De plus en plus, on entend des expressions comme « personne en situation d’itinérance ». Cette tournure se veut plus respectueuse que de dire simplement « itinérant ». On peut l’observer aussi dans le cas des handicapés, rebaptisés « personnes en situation de handicap ».
Certains y verront un abus, à tort ou à raison. Il est clair que l’utilisation d’une périphrase vient alourdir le discours, ce qui, dans des textes plus longs, peut devenir encombrant. D’autant plus que les mots itinérant ou handicapé existent déjà.
Atténuer le discours
Ces formulations viennent de la volonté de respecter les personnes visées. Depuis quelques années, il est question de malentendants, au lieu de sourds; de malvoyants, au lieu d’aveugles.
Le but poursuivi est de ne pas ramener une personne au seul fait qu’elle est sourde, par exemple. L’ennui, dans tout cela, est que l’expression malentendant peut porter à confusion. Par exemple, est-ce que Robert est un peu dur d’oreille ou complètement sourd? On introduit ici une ambiguïté.
En outre, il n’est pas toujours possible d’introduire la périphrase. Pensons aux réfugiés : « les personnes en situation de refuge »? Et jusqu’où poussera-t-on la volonté d’atténuer le discours?
« Les personnes en situation de criminalité ». « Les personnes en situation d’incarcération ».
Voilà qui mérite réflexion.
Genre grammatical
La tournure en question peut être épicène, ce qui est fort pratique. Quand on dit « Les personnes en situation d’itinérance », on couvre les deux sexes, ce qui simplifie la phrase sur le plan du genre grammatical. Nous évitons ainsi le doublet « Les itinérants et les itinérantes. »
Par ailleurs, la forme raccourcie « les personnes itinérantes » résout également le problème.
Maladies
Cette volonté d’atténuer touche aussi les maladies. Bien sûr, il est un peu raide de dire que Juliette est une cancéreuse. Traditionnellement, on pouvait avancer que « Juliette souffre du cancer. » Ce qui est rigoureusement exact : avoir un cancer n’est pas un partie de plaisir.
À présent, il sera plus délicat de dire que « Juliette vit avec le cancer. » Là encore on peut s’interroger sur la pertinence de cette circonlocution.
Et vous, qu’en pensez-vous?