Category Archives: Géographie

Sino

On parle beaucoup de la Chine ces temps-ci et on peut prévoir que certaines expressions apparaîtront quant aux rapports aussi bien conflictuels que commerciaux qu’entretient le régime de Pékin avec le reste de la planète. Certaines expressions seront peut-être formées à partir du préfixe sino.

Ce préfixe vient du latin médiéval Sina, qui signifie Chine. Un certain nombre de mots et d’expressions comportent ce préfixe pour indiquer qu’elles sont liées à l’Empire du Milieu.

La sinologie est l’étude de la langue, de la civilisation et de l’histoire de la Chine. Un spécialiste de ce pays est un sinologue. Le préfixe en l’objet a amené le verbe siniser qui, on l’aura deviné, a le sens de rendre chinoise la culture d’un pays. D’ailleurs, l’anglais possède un verbe semblable : sinicize.

Dans le même optique, il sera logique de dire qu’une personne pouvant s’exprimer en chinois est un sinophone.

Le préfixe sino a déjà servi à former des expressions composées, comme le conflit sino-soviétique, dans les années 1960, à l’époque où la Chine et l’Union soviétique ne s’entendaient pas sur la manière de construire le socialisme.

Dans la même veine, on peut parler des relations sino-canadiennes qui sont particulièrement tendues à cause de l’arrestation de Meng Wanzhou au Canada et de la prise en otage subséquente par le régime de communiste des deux Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig. Cette expression est un synonyme (sinonyme?) commode de relations entre la Chine et le Canada. Bien sûr, il sera toujours possible de parler des relations canado-chinoises.

L’émergence de la Chine comme puissance commerciale ainsi que sa diplomatie brutale a entraîné une réponse occidentale dont le leadership est assumé par les États-Unis. On parlera sûrement du conflit sino-américain, si la situation continue de s’envenimer.

Pékin ou Beijing?

La dénomination à employer en français pour désigner la capitale chinoise fait toujours l’objet de discussions, bien que l’usage semble avoir tranché. Lire mon article à ce sujet.

D’autres préfixes…

Certains préfixes particuliers sont employés pour la Grèce, l’Espagne, la Hongrie… À vous de les découvrir dans cet autre article.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Rangoun

On disait Birmanie, on dit maintenant Myanmar. L’ancienne capitale s’appelle Rangoun, jadis orthographiée Rangoon. Mais certains écrivent Yangon. Pourquoi tous ces noms?

Dès que l’on traite de la Birmanie, la question de la traduction des exonymes reprend le devant de la scène. Faut-il traduire en français le nom des pays, villes et régions de l’étranger? J’ai traité de cette problématique dans plusieurs articles.

La Birmanie a été sous domination britannique de sorte que les noms de lieux ont été énoncés à l’anglaise. Ainsi en va-t-il de l’ancienne capitale et métropole Rangoon, dont l’orthographe a été francisée : Rangoun. Cette appellation dérive du birman Yangoun.

Myanmar et Yangon

Les ouvrages français retiennent l’exonyme traditionnel de Birmanie. Toutefois, l’appellation Myanmar, et son gentilé Myanmarais, ont fait une percée dans la presse écrite française. Les journaux canadiens favorisent Myanmar.

Mais la situation est tout autre quand il s’agit de l’ancienne capitale, le terme Yangon – nom officiel de la ville depuis 1989 – se faisant rare. C’est donc dire que les médias francophones font cohabiter l’appellation traditionnelle Rangoun tantôt avec Birmanie et tantôt avec Myanmar.

Il est clair qu’encore une fois le français penche vers un certain conservatisme.

Il me semble que pour être le moindrement logique, il conviendrait soit d’utiliser les deux appellations traditionnelles Birmanie-Rangoun soit les deux plus récentes Myanmar-Yangon.

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Péninsule

Qu’est-ce que la péninsule Ibérique?

  1. Une pointe de terre dans l’Antarctique.
  2. Le Portugal et l’Espagne.
  3. La portion méridionale de la Corée du Sud.

La plupart d’entre vous aurez opté pour la seconde réponse. Si je vous avais demandé ce qu’est la péninsule Arabique, vous n’auriez eu aucun mal à me pointer sur une mappemonde ce vaste territoire découpé en plusieurs États, dont l’Arabie saoudite.

Les deux expressions s’écrivent de la même façon, c’est-à-dire avec la majuscule à l’élément déterminatif, puisqu’il s’agit d’une appellation géographique. Jusqu’ici tout va bien.

Mais les choses se compliquent rapidement, car des péninsules il y en a un grand nombre un peu partout dans le monde. À commencer par la péninsule acadienne, ici au Canada. Mais pensons aussi à la Corée dans son ensemble, la péninsule coréenne, à l’Italie, qui peut aussi être qualifiée de péninsule italienne.

On aura remarqué que ces dernières appellations sont écrites en minuscules. Autrement dit, la logique appliquée aux péninsules ibérique et arabique ne tient plus. Étrange. De fait, ce sont plutôt les appellations péninsule Ibérique et péninsule Arabique qui surprennent avec leur majuscule. Pourquoi ces deux exceptions? Selon la même logique, on devrait écrire péninsule Coréenne, par exemple.

Pourtant, Le Petit Robert continue d’indiquer que la péninsule regroupant le Portugal et l’Espagne s’appelle Ibérique avec majuscule. D’ailleurs, celle-ci peut se formuler de manière elliptique : la Péninsule. Je me demande combien de francophones dans le monde diraient spontanément, sans la moindre hésitation, que la péninsule Ibérique est la seule que l’on peut appeler la Péninsule tout court.

Bref, il y a incohérence.

Dans mon ouvrage, Plaidoyer pour une réforme du français, je propose d’adopter pour les toponymes le régime de la majuscule double, soit une pour le générique et une pour le spécifique. Ce qui donnerait :

La Péninsule Ibérique, la Péninsule Arabique, la Péninsule Acadienne, Bretonne, etc.

L’autre solution consisterait à tout mettre en minuscule, comme le veut la tradition française d’aplatissement des appellations et de méfiance farouche envers la majuscule. Ce qui donnerait ceci :

La péninsule ibérique, la péninsule arabique, la péninsule acadienne, bretonne, etc.

Évidemment ce serait plus simple et les esprits conservateurs seraient confortés. Mais quel ennui! Des noms ayant une valeur quasi officielle relégués au rang des marteaux et des tournevis.

Vous lirez avec intérêt mon article sur la Crise des majuscules.

Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

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Bahreïn

Le toponyme Bahreïn pose plusieurs difficultés aux francophones. En effet, cet archipel de 33 iles dans le golfe Persique est de genre masculin, ce qui ne saute pas aux yeux. On a tendance à croire que le genre grammatical des noms d’iles est féminin, ce qui se vérifie pour Cuba, par exemple, mais pas pour Haïti.

Le nom arabe de cet État est al-Bahrayn, le h étant prononcé dans le fond de la gorge. L’article al est assez troublant pour un étranger, car il donne à penser que l’article défini est de mise. Pourtant, aussi bien en français qu’en anglais, on dit Bahreïn/Bahrayn tout court.

C’est une incongruité, puisque d’autres États environnants s’énoncent avec l’article; par exemple le Qatar. Pourtant, on dit : « Bahreïn est situé au Moyen-Orient », alors qu’il serait logique de dire en français le Bahreïn et en anglais the Bahrain.

Autre problème (ce défunt mot de la langue française) : le tréma. Celui-ci s’explique facilement par la prononciation. Il y a bel et bien diphtongue e-i. Bahreïn ne se prononce pas avec une nasale en in.

Le gentilé

Selon les ouvrages, les habitants de Bahreïn sont soit des Bahreïniens, soit des Bahreïnites. Mais un autre gentilé d’inspiration arabe se voit aussi. Il s’agit de Bahreïni, que l’on trouve dans l’Encyclopaedia Universalis et parfois dans la presse française.

Ce nom côtoie les Émirati, Qatari, Baghdadi, etc. qui pullulent dans les médias. Ces appellations se veulent plus « authentiques » que les versions françaises que sont Qatarien, Émirien, Baghdadien.

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Les Américains et le français

Le nouveau président américain (y en a-t-il eu un après Obama?) vient de faire connaitre quelques-uns des membres de son futur cabinet. Certains journalistes ont mis en évidence le caractère polyglotte de ces nouvelles personnes tellement rafraichissantes.

À commencer par le secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a étudié à Paris et parle français couramment. Il est en bonne compagnie avec John Kerry, ancien secrétaire d’État, nommé représentant spécial pour le climat. M. Kerry parle aussi le français. Pour compléter le tableau francophone, soulignons que la vice-présidente Kamala Harris étudié à Montréal lorsqu’elle était plus jeune et qu’elle a une connaissance de notre langue.

Le responsable de la sécurité nationale, Alejandro Mayorkas est hispanophone.

Présidents francophones

Petite colle pour vous tous. Qui est le dernier président américain francophone?

  1. Richard Nixon
  2. Ronald Reagan
  3. Franklin Roosevelt
  4. John Kennedy

RÉPONSE…

Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Ça fait un bail. Le président Roosevelt a d’ailleurs prononcé un discours partiellement en français à Québec en 1936. M. Roosevelt parlait aussi allemand.

Son oncle, Theodore Roosevelt parlait lui aussi le français ainsi que l’allemand. Il lisait aussi l’italien.

On sera surpris d’apprendre que quelques présidents américains d’un passé plus lointain parlaient notre langue : John Adams, Thomas Jefferson, James Monroe et John Quincy Adams.

Pourtant, la langue française a connu quelques déboires aux États-Unis. Rappelons-nous également que lorsque la France a refusé d’entrer en guerre contre l’Iraq, en 2003, le candidat démocrate à la présidentielle de l’année suivante a dû cacher le fait qu’il parlait français. Il s’agissait de… John Kerry.

Oui, parler français peut parfois être mal vu aux États-Unis. Parlez-en à Mitt Romney, candidat républicain en 2012 et francophone. Certains trouvaient remettaient en question son allégeance américaine et trouvaient qu’il était trop français…

Une méfiance envers les langues étrangères

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apprentissage des langues étrangères suscite peu d’intérêt aux États-Unis. Cela peut être attribuable à une tradition bien implantée d’anti-intellectualisme, mais aussi au caractère dominant de la culture américaine dans le monde. Pourquoi se casser la tête à maitriser l’espagnol, puisque les hispanophones qui s’installent aux États-Unis doivent apprendre l’anglais? Pourquoi se mettre à l’italien et à l’allemand? On parle l’anglais en Italie et en Allemagne. On reconnait cette arrogance des grandes nations qui refusent de s’incliner devant la culture des autres pays.

Pourtant, certains présidents de notre époque ont appris des langues étrangères.

Le président Clinton a appris l’allemand et l’a utilisé lors d’un discours devant la porte de Brandebourg, après la chute du Mur. Un autre démocrate avant lui, Jimmy Carter pouvait s’exprimer en espagnol, tout comme George W. Bush. Détail navrant, certains commentateurs – probablement unilingues – s’étaient amusés des erreurs de Bush dans la langue de Cervantès, au lieu de saluer ses efforts.

On comprend que plus tard Barack Obama a déploré le fait que les Américains n’apprenaient à peu près jamais de langue étrangère. De fait, moins d’un Américain sur cinq parle une langue étrangère, alors que la population états-unienne est très diversifiée.

Un voyage dans l’univers

Je parle à des convertis. Toute personne qui s’investit dans une autre langue fait une incursion – que dis-je, un voyage – dans une autre culture. Lorsque je parle en anglais, en allemand ou en italien, je deviens une autre personne. En allemand, par exemple, je deviens plus affirmatif, je décide de l’ordre d’importance des éléments d’une phrase. En italien, j’ai tendance à être plus emphatique.

On reproche souvent aux Américains d’être insensibles aux réalités étrangères. Nul doute que des études linguistiques plus soutenues seraient porteuses de changements hautement désirables dans leur mentalité.

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Biélorussie

… ou Bélarus?

Le pays a fait son entrée à l’ONU en 1991 sous le nom de Bélarus, une transcription approximative de son nom véritable, qui se prononce Bélarousse.

Les anglophones ont rapidement adopté cette dénomination, Belarus, tandis que les ouvrages et les médias de la francophonie s’en tiennent le plus souvent à Biélorussie. Ce conservatisme toponymique n’est pas sans rappeler celui qui touche Bombay/Mumbai ou encore le célèbre Pékin/Beijing.

La question étant la suivante : doit-on systématiquement adopter les appellations suggérées par les États étrangers ou conserver celles, plus traditionnelles, de la francophonie?

Chose certaine, les dictionnaires et encyclopédies françaises ont toutes leur entrée à Biélorussie, ce qui rend la tâche difficile aux rédacteurs francophones. Le même problème se pose avec le nom de la capitale, Minsk, qui n’est rien d’autre qu’une forme russifiée de Mensk, nom véritable de cette ville. Là encore, ne cherchez pas Mensk dans les ouvrages français…

Le gentilé variera bien sûr selon qu’on utilise Biélorussie (Biélorusse) ou Bélarus (Bélarusse).

La Russie blanche

On appelait jadis la Biélorussie Russie blanche. C’est à tort qu’on y verrait une référence au puissant voisin de l’est. On fait plutôt référence aux anciens territoires de la Ruthénie (du IXe au XIe siècle), dont une partie était située sur l’espace occupé actuellement par le Bélarus.

Le régime politique

La Biélorussie a accédé à l’indépendance en 1991 dans la foulée de l’écroulement de l’URSS. Le président actuel, Alexandre Loukachenko fait partie de ces leaders post-soviétiques qui se sont convertis à l’économie de marché pour continuer d’occuper le pouvoir. Comme les évènements actuels le démontrent, ce genre de personne ne renonce pas au pouvoir facilement et nul doute que les opposants devront faire des pressions considérables pour déloger le président Loukachenko.

À propos de ce dernier, j’observe avec ravissement que les médias francophones canadiens écrivent correctement le nom, à la française, comme en Europe : Loukachenko, et non Lukashenko à l’anglaise.

Le drapeau

Le drapeau blanc traversé par une barre rouge en son centre est brandi par l’opposition au régime Louckahenko. Ce drapeau n’est pas nouveau :  c’est celui adopté par la République populaire de Biélorussie en 1918. Il sera l’étendard du pays entre 1991 et 1994, avant que le président actuel fasse adopter un drapeau rouge et vert, rappelant celui de l’époque soviétique. Ce drapeau est récusé par les opposants au régime actuel, qui souhaitent le retour de l’étendard blanc et rouge, le blanc symbolisant la paix et le rouge la combativité.

On ne peut que souhaiter bonne chance au peuple biélorusse.

Hémisphère occidental

Le terme Western Hemisphere apparait souvent dans les écrits de l’Anglosphère, particulièrement en Amérique du Nord. Il est rendu par hémisphère occidental. Prise au pied de la lettre, cette expression est déroutante.

Au départ, il est clair que le mot hémisphère désigne la moitié du globe terrestre. On s’attendrait donc à ce que l’expression en l’objet couvre ce que l’on appelle souvent le monde occidental. Il s’agirait donc de l’Europe et du continent européen.

C’était l’intuition que j’avais, quand j’ai entendu le terme pour la première fois. Eh bien j’étais dans l’erreur.

Le Merriam-Webster nous donne la définition suivante de Western Hemisphere :

The half of the earth comprising North and South America and surrounding waters.

L’Enclypaedia Britannica donne exactement la même définition, en précisant toutefois que certains géographes que l’hémisphère occidental comprend aussi des portions de l’Afrique, de l’Antarctique, de l’Europe et de l’Asie.

Cette vision élargie m’apparaît plus logique, car un hémisphère est bel et bien la moitié du globe et restreindre l’hémisphère occidental à l’Amérique continentale et aux terres environnantes est quelque peu restrictif.

On s’en doute, l’hémisphère occidental est une invention états-unienne. Il ne s’agit pas du premier déraillement sémantique venant de nos voisins du sud.

J’en ai parlé, les mots Amérique et Américain ont déjà été détournés de leur sens originel pour désigner les États-Unis d’Amérique et leurs habitants. Il est maintenant impossible de revenir en arrière.

L’hémisphère occidental témoigne à nouveau d’un certain manque de rigueur. On constate heureusement que les Européens ne reprennent pas toujours cette définition et traduisent parfois Western Hemisphere par continent américain. Évidemment, cette traduction ne correspond pas exactement à la définition élargie de l’expression états-unienne, mais elle est certainement moins grinçante pour les francophones.

Géographie

Le monde des appellations géographiques est fascinant à plusieurs égards. Il ne brille certainement pas par la rigueur, ni par la cohérence. On peut observer bien des cas de polysémie et certaines appellations ne font pas l’unanimité.

L’Amérique confisquée

Le terme Amérique a été détourné de son sens originel lorsque la Révolution américaine a amené la création d’un nouveau pays, les États-Unis d’Amérique. Rapidement, ce pays a été surnommé America et le générique American a été adopté. Ces nouvelles appellations empiétaient sur le sens véritable de ces deux mots désignant un continent et ses habitants. Cette confusion a entrainé la création d’un néologisme : Americas, devenu les Amériques en français. Par la suite, un autre néologisme a surgi : États-Unien, aussi écrit Étasunien.

Les mésaventures de l’Europe

Le mot Europe n’est pas épargné. Les frontières de ce continent, qui s’étend de l’Atlantique à l’Oural, ne suscitent pas la controverse. Toutefois, le mot a vu son sens s’infléchir avec l’arrivée de l’Union européenne – et même avant. Quand on parle de la construction de l’Europe, c’est de l’ancien Marché commun dont il est question. Cette Europe regroupe 27 États, mais exclut d’autres pays européens comme la Russie ou la Suisse, par exemple.

Le découpage d’un continent en plusieurs régions géographiques est presque toujours arbitraire et risqué. La division du continent européen à cause de la Guerre froide en est un exemple. On parlait d’Europe de l’Est. Cette appellation était une aberration géographique, puisque la partie orientale du continent englobait d’autres pays que ceux du glacis d’États communistes mis sur pied par l’Union soviétique. Ainsi, des États comme l’Ukraine, la Biélorussie que les pays baltes n’en faisaient pas partie. Preuve qu’il est toujours dangereux d’utiliser des termes géographiques pour désigner une région politique.

Lorsque des révoltes populaires ont fait tomber les régimes communistes, en 1989 et 1990, certains observateurs ont rebaptisé la région Europe centrale et orientale, l’expression Europe de l’Est étant rattachée à une réalité disparue. De nos jours, on voit encore le terme Europe de l’Est pour parler de ces anciens pays de l’est.

Il y a aussi l’Europe du Nord, expression tout aussi erronée que sa consœur orientale. Elle remplace parfois la Scandinavie. Pour la plupart des gens, cette dernière englobe la Norvège, la Suède, le Danemark, l’Islande et la Finlande. Mais pas pour tout le monde. Certains auteurs excluent la Finlande, car elle est peuplée de Finno-Ougriens, d’origine asiatique. En effet, les Finlandais ne sont pas un peuple germanique contrairement à leurs autres voisins scandinaves.

D’autres auteurs mettent l’Islande de côté parce que ce pays n’est pas rattaché au continent européen… Donc, la notion de Scandinavie est à géométrie variable.

Quant à l’expression Europe de Nord, il est clair que la partie nord de l’Europe comprend bien d’autres pays que les États scandinaves. La Pologne ou l’Allemagne, par exemple, peuvent être considérés comme des pays du nord de l’Europe.

L’Afrique subdivisée

L’Afrique n’est pas épargnée. La notion d’Afrique du Nord est heureusement plus cohérente, car les États qui en font partie, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, sont bel et bien située dans la partie septentrionale du continent. Cependant, l’Égypte et la Libye en sont exclues.

Le langagier qui veut parler de la partie sud de l’Afrique risque de s’empêtrer dans les lianes, car l’Afrique du Sud est un pays. Pour désigner les pays de la pointe sur du continent, il faut parler de l’Afrique australe.

La subdivision de l’Afrique est également source de problèmes. Il n’y a pas de définition claire de ce qu’est l’Afrique de l’Est ou l’Afrique de l’Ouest. Pas plus d’ailleurs pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne ou de l’Afrique équatoriale.

Autres découpages arbitraires

J’ose à peine imaginer ce qui se produirait aujourd’hui si les géographes devaient baptiser certaines régions maritimes. Heureusement, la rectitude géographique n’a jamais existé et souhaitons que des esprits fiévreux épris de pureté ne chercheront pas à rebaptiser des appellations établies depuis des siècles.

Prenons la mer de Chine. Appellation carrément inexacte, diront certains. Certes, la mer en question borde les États suivants : Chine, Vietnam, Indonésie, Singapour, Philippines, Taïwan. Elle s’arrête au golfe de Thaïlande, qui lui-même baigne le Cambodge.

On voit tout de suite le problème. On a choisi un seul État pour désigner les deux golfes. Bien entendu, c’est injuste pour les autres. Mais comment corriger la situation? Faudrait-il forger un néologisme abominable qui inclurait tous les pays bordant la mer de Chine? Rebaptiser le golfe de Thaïlande : le golfe Thaï-Cambodgien?

Le même problème se poserait avec le golfe du Bengale, qui doit son nom à une région de l’Inde et aussi au Bengladesh. Mais quelle injustice pour le Sri Lanka et la Birmanie!

Le golfe Persique

Il arrive parfois que plusieurs appellations existent pour désigner une région. Le golfe Persique en est un bel exemple. Le golfe borde à la fois l’Iran et la péninsule d’Arabie. C’est pourquoi certains auteurs l’appellent golfe Arabo-Persique, la Perse étant l’ancien nom de l’Iran.

Mais là encore, on pourrait faire du zèle et chercher à inclure tous les pays limitrophes, pour ne pas froisser personne. Il faudrait donc tenir compte du Koweït, du Qatar, de Bahreïn, des Émirats arabes unis, entre autres. On n’en sort plus.

Articles à lire

Pékin

La question s’est posée lors des Jeux olympiques de 2008 : fallait-il dire Pékin ou Beijing? Cette question en amène une autre : pourquoi deux graphies pour une seule ville? Il y a pourtant belle lurette que nous disons Londres au lieu de London, Barcelone au lieu de Barcelona ou Moscou au lieu de Moskva.

La France utilise toujours un système de romanisation du chinois mis au point au XVIIe siècle par des jésuites. C’est ce système qui nous a donné Pékin, Nankin et Canton. À la fin des années 1950, le président Mao a demandé que l’Occident utilise le système pinyin. Celui-ci a entraîné une mutation spectaculaire de certains noms, dont celui du Grand Timonier, devenu Mao Zedong.

Des villes comme Pékin, Nankin et Canton ont brusquement changé de nom pour devenir Beijing, Nanjing et Guangzhou. Une mère ne reconnaitrait plus son enfant. Les anglophones ont adopté ces nouvelles appellations, tandis que les francophones, plus conservateurs, s’en tiennent aux graphies plus traditionnelles. Il semble que les anglophones acceptent plus facilement les endonymes, ces noms de lieu qui correspondent à ce que l’on dit dans la langue d’origine.

Tant les journaux que les dictionnaires de la francophonie continuent de parler de Pékin et non de Beijing. Ce dernier nom est parfois mentionné dans les ouvrages de référence, mais l’entrée principale est toujours à Pékin.

Il est donc très clair qu’en français on dit Pékin. Le nom de la capitale chinoise peut être vu de deux manières : une transcription maladroite du chinois ou encore une traduction. Par exemple, Florence est une traduction de l’italien Firenze. Dans les deux cas, il s’agit d’exonymes.

Quoi qu’il en soit, force est de constater qu’en français on dit Pékin dans l’immense majorité des cas. Certains font valoir que le nom officiel est bel et bien Beijing. Il est vrai, par exemple, que Bombay est maintenant appelée Mumbai et que ce nom est souvent repris en français. Mais n’oublions pas que bien d’autres noms officiels continuent d’être traduits en français : Belarus qui demeure Biélorussie, New Mexico qui demeure Nouveau-Mexique; Lisboa qui demeure Lisbonne.

On peut en discuter longtemps, mais le français, à tort ou à raison, n’adopte pas systématiquement toutes les nouvelles appellations officielles. Comme c’est souvent le cas, il n’y pas de logique précise dans ce qui est adopté et ce qui ne l’est pas. Par exemple, le Zaïre est devenu la République démocratique du Congo, tandis que la Biélorussie continue de désigner cet État appelé Belarus aux Nations unies.

Par conséquent, il me parait souhaitable et logique que nous continuions d’appeler la capitale chinoise Pékin.

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