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Piocher

Autant pour un Français, un Belge ou un Québécois, piocher c’est travailler dur, bref bûcher. Le sens de creuser et de remuer la terre avec une pioche est également commun tant en Europe qu’en Amérique.

Les francophones du Canada sont toutefois surpris de lire qu’une personne a pioché un as de cœur pendant une partie de bridge. Le sens de « Prendre (une carte, un domino…) dans la pioche » est inusité de côté-ci de l’Atlantique. Encore faudrait-il s’entendre sur ce que signifie pour nous une pioche, parce qu’au Canada il est question d’un outil, tout simplement.

Comme on le voit, les francophones érigent parfois entre eux des remparts qui ont pour eux un sens différent En français européen, une pioche est aussi un lot de cartes ou de dominos qui n’ont pas été pigés…

Là, je suis certain que ce sont les Européens qui ne comprennent plus ce que j’écris. Comment peut-on piger une carte?

Au Québec, on ne pioche, on pige une carte. En Europe, on pige quand on comprend quelque chose, ce qui est également vrai au Québec.

Et une personne qui ne veut rien comprendre est une tête de pioche. Ça c’est clair des deux côtés de l’Atlantique.

Sommet

Ces jours-ci, on rêverait d’assister à un sommet Biden-Poutine sur la sécurité en Europe, après le retrait des troupes russes de l’Ukraine. La neige tardive qui frappe l’Est du Canada en ce 19 avril fait dérailler les esprits les plus équilibrés, semble-t-il…

Je suis sûr que personne n’a tiqué en lisant le mot sommet dans le paragraphe précédent, bien qu’il s’agisse d’une forme raccourcie de conférence au sommet. Cette abréviation s’est répandue à l’époque des sommets du G-5, devenus rapidement les sommets du G-7 avec l’entrée du Canada et de l’Italie dans le cercle des grands dirigeants de la planète. On remarquera la disparition du trait d’union après le grand G. On parle maintenant de sommets du G7.

Effet miroir chez les anglophones. Le Collin’s précise qu’un summit est une rencontre de chefs de gouvernement ou d’autres hauts responsables. L’expression summit conference constitue en anglais un synonyme de summit tout court.

On se rappellera avec nostalgie les sommets Reagan-Gorbatchev, à l’époque où les deux superpuissances arrivaient encore à se parler.

Check-point

Les journalistes couvrant la guerre en Ukraine doivent traverser plusieurs points de contrôle pour arriver au théâtre des combats. Des points de contrôle, il y en avait pendant la Guerre froide, notamment à la frontière entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

Je m’en souviens, j’y suis allé jadis. Hallucinant de voir la rame de métro prise à la station de la Friedrichstrasse ralentir aussitôt arrivée dans le territoire est-allemand. Des soldats nous observaient à travers une meurtrière, comme si nous représentions un danger mortel pour la République démocratique allemande. En partant de ce pays, il fallait à nouveau franchir un point de contrôle pour prouver que nous n’étions pas des fuyards.

Je suis sûr que tout le monde a compris les deux paragraphes précédents, sans tiquer devant l’expression française point de contrôle. Pourtant, dans une publication française on aurait parlé de check-point, terme entré dans Le Robert et relancé par l’invasion russe de l’Ukraine.

Check-point est de la même eau que sniper, autre anglicisme inutile qui remplace franc-tireur ou tireur embusqué, le seul problème de ces deux expressions étant d’être françaises.

Il est clair que l’anglicisme a été popularisé par le fameux Check Point Charlie, point de passage en surface entre les deux Berlin. Il est devenu un musée depuis l’unification de l’Allemagne. Ainsi en devrait-il être de tous les check-points dans les textes français.

Frapper un mur

Le président russe a frappé un mur en envahissant l’Ukraine. En essayant d’aider un ami, j’ai frappé un mur. Convaincre un complotiste de changer d’idée c’est aller frapper un mur. Le Canadien a frappé un mur en tentant de percer la muraille défensive des Bruins.

Ce sont là des formulations qui n’étonneront personne au Canada mais qui risquent de faire froncer les sourcils d’un Européen ou d’un Africain. Au sens propre, frapper signifie donner un coup à quelqu’un; il y a donc une intention agressive au départ. Un boxeur frappe son adversaire, il lui cogne dessus.

Au Canada, le verbe en question a pris le sens de heurter, comme je l’ai précisé dans un article précédent. L’expression frapper un mur est l’équivalent de frapper un nœud, bref de faire face à une difficulté imprévue et peut-être insurmontable. Au Canada, l’expression tomber sur un os a été martyrisée : frapper un os.

Il est clair que dans l’expression frapper un mur, le verbe frapper est employé au sens de heurter, quoiqu’il soit concevable qu’une personne rageuse ait donné un coup de poing dans un mur. Mais là, on s’éloigne quelque peu du sens de frapper un nœud.

Le fait de frapper un mur peut être porteur de sagesse nous dira peut-être un jour le président russe. Ou peut-être pas.

Tchernobyl

Tchernobyl. Ce nom résonne comme un glas dans ma tête.  

J’y étais presque, en 1986, étudiant de science politique à l’Université de Bonn, en Allemagne. Horreur de lire les titres dans les journaux, un matin d’avril; un accident à la centrale de Tchernobyl. Un nuage radioactif dans la stratosphère, poussé par les vents vers l’Europe de l’Ouest.

Pendant quelque temps, j’ai songé à prendre le premier avion pour rentrer au Canada. Mais, finalement, il semble que le nuage n’a fait que survoler l’Allemagne… Mais des militants verts se promenaient dans la vieille ville avec des compteurs Geiger… Évidemment, il y avait de la radioactivité au sol, il y en a toujours de toute façon.

De nos jours, aussi incroyable que cela puisse paraitre, le site maudit est devenu une attraction touristique… Et aussi inconcevable que cela puisse paraitre, il est devenu aussi une cible militaire, à cause de l’invasion sauvage et honteuse de l’Ukraine par la Russie.

Un nom

Tchernobyl refait la manchette, mais dans un contexte très différent.

Sur le plan linguistique, l’agression russe a fait prendre conscience au reste du monde de l’existence d’une langue ukrainienne et aussi de l’aberration d’employer des noms russes pour désigner des villes et régions ukrainiennes.

Les médias occidentaux ont commencé à rectifier et c’est ainsi que Kyïv ou Kyiv, Kharkiv, Lviv, etc. ont fait leur apparition.

La question se pose également pour Tchernobyl, nom russe de la ville qui se décline Tchornobyl en ukrainien. Doit-on garder l’ancienne appellation, étant donné qu’elle est très connue? Ce serait tentant, mais tout est ici une question de logique et d’uniformité. À quoi bon parler de Kyïv si on revient bêtement à Tchernobyl?

Si les gens se sont habitués à Kyïv ils s’habitueront bien à Tchornobyl.

***

Kiev ou Kyïv?

Langue ukrainienne et langue russe

Écrire les noms ukrainiens sans faute

L’ukrainien et le russe

Départager la langue ukrainienne de la langue russe n’est pas une mince tâche, d’autant plus que bien des Ukrainiens russophones défendent l’ukrainien par patriotisme… ukrainien.

Les deux langues sont très semblables; les deux s’écrivant en caractères cyrilliques, et non en caractères latins comme le français et l’anglais.

Les personnes venant de l’extérieur de la sphère des langues slaves ont malheureusement tendance à les confondre. Ce qui explique que bon nombre de toponymes ukrainiens étaient, jusqu’à tout récemment, orthographiés à la russe.

La décision prise par la plupart des médias francophones connus d’adopter le nom ukrainien Kyïv, au lieu du russe Kiev, est une belle illustration de ce problème. Il est en effet absurde d’employer les noms ukrainiens pour Kharkiv et Lviv et d’écrire ensuite Kiev à la russe.

Cohabitation

Tout comme le Bélarus, l’Ukraine est un pays russifié et la cohabitation des deux langues n’est pas toujours facile. Ainsi, le gouvernement ukrainien a fait adopter une loi en 2019 pour renforcer la présence de l’ukrainien dans la vie publique.

Quelques faits intéressants :

  • 60 pour 100 des Ukrainiens considèrent l’ukrainien comme leur langue maternelle.
  • 15 pour 100 considèrent le russe comme leur langue maternelle.
  • 22 pour 100 considèrent les deux langues comme leur langue maternelle.

Certains utilisent un mélange des deux langues appelé le Sourjik, sans toujours être conscients de ce qui vient du russe ou de l’ukrainien.

Un peu d’histoire

L’ukrainien tire ses origines de l’ancienne principauté slave orientale Rous de Kyïv qui, au IXe siècle, regroupait le Bélarus, la Russie et l’Ukraine modernes. Existe à cette époque une forme de bilinguisme entre langue écrite, le slavon, et langue parlée, l’ukrainien. On peut comparer ce bilinguisme à celui entre le latin du Moyen Âge et les langues vernaculaires.

Plus tard, l’Ukraine sera divisée entre la Pologne et la Russie. Les tsars Pierre le Grand et Catherine interdiront l’utilisation de l’ukrainien littéraire, de sorte que les populations seront russifiées.

Comme le précise la professeure de russe et d’ukrainien Natalia Chevtchenko de l’Université de Lyon :

L’usage du russe comme seule langue de communication dans les organismes officiels, le passage au russe de l’intelligentsia ukrainienne et de la majorité des dirigeants cosaques produisent leur effet très rapidement : déjà à la fin du XVIIIe siècle, l’ukrainien disparaît de l’usage officiel sur le territoire russe de l’Ukraine.

L’ukrainien est peu à peu étouffé et, sous le tsar Alexandre II, le gouvernement russe affirmera :

Il n’y a jamais eu de langue ukrainienne, il n’y en a pas maintenant et il n’y en aura jamais.

La Révolution russe de 1917 vient changer les choses. Le gouvernement de Moscou tolère les langues nationales, comme l’ukrainien, mais la langue nationale est le russe. Cependant, la défense de la langue ukrainienne deviendra rapidement suspecte; les autorités la traitent de « nationalisme bourgeois » …

En outre, la similitude entre russe et ukrainien vient compliquer les choses. Le même phénomène est observé au Bélarus, dont la langue ressemble elle aussi au russe.

Deux langues distinctes

Malgré tout, ukrainien et russe sont deux langues distinctes. Les deux tirent leur origine du proto-slave, mais l’ukrainien est davantage basé sur le dialecte vernaculaire, tandis que le russe est plus influencé par l’Église orthodoxe.

Le russe et l’ukrainien ont une similarité lexicale de 62 pour 100 alors qu’elle atteint 84 pour 100 avec le biélorusse et 70 pour 100 avec le polonais.

Cela n’empêche pas les divergences de vocabulaire.

MotUkrainienRusse
PapierPapirBumaga
SucreTsoukorSakhar
ArgentGrochiDenghi
MatinRanokOutro
BouteillePlyachkaBoutylka

Comme c’est souvent le cas avec deux langues voisines, il y a de faux amis.

MotUkrainien et russeSignification en russe
TempsTchasHeure
CitrouilleHarbousMelon
DimancheNedilyaSemaine

Confondre le russe et l’ukrainien est une grave erreur. On trouve facilement dans la Grande Toile tout un lot d’articles sur l’ukrainien, son alphabet, sa grammaire. C’est pourquoi il importe d’écrire correctement en français les noms ukrainiens.

Voir mon article à ce sujet.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

Écrire les noms ukrainiens en français

Écriture de l’ukrainien en français

L’invasion russe en Ukraine pose la question de l’orthographe des noms ukrainiens en français.

Comme le russe, l’ukrainien s’écrit en caractère cyrilliques, ce qui signifie qu’il faut transposer les sons originaux dans notre alphabet pour arriver à lire les noms. Ce procédé s’appelle la translittération. J’ai déjà abordé cette question pour la langue russe dans d’autres billets.

Petit rappel…

Deux exemples très simples : le nom du président russe est Влади́мир Влади́мирович Пу́тин. Bien entendu, c’est illisible dans notre langue. Il faut donc transposer les sons russes en français, ce qui donne Vladimir Vladimirovitch Poutine.

Toutefois, la translittération en anglais donne Vladimir Vladimirovich Putin, qui se prononce exactement de la même façon. On voit tout de suite qu’on ne peut adopter une graphie anglaise en français sans être quelque peu ridicule…

Second exemple : Dmitri Chostakovitch qui, en anglais, s’écrit Dmitri Shostakovich.

Noms ukrainiens en français

Les mêmes principes s’appliquent en ukrainien.

Pensons à Marioupol, orthographiée Mariupol en anglais.

On l’a vu récemment avec le nom de la centrale nucléaire attaquée par les Russes. Là encore, l’orthographe en français est différente de celle en anglais : Zaporijjiaen français mais Zaporizhzhia en anglais.

Pour éviter d’écrire les noms ukrainiens avec une graphie anglaise, il suffit de surveiller les lettres ou groupes de lettres suivants qui se trouvent dans les noms écrits à l’anglaise :

  • CH en anglais devient TCH en français
  • Les finales en IN devraient s’écrire INE en français
  • SH en anglais devient CH en français
  • SHCH en anglais devient CHTCH en français
  • U en anglais devient souvent OU en français
  • ZH en anglais devient J en français

Quelques exemples :

  • Chornobyl –> Tchornobyl (vrai nom de la centrale nucléaire)
  • Cherkassy –> Tcherkassy
  • Irpin –> Irpine
  • Jakchiv –> Jatchiv
  • Kiev –> Kyïv
  • Lvov –> Lviv
  • Lugansk –> Louhansk
  • Lutsk –> Loutsk
  • Mariupol –> Marioupol
  • Sebastopol –> Sévastopol
  • Shevchenko –> Chevtchenko
  • Zaporizhzhia –> Zaporijjia
  • Zhytomyr –> Jytomyr

Le president

Le nom du président ukrainien s’écrit de la même façon en anglais et en français : Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky. En effet, aucun des groupes de lettres susmentionnés ne se retrouvent dans ce nom.

Certains s’interrogeront sur le Y; pourquoi ne pas écrire tout simplement un I ? L’ukrainien, à l’instar du russe, possède un I allongé que l’on symbolise par un Y. En fait, il faudrait prononcer Zelensky à peu près de la manière suivante : Zé-lenne-skille.

Comment faut-il écrire Kiev en français? Réponse.

Prochain article : Langue ukrainienne et langue russe, des cousines très proches.

Comment écrire correctement les noms russes en français? Réponse.

SLAVA UKRAÏNI ! GLOIRE À L’UKRAINE !

Prendre action

Contrairement à ce que l’on croit, il y beaucoup d’action au Canada. Les gouvernements adoptent des actions; les entreprises mènent des actions; les responsables envisagent des actions.

Tout ce beau monde prend une ou des actions et le charabia franglais culmine lorsque l’on prend action tout court. L’anglais to take action n’est guère loin.

Comme le dit si bien l’Office québécois de la langue française : « Cette expression n’existe pas en français. »

Dans notre langue, on prend plutôt des mesures, on intervient. Bref, on réagit ou encore on passe à l’action. Le mot initiative est aussi bien précieux. Et si on prenait une initiative au lieu de prendre action? Encore plus simple : on réagit à une situation (pas à une problématique ou à un enjeu, par pitié).

Dans le vocabulaire juridique, prendre une action contre quelqu’un revient souvent à porter plainte contre lui, voire à intenter une poursuite.

Vous lirez avec intérêt mon billet sur le mot action.

Sorbonne Université

Sorbonne Université. On croit lire un texte en anglais, tant la formulation épouse la syntaxe de cette langue. Comme dans Stanford University. En fait, ne manque que le Y à Université et on y serait. Sorbonne University, vous ne trouvez pas que ça fait plus chic, plus moderne? Au diable le français de Richelieu!

En ancien français, on disait Université de la Sorbonne, tout simplement; c’était clair, c’était français. Mais voilà, ça ne faisait pas anglais.

Cette nouvelle entité résulte du regroupement de Paris-Sorbonne et de Pierre-et-Marie-Curie, communément appelées Paris-IV et Paris-VI.

À mon sens, il ne fait nul doute que d’ici 2030, l’auguste institution se fera appeler Sorbonne University, en faisant valoir le caractère de plus en plus international de son enseignement.

International parce que de nombreux cours seront dispensés en anglais, à cause du caractère « universel » de cette langue; l’afflux d’étudiants anglophones qui s’en suivra rendra la Sorbonne de plus en plus « internationale », donc ouverte à l’anglais. Une appellation anglaise ne fera que renforcer le rayonnement de l’université (vraiment?).

(Ceux qui m’accuseront de fabuler auraient intérêt à savoir que des étudiants anglophones étrangers trouvent le moyen d’étudier à l’Université Laval de Québec, sans connaitre le français.)

Les conséquences ne se feront pas attendre : Sorbonne Université ne sera que le prélude de Sorbonne University. Et il y a fort à parier que d’autres universités françaises emboiteront le pas avec enthousiasme.

Une tempête dans un verre de vin?

Ce qui se passe à la Sorbonne est l’arbre qui cache la forêt. J’ai écrit deux textes portant spécifiquement sur l’anglicisation de la France; dans d’autres articles, j’ai dénoncé la complaisance de nos cousins d’outre-Atlantique pour le sabir américain qu’ils tiennent à tout prix à glisser dans les slogans d’entreprises, dans les nouvelles télévisées et dans les conversations.

J’ai l’impression de me répéter.

Pourtant je ne suis pas le seul. À la mi-février 2022, l’Académie française a une nouvelle fois dénoncé le franglais qui envahit toutes les sphères en France. Extrait d’un article paru dans La Presse de Montréal :

Les exemples sont nombreux. Air France a sa « skyteam » ; Citroën, sa « Connect Box » ; Canal+, son « My Canal » et les meilleurs programmes en « live » et en « replay » ; les magasins Carrefour ont leurs « drive piéton » ; Ma French Bank utilise des « cookies » et offre le service « Let’s Cagnotte ».

Selon les Immortels, c’est maintenant la syntaxe qui est atteinte… comme au Canada (c’est moi qui ajoute). Un manager Travaux, vous connaissez?

Comme je l’ai déjà mentionné, les Français ne veulent plus traduire. Les expressions les plus simples en anglais sont importées telles quelles. On n’a qu’à penser à QR code, appelé couramment code QR au Canada. Sans oublier cloud, fake news, newsletter, low-cost, podcast, millenials, etc.

Et que dire du président Macron qui décrit la France comme une startup nation?

Alors si les universités s’y mettent aussi…

Libertarien

Le Canada est le seul pays du G7 qui laisse sa capitale, Ottawa, être assiégée par des manifestants opposés aux mesures sanitaires depuis maintenant presque trois semaines, sans le moindrement réagir. Une sorte de 6 Janvier au ralenti se déroule chez nous et les divers gouvernements, tout comme les instances policières, sont paralysés de stupeur.

L’occupation du centre-ville d’Ottawa est devenue un véritable cirque, avec comptoirs de nourriture et structures pour les enfants. Certains ont installé un spa sous un froid sibérien. Ne manque plus qu’un spectacle de Céline Dion. Un Disneyland canadien mais avec de troublants drapeaux américains sudistes et quelques croix gammées.

Il est maintenant clair que le siège de la capitale canadienne, inimaginable ailleurs, a été financé à plus de 50 pour 100 par des Américains. Des militants déterminés clament qu’ils n’obéiront jamais aux ordres des policiers et entendent demeurer sur place tant que le gouvernement Trudeau, légitimement élu l’automne dernier, ne sera pas renversé. Là, on est très loin des protestations contre les mesures sanitaires, mais il est question d’un coup d’État planifié par des libertariens.

Une notion d’extrême droite

Ce mot est une curiosité linguistique aussi bien que politique. Il vient de l’anglais libertarian. Au sens strict du terme, il est question d’appliquer le libéralisme économique sans entrave, ce qui passe par la dérèglementation généralisée de l’économie et, en fin de compte, par l’abolition de l’État et de toutes les contraintes qu’il impose. Les libertariens prônent la liberté individuelle totale. N’est-ce pas l’essence du discours que l’on entend à Ottawa?

Bien sûr, la majorité des manifestants de la capitale n’ont pas poussé la réflexion aussi loin, mais certains l’ont fait à leur place.

L’extrême gauche

Cette liberté dans tous les azimuts rejoint celle que vise aussi l’extrême gauche. La doctrine marxiste-léniniste présente l’État comme l’instrument de l’oppression que la classe dominante exerce sur la population pour assurer sa domination. L’un des buts d’une révolution socialiste est d’abolir la classe parasitaire que sont les capitalistes pour donner le pouvoir aux travailleurs. L’État socialiste assure cette transition et doit être aboli ensuite pour laisser place au communisme. Les anarchistes sont plus pressés et prêchent pour l’abolition immédiate de l’État. Plus de gouvernement, plus d’administration nulle part.

Une convergence des extrêmes?

Apparemment, libertariens, anarchistes et communistes convergent dans leur désir d’instaurer une liberté totale, mais ce n’est pas le cas. La gauche veut l’abolition de l’État pour mettre fin au libéralisme économique, tandis que la droite veut créer un monde dans lequel les entreprises pourront s’enrichir sans aucune restriction.

Aux États-Unis, les libertariens appuient généralement Donald Trump; au Canada ils sont derrière Maxime Bernier et la frange radicale du Parti conservateur, qui a ouvertement appuyé les camionneurs.

L’occupation d’Ottawa est une percée majeure pour les libertariens canadiens et américains. Soyez assurés que plusieurs groupes extrémistes ont bien noté que le gouvernement Trudeau veut défendre l’Ukraine mais qu’il est incapable de rétablir l’ordre dans sa propre capitale.