Category Archives: États-unis

Chirurgical

La notion d’attaque chirurgicale est apparue lors de la Guerre du Golfe en 1991. Cette expression n’est rien d’autre qu’un artifice de propagande visant à faire croire que ces attaques de haute précision épargnaient miraculeusement les civils.

Le terme venait bien de l’armée américaine et il s’est infiltré dans la langue française, au point de trouver sa place dans Le Petit Robert : « Attaque, frappe chirurgicale, d’une extrême précision. »

Le contexte est militaire, certes, mais le terme en l’objet a rapidement débordé dans d’autres domaines, particulièrement lorsqu’il est question de précision. Quelques exemples glanés dans le Web :

Ce cas montre bien que si on comprend les mécanismes du cerveau, on peut intervenir en thérapie avec une précision chirurgicale.

Des centaines de robots travaillent avec une précision chirurgicale : ils mettent en place les différentes pièces de tôlerie.

Des palettes localisées derrière le volant, et qui permettent des changements de rapports d‘une précision chirurgicale.

Le mot « chirurgical » est évocateur : on voit tout de suite le médecin qui manie le scalpel avec grand doigté, cherchant à épargner les tissus sains. Cette expression est reportée à des frappes militaires censées obtenir le même résultat, comme je l’ai dit.

Il n’en demeure pas moins que l’expression vient de la langue états-unienne et que bien des langagiers voudront la contourner. Alors, que dire?

En paraphrasant le Robert : d’une extrême précision, d’une grande précision; des mesures (très) ciblées, ultra précises; bien centrées, des mesures focalisées. Et pourquoi pas « des mesures qui s’attaquent directement au problème »? Je sais, le mot tabou problème vient d’être prononcé… Pour une fois, épargnons-nous ces ridicules enjeux

Comme on le voit, ce n’est pas une opération bien compliquée d’éviter le mot « chirurgical ».

Prochain article : le Téléjournal de Radio-Canada, massacré par les publicités envahissantes.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

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Administration

La nouvelle administration Biden prend son envol… ou plutôt faudrait-il dire le nouveau gouvernement Biden?

Voilà une expression qu’on n’entend guère. Par le passé, autant les médias que les analystes se sont penchés sur les faits et gestes des administrations Kennedy, Nixon, Obama, etc. Pourtant il s’agissait bel et bien d’un anglicisme, comme le confirment les ouvrages de langues.

Le Petit Larousse :

Aux États-Unis, ensemble formé par le gouvernement proprement dit et par les conseillers engagés par le président pour l’aider à élaborer sa politique.

Car administration ne s’emploie pas pour le gouvernement d’un autre pays que les États-Unis. Imagine-t-on l’administration Macron en France? L’administration Merkel en Allemagne? Non.

En français, le mot administration s’entend de l’ensemble des services de l’État. On désigne souvent par ce mot les fonctionnaires.

Administration est donc un anglicisme passé dans l’usage, bref un américanisme.

Un autre américanisme est le mot convention, au sens de congrès d’un parti politique pour désigner un candidat à la présidence et son colistier.

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Investiture

Les médias francophones du Canada semblent avoir enfin abandonné cet anglicisme détestable inauguration de Joe Biden. Comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, le terme exact est assermentation. Cependant, bien des médias parlent de l’investiture du nouveau président des États-Unis.

De multiples sources confirment que l’investiture, c’est le fait pour un parti politique de choisir un candidat à une élection. Par exemple, Kamala Harris a reçu l’investiture démocrate pour briguer un poste de sénatrice en Californie.

On pourrait croire que le terme ne convient pas parfaitement à la prise du pouvoir d’un nouveau président, bien que Joe Biden ait obtenu lui aussi l’investiture du Parti démocrate lors d’un congrès de cette formation tenu l’été dernier.

Mais l’investiture ne concerne pas uniquement un parti politique. Le Larousse donne aussi la définition suivante :

Procédure qui tend, en régime parlementaire, à accorder à un nouveau chef de gouvernement la confiance du Parlement.

On y est presque.

Dans le cas des États-Unis, c’est le vote du Collège électoral qui détermine l’élection du président. Ce Collège ne fait pas à proprement parler partie du Congrès; il s’agit plutôt d’une instance temporaire qui vote pour l’un des candidats, dans chaque État de la fédération américaine. Ce collège cesse d’exister dès qu’il a voté.

En étant très puriste, on pourrait crier à l’impropriété.

Investir

Investiture et investir forme un tandem imparfait en ce sens que le substantif et le verbe ne concordent pas parfaitement. C’est ce que j’appelle des mots orphelins ou encore des demi-frères.

Parce que le verbe investir possède un sens moins précis que le substantif. Dixit le Larousse :

Charger solennellement, officiellement, d’un pouvoir, d’un droit, d’une dignité.

Voilà exactement la teneur de la cérémonie d’assermentation du 20 janvier : investir Joe Biden des pouvoirs du président des États-Unis.

Les médias du Canada français ont remplacé inauguration par assermentation ou investiture. D’ailleurs, les médias français parlent eux aussi d’investiture. Ce dernier suit parfaitement la logique du verbe investir et il serait vraiment abusif de crier à l’erreur. Et ce pour deux raisons.

  1. Le sens des mots évolue et ils prennent parfois des significations nouvelles. C’est ce qu’on appelle l’évolution de la langue. Dans le cas présent, cette évolution n’est pas un anglicisme.
  2. L’emploi d’investiture ne débouche pas sur une absurdité linguistique, comme c’était le cas pour inauguration.

Comme c’est presque toujours le cas en français, il faudra attendre plusieurs années avant que les ouvrages de langue finissent par faire concorder investiture et investir. Malheureusement, il est bien possible que les dictionnaires ne confirment jamais cette évolution pourtant facile à recenser. Les lexicographes sont très conservateurs.

Entretemps, réjouissons-nous de l’investiture du président Biden et souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin.

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Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

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Insurrection

Êtes-vous vraiment surpris de ce qui se passe aux États-Unis? Moi pas, bien que ce serait présomptueux de ma part de prétendre que j’avais prévu les événements d’aujourd’hui. Comme tout le monde, je suis un peu dépassé par ce cirque carnavalesque qu’est devenue la présidence de Donald Trump.

Annoncer avant même la tenue du scrutin que s’il perd, c’est parce que l’élection sera truquée. Ensuite refuser de reconnaître sa défaite malgré les évidences qui s’accumulent. S’accrocher tant qu’il peut, encourager ses partisans à la violence, etc. Vous êtes étonné des résultats? En fait, j’étais surpris que des milices armées qui ont tenté d’intimider le personnel de certains bureaux électoraux ne soient pas allées plus loin le jour du scrutin. Je me disais qu’on s’était énervé pour rien. Pourtant…

Un coup d’État

La prise d’assaut du Congrès par les partisans de Trump est une première. Pour une fois, les journalistes auront raison d’employer le mot «historique».

C’est une insurrection en vue de perpétrer un coup d’État, soit de reverser le résultat des élections, résultat reconnu autant par les autorités politiques un peu partout aux États-Unis que par divers tribunaux. De plus un nombre croissant de républicains a reconnu la défaite du président sortant. Mais un nombre considérable a continué de fermer les yeux sur les frasques du psychopathe de la Maison-Blanche, par lâcheté et par aveuglement volontaire.

Ce n’est pas rien, les insurgés voulaient s’attaquer au vice-président Pence ainsi qu’à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. En fait, c’est aux institutions de la démocratie américaine que les insurgés trumpistes s’en prenaient.

Les républicains

Lorsque le fou furieux de la Maison-Blanche a pris le pouvoir, l’ancien président George Bush fils a déclaré que le Parti républicain pourrait disparaître. Cette prophétie n’est pas dénuée de fondement. Les républicains devront se demander comment ils ont pu laisser leur parti être infiltré par des militants d’extrême droite du Tea Party, avant de tomber sous la coupe d’un sociopathe dangereux en la personne de Donald Trump.

Il est quelque peu risible de voir ce dernier et son vice-président Pence lancer des appels au calme après avoir toléré pendant quatre ans des illuminés fascisants, armés jusqu’aux dents, dans leur propre parti. Comme on dit, qui sème le vent récolte la tempête.

Une insurrection salutaire?

L’assaut donné au Congrès est peut-être l’électrochoc dont les Américains avaient besoin pour s’ouvrir les yeux. Le président Trump a fait énormément de tort à la démocratie américaine. Son dénigrement du processus électoral n’est que la dernière infamie. Tout au long de sa présidence, il a bafoué le système constitutionnel subtil des États-Unis. Il en a dénigré les institutions, a agi comme s’il était un empereur élu, a insulté ses adversaires, ses alliés, les leaders étrangers, craché sur l’OTAN qui empêché l’Union soviétique de mettre l’Europe sous sa coupe. Comme le disait le président Obama, il n’a jamais été capable de s’élever au niveau de sa fonction.

Et les Américains l’auraient réélu, n’eût été la covid.

Il y aura beaucoup de questions à se poser dans les prochains mois, tant chez les Américains que chez les républicains. Et je serais bien en peine d’essayer d’y répondre. Mais je dois dire que je commence à me demander si les États-Unis ne sont pas en train de glisser dans une guerre civile.

Centers for Disease Control and Prevention

En cette période de pandémie, il est souvent question des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis. Les rédacteurs ont tendance à laisser cette appellation en anglais, tandis que d’autres y vont d’une traduction logique, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Les appellations américaines suscitent la confusion. Le premier réflexe est de les garder telles quelles, comme pour l’Office of Management and Budget. Pourtant, bien d’autres institutions états-uniennes se déclinent en français : la Réserve fédérale américaine, le département d’État, etc.

Dans le cas présent, il n’y a tout simplement pas de règle, seulement des exceptions. Les piliers de la démocratie étasunienne (cette graphie est correcte) ont vu leur nom traduit : la Maison-Blanche, le Congrès, la Chambre des représentants, etc. Quant aux organismes, eh bien c’est l’anarchie tyrannique de l’usage. Pour compliquer les choses, certains organismes sont mieux connus par leur sigle : le FBI, la CIA. Les traductions Bureau fédéral des enquêtes, police fédérale, Agence spatiale américaines se voient parfois.

Dans ce contexte, on peut très bien décider de traduire les Centers for Disease Control and Prevention, car aucune règle ne s’y oppose. En outre, l’actualité a mis en vedette ces centres et il n’y a aucune raison de garder à tout prix l’appellation anglaise.

Traductions

L’Office of Management and Budget précité se traduit par le Bureau de la gestion et du budget. Cette traduction coule de source et devrait nous inspirer.

Je propose la ligne de conduite suivante :

  • Lorsqu’un organisme jouit d’une certaine notoriété, il faut essayer d’en traduire le nom. – L’Agence de protection de l’environnement
  • Les noms d’organismes moins connus qui se traduisent facilement en français devraient être traduits. – Les Services postaux américains
  • Les appellations plus compliquées, comme la Commodity Futures Trading Commission, et peu connues peuvent rester en anglais.

Dès qu’on s’écarte des organismes connus, la tendance lourde est de tout garder en anglais. Les francs-tireurs comme moi dérangent et franciser n’est pas toujours une tâche facile.

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Inauguration

Le 20 janvier prochain le président élu Joe Biden prêtera serment sur les marches du Capitole. Cette cérémonie solennelle, à laquelle assistent habituellement le président sortant (battu aux élections ou en fin de second mandat) est appelée assermentation.

En anglais, on parle d’inauguration. Ce terme est souvent repris par les observateurs – à tort malheureusement. Il est temps qu’on en finisse avec cet anglicisme ronflant de cérémonie d’inauguration.

Cette expression ne passe pas en français. Dans notre langue, on inaugure un bâtiment, comme en témoigne Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Le Petit Robert ajoute la nuance suivante :

FIG. et LITT. Commencement, début. L’inauguration d’une nouvelle politique.

Comme on le voit, on n’inaugure pas un président. Certains rédacteurs anglicisants seront tentés de parler de l’inauguration de la présidence de Biden. Cette solution est un peu forcée, mais les plus zélés pourront s’appuyer d’une certaine manière sur un usage dépassé, signalé par l’Académie (eh oui, surprise!).

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Intronisation

Dans un sens figuré, on sera tenté de parler de l’intronisation de Joe Biden. Ce n’est pas parfaitement exact, au sens strict du terme, et même carrément antirépublicain. On sait que la Révolution américaine était dirigée contre la monarchie britannique.

Être intronisé, c’est monter sur un trône. Dans le passé, des politologues ont parlé de présidence impériale et celle qui s’achève pourrait certainement prêter flanc à ce genre d’accusation. Mais, compte tenu des multiples obstacles qui attendent Joe Biden, tant au Congrès que dans la société civile, il sera risqué de parler de présidence impériale. Le terme intronisation est donc à écarter.

Investiture

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Les loustics diront que les élections primaires aux États-Unis pourraient être considérées comme des querelles d’investiture, pour faire allusion à ce conflit historique entre les papes et les empereurs germaniques.

Pour être plus sérieux, M. Biden a remporté l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020.

Mais le terme investiture n’est pas totalement dénué de logique, comme je l’explique dans un autre article.

Assermentation

Le vote des grands électeurs est officiellement dépouillé le 14 décembre. Le 6 janvier, le Sénat reconnaît officiellement le résultat du scrutin, ce qui est normalement une formalité. Suit la cérémonie d’assermentation du nouveau président des États-Unis qui se déroule devant le Capitole, le 20 janvier.

Campagne

La campagne de Donald Le-mot-en-T refuse de concéder la victoire à l’élection présidentielle. Cette phrase parait correcte et pourtant elle ne l’est pas.

Le mot « campagne » possède deux sens précis, le premier étant une région rurale, une vaste étendue de pays plat et vallonné.  On vit à la campagne et non en campagne, puisque dans cette deuxième expression on se réfère à un contexte d’ordre militaire et électoral.

En effet, des soldats sont en campagne lorsqu’ils mènent des actions militaires. Les historiens racontent la campagne d’Égypte de Napoléon Bonaparte.

Au Canada, on pourrait dire : « Du haut de ces bancs de neige quatre cents ans d’anglicismes vous contemplent. »

Car la campagne d’un candidat à une élection est l’ensemble des opérations menées pour se faire élire. Le candidat et son équipe sont alors en campagne électorale. Cependant, le mot « campagne employé seul ne peut désigner tout le personnel qui entoure le candidat. Il faut plutôt parler de l’équipe de campagne.

Imagine-t-on la phrase suivante : « La campagne de Napoléon a décidé de battre en retraite et de quitter la Russie » ?

Dans le cas du président déchu on pourrait donc dire :

L’équipe de campagne de T*** refuse de concéder la victoire; les partisans du président sortant refusent de concéder l’élection, bien que ce terme soit moins précis. Tout dépend de qui on parle.

Chose certaine, il faut éviter cet autre calque grossier de l’anglais. Une campagne ne décide de rien, une campagne n’est pas un ensemble de personnes.

On lira avec intérêt mon article sur le trumpisme.

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Les Américains et le socialisme

Introduction

Les États-Unis sont un pays très conservateur, en fait bien plus conservateur que les autres démocraties libérales. Les Américains ont une foi aveugle dans le capitalisme qui permet à chacun de bâtir sa fortune. La méfiance envers l’État y est très répandue. L’autoritarisme dont a fait preuve le roi anglais George III les a traumatisés et la crainte du despotisme est devenue une obsession nationale. Toute la constitution américaine a été savamment tricotée de manière à éviter que le président devienne un dictateur; que le Congrès ne s’impose pas comme véritable dirigeant du pays; les tribunaux étant les garants de cet équilibre délicat.  

La méfiance envers le gouvernement constitue la trame de la courtepointe complexe qu’est le système politique étasunien. L’État n’a pas pour rôle d’assurer l’égalité des chances, mais bien de créer des conditions favorables à l’enrichissement individuel.

L’intervention de l’État dans l’économie et ailleurs suscite toujours de la méfiance. Elle est par définition abusive. Pour beaucoup d’Américains, elle n’est rien d’autre que du socialisme.

Qu’est-ce que le socialisme au juste?

Dans la culture populaire, ce mot est aussi galvaudé que fascisme. Selon la personne à qui vous avez affaire, socialisme prend des sens parfois radicalement différents. En fait, le terme est devenu une sorte de fourre-tout; la confusion est totale.

L’expression a connu son essor au XIXe siècle avec l’apparition de la pensée marxiste. En 1848, Karl Marx et Friedrich Engels faisaient paraitre le Manifeste du parti communiste, ouvrage devenu la bible du mouvement socialiste, ou communiste, si vous préférez. Je vais revenir sur le mot communiste plus loin dans cet article.

La Révolution industrielle a amené un changement radical des sociétés. Les paysans ont commencé à déserter les campagnes pour aller travailler en usine, où ils étaient exploités de manière éhontée par les capitalistes, appelés bourgeois dans le fameux Manifeste. Les ouvriers, appelés prolétariat dans le même ouvrage, vivaient dans des conditions sordides, travaillant 12 heures et plus, six ou sept jours par semaine, sans parvenir à se sortir de la misère. Leur appauvrissement sans fin portait en soi les germes d’une révolution des ouvriers.

Pour les marxistes, cette révolution était inévitable. Tôt ou tard, les ouvriers allaient se révolter et abattre le système capitaliste. Les ouvriers prendraient le pouvoir et établiraient la dictature du prolétariat qui passait par l’élimination physique de la classe bourgeoise.

Cette étape de la révolution s’appelle le socialisme et cette étape n’est que transitoire et conduit à l’avènement d’un nouveau régime politique appelé communisme.

Qu’est-ce que le communisme?

Les ouvriers sont donc au pouvoir et ils dirigent leurs propres usines où il est impensable qu’il y ait exploitation des employés. Les ouvriers ne peuvent s’exploiter eux-mêmes puisque la classe sociale parasitaire de la bourgeoisie (les capitalistes) a été éliminée.

C’est donc la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, comme on disait à l’époque. Le communisme constitue un paradis des travailleurs. Chacun donne à la communauté ce qu’il peut et prend ce dont il a besoin. Ce paradis génère une telle prospérité que l’État lui-même peut disparaitre, l’État étant, aux vues des marxistes, un appareil de répression de la classe ouvrière mis en place par la bourgeoisie. Or, comme cette dernière a disparu, il n’est plus nécessaire d’avoir un État.

La disparition de l’État marque la fin de la période socialiste et le début de l’ère communiste.

Le socialisme réel

Karl Marx était d’abord et avant un philosophe. Il a tracé les grandes lignes de ce que pourrait être une société communiste. Mais Marx n’a jamais précisé comment fonctionnerait cette société en transition qui appliquerait le socialisme. Quelles seraient ses institutions? Comme s’opérerait la liquidation de la bourgeoisie? Ces considérations sont absentes des écrits de Karl Marx. L’homme se situait d’abord et avant tout sur le plan des idées. Les détails pratiques ne l’intéressaient pas.

N’oublions pas Marx était un humaniste et qu’il n’aurait jamais pu imaginer l’allure que prendraient les régimes socialistes au siècle suivant. Et s’il avait pu le prévoir, il en aurait été horrifié. Pour Marx, une société socialiste était une société libérée, par une dictature répressive.

Le premier pays où s’est produit une révolution socialiste est la Russie tsariste. En fait, il s’agit au départ d’un coup d’État orchestré en 1917 par le Parti bolchévique qui s’est emparé du Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg. Le pouvoir tsariste était en pleine déliquescence en raison de la Grande Guerre. Ce coup d’État n’avait à voir le rêve de voir les ouvriers déclencher une révolution prolétarienne à l’échelle du pays.

Mais il y avait indéniablement une grogne populaire qui menaçait de renverser le régime tsariste; un peu partout naissaient des conseils ouvriers appelés soviets. Le régime bolchévique de Lénine en prend bonne note, mais rapidement, le désir de contrôler la révolution en cours, et de la consolider, amène une forte centralisation du pouvoir aux mains du Parti bolchévique. C’est déjà une première rupture avec la pensée de Marx. Le pouvoir n’émane plus des soviets, il émane d’un petit groupe de militants qui contrôle le Parti bolchévique et le nouveau gouvernement russe. Autrement dit, le pouvoir ne vient plus de la base ouvrière, mais d’une élite censée guider le peuple vers le communisme.

D’ailleurs, le premier gouvernement soi-disant ouvrier comptait seulement deux travailleurs sur la vingtaine de ministres. Est-ce surprenant? Non. Les ténors du mouvement communiste, à commencer par Karl Marx lui-même, n’ont jamais travaillé dans une usine, ce ne sont pas des ouvriers mais des intellectuels petits-bourgeois rêvant d’un monde meilleur. Lénine, Trotski, Staline, Kamenev, Zinoviev, etc. n’ont jamais mis les pieds dans une usine. La révolution des travailleurs a été confisquée.

Le socialisme réel est déjà bien loin de ce qu’imaginaient les penseurs marxistes du XIXe siècle. Le pouvoir politique n’est pas entre les mains des ouvriers, mais entre celles du Politburo et du Comité central du Parti communiste. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un individu astucieux comme Joseph Staline ait pu transformer le régime soi-disant soviétique en dictature personnelle.

Les experts estiment que le stalinisme a fait environ 15 millions de morts. Les décisions de Staline sont une tache indélébile sur le mouvement socialiste. Une répression féroce s’est abattue sur la population. Des camps de concentration ouverts dès les tout débuts de la révolution, sont devenus des monstruosités appelées goulags. Le régime a organisé une famine en Ukraine parce que sa population résistait au gouvernement soviétique. Résultat : trois millions de morts. Le dictateur a ensuite signé un pacte avec l’Allemagne hitlérienne qui lui a permis d’envahir et d’annexer les pays baltes, d’attaquer la Pologne conjointement avec les nazis et de la dépecer.

Par la suite, l’Union soviétique a mis sur pied des régimes socialistes en Europe de l’Est, faussement appelés « démocraties populaires »; ces États n’étaient ni des démocraties ni des régimes populaires, comme l’ont démontré les révolutions démocratiques de 1989.

Bien des auteurs socialistes ont avancé l’idée que le stalinisme était un accident de l’histoire. Certains ont vu dans la Chine de Mao la preuve que l’on pouvait empêcher la formation d’une nouvelle classe dominante, comme en URSS. Les diverses erreurs de jugement du Grand Timonier ainsi que la Révolution culturelle lancée en 1966 et qui a conduit au chaos total dans le pays ont fait selon les estimations 65 millions de morts. La mort de Mao en 1976 a été suivi par un changement de cap radical du régime. Ce changement de cap allait préfigurer celui qu’allait opérer l’Union soviétique en 1990 et qui a conduit à la chute du régime socialiste.

Social-démocratie

Tous ces évènements ont conduit à des remises en question un peu partout dans le monde. L’échec flagrant du socialisme marxiste ne pouvait plus être ignoré. De toute évidence, l’avènement d’une société communiste, libre de toute forme d’oppression, était une utopie. Mais cela ne signifiait pas que les causes défendues par les socialistes n’avaient aucun fondement. Les travailleurs continuaient d’être exploités; la paupérisation d’une partie des populations était une réalité; l’exploitation des pays du tiers-monde se poursuivait; l’impérialisme des grandes puissances ne semblait pas avoir de fin.

Néanmoins, le socialisme tel que pratiqué à l’Est était devenu invendable dans des pays prospères comme la France, l’Allemagne et un peu partout dans les démocraties occidentales. Des partis socialistes qui défendaient les thèses marxistes de la dictature du prolétariat et de l’avènement d’une société socialiste d’abord, et communiste ensuite, ont dû réviser leur pensée.

Des formations comme le Parti travailliste de Grande-Bretagne, le Parti socialiste français, le Parti social-démocrate allemand ont tour à tour abandonné l’objectif d’orchestrer une révolution des travailleurs et se sont rangés dans le camp de la démocratie. Pour les marxistes, ces partis sont des traitres qui pactisent avec les capitalistes en essayant d’amoindrir les effets néfastes du libéralisme économique.

Ces partis jadis révolutionnaires sont devenus sociaux-démocrates. Au fil des décennies, ils ont permis aux travailleurs de faire des gains importants : lois limitant les journées de travail à huit heures; lois sur la sécurité du travail; congés payés par l’employeur; assurance maladie, assurance chômage, assurance invalidité, etc.

Mais la confusion entre socialisme et social-démocratie allait se maintenir. On peut dire que, dans l’usage populaire, le mot socialisme a pâli au lavage… Les personnes se disant socialistes ne sont pas toutes en faveur d’une révolution violente. Elles sont plutôt sociales-démocrates. La confusion entre les deux expressions est constante dans l’usage, ce qui explique en bonne partie que bien des Américains sont convaincues que Joe Biden est un socialiste…

En fait, un grand nombre de pays pratiquent la social-démocratie, officiellement ou officieusement. À commencer par les pays scandinaves, mais aussi le Canada, la France, l’Allemagne la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. Souvent, des mesures sociales-démocrates ont été adoptées par des gouvernements centristes, comme ceux formés par le Parti libéral du Canada – le NPD étant le « vrai » parti social-démocrate canadien.

Le mouvement socialiste n’a pas uniquement donné des fruits empoisonnés, il a aussi permis aux travailleurs d’améliorer considérablement leur sort. Ce sont ces avancées que les partis conservateurs un peu partout dans le monde essaient de rogner, en faisant croire qu’elles nuisent à la productivité et aux finances de l’État, alors que des milliards de dollars échappent aux gouvernements pour être déposés dans des paradis fiscaux.

Ce mouvement de révision est appelé néolibéralisme. Il ne s’agit en fait que de libéralisme débridé, qui cherche à s’affranchir de toute contrainte sociale.

Alors, Joe Biden est-il un socialiste?

Au sens strict de la science politique, il est farfelu de qualifier le président élu de socialiste. Biden n’a absolument pas l’intention de préparer la destruction des entreprises capitalistes américaines et de fonder un gouvernement cherchant à implanter le communisme.

Au sens populaire, on pourrait dire que Biden a certains penchants socialisants, mais d’une manière extrêmement limitée. En fait, Biden pourrait siéger comme conservateur au Canada, parce qu’il est en faveur d’un système d’assurance maladie largement privé, avec un tout petit volet socialiste pour les plus démunis. Il défend aussi la fracturation hydraulique.

Le président Biden pourrait aussi défendre les couleurs libérales au Canada, puisqu’il veut mettre en place des mesures relativement ambitieuses pour défendre l’environnement et assurer la transition vers une économie verte. Mais au sein du caucus libéral, il serait quand même considéré comme penchant vers la droite. Chose certaine, il ne serait jamais admis au NPD, tout « socialiste » qu’il soit aux yeux de bien des Américains.

Confusion aux États-Unis

Disons les choses abruptement, les Américains sont d’une ignorance crasse en politique étrangère. Dans son ouvrage Stupides et dangereux, Normand Lester relate ce qui suit :

« Un sondage sur l’éducation civique auprès d’élèves de l’école publique révèle que 77 % d’entre eux ignorent que George Washington a été le premier président des États-Unis. Trente-sept pour cent des Américains ne peuvent trouver leur pays sur un globe terrestre. Ils sont 30 % à ne pouvoir nommer l’océan qui se trouve sur leur côte est. Près de 30 % des Américains sont incapables de trouver l’océan Pacifique sur une carte (…) Quatre-vingts pour cent ne savent pas où se trouve l’Irak sur une carte. » Plus de la moitié pensent que le christianisme est la religion d’État, alors que c’est faux.

Et Lester de poursuivre : « Le quart des Américains ne savent pas que les États-Unis ont conquis leur indépendance de la Grande-Bretagne. Dans un sondage Gallup, des répondants ont indiqué qu’ils avaient obtenu l’indépendance de pays des plus étonnants, de la Chine à la France. »

Cette inculture largement répandue est le résultat d’un système d’éducation déficient, sous-financé. Elle est aussi le fruit d’un certain repli sur soi. Leur statut de grande puissance rend les Américains arrogants : leur culture est la seule intéressante au monde. Ils sont le centre de l’univers.

Alors il n’est guère surprenant que les nuances entre socialisme et social-démocratie leur échappent complètement. Rappelons-le, les États-Unis sont un pays extrêmement conservateur; on se méfie de l’État. Pas surprenant que toute mesure sociale apparaisse comme une menace. L’Obamacare, qui étendait l’assurance maladie à une trentaine de millions d’Américains ne pouvant se procurer une assurance privée a suscité un tollé. Encore du socialisme. Certains en ont fait une question de principe et ont porté la cause devant les tribunaux.

En clair, ce qui va de soi au Canada ou en France, soit une couverture universelle pour les soins de santé, est considéré comme du socialisme chez nos voisins du sud.

C’est là qu’on voit le gouffre idéologique qui existe entre les États-Unis et les autres démocraties occidentales.

Il faut être diablement ignorant pour affirmer que Joe Biden est un socialiste.

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Trumpisme

Trumpisme. Le mot est là pour rester et il rejoindra la liste des substantifs s’inspirant de personnages politiques marquants; que l’on pense au maccartisme ou au franquisme.

Autocratisme et post-vérité

Le trumpisme s’inscrit dans un courant populiste dont le président brésilien Jair Bolsonaro et le premier ministre de Hongrie Viktor Orbán sont de brillants exemples.

Les populistes gouvernent souvent de façon autocratique, dans un simulacre de démocratie, où l’opposition est malmenée, le plus bel exemple demeurant la Russie poutinienne.

Le refus de Donald Trump de reconnaitre sa défaite et le fait qu’il lance des accusations non fondées de truquage électoral ne sont guère surprenants et vont dans le sens de la post-vérité qui carbure aux mensonges éhontés, à la réinterprétation de la réalité et aux théories du complot.

Les médias

Le réseau CNN recense quelque 20 000 mensonges et demi-vérités débités de manière industrielle par le président déchu. Un tel torrent de tromperies (jeu de mots facile…) a émoussé la capacité d’indignation de bien des gens.

On a reproché aux médias de mettre sur le même pied fausses nouvelles et faits réels, ce qui n’a fait qu’alimenter la confusion du public. Les médias ont commencé à rectifier le tir en vérifiant les faits et en rectifiant le tir au besoin.

Ce virage n’a jamais été aussi évident quand les grands médias américains, au lendemain de l’élection, ont interrompu le discours du président sortant et sorti, parce que tout ce qu’il disait était mensonger. Une première. D’ailleurs Twitter avait commencé à censurer Trump pour les mêmes raisons. Il n’échappe à personne que ces médias savourent une douce vengeance contre celui qui n’a cessé de les houspiller en les traitant d’ennemis du peuple.

L’éléphant dans la pièce

Le président Trump souffre de graves problèmes mentaux dont l’ampleur éclate au grand jour. Il est bien entendu délicat d’aborder un tel sujet pour les analystes politiques, mais le problème saute aux yeux. D’ailleurs sa nièce en a parlé ouvertement. Ceux qui l’ont côtoyé ont été frappés par son incapacité à raisonner, à écouter ce qu’on lui dit. Il ramène tout à lui, ne recule jamais, n’admet jamais ses torts.

Donald Trump est un sociopathe narcissique. Les personnes souffrant du trouble de la personnalité narcissique ont le besoin maladif d’attirer l’attention sur elles, elles voient tout uniquement de leur point de vue, sans être capables de démontrer la moindre empathie. La crise du coronavirus a amplement démontré que le président Trump souffre de troubles narcissiques. Ce n’est pas un détail en passant; cette condition médicale explique son comportement désordonné.

Au moment où le président sortant refuse de reconnaître sa défaite, il est peu rassurant de savoir que les personnalités narcissiques peuvent verser dans la paranoïa. N’est-ce pas un peu ce que l’on voit actuellement?

Mais ramener le trumpisme à la seule personnalité du président actuel serait une grave erreur d’appréciation.

Les assises idéologiques du trumpisme

Pour comprendre le trumpisme, il faut être conscient que certaines valeurs fondamentales des Américains sont radicalement différentes de celles défendues au Canada et dans les autres démocraties occidentales.

  1. L’anti-intellectualisme. Les États-Unis sont un pays de bâtisseurs, de gens pragmatiques, habitués à trimer dur pour gagner leur croûte. Les intellectuels, que Nixon appelait les eggheads, y sont mal vus. L’Américain moyen se reconnaît dans ceux qui ont grimpé les échelons sans user leur derrière sur les bancs d’université. D’ailleurs, l’ancien président George Bush fils se disait fier d’avoir été un cancre et d’avoir pu quand même devenir président des États-Unis… Il tenait ses propos devant un parterre de nouveaux diplômés d’une université américaine… Sans blague.
  • La méfiance envers le gouvernement. Les colons américains ont été tellement ulcérés par l’oppression de la mère patrie qu’ils ont fait une révolution. En résute une méfiance envers le pouvoir étatique et tout le système de division des pouvoirs de la Constitution américaine. Le gouvernement dans son ensemble est suspect. Un État qui prend de l’ampleur est une menace pour les libertés individuelles, il faut s’en méfier. D’ailleurs l’ancien président Ronald Reagan disait « Le problème, c’est le gouvernement. » Le vœu de bien des Américains, c’est d’avoir le moins de gouvernement possible, d’où le slogan trumpien « Drain the swamp ».
  • L’individualisme forcené. La foi envers le capitalisme est totale. C’est un système juste qui crée énormément de richesse, et ceux qui travaillent dur voient leur labeur récompensé. Ceux qui n’y arrivent pas sont des losers. L’État n’a pas à les aider.

On comprend mieux la méfiance considérable de bien des Américains envers toute mesure de redistribution de la richesse, perçue comme du « socialisme ». Je reviens sur ce dernier terme dans mon article de demain : Joe Biden est-il un socialiste?

Pourquoi le trumpisme?

Nous avons une population qui se méfie des intellectuels, mais aussi des institutions gouvernementales et de la science. En plus, elle n’est pas toujours bien informée, est centrée sur elle-même et connait très peu les réalités étrangères.

Les courants complotistes trouvent facilement prise chez elle, d’autant plus qu’ils ont trouvé un formidable porte-voix dans les médias sociaux.

Cette population se désole de voir la domination américaine diminuer dans le monde. Les dictatures comme la Russie et la Chine en mènent large. Le terrorisme islamiste semble incontrôlable et la campagne d’Afghanistan ne semble pas avoir donné de résultat, sans parler de la guerre d’Iraq.

À l’interne, la population se diversifie, les hispanophones constituant une minorité de plus en plus importante. Des courants de pensée nouveaux apparaissent ou prennent de l’ampleur : le racialisme incarné par le mouvement Black Lives Matter; le féminisme; les LGBT, les personnes qui changent de sexe; l’informatisation envahissante du monde, etc. C’est beaucoup de bouchées à avaler pour un peuple conservateur. Beaucoup sont tentés de se replier sur des valeurs traditionnelles.

Les trumpistes sont aussi les premières victimes de la mondialisation. Celle-ci comporte certes des bénéfices, mais allez en parler à ces ouvrières qui viennent de perdre leur emploi parce que leur usine de textile a déménagé au Mexique. Ou encore à ce métallurgiste du Michigan dont l’usine a fermé à cause de la concurrence chinoise.

Les trumpistes sont imperméables au discours démocrate des dernières décennies. Pour eux, encenser la mondialisation, les organisations internationales, le multilatéralisme n’a aucun sens. Ils sont bien plus réceptifs à un discours qui parle de redonner sa grandeur à l’Amérique, de retrouver les emplois perdus, de parler à ces alliés qui profitent de nous…

Voilà enfin des choses concrètes, pour changer de ce charabia intellectuel prétentieux. Enfin quelqu’un qui les comprend. Certains le vénèrent comme un dieu.

Ce n’est pas pour rien que près de la moitié des électeurs américains, soit 71 millions de personnes, ont voté pour Donald Trump. Ce n’est pas rien si l’on pense qu’il a obtenu un plus grand pourcentage de votes qu’en 2016.

Trump s’est battu lui-même

On peut raisonnablement penser que si le président sortant avait géré la pandémie avec un minimum d’intelligence, au lieu de la traiter avec désinvolture, il aurait probablement été réélu.

Mais Trump s’est battu lui-même en réagissant de manière désinvolte devant la pandémie naissante. Il n’a jamais exprimé la moindre compassion envers les 200 000 victimes de la covid, ce qui est normal pour une personnalité narcissique.

En outre, il n’a pas respecté ses promesses. Le mur avec le Mexique n’est pas construit; les emplois perdus dans la Rust Belt n’ont pas été récupérés. Sur la scène internationale, il s’est mis à dos ses meilleurs alliés et n’a rien obtenu de dictatures comme la Russie ou la Corée du Nord.

Dans toutes les autres crises, il n’a fait que jeter de l’huile sur le feu, incapable de bâtir des ponts avec ses adversaires, autant de personnes méprisables qu’il ne se gêne pas pour insulter. Le personnage est incapable de rassembler, d’unir.

Un avenir pour le trumpisme?

Le trumpisme a un bel avenir devant lui. Le fait avéré que Trump est un fou furieux n’a pas dissuadé des dizaines de millions de personnes de l’appuyer, en toute connaissance de cause.

Le conservatisme viscéral d’une partie des Américains et les plaies laissées par la mondialisation continueront de faire effet.

Le plus grand danger est non pas que Trump refasse un tour de piste en 2024, mais bien qu’un leader plus intelligent et équilibré reprenne le flambeau. En effet, les républicains ne sont pas tous des abrutis et certains se réjouissent de la défaite de Trump et souhaitent l’écarter.

Il s’agit en fait d’une question existentielle pour les républicains : vont-ils continuer à défendre des politiques radicales, à flirter avec l’extrême droite, les complotistes, les racistes de tout acabit, ou bien vont-ils revenir à des valeurs plus traditionnelles et plus modérées?

Chose certaine, les assises du trumpisme demeurent. Tout dépendra du genre de leadership que choisira le Parti républicain. Mais déjà certains leaders, Mike Pompeo, Marco Rubio, Ted Cruz, semblent vouloir tirer les marrons du feu pour récupérer l’héritage…  À suivre.

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Vous pouvez lire tous les articles que j’ai écrits sur la politique américaine, la traduction des noms de lieux aux États-Unis en consultant le document suivant.  

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

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