Frapper un mur

Le président russe a frappé un mur en envahissant l’Ukraine. En essayant d’aider un ami, j’ai frappé un mur. Convaincre un complotiste de changer d’idée c’est aller frapper un mur. Le Canadien a frappé un mur en tentant de percer la muraille défensive des Bruins.

Ce sont là des formulations qui n’étonneront personne au Canada mais qui risquent de faire froncer les sourcils d’un Européen ou d’un Africain. Au sens propre, frapper signifie donner un coup à quelqu’un; il y a donc une intention agressive au départ. Un boxeur frappe son adversaire, il lui cogne dessus.

Au Canada, le verbe en question a pris le sens de heurter, comme je l’ai précisé dans un article précédent. L’expression frapper un mur est l’équivalent de frapper un nœud, bref de faire face à une difficulté imprévue et peut-être insurmontable. Au Canada, l’expression tomber sur un os a été martyrisée : frapper un os.

Il est clair que dans l’expression frapper un mur, le verbe frapper est employé au sens de heurter, quoiqu’il soit concevable qu’une personne rageuse ait donné un coup de poing dans un mur. Mais là, on s’éloigne quelque peu du sens de frapper un nœud.

Le fait de frapper un mur peut être porteur de sagesse nous dira peut-être un jour le président russe. Ou peut-être pas.

Tchernobyl

Tchernobyl. Ce nom résonne comme un glas dans ma tête.  

J’y étais presque, en 1986, étudiant de science politique à l’Université de Bonn, en Allemagne. Horreur de lire les titres dans les journaux, un matin d’avril; un accident à la centrale de Tchernobyl. Un nuage radioactif dans la stratosphère, poussé par les vents vers l’Europe de l’Ouest.

Pendant quelque temps, j’ai songé à prendre le premier avion pour rentrer au Canada. Mais, finalement, il semble que le nuage n’a fait que survoler l’Allemagne… Mais des militants verts se promenaient dans la vieille ville avec des compteurs Geiger… Évidemment, il y avait de la radioactivité au sol, il y en a toujours de toute façon.

De nos jours, aussi incroyable que cela puisse paraitre, le site maudit est devenu une attraction touristique… Et aussi inconcevable que cela puisse paraitre, il est devenu aussi une cible militaire, à cause de l’invasion sauvage et honteuse de l’Ukraine par la Russie.

Un nom

Tchernobyl refait la manchette, mais dans un contexte très différent.

Sur le plan linguistique, l’agression russe a fait prendre conscience au reste du monde de l’existence d’une langue ukrainienne et aussi de l’aberration d’employer des noms russes pour désigner des villes et régions ukrainiennes.

Les médias occidentaux ont commencé à rectifier et c’est ainsi que Kyïv ou Kyiv, Kharkiv, Lviv, etc. ont fait leur apparition.

La question se pose également pour Tchernobyl, nom russe de la ville qui se décline Tchornobyl en ukrainien. Doit-on garder l’ancienne appellation, étant donné qu’elle est très connue? Ce serait tentant, mais tout est ici une question de logique et d’uniformité. À quoi bon parler de Kyïv si on revient bêtement à Tchernobyl?

Si les gens se sont habitués à Kyïv ils s’habitueront bien à Tchornobyl.

***

Kiev ou Kyïv?

Langue ukrainienne et langue russe

Écrire les noms ukrainiens sans faute

L’ukrainien et le russe

Départager la langue ukrainienne de la langue russe n’est pas une mince tâche, d’autant plus que bien des Ukrainiens russophones défendent l’ukrainien par patriotisme… ukrainien.

Les deux langues sont très semblables; les deux s’écrivant en caractères cyrilliques, et non en caractères latins comme le français et l’anglais.

Les personnes venant de l’extérieur de la sphère des langues slaves ont malheureusement tendance à les confondre. Ce qui explique que bon nombre de toponymes ukrainiens étaient, jusqu’à tout récemment, orthographiés à la russe.

La décision prise par la plupart des médias francophones connus d’adopter le nom ukrainien Kyïv, au lieu du russe Kiev, est une belle illustration de ce problème. Il est en effet absurde d’employer les noms ukrainiens pour Kharkiv et Lviv et d’écrire ensuite Kiev à la russe.

Cohabitation

Tout comme le Bélarus, l’Ukraine est un pays russifié et la cohabitation des deux langues n’est pas toujours facile. Ainsi, le gouvernement ukrainien a fait adopter une loi en 2019 pour renforcer la présence de l’ukrainien dans la vie publique.

Quelques faits intéressants :

  • 60 pour 100 des Ukrainiens considèrent l’ukrainien comme leur langue maternelle.
  • 15 pour 100 considèrent le russe comme leur langue maternelle.
  • 22 pour 100 considèrent les deux langues comme leur langue maternelle.

Certains utilisent un mélange des deux langues appelé le Sourjik, sans toujours être conscients de ce qui vient du russe ou de l’ukrainien.

Un peu d’histoire

L’ukrainien tire ses origines de l’ancienne principauté slave orientale Rous de Kyïv qui, au IXe siècle, regroupait le Bélarus, la Russie et l’Ukraine modernes. Existe à cette époque une forme de bilinguisme entre langue écrite, le slavon, et langue parlée, l’ukrainien. On peut comparer ce bilinguisme à celui entre le latin du Moyen Âge et les langues vernaculaires.

Plus tard, l’Ukraine sera divisée entre la Pologne et la Russie. Les tsars Pierre le Grand et Catherine interdiront l’utilisation de l’ukrainien littéraire, de sorte que les populations seront russifiées.

Comme le précise la professeure de russe et d’ukrainien Natalia Chevtchenko de l’Université de Lyon :

L’usage du russe comme seule langue de communication dans les organismes officiels, le passage au russe de l’intelligentsia ukrainienne et de la majorité des dirigeants cosaques produisent leur effet très rapidement : déjà à la fin du XVIIIe siècle, l’ukrainien disparaît de l’usage officiel sur le territoire russe de l’Ukraine.

L’ukrainien est peu à peu étouffé et, sous le tsar Alexandre II, le gouvernement russe affirmera :

Il n’y a jamais eu de langue ukrainienne, il n’y en a pas maintenant et il n’y en aura jamais.

La Révolution russe de 1917 vient changer les choses. Le gouvernement de Moscou tolère les langues nationales, comme l’ukrainien, mais la langue nationale est le russe. Cependant, la défense de la langue ukrainienne deviendra rapidement suspecte; les autorités la traitent de « nationalisme bourgeois » …

En outre, la similitude entre russe et ukrainien vient compliquer les choses. Le même phénomène est observé au Bélarus, dont la langue ressemble elle aussi au russe.

Deux langues distinctes

Malgré tout, ukrainien et russe sont deux langues distinctes. Les deux tirent leur origine du proto-slave, mais l’ukrainien est davantage basé sur le dialecte vernaculaire, tandis que le russe est plus influencé par l’Église orthodoxe.

Le russe et l’ukrainien ont une similarité lexicale de 62 pour 100 alors qu’elle atteint 84 pour 100 avec le biélorusse et 70 pour 100 avec le polonais.

Cela n’empêche pas les divergences de vocabulaire.

MotUkrainienRusse
PapierPapirBumaga
SucreTsoukorSakhar
ArgentGrochiDenghi
MatinRanokOutro
BouteillePlyachkaBoutylka

Comme c’est souvent le cas avec deux langues voisines, il y a de faux amis.

MotUkrainien et russeSignification en russe
TempsTchasHeure
CitrouilleHarbousMelon
DimancheNedilyaSemaine

Confondre le russe et l’ukrainien est une grave erreur. On trouve facilement dans la Grande Toile tout un lot d’articles sur l’ukrainien, son alphabet, sa grammaire. C’est pourquoi il importe d’écrire correctement en français les noms ukrainiens.

Voir mon article à ce sujet.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

Écrire les noms ukrainiens en français

Écriture de l’ukrainien en français

L’invasion russe en Ukraine pose la question de l’orthographe des noms ukrainiens en français.

Comme le russe, l’ukrainien s’écrit en caractère cyrilliques, ce qui signifie qu’il faut transposer les sons originaux dans notre alphabet pour arriver à lire les noms. Ce procédé s’appelle la translittération. J’ai déjà abordé cette question pour la langue russe dans d’autres billets.

Petit rappel…

Deux exemples très simples : le nom du président russe est Влади́мир Влади́мирович Пу́тин. Bien entendu, c’est illisible dans notre langue. Il faut donc transposer les sons russes en français, ce qui donne Vladimir Vladimirovitch Poutine.

Toutefois, la translittération en anglais donne Vladimir Vladimirovich Putin, qui se prononce exactement de la même façon. On voit tout de suite qu’on ne peut adopter une graphie anglaise en français sans être quelque peu ridicule…

Second exemple : Dmitri Chostakovitch qui, en anglais, s’écrit Dmitri Shostakovich.

Noms ukrainiens en français

Les mêmes principes s’appliquent en ukrainien.

Pensons à Marioupol, orthographiée Mariupol en anglais.

On l’a vu récemment avec le nom de la centrale nucléaire attaquée par les Russes. Là encore, l’orthographe en français est différente de celle en anglais : Zaporijjiaen français mais Zaporizhzhia en anglais.

Pour éviter d’écrire les noms ukrainiens avec une graphie anglaise, il suffit de surveiller les lettres ou groupes de lettres suivants qui se trouvent dans les noms écrits à l’anglaise :

  • CH en anglais devient TCH en français
  • Les finales en IN devraient s’écrire INE en français
  • SH en anglais devient CH en français
  • SHCH en anglais devient CHTCH en français
  • U en anglais devient souvent OU en français
  • ZH en anglais devient J en français

Quelques exemples :

  • Chornobyl –> Tchornobyl (vrai nom de la centrale nucléaire)
  • Cherkassy –> Tcherkassy
  • Irpin –> Irpine
  • Jakchiv –> Jatchiv
  • Kiev –> Kyïv
  • Lvov –> Lviv
  • Lugansk –> Louhansk
  • Lutsk –> Loutsk
  • Mariupol –> Marioupol
  • Sebastopol –> Sévastopol
  • Shevchenko –> Chevtchenko
  • Zaporizhzhia –> Zaporijjia
  • Zhytomyr –> Jytomyr

Le president

Le nom du président ukrainien s’écrit de la même façon en anglais et en français : Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky. En effet, aucun des groupes de lettres susmentionnés ne se retrouvent dans ce nom.

Certains s’interrogeront sur le Y; pourquoi ne pas écrire tout simplement un I ? L’ukrainien, à l’instar du russe, possède un I allongé que l’on symbolise par un Y. En fait, il faudrait prononcer Zelensky à peu près de la manière suivante : Zé-lenne-skille.

Comment faut-il écrire Kiev en français? Réponse.

Prochain article : Langue ukrainienne et langue russe, des cousines très proches.

Comment écrire correctement les noms russes en français? Réponse.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

Prendre action

Contrairement à ce que l’on croit, il y beaucoup d’action au Canada. Les gouvernements adoptent des actions; les entreprises mènent des actions; les responsables envisagent des actions.

Tout ce beau monde prend une ou des actions et le charabia franglais culmine lorsque l’on prend action tout court. L’anglais to take action n’est guère loin.

Comme le dit si bien l’Office québécois de la langue française : « Cette expression n’existe pas en français. »

Dans notre langue, on prend plutôt des mesures, on intervient. Bref, on réagit ou encore on passe à l’action. Le mot initiative est aussi bien précieux. Et si on prenait une initiative au lieu de prendre action? Encore plus simple : on réagit à une situation (pas à une problématique ou à un enjeu, par pitié).

Dans le vocabulaire juridique, prendre une action contre quelqu’un revient souvent à porter plainte contre lui, voire à intenter une poursuite.

Vous lirez avec intérêt mon billet sur le mot action.

La Russie et l’Otan

Les démocraties occidentales ont toujours eu du mal à affronter les régimes totalitaires. Les démocraties ne sont pas dirigées par une seule personne : le pouvoir doit composer avec des forces d’opposition, la presse, l’opinion publique, les groupes d’intérêt, etc. Il est beaucoup plus difficile d’en arriver à une prise de position solide qui rallie une forte majorité.

En outre, les démocraties doivent tenir compte de valeurs comme le respect des droits de la personne, de ceux des minorités et de plusieurs autres facteurs.

Les régimes autocratiques comme celui de la Russie de Poutine n’ont pas à composer avec tous ces facteurs. La situation est encore pire en Chine.

C’est pourquoi les démocraties se montrent souvent hésitantes devant des puissances impérialistes; elles donnent priorité à la négociation; elles donnent le bénéfice du doute à des dictateurs en se convainquant de leur bonne foi. Elles ont rarement raison et finissent par le regretter, car, trop souvent, le seul langage que les autocrates comprennent, c’est celui de la force. Pour eux, les tergiversations des régimes démocratiques sont autant de faiblesses à exploiter.

L’Occident et la Russie de Poutine

Les gouvernements occidentaux ne pourront jamais nous faire croire qu’ils n’ont rien vu venir.

  • En 2007, la Russie procède à des cyberattaques massives en Estonie à la suite d’un désaccord. Ces attaques dirigées contre le parlement, des ministères, des journaux et des banques ont duré 23 jours.
  • En 2008, la Russie a attaqué la Géorgie.
  • En 2014, après les Jeux olympiques de Sotchi, la Russie envahit et annexe la Crimée.
  • Depuis plus de sept ans, des séparatistes russes de l’est de l’Ukraine, aidés par Moscou, mènent une guerre larvée qui a fait 14 000 morts.

Le président russe a déjà déclaré que la chute de l’Union soviétique en 1991 était la plus grande tragédie du XXe siècle.Après les deux guerres mondiales et l’Holocauste? Vraiment? Le même Poutine a aussi déclaré que la démocratie libérale était un régime dépassé, ce qui explique la persécution et l’assassinat de certaines personnalités de l’opposition et l’absence d’élections libres dans ce pays.

L’impérialisme russe

La volonté de domination et d’expansion de la Russie n’a rien de nouveau. Pierre le Grand a mené une politique expansionniste. Avant la Révolution bolchévique de 1917, l’Empire de Russie contrôlait un territoire gigantesque qui regroupait des nations comme la Finlande, les pays baltes, la Pologne, l’Ukraine, la Biélorusse, la Moldavie, le Caucase et les peuples d’Asie centrale et orientale.

Au lendemain de la Révolution, certains pays comme la Finlande et la Pologne ont recouvré leur souveraineté. Mais rapidement, le régime bolchévique est devenu une dictature personnelle, celle de Joseph Staline, dont le règne a fait environ 15 millions de morts. D’ailleurs, Staline avait écrit que les nations étaient dépassées et l’expression du pouvoir bourgeois. Le Seconde Guerre mondiale allait lui donner l’occasion de montrer de quel bois il se chauffait.

La Seconde Guerre mondiale

Le pacte germano-soviétique conclu le 23 août 1939 entre Staline et Hitler a ouvert la porte à l’agression de la Pologne quelques jours plus tard. On oublie souvent que la Russie stalinienne a été un agresseur, au même titre que l’Allemagne nazie. Les troupes soviétiques ont déferlé en Pologne pour en annexer la moitié; les pays baltes ont eux aussi été envahis par les Soviétiques, puis annexés en 1945. L’Union soviétique a vainement tenté de s’emparer de la Finlande en 1940, elle qui avait fait partie de l’Empire de Russie. Le combat héroïque des soldats finlandais, qui harcelaient l’Armée rouge au point de l’embourber, a sauvé leur pays et leur a épargné la triste sort de devenir une république soviétique par la suite.

Cela dit, l’Union soviétique a payé un lourd tribut durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands y menant une guerre d’extermination de ces sous-hommes qu’étaient les Slaves aux yeux des nazis. Plus 23 millions de Soviétiques ont péri. L’opiniâtreté des Soviétiques est largement responsable de la défaite de l’Allemagne nazie en 1945.

Pour cette raison, l’Union soviétique a fait partie du camp des vainqueurs, mais il faut se rappeler que la guerre lui a permis d’élargir son territoire et sa zone d’influence. La guerre d’extermination menée par l’Allemagne nazie ainsi que les guerres napoléoniennes un siècle plus tôt, ont rendu les Russes extrêmement craintifs par la suite. Ils craignent d’être envahis de nouveau et on peut les comprendre.

C’est ce qui explique que l’URSS a voulu constituer un glacis d’États socialistes pour l’isoler d’une éventuelle invasion de l’Ouest.

Création de l’Otan

L’implantation de régimes socialistes en Pologne, Hongrie, Albanie, Tchécoslovaquie, Allemagne de l’Est, Roumanie et en Yougoslavie ont marqué le début de Guerre froide. En 1948, il est devenu clair que Staline n’autoriserait jamais la tenue d’élections libres dans ces pays.

La question de l’expansion du communisme ailleurs en Europe se posait.

Les communistes avaient participé à la résistance en France, en Italie et en Grèce; ils jouissaient d’un grand prestige. En outre, la dévastation du continent européen constituait un terreau fertile pour la propagation de l’idéologie communiste.

La présence de l’Armée rouge dans l’est de l’Europe était inquiétante. Beaucoup craignaient que les Soviétiques soient tentés de poursuivre leur expansion vers l’Europe occidentale.

Les pays occidentaux ont ressenti le besoin de créer une alliance militaire pour stopper toute velléité d’expansion des Soviétiques. Des pays comme l’Allemagne de l’Ouest redoutaient d’être envahis à leur tour et de subir le triste sort des pays baltes.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord est née pour cette raison. On peut affirmer sans aucun doute que sa présence a dissuadé Staline de tenter quoi que ce soit contre les pays d’Europe de l’Ouest. L’article 5 de la Charte de l’Atlantique prévoit en effet que toute attaque contre un membre entraîne automatiquement une réplique de la part des autres pays membres.

C’est un langage que les dictateurs et les autocrates comprennent très bien.

Le communisme en Europe de l’Est

L’imposition de régimes socialistes ne s’est pas faite sans heurts. Au fil des décennies, des révoltes ont éclaté un peu partout en Europe de l’Est contre un régime politique imposé de l’étranger.

  • Allemagne de l’Est en 1953.
  • Hongrie et Pologne en 1956.
  • Tchécoslovaquie en 1968.
  • Pologne en 1981.
  • Les révolutions démocratiques de 1989.

 Chute de l’Union soviétique

La chute de l’Union soviétique a été le tournant de la fin du dernier siècle. Pour Vladimir Poutine, elle a été une grande tragédie, car elle marquait la fin de l’impérialisme russe. L’émancipation de 15 républiques, la renaissance de l’Ukraine, des pays baltes, du Bélarus l’ont profondément perturbé.

La reconstitution d’un espace soviétique est devenue une obsession chez lui, avec les résultats que l’on voit.

Après la chute du communisme, le président Bush avait donné des assurances aux Russes que les Occidentaux ne chercheraient pas à élargir l’Alliance atlantique. Cette promesse n’a pas été respectée à cause des pressions intenses des anciennes « démocraties populaires ». Celles-ci voulaient à tout prix se joindre à l’Alliance atlantique pour éviter de tomber encore une fois sous la domination de la Russie. Le pouvoir de cette dernière était affaibli et les Occidentaux ont finalement accueilli les anciens pays de l’Est sous le chapiteau de l’Otan.

Pour Vladimir Poutine, cette trahison est impardonnable.

On peut reprocher aux pays démocratiques de ne pas avoir suffisamment tenté de redéfinir la politique globale de la sécurité européenne et y intégrant la Russie. On a continué de traiter en ennemi un pays en pleine déconfiture. L’admission de nouveaux États dans l’Otan n’a fait que dresser le régime de Moscou contre les pays démocratiques. Nous en voyons le résultat.

L’indispensable Otan

Si l’Otan n’existait pas, il faudrait l’inventer. La Russie de Poutine s’est attaquée à deux pays qui ne sont pas membres de l’organisation, soit la Géorgie et l’Ukraine, mais elle s’est bien gardée de s’en prendre à des pays membres de l’Otan.

Pensons aux trois pays baltes : la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie. N’eût été de leur appartenance à l’Otan, il est clair qu’ils auraient déjà été envahis. Les trois pays ont fait les frais d’une tentative de russification à l’époque soviétique et comptent aujourd’hui des minorités russes. On imagine très bien le scénario : Vladimir Poutine dénonce le « génocide » en cours des minorités russes dans les pays baltes et vole à leur secours. L’Occident déplore l’agression mais reste les bras croisés. Ça vous rappelle quelque chose?

La Finlande pratique depuis 1945 une politique d’apaisement avec le géant russe (voir mon article). Pour cette raison, elle a renoncé à adhérer à l’Alliance atlantique et a cherché à entretenir de bons rapports avec Moscou. Le pays partage une frontière de 1300 km avec la Russie. Comme le disent les habitants, ils sont là, juste à côté.

Mais, devant l’agression sauvage de l’Ukraine, des parlementaires finlandais commencent à s’interroger sur une adhésion à l’Otan, ce qui serait une rupture décisive avec la politique qu’elle pratique depuis des décennies.

Idem pour la Suède qui, contrairement à la Norvège, envahie par les nazis en 1940, a choisi la neutralité. Depuis de nombreuses années, ses eaux territoriales sont fréquemment violées par des sous-marins russes venus espionner. À Stockholm aussi on se pose des questions et l’adhésion possible à l’Otan est maintenant envisagée.

L’Otan n’est pas une fantaisie; elle existe uniquement pour contenir l’impérialisme russe. Si elle est apparue désuète depuis la fin de la Guerre froide, son utilité et sa pertinence ne font plus de doute. La volonté du président Poutine de reconstituer l’espace soviétique est une menace directe pour tous les pays voisins, que Moscou appelle le « proche étranger ». Cette expression donne froid dans le dos.

Le parapluie de l’Otan est une ligne rouge qu’il ne peut franchir sans déclencher une nouvelle guerre mondiale.

Le peuple russe

Je doute beaucoup que le peuple russe souscrive aux ambitions impérialistes de Poutine. Élargir la sphère russe aux pays baltes, à la Finlande ou à l’Ukraine ne lui dit probablement pas grand-chose. Je doute aussi que les Russes entretiennent la même animosité envers l’Ukraine que leur président. Sinon, pourquoi celui-ci essaie-t-il de leur faire croire que l’Ukraine est gouvernée par des nazis… sous la tutelle d’un président juif, Zelenski?

Comme tous les peuples, les Russes aspirent à une vie tranquille, à la prospérité et à la sécurité. L’idée de reconstituer l’empire soviétique est bien loin de leurs préoccupations.

L’Ukraine

La guerre en Ukraine a commencé en 2014. L’Ukraine est devenue l’avant-poste de la démocratie face à la volonté de domination du régime autocratique de Poutine. Elle représente surtout un modèle démocratique qui va à l’encontre de la dictature qu’essaie de mettre en place le président russe. Un peuple qui parle à peu près la même langue que les Russes vit en démocratie… Poutine le perçoit comme une grave menace pour lui et c’est pourquoi il est en guerre contre l’Ukraine.

Comme d’habitude, les démocraties occidentales ont tergiversé et se battent maintenant à bout de bras, par Ukrainiens interposés, contre une certaine Russie, celle des autocrates et des oligarques. Poutine est allé aussi loin que les pays occidentaux le lui ont permis.

La situation aurait peut-être été très différente si les pays occidentaux, membres de l’Otan ou pas, avaient dépêché des troupes en Ukraine AVANT le début des hostilités. Nous défendons la démocratie et vous ne touchez pas à l’Ukraine. Une attaque contre nos troupes polonaises, hongroises, françaises, allemandes, espagnoles, néerlandaises, canadiennes et américaines est automatiquement un acte de guerre contre nous tous. Qu’en pensez-vous M. Poutine?

Pour paraphraser Churchill, les démocraties ont choisi la honte pour éviter la guerre; elles ont eu la honte et la guerre. À cause de leurs hésitations, les démocraties ne peuvent plus vraiment stopper Poutine sans risquer une conflagration majeure.

Au peuple russe de jouer maintenant.

***

Comment écrire Kiev en français?

L’Ukraine russifiée.

Sorbonne Université

Sorbonne Université. On croit lire un texte en anglais, tant la formulation épouse la syntaxe de cette langue. Comme dans Stanford University. En fait, ne manque que le Y à Université et on y serait. Sorbonne University, vous ne trouvez pas que ça fait plus chic, plus moderne? Au diable le français de Richelieu!

En ancien français, on disait Université de la Sorbonne, tout simplement; c’était clair, c’était français. Mais voilà, ça ne faisait pas anglais.

Cette nouvelle entité résulte du regroupement de Paris-Sorbonne et de Pierre-et-Marie-Curie, communément appelées Paris-IV et Paris-VI.

À mon sens, il ne fait nul doute que d’ici 2030, l’auguste institution se fera appeler Sorbonne University, en faisant valoir le caractère de plus en plus international de son enseignement.

International parce que de nombreux cours seront dispensés en anglais, à cause du caractère « universel » de cette langue; l’afflux d’étudiants anglophones qui s’en suivra rendra la Sorbonne de plus en plus « internationale », donc ouverte à l’anglais. Une appellation anglaise ne fera que renforcer le rayonnement de l’université (vraiment?).

(Ceux qui m’accuseront de fabuler auraient intérêt à savoir que des étudiants anglophones étrangers trouvent le moyen d’étudier à l’Université Laval de Québec, sans connaitre le français.)

Les conséquences ne se feront pas attendre : Sorbonne Université ne sera que le prélude de Sorbonne University. Et il y a fort à parier que d’autres universités françaises emboiteront le pas avec enthousiasme.

Une tempête dans un verre de vin?

Ce qui se passe à la Sorbonne est l’arbre qui cache la forêt. J’ai écrit deux textes portant spécifiquement sur l’anglicisation de la France; dans d’autres articles, j’ai dénoncé la complaisance de nos cousins d’outre-Atlantique pour le sabir américain qu’ils tiennent à tout prix à glisser dans les slogans d’entreprises, dans les nouvelles télévisées et dans les conversations.

J’ai l’impression de me répéter.

Pourtant je ne suis pas le seul. À la mi-février 2022, l’Académie française a une nouvelle fois dénoncé le franglais qui envahit toutes les sphères en France. Extrait d’un article paru dans La Presse de Montréal :

Les exemples sont nombreux. Air France a sa « skyteam » ; Citroën, sa « Connect Box » ; Canal+, son « My Canal » et les meilleurs programmes en « live » et en « replay » ; les magasins Carrefour ont leurs « drive piéton » ; Ma French Bank utilise des « cookies » et offre le service « Let’s Cagnotte ».

Selon les Immortels, c’est maintenant la syntaxe qui est atteinte… comme au Canada (c’est moi qui ajoute). Un manager Travaux, vous connaissez?

Comme je l’ai déjà mentionné, les Français ne veulent plus traduire. Les expressions les plus simples en anglais sont importées telles quelles. On n’a qu’à penser à QR code, appelé couramment code QR au Canada. Sans oublier cloud, fake news, newsletter, low-cost, podcast, millenials, etc.

Et que dire du président Macron qui décrit la France comme une startup nation?

Alors si les universités s’y mettent aussi…

Libertarien

Le Canada est le seul pays du G7 qui laisse sa capitale, Ottawa, être assiégée par des manifestants opposés aux mesures sanitaires depuis maintenant presque trois semaines, sans le moindrement réagir. Une sorte de 6 Janvier au ralenti se déroule chez nous et les divers gouvernements, tout comme les instances policières, sont paralysés de stupeur.

L’occupation du centre-ville d’Ottawa est devenue un véritable cirque, avec comptoirs de nourriture et structures pour les enfants. Certains ont installé un spa sous un froid sibérien. Ne manque plus qu’un spectacle de Céline Dion. Un Disneyland canadien mais avec de troublants drapeaux américains sudistes et quelques croix gammées.

Il est maintenant clair que le siège de la capitale canadienne, inimaginable ailleurs, a été financé à plus de 50 pour 100 par des Américains. Des militants déterminés clament qu’ils n’obéiront jamais aux ordres des policiers et entendent demeurer sur place tant que le gouvernement Trudeau, légitimement élu l’automne dernier, ne sera pas renversé. Là, on est très loin des protestations contre les mesures sanitaires, mais il est question d’un coup d’État planifié par des libertariens.

Une notion d’extrême droite

Ce mot est une curiosité linguistique aussi bien que politique. Il vient de l’anglais libertarian. Au sens strict du terme, il est question d’appliquer le libéralisme économique sans entrave, ce qui passe par la dérèglementation généralisée de l’économie et, en fin de compte, par l’abolition de l’État et de toutes les contraintes qu’il impose. Les libertariens prônent la liberté individuelle totale. N’est-ce pas l’essence du discours que l’on entend à Ottawa?

Bien sûr, la majorité des manifestants de la capitale n’ont pas poussé la réflexion aussi loin, mais certains l’ont fait à leur place.

L’extrême gauche

Cette liberté dans tous les azimuts rejoint celle que vise aussi l’extrême gauche. La doctrine marxiste-léniniste présente l’État comme l’instrument de l’oppression que la classe dominante exerce sur la population pour assurer sa domination. L’un des buts d’une révolution socialiste est d’abolir la classe parasitaire que sont les capitalistes pour donner le pouvoir aux travailleurs. L’État socialiste assure cette transition et doit être aboli ensuite pour laisser place au communisme. Les anarchistes sont plus pressés et prêchent pour l’abolition immédiate de l’État. Plus de gouvernement, plus d’administration nulle part.

Une convergence des extrêmes?

Apparemment, libertariens, anarchistes et communistes convergent dans leur désir d’instaurer une liberté totale, mais ce n’est pas le cas. La gauche veut l’abolition de l’État pour mettre fin au libéralisme économique, tandis que la droite veut créer un monde dans lequel les entreprises pourront s’enrichir sans aucune restriction.

Aux États-Unis, les libertariens appuient généralement Donald Trump; au Canada ils sont derrière Maxime Bernier et la frange radicale du Parti conservateur, qui a ouvertement appuyé les camionneurs.

L’occupation d’Ottawa est une percée majeure pour les libertariens canadiens et américains. Soyez assurés que plusieurs groupes extrémistes ont bien noté que le gouvernement Trudeau veut défendre l’Ukraine mais qu’il est incapable de rétablir l’ordre dans sa propre capitale.

Finlandisation

L’agression sauvage de l’Ukraine par la Russie sonne le glas de la politique de neutralité de la Finlande et de la Suède. Depuis plus de 70 ans, la Finlande s’est tenue à l’écart d’alliances militaires occidentales comme l’OTAN, afin de ne pas soulever l’ire de la Russie. Cette époque est terminée.

C’est ce qu’on appelait la finlandisation. Il s’agit des limitations imposées par un pays puissant à son voisin plus faible. Le mot se fait rare; le Trésor de la langue française et le Petit Robert le snobent; seul le Larousse propose une définition.

Le mot vient de Finlande. Ce pays a fait partie de l’Empire de Russie avant d’obtenir son indépendance après la Révolution russe de 1917. L’Union soviétique a tenté de l’envahir en 1940, mais les soldats finlandais ont livré un combat héroïque et sont parvenus à stopper l’Armée rouge. Les Finlandais ont livré une guérilla des neiges, en ski de fond, habillés de blanc, se fondant dans le paysage et harcelant les soldats soviétiques.

Les Finlandais ont donc payé chèrement leur liberté. Mais la crainte de subir une nouvelle agression de la Russie impérialiste les a incités à se montrer prudents. Après la guerre, la Finlande a renoncé à se joindre à l’OTAN pour ne pas devenir une cible directe en cas de nouveau conflit. Son gouvernement a adopté une politique de neutralité afin de ne pas mécontenter Moscou.

Poutine

Les voisins de la Russie ont de bonnes raisons d’avoir peur. Le président Poutine a déclaré que la chute de l’Union soviétique était la grande tragédie du XXe siècle et, depuis lors, il ne ménage pas ses efforts pour reconstituer cet espace soviétique. Les nations européennes ont de quoi être horrifiées quand le même Poutine soutient que l’Ukraine n’est pas une vraie nation. Et la Bulgarie, la Pologne? Ce sont des Russes qui s’ignorent?

Cette arrogance n’a rien de nouveau; rappelons les que les autorités soviétiques désignaient les pays voisin comme le «proche étranger».

L’adhésion prochaine de la Finlande et de la Suède à l’Alliance atlantique montre que plus personne en Europe n’a le gout d’être finlandisé, sauf peut-être le Belarus. Et encore. Qu’en pense la population?

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Doit-on dire Finnois ou Finlandais?

Écrire les noms ukrainiens en français.

Écrire les noms russes en français.

Excessivement

On voit souvent l’adverbe excessivement au sens de ou d’« extrêmement ». C’est une erreur … et c’est excessif. Lorsqu’on écrit, il est essentiel de bien connaitre le sens des mots.

Excessivement veut dire « Qui dépasse la mesure ». Le Petit Robert indique que l’employer au sens de « très » est critiqué. Et pour cause, car l’adjectif vient du substantif excès, qui est une trop grande quantité, une quantité qui dépasse la mesure. D’ailleurs, « il est souvent suivi d’un adjectif exprimant une caractéristique négative », précise l’Office québécois de la langue française.

Par exemple, dire qu’un ouvrier est excessivement habile revient à affirmer qu’il est trop habile, un peu comme un ado qui dit « C’est trop cool! », alors qu’il pense que c’est très cool.

Bien sûr, on pourrait dire qu’une personne est « excessivement bonne », mais, là encore, il y a l’idée d’excès.

Détail intéressant, le Larousse semble plus laxiste à cet égard, comme c’est souvent le cas. Il donne comme synonyme à excessivement « très », alors que le Robert signale que c’est un emploi critiqué.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.