleu poudre.

Le fait est que cette expression douteuse ne figure pas dans les grands dictionnaires. On verra bleu marine, certes, mais jamais bleu poudre. L’expression semble appartenir au registre québécois, comme en témoigne le nom d’un ancien groupe d’humoristes, les Bleu poudre (sans S).

Ici et là sur la Grande Toile on verra bleu poudré, mais en autant que j’ai pu voir, ce terme ne semble pas du tout répandu dans la francophonie. C’est pourquoi je demeure dubitatif par rapport à cette expression.

Ceux qui redoutent de commettre un anglicisme opteront pour bleu clair ou bleu pastel.

Continuons d’être vigilants…

Zeugme

Je lisais récemment la traduction d’un passionnant livre de guerre : L’opération Mincemeat, devenu La Ruse au cinéma.

À plusieurs reprises j’ai lu des phrases comme : « Entrer et sortir du bâtiment; il est allé et revenu de Londres dans la même journée ».

J’étais estomaqué à la fois qu’une traductrice puisse commettre autant de fois cette bourde dans un livre de quelque quatre cents pages; et surtout que l’éditeur français n’y ait vu que du feu. Troublant.

Zeugme

Les zeugmes sont courants dans la vie de tous les jours. Par souci de rapidité on dira volontiers « Catherine est entrée et sortie de la maison en trombe. » La formulation souhaitée, « Catherine est entrée dans la maison et en est sortie en trombe. », est plus exigeante. Et, disons-le, beaucoup de gens ne sont pas conscients de cette erreur.

Il est des zeugmes plus subtils, ceux qui mettent en parallèle deux éléments incompatibles. Par exemple :

Elle est rentrée en larmes et en autobus.

Les grands auteurs ont eux aussi commis des zeugmes, mais ils cherchaient sans doute un effet rhétorique :

Vêtu de probité candide et de lin blanc. (Victor Hugo)

Il croyait à son étoile et qu’un certain bonheur lui était dû. (André Gide)

Les marchands de boisson et d’amour. (Guy de Maupassant)

Bien entendu, il s’agit d’un procédé littéraire qu’on laissera aux belles plumes. Pour les textes courants, il est préférable d’éviter les ruptures de construction, surtout si le livre est publié.

Donner sa chance au coureur

Donner la chance au coureur, voilà une expression que l’on entend souvent au Québec. En clair, cela signifie « Donner sa chance à quelqu’un. »

Cette expression vient du baseball, ce sport nord-américain dérivant du cricket anglais. Lorsqu’un coureur atteint le but en même temps que la balle est relayée au joueur défensif protégeant ce même but, on déclare le coureur sauf. Si le relai devance le coureur et que celui-ci touche le but en retard – qui n’a rien à voir avec une base, mauvaise traduction franco-française – le coureur est alors retiré.

L’expression a été popularisée par l’ancien premier ministre du Québec, René Lévesque, qui, lors de l’élection historique du Parti québécois, en 1976, a déclaré que l’on devait donner sa chance au coureur, le coureur étant le nouveau gouvernement souverainiste, le premier de l’histoire du Québec.

Depuis lors, la « chance au coureur » fait florès. On l’entend dans divers contextes.

***

Vous lirez avec intérêt mon article sur le baseball en français.

Élisabeth

La reine Élisabeth vient de nous quitter. Son nom nous est tellement familier que nous, les Canadiens, ne remarquons jamais la différence orthographique entre l’anglais et le français.

Les anglophones écrivent Elizabeth, tandis que les francophones écrivent Élisabeth; le nom de la souveraine est donc francisé. Cette transcription n’est pas inusitée puisque les noms des souverains anglais, comme ceux d’autres pays que la Grande-Bretagne, sont le plus souvent francisés.

À commencer par le célèbre Henri VIII et le père de la défunte souveraine, George VI, prononcé à la française, mais dépouillé de son S final. Curieux. Pourtant, son ancêtre Édouard VII voyait son nom bel et bien traduit dans notre langue, le E accentué en étant la preuve.

Hiatus? Peut-être.

La reine Élisabeth a eu quatre enfants : Charles, le nouveau roi, Anne, Andrew, et Edward, tous ces noms orthographiés à l’anglaise.

Le successeur de Charles III sera son fils le prince William. L’accroc à la francisation est ici évident. Le prénom William a de tout temps été traduit par Guillaume. Que l’on pense à Guillaume le Conquérant, traduction de William the Conqueror. Le dernier souverain à avoir porté ce prénom est Guillaume IV.

Lorsque le prince William montera sur le trône, il portera donc le nom de Guillaume V, William V en anglais. À moins bien sûr que la tradition ne soit brisée et que son nom de prince le suive sur le trône.

Accent aigu

Francisons, bon sang !

La préparation d’une série de conférences sur la Russie soviétique m’a amené à constater les disparités dans les sources francophones quant à l’orthographe de certains noms russes.

Certains d’entre eux sont francisés, comme Lénine, qui prend l’accent aigu. Pour d’autres, comme Grigory Ordjonikidze, on omet l’accent aigu, pourtant plus précis, bien que l’on voie de temps à autre Ordjonikidzé. Autre personnage du régime bolchévique, Nikolaï Iejov, parfois écrit Iéjov.

Prenons ce dernier cas. Le prénom est bien translittéré : Nikol est le juste reflet de la prononciation russe; le A et le I sont deux lettres distinctes qui se prononcent aïe et non è. Pourtant, le nom de famille Iéjov reçoit souvent un E, que l’on pourrait prononcer comme un E, un É ou un È. Imprécision agaçante.

J’ai déjà discuté de Saint-Pétersbourg, appelée Petrograd (sans accent), avant de devenir Leningrad, toujours sans accent. Illogisme manifeste d’autant plus qu’on a francisé Lénine en le coiffant d’un accent aigu.

Soit dit en passant, l’ancienne capitale impériale est située sur la Neva, qui devrait s’écrire Néva. Francisons ! Bon sang !

Dans un autre article, j’ai parlé des finales en I allongé, que l’on symbolise en français par un Y… Enfin pas toujours. Le flottement le plus évident touche Lev Bronstein, connu sous le nom de Léon Trotsky… du moins chez certains auteurs, car le compagnon de Lénine voit son nom simplifié en Trotski, notamment dans le Larousse.

On observe la même omission pour le maréchal Toukhatchevski. Comme pour Trotsky, son nom russe comporte I allongé en finale : Тухачевский. On devrait donc écrire Toukhatchevsky. Ce que font d’ailleurs les anglophones : Tukhachevsky.

De fait, les noms russes comportant cette finale en I allongé devraient s’écrire avec le Y en français. On aurait donc Dostoïevsky et non Dostoïevski.

Bolchevik

Les communistes radicaux de Russie étaient appelés les bolcheviks. Cette graphie choc, rude comme un coup de canon en 1812… Un peu à l’écart du français, elle a mis du temps à être francisée… jusqu’à un certain point. On a vu apparaitre bolchevique, toujours sans accent. La réforme orthographique de 1990, conspuée par bien des traditionnalistes, nous a donné bolchévique et bolchévisme. Mais une simple consultation des ouvrages et des textes en ligne sur cette idéologie montre clairement que l’usage reste fluctuant, quelque cent ans après la Révolution russe.

Encore plus d’accents aigus!

La problématique de la non-utilisation de l’accent aigu pour les noms étrangers touche bien d’autres toponymes et gentilés, comme je l’ai relaté dans d’autres articles parus dans ce blogue.

Des noms de pays comme Bélarus ou Guatémala gagneraient à être francisés.

Détroit, ville fondée par les Français, mais écrite encore trop souvent à l’anglaise dans les textes de l’Hexagone.

Le nom d’États étasuniens comme la Géorgie et le Névada, peut s’écrire en français

Tous ces flottements illogiques nuisent à l’uniformité du français. Francisons ! Francisons ! Vive l’accent aigu !

Saint-Pétersbourg

Pour bien des gens, orthographier les noms russes est aussi agréable que d’avaler du bortch…

Nous commencerons notre voyage par Saint-Pétersbourg, mais en passant brièvement par Kyïv avant de nous perdre dans la steppe des graphies contradictoires…

J’ai écrit de nombreux billets sur l’écriture en français des noms russes et slaves, sujet rébarbatif sur lequel les médias ont dû se pencher récemment, à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’article que j’avais écrit l’an dernier sur Kyïv et Kiev est soudainement devenu très populaire, au point que j’ai même donné une entrevue sur la question à une émission humoristique québécoise, l’Infoman.

Je planche sur une conférence portant sur la Russie soviétique et celle de Poutine, qui commencent à se ressembler étrangement. Mes passionnantes recherches sur le pays des tsars m’amènent à me frotter à des noms de lieux et de personnes translittérés en français.

Un phénomène m’a immédiatement frappé : les noms écrits en français ne prennent pas toujours l’accent aigu, alors qu’ils le devraient; ensuite les finales en SKI ne sont pas bien écrites.

Les personnes aimant aller au fond des choses poursuivront leur lecture…

L’accent aigu aléatoire

Saint-Pétersbourg est l’ancienne capitale russe bâtie par Pierre le Grand. Pendant la Première Guerre mondiale, elle a été rebaptisée Petrograd. On remarquera tout de suite que le premier nom est correctement francisé, tandis que le second a perdu l’accent aigu qu’il devrait avoir.

La magnifique ville, théâtre de la Révolution russe de 1917, a repris son nom d’origine après la chute du communisme en 1991. Pour ceux qui se le demandent, le nom des habitants est Pétersbourgeois.

Une autre ville marquante de l’histoire de la Russie est Iékatérinbourg, que j’écris avec des accents, alors que dans le Larousse il n’en prend pas. L’encyclopédie nous apprend que la famille impériale a été exécutée à Iekaterinbourg, sans aucun accent. Voilà une curieuse incohérence.

Incohérence il y également avec Boris Ieltsine, que les ouvrages s’entêtent trop souvent à écrire Eltsine. L’anglais est plus près du russe : Yeltsin.

Lénine (avec accent aigu) a été le leader de la Révolution bolchévique. Le nom du révolutionnaire a été francisé un peu partout… Lenine? Niet!

Mais si on écrit Lénine, pourquoi trouve-t-on Tchekhov? Le nom en cyrillique est bien Чехов, le E se prononçant IÉ. On devrait donc écrire Tchiékhov, ou à tout le moins Tchékhov. En anglais : Chekhov.

Force est donc de constater que la transcription en français des noms russes est souvent approximative et ne reflète pas fidèlement la prononciation en langue originale.

Un autre exemple en ce sens est l’adjectif bolchevique, parfois bizarrement écrit bolchevik. La graphie en russe comporte bel et bien un E, prononcé IÉ, ce qui ne semble pas suffire pour lui attribuer un accent aigu dans notre langue. Est-ce que bolchevik et bolchevique font plus exotiques?

Les finales en SKI ET SKY

Les langues slaves comportent une forme de I allongé et mouillé qui s’écrit en russe avec un double I : ий.

Prenons l’exemple connu de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.

En russe : Фёдор Михайлович Достоевский. Ceux qui lisent le cyrillique voient tout de en finale est le fameux I allongé. On devrait donc écrire Dostoïevsky, le Y servant à illustrer ce I allongé qui n’existe ni en français ni en anglais.

D’ailleurs, les anglophones nous livrent une orthographe bien plus précise du nom de l’écrivain russe : Fyodor Dostoyevsky.

On remarquera que le Y remplace le Ï français dans le prénom, mais que la finale du nom de famille comporte le Y du I allongé.

On observe le même phénomène avec le nom d’un ancien oligarque russe : Михаил Борисович Ходорковский,

Mikhaïl Khordorkovski en français et Mikhail Khordorkovsky en anglais.

Là encore deux graphies légèrement différentes et celle de l’anglais est plus précise.

Conclusion

Il semble que les lexicographes et rédacteurs francophones ont adopté un système graphique s’écartant légèrement de la prononciation du russe. Néanmoins, les Européens francophones se donnent la peine de translittérer vers le français, au lieu d’adopter platement les graphies de l’anglais, comme cela se voit trop souvent au Canada français.

Pour ceux et celles qui veulent éviter de s’embrouiller…

Écrire les noms russes en français

Écrire les noms ukrainiens en français

Heure

Le Canada vit à l’heure anglo-saxonne… lire à l’heure américaine. Cela vaut pour les absurdes mesures impériales qui continuent de sévir ici, à cause du conservatisme américain vis-à-vis du système métrique.

Cela vaut également pour la façon d’exprimer les heures. Par exemple, travailler de 9 à 5 signifie être à l’œuvre de 9 heures à 17 heures. Jeune adulte, cette façon d’exprimer les heures me laissait pantois, mais, au fond n’est-il pas plus logique de compter de 1 à 24 au lieu de le faire 2 fois de 1 à 12?

La manière internationale d’exprimer les heures s’est peu à peu imposée au Canada – du moins chez les francophones – d’autant plus qu’elle est plus précise notamment dans les horaires de vols à l’aéroport. Votre avion pour Bruxelles décolle à 18 h 45 et non à 6 h 54 PM. Autrement, il y a bien deux 6 h 54 dans la journée et si on n’ajoute pas l’indicatif AM ou PM, tout devient confus.

Au Canada, on observe une grande confusion entre les deux systèmes. Visite du musée des horreurs.

Ouvert de 9 h 00 h AM à 17 h 00 PM                        Les mentions AM et PM sont inutiles.

Ouvert de 9 h 00 h à 17 h 00                                     Les zéros sont inutiles.

Ouvert de 9h à 17h                                                   On doit séparer le H d’une espace.

Ouvert de 9 hres à 17 hres                                        Mauvaise abréviation

Ouvert de 9 HRS à 17 HRS                                         Pire encore! Abréviation anglaise!

Ouvert de 9:00 à 17:00                                             C’est un horaire de train?

Le cours commence à 15.30                                     Erreur et horreur!

Le cours commence à 15H30                                    Pas mieux.

Déboussolé?

Remettons les pendules à l’heure… Toute cette confusion peut laisser croire que l’écriture des heures en français est extrêmement compliquée. Elle ne l’est pas. Le h s’écrit en minuscule et il est placé à une espace du chiffre qui le suit ou le précède. Sa seule forme abrégée est h tout simplement. Il n’y a pas de point abréviatif ni de deux-points. Le double zéro est inutile et ne s’écrit pas.

Les programmes de visite

Lorsque je travaillais au ministère des Affaires étrangères du Canada, nous devions traduire les programmes de visite. Une règle capricieuse du français venait toutefois nous compliquer la tâche. Je pense à cette interdiction d’écrire par exemple 9 h 05, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une décimale. Voici ce que cela donnait :

Accueil des invités                             9 h

Allocution                                          9 h 5

Goûter                                               9 h 15

Début de la visite                              9 h 50

Pause                                                 11 h 5

Suite de la visite                                11 h 30

Pause dîner                                       12 h 50

Discours d’adieu                                14 h 5

Toute personne lisant le programme avait l’impression qu’il était truffé de coquilles. On voit que le chiffre des unités est dans la même colonne que celui des dizaines, ce qui sème la confusion. Les traducteurs ont vite fait passer par la trappe les règles typographiques bancales qui régnaient à l’époque. Autrement, les chiffres du programme de visite anglais étaient bien alignés, tandis que ceux du français donnaient l’impression d’avoir été écrits n’importe comment.

L’Office québécois de la langue française

L’OQLF nous donne l’heure juste, encore une fois.

Auparavant, l’Office québécois de la langue française proposait de ne pas faire précéder d’un zéro les minutes inférieures à dix (8 h 5), car les minutes ne sont pas des unités décimales. Toutefois, l’emploi du zéro accolé aux minutes en bas de dix (8 h 05) étant la notation acceptable la plus répandue, c’est celle que l’organisme propose désormais dans les textes courants. En plus d’être facile à lire et à comprendre, cet usage a le mérite de lever tout doute possible quant à l’heure indiquée, l’omission d’un chiffre pouvant autrement être soupçonnée à la lecture.

Par souci de réalisme, l’Office a modernisé sa recommandation. Si le français fonctionnait toujours ainsi…

Horaires

Un indicateur de chemin de fer aussi bien que le tableau des vols à l’aéroport exprimera les heures en se servant du deux-points.

Départ                        9:28                            Arrivée                        13:08

Ce type de format ne doit pas être employé dans un texte courant.

J’espère vous avoir donné l’heure juste.

Ligne dure

Les langagiers sont toujours en première ligne pour défendre le français. Certains adoptent la ligne dure quant à la lutte contre les anglicismes et je pense faire partie de ce groupe. Au Canada, les langagiers vivent une promiscuité périlleuse avec la langue de Shakespeare et ils en viennent à voir des anglicismes là où il n’y en a pas.

Comme je l’ai signalé dans des billets antérieurs, c’est souvent l’anglais qui a emprunté au français, et non l’inverse.

Par exemple, la ligne dure dont je parlais plus haut. En bout de ligne, c’est l’anglais qui s’est inspiré de notre langue. Hard line et ligne dure marchent main dans la main. Mais oups que voilà! Restons vigilants! En bout de ligne est un calque de : at the end of the line. Un calque du même genre que à la fin de la journée…

Anglicismes fréquents

Au Canada, on parle fréquemment de lignes de piquetage, picket lines, au lieu de piquet de grève.

Pour aller aux États-Unis, il faut traverser les lignes, c’est-à-dire traverser la frontière. On dira aussi qu’il y avait toute une file de voitures aux lignes. Donc une file à la douane.

Douane que l’on écrit parfois au pluriel : les douanes américaines.

Devant les bons restaurants de Montréal et de Québec, il y a parfois une ligne d’attente; il faut donc faire la ligne. Les visiteurs auront compris qu’il y a une file.

Le téléphone a été inventé il y a plus de cent ans. Jadis, lorsqu’on appelait une entreprise, une opératrice (c’étaient toujours des femmes) nous répondait immédiatement. Si, si, ce n’est pas un canular. Elle pouvait nous mettre en attente en disant : « Gardez la ligne. » Ce qui voulait dire Restez en ligne.

De nos jours, des répondeurs automatiques aux menus labyrinthiques nous découragent de rester en ligne. Ils font tout pour nous amener à demander nos renseignements en ligne.

En fin de billet on arrive au dernier droit, autre anglicisme; c’est plutôt de la dernière ligne droite qu’il s’agit. Point à la ligne.