Archives de catégorie : Anglicismes

Polariser

Les politiques du gouvernement américain polarisent la population. Elles sont divisives, diront certains rédacteurs bien au fait de l’anglais.

Le verbe polariser est un autre brillant exemple de faux ami ayant fait intrusion dans le discours public, sans attirer l’attention. On peut sans nul doute le qualifier d’anglicisme insidieux; les amateurs de polars parleront du crime parfait.

Tant au Parlement du Canada que dans la fonction publique de ce pays, l’anglais polarize est systématiquement rendu par polariser.

Une consultation des dictionnaires vient tempérer notre enthousiasme.

La polarisation est « L’action de concentrer en un point (des forces, des influences). » – Le Petit Robert.

Le Petit Larousse, quant à lui, parle de concentrer l’attention sur quelque chose.

Comme on le voit, on est assez loin du sens anglais. « To break up into opposing factions or groupings, a campaign that polarized the electorate. » D’ailleurs, le Robert-Collins traduit « Être polarisé sur quelque chose » par « To be centered on something. »

À l’ONU, on traduit polarize par « cristalliser davantage les divergences d’opinions. »

Un autre exemple de l’Unesco : « Past scheme often polarize the community. » rendu par « Jusqu’ici, les projets avaient tendance à diviser la communauté. »

Diviser, voilà la clé. Renvoyer les gens dans des camps opposés. Semer la division, la discorde.

Mais le faux ami est tellement tentant…

Polarisant

Ce qui polarise est forcément polarisant… Logique implacable de l’anglicisme. Quand on y pense bien, force est de constater que la soi-disant polarisation accentue les clivages, la division. Donc, il serait judicieux de dire que la question de l’avortement est un sujet clivant — et non pas divisif, comme le pense un certain premier ministre.

Milléniaux

On parle de plus en plus des milléniaux, ces membres de la génération Y. Ce mot, inspiré de l’anglais millenials, s’incruste de plus en plus dans l’usage. Dans Le Devoir du 18 décembre 2017, je lis millénariaux. Faut-il s’en inquiéter?

Chose certaine, l’usage semble de plus en plus pencher vers milléniaux. Toutefois d’autres solutions s’offrent au langagier.

Le Grand Dictionnaire terminologique emploie le nom de Y et les définit comme les personnes étant nées entre 1982 et 2005. L’éventail est large, comme on le voit. Mais les définitions varient. Selon Termium : il pourrait s’agir des rejetons de 1980 à 1990, tandis que les Américains parlent de ceux nés entre 1981 et 1997…

Le dilemme existentiel de savoir si on est plus X que Y persiste… Au secours, Boucar Diouf!

Notre réflexe de Nord-Américain méfiant de l’anglais nous incite à chercher des solutions moins calquées sur la langue de Shakespeare.

Ainsi, certains parlent des enfants du millénaire. L’Office québécois de la langue française nous propose des appellations assez longues, comme personne de la génération Y, personne de la génération millénaire, personne de la génération du millénaire.

Ces propositions sont peu séduisantes en regard de la simplicité du terme anglais. Mais elles sont exactes. Moins surprenantes, en tout cas, que écho-boomer (sic).

L’Office a même suggéré millénarial… D’où l’expression relevée dans Le Devoir. En tout cas, elle déconseille millénial pour les raisons suivantes :

L’emprunt intégral adapté millénial ne s’intègre pas au système linguistique du français, puisqu’il est mal formé. En effet, millénial dérive de millénium, qui n’a pas en français le sens général de « période de mille ans », comme c’est le cas en anglais.

En fin de compte, parler des Y ou des personnes de la génération Y est peut-être la meilleure solution pour qui veut éviter les anglicismes. Mais, soyons réalistes, l’usage ne semble pas vouloir retenir cette solution.

Accommodements raisonnables

L’attitude suffisante du premier ministre québécois Philippe Couillard et son dogmatisme nous plongent encore une fois dans la marmite bouillonnante du débat sur les accommodements raisonnables. Impardonnable, au moment où un consensus se dessinait enfin dans ce dossier.

Cette expression mérite un examen linguistique.

Dans un article précédent, je traitais du verbe accommoder. Il n’a pas le sens anglais de rendre service qu’on lui attribue généralement au Québec. Toute recherche au dictionnaire nous amène à constater que ce mot est surtout utilisé en cuisine…

Alors si on ne peut employer « accommoder » au sens de rendre service, peut-on faire des accommodements? Il semble bien que si, puisqu’un accommodement est un règlement amiable à un différend.

Dans ce contexte, l’expression accommodement raisonnable devient très défendable. On pourrait dire la même chose de sa petite sœur, les accommodements religieux.

Pourtant, le terme accommodement raisonnable est à l’origine un emprunt à l’anglais. C’est en effet dans un jugement de la Cour suprême du Canada en 1985 que la notion de reasonable accomodation apparaît. L’affaire portait sur la discrimination raciale.

Le calque s’est propagé au Québec dans les années 2000. Répandu par les médias, il est maintenant généralisé. À un point tel, que le Petit Robert en fait mention : « … au Canada compromis visant à concilier les droits fondamentaux et les particularités culturelles et religieuses d’un individu, d’une communauté. »

Certains rugiront devant ce nouvel emprunt. Pourtant, il comble un vide et désigne une réalité très précise. Les emprunts ont leur utilité.

La France en anglais

Le slogan choisi pour les Jeux olympiques de Paris en 2024 s’énonce en anglais : « Made for sharing ». Ce choix a bien entendu suscité l’indignation au Québec mais aussi dans l’Hexagone, sans parler de tout ce qu’on lit dans les médias sociaux.

Le président Hollande l’a dénoncé, de même que Bernard Pivot.

Chaque fois que les Québécois s’élèvent contre une nouvelle intrusion de l’anglais en France, il s’en trouve beaucoup pour railler ces braves coloniaux ringards qui ne comprennent rien à rien.

En toute amitié, j’aimerais donner quelques explications sur les réactions parfois étonnantes des Québécois et leur origine.

Beaucoup de Français ne comprennent pas l’hypersensibilité des Québécois et des autres francophones du Canada lorsqu’il est question d’anglicismes. Dans mon blogue, toute dénonciation de nouveaux emprunts inutiles à l’anglais me vaut quelques réactions en Europe. On tente par tous les moyens de justifier l’anglicisme. Toutes les réponses sont teintées d’un agacement évident de se faire reprendre par un habitant d’une ancienne colonie.

L’ennui, c’est que le français appartient à tous les francophones.

Si pour beaucoup d’Européens la défense de la langue française relève d’un passé révolu, elle constitue une cause vitale pour les francophones d’Amérique.

Le français en Amérique

D’entrée de jeu, je veux signaler que les Québécois font beaucoup plus d’anglicismes que les Européens. C’est un fait : nous sommes mal placés de vous faire la leçon.

Nos anglicismes ne sont pas uniquement des mots anglais plaqués dans un discours français. Les nôtres sont, dans un sens, plus subtils. Ce sont des anglicismes sémantiques (donner un sens anglais à un mot français); lexicaux, morphologiques (addresse au lieu d’adresse), et syntaxiques. Le mal est bien plus virulent et insidieux qu’en Europe.

La démographie est notre pire ennemie.

Le Québec et les Canadiens français des autres provinces comptent pour neuf des trente-cinq millions d’habitants du Canada. Au sud de la frontière, quelque trois cents millions d’anglophones. La force de frappe de l’anglais au Québec est gigantesque et inimaginable en Europe : nous sommes bombardés d’anglais par les médias du Canada et des États-Unis. La culture américaine est omniprésente.

Le contrecoup pour la langue française est considérable. Nous pensons en anglais.

Le vocabulaire, la syntaxe sont dévastés. La réalité est cruelle : un concierge d’hôtel parisien, un chauffeur de bus à Nantes, un cuisinier à Bruxelles s’exprime mieux et avec une plus grande précision qu’un grand nombre de Québécois. Même les élites maltraitent le français au Québec.

Vous croyez vraiment que Sarkozy s’exprime mal? Voyez comment parle le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

« Il continue d’esquisser la question de pourquoi le Canada n’est pas en train d’être le pays que les gens à travers le monde ont toujours vu le Canada comme étant. »

Bien entendu, M. Trudeau ne parle pas toujours ainsi. Mais, en général, son français est bancal et hésitant. Le premier ministre a été élevé en anglais et en français.

Beaucoup de francophones du Canada en viennent à confondre le vocabulaire et la syntaxe de l’anglais et du français. Ils ne font plus la différence entre les deux langues. Un exemple :

« Le ministre n’a pas voulu se commettre pour l’instant. Il adressera cette problématique éventuellement. »

Pour comprendre, il faut parler anglais. Traduction : « Le ministre n’a pas voulu s’avancer. Il s’attaquera au problème plus tard. »

Dans la phrase originale, « éventuellement » est pris au sens anglais de « par la suite ».

Cette langue abâtardie et laborieuse est parlée par une grande partie de la population. Ceux qui cherchent à mieux parler sont mal vus et dénigrés. Ce sont des snobs

La peur de disparaître

Les Québécois sont hantés par la peur de disparaître, même si les francophones représentent les quatre cinquièmes de la population. Mais la population de Montréal est seulement à moitié francophone. L’anglais est omniprésent dans la métropole, porté par une minorité anglophone qui se défend bec et ongles.

Les affichages uniquement en anglais font un retour en force. Dans certains magasins, il est difficile, sinon impossible de se faire servir en français. Cela dans la deuxième ville française du monde. Imagine-t-on pareille situation à Paris?

Pour vous, afficher en anglais est un signe de modernité, une fantaisie distrayante. Pas pour les Québécois.

Dans le reste du Canada, la situation est encore plus grave, car les minorités francophones s’effritent au fil des années. L’assimilation fait son œuvre.

Les réactions outrées devant l’anglicisation de la France s’expliquent un peu mieux quand on prend conscience de cette réalité. Pour les francophones du Canada, parler français c’est respirer. L’anglais est certes la langue internationale et nous sommes bien heureux de pouvoir la parler. Mais elle représente aussi une menace.

Les Québécois voyaient la France comme une alliée. Ils découvrent des élites fascinées par l’anglais et surtout par cette Amérique mythique, la république sœur qui brille de tous ses feux. Or cette Amérique mythique elle n’existe que dans votre imagination.

Pour les francophones du Canada, la déception est immense.

Comprendre et traduire les États-Unis

 

Ce blogue existe depuis mars 2013. J’y ai rédigé de nombreux articles sur les réalités américaines, que ce soit le fonctionnement des institutions, la toponymie, la mentalité américaine, la politique de cette superpuissance qui ne finit jamais de nous étonner.

Voici les liens vers tous mes articles portant sur les États-Unis.

Le 20 janvier suivant l’élection présidentielle, le gagnant est assermenté lors d’une cérémonie faussement appelée inauguration.

Le président réside à la Maison-Blanche. Origines du nom et orthographe.

Le candidat défait lors d’une élections présidentielle prononce un concession speech.

Le Collège électoral : origines et fonctionnement.

Les institutions américaines.

Un président ne jouit pas de pouvoirs illimités. Au contraire, il est bien surveillé.

Les habitants des États-Unis sont appelés Américains. C’est un faux sens passé dans l’usage. Peut-on lui substituer États-Uniens  est-il un substitut acceptable pour Américains?

Pourquoi parle-t-on maintenant des Amériques ?

Pourquoi les Américains mettent-ils le singulier après United States?

Les noms des États américains en français

Détroit s’écrit avec un accent aigu, point à la ligne.

Comment énoncer le nom des États américains?

L’adjectif US est-il correct en français? Comme dans le dollar US.

Traduire les toponymes aux États-Unis n’est pas aussi simple qu’on le croit.

Le phénomène des tueries aux États-Unis est récurrent. Comment expliquer l’inertie du gouvernement et du Congrès?

L’ère Trump…

Une période sombre de l’histoire américaine. Une source d’innovation sur le plan du vocabulaire.

 Dès la première semaine de règne, on accusait déjà Trump de faire du gaslighting. De quoi s’agit-il? 

L’administration Trump a menti systématiquement, du début à la fin. C’est alors qu’est apparue la post-vérité. L’Oxford Dictionary en a fait le mot de l’année 2016.

Sans oublier les faits alternatifs

 

Les faits alternatifs

La délirante conseillère du président américain a introduit cette expression drôlatique dans une entrevue avec les médias. Kellyann Conway ne se doutait pas du retentissement qu’aurait son néologisme.

La traduction la plus facile est les faits alternatifs. Quand on traduit, il est toujours tentant de calquer l’anglais pour aller plus vite. Bon nombre de lecteurs ont eu des idées plus créatives : vérité négative, de rechange; envers de la vérité; autre vérité; faits parallèles, etc.

La traduction la plus simple et la plus directe serait tout simplement mensonges.

Je voudrais maintenant me pencher sur le mot alternatif.

Il est encore critiqué par beaucoup, mais force est de reconnaître que son emploi s’est généralisé, dans le sens de solution de rechange.

Comme le précise le Robert :

Qui constitue une solution de remplacement… Qui, par sa pratique, propose d’autres choix que ceux imposés par les société industrielles et technologiques, par la société de consommation.

Le dictionnaire donne comme exemples médecine alternative. En politique on parle des mouvements alternatifs.

Les soi-disant faits alternatifs sont-ils des faits de rechange? Beaucoup tiqueront.

Les rédacteurs de tout acabit hésiteront sans doute à parler de mensonges, malgré leur hostilité évidente envers le nouveau président américain. Ceux qui voudront éviter la tournure douteuse des faits alternatifs pourront toujours puiser dans les possibilités énoncées ci-dessus.

Rappelons-nous que cette novlangue, inspirée d’Orwell, a commencé par le mot de l’année 2016 : post-vérité. Voir mon article à ce sujet.

Gaslighting

La présidence ubuesque de Trump vient à peine de débuter qu’elle nous apporte déjà son lot d’aberrations terminologiques.

La Presse Plus du 23 janvier relatait que les mensonges éhontés de la Maison-Blanche, notamment sur l’ampleur de la foule ayant assisté à l’assermentation, sont qualifiés de gaslighting dans les médias sociaux. Selon Rima Elkouri, le terme viendrait d’une pièce de théâtre de 1930 dans laquelle un mari manipulateur tente de détruire la santé mentale de sa femme.

Le terme « gaslighting » désigne donc les manœuvres psychologiques qui visent à créer chez ses victimes des sentiments d’anxiété et de confusion tels que celles-ci se mettent à douter de leur propre mémoire, de leur propre perception et de leur propre jugement.

Le terme a fait florès sur les médias sociaux.

Mais comment le traduire?

Bien entendu, la solution facile serait d’écrire trumperies… Quelques collègues ont avancé les suggestions suivantes : pathotromperie, tromperimanie, mythomanie, intoxication.

Un autre collègue nous ramène tous à l’ordre : au fond, n’est-ce pas tout simplement des mensonges? Ou bien : la déformation systématique de la réalité.

Alternative facts

Le mensonge c’est la vérité, assénait George Orwell.

La conseillère de Trump, Kellyanne Conway, a lancé ce pétard terminologique en pleine entrevue à la télévision américaine. Il était question encore une fois de la foule présente à l’assermentation. Mme Conway a allégué que le représentant de la Maison-Blanche n’avait fait que présenter des « faits alternatifs ». Autrement dit, prétendre que la foule était « historique », alors qu’elle était clairsemée.

On pourrait traduire alternative facts par les faits alternatifs. Nulle doute que cette solution de facilité séduira un grand nombre de rédacteurs francophones. Surtout qu’elle sonne tellement anglais, pour ne pas dire américain…

Les premières idées qui me sont venues : les faux faits, la vérité négative.

Je n’étais pas fier de mes trouvailles. Parce qu’il s’agit encore de mensonges que toutes les tournures créatives n’arriveront jamais à dissimuler. Un de mes abonnés Twitter a suggéré les faits parallèles.

Parmi les autres suggestions : fausses perspectives, perspectives tronquées, erronées, vérité de rechange, autre version des faits, autre vérité. Bref, le mensonge sème à tout vent.

Au fond, le meilleur terme n’est-il pas l’envers de la vérité? Ou la pseudo-vérité?

Car, au fond, ne vivons nous pas à l’ère de la post-vérité, terme qui a fait l’objet d’un article précédent.

 

 

 

 

 

Contre-terrorisme

Il est facile de s’embrouiller lorsqu’il est question du contre-terrorisme. De prime abord, on songe tout de suite à la lutte contre le terrorisme. Le terme est d’ailleurs employé assez souvent dans ce sens, notamment par le ministère français de la Défense. On le voit aussi à la Gendarmerie royale du Canada.

Curieusement, contre-terrorisme ne désigne pas la lutte contre le terrorisme. Du moins, pas pour tout le monde… La définition traditionnelle figure dans le Larousse :

Ensemble d’actions ripostant au terrorisme par des moyens analogues.

Le contre-terrorisme serait donc des actions terroristes perpétrées par un État contre un autre. Certains loustics diront qu’il s’agit d’une pratique courante…

pourtant, Le Robert précise que cette lutte contre le terrorisme s’effectue «parfois par les mêmes moyens».

On peut penser que le sens de ce mot évoluera dans les prochaines années pour rejoindre celui de l’anglais. En effet, on parle beaucoup plus de la lutte contre le terrorisme, que celui pratiqué par certains État pour contrer le terrorisme qu’ils subissent. L’usage tracera son sillon, comme d’habitude.

On peut établir un parallèle avec contre-espionnage, que le Larousse définit ainsi :

Service de sécurité chargé de déceler l’action des agents de renseignements ennemis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Le contre-espionnage est la lutte contre l’espionnage. La nuance étant que cette lutte peut passer par des activités d’espionnage.

Un sujet explosif.

Cérémonie d’inauguration

Le 20 janvier prochain se déroulera une cérémonie au cours de laquelle le président élu des États-Unis prêtera serment, avant de prendre ses fonctions.

Les journalistes canadiens seront encore une fois tentés de suivre la démarche de l’anglais, sans se poser de question. On risque d’entendre nos médias parler de la cérémonie d’inauguration du nouveau président.

Cette expression ne passe pas en français. Dans notre langue, on inaugure un bâtiment, comme en témoigne Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Comme on le voit, on n’inaugure pas un président.

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Le nouveau président prêtera serment sur les marches du Capitole. Il s’agit donc d’une cérémonie d’assermentation.

Peut-on dans ce cas précis parler d’investiture? Pas vraiment.

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Par exemple, Mme Clinton a été investie par le Parti démocrate. Une investiture peut aussi être définie par la confiance que vote un Parlement à un gouvernement ou un premier ministre. Ce dernier est investi de la confiance de la Chambre.

Souhaitons que nos scribes nous épargnent leur cérémonie d’inauguration ou cérémonie d’investiture. Je suis d’un optimisme très prudent.

US

L’abréviation US est courante lorsqu’on parle des devises monétaires : le dollar US. Cette abréviation s’inspire du Code des monnaies de l’ISO qui désigne la devise américaine de la façon suivante : USD.

Il semble toutefois que le sigle de deux lettres ait envahi la langue courante pour devenir un synonyme du mal aimé « américain ».

Bien entendu, cet adjectif est un faux sens passé dans l’usage, qu’on le veuille ou non. Il devrait normalement qualifier les habitants du continent américain. D’ailleurs, bien des francophones parlent de l’Amérique, et non des États-Unis.

Certains tentent de rétablir l’équilibre et remplacent « américain » par « états-unien », qu’on écrit aussi « étasunien ».

Il n’y a pas lieu de revenir sur américain, car l’usage a tranché depuis longtemps. Alors pourquoi US un peu partout?

La diplomatie US, les médias US, les élections US

Heureusement, ce genre de formulation n’est guère répandu, mais il est quand même à déconseiller.

Pour se convaincre de l’inutilité et de l’absurdité de ce genre de construction, imaginons la phrase suivante : « La livre UK encore en baisse. Londres devra emprunter sur les marchés CH. »

Tout le monde a bien compris? Ah oui, CH c’est la Confédération helvétique, surnom de la Suisse.