Tous les articles par Andre Racicot

Broadway

L’avenue Broadway est semblable à une incision transversale au cœur de l’ile de Manhattan. Elle permet de traverser la grille new-yorkaise en biais tout en évitant un grand nombre d’intersections et des virages parfois périlleux. (Attention aux taxis!)

Broadway, c’est également le quartier des spectacles, une marmite d’énergie sans fin. Toute pièce qui y prend l’affiche attire l’attention.

Mais tous les producteurs n’ont pas le privilège d’investir la Grande Transversale et leur troupe de saltimbanques est parfois reléguée à l’extérieur de la célèbre avenue. On dit alors que le spectacle est off Broadway.

La traduction de cette expression ne saute pas aux yeux. La pièce est présentée près de Broadway, autour de Broadway, non loin de Broadway; ailleurs que Broadway; certains diront une pièce en banlieue de Broadway et, pourquoi pas, para-Broadway. Mais la plus intéressante traduction me parait être hors Broadway. En tout cas mieux que sous-Broadway, que j’ai lu quelque part.

Mais la Grosse Pomme est une mégalopole et les spectacles ne sont pas limités aux environ de la prestigieuse avenue. Ils sont parfois présentés dans un autre quartier; on parle alors d’un spectacle off off Broadway.

Donc, loin de Broadway, (vraiment) à l’écart de Broadway. Vous avez peut-être d’autres idées.

Faut-il traduire?

C’est sans illusion que je vous propose ces traductions, bien conscient que les termes anglais prévaudront. Néanmoins, il peut être pertinent de préciser le sens de ce jargon pour des lecteurs peu au fait des réalités new-yorkaises.

Vous lirez avec intérêt mon article sur New York.

13

N’importe quel chef d’État ou de gouvernement se tiendrait debout, si un État voisin lui disait que son pays doit être annexé. N’importe lequel, sauf le premier ministre canadien Justin Trudeau. Celui-là n’a rien d’un Zelensky.

Le futur président Trump ne cache pas son mépris envers notre premier ministre en clamant que le Canada devrait devenir un État américain. Il a servi la même médecine au Danemark, à propos du Groenland, et au Panama, au sujet du fameux canal. Dans les deux cas, les dirigeants des deux pays ont répliqué en disant « Pas question ».

Le premier ministre canadien a participé à un dîner de cons au pain de viande en allant rencontrer le fou furieux que les Américains ont réélu en toute connaissance de cause. Quel contraste avec la présidente du Mexique qui a dit qu’elle allait répliquer au chantage économique de Donald Trump.

Bref, le Canada est lamentable. Il suffit de lire la presse internationale pour constater que notre pays n’a plus le lustre qu’il avait jadis. C’est à peine si on parle de nous de temps à autre.

13…

Si le premier ministre avait un tant soit peu de cran, il répliquerait sur le même ton ironique. Par exemple, ne serait-il pas logique que l’Alaska soit intégré au Canada pour devenir une nouvelle province? Ce qui mettrait fin à cette anomalie d’avoir un État américain séparé du reste du pays. Et de onze…

Ensuite, le Maine, qui porte d’ailleurs un nom français. Cet État excentrique ressemble beaucoup aux Maritimes; il est au fond plus canadien qu’américain. D’ailleurs on y relève de nombreux patronymes français. Et de douze.

La treizième province canadienne serait le Vermont, dont les affinités avec la région des Cantons de l’Est est évidente. Et le Vermont porte lui aussi un nom français. Il deviendrait la treizième province canadienne, sous le patronage du Québec pour l’aider à trouver ses marques.

Évidemment tout ceci n’est qu’élucubrations. Mais je souhaiterais voir notre premier ministre manier l’ironie ne serait-ce que pour river son clou au criminel réélu du sud. Malheureusement, il en est incapable. La présidente Sheinbaum du Mexique pourrait lui donner quelques conseils.

51

Les allusions du président désigné des États-Unis font couler beaucoup d’encre au Canada. Notre pays aurait avantage à devenir le 51e État américain pour de ne plus payer de tarifs douaniers!!! On peut imaginer à quel point Trump s’amuse des réactions émotives de ce côté-ci de la frontière.

Et comme d’habitude Trump dit un peu n’importe quoi, sans réfléchir. Une réflexion élémentaire nous amène à une série d’évidences.

  • Le Canada deviendrait immédiatement l’État le plus populeux de l’Union avec 40 millions d’habitants.
  • La Californie et le Texas en ont respectivement 39 et 30 millions.
  • Le Canada compterait environ 65 grands électeurs, ce qui lui donnerait un poids très important dans le choix du président étasunien.
  • La Canada serait un État démocrate.
  • À l’échelle fédérale, le poids des démocrates augmenterait considérablement, au détriment des républicains. Excellent coup des trumpistes…

Détail qu’on oublie un peu trop vite : à peu près personne au Canada n’est intéressé à devenir un État américain, sauf peut-être les Albertains. Alors quoi? Envahir un pays ami? L’annexer de force?

Beaucoup de bruit pour rien, dirait Shakespeare.

Et si le Canada répliquait, au lieu de s’écraser? Lisez le prochain article intitulé 13

***

Ce billet est le dernier d’une longue série portant sur les États-Unis d’Amérique. Dans cette page, vous trouverez la liste des articles qui vous éclaireront sur le vocabulaire à employer en français lorsqu’on parle de la république américaine.

Fin

Une personne subtile peut être qualifiée de fine. On dira parfois une fine mouche. Un fin connaisseur apprécie les vins fins.

Pas besoin d’être un fin finaud pour comprendre ces phrases.

Mais voilà qu’une Québécoise vous dit que son père est vraiment fin : il lui a payé une voiture sport à la fin de ses études. Tout Européen, Africain ou Asiatique se demandera où est la finesse dans tout cela.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le mot fin a aussi le sens de gentil, sympathique, attentionné. Il s’agit donc d’un québécisme, qui n’est nullement à condamner, mais qui risque de ne pas être compris dans le reste de la francophonie.

Nouveau témoignage de l’évolution du français en Amérique, un monde sans fin.

Trêve de finasserie, je vous renvoie à vos autres lectures.

En termes de

En termes de stratégie, Kamala Harris aurait pu faire mieux.

Voilà, résumée grossièrement, l’analyse que de nombreux chroniqueurs font de la campagne de la candidate démocrate.

Un certain nombre de lecteurs auront tiqué en lisant le début de ma phrase. L’affreux « en termes de », ce calque ignoble de l’anglais. D’autres opineront du bonnet : aucun problème avec cette expression.

Une cheville répandue

« En termes de » est une cheville fort commode que l’on peut assez facilement remplacer : sur le plan de; en ce qui a trait à; pour ce qui concerne; relativement à.

Il faut toutefois être conscient qu’elle est fortement critiquée.

 La locution incriminée a exactement le même sens que l’anglais in terms of. Pour certains langagiers, elle est condamnable. Il faut dire que les dictionnaires généraux n’en font pas mention, bien que « en termes de » se voie dans la presse française.

Notons toutefois que l’Académie française considère l’expression comme un anglicisme. Le Figaro va dans le même sens, en citant l’Académie :

Non seulement la formule est incorrecte car elle est un produit directement importé de nos voisins anglais, donc un anglicisme, mais elle est abusive car elle ne peut en aucune façon remplacer son hypothétique équivalent « en matière de ».

La Vitrine de la langue française apporte une petite nuance :

La locution est aussi souvent utilisée par des auteurs reconnus et est assez courante dans la presse, et ce, non seulement au Québec, mais dans toute la francophonie. On ne saurait donc le déconseiller, du moins dans la langue courante.

Comme c’est souvent le cas, l’usage finira par trancher.

En termes de, utilisation correcte

La locution « en termes de » existait bien avant sa transformation sous l’influence de l’anglais. Elle signifie « dans le vocabulaire de, dans le langage de ». Par exemple, en termes de sport, set signifie « manche » dans une partie de tennis.

Le croiriez-vous, même l’auguste Balzac l’utilisait dans Un début dans la vie: « On appelle, en termes d’atelier, croquer une tête, en prendre une esquisse, dit Mistigris d’un air insinuant. »

Soit dit en passant, on peut aussi faire l’élision : en peinture, le mot italien sfumato est employé pour décrire la technique pratiquée par Léonard de Vinci.

Terme tout court

Le mot terme revêt plusieurs significations, particulièrement celle d’un mot dans sa valeur de désignation, comme dans l’exemple du mot set en langage de tennis.

Un terme peut également être une échéance, la date présumée de la fin d’une grossesse, un point où se termine un déplacement : arriver au terme du voyage.

Attention toutefois à la notion de mandat, en politique. Un gouvernement est généralement élu pour un MANDAT de quatre ans, et non pas pour un terme de quatre ans. Le mandat de ce gouvernement vient à terme après quatre ans.

Véto

Veto est un mot latin qui signifie « Je m’oppose ». Il est invariable. Les réformes orthographiques de 1990 nous permettent de l’écrire avec l’accent aigu : véto. On peut aussi l’écrire avec un pluriel français : des vétos.

Le véto est le pouvoir qu’un individu ou une organisation a de s’opposer à l’entrée en vigueur d’une décision. Les personnes en position d’autorité ont un droit de véto. Par exemple, le président des États-Unis peut utiliser son droit de véto pour invalider une loi adoptée par le Congrès.

Cooccurrences

Quatre verbes sont associés au mot véto.

  • Donner son véto.
  • Mettre son véto.
  • Opposer son véto.
  • Frapper de son véto.

Cette dernière expression nous est moins familière, mais Hugo et Proust l’ont employée.

Erreurs

L’Académie nous signale qu’apposer son véto est une faute. En effet, le verbe apposer signifie « poser sur quelque chose ».

On serait tenté de dire : imposer son véto. Selon moi, il y a redondance, car une personne opposant son véto se trouve à imposer sa décision. C’est sans doute pourquoi les ouvrages de langue ne le proposent pas comme cooccurrence.

Rétribution

Le retour au pouvoir de Donald Trump fait beaucoup jaser dans les chaumières et dans les médias. Le programme radical du criminel à la crinière dorée est en bonne partie axé sur ce que certains ont appelé la rétribution.

J’ai tiqué : une autre cocasserie de l’extrême droite américaine? Que vient faire ce mot en français? On aurait dit un cafard dans un plat de bonbons.

Vérification faite, rétribution n’a qu’un seul sens dans notre langue : c’est l’argent versé pour récompenser un travail. Cela ne cadrait pas avec les propos de l’excellente journaliste Azeb Wolde-Giorghis, dont le français est généralement impeccable.

Il est clair que, dans le contexte, il était question de vengeance et non de somme d’argent. On pourrait aussi parler de représailles. J’ai gentiment repris la journaliste sur le réseau à Musk et elle m’a répondu, avec toute la classe qu’elle affiche à l’écran : « Oh! Vous avez raison, j’avais vérifié rapidement et je pensais que ça pouvait être vu comme vengeance mais non! Merci de la correction! »

Il devrait y avoir un mot féminin pour gentleman.

Président élu

Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis aura toutes sortes de conséquences. L’effet se fera également ressentir sur le plan de la langue.

Président élu

M. Trump a été élu le mardi 5 novembre, mais il ne prendra ses fonctions que le 20 janvier, lors d’une cérémonie protocolaire qui se déroulera au pied du Capitole. Entretemps, le nouveau président préparera la passation des pouvoirs et choisira les membres de son futur cabinet.

Pendant cette période, Joe Biden continuera d’être président des États-Unis, tandis que M. Trump sera le président élu. Cette expression est un calque de l’anglais president-elect. On ne peut cependant pas affirmer qu’il s’agit à proprement parler d’une grave faute de langue, car le républicain est bel et bien le président élu.

On voit aussi le terme président désigné, qui constitue une excellente solution de rechange, et ne suit pas la démarche de l’anglais. On pourrait aussi parler du futur président, comme le signale l’Office québécois de la langue française.

Inauguration

Il y a quatre ans, j’avais mené une guerre sainte contre cet anglicisme totalement inacceptable en français en alertant plusieurs journalistes canadiens.

En anglais on inaugure un président, mais transcrire cette expression dans notre langue me fait voir… orange.

Le plus souvent, on inaugure un édifice ou un monument. Rarement est-il question d’un concept abstrait, bien qu’on puisse inaugurer une nouvelle politique, comme le signale le Robert. Une inauguration peut être le commencement, le début de quelque chose. Mais inaugurer une présidence me parait quelque peu forcé en français.

La question qui se pose est la suivante : peut-on inaugurer un président? Est-ce que Donald Trump sera inauguré le 20 janvier prochain? La réponse me semble évidente : NON.  Il serait plus juste de parler de l’assermentation, de la prestation de serment du nouveau locataire de la Maison-Blanche.

J’ai étudié plus en détail l’emploi abusif d’inauguration dans un article précédent.   

Ordre exécutif

Lorsqu’il prendra ses fonctions, le nouveau président aura le pouvoir de faire adopter des décrets, appelés executive orders, en anglais. Là encore, le calque est tentant et beaucoup s’y laisseront prendre. Pourtant, les ordres exécutifs ne sont rien d’autre que des décrets.

Tarifs

Le futur président américain est protectionniste, comme ses prédécesseurs. Il projette d’imposer des tarifs élevés pour les importations, ce qui affecte le Canada. Sans doute un raccourci pour tarifs douaniers.

Il serait plus exact de parler de droits de douane.

Pantoute

L’un des signes évidents d’intégration au Québec est l’utilisation de l’expression pantoute. En clair, elle signifie pas du tout, dont elle est vraisemblablement la contraction. On peut aussi la remplacer par aucunement, absolument pas.

Mais pourquoi donc la remplacer? Pantoute, c’est pittoresque, ne trouvez-vous pas?

D’ailleurs, le Robert et le Larousse la recensent, alors pourquoi se priver?

Le Robert indique qu’il s’agit d’un niveau de langue familier et que pantoute renforce une autre négation (pas et rien). Exemple : C’est pas vrai pantoute.

Le Larousse donne un autre exemple dans ce sens : « Ça marche pas pantoute. »

La beauté de la chose, c’est que pantoute peu s’employer de manière absolue.

« Es-tu allé au musée en fin de semaine? – Pantoute. »

C’est clair, net et précis. Objection, quelqu’un? Pantoute? Merci.  

Bête

C’est bête, on n’y pense pas, mais le mot « bête » peut avoir un sens assez différent, selon que vous habitez l’Amérique du Nord ou bien l’Europe francophone.

Une bête, c’est tout être qui n’est pas humain. Une bête féroce, le tigre. Le chat s’est fait écraser par un camion, pauvre bête… (le chat, évidemment, pas de pitié pour le VUS à trois rangées de sièges).

Des expressions colorées

Le mot vedette de cette chronique abêtissante a généré un tas d’expressions savoureuses :

  • Chercher la petite bête. C’est-à-dire être extrêmement méticuleux dans la recherche des erreurs, dans la critique.
  • Navalny était la bête noire de Poutine.
  • Depardieu est une bête de scène (une bête tout court, dirons certaines).

Une personne dominée par ses instincts : pensons à La bête humaine de Zola.

Votre ami est bête, parce qu’il est distrait. Il oublie sans cesse ses clefs de maison, il égare son téléphone.

Mais, le plus souvent, le mot de quatre lettres, comme diraient les anglophones, se réfère à une personne inintelligente. D’où les expressions suivantes :

 « Il est bête comme ses pieds. Il ne comprend rien à rien. »

« Elle n’est pas aussi bête qu’il n’y parait. En fait, elle est astucieuse, elle joue l’innocente. »

« La moitié des électeurs sont bêtes à pleurer. » Je vous laisse deviner où…

Au Québec

Toutes ces acceptions se voient aussi au Québec. Mais, dans notre contrée enneigée, le mot « bête » a pris un sens original : avoir l’air méchant, fâché. Être désobligeant, quoi.

Revenons à l’expression « Être bête comme ses pieds. » En Europe, on parle d’une personne imbécile, tandis qu’au Québec il est plutôt question d’un mufle.

Un exemple : vous entrez dans un magasin et le commis a l’air bête. Il ne veut manifestement pas vous servir et ne répond pas clairement à vos questions.

Et encore : vous faites du tourisme et vous demandez la direction de la gare à un passant. Il a été bête avec vous et a pointé vers la droite, d’un air agacé, avant de tourner les talons. Sale bête, va.

Conclusion

Grande convergence entre le Canada français, l’Europe et le reste de la francophonie, dans le sens traditionnel du mot. Le sens original adopté ici n’est pas (encore) répertorié dans les ouvrages de langue en Europe. Ça viendra sûrement.