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Bottines et babines

Au Québec on entend souvent que « Les bottines doivent suivre les babines. » Cette expression pittoresque est sûrement énigmatique pour toute personne n’ayant pas grandi au Canada.

Tout d’abord, les bottines ce sont les bottes. Quant aux babines, il s’agit tout simplement des lèvres… Toujours pas clair?

En français normatif, on dirait « Joindre le geste à la parole. » C’est élégant, mais peut-être un peu trop pour beaucoup de gens au Québec, nation lourdement influencée par l’anti-intellectualisme nord-américain. Parler simple fait moins prétentieux (soupir).

D’où l’expression qui fait l’objet de ce billet. Elle est populaire dans les médias et, si j’étais cynique, je dirais que bien des scribes ignorent probablement l’expression correcte. D’après moi, le tandem bottines/babines devrait être utilisé pour faire de l’ironie, mais le substituer au geste qui doit suivre la parole est un appauvrissement de la langue.

Découvrir la langue québécoise

Le site suivant est une belle découverte. Il recense un grand nombre d’expressions québécoises et comporte un glossaire impressionnant.

Fête

Nous venons de célébrer la fête des Français, le 14 juillet dernier, et plus tôt, c’était le Canada qui était à l’honneur, le premier juillet.

On aura remarqué que le mot fête s’écrit tout en minuscule. Les exemples abondent :

La fête du Canada

La fête de l’Indépendance américaine

La fête des Mères

La fête du Travail

Selon la logique du français, le générique fête s’écrit en minuscule, alors que l’élément spécifique prend la majuscule initiale. C’est le spécifique qui donne tout son sens à l’expression, le générique fête n’étant qu’une simple cheville.

Donc fête en minuscule… Le mot jour applique la même logique restrictive.

Le jour du Souvenir

Le jour de l’An

Contrairement à d’autres langues occidentales, le français ne veut pas de majuscule au générique. Soit dit en passant, on écrit pourtant la Journée nationale des patriotes. Le français et ses exceptions…

Le temps des fêtes

Écrit de cette manière, cette expression manque de précision. Habituellement, il est question des fêtes de fin d’année, de la fête de Noël. Mais dans un autre contexte, l’expression pourrait être comprise autrement.

C’est pourquoi il est préférable de mettre la majuscule à Fêtes.

Le temps des Fêtes est source de joie et de réunion des familles.

Les Fêtes sont une période achalandée pour les commerces.

Les fêtes emblématiques

Certains évènements ont marqué l’Histoire. Ils sont suffisamment connus pour que l’on élide l’année et que l’on attribue la majuscule au mois, qui, en français, s’écrit presque toujours avec la minuscule.

Le 14 Juillet

Le 11 Septembre

Bien entendu, si on écrit la date au complet, le nom du mois retrouve sa rassurante minuscule.

La Révolution française a eu lieu le 14 juillet 1789.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont bouleversé les États-Unis.

Non-stop

Il est des anglicismes dont on pourrait facilement se débarrasser, mais qui persistent en français pour des raisons inconnues. C’est le cas de non-stop.

L’anglicisme existe depuis belle lurette, alors qu’il est si simple de le remplacer. Il ne comble aucune lacune dans notre langue. Par exemple, si vous travaillez non-stop dans votre cabinet juridique, vous travaillez sans interruption, sans vous arrêter, sans discontinuer.

À l’origine, l’anglicisme était employé pour parler d’un vol sans escale. Par la suite, il a envahi d’autres champs sémantiques. Le Robert nous dit : « Qui se déroule de façon ininterrompue. »

Dans tout cela, il ne faut pas oublier que le mot stop (voir mon article) est entré depuis longtemps dans le vocabulaire de notre langue, ce qui explique probablement la tolérance envers non-stop.

Zeitenwende

Un peu d’allemand aujourd’hui.

La revue britannique The Economist parlait cette semaine d’un Zeitenwende à propos du Parti vert allemand, d’un point de rupture, d’un tournant. Une façon chic d’éviter l’anglicisme point tournant.

Les verts se fanent

Les écolos allemands sont pris entre deux feux : beaucoup les trouvent trop radicaux ; leur idée de bannir l’énergie atomique fait peur à bien des gens. Les militants de gauche en veulent au Parti vert à cause des compromis qu’il a dû faire avec ses partenaires de la coalition sociale-démocrate-libérale et verte. Ce que l’on appelle là-bas la coalition « feu de circulation ». La Ampelkoalition. Les couleurs des partis qui la composent sont le rouge, le jaune et le vert.

Germanismes chics

Dans un précédent article, j’ai dressé la liste des germanismes les plus courants en français. Lorsqu’il est question d’un pays, on a tendance à reprendre certaines expressions propres à celui-ci, et ce même si elles sont faciles à traduire.

Dans le cas de l’Allemagne, on parlera le plus souvent du Bundestag, la chambre basse du Parlement, au lieu de le traduire platement par Diète fédérale. Par ailleurs, la chambre haute se dit en français : le Conseil fédéral, et non le Bundesrat.

Il n’échappe pas à mes lectrices et lecteurs que l’emploi de mots allemands dans une conversation permet au quidam de briller dans les salons. L’auteur de ces lignes en est un brillant exemple.

Naguère

Comme bien des gens, sans doute, j’ai longtemps cru que naguère voulait dire « il y a très longtemps ». Je me trompais. Le mot est pourtant transparent : « Il n’y a guère ».

D’ailleurs, le dictionnaire de l’Académie ne laisse aucun doute : « À une époque appartenant à un passé récent. » Quant à lui, le Multidictionnaire du français précise qu’il ne faut pas le confondre avec autrefois, dans un temps passé, pas plus qu’avec jadis, qui signifie « Il y très longtemps. »

Ce glissement de naguère vers un sens diamétralement opposé au sien est un mystère.

Ainsi va le français depuis toujours. La langue percole, se transforme, se contredit. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille rester les bras croisés.

Les Patriotes

Aujourd’hui le Québec fête la Journée nationale des patriotes. Les patriotes sont des rebelles du Canada français qui, en 1837 et 1838 ,se sont mesurés aux troupes d’occupation britanniques afin de constituer une république indépendante.

Ces rebelles, qui osaient défier la toute puissante Grande-Bretagne, s’inspiraient des philosophes des Lumières. Ils proposaient notamment la séparation de l’Église et de l’État; l’abolition du régime seigneurial; l’abolition de la peine de mort; un statut égal pour le français et l’anglais. On pourra en lire plus dans l’article de Maxime Pedneaud-Jobin dans La Presse.

Sur le plan linguistique

L’appellation Journée nationale des patriotes est un bel exemple du funambulisme ridicule de la langue française quant à l’utilisation des majuscules. Voir mes articles à ce sujet.

On remarquera la majuscule à Journée. Normalement, ce n’est pas la règle. L’Office québécois de la langue française : « Lorsque le premier nom de la dénomination d’une époque ou d’un événement historique est un terme générique et qu’il est suivi d’un complément du nom, le terme générique s’écrit avec une minuscule initiale et le nom qui constitue le complément s’écrit, lui, avec une majuscule. » Par exemple la guerre de Cent Ans.

L’Office donne entre autres exemples : la révolte des Patriotes. On remarquera la majuscule subitement apparue au mot « Patriotes ». Habituellement, on écrit patriotes en minuscule, lorsqu’on désigne les révolutionnaires, dont plusieurs ont été pendus par les Anglais.

En français, la majuscule se fait trop rare. Le mot en question reçoit la majuscule dans un odonyme où il joue le rôle d’élément déterminatif.

Jean Chénier habite au 15, rue des Patriotes

Comme je l’ai signalé précédemment, le français nous convie à un jeu de bascule étourdissant entre la majuscule exceptionnelle et la minuscule réglementaire. C’est cet étêtage systématique qui nous vaut la minuscule dans l’expression « Les patriotes de 1837. »

Quant à moi, j’écrirais volontiers les Patriotes de 1837.

Boyau

Être langagier nous rend méfiant, un peu trop parfois. On pourrait penser qu’un boyau d’arrosage, est une autre impropriété qui court les rues au Québec et au Canada, comme carrosse qui désigne un petit charriot dont on se sert à l’épicerie. Voir mon article sur caddie.

Ce n’est pas ce que disent les grands dictionnaires français, bien que l’expression ne soit pas citée en priorité dans leurs pages.

La première définition du terme en l’objet est l’intestin d’un animal. Par analogie, on appellera boyau un long conduit, dans une tranchée, par exemple. Dans le domaine ferroviaire, il s’agit d’un « tube flexible destiné à relier, entre deux véhicules, les conduites de distribution d’air, de vapeur, les commandes de freinage, etc. », comme l’indique le Trésor de la langue française.

Le même ouvrage donne finalement ses lettres de créance à notre fameux boyau d’arrosage : « Long tuyau de cuir, de toile ou de caoutchouc permettant à une pompe hydraulique d’apporter l’eau à distance. Boyau d’arrosage. »

D’ailleurs, le Multidictionnaire de la langue française ne présente pas boyau d’arrosage comme une faute, mais plutôt comme un québécisme. Quant au Dictionnaire Usito, de l’Université de Sherbrooke, il définit boyau entre autres comme un tuyau souple.

Il est clair que boyau d’arrosage fait partie de notre patrimoine linguistique. On me permettra de citer le grand Félix Leclerc : « Des montagnes de billots, que des hommes arrosaient à la journée avec de longs boyaux, dormaient dans les cours. »

A priori

Les mots d’origine latine abondent en français. Il peut s’agir de locutions adverbiales tout comme de substantifs entrés dans l’usage.

A priori

Une locution latine qui signifie « D’après ce qui est avant. » Bref, ce qui ne se réfère pas à l’expérience ou aux faits. L’expression contraire est a posteriori.

En français, a priori est devenu un substantif synonyme de préjugé. A priori peut aussi s’employer comme une locution : « A priori, cela semble une bonne idée. »

On remarquera l’absence d’accent grave sur le A initial. Les rectifications de 1990 proposent (animisme, je sais) d’écrire l’expression en un seul mot : apriori ou encore avec l’accent grave : à priori.

Post mortem

L’anglais a aussi emprunté à la langue latine et ses emprunts peuvent être différents de ceux du français. Mais les deux langues en partagent aussi un certain nombre et là encore l’usage nous tend le piège insidieux des faux amis.

 Post mortem est une locution adverbiale utilisée en français. Elle signifie « après la mort ». Faire un examen post mortem, c’est-à-dire une autopsie.

L’anglais emploie l’expression comme substantif au sens de bilan, rétrospective, analyse. On commet donc un anglicisme en disant : « Le Canadien de Montréal fait le post mortem de sa saison décevante. » Il serait plus français de dire que l’équipe s’est penchée sur sa dernière saison, qu’elle en a fait le bilan, ou encore l’examen.

Italique ou pas?

Les locutions qui ont été francisées s’écrivent en caractères latins.

Envoyer son curriculum vitae à l’université. Un diplomate chinois ayant fait de l’intimidation est persona non grata au Canada. Laila recourt à la fécondation in vitro.

Les locutions latines que l’on trouve dans des ouvrages savants s’écrivent généralement en italique. Quelques exemples : ad libitum, opus citatum (op. cit.), ibidem, in fine, etc.

Encore partager

Partager – suite et fin

J’ai écrit plusieurs articles sur le mot partager, particulièrement sur le sens anglais qu’il a pris ces dernières années. Traditionnellement, partager quelque chose, c’est le diviser en plusieurs parts. Par exemple, partager un gâteau.

Sous l’influence du mot anglais share, le verbe en question a pris le sens de mettre en commun, diffuser, envoyer, faire connaitre, etc. Le sens s’est propagé dans le monde informatique, avant d’envahir la langue courante. On partage des photos aussi bien qu’on partage une opinion ou un appartement.

L’anglicisme est signalé dans des ouvrages québécois comme le Dictionnaire Usito et le Multidictionnaire de la langue française.

Il était fatal que les grands dictionnaires français finissent par prendre en compte cette inflexion sémantique. Le Petit Robert 2023 le fait d’une manière on ne peut plus discrète. Au lieu d’ajouter une rubrique signalant l’emprunt à l’anglais, il a glissé un troisième sens, dans une série de huit, sans nulle part signaler l’origine de la nouvelle définition.

En fait, il a fondu le sens anglais dans une définition plus générale.

Rendre accessible; faire connaitre. Partager une recette, une astuce avec ses lecteurs. Faire partager son expérience, sa passion. Partager une image sur les réseaux sociaux. (C’est moi qui souligne.)

Il n’échappe à personne que le sens plus moderne est suggéré à la fin, sur la pointe des pieds en chuchotant.Honteux de son audace, semble-t-il, le Petit Robert ne propose aucune marque d’usage comme anglicisme, de l’anglais, etc.

Suit toutefois une remarque suave : Partager à qqn (ex. Je vous partage ma vidéo) est fautif.

Jusqu’à quand? Si cet emploi fautif est signalé, c’est qu’il se répand. Surveillons les prochaines éditions du Robert. Mais, comme dans un contrat d’assurance, il faudra lire les petits caractères.

Payer la traite

Le mot traite est quelque peu vieilli. Jadis, il désignait le commerce des esclaves. Plus près de nous, il qualifie un trajet sans interruption : aller d’une seule traite de Québec à Rimouski.

Se payer la traite

Toutefois, l’expression se payer la traite demeure mystérieuse pour le reste de la francophonie. On se paie la traite en s’offrant le Laurie Raphaël, une grande table de Québec. Une folie, quoi. On se gâte.

Comme l’indique le site Je-parle-québécois.com : « La traite était un moyen de définir une dette commerciale au Moyen-Âge. » Donc l’expression en question signifie « s’offrir quelque chose sans payer immédiatement. »

Si vous allez au bar, vous pouvez payer la traite à votre ami, autrement dit lui offrir un verre.

Se payer la traite peut également vouloir dire se payer du bon temps. Par exemple passer la fin de semaine à Québec.