Monthly Archives: janvier 2022

You are browsing the site archives by month.

Fierté

Une fois mais n’est pas coutume. Mais comment résister à l’envie de publier dans ce blogue cette lettre adressée au Devoir, le 29 janvier, par une lectrice, Éliane Cantin? Une lettre où il est question de l’apprentissage des langues, de la fierté des Espagnols et du délabrement du français au Québec. La voici :

En 2019, je suis partie vivre en Espagne pendant un an. J’avais la ferme intention d’améliorer mon espagnol et d’atteindre un niveau avancé. J’ai économisé, demandé une année sabbatique, fait mes valises, et ai réservé un vol sans retour Montréal-Madrid. J’ai saisi toutes les occasions pour m’améliorer ; j’ai vécu dans une colocation où l’on ne parlait qu’espagnol, suivi 20 heures de cours par semaine et évité de parler anglais ou français autant que possible.

J’étais fascinée par l’aisance avec laquelle parlaient les Espagnols. Jalouse même. Ils n’avaient pas à réfléchir aux règles de grammaire que je révisais tous les soirs, ils les avaient intégrées inconsciemment dès leur enfance. Ils avaient le génie de leur langue.

Ce qui m’a fait réfléchir au génie de ma propre langue, le français. Quelle chance j’avais d’être née dans un environnement francophone. Le français est une langue incroyablement riche, belle et subtile et je n’ai pas à réfléchir à ses règles ; elles vivent en moi, font partie de moi.

À mon retour au Québec un an plus tard, j’ai été happée par le mauvais traitement qu’on réservait à notre langue, et par extension à notre capacité à formuler des idées claires et structurées. Il faut croire que j’avais oublié les « Le gars que je suis allé avec », « Ça l’a rien donné », « La chose que je te parlais ». Oublié aussi le sort que réservaient au français trop de gens de ma génération qui ne semblent plus être en mesure de formuler une phrase sans emprunter à l’anglais sa syntaxe et son vocabulaire et qui en ont l’air, qui plus est, fiers.

Notre accent est beau et nous devons le célébrer. Mais un accent ne fait pas une langue. Si nous voulons bâtir une société intellectuellement prête à affronter les défis de demain, nous avons la responsabilité d’entretenir ce système de communication qui nous a été offert et grâce auquel nous voyons et exprimons le monde qui nous entoure de façon riche et distincte.

Pékin 2022

La question s’est posée lors des Jeux olympiques d’été de 2008 et elle se pose encore une fois pour les jeux d’hiver de 2022. Convient-il de reprendre l’appellation traditionnelle de Pékin ou bien faut-il adopter Beijing?

Cette question en amène une autre : pourquoi deux graphies pour une seule ville? Il y a pourtant belle lurette que nous disons Londres au lieu de London, Barcelone au lieu de Barcelona ou Moscou au lieu de Moskva.

Romanisation du chinois

La France utilise toujours un système de romanisation du chinois mis au point au XVIIe siècle par des jésuites. C’est ce système qui nous a donné Pékin, Nankin et Canton. À la fin des années 1950, le président Mao a demandé que l’Occident utilise le système pinyin. Celui-ci a entraîné une mutation spectaculaire de certains noms, dont celui du Grand Timonier, devenu Mao Zedong.

Des villes comme Pékin, Nankin et Canton ont brusquement changé de nom pour devenir Beijing, Nanjing et Guangzhou. Une mère ne reconnaitrait plus son enfant. Les anglophones ont adopté ces nouvelles appellations, tandis que les francophones, plus conservateurs, s’en tiennent aux graphies plus traditionnelles. Il semble que les anglophones acceptent plus facilement les endonymes, ces noms de lieu qui correspondent à ce que l’on dit dans la langue d’origine.

L’usage actuel

Tant les journaux que les dictionnaires de la francophonie continuent de parler de Pékin et non de Beijing. Ce dernier nom est parfois mentionné dans les ouvrages de référence, mais l’entrée principale est toujours à Pékin.

Il est donc très clair qu’en français on dit Pékin. Le nom de la capitale chinoise peut être vu de deux manières : une transcription maladroite du chinois ou encore une traduction. Par exemple, Florence est une traduction de l’italien Firenze. Dans les deux cas, il s’agit d’exonymes.

Colonialisme et racisme?

Une lectrice m’a fait observer que certains noms issus de la colonisation continuent d’être utilisés, comme c’est le cas de Pékin. Elle donne aussi comme exemple la Biélorussie, qui est le nom russifié du Bélarus.

Je respecte ce point de vue, mais il me semble que, de nos jours, on finit par voir du racisme partout, y compris dans la terminologie. À ce compte-là, il faudrait renoncer à parler du Caire et dire al-Qahira pour ne pas rappeler le colonialisme britannique.

Ce qui devrait intéresser le langagier, c’est qu’actuellement, dans la francophonie, on dit encore Pékin. Je ne pense pas que la toponymie soit toujours contaminée par le racisme et le colonialisme; le problème c’est plutôt le conservatisme des francophones.

Il n’est pas exclu qu’un jour l’endonyme Beijing finira par être adopté en français, mais pour l’instant ce de n’est pas le cas.

Exonymes et endonymes

Le français, comme toutes les langues, n’est pas parfaitement rationnel. C’est un point de vue que je défends dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.

Le français préfère l’exonyme Pékin à l’endonyme Beijing. Par contre il accepte plus volontiers l’endonyme Mumbai que Bombay, ancien nom sous la colonisation anglaise. Il a aussi adopté l’endonyme Myanmar et délaissé l’ancienne appellation Birmanie.

Toutefois, certains exonymes classiques comme Biélorussie, NouveauMexique et Lisbonne persistent alors les vrais noms, les endonymes, sont : Belarus, New Mexico et Lisboa. Qu’on aime ça ou pas, la logique varie selon les cas.

Le tandem Pékin et Beijing est justement le résultat de ces incohérences.

Voir la lumière au bout du tunnel

Voir la lumière au bout du tunnel. On l’entend sans cesse, tant les dirigeants que les citoyens, tous épuisés, écœurés par cette pandémie chinoise qui s’éternise.  

Cette expression épidémique aussi bien que virale vient pourtant de l’anglais : to see light at the end of the tunnel.La traduire par Voir la lumière au bout du tunnel parait tout ce qu’il y a de plus logique.

Traduction

Alors il y a un tunnel? Très bien, on pourrait tout simplement voir le bout du tunnel… mais encore? Sortir du tunnel, de l’impasse, s’en sortir, etc. Et pourquoi pas : se sortir de l’impasse sanitaire.

D’où vient le calque?

Un esprit anglais dans un corps sain… pourrait-on faire valoir. En fait une subtile différence de perspective subtile entre les deux langues.

L’ennui étant que la langue de Shakespeare n’a pas tout à fait la même optique que celle de Molière.

L’anglais a une vision cinématographique de la langue; il décrit fidèlement ce qu’il voit. Et que voit-on au bout d’un tunnel? La lumière. Donc tout se tient.

Le français est une langue analytique qui ne décrit pas tout ce qu’il voit : il en fait la synthèse, sans nécessairement donner tous les détails. Par conséquent, on dira en français : voir le bout du tunnel. Pour un francophone, il est évident qu’au bout d’un tunnel on ne peut voir autre chose que de la lumière; le préciser devient superflu.

Comme on le voit, cette tendance de l’anglais à tout décrire peut mener à des erreurs de traduction, même si dans le cas présent, ce n’est pas très grave.

Mais parfois, suivre fidèlement la démarche de l’anglais peut conduire à des phrases inutilement lourdes.

            Le rapport a été reçu, lu, analysé et commenté. (Anglais)

            Le ministre a demandé et obtenu un rapport sur la situation. (Anglais)

            Le rapport a été commenté. (Français)

            Le ministre a obtenu un rapport sur la situation. (Français)

Ukraine

La Russie vient d’envahir l’Ukraine et occupe la Crimée, depuis 2014, et la partie est du Donbass depuis quelques années. Ces deux territoires comptent une importante population russe, comme d’autres États voisins de la Russie, par exemple les pays baltes.

L’impérialisme russe et l’intimidation dirigée contre ses États voisins, que Moscou appelle « le proche étranger », n’a rien de nouveau. Les Finlandais, Lettons, Lituaniens, Estoniens et Bélarusses pourraient vous en parler.

La tragédie ukrainienne

À bien des égards, l’histoire contemporaine de l’Ukraine est une tragédie. Brièvement indépendante en 1918, elle est envahie par l’Armée rouge et rattachée à l’Union soviétique en 1922. De 1931 à 1933 sévit la famine sur le territoire soviétique et l’Ukraine en est particulièrement victime. Le pouvoir soviétique utilise cette famine par mater le peuple ukrainien particulièrement rebelle. C’est ce qu’on appellera l’Holodomor, qui signifie faim et fléau. Cette tragédie aurait fait de 2,6 à 5 millions de morts. Bien entendu, elle alimente l’animosité de l’Ukraine à l’égard de son voisin russe, mais ce n’est pas le seul élément d’explication.

Russification de l’Ukraine

L’Ukraine a connu plusieurs siècles de russification, tant à l’époque de l’Empire de Russie qu’à celle de l’Union soviétique. C’est ce qui explique que la langue russe soit fréquemment utilisée dans ce pays, même si l’ukrainien est la langue officielle.

Cette russification a des répercussions sur la manière dont les Occidentaux écrivent les noms ukrainiens. Peu de gens le savent, mais les graphies courantes des noms de lieux ukrainiens sont très souvent des translittérations du russe, et non de l’ukrainien.

Le toponyme Ukraine est la traduction de Oukraïna.

S’il n’est pas question de russification dans le nom du pays, ce n’est pas le cas pour les villes importantes, à commencer par Kiev, nom russifié de Kyïv. Voir mon article à ce sujet.

Voici quelques autres exemples de graphies russes adoptées ici pour des noms ukrainiens.

Kharkov devrait se prononcer Kharkiv et s’écrire de la même manière.

Tchernobyl devrait se prononcer Tchornobyl et s’écrire de la même manière.

Lougansk devrait se prononcer Louhansk et s’écrire de la même manière.

Sébastopol devrait se prononcer Sévastopol et s’écrire de la même manière.

Une petite visite dans l’Encyclopédie Larousse montre encore une fois l’incohérence des ouvrages français dans l’écriture des noms étrangers. Voici les titres des entrées principales :

Kiev, en ukrainien Kyïv

Kharkiv, anciennement Kharkov

Tchernobyl, en ukrainien Tchornobyl

Louhansk, anciennement Lougansk

Sébastopol, sans équivalent ukrainien

Comme on le voit, les entrées Kharkiv et Louhansk sont énoncées en ukrainien, tandis que toutes les autres viennent du russe. Comprenne qui pourra.

Nos meilleures pensées accompagnent le peuple ukrainien.

Randomiser

Il est courant dans le monde scientifique de parler d’une étude randomisée. Il est évident que cette expression s’inspire de l’anglais random, défini ainsi par le Collins :

A random sample or method is one in which all the people or things involved have an equal chance of being chosen.

Autrement dit un échantillon au hasard.

Randomiser c’est répartir aléatoirement, répartir au hasard. C’est pourquoi le Petit Robert définit la randomisation de la manière suivante :

Échantillonnage aléatoire destiné à réduire ou supprimer l’interférence de variables autres que celles qui sont étudiées.

Il est donc clair qu’on pourrait aisément se passer des deux anglicismes que sont randomiser et randomisation, si ce n’est que ces expressions sont utilisées couramment dans le monde des sciences et de la statistique.

Booster

Les autorités sanitaires nous invitent à booster notre système immunitaire pour tenir le coup devant la pandémie chinoise de covid-19. L’expression est aussi bien employée en Europe qu’au Québec et au Canada français.

Elle peut se traduire facilement :

Stimuler, augmenter, renforcer, développer.  

Mais en cette période sombre de pandémie, l’anglicisme en question est plus attrayant que la simple locution « stimuler le système immunitaire. » Dans booster, il y a un petit kick supplémentaire, dont nous avons justement besoin, en cette saison hivernale (30 cm de neige aujourd’hui dans l’est du Canada).

Booster n’est pas un néologisme : il figure depuis quelques décennies dans les ouvrages de langue. En effet, un booster est un propulseur d’appoint en aéronautique. Je me rappelle l’avoir lu dans les pages du Monde en 1986, dans un article relatant l’explosion au décollage de la navette Challenger. Le journaliste s’emportait justement devant l’anglicisme booster en faisant valoir qu’il était temps de parler de fusée d’appoint… D’ailleurs, le Petit Robert propose propulseur d’appoint et propulseur auxiliaire.

Booster boosté par l’usage

Une petite recherche sur le Web permet de constater que le verbe et son substantif traversent le français de part en part. On peut acheter un booster pour sa batterie de voiture; si vous fumez, vous pouvez acheter des booster nicotines; le site pole-emploi.fr propose un forum Job Booster Day; si vous faites de la musculation prenez un booster, un complément alimentaire, etc.

Il faudrait peut-être aviver les réflexes de traduction dans la vieille Europe.

Pageturner

On a déjà dit à l’écrivaine québécoise Chrystine Brouillet qu’elle rendait ses lectrices insomniaques, parce que ses livres sont tellement captivants qu’il est difficile de les abandonner pour aller dormir. Ces romans policiers sont ce qu’on appelle en anglais des pageturners.

Comme cela arrive très souvent, l’anglais illustre son propos par une image : on voit le lecteur tourner frénétiquement les pages afin de connaitre la fin. Bien entendu, des commentateurs francophones se sont laissé séduire par cette image et parlent d’un… pageturner. Les éditions Milan ont baptisé ainsi une collection jeunesse. Triste.

Alors comment éviter l’anglicisme? Je reviens à Chrystine Brouillet. Ses romans sont captivants, prenants, irrésistibles, impossibles à abandonner, se lisent d’une traite.

L’Office québécois de la langue française propose accrolivre ou encore trappe-lecteur. Ce sont des suggestions intéressantes qui, certes, n’ont pas le pouvoir envoutant de la langue américaine mais n’en demeurent pas moins de belles trouvailles. Comme courriel au lieu de l’imbuvable email.

Babelio

Si Babelio n’existait pas, il faudrait l’inventer. Une merveilleuse plateforme pour les lecteurs compulsifs qui veulent échanger sur leurs coups de cœur littéraires.  Il est facile d’y ouvrir un compte pour afficher les livres qui nous ont plu.

On peut faire des recherches par titre et par auteur et lire les critiques des autres participants. Un système d’étoiles convivial permet d’attribuer une cote à un ouvrage et de rédiger ensuite une évaluation en plusieurs paragraphes. Toute nouvelle critique figure en tête du palmarès et peut être commentée par d’autres utilisateurs, ce qui peut donner lieu à des échanges intéressants.

La page d’accueil est particulièrement agréable avec des sections réservées aux actualités, aux dernières parutions, etc. À partir de cette page, on peut lancer une recherche ciblée, par exemple sur les romans policiers et les polars. Il est en général très facile de naviguer dans Babelio. En bas de chaque critique, on peut cliquer sur des livres apparentés à celui que l’on vient d’analyser. Un véritable magasin de bonbons pour les fanas de lecture.

Les critiques

Les participants sont surtout des Français. On s’en rend compte dans la façon dont les critiques sont formulées. Les appréciations s’étalant sur quatre ou cinq paragraphes ne sont pas rares et témoignent de la facilité qu’ont nos cousins de disserter. Leur érudition et leur esprit d’analyse sont éblouissants. Malheureusement, certains textes relèvent davantage de l’exercice de style et s’embourbent dans toutes sortes de considérations qui nous font perdre de vue le sujet principal. Trop souvent, l’esprit de synthèse fait défaut.

La navigation dans le site permet de constater un autre phénomène : la complaisance. Peu importe le titre retenu, les éloges sont à l’ordre du jour et la majorité des critiques comportent quatre ou cinq étoiles. Cela se comprend, car ce sont généralement les plus enthousiastes qui seront portés à écrire une critique tandis que les autres ont tendance à s’abstenir. Cela peut donner un portrait faussé de la valeur véritable d’un livre.  

En effet, les textes dithyrambiques ne permettent pas toujours de prendre le recul nécessaire pour décider si nous voulons lire une œuvre donnée. J’ai souvent eu l’impression que certaines personnes seraient prêtes à encenser le bottin téléphonique. J’ai vu des personnes s’extasier devant des livres que j’ai trouvé très mauvais et qui, à mon avis, n’auraient jamais dû être publiés.

C’est pourquoi je préfère me référer au tableau de synthèse qui ventile les avis selon le  nombre d’étoiles obtenu par un titre; je clique souvent sur les avis ayant obtenu trois étoiles sur cinq, car les critiques auront plus de chance d’être nuancées. Il est toujours intéressant de savoir quels éléments ont déplu dans un livre.  

Un site québécois, Quialu.ca, vient d’être lancé, mais n’a pas encore l’ampleur de Babelio.

Coup d’État

Commençons par une citation du Robert : « Conquête ou tentative de conquête du pouvoir par des moyens illégaux. »

Le 6 janvier marque le premier anniversaire de la tentative des partisans de Donald Trump d’empêcher le Sénat américain de valider l’élection à la présidence de Joe Biden. Autrement dit, l’ancien président tentait de conserver le pouvoir par la force.

Une expression française

Le coup d’État généralement cité dans les ouvrages historiques et lexicographiques est celui perpétré par Louis-Napoléon Bonaparte, en 1851, qui mettait fin à la Deuxième République française. Napoléon III gouvernera jusqu’en 1871.

Malheureusement, les définitions proposées dans les ouvrages généraux en ligne ne vont pas plus loin que celle du Robert. L’Encyclopédie Larousse donne comme autre exemple la tentative de coup d’État à Moscou, en 1991, dont le but était d’écarter Mikhaïl Gorbatchev du pouvoir.

Il est intéressant de constater que l’Encyclopædia Britannica nous donne plus de détails. L’expression coup d’État est passée en anglais et souvent abrégée par le simple mot coup. L’encyclopédie vient éclairer notre lanterne en précisant qu’il s’agit d’une action violente menée par un petit groupe d’individus pour renverser un gouvernement élu. On voit bien que cette définition convient parfaitement quand il s’agit de qualifier les évènements du 6 janvier 2021 survenus au Capitole de Washington.

L’ouvrage précise la nuance avec la notion de révolution qui, elle, résulte d’une volonté populaire. (Il est bien dommage que les ouvrages français n’apportent pas cette nuance.)

Révolution

La plus célèbre des révolutions est la Révolution française qui a mené au renversement de la monarchie, en 1789. Mais la première révolution républicaine nous vient des États-Unis, en 1776.

Évidemment, il y a eu un grand nombre de révolutions tout au long de l’histoire. On peut penser aux révolutions démocratiques de 1989, en Europe centrale et orientale; à la Révolution islamique en Iran. Mais l’une des plus marquantes, à part la Révolution industrielle, reste la Révolution bolchévique, aussi appelée Révolution russe de 1917.

Celle-ci a été précédée d’un coup d’État, c’est-à-dire cet assaut donné par les bolchéviques pour s’emparer du palais d’Hiver de Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Il faut dire que le pouvoir était en pleine déliquescence et qu’il suffisait d’aller le cueillir au vol.

C’est là un exemple intéressant d’un coup d’État qui conduit à une révolution.

Putsch

Un terme allemand est venu s’insérer dans le vocabulaire anglais et français. En novembre 1923, Adolf Hitler tente de renverser le gouvernement bavarois dont certains membres sont réunis dans une brasserie. Cette tentative de coup d’État avorte mais passe à l’histoire sous le nom de putsch de la brasserie.

Depuis lors, le terme putsch s’emploie comme synonyme de coup d’État.

Le monde hispanique nous a donné l’expression pronunciamiento, définie comme un coup d’État militaire, un putsch.

Les lecteurs étonnés par la majuscule employée dans les noms de révolutions liront avec intérêt mon article la majuscule dans les noms de périodes historiques en français.

Trinquer

C’est la nouvelle année, alors trinquons à nos succès et surtout à notre santé. Les libations de fin d’année nous amènent à choquer notre verre contre celui d’un parent ou d’un ami. Bref, nous portons un toast.

Ce mot vient du français tostee, une tranche de pain rôti. Curieusement, le français se l’est réapproprié dans ce sens original, mais aussi pour trinquer.

Les mots prononcés à cette occasion festive varient d’une langue à l’autre : santé, cheers, salute, tchin tchin ou encore skål, ou ses variantes, dans les langues scandinaves. Ce qui veut littéralement dire « crâne », car les Vikings buvaient dans les crânes des guerriers ennemis tués. Il est vrai que trop trinquer donne mal au crâne.

Alors tout ce beau monde trinque. Les germanophiles voient tout de suite l’ombre de l’allemand trinken, qui a le sens de « boire ». On n’est guère loin de l’anglais drink, lui-même pas très éloigné du néerlandais drinken, du danois et du norvégien drikke et finalement du suédois dryck.

Trinquer a aussi pris le sens élargi de subir des évènements désagréables. Alors là, oui, nous avons trinqué ces deux dernières années. Je lève mon verre à tous ceux qui ont pris soin de leur santé – et de celle des gens tout autour. Les autres finiront bien par trinquer un jour.