Category Archives: Géographie

Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

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Bahreïn

Le toponyme Bahreïn pose plusieurs difficultés aux francophones. En effet, cet archipel de 33 iles dans le golfe Persique est de genre masculin, ce qui ne saute pas aux yeux. On a tendance à croire que le genre grammatical des noms d’iles est féminin, ce qui se vérifie pour Cuba, par exemple, mais pas pour Haïti.

Le nom arabe de cet État est al-Bahrayn, le h étant prononcé dans le fond de la gorge. L’article al est assez troublant pour un étranger, car il donne à penser que l’article défini est de mise. Pourtant, aussi bien en français qu’en anglais, on dit Bahreïn/Bahrayn tout court.

C’est une incongruité, puisque d’autres États environnants s’énoncent avec l’article; par exemple le Qatar. Pourtant, on dit : « Bahreïn est situé au Moyen-Orient », alors qu’il serait logique de dire en français le Bahreïn et en anglais the Bahrain.

Autre problème (ce défunt mot de la langue française) : le tréma. Celui-ci s’explique facilement par la prononciation. Il y a bel et bien diphtongue e-i. Bahreïn ne se prononce pas avec une nasale en in.

Le gentilé

Selon les ouvrages, les habitants de Bahreïn sont soit des Bahreïniens, soit des Bahreïnites. Mais un autre gentilé d’inspiration arabe se voit aussi. Il s’agit de Bahreïni, que l’on trouve dans l’Encyclopaedia Universalis et parfois dans la presse française.

Ce nom côtoie les Émirati, Qatari, Baghdadi, etc. qui pullulent dans les médias. Ces appellations se veulent plus « authentiques » que les versions françaises que sont Qatarien, Émirien, Baghdadien.

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Les Américains et le français

Le nouveau président américain (y en a-t-il eu un après Obama?) vient de faire connaitre quelques-uns des membres de son futur cabinet. Certains journalistes ont mis en évidence le caractère polyglotte de ces nouvelles personnes tellement rafraichissantes.

À commencer par le secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a étudié à Paris et parle français couramment. Il est en bonne compagnie avec John Kerry, ancien secrétaire d’État, nommé représentant spécial pour le climat. M. Kerry parle aussi le français. Pour compléter le tableau francophone, soulignons que la vice-présidente Kamala Harris étudié à Montréal lorsqu’elle était plus jeune et qu’elle a une connaissance de notre langue.

Le responsable de la sécurité nationale, Alejandro Mayorkas est hispanophone.

Présidents francophones

Petite colle pour vous tous. Qui est le dernier président américain francophone?

  1. Richard Nixon
  2. Ronald Reagan
  3. Franklin Roosevelt
  4. John Kennedy

RÉPONSE…

Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Ça fait un bail. Le président Roosevelt a d’ailleurs prononcé un discours partiellement en français à Québec en 1936. M. Roosevelt parlait aussi allemand.

Son oncle, Theodore Roosevelt parlait lui aussi le français ainsi que l’allemand. Il lisait aussi l’italien.

On sera surpris d’apprendre que quelques présidents américains d’un passé plus lointain parlaient notre langue : John Adams, Thomas Jefferson, James Monroe et John Quincy Adams.

Pourtant, la langue française a connu quelques déboires aux États-Unis. Rappelons-nous également que lorsque la France a refusé d’entrer en guerre contre l’Iraq, en 2003, le candidat démocrate à la présidentielle de l’année suivante a dû cacher le fait qu’il parlait français. Il s’agissait de… John Kerry.

Oui, parler français peut parfois être mal vu aux États-Unis. Parlez-en à Mitt Romney, candidat républicain en 2012 et francophone. Certains trouvaient remettaient en question son allégeance américaine et trouvaient qu’il était trop français…

Une méfiance envers les langues étrangères

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apprentissage des langues étrangères suscite peu d’intérêt aux États-Unis. Cela peut être attribuable à une tradition bien implantée d’anti-intellectualisme, mais aussi au caractère dominant de la culture américaine dans le monde. Pourquoi se casser la tête à maitriser l’espagnol, puisque les hispanophones qui s’installent aux États-Unis doivent apprendre l’anglais? Pourquoi se mettre à l’italien et à l’allemand? On parle l’anglais en Italie et en Allemagne. On reconnait cette arrogance des grandes nations qui refusent de s’incliner devant la culture des autres pays.

Pourtant, certains présidents de notre époque ont appris des langues étrangères.

Le président Clinton a appris l’allemand et l’a utilisé lors d’un discours devant la porte de Brandebourg, après la chute du Mur. Un autre démocrate avant lui, Jimmy Carter pouvait s’exprimer en espagnol, tout comme George W. Bush. Détail navrant, certains commentateurs – probablement unilingues – s’étaient amusés des erreurs de Bush dans la langue de Cervantès, au lieu de saluer ses efforts.

On comprend que plus tard Barack Obama a déploré le fait que les Américains n’apprenaient à peu près jamais de langue étrangère. De fait, moins d’un Américain sur cinq parle une langue étrangère, alors que la population états-unienne est très diversifiée.

Un voyage dans l’univers

Je parle à des convertis. Toute personne qui s’investit dans une autre langue fait une incursion – que dis-je, un voyage – dans une autre culture. Lorsque je parle en anglais, en allemand ou en italien, je deviens une autre personne. En allemand, par exemple, je deviens plus affirmatif, je décide de l’ordre d’importance des éléments d’une phrase. En italien, j’ai tendance à être plus emphatique.

On reproche souvent aux Américains d’être insensibles aux réalités étrangères. Nul doute que des études linguistiques plus soutenues seraient porteuses de changements hautement désirables dans leur mentalité.

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Biélorussie

… ou Bélarus?

Le pays a fait son entrée à l’ONU en 1991 sous le nom de Bélarus, une transcription approximative de son nom véritable, qui se prononce Bélarousse.

Les anglophones ont rapidement adopté cette dénomination, Belarus, tandis que les ouvrages et les médias de la francophonie s’en tiennent le plus souvent à Biélorussie. Ce conservatisme toponymique n’est pas sans rappeler celui qui touche Bombay/Mumbai ou encore le célèbre Pékin/Beijing.

La question étant la suivante : doit-on systématiquement adopter les appellations suggérées par les États étrangers ou conserver celles, plus traditionnelles, de la francophonie?

Chose certaine, les dictionnaires et encyclopédies françaises ont toutes leur entrée à Biélorussie, ce qui rend la tâche difficile aux rédacteurs francophones. Le même problème se pose avec le nom de la capitale, Minsk, qui n’est rien d’autre qu’une forme russifiée de Mensk, nom véritable de cette ville. Là encore, ne cherchez pas Mensk dans les ouvrages français…

Le gentilé variera bien sûr selon qu’on utilise Biélorussie (Biélorusse) ou Bélarus (Bélarusse).

La Russie blanche

On appelait jadis la Biélorussie Russie blanche. C’est à tort qu’on y verrait une référence au puissant voisin de l’est. On fait plutôt référence aux anciens territoires de la Ruthénie (du IXe au XIe siècle), dont une partie était située sur l’espace occupé actuellement par le Bélarus.

Le régime politique

La Biélorussie a accédé à l’indépendance en 1991 dans la foulée de l’écroulement de l’URSS. Le président actuel, Alexandre Loukachenko fait partie de ces leaders post-soviétiques qui se sont convertis à l’économie de marché pour continuer d’occuper le pouvoir. Comme les évènements actuels le démontrent, ce genre de personne ne renonce pas au pouvoir facilement et nul doute que les opposants devront faire des pressions considérables pour déloger le président Loukachenko.

À propos de ce dernier, j’observe avec ravissement que les médias francophones canadiens écrivent correctement le nom, à la française, comme en Europe : Loukachenko, et non Lukashenko à l’anglaise.

Le drapeau

Le drapeau blanc traversé par une barre rouge en son centre est brandi par l’opposition au régime Louckahenko. Ce drapeau n’est pas nouveau :  c’est celui adopté par la République populaire de Biélorussie en 1918. Il sera l’étendard du pays entre 1991 et 1994, avant que le président actuel fasse adopter un drapeau rouge et vert, rappelant celui de l’époque soviétique. Ce drapeau est récusé par les opposants au régime actuel, qui souhaitent le retour de l’étendard blanc et rouge, le blanc symbolisant la paix et le rouge la combativité.

On ne peut que souhaiter bonne chance au peuple biélorusse.

Hémisphère occidental

Le terme Western Hemisphere apparait souvent dans les écrits de l’Anglosphère, particulièrement en Amérique du Nord. Il est rendu par hémisphère occidental. Prise au pied de la lettre, cette expression est déroutante.

Au départ, il est clair que le mot hémisphère désigne la moitié du globe terrestre. On s’attendrait donc à ce que l’expression en l’objet couvre ce que l’on appelle souvent le monde occidental. Il s’agirait donc de l’Europe et du continent européen.

C’était l’intuition que j’avais, quand j’ai entendu le terme pour la première fois. Eh bien j’étais dans l’erreur.

Le Merriam-Webster nous donne la définition suivante de Western Hemisphere :

The half of the earth comprising North and South America and surrounding waters.

L’Enclypaedia Britannica donne exactement la même définition, en précisant toutefois que certains géographes que l’hémisphère occidental comprend aussi des portions de l’Afrique, de l’Antarctique, de l’Europe et de l’Asie.

Cette vision élargie m’apparaît plus logique, car un hémisphère est bel et bien la moitié du globe et restreindre l’hémisphère occidental à l’Amérique continentale et aux terres environnantes est quelque peu restrictif.

On s’en doute, l’hémisphère occidental est une invention états-unienne. Il ne s’agit pas du premier déraillement sémantique venant de nos voisins du sud.

J’en ai parlé, les mots Amérique et Américain ont déjà été détournés de leur sens originel pour désigner les États-Unis d’Amérique et leurs habitants. Il est maintenant impossible de revenir en arrière.

L’hémisphère occidental témoigne à nouveau d’un certain manque de rigueur. On constate heureusement que les Européens ne reprennent pas toujours cette définition et traduisent parfois Western Hemisphere par continent américain. Évidemment, cette traduction ne correspond pas exactement à la définition élargie de l’expression états-unienne, mais elle est certainement moins grinçante pour les francophones.

Géographie

Le monde des appellations géographiques est fascinant à plusieurs égards. Il ne brille certainement pas par la rigueur, ni par la cohérence. On peut observer bien des cas de polysémie et certaines appellations ne font pas l’unanimité.

L’Amérique confisquée

Le terme Amérique a été détourné de son sens originel lorsque la Révolution américaine a amené la création d’un nouveau pays, les États-Unis d’Amérique. Rapidement, ce pays a été surnommé America et le générique American a été adopté. Ces nouvelles appellations empiétaient sur le sens véritable de ces deux mots désignant un continent et ses habitants. Cette confusion a entrainé la création d’un néologisme : Americas, devenu les Amériques en français. Par la suite, un autre néologisme a surgi : États-Unien, aussi écrit Étasunien.

Les mésaventures de l’Europe

Le mot Europe n’est pas épargné. Les frontières de ce continent, qui s’étend de l’Atlantique à l’Oural, ne suscitent pas la controverse. Toutefois, le mot a vu son sens s’infléchir avec l’arrivée de l’Union européenne – et même avant. Quand on parle de la construction de l’Europe, c’est de l’ancien Marché commun dont il est question. Cette Europe regroupe 27 États, mais exclut d’autres pays européens comme la Russie ou la Suisse, par exemple.

Le découpage d’un continent en plusieurs régions géographiques est presque toujours arbitraire et risqué. La division du continent européen à cause de la Guerre froide en est un exemple. On parlait d’Europe de l’Est. Cette appellation était une aberration géographique, puisque la partie orientale du continent englobait d’autres pays que ceux du glacis d’États communistes mis sur pied par l’Union soviétique. Ainsi, des États comme l’Ukraine, la Biélorussie que les pays baltes n’en faisaient pas partie. Preuve qu’il est toujours dangereux d’utiliser des termes géographiques pour désigner une région politique.

Lorsque des révoltes populaires ont fait tomber les régimes communistes, en 1989 et 1990, certains observateurs ont rebaptisé la région Europe centrale et orientale, l’expression Europe de l’Est étant rattachée à une réalité disparue. De nos jours, on voit encore le terme Europe de l’Est pour parler de ces anciens pays de l’est.

Il y a aussi l’Europe du Nord, expression tout aussi erronée que sa consœur orientale. Elle remplace parfois la Scandinavie. Pour la plupart des gens, cette dernière englobe la Norvège, la Suède, le Danemark, l’Islande et la Finlande. Mais pas pour tout le monde. Certains auteurs excluent la Finlande, car elle est peuplée de Finno-Ougriens, d’origine asiatique. En effet, les Finlandais ne sont pas un peuple germanique contrairement à leurs autres voisins scandinaves.

D’autres auteurs mettent l’Islande de côté parce que ce pays n’est pas rattaché au continent européen… Donc, la notion de Scandinavie est à géométrie variable.

Quant à l’expression Europe de Nord, il est clair que la partie nord de l’Europe comprend bien d’autres pays que les États scandinaves. La Pologne ou l’Allemagne, par exemple, peuvent être considérés comme des pays du nord de l’Europe.

L’Afrique subdivisée

L’Afrique n’est pas épargnée. La notion d’Afrique du Nord est heureusement plus cohérente, car les États qui en font partie, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, sont bel et bien située dans la partie septentrionale du continent. Cependant, l’Égypte et la Libye en sont exclues.

Le langagier qui veut parler de la partie sud de l’Afrique risque de s’empêtrer dans les lianes, car l’Afrique du Sud est un pays. Pour désigner les pays de la pointe sur du continent, il faut parler de l’Afrique australe.

La subdivision de l’Afrique est également source de problèmes. Il n’y a pas de définition claire de ce qu’est l’Afrique de l’Est ou l’Afrique de l’Ouest. Pas plus d’ailleurs pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne ou de l’Afrique équatoriale.

Autres découpages arbitraires

J’ose à peine imaginer ce qui se produirait aujourd’hui si les géographes devaient baptiser certaines régions maritimes. Heureusement, la rectitude géographique n’a jamais existé et souhaitons que des esprits fiévreux épris de pureté ne chercheront pas à rebaptiser des appellations établies depuis des siècles.

Prenons la mer de Chine. Appellation carrément inexacte, diront certains. Certes, la mer en question borde les États suivants : Chine, Vietnam, Indonésie, Singapour, Philippines, Taïwan. Elle s’arrête au golfe de Thaïlande, qui lui-même baigne le Cambodge.

On voit tout de suite le problème. On a choisi un seul État pour désigner les deux golfes. Bien entendu, c’est injuste pour les autres. Mais comment corriger la situation? Faudrait-il forger un néologisme abominable qui inclurait tous les pays bordant la mer de Chine? Rebaptiser le golfe de Thaïlande : le golfe Thaï-Cambodgien?

Le même problème se poserait avec le golfe du Bengale, qui doit son nom à une région de l’Inde et aussi au Bengladesh. Mais quelle injustice pour le Sri Lanka et la Birmanie!

Le golfe Persique

Il arrive parfois que plusieurs appellations existent pour désigner une région. Le golfe Persique en est un bel exemple. Le golfe borde à la fois l’Iran et la péninsule d’Arabie. C’est pourquoi certains auteurs l’appellent golfe Arabo-Persique, la Perse étant l’ancien nom de l’Iran.

Mais là encore, on pourrait faire du zèle et chercher à inclure tous les pays limitrophes, pour ne pas froisser personne. Il faudrait donc tenir compte du Koweït, du Qatar, de Bahreïn, des Émirats arabes unis, entre autres. On n’en sort plus.

Articles à lire

Pékin

La question s’est posée lors des Jeux olympiques de 2008 : fallait-il dire Pékin ou Beijing? Cette question en amène une autre : pourquoi deux graphies pour une seule ville? Il y a pourtant belle lurette que nous disons Londres au lieu de London, Barcelone au lieu de Barcelona ou Moscou au lieu de Moskva.

La France utilise toujours un système de romanisation du chinois mis au point au XVIIe siècle par des jésuites. C’est ce système qui nous a donné Pékin, Nankin et Canton. À la fin des années 1950, le président Mao a demandé que l’Occident utilise le système pinyin. Celui-ci a entraîné une mutation spectaculaire de certains noms, dont celui du Grand Timonier, devenu Mao Zedong.

Des villes comme Pékin, Nankin et Canton ont brusquement changé de nom pour devenir Beijing, Nanjing et Guangzhou. Une mère ne reconnaitrait plus son enfant. Les anglophones ont adopté ces nouvelles appellations, tandis que les francophones, plus conservateurs, s’en tiennent aux graphies plus traditionnelles. Il semble que les anglophones acceptent plus facilement les endonymes, ces noms de lieu qui correspondent à ce que l’on dit dans la langue d’origine.

Tant les journaux que les dictionnaires de la francophonie continuent de parler de Pékin et non de Beijing. Ce dernier nom est parfois mentionné dans les ouvrages de référence, mais l’entrée principale est toujours à Pékin.

Il est donc très clair qu’en français on dit Pékin. Le nom de la capitale chinoise peut être vu de deux manières : une transcription maladroite du chinois ou encore une traduction. Par exemple, Florence est une traduction de l’italien Firenze. Dans les deux cas, il s’agit d’exonymes.

Quoi qu’il en soit, force est de constater qu’en français on dit Pékin dans l’immense majorité des cas. Certains font valoir que le nom officiel est bel et bien Beijing. Il est vrai, par exemple, que Bombay est maintenant appelée Mumbai et que ce nom est souvent repris en français. Mais n’oublions pas que bien d’autres noms officiels continuent d’être traduits en français : Belarus qui demeure Biélorussie, New Mexico qui demeure Nouveau-Mexique; Lisboa qui demeure Lisbonne.

On peut en discuter longtemps, mais le français, à tort ou à raison, n’adopte pas systématiquement toutes les nouvelles appellations officielles. Comme c’est souvent le cas, il n’y pas de logique précise dans ce qui est adopté et ce qui ne l’est pas. Par exemple, le Zaïre est devenu la République démocratique du Congo, tandis que la Biélorussie continue de désigner cet État appelé Belarus aux Nations unies.

Par conséquent, il me parait souhaitable et logique que nous continuions d’appeler la capitale chinoise Pékin.

Lusophone

Non, ce n’est pas un instrument de musique! Certains se souviendront de cet article dans lequel j’énumérais le nom des locuteurs de telle ou telle langue. On y découvrait, sans doute avec surprise, que les personnes parlant le portugais sont des lusophones.

Ce mot vient de Lusitanie, nom que portait le Portugal au temps des Romains.

Le Portugal a été jadis une grande puissance coloniale. Des pays comme le Brésil et l’Angola sont lusophones. Bien sûr, le portugais qu’on y parle s’est affranchi de la mère patrie, de la même manière que l’espagnol des Argentins est différent de celui de l’Espagne.

Le portugais est une langue latine, tout comme l’espagnol ou l’italien. Ces deux dernières langues ont eu une influence considérable sur le français, mais le portugais a aussi laissé son empreinte chez nous.

Marmelade

Vous mangez de la marmelade? Vous êtes lusophone d’adoption! Le mot vient en effet du portugais marmelada, qui n’est rien d’autre qu’une confiture de coings. Pourtant, en français, la marmelade est une confiture à base de m’importe quel fruit, tandis qu’en anglais il s’agit d’une confiture d’oranges…

Le plus étonnant est que le marmelada portugais dérive du latin melimelum, qui désigne une sorte de pomme douce…

On voit donc, encore une fois, que les emprunts à d’autres langues s’acclimatent de manière surprenante et voient leur signification changer.

Les emprunts au portugais

Le Portugal n’a pas seulement donné une variété de tartelettes au Nouveau Monde… (Les Québécois comprendront l’allusion.) Quelques emprunts viennent du monde maritime : caravelle, sargasses, vigie. D’autres touchent la gastronomie : curaçao, pintade, porto et, si vous en mangez, cobra et zèbre.

Notre ignorance de l’apport du portugais est embarrassante (mot d’origine lusitanienne).

Angleterre ou Grande-Bretagne?

La confusion règne dans l’esprit de plusieurs entre ces deux termes, qui ne sont pas du tout synonymes.

L’Angleterre est ce territoire situé au sud de l’Écosse et à l’est du pays de Galles. Ses habitants sont d’origine germanique, soit anglo-saxonne, et danoise, entre autres. Les invasions anglo-saxonnes ont refoulé les peuples celtes au nord, pour former l’Écosse, et à l’Ouest, le pays de Galles. Dire à des Gallois et à des Écossais qu’ils sont anglais est pour le moins risqué…

L’union de l’Angleterre, de l’Écosse et du pays de Galles est appelée Grande-Bretagne. Celle-ci doit son nom à la Bretagne, nom que l’on donnait jadis à la grande ile britannique, notamment sous l’Empire romain. La Bretagne est le nom d’une province française, dont les habitants sont d’origine celte; ce sont les descendants de populations qui ont fui les invasions anglo-saxonnes et se sont réfugiées en France. On appelle ses habitants les Bretons, ce qui ressemble au gentilé anglais Britons, traduit en français par Britanniques.

L’Irlande du Nord (faussement appelé Ulster) a obligé la Grande-Bretagne à trouver une nouvelle appellation, celle-ci plus administrative que géographique : le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

Un incident au Japon

J’ai publié à la fin mai un texte exposant mes impressions d’un voyage au Japon. Cet exercice s’est révélé difficile, car souvenirs et émotions s’entrechoquaient dans ma tête. Tout n’était que chaos, dans une certaine mesure.

Je me permets de relater un incident à mon sens très révélateur de la mentalité nippone. Pour voyager en Orient, il faut être bien au fait de la psychologie et des valeurs des gens que l’on visite. Cette connaissance m’a en fin de compte été très utile.

Le onsen

Je séjourne dans un ryokan, une auberge traditionnelle japonaise. Les chambres sont dépouillées. Il y a une table basse pour prendre le thé, un petit bureau et un futon pour dormir. Le plancher est un tatami et le visiteur doit retirer ses chaussures avant d’entrer. Des pantoufles spéciales sont utilisées pour pénétrer dans la salle de bain. Ces pantoufles ne doivent pas être portées ailleurs dans la chambre. Vous n’y pensez pas?

Un kimono m’attend dans le garde-robe et je l’endosse immédiatement. C’est en quelque sorte l’uniforme que les clients de l’auberge portent un peu partout, que ce soit au restaurant, dans les boutiques ou les couloirs.

Dans un ryokan, on peut généralement prendre les eaux. Le bain thermal est une véritable cérémonie dont chaque étape doit être scrupuleusement respectée. Les Japonais accordent beaucoup d’importance à la propreté.

Avant d’aller au bain, je dépose mes biens précieux comme le passeport et l’appareil photo dans un coffre-fort dans ma chambre. Je me dirige ensuite (en kimono) vers le vestiaire pour me changer. Une vieille dame passe la serpillière un peu partout sans jamais regarder personne… Premier étonnement, car les femmes et les hommes ne prennent jamais les eaux ensemble.

Je range mes vêtements dans un casier et le verrouille avec la clé. Cette dernière s’attache au poignet. Flambant nu, je me dirige vers les bains. Mais avant de mettre les pieds dans l’eau, il faut d’abord se laver rigoureusement. Ici, pas question de prendre une douche rapide, comme en Occident. Non, on s’assoit sur un petit banc de plastique. On s’asperge d’eau chaude, on se récure, on se shampooine, on se rince et on recommence. Aller directement dans la piscine sans se laver serait d’une grossièreté…

Me voilà aseptisé. Je descends les marches avec précaution; l’eau est brûlante. Très brûlante en fait. Pourtant, j’adore la chaleur, mais au bout de dix minutes je me sens en ébullition. Affaibli par le décalage horaire costaud (13 heures) et par des nuits incomplètes, je me sens vulnérable. En face de moi, un Japonais austère regarde les murs, nullement incommodé.

Entretemps, un collègue voyageur se joint à moi. Gêné, il me demande ce qu’il faut faire avant de tremper le gros orteil dans la lave en fusion. Se laver, mon cher, se laver.

Je sors de l’eau faire mes ablutions avant de partir. Un drame se prépare.

L’incident

Je récupère mes affaires dans le casier du vestiaire. La dame âgée poursuit son manège, totalement indifférente au va-et-vient précédant le souper. Je me demande si elle prend un bain en rentrant chez elle.

Retour vers la chambre, toujours en kimono et avec toutes mes affaires. Je flotte dans les corridors; l’appétit creuse; un repas traditionnel japonais nous attend en bas. Avant de descendre, je décide de récupérer mon passeport et mon appareil-photo, rangés dans le coffre-fort de la chambre. Je suis tellement distrait que je crains de les oublier là demain matin, au départ. Autant les reprendre pendant que j’y pense.

Drame. Je n’ai plus la clé. Impossible d’ouvrir le coffre-fort. Je l’ai sûrement oubliée dans le vestiaire du onsen. Angoissé, j’y retourne. Fin brutale de la zénitude. Tétanisé, j’ouvre les portes de tous les casiers près duquel j’ai rangé mes affaires tantôt. Rien. Le vide intersidéral. Je regarde un peu partout autour mais ne trouve rien.

Dans le brouillard de mon esprit et des eaux thermales, je crois me souvenir d’avoir bizarrement rangé la clé quelque part dans la chambre. Décision stupide bien entendu, mais l’épuisement du voyage explique en partie mon étourderie. Le fait que j’égare continuellement mes objets ne vient pas arranger les choses.

Je me livre à une inspection en règle de la chambre qui aurait fait rougir les experts de la police. La clé a filé à la japonaise… Les conjectures se bousculent dans ma tête comme autant de plaques tectoniques… L’aurai-je perdue dans le corridor? À moins que quelqu’un l’ait trouvée dans le vestiaire?

Je me console en pensant que les Japonais sont d’une honnêteté irréprochable. Si quelqu’un a trouvé la clé, il l’a sûrement rapportée à la réception. Il y a de l’espoir.

Disparition mystérieuse

Je descends souper et fais part de l’incident à notre guide japonaise, Masako. Son visage impassible n’arrive pas à dissimuler l’agacement qui la saisit : un grain de sable vient de se glisser dans la mécanique parfaitement huilée du voyage.

Elle m’amène tout de suite au comptoir de réception où je comprends très vite par ses commentaires mesurés et une certaine raideur encore plus raide que d’habitude que nous sommes au bord de l’incident diplomatique.

Quand on fréquente un hôtel au Japon, on ne perd pas ses clés. Ça ne se fait pas. Je viens de mettre tout le monde dans l’embarras. Nous frisons l’incident diplomatique.

Le dialogue nippon avec le gentilhomme malgré tout souriant de la réception est assez bref. Masako se tourne vers moi et me dit que l’on va surveiller la situation et que si quelqu’un trouve la clé, il va sans doute possible la rapporter. Je suis bien sûr qu’elle n’est pas dans la chambre, n’est-ce pas?

L’homme de la réception sourit et me salue. Le feu de son sourire est glacé : je l’ai mis dans l’embarras. Je retourne manger mes sushis. En rentrant à la chambre je procède à une nouvelle fouille en règle et profère quelques jurons en japonais.

Humiliation

Le lendemain matin, force est de constater que la clé n’a pas été rapportée. Je suis honteux, penaud, piteux. Si j’avais un sabre à portée de la main je me ferais seppuku. Masako parlemente de nouveau avec une réceptionniste qui me jette un bref regard. Ecce homo, pense-t-elle sûrement. Moi je songe à Louis XVI : « Sire, ils ont voté la mort. » La guide m’annonce que je devrai rembourser le prix de la clé, soit la coquette somme de 5000 yens, soit 65 dollars canadiens.

Je sens que tout le monde à l’hôtel est à la fois contrarié et surpris par cet incident. Bien sûr, ils sont tout sourire, s’inclinent devant moi, comme toujours. Je leur rends la pareille, mais le vernis de cette politesse impeccable est maintenant craquelé. Bon débarras que je suis, pensent-ils sûrement.

Non je n’ai pas pris de bain matinal, réponds-je à un collègue au déjeuner. J’avais trop peur de m’oublier dans l’eau.

Nous quittons le ryokan pour une autre destination dans les Alpes japonaises. Nous séjournons dans un hôtel traditionnel, cette fois,-ci et je déballe mes affaires. Encore une fois, je fourrage dans le sac à dos que l’organisateur du voyage nous a remis à Dorval. On n’en finit jamais de classer nos affaires lorsqu’on se déplace. J’ouvre toutes les pochettes et en découvre une que je n’avais pas remarquée.

La clé fugitive me salue gaiement : konichiwa. Elle est là la délinquante. Fidèle, elle m’a suivi à l’autre destination. « Non, je ne te laisse pas tomber, moi. »

Je me questionne sur ma santé mentale. Cacher une clé de coffre-fort dans un sac qui reste dans la chambre. Pas tout à fait l’idée du siècle. J’ai sans doute craint de la perdre au vestiaire, alors pourquoi ne pas la dissimuler dans mes bagages? C’est le krach boursier de mon quotient intellectuel.

Apparemment, mon problème est résolu. Mais je me vois mal expliquer la situation à Masako… Je songe à rapporter la clé au Canada et à la renvoyer par la poste avec une lettre d’excuse. Tiens, tant qu’à y être, pourquoi ne pas la garder en souvenir? La faire monter sur un présentoir par un joaillier?

Je ne me sens pas le courage de passer aux aveux, du moins pas tout de suite. La plaie est trop vive. Le soir venu, j’en discute avec ma conjointe par Messenger et elle me dit que je ne peux quand même pas garder cette clé. Elle a raison.

J’aurai besoin d’une autre journée avant de trouver un moyen de dénouer cette impasse et de sauver la face.

Sauver la face

Parce que c’est de cela qu’il s’agit, aussi bien de mon côté que de celui de la guide.

Je l’ai bien observée. Elle me plait beaucoup. L’horaire des journées est réglé comme du papier à musique. Si l’autocar repart à 11 heures, il repart à 11 heures, comme les trains rapides japonais. Les passagers ont une minute pour descendre car il ne saurait être question que le train soit en retard à Osaka. Inimaginable.

Cette organisation à la germanique (j’ai vécu en Allemagne) me ravit. Notre petit groupe se pointe comme un bataillon à l’heure dite et l’horaire ne souffre d’aucun retard. J’aime les gens organisés.

L’humour japonais est assez différent du nôtre. Souvent, Masako prenait les choses au premier degré, notamment quand je lui ai demandé si à Kyoto elle se vêtirait en geisha. Réponse : « Non, ce ne serait pas authentique. » Pourtant, elle entendait à rire, bien que ce ne fût pas son trait le plus dominant. La fin du voyage allait révéler une femme plus chaleureuse et généreuse qu’il n’apparaissait au premier abord.

Les Japonais, comme les autres Orientaux, sont très orgueilleux. Il ne faut jamais chercher à humilier une autre personne. C’est très mal vu. Le discours est très respectueux et les Japonais utilisent toutes sortes de circonlocutions pour s’exprimer. Par exemple, on ne dira jamais à un ami qu’il sera impossible d’assister à la soirée qu’il organise. « C’est malheureusement impossible, j’ai un autre engagement. » est beaucoup trop brutal. On répondra : « Ce sera difficile. » ou quelque chose du genre.

Ce trait de caractère s’avérera finalement très utile pour moi.

J’avais résolu d’informer Masako de mon étourderie, quitte à passer pour une variété de passereau. Le surlendemain de l’incident, je me décide donc à lui parler. Lorsque je lui montre ma clé, son visage s’éclaire insensiblement. Elle a l’air de dire « Tiens, nous y voilà. » Elle n’est pas consciente du trouble qu’elle provoque chez moi.

Pour me sortir d’impasse, j’utilise ma connaissance sommaire de la mentalité japonaise et, en quelque sorte, la manipule.

« Vous savez, Masako, dans cette affaire je suis très humilié. Je n’ai pas l’air très intelligent… » Suivent la fatigue, les nuits incomplètes…

J’ai fait mouche, elle comprend. Surtout ne pas humilier le voyageur repentant que je suis. Elle doit réparer la situation. Et elle s’y met. Les choses s’organisent vite dans sa tête.

Tout d’abord prévenir le ryokan que la clé a été retrouvée. Ensuite venir avec moi ce soir au bureau de poste. Nous allons poster la clé et l’hôtel remboursera les 5000 yens. L’efficacité nipponne, jawohl.

Au bureau de poste, le préposé dit à Masako que les frais de port s’élèvent à 500 yens. On lui donne une enveloppe matelassée qui servira de catafalque à cette clé si précieuse. Masako me demande avec délicatesse si elle doit écrire l’adresse du ryokan sur l’enveloppe. Je lui réponds que son japonais est meilleur que le mien… Elle sourit et me dis que je peux m’en aller, elle se charge du reste.

L’incident est clos.

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