Category Archives: Anglicismes

Binge watching

La crise sanitaire engendrée par la covid-19 et tous les (re)confinements qui se sont ensuivis nous ont transformés en reclus involontaires. Cette interminable hibernation a changé nos habitudes, le moins qu’on puisse dire.

Comme bien des gens, j’ai davantage exploré Netflix, cette caverne d’Ali Baba de séries étrangères souvent passionnantes. Comme bien d’autres je me suis attelé aux Peaky Blinders, Enquêtes internes et, plus récemment, Le serpent, des émissions regardées en rafale, c’est-à-dire en quelques soirées seulement, à coups de plusieurs épisodes à la fois.

C’est ce qu’on appelle en anglais le binge watching. Le terme a été repris dans le bulletin français de Netflix, avec en prime le verbe binge watcher. Je vous laisse deviner dans quel pays ce bulletin « français » est rédigé…

Au Canada on a fait l’effort de traduire et les idées ne manquent pas.  Cette façon de regarder la télé s’apparente à un gavage, une boulimie. Il y a quelque chose de compulsif. D’où les expressions de gavage télévisuel, visionnage boulimique, excessif, compulsif. On voit tout de suite que ces traductions sont quelque peu péjoratives, alors que visionnage en rafale est plus neutre.

En espagnol, on dit « maratón de series ». Ça me plaît…

Quant à y être, pourquoi pas « se souler d’une série », sur le modèle de binge drinking?

Mais d’autres pistes peuvent être explorées. Si on disait que j’ai dévoré la série Enquêtes internes, une des meilleures jamais produites sur le monde de la police britannique, il me semble que tout le monde comprendrait. Quand on dévore, on mange à toute vitesse.

Dans la même veine : avaler une série, la visionner sans pouvoir s’arrêter, y être accroché, ne pas pouvoir en décrocher. Être accro à une série, ça vous arrive?

Quelles sont vos recommandations? Pour les bonnes séries et la traduction de cette expression.

Merci à certains de mes abonnés (et non followers) dans Twitter pour leurs suggestions.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Chirurgical

La notion d’attaque chirurgicale est apparue lors de la Guerre du Golfe en 1991. Cette expression n’est rien d’autre qu’un artifice de propagande visant à faire croire que ces attaques de haute précision épargnaient miraculeusement les civils.

Le terme venait bien de l’armée américaine et il s’est infiltré dans la langue française, au point de trouver sa place dans Le Petit Robert : « Attaque, frappe chirurgicale, d’une extrême précision. »

Le contexte est militaire, certes, mais le terme en l’objet a rapidement débordé dans d’autres domaines, particulièrement lorsqu’il est question de précision. Quelques exemples glanés dans le Web :

Ce cas montre bien que si on comprend les mécanismes du cerveau, on peut intervenir en thérapie avec une précision chirurgicale.

Des centaines de robots travaillent avec une précision chirurgicale : ils mettent en place les différentes pièces de tôlerie.

Des palettes localisées derrière le volant, et qui permettent des changements de rapports d‘une précision chirurgicale.

Le mot « chirurgical » est évocateur : on voit tout de suite le médecin qui manie le scalpel avec grand doigté, cherchant à épargner les tissus sains. Cette expression est reportée à des frappes militaires censées obtenir le même résultat, comme je l’ai dit.

Il n’en demeure pas moins que l’expression vient de la langue états-unienne et que bien des langagiers voudront la contourner. Alors, que dire?

En paraphrasant le Robert : d’une extrême précision, d’une grande précision; des mesures (très) ciblées, ultra précises; bien centrées, des mesures focalisées. Et pourquoi pas « des mesures qui s’attaquent directement au problème »? Je sais, le mot tabou problème vient d’être prononcé… Pour une fois, épargnons-nous ces ridicules enjeux

Comme on le voit, ce n’est pas une opération bien compliquée d’éviter le mot « chirurgical ».

Prochain article : le Téléjournal de Radio-Canada, massacré par les publicités envahissantes.

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Téléjournal

Petit intermède de douce moquerie sur les tics langagiers qui fleurissent dans les médias. Combien en voyez-vous dans ce texte fantaisiste, mais pas si loin de la réalité?

L’envoi de vaccins est un enjeu significatif dans cette course contre les variants du coronavirus. Les autorités ont en effet eu des problématiques avec l’approvisionnement venant d’Europe et les délais font en sorte que le calendrier de vaccination risque de ne pas être respecté.

Clip d’un responsable gouvernemental : « C’est évident qu’à ce moment-ci, nous ne pouvons rencontrer nos échéances. C’est définitivement un défi qui nous interpelle. »  Question du journaliste : Pourquoi au juste? Réponse : « Parce que plus de monde va tomber malade éventuellement. » 

C’est tout un enjeu pour le gouvernement et l’impact de ces délais pourrait faire la différence. Notre correspondant Christian Lalancette, basé à Trois-Rivières, est allé voir comment se déroule la vaccination là-bas. Bon matin Christian :

La mairie suit la situation sur une base régulière pour faire en sorte que les impacts ne soient pas trop importants dans la Mauricie. Pourtant les arrivages arrivent à temps à toutes fins utiles et les Trifluviens affluent aux centres de vaccination.

Images d’aiguilles que l’on prépare suivie de quatre scènes d’injection dans l’épaule en gros plan.

Les vaccinés sont interviewés à la caméra.

– Y’était temps que ça arrive.

– On va pouvoir sortir!

– Mon mari est contre, pis moi je viens pareil.

Vieille dame en chaise roulante : « C’est ma fille qui m’amène. »

Les responsables de la Ville ont été rencontrés par des représentants fédéraux et disent qu’ils voient la lumière au bout du tunnel. Beaucoup de gens se font dépister, également.

Le maire de la ville, Lucien Laurier, souligne qu’un nombre historique de citoyens ont été vaccinés aujourd’hui, plus de 5 000, un record absolu et jamais égalé.

L’animateur : on va continuer de suivre ça… Merci Christian. En terminant, une histoire incroyable de girafe qui a accouché d’un rhinocéros… Après la pause.

Une douzaine de spots publicitaires explosent à l’écran, dont deux qui se répètent. Le rythme de l’émission est complètement brisé. Pseudo-reportage qui reprend les grandes lignes d’une émission d’affaires publiques diffusée plus tard en semaine. Douze autres annonces. Arrive le reportage sur la girafe.

Bon matin tout le monde…

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Le français au Québec et en France

En lisant mon fil Twitter, j’ai fait une constatation stupéfiante : des Québécois estiment qu’ils parlent mieux leur langue que les Français eux-mêmes!

Cette affirmation farfelue peut s’expliquer en partie par une ignorance crasse et par cette relation troublée d’amour-haine envers la mère patrie.

Dans plusieurs billets, j’ai reproché aux Français leur fascination infantile à la fois pour la langue américaine et pour cette nation phare qu’ils appellent « Amérique », c’est-à-dire les États-Unis. Ces commentaires ont pu laisser croire que je partageais cette vision négative de la France si courante au Québec, alors qu’il n’en est rien.

Une grande nation

S’en prendre systématiquement et aveuglément à la France, c’est renier sa propre mère. Je suis fier d’être un descendant de la France. Si cette dernière offrait la possibilité d’obtenir la double citoyenneté canadienne et française, sans devoir immigrer, je serais le premier à présenter une demande.

Les Français semblent l’oublier, mais ils possèdent une culture admirée partout dans le monde. D’ailleurs, la France est le pays le plus visité dans le monde et ce n’est pas uniquement à cause des vins et des fromages! La société française est extraordinairement raffinée. Que l’on pense à la littérature, l’architecture, la peinture, la mode ou le design.

Les Français ont du panache, ils sont fiers et cocardiers. Qui oserait le leur reprocher?

D’où l’étonnement que suscite au Québec leur fascination pour la langue anglaise.

Les anglicismes en France

La dénonciation des anglicismes qui pullulent en France fait consensus au Québec. Il est de bon ton de rapporter chaque nouvelle importation du vocabulaire américain dans la littérature aussi bien que dans les médias. Les moqueries fusent quant aux prononciations fantaisistes des termes anglais entendus à la télévision française. Comme dirait le loustic, c’est voir la paille dans l’œil du voisin en oubliant le poteau d’Hydro-Québec qui est planté de notre œil à nous.

En réalité, l’anglicisation du Québec est beaucoup plus profonde que celle de la France.

Disons-le clairement, les Français ont une bien meilleure maîtrise de notre langue, en dépit de leurs petites escapades anglophiles. Les Français parlent une langue fluide ; le vocabulaire est précis et nuancé, les phrases s’enchaînent sans heurt. Ils sont diserts au point d’en étourdir les Québécois.

Une telle aisance avec la langue se voit rarement au Québec. Adresser des reproches aux Français, qui parleraient moins bien que nous parce qu’ils disent parking ou week-end, relève du plus haut ridicule.

Le français au Québec

La situation est beaucoup plus préoccupante au Québec, car non seulement on y voit des emprunts lexicaux – souvent différents de ceux des Français – mais aussi des calques sémantiques et syntaxiques, eux bien plus insidieux. La menace est là.

Nous parlons une sorte de charabia franco-anglais que certains voudraient élever au rang de langue nationale. Un charabia au vocabulaire étriqué, ponctué d’anglicismes, d’impropriétés de toutes sortes. Une syntaxe bancale, comme une vieille bâtisse vermoulue sur le point de s’écrouler.

« La fille que je sors avec. »

« L’enjeu qu’il est question. »

Au Québec, le délabrement de la langue s’observe dans toutes les sphères de la société : parler mal n’est pas l’apanage des classes populaires, des gens moins instruits. Des professeurs d’université, des avocats, des gens d’affaires, des journalistes et des politiciens s’expriment atrocement mal. Pas tous, mais un grand nombre d’entre eux.

Le charabiamédia

À cela s’ajoute le charabia distillé par les médias; du kérosène lancé par des étourdis dans un brasier. Un exemple puisé dans un journal d’Ottawa : « Le conseiller municipal compte apporter l’item à la prochaine réunion du conseil. » Tout le monde a compris? Bring the item : soulever la question.

Vous en voulez d’autres?

« Le ministre n’a pas voulu se commettre. » – Il n’a pas voulu s’engager.

« La députée siège sur un comité. » – Elle siège à un comité.

« Le conseil scolaire est imputable de l’éclosion. » – Il est responsable.

Je pourrais en écrire des pages et des pages.

Certains mots sont tellement influencés par l’anglais, qu’il devient impossible d’en extraire le véritable sens français, tant l’usage est devenu confus. Par exemple le mot délai (échéance à respecter) est confondu avec le delay anglais (retard). Certaines phrases deviennent incompréhensibles si on ne parle pas anglais.

« Il y a eu de nombreux délais à l’aéroport. Cette grève pourrait occasionner des délais dans la livraison du programme (sic). »

Idem pour éventuellement (peut-être), confondu avec le sens anglais de « par la suite, finalement ».

Trop souvent, les médias québécois et canadiens-français contribuent à propager des fautes de langue qui, dans l’esprit populaire, sont frappées du sceau de l’acceptabilité, puisqu’on les entend partout sur nos ondes.

Cet amour-haine envers notre propre langue

Des commentateurs comme moi suscitent le mépris chez bon nombre de Québécois. Nous sommes des puristes, des chiens dans un jeu de quilles.

Car les Québécois cultivent une ambivalence troublante envers leur propre langue. Nous parlons la langue de nos ancêtres et de la mère patrie qui nous a abandonnés à la Grande-Bretagne en 1763 pour ensuite nous oublier complètement pendant 200 ans. Derrière la langue française se cache un ressentiment profond envers la France, ce qui mène à des situations absurdes.

Incroyable mais vrai, parler correctement, sans affectation, est mal vu. On se fait reprocher de parler comme des Français, des gens suffisants par définition. L’érudition suscite la méfiance, trop souvent.

Cette étrange attitude s’abreuve à un climat d’anti-intellectualisme typique en Amérique du Nord. Si les présidents français se font une gloire de discuter de littérature, d’écrire eux-mêmes leurs livres et de faire construire une grande bibliothèque pour les générations futures, notre premier ministre François Legault se fait reprocher de lire des livres québécois avant d’aller au lit! Des contempteurs de toute forme de culture lui ont dit d’arrêter de perdre son temps ainsi et d’administrer le Québec. Aliénation est un mot qui trouve tout son sens au Québec et au Canada français.

En fait, les leaders politiques québécois se gardent bien de parler de leurs goûts littéraires, de peur d’être accusés de snobisme. Les Québécois, contrairement aux Français, manquent d’assurance. Toute personne un peu trop sûre d’elle-même dérange. On préfère le nivellement par le bas, d’où cette tendance pour des gens plus instruits à parler comme des prolétaires pour se faire accepter par tout le monde.

À l’université, on m’a reproché de ne pas jurer à chaque phrase, comme beaucoup de Québécois le font, qu’ils soient instruits ou pas. Ces jurons à connotation religieuse amusent les Français, mais ils témoignent à leur tour du délabrement de la langue. Que bien des gens de tous les milieux ponctuent leurs phrases de jurons, pour étoffer leur discours, est désolant. Un peu comme si des Français glissaient des « Nom de Dieu » et des « putain » tout au long de leur discours. Certains Québécois se font une gloire de parler ainsi. Leur vulgarité les dédouane de toute accusation de snobisme. Autrement, ils pourraient passer pour des « maudits Français ».

L’écrivaine et journaliste Denise Bombardier est appréciée en France. Au Québec, elle est l’objet d’une haine sans retenue. Certes, son attitude est cassante. Mais, surtout, elle parle un français châtié et elle a étudié à Paris, comble de malheur. Bien des lecteurs lui disent d’aller vivre en France, si elle n’est pas contente.

Malgré ses attitudes clivantes, il me semble qu’on devrait l’admirer. Elle est l’une des rares Québécoises à être publiée en France. Une honte?

Conclusion

Le Québécois est donc un être aussi paradoxal que tourmenté. Il dit chérir le français mais est profondément agacé quand on lui signale ses fautes, arguant que « c’est pas important, tout le monde comprend. »

Et des fautes il y en a partout, partout, partout dans les affichages, les petites annonces en ligne. On dirait que tout le monde a arrêté ses études en quatrième année du cours primaire.

Mais le Québécois se dit prêt à défendre le français à la condition de ne pas avoir d’effort à faire. Il attend des mesures énergiques de la part du gouvernement pour soutenir notre langue nationale. Entretemps, il continue de traiter le français comme une vieille carpette sale en le parlant et en l’écrivant n’importe comment. Mais il est fier d’être francophone… Comprenne qui pourra.

Pendant ce temps, la métropole québécoise, Montréal, s’enlise dans les sables mouvants de l’anglicisation. Les affichages en anglais seulement se multiplient; bien des commerçants ne parlent pas français. Le tout dans une relative indifférence.

On peut bien dénoncer les anglicismes des Français, mais ne perdons pas de vue l’ensemble de la situation. Nous devons retrousser nos manches, nous cracher dans les mains et poursuivre notre combat séculaire afin d’assurer la survie de notre langue nationale. Le problème, ce n’est pas les Français, c’est nous.

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Tunnel

« Voir la lumière au bout du tunnel » est une expression que l’on entend quotidiennement dans les médias québécois et canadiens. Pourtant cette expression n’est pas tout à fait exacte, quand on connait bien la langue.

Pensons-y bien : que peut-on voir d’autre au bout du tunnel que la lumière? Au fond, cette tournure signale une évidence. Elle marque surtout un calque de l’anglais.

To see light at the end of the tunnel.

En français, on dira tout simplement : « Voir le bout du tunnel. » Comme cela arrive souvent, l’anglais décrit ce qu’il voit, tandis que le français se situe au niveau de l’entendement.

Origine du mot

Bien des francophones seront étonnés d’apprendre que tunnel est un anglicisme apparu dans notre langue vers 1825. Peut-être parlait-on déjà du fameux tunnel sous la Manche… Mais les tunnels ont existé par la suite sur le continent : beaucoup ont été percés dans les Alpes, par exemple.

Tunnel est donc venu par l’anglais, mais, en réalité, il s’agit d’un gallicisme pour les anglophones, car le mot dérive du français tonnelle, cette construction en cerceaux autour de laquelle on fait grimper des plantes.

Traduction

L’envahissant « Voir la lumière au bout du tunnel » peut facilement être remplacé par « Être au bout de nos peines », « En finir (avec cette foutue pandémie) », « Voir venir la fin », « S’en sortir une fois pour toutes ».

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Job

Le français parlé en Europe et celui parlé en Amérique diffère de bien des manières. On peut observer la même chose entre l’espagnol parlé en Espagne et celui pratiqué en Amérique latine. Idem pour le portugais et le brésilien.

Nord-Américains et francophones d’Europe partagent certains anglicismes, mais pour des raisons difficiles à cerner, les genres attribués diffèrent.

Job

Des deux côtés de l’Atlantique, job est un petit boulot qui peut devenir un vrai travail. Au Québec, on dit une job, tandis qu’en Europe il est question d’un job.

Les variantes québécoises amuseront les autres lecteurs et lectrices.

  • Une grosse job : tout un travail.
  • Une job de bras : demander à des voyous d’aller casser la figure de quelqu’un.
  • Faire la job à quelqu’un est le résultat d’une job de bras.
  • Faire la job tout court… faire le travail.

Covid

L’exemple le plus frappant et le plus récent est celui de la pandémie actuelle.

Au Québec, on a tout d’abord dit le COVID, mais cette formulation a été promptement rectifiée : la COVID, puisque l’acronyme anglais signifie maladie du coronavirus, le D désignant le mot disease.

Comme le constatent les auditeurs québécois canadiens, le bulletin d’information de TV5 utilise plutôt le masculin : « le COVID », comme si l’abréviation désignait le virus, qui porte un autre nom, en fait.

Les lecteurs attentifs auront remarqué que le titre de cette rubrique est écrit en minuscule. Je ne fais que suivre la même logique qu’avec sida, acronyme devenu nom commun depuis un bon bout de temps. Ce n’est qu’une question de temps avant que covid n’entre dans les dictionnaires tout en minuscule –- en étant, souhaitons-le qu’un douloureux souvenir du début de la troisième décennie du siècle.

Van

En Europe, un van peut être aussi bien un fourgon servant à transporter des chevaux qu’une fourgonnette transportant des personnes. Au Québec, les deux sens existent mais une van peut aussi être un camion plus long.

Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à m’en faire part.

Article suivant : Toast

Administration

La nouvelle administration Biden prend son envol… ou plutôt faudrait-il dire le nouveau gouvernement Biden?

Voilà une expression qu’on n’entend guère. Par le passé, autant les médias que les analystes se sont penchés sur les faits et gestes des administrations Kennedy, Nixon, Obama, etc. Pourtant il s’agissait bel et bien d’un anglicisme, comme le confirment les ouvrages de langues.

Le Petit Larousse :

Aux États-Unis, ensemble formé par le gouvernement proprement dit et par les conseillers engagés par le président pour l’aider à élaborer sa politique.

Car administration ne s’emploie pas pour le gouvernement d’un autre pays que les États-Unis. Imagine-t-on l’administration Macron en France? L’administration Merkel en Allemagne? Non.

En français, le mot administration s’entend de l’ensemble des services de l’État. On désigne souvent par ce mot les fonctionnaires.

Administration est donc un anglicisme passé dans l’usage, bref un américanisme.

Un autre américanisme est le mot convention, au sens de congrès d’un parti politique pour désigner un candidat à la présidence et son colistier.

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Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

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Centers for Disease Control and Prevention

En cette période de pandémie, il est souvent question des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis. Les rédacteurs ont tendance à laisser cette appellation en anglais, tandis que d’autres y vont d’une traduction logique, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Les appellations américaines suscitent la confusion. Le premier réflexe est de les garder telles quelles, comme pour l’Office of Management and Budget. Pourtant, bien d’autres institutions états-uniennes se déclinent en français : la Réserve fédérale américaine, le département d’État, etc.

Dans le cas présent, il n’y a tout simplement pas de règle, seulement des exceptions. Les piliers de la démocratie étasunienne (cette graphie est correcte) ont vu leur nom traduit : la Maison-Blanche, le Congrès, la Chambre des représentants, etc. Quant aux organismes, eh bien c’est l’anarchie tyrannique de l’usage. Pour compliquer les choses, certains organismes sont mieux connus par leur sigle : le FBI, la CIA. Les traductions Bureau fédéral des enquêtes, police fédérale, Agence spatiale américaines se voient parfois.

Dans ce contexte, on peut très bien décider de traduire les Centers for Disease Control and Prevention, car aucune règle ne s’y oppose. En outre, l’actualité a mis en vedette ces centres et il n’y a aucune raison de garder à tout prix l’appellation anglaise.

Traductions

L’Office of Management and Budget précité se traduit par le Bureau de la gestion et du budget. Cette traduction coule de source et devrait nous inspirer.

Je propose la ligne de conduite suivante :

  • Lorsqu’un organisme jouit d’une certaine notoriété, il faut essayer d’en traduire le nom. – L’Agence de protection de l’environnement
  • Les noms d’organismes moins connus qui se traduisent facilement en français devraient être traduits. – Les Services postaux américains
  • Les appellations plus compliquées, comme la Commodity Futures Trading Commission, et peu connues peuvent rester en anglais.

Dès qu’on s’écarte des organismes connus, la tendance lourde est de tout garder en anglais. Les francs-tireurs comme moi dérangent et franciser n’est pas toujours une tâche facile.

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Compétitionner

Compétitionner vient de l’anglais to competition, certes, mais il s’est bien intégré dans la langue française au point de figurer à la fois dans le Larousse et le Robert. Il a pris le sens de « participer à une épreuve sportive » mais aussi celui de se faire concurrence. Le Petit Larousse :

Être en compétition avec une personne, une entreprise; se faire concurrence : journaux qui compétitionnent.

Compétition

Ce qui nous amène à compétition. Lui aussi pourrait être soupçonné d’anglicisme, particulièrement lorsqu’il est question de concurrence commerciale. D’ailleurs, le Dictionnaire des anglicismes de Colpron le condamne comme tel de même que le dictionnaire en ligne québécois Usito.

Il faut reconnaitre que compétition et concurrence ressemblent à des frères jumeaux, sur le plan sémantique. La Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française donne une série d’exemples où les deux mots sont interchangeables.

La concurrence était forte entre les participants à cette épreuve.

Tous les deux étaient en compétition pour obtenir le poste.

L’Office signale que certains auteurs considèrent compétition comme un anglicisme, car les dictionnaires traditionnels – y compris celui de l’Académie française – ne donnent pas d’exemple où ce mot est employé pour parler de la concurrence. On parle de la compétition que se livrent deux entreprises, chacune étant la rivale de l’autre. Mais cette autre entreprise n’est jamais appelée compétition dans les ouvrages.

Il semblerait donc que cette acception vient davantage de l’anglais. C’est pourquoi, beaucoup trouveront plus prudent de s’en tenir à concurrence dans ce contexte.

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