Archives de catégorie : Anglicismes

Internet

Internet est un univers fantasmagorique, peuplé d’anges et de démons. Un enfer serti dans l’écrin d’un paradis (je suis en piste pour le Goncourt).

La Grande Toile, comme on l’appelle parfois, présente aussi quelques problèmes sur le plan linguistique.

Internet, mode d’emploi

L’auteur de ce billet – qui n’est pas un robot, soit dit en passant – a contourné la question de la majuscule en amorçant son texte avec le mot litigieux : Internet.

Un petit coup d’œil aux grands dictionnaires révèle une certaine ambiguïté, qui se reflète dans l’usage. Le Larousse donne Internet et internet. Le Robert précise qu’on peut dire l’internet, avec minuscule. Comme on le voit, l’utilisation du déterminant le serait acceptable, mais il me semble qu’elle s’inspire de l’anglais the Internet.

À noter toutefois que certains considèrent Internet comme un nom propre et l’écrivent avec la majuscule initiale. Je suis de cet avis.

Le Robert donne la Toile, le Net et le Web comme synonymes.

Web

Le Web, c’est l’ensemble des données reliées par des liens hypertextes. Un diminutif de World Wide Web. Là encore, on observe une alternance entre majuscule initiale et minuscule initiale. Le mot ne prend pas la marque du pluriel. On écrira donc des sites Web.

Sur Internet?

Se pose maintenant la question de la préposition. On navigue sur Internet ou dans internet? Une visite dans la Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française nous réserve quelques surprises.

L’Office donne l’explication suivante :

Le cyberespace peut être considéré métaphoriquement comme un volume (ce qui appelle la préposition dans) ou comme une surface (ce qui appelle la préposition sur). Les deux prépositions, dans et sur, peuvent donc être employées devant un nom désignant un cyberespace, comme Internet, site Web, réseau social, blogue, etc.

En clair, on navigue dans Internet, on a vu un article dans le Web, on se promène dans le site Web d’Air Canada. Vous lisez mon article dans mon blogue. Dans toutes les phrases qui précèdent, on peut aussi employer la préposition sur.

L’Office justifie l’utilisation de la préposition sur en faisant valoir qu’on surfe sur quelque chose. Dixit l’OQLF :

Lorsqu’on utilise sur, on se représente le cyberespace comme une surface sur laquelle on se déplace, un peu comme avec un bateau. Le verbe naviguer, dont le sens premier est « voyager sur l’eau », peut d’ailleurs renforcer cette conception. Ainsi, on évoque la navigation maritime au lieu de la navigation aérienne.

On surfe donc sur le Net, on se promène sur les réseaux sociaux. Sur mon blogue, vous trouverez des articles de fond et des conseils linguistiques.

J’ai encore du mal à digérer cette prise de position des linguistes de l’Office. En fait, je la trouve plutôt déroutante. Elle sème une dangereuse confusion. Une seule chose est claire : le verbe surfer appelle la préposition sur.

Personnellement, je surfe sur le Web du New York Times, mais j’ai découvert une information dans les réseaux sociaux et vous trouverez des centaines d’articles instructifs dans mon blogue.

Sur ou dans? Un petit coup d’œil aussi bien dans la littérature que dans la Toile permet de constater que l’usage est très diversifié.

Fast fashion

La langue française a beau être fastueuse – quand elle n’est pas fastidieuse –, mais la tentation de tout angliciser semble irrépressible.

Un concept récemment apparu, la fast fashion, en est un bel exemple. Définition qui nous vient d’Oxfam France : « … cette mode rapide et jetable qui a inondé les marchés de ses multiples collections depuis les années 1990. » La même source nous parle aussi de l’ultra fast-fashion, dont le renouvellement des collections est quotidien. Oui, vous avez bien lu.

Un beau pied de nez à l’environnement. On imagine le gaspillage des ressources causée par ces marques de consommation rapide, sans parler de la qualité médiocre, grâce à laquelle certaines chaines offrent des prix sans équivalent.

On comprend rapidement que les acheteurs se lassent rapidement de leurs achats, d’autant plus qu’ils risquent de se détériorer à vitesse grand V.

Les médias français nous parlent aussi de la Fashion Week, qui se déroule à Paris, mais aussi à Londres, Milan et à New York.

Traduire

On peut comprendre que la Fashion Week conserve son appellation anglaise, puisqu’il s’agit d’une manifestation internationale. Cependant, le concept de fast fashion peut aisément être traduit en français. Voici quelques suggestions :

  • Mode éphémère
  • Mode rapide
  • Mode instantanée
  • Mode de courte durée
  • Mode jetable
  • Mode à bas prix

Mais, comme d’habitude, la volonté de traduire semble complètement disparue de l’autre côté de l’Atlantique.

Fast-food

On peut tracer un parallèle avec l’expression indigeste fast-food. Celle-ci habite le français depuis 1972, précise Le Petit Robert.

Certaines traductions se sont frayé un chemin dans l’usage, bien que fast-food soit très répandu. Pensons à restauration rapide et à malbouffe.

Fin de cette chronique rapide et indigeste.

Clause grand-père

Dans cette chronique, j’ai souvent déploré le français parfois raboteux des médias et leur peu d’ouverture à l’idée de se corriger. Il ne faudrait cependant pas imaginer que tous les journalistes sont des rustauds qui se fichent de notre langue. Beaucoup ont à cœur sa bonne santé et son épanouissement.

Le dernier projet de loi présenté par le gouvernement du Québec sur la laïcité nous rappelle l’existence de ce que l’on appelait jadis la clause grand-père. Il s’agissait bien sûr d’un calque de l’anglais grand father clause.

Mais les journalistes semblent avoir adopté l’expression clause des droits acquis. En clair, les personnes qui portaient le voile ou tout autre signe religieux dans leur milieu de travail pourront continuer de le faire, tandis que les nouveaux employés devront le retirer.

Grand-papa a cédé la place à d’autres traductions possibles : clause d’antériorité, clause des droits acquis, clause de protection des droits acquis.

Cette évolution vers une langue française plus naturelle est rafraichissante.

On peut ici tracer un parallèle avec l’affreuse clause nonobstant devenue la disposition de dérogation. Comme quoi, les médias arrivent à se corriger, quand ils le veulent bien.

Technologie en français

Lorsqu’on lit des publications européennes, on a l’impression que toute la technologie ne peut être exprimée qu’en anglais. Or c’est faux. Force est de constater que la volonté de traduire a disparu en Europe.

Pourtant, des traductions françaises se sont imposées dès les débuts de l’informatique.

Ordinateur

Commençons par le mot ordinateur. Dans d’autres langues, comme l’allemand ou l’italien, on dit computer. L’anglicisme aurait pu s’imposer en français, mais l’idée de computer quelque chose sonnait drôle à l’oreille, pour des raisons qui n’échappent à personne.

Beaucoup l’ignorent, mais l’anglicisme vient du français… computer, lui-même issu du latin computare, qui signifie calculer. Citation de Châteaubriand : « On compute encore par les ères julienne, grégorienne, ibérienne et actienne. »

Quant au mot ordinateur, il a été imposé par le général de Gaulle.

Logiciel

Traduction de software. Je ne suis pas certain que le terme serait traduit aujourd’hui. Malheureusement, les anglicismes prennent maintenant toute la place.

E-mail

Ce mot très répandu semble impossible à rattraper. On reçoit un mail, on mail une autre personne. Au Québec, nous utilisons à peu près uniquement le mot courriel, un mot valise combinant courrier et électronique. Une belle trouvaille, à un point tel que le Larousse donne une définition lapidaire d’e-mail : courriel.

Smartphone

Traduit par téléphone intelligent par les irréductibles Québécois. Mais, dans la vie courante, cette traduction n’est plus aussi employée qu’auparavant. Pourquoi? Parce que la plupart des gens possèdent un téléphone intelligent; par conséquent, on parle de téléphone tout court  

Podcast

Autre terme répandu et inscrit dans les dictionnaires, dont le Robert : « Fichier audio ou vidéo diffusé par Internet, destiné à être téléchargé. » L’ouvrage mentionne cependant qu’au Québec on dit balado. Il s’agit d’un raccourci pour baladodiffusion, terme que l’on entend couramment à Radio-Canada.

Ransomware

On ne souhaite à personne de se faire pirater son ordinateur et de recevoir par la suite une demande de rançon. Ce sont souvent les grandes entreprises qui en sont victimes.

L’expression a été rendue par le très inélégant rançongiciel.

Hacker

On peut certes parler de pirate informatique, mais force est de reconnaître que l’anglicisme s’est frayé un chemin dans notre langue. Lisez mon article à ce sujet.

Web

« Système hypermédia permettant d’accéder aux ressources du réseau Internet », nous dit le Larousse. On parle parfois de la Toile. L’anglicisme est largement utilisé.

Liker

Certes, on pourrait dire aimer, mais le terme est plus général. Une vidéo peut être aimée… mais combien de likes a-t-elle reçus? Dire que l’on a aimé un post de son ami est assez vague. On peut l’avoir lu tout simplement, tandis que si on l’a liké, il devient clair qu’on a cliqué sur le petit cœur.

Là encore, le substantif aussi bien que le verbe sont entrés en français.

Hypertrucage

De plus en plus, il est difficile de faire la différence entre réalité et trucage. Il est maintenant aisé de copier une personne réelle et de lui faire dire toutes les conneries que l’on veut. En anglais, il est question de deepfake : hypertrucage. La traduction est ici très réussie.

Morale de cette histoire : avec un peu de volonté il est toujours possible de trouver une traduction, mais celle-ci n’est pas nécessairement inspirée et convaincante. Même avec toute la bonne volonté du monde, certains termes anglais s’immiscent dans notre langue, ce qui n’est pas nécessairement un mal.

Shutdown en français

Nouvel affrontement entre le gouvernement états-unien et le Congrès, qui conduit à une crise budgétaire et à la paralysie des activités de l’État.

Comme il s’agit d’un problème américain, pour ne pas dire trumpien, on est tenté de reprendre l’anglicisme shutdown.

On peut facilement traduire cette notion, pourtant.

Les premiers termes qui nous viennent à l’esprit sont la fermeture ou la paralysie du gouvernement.

On peut aussi étoffer : la paralysie de l’administration fédérale. Également : l’arrêt des opérations du gouvernement fédéral. On peut aussi parler d’interruption.

Bref, il est très simple de traduire shutdown. Pourquoi s’en priver?

Jobine

Jobine. Le mot ne figure pas dans les dictionnaires. Il est totalement incompréhensible pour un Européen. Pourtant il foisonne en Amérique francophone.

Un digne descendant de job, dont je discutais dans un billet précédent. Adopté en Europe francophone, il change pourtant de genre selon le côté de l’Atlantique où nous nous trouvons.

Au Québec et au Canada, on parle d’une job, tandis qu’en Europe il est question d’un job.

Une descendance abondante

Les dictionnaires des deux côtés de l’Atlantique précisent qu’une job peut être aussi bien un petit boulot temporaire qu’un vrai travail.

Il s’est trouvé une job dans une épicerie.

Elle a décroché une job de comptable dans une banque.

Au Québec, un travail peu payant est qualifié de jobine ou, encore mieux, de jobinette. Par exemple, un ouvrier peu qualifié peut faire des jobinettes à gauche et à droite pour gagner un peu d’argent.

Un tel ouvrier peut être appelé un jobbeur. Il fait de petites jobs.

Des expressions surprenantes

Les variantes québécoises sauront vous amuser.

  • Faire une grosse job : accomplir tout un travail.
  • C’est une grosse job : faire un travail exigeant (p. ex. : changer la céramique d’une cuisine).
  • Elle a une grosse job : Elle a un bel emploi.
  • Il a une petite job : Il a trouvé un boulot.
  • Une job de bras : demander à des voyous d’aller casser la figure de quelqu’un.
  • Faire la job à quelqu’un est le résultat d’une job de bras.
  • Faire la job tout court… faire le travail.

Conclusion

Les emprunts à une autre langue prennent une nouvelle vie dans leur nouveau terreau. À la manière d’un cactus, ils produisent parfois des fleurs.

Français aérien

Dans un billet précédent, je vous avais parlé de la charmante Karine de Falchi, l’hôtesse pimpante de la chaine Air Exxion, dans Facebook.

Les billets égrillards, mais informatifs, de Karine nous éclairent sur divers aspects du monde de l’aviation.

Ces billets sont souvent ponctués d’anglicismes, dont la plupart pourraient facilement être traduits en français, si seulement on en avait la volonté. Là encore, différence de vocabulaire entre la France et le Québec. Et les topos de Karine le montrent bien.

Des anglicismes communs

Certains anglicismes se voient aussi au Québec. En voici quelques-uns.

Le pilote et son copilote travaillent dans un cockpit, que l’on pourrait traduire par poste de pilotage. Mais, avouons-le, cette expression est rare au Canada français.

Autre anglicisme commun, les terminaux. On voit certes aérogares, mais l’anglicisme s’est bien intégré au français.

Des anglicismes inusités en Amérique francophone

Le plus fréquent est crash, un écrasement d’avion. L’enthousiasme des locuteurs européens lui a donné des ailes et il est devenu verbe : « L’avion s’est crashé en banlieue de la ville. » Le verbe écraser semble devenu désuet.

Les voyageurs en classe business ont peut-être plus de chance de s’en tirer. Au Canada, les plus fortunés voyagent en classe affaires.

Les aéroports ont tous des boutiques duty free, c’est-à-dire des boutiques hors-taxe.

Depuis un bon bout de temps, les compagnies dites low cost font partie du paysage. Ici, on dit des transporteurs à rabais. Le Robert suggère à bas prix.

Les voyageurs chercheront des trucs pour se protéger du jetlag, c’est-à-dire du décalage horaire, comme le propose l’Office québécois de la langue française.

Et les petits derniers

Dans une de ses dernières vidéos, Karine nous parle des stop-overs, ces escales de plus longue durée. Vous atterrissez à Istanbul, y passez la nuit et visitez la ville, avant de reprendre un autre vol pour Dubaï. Il s’agit en fait d’une longue escale, d’une escale allongée.

Les agents welcome, vous connaissez? Ce sont des agents qui vous accueillent à l’aéroport. Pourtant facile à traduire : les agents d’accueil.

Conclusion

Karine de Falchi ne lira probablement ce billet. Si elle le faisait, elle serait surement irritée. Ses anglicismes témoignent d’un engouement envers l’anglais que l’on voit sans cesse en France et ailleurs en Europe. Elle n’est pas seule à blâmer; elle suit la tendance avec la fougue de sa jeunesse.

Je vous recommande quand même d’écouter ses vidéos qui sont une mine de renseignements.

Finaliser

Finaliser constitue un parfait exemple d’intégration d’un anglicisme dans notre langue. On jurerait qu’il s’agit d’un mot authentiquement français, ce qui n’est pas le cas.

Origine et définition

Le mot vient de final, on s’en doute. L’anglicisme finaliser serait apparu en 1936, si l’on en croit le Robert, qui définit ce mot ainsi : « Mettre au point de manière détaillée; présenter sous sa forme quasi définitive. »

On finalisera un projet, une proposition.

Finaliser s’est bien intégré parce qu’il ne heurte pas les règles d’écriture du français, contrairement à shampoing et thriller (prononcé srilère en Europe francophone). Bref, aucun problème à le lire ou à le prononcer. Comme on dit au Québec, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis.

Synonymes

Certains voudront éviter finaliser, soit parce qu’il s’agit d’une importation états-unienne, soit parce qu’ils cherchent une figure de style plus relevée.

À ceux-là je propose les mots suivants : mettre au point; mettre la dernière main à; terminer, achever.

On pourrait penser aussi à parfaire.

Finaliser nous rappelle une petite vérité trop souvent oubliée, à savoir que le français possède suffisamment de ressources pour déjouer bien des emprunts à l’anglais.

Escalader

Les médias canadiens semblent avoir bien du mal avec le verbe escalader. Le conflit entre l’Iran et Israël en est une belle preuve. Certains scribes se demandent si cette guerre va « escalader », si l’État hébreu va « escalader » ses attaques contre la république islamique.

Toute personne qui maitrise un tant soit peu le français se rend bien compte qu’il y a ici une dégringolade du français, et non une escalade…

Dans mes jeunes années à Radio-Canada, un reporter disait que les postiers allaient « escalader » les moyens de pression.

Bref, encore une petite incursion de l’anglais dans nos terres. En anglais, escalate signifie qu’une chose augmente en intensité.

Définitions

Le Larousse est clair : « Gravir quelque chose avec effort, par ses propres moyens, pour atteindre le sommet ou passer par-dessus : Escalader un talus. »

Donc, on escalade quelque chose, un obstacle, pour passer par-dessus. Il ne saurait être question de pousser un objet vers le haut. On passe par-dessus lui, on le gravit.

En conséquence, Israël ne peut pas « escalader » les attaques, il peut les intensifier. Le conflit peut s’étendre, prendre de l’ampleur.

Bromance

La rupture tonitruante entre le président états-unien et son ange de la mort, Elon Musk, met en évidence le terme bromance, largement utilisé dans les médias. Bien entendu, aucun effort de traduction, de ce côté-ci de l’Atlantique comme en Europe.

Il s’agit (d’un autre) mot-valise de l’anglais, issu de brother et de romance. Donc, une idylle entre frères, sans connotation sexuelle.

Le terme se voit dans d’autres sphères que la politique. Dans le merveilleux monde du tennis, on a évoqué une bromance entre Nick Kyrgios et Nolan Djokovic, lorsqu’ils se sont affrontés en finale de Winbledon. Les deux hommes se détestaient mais ont appris à se connaitre en s’affrontant pour le championnat.

Bromance n’est pas simple à traduire, car le français est moins friand de mots-valises que l’anglais. Les solutions suivantes sont néanmoins envisageables.

  • Amitié virile
  • Copinage
  • Belle amitié
  • Amitié fraternelle
  • Complicité fraternelle
  • Relation étroite

Malheureusement, notre paresse collective et la fascination envers l’anglais auront probablement le dessus sur toutes les suggestions, si créatives soient-elles.