Go Habs Go

Il n’y a qu’au Québec qu’on imagine une histoire pareille. Le slogan Go Habs Go scandé par les partisans du Canadien de Montréal a fait l’objet d’une plainte à l’Office québécois de la langue française.

Tout d’abord un état de la question et, en fin de billet, une réflexion non linguistique sur ce phénomène.

Un symbole national

Il faut dire qu’au Québec, le hockey est aussi capital que le foot peut l’être en Europe et ailleurs dans le monde. On ne badine pas avec notre sport national.

Le Canadien de Montréal est l’équipe emblématique du hockey. Jadis, elle symbolisait l’affirmation des Canadiens francophones, soumis au joug de la domination des anglophones canadiens. Ils nous opprimaient, mais nous gagnions la coupe Stanley, le championnat du hockey nord-américain. C’était en quelque sorte notre vengeance.

Cette symbolique persiste, même si le nombre de joueurs francophones au sein de la Sainte Flanelle s’est considérablement rétréci.

Traduire?

Toujours est-il que la plainte a mis l’Office dans une situation impossible. Elle a dû trancher et reconnaitre que l’expression en litige est bel et bien un anglicisme. Elle ne pouvait faire autrement, consciente pourtant que toute tentative de traduction reviendrait à marquer dans son propre filet.

Elle a donc proposé Allez Canadiens Allez, bref, une traduction littérale, plâtrée et irréaliste. Pensons-y. Peut-on imaginer une seule seconde les amateurs massés au Centre Bell y aller de ce nouveau cri du cœur? À moins d’avoir consommé des champignons hallucinogènes, peut-être…

Des variantes fantaisistes sont apparues, notamment sur les marquises des autobus municipaux, dont Allez Habitants Allez!

Pour ceux qui ne le savent pas, les Habitants est un surnom des Canadiens. Le H au milieu du logo ne signifie PAS « hockey ».

Le ministre responsable de la langue française a finalement admis que Go Habs Go est un québécisme de bon aloi. Il faut donc le garder.

Go

Le go est un jeu de stratégie chinoise. Pour beaucoup, la controverse entourant le slogan anglais est un bel exemple de chinoiserie linguistique.

Pourtant, le mot go a bel et bien percé en français, notamment pour donner le signal de départ de quelque chose. Mais là n’est pas vraiment la question.

Quelques réflexions

La controverse en question révèle deux choses.

  1. La volonté de protéger la langue française au Québec en essayant de traduire les expressions anglaises.
  2. Le poids écrasant de l’anglais avec sa concision et ses formules lapidaires.

Le simple fait d’essayer de traduire Go Habs Go déclenche l’hilarité. Pourtant, les Français encouragent leur équipe de football en criant « Allez les Bleus! » et personne ne semble trouver cela ridicule.

Ce qui échappe à tout le monde, c’est que personne n’a jamais cherché sérieusement à trouver une formule française adaptée. Le simple fait de soumettre cette idée suffit à recevoir une volée de rondelles.

Go Habs Go renvoie à une réalité plus large, celle de l’imbrication du français et de l’anglais dans la Belle Province. Le fait d’encourager une équipe emblématique du Canada français en employant des termes anglais est quelque peu déconcertant.

Les traductions proposées ne sont pas emballantes parce que trop près de l’anglais. Allez les Canadiens! Allons-y les Canadiens! seraient de meilleurs choix, mais encore une fois, qui va oser les employer?

Quoiqu’on fasse, nous finissons toujours par marquer dans notre propre filet.

Le Centre Bell

Autre élément symbolique, le nom du stade des Canadiens. Lui aussi vient de l’anglais. Quelle belle idée cela aurait été de le baptiser pour honorer un des héros des Canadiens, celui qui a tenu l’équipe sur ses épaules? Le Forum Maurice-Richard. Vous ne trouvez pas que c’est tellement mieux que l’appellation actuelle, platement commerciale?

J’attends maintenant vos mises en échec.

Histoire

Il ne faut pas en faire toute une histoire, mais, dans certaines circonstances, le mot histoire peut s’écrire avec la majuscule initiale.

Mais, force est de reconnaitre que dans la majorité des textes, il se contente de la minuscule.

Ne pas faire d’histoire

Le mot histoire s’entend de la « connaissance du passé des sociétés humaines », selon le Larousse. La Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française signale que le terme s’écrit le plus souvent avec la minuscule.

Toutefois, il prend parfois la majuscule lorsqu’il est employé absolument.

Quelques exemples :

  • Les grands personnages de l’Histoire.
  • L’Histoire jugera. (On voit aussi : L’histoire jugera.)

L’Histoire avec un grand H

Comment ne pas penser à l’historien québécois Laurent Turcot dont les chroniques L’Histoire nous le dira connaissent un grand succès sur YouTube. Lui aussi emploie la majuscule.

Bien entendu, il n’est pas question de faire des histoires avec l’insertion de la majuscule ou pas. Écrire un mot avec la majuscule initiale est un procédé stylistique normal en français, un procédé dont on ne doit pas abuser, cependant.

On écrira Histoire lorsqu’on veut mettre ce mot en évidence, mais il n’est pas obligatoire de le faire. Rappelons-nous que le français est avare de majuscules, comme je le signalais dans ce billet.

Historique

La notion d’histoire fait l’objet d’une hyperbole envahissante dans la presse, qui qualifie un peu tout et n’importe quoi d’historique. Voir mon billet à ce sujet. Seul un évènement majeur devrait être qualifié d’historique. Le reste, c’est des histoires de bonne femme.

Dérivés

Avant l’histoire, il y eut la préhistoire. On peut la définir comme la période précédant l’invention de l’écriture et « de la première métallurgie », comme l’explique le Robert. On parle ici de la période entre le troisième et le premier millénaire avant Jésus Christ.

En langage didactique, il est question de la protohistoire. Ça fait chic, disons.

Indécrottables…

J’aime beaucoup le cinéma français. Je lis aussi la presse de l’Hexagone ainsi que les publications en ligne du pays de nos ancêtres. Force est de constater que Québec et France sont deux pays séparés par la même langue.

Ce qui est normal. Expressions et tendances linguistiques ne peuvent pas toujours coïncider. Le contraire serait d’ailleurs ennuyeux.

J’ai souvent parlé de l’anglicisation de la France, en essayant de faire quelques nuances. Au risque de me répéter, les anglicismes adoptés dans l’Hexagone n’ont pas du tout la même incidence qu’au Québec et au Canada français. Les Français – tout comme les Wallons et les Suisses romands – ont une maitrise bien supérieure de la langue que les gens de ce côté-ci de l’Atlantique.

Mon observation non scientifique du phénomène m’amène à cibler certains mots fétiches qui circulent en France, qu’il serait facile de traduire, mais qui se sont incrustés dans le vocabulaire.

Email, mail

Le Petit Larousse a beau définir email de façon lapidaire : courriel, rien n’y fait. Tant la littérature, que les publications en ligne ou le monde du cinéma s’envoient des mails. Cause perdue, apparemment.

Smartphone

Aaaah la technologie, qui ne peut se décliner qu’en anglais. Au Québec, smartphone ne s’emploie pratiquement pas. Il est devenu clair pour tout les monde, qu’un téléphone ne peut être qu’un cellulaire (un cell en abrégé). Seuls les esprits précambriens font le lien avec une ligne terrestre.

Airbag

Autre anglicisme assez peu employé chez nous. L’expression traduite fera sûrement sourire les esprits coquins de la Rive Gauche à Paris : coussin gonflable. Une description prosaïque de ces bombes à retardement, qui, dans certains véhicule, tuent le conducteur juste avant qu’il ne périsse à cause de la collision. Il fallait y penser…

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres. Mais dans les trois cas précités, on imagine mal le remplacement par un mot français. Indécrottables ils sont, indécrottables ils resteront.

***

Les esprits curieux pourront poursuivre la réflexion en lisant les deux textes ci-dessous. Le second date de 2017, mais il a conservé toute sa pertinence.  

Le français au Québec et en France – > ici

La France en anglais – > ici

Guerre en Irak

On reparle encore parfois de la guerre en Irak lancée en 2003 par le président Bush. Cette dénomination est largement acceptée, mais elle comporte deux failles importantes.

Tout d’abord, la question que personne ne se pose : pourquoi la guerre EN Irak? Dans la même région, il y a eu la guerre du Golfe; plus tôt dans l’histoire la guerre d’Algérie, et encore plus loin dans le temps la guerre du Péloponnèse.

Il serait plus exact de dire la guerre d’Irak.

Irak et Iraq

L’un des articles les plus lus de mon blogue porte sur la double graphie de cet État dont le territoire correspond en partie à l’ancienne Mésopotamie.

La graphie la plus répandue est Irak, mais, pourtant, les Nations unies et le Larousse donnent Iraq. La raison étant que cette orthographe est une transposition du nom arabe, la lettre q symbolisant une consonne inexistante en français, qui ressemble à un raclement dans le haut de la gorge. On observe la même transposition dans d’autres toponymes arabes, comme le Qatar.

Par conséquent il serait plus juste d’écrire la guerre d’Iraq.

Américanismes

La présidence grotesque aux États-Unis attire sans cesse l’attention comme un mauvais téléroman. Au point où même les plus intéressés sentent un écœurement massif les gagner peu à peu.

Cette fixation sur le voisin états-unien n’est pas nouvelle. La puissance et le rayonnement des États-Unis ont eu une influence majeure sur le vocabulaire français.

Américanismes passés dans l’usage

On parle souvent de l’administration américaine, ce qui est un calque de l’anglais. Le mot « gouvernement » conviendrait mieux. L’administration, c’est l’ensemble des services administratifs d’un État, mais pas le gouvernement lui-même.

La preuve étant qu’on ne parle pas de l’administration Macron en France pas plus que l’on évoquait jadis l’administration Merkel en Allemagne.

Le terme convention pour désigner le congrès d’un parti pour choisir le candidat à la présidence est également un américanisme.

Comment ne pas parler de ce détournement de sens qu’est le mot « Amérique » employé au sens d’États-Unis? Cet américanisme abusif est passé dans l’usage depuis longtemps, hélas. Il date de la naissance de la République états-unienne. Il s’agit d’un diminutif de United States of America, devenue America en anglais et Amérique en français. Pensons à de Tocqueville et à sa Démocratie en Amérique.

Toutefois, rien ne nous oblige à l’employer. Appelons le pays trumpien par son vrai nom : les États-Unis d’Amérique. À moins que le président ne signe un décret ordonnant aux francophones de dire Amérique… Tout est possible à Washington ces temps-ci. L’indice boursier des marqueurs monte en flèche…

À propos des Amériques, lisez mon article.

Faux amis

Les faux amis sont un fléau au Canada français. La proximité avec l’anglophonie canado-américaine pèse lourd et il n’est pas rare que des mots français employés au sens anglais se glissent un peu partout, particulièrement dans les médias.

Le président Trump mène une politique de rétribution. En fait, il s’agit de représailles, rétribution ayant le sens de ce que l’on gagne par le travail ou la prestation de services.

L’envahissant inauguration, qui finit toujours par se glisser dans les reportages au Canada français, malgré les efforts incessants que je fais à tous les quatre ans pour prévenir les journalistes vedettes. En français, on n’inaugure pas un président, on l’assermente. Gardez les inaugurations pour les bâtiments, une école, par exemple.

Le président se voit confier un mandat de quatre ans, renouvelable une seule fois. Il ne s’agit pas d’un terme, anglicisme pernicieux.

Une des failles de la Constitution états-unienne est qu’il n’existe aucune limite au nombre de décrets que le président peut prendre. On voit ce que ça donne.

En anglais, on parle d’executive orders, parfois traduit servilement par décrets exécutif. À éviter.

Et comment ne pas parler des fameux tarifs? Ce sont plutôt des droits de douane.

États-Uniens

Devant la folle guerre tarifaire lancée par la Maison-Blanche, certains commentateurs ont commencé à utiliser l’expression états-uniens, pour éviter l’américanisme américain. Certains s’interrogent sur la justesse de ce néologisme, qui existe depuis environ 70 ans. Lisez mon article à ce sujet et soulagez votre conscience.

Groenland

On parle beaucoup du Groenland ces temps-ci en raison de l’importance géostratégique que revêt cette immense ile du nord-est de l’Amérique.

Groënland

On écrivait jadis le toponyme avec le tréma, mais celui-ci a disparu au XXe siècle pour laisser place à la graphie actuelle dont la prononciation ne fait pas mystère. Exit le signe diacritique, somme toute inutile!

La Terre verte

Groenland signifie « Terre verte », ce qui saute aux yeux quand on voit le toponyme anglais Greenland. En danois, Grønland est tout aussi évocateur, parce que grøn signifie « vert » dans cette langue.

Ce nom mal avisé a été attribué par les explorateurs norvégiens (Érik le Rouge) qui ont « découvert » le pays en 972… probablement en plein été, avant que la neige n’ensevelisse le paysage.

Alors pourquoi Groenland en français? Parce que le oe est une façon de transcrire le ø qui n’existe pas dans notre langue.

Les habitants du Groenland sont des Groenlandais et Groenlandaises. Mon vieux Larousse des années 1960 les nomme ainsi, mais donne comme synonyme… Esquimaux (sic). Aujourd’hui, on les appelle Inuits.

Le drapeau

Les Groenlandais sont des daltoniens. On s’attendrait à voir un drapeau vert, pourtant, leur étendard national est rouge et blanc, comme celui du Danemark, pays qui administre la région, bien qu’elle bénéficie d’une certaine autonomie.

Un mouvement indépendantiste souhaite rompre avec le Danemark. Peut-être pas le moment idéal, quand on y pense.

États-Unien

Le président des États-Unis veut rebaptiser le golfe du Mexique, ce qui suscite la controverse. Ce n’est malheureusement pas la première fois que les États-Uniens pratiquent l’usurpation toponymique.

Le détournement du mot America est un cas flagrant. Au départ, il s’agissait d’un raccourci pour United States of America, mais le toponyme désignant un continent est rapidement devenu le nom officieux des États-Unis. Au point où le mot America a cessé d’être associé au continent, d’où l’apparition du néologisme the Americas, les Amériques en français.

Les hispanophones se sont insurgés et désignent les habitants des States sous le vocable de los Estadosunidenses. Le français a adopté États-Uniens.

États-Uniens est-il correct?

Beaucoup se posent cette question et craignent de commettre une erreur en employant cette expression. Eh bien ils se trompent.

D’entrée de jeu, on peut dire que le terme Américain est une impropriété. Est américain ce qui est relatif au continent américain. Mais il y a l’usage…

Il est évident qu’Amérique et Américain se sont imposés dans l’usage français, que l’on aime cela ou pas. Mais la présidence démentielle de nos voisins du sud devient un puissant incitatif à chercher d’autres mots.

Petite surprise pour les objecteurs : États-Uniens est parfaitement français.

L’expression États-Uniens, ou Étasuniens ou Étazuniens, est apparue en français en 1955, si l’on se fie au Petit Robert. Contrairement à ce que l’on peut croire, états-unien, employé comme gentilé ou comme adjectif, n’a rien de saugrenu ou de péjoratif, bien au contraire. On peut le voir régulièrement dans certains médias, dont Le Devoir, dans lequel il remplace avantageusement américain.

Il ne faut donc pas hésiter à l’employer.

Au fond, on remplace une impropriété par un néologisme pas si nouveau que cela. En outre, États-Uniens suit parfaitement la logique de notre langue. Ajoutons donc États-Uniens à notre arsenal anti-Trump. C’est bon pour le moral.

No-show

Les médias ont récemment fait état de ces personnes qui réservent une place au restaurant mais ne s’y présentent pas. Les journalistes ont immédiatement succombé aux sirènes de l’anglais instantané et ont parlé de no-show. Il ne fait aucun doute que les restaurateurs emploient eux-mêmes cet anglicisme.

« L’enfer c’est la traduction » aurait dit Sartre.

Comme cela arrive souvent, il est difficile de trouver une expression de substitution sans passer par le chemin de traverse de la périphrase. Ce qui donne :

  • Client défaillant
  • Cas de défection
  • Défaut de se présenter
  • Réservation non honorée
  • Client qui n’honore pas une réservation
  • Client qui fait faux bond

Plusieurs lecteurs m’ont fait des suggestions intéressantes : clients fantômes, réservation non honorées… La meilleure étant taxe-lapin!

Certains opteront pour les absents tout court, mais avouons que c’est un tantinet vague. Bien que les absents aient toujours tort.

Le phénomène s’observe aussi dans les hôpitaux. On parle alors d’un patient qui ne se présente pas à un rendez-vous.

Le remède consiste à administrer une médecine sous forme d’amende à tout ce beau monde.

Renverser Trump

Une présidence sans bon sens

La présidence américaine actuelle ressemble beaucoup à ce qu’on voyait dans le film Vol au-dessus d’un nid de coucous. Sauf qu’il n’y a pas d’infirmière à poigne capable de remettre de l’ordre dans la cabane.

Le comportement erratique, pour rester poli, du locataire de la Maison-Blanche, suscite l’émoi partout dans le monde. Trump ne comprend pas les mécanismes du commerce international et il a lancé son pays dans une guerre commerciale tous azimuts, provoquant une chute des marchés et possiblement une récession.

Cette présidence démentielle ne peut durer éternellement. Le silence assourdissant des élites, des anciens présidents, du Congrès et de la population ne peut durer éternellement. La marmite va finir par sauter, d’une manière ou d’une autre.

Exception notable : le sénateur Bernie Sanders qui dénonce l’oligarchie en place et parle des Trumpsters et des Muskateers.

La question que tout le monde se pose : le président Trump peut-il être renversé en respectant les mécanismes constitutionnels?

La réponse sans nuances est un retentissant NON.

Un régime présidentiel

Les États-Unis ne sont pas une démocratie parlementaire comme le Canada, mais un régime présidentiel. Les Canadiens évoluent dans un système britannique basé sur le Parlement de Westminster. Dans une démocratie parlementaire, les membres du gouvernement doivent être issus du Parlement. En théorie, les députés peuvent retirer leur confiance au gouvernement en place en votant la censure. Le gouvernement doit alors démissionner, ce qui peut mener à de nouvelles élections.

Cela signifie que c’est principalement la Chambre des communes qui mène le jeu.

Nos voisins du sud ne suivent pas du tout la même logique.

Le président est élu au suffrage universel par la population, contrairement à notre premier ministre. Il est en poste quatre ans et ne peut être élu plus de deux fois. C’est inscrit dans la Constitution.

Les États-Unis vivent sous le régime de la séparation des pouvoirs. Le président forme un cabinet et gouverne. Le congrès vote les lois et le budget, tandis que les tribunaux surveillent la légalité des lois.

En aucun cas, le Congrès n’est-il habilité à renverser le gouvernement. Il n’a pas ce pouvoir, point à la ligne. Il dispose quand même de pouvoirs étendus, peut convoquer des ministres pour les interroger, lancer des enquêtes, bloquer les crédits budgétaires, etc.

Le Congrès n’a aucun moyen de censurer le gouvernement et de provoquer de nouvelles élections à la présidence. Il doit se contenter de surveiller l’action du gouvernement, mais dans certaines limites.

De son côté, le président ne peut dissoudre le Congrès, ni provoquer des élections anticipées. Il doit composer avec le Congrès qui est élu avec lui. Seules des élections de mi-mandat, aux deux ans, peuvent changer le paysage politique états-unien. La totalité de la Chambre des représentants est réélue et un tiers du Sénat.

Ces élections auront lieu en novembre 2026, une éternité dans le contexte actuel. Elles sont loin d’être une panacée. Habituellement, les États-Uniens manifestent leur grogne devant l’administration en place en élisant des députés de l’opposition. Le président peut même perdre sa majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Toutefois, je le rappelle, nous sommes en régime présidentiel et non en démocratie parlementaire. On ne peut censurer le président. Mais celui-ci aura plus de mal à faire passer les projets de loi qu’il propose au Congrès.

À la lumière de la tragédie démocratique qui se déroule au sud de notre frontière, ces entraves législatives paraissent dérisoires.

En clair, le président est en poste pour quatre ans. S’il meurt ou devient incapable d’exercer ses fonctions, le vice-président le remplace. Cela signifie que l’administration en place ne peut être dégommée. Nos voisins ont élu un républicain à la présidence, eh bien celle-ci sera républicaine pour les quatre prochaines années.

Le régime constitutionnel états-unien ne permet pas de renverser Donald Trump.

Une Constitution respectée

L’architecture constitutionnelle états-unienne est réglée comme une horloge. Les États-Unis vivent dans une démocratie présidentielle depuis plus de 200 ans. Les présidents passés se sont toujours assurés de respecter l’esprit et la lettre du texte de 1787, année où les États-Unis modernes ont été fondés.

Le président Washington ne voulait pas devenir un tyran; il a gouverné avec beaucoup de circonspection; il a fallu lui forcer la main pour qu’il se représente à la présidence.

Le président Franklin Roosevelt s’est impatienté de voir la Cour suprême entraver en partie son New Deal, et projetait d’élargir le tribunal à 15 membres pour le mettre en échec. Il n’a jamais osé le faire.

Le président Nixon a perdu de justesse l’élection présidentielle de 1960. Le père de John Kennedy a demandé à la mafia d’aider son fils à se faire élire. On ne saura jamais si cet apport a été décisif ou non. Toujours est-il que Nixon n’a jamais protesté en disant que c’est lui qui avait gagné et que l’élection était truquée.

Pendant le scandale du Watergate, le même Nixon s’est plié à un ordre de la cour et a remis les fameux enregistrements de ses conversations à la Maison-Blanche.

Trump n’aurait jamais fait cela. Ceux qui doutent de la réalité de son projet autocratique devraient se rappeler de ses paroles : « Je vais mettre fin à la Constitution. »

La Constitution états-unienne fonctionne tant et aussi longtemps que tout le monde joue le jeu. Mais qu’arrivera-t-il si l’administration états-unienne remet en question les jugements de tribunaux, comme elle semble vouloir le faire dans certains cas? La Cour suprême n’a aucun pouvoir coercitif pour forcer le gouvernement à obéir à ses ordres. Comme disait Staline, le pape, combien de divisions?

Plus inquiétant encore, le président s’est lancé dans une guerre sans merci contre les juges qui s’opposent à lui, les traitant de tous les noms. Il veut exercer des représailles contre les juristes qui ont enquêté sur lui dans le passé. On n’a jamais vu cela avant.

Le président Trump coche toutes les cases d’un partisan de l’autocratie : non-respect des institutions, insultes contre ses adversaires, appels à la violence, tentative ratée de coup d’État, etc.

Nos voisins sont à la croisée de chemins.

Destituer Trump?

La seule façon d’empêcher Donald Trump de continuer à gouverner est de le destituer. L’ennui étant qu’il a déjà été mis en accusation deux fois et que la procédure a échoué, même en 2021 après qu’il a incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole pour empêcher le Sénat de certifier l’élection de Joe Biden. Le président sortant voulait renverser le résultat des élections présidentielles, rien de moins.

La procédure de destitution, appelée impeachment en anglais, est précisée dans la Constitution. La Chambre des représentants vote un Bill of Impeachment, qui est un acte d’accusation contre le président, le vice-président ou un ministre.

Est passible de destitution tout dirigeant qui commet un crime très grave (high crime) ou un délit (misdemeanor). Le problème étant que ces deux termes ne sont pas définis dans le texte constitutionnel…

Cet acte d’accusation est ensuite transmis au Sénat. Les sénateurs se transforment en procureurs et peuvent interroger l’accusé, comme dans une cour de justice. Ultimement, les sénateurs peuvent destituer le président si l’un des chefs d’accusation est retenu à la majorité des deux tiers.

Cette démarche est entachée d’une certaine naïveté. Il faut dire qu’elle a été élaborée lors de la révision constitutionnelle de 1787. À cette époque, les partis politiques n’existaient pas et la vie politique était très différente d’aujourd’hui. On imaginait mal l’avènement d’organisations structurées et idéologiques que sont les formations politiques actuelles. Les constituants s’imaginaient que les sénateurs sauraient s’affranchir de toute partisanerie et jugeraient l’accusé en toute objectivité. Ce n’est évidemment pas le cas.

La destitution est une procédure exceptionnelle qui n’est pas destinée à devenir un outil politique pour censurer un adversaire politique. Mais elle comporte une faille majeure : elle ne fonctionne pas.

Aucun président n’a été destitué en plus de 200 ans. Andrew Johnson, le président qui a succédé à Abraham Lincoln en 1865, a passé à un vote près de perdre son poste. Et non, Nixon n’a jamais été destitué : il a démissionné avant que la Chambre des représentants n’adopte un projet de loi visant la destitution. Clinton a été innocenté pour parjure et entrave à la justice, même si une majorité des sénateurs l’en a en reconnu coupable, mais pas à la majorité des deux tiers. Trump est le seul président à avoir été visé deux fois par la procédure.

Pourrait-on essayer une troisième fois? Bien sûr que oui, et les motifs ne manquent pas.

Dans un pays normal, Donald Trump aurait déjà été arrêté pour haute trahison, en raison de sa complicité avec la Russie. Des médias sérieux, comme la revue française Le Point, détaillent son association de longue date avec les autorités russes.

L’ennui, c’est que les démocrates sont minoritaires dans les deux chambres du Congrès. Il devient donc impossible d’entamer la procédure. À moins d’un miracle.

Et même si on y parvenait et que le locataire de la Maison-Blanche était évincé, qui le remplacerait? Je vous le donne en mille : le cerveau de l’Ohio, le vice-président J.D. Vance, qui partage les idées de Trump. N’oubliez pas de dire merci s’il devient président.

Alors quoi? Destituer Vance à son tour? Destituer tout le gouvernement états-unien? On rêve. En cas de blocage complet, c’est le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, qui serait nommé président des États-Unis. Johnson a été désigné par la frange la plus fanatique des trumpistes qui hantent la Chambre des représentants… C’est mieux?

L’éventuel président Johnson nommerait à son tour un cabinet qui pourrait étrangement ressembler à celui de Trump… Le cauchemar se poursuivrait.

La suite des choses dans le monde à l’envers

La classe politique est pétrifiée, le peuple états-unien semble indifférent à ce qui se passe… pour l’instant. Une vérité s’impose : les moyens prévus par la Constitution états-unienne ne sont pas suffisants pour neutraliser Donald Trump, surtout si celui-ci entre en guerre contre le système de justice et ne respecte plus les ordres des tribunaux.

C’est le monde à l’envers et il est impossible de prédire la suite des choses.

Malheureusement, l’impasse constitutionnelle actuelle pourrait inciter certaines personnes à utiliser d’autres moyens pour nous débarrasser du fou furieux de la Maison-Blanche. Cela pourrait mener à une guerre civile.

Cliffhanger

Vous regardez votre série policière préférée et l’héroïne Miss Penelope Rockbottom est sur le point de découvrir le pot aux roses : le comte d’Avalon est un assassin. Elle veut quitter le bureau où elle a découvert des preuves concluantes, mais voilà que surgit ledit comte, pointant un révolver sur notre héroïne…

Fin de l’épisode. Suite la semaine prochaine…

Le scénariste s’est assuré de laisser le spectateur haletant sur ce qu’on appelle un cliffhanger. En effet, Miss Rockbottom est au bord du précipice.

Il est difficile de trouver un terme français aussi direct que cliffhanger. On peut toujours dire que l’auteur a laissé l’histoire en suspens, qu’il nous fait languir. Il nous laisse dans l’attente d’un rebondissement. Autres possibilités : une fin d’accroche, un dénouement suspendu.

Suggestion intéressante d’une lectrice : laisser hors d’haleine.

Ces traductions ne sont guère satisfaisantes et c’est pourquoi le terme anglais commence à s’imposer. Il figure d’ailleurs dans le Larousse, mais pas encore dans le Robert en ligne.

Nous sommes suspendus aux lèvres des lexicographes, en espérant que les traducteurs aient un coup de génie.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.