Archives de catégorie : Anglicismes

La France en anglais

Le slogan choisi pour les Jeux olympiques de Paris en 2024 s’énonce en anglais : « Made for sharing ». Ce choix a bien entendu suscité l’indignation au Québec mais aussi dans l’Hexagone, sans parler de tout ce qu’on lit dans les médias sociaux.

Le président Hollande l’a dénoncé, de même que Bernard Pivot.

Chaque fois que les Québécois s’élèvent contre une nouvelle intrusion de l’anglais en France, il s’en trouve beaucoup pour railler ces braves coloniaux ringards qui ne comprennent rien à rien.

En toute amitié, j’aimerais donner quelques explications sur les réactions parfois étonnantes des Québécois et leur origine.

Beaucoup de Français ne comprennent pas l’hypersensibilité des Québécois et des autres francophones du Canada lorsqu’il est question d’anglicismes. Dans mon blogue, toute dénonciation de nouveaux emprunts inutiles à l’anglais me vaut quelques réactions en Europe. On tente par tous les moyens de justifier l’anglicisme. Toutes les réponses sont teintées d’un agacement évident de se faire reprendre par un habitant d’une ancienne colonie.

L’ennui, c’est que le français appartient à tous les francophones.

Si pour beaucoup d’Européens la défense de la langue française relève d’un passé révolu, elle constitue une cause vitale pour les francophones d’Amérique.

Le français en Amérique

D’entrée de jeu, je veux signaler que les Québécois font beaucoup plus d’anglicismes que les Européens. C’est un fait : nous sommes mal placés de vous faire la leçon.

Nos anglicismes ne sont pas uniquement des mots anglais plaqués dans un discours français. Les nôtres sont, dans un sens, plus subtils. Ce sont des anglicismes sémantiques (donner un sens anglais à un mot français); lexicaux, morphologiques (addresse au lieu d’adresse), et syntaxiques. Le mal est bien plus virulent et insidieux qu’en Europe.

La démographie est notre pire ennemie.

Le Québec et les Canadiens français des autres provinces comptent pour neuf des trente-cinq millions d’habitants du Canada. Au sud de la frontière, quelque trois cents millions d’anglophones. La force de frappe de l’anglais au Québec est gigantesque et inimaginable en Europe : nous sommes bombardés d’anglais par les médias du Canada et des États-Unis. La culture américaine est omniprésente.

Le contrecoup pour la langue française est considérable. Nous pensons en anglais.

Le vocabulaire, la syntaxe sont dévastés. La réalité est cruelle : un concierge d’hôtel parisien, un chauffeur de bus à Nantes, un cuisinier à Bruxelles s’exprime mieux et avec une plus grande précision qu’un grand nombre de Québécois. Même les élites maltraitent le français au Québec.

Vous croyez vraiment que Sarkozy s’exprime mal? Voyez comment parle le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

« Il continue d’esquisser la question de pourquoi le Canada n’est pas en train d’être le pays que les gens à travers le monde ont toujours vu le Canada comme étant. »

Bien entendu, M. Trudeau ne parle pas toujours ainsi. Mais, en général, son français est bancal et hésitant. Le premier ministre a été élevé en anglais et en français.

Beaucoup de francophones du Canada en viennent à confondre le vocabulaire et la syntaxe de l’anglais et du français. Ils ne font plus la différence entre les deux langues. Un exemple :

« Le ministre n’a pas voulu se commettre pour l’instant. Il adressera cette problématique éventuellement. »

Pour comprendre, il faut parler anglais. Traduction : « Le ministre n’a pas voulu s’avancer. Il s’attaquera au problème plus tard. »

Dans la phrase originale, « éventuellement » est pris au sens anglais de « par la suite ».

Cette langue abâtardie et laborieuse est parlée par une grande partie de la population. Ceux qui cherchent à mieux parler sont mal vus et dénigrés. Ce sont des snobs

La peur de disparaître

Les Québécois sont hantés par la peur de disparaître, même si les francophones représentent les quatre cinquièmes de la population. Mais la population de Montréal est seulement à moitié francophone. L’anglais est omniprésent dans la métropole, porté par une minorité anglophone qui se défend bec et ongles.

Les affichages uniquement en anglais font un retour en force. Dans certains magasins, il est difficile, sinon impossible de se faire servir en français. Cela dans la deuxième ville française du monde. Imagine-t-on pareille situation à Paris?

Pour vous, afficher en anglais est un signe de modernité, une fantaisie distrayante. Pas pour les Québécois.

Dans le reste du Canada, la situation est encore plus grave, car les minorités francophones s’effritent au fil des années. L’assimilation fait son œuvre.

Les réactions outrées devant l’anglicisation de la France s’expliquent un peu mieux quand on prend conscience de cette réalité. Pour les francophones du Canada, parler français c’est respirer. L’anglais est certes la langue internationale et nous sommes bien heureux de pouvoir la parler. Mais elle représente aussi une menace.

Les Québécois voyaient la France comme une alliée. Ils découvrent des élites fascinées par l’anglais et surtout par cette Amérique mythique, la république sœur qui brille de tous ses feux. Or cette Amérique mythique elle n’existe que dans votre imagination.

Pour les francophones du Canada, la déception est immense.

Comprendre et traduire les États-Unis

 

Ce blogue existe depuis mars 2013. J’y ai rédigé de nombreux articles sur les réalités américaines, que ce soit le fonctionnement des institutions, la toponymie, la mentalité américaine, la politique de cette superpuissance qui ne finit jamais de nous étonner.

Voici les liens vers tous mes articles portant sur les États-Unis.

Le 20 janvier suivant l’élection présidentielle, le gagnant est assermenté lors d’une cérémonie faussement appelée inauguration.

Le président réside à la Maison-Blanche. Origines du nom et orthographe.

Le candidat défait lors d’une élections présidentielle prononce un concession speech.

Le Collège électoral : origines et fonctionnement.

Les institutions américaines.

Un président ne jouit pas de pouvoirs illimités. Au contraire, il est bien surveillé.

Les habitants des États-Unis sont appelés Américains. C’est un faux sens passé dans l’usage. Peut-on lui substituer États-Uniens  est-il un substitut acceptable pour Américains?

Pourquoi parle-t-on maintenant des Amériques ?

Pourquoi les Américains mettent-ils le singulier après United States?

Les noms des États américains en français

Détroit s’écrit avec un accent aigu, point à la ligne.

Comment énoncer le nom des États américains?

L’adjectif US est-il correct en français? Comme dans le dollar US.

Traduire les toponymes aux États-Unis n’est pas aussi simple qu’on le croit.

Le phénomène des tueries aux États-Unis est récurrent. Comment expliquer l’inertie du gouvernement et du Congrès?

L’ère Trump…

Une période sombre de l’histoire américaine. Une source d’innovation sur le plan du vocabulaire.

 Dès la première semaine de règne, on accusait déjà Trump de faire du gaslighting. De quoi s’agit-il? 

L’administration Trump a menti systématiquement, du début à la fin. C’est alors qu’est apparue la post-vérité. L’Oxford Dictionary en a fait le mot de l’année 2016.

Sans oublier les faits alternatifs…

 

Les faits alternatifs

La délirante conseillère du président américain a introduit cette expression drôlatique dans une entrevue avec les médias. Kellyann Conway ne se doutait pas du retentissement qu’aurait son néologisme.

La traduction la plus facile est les faits alternatifs. Quand on traduit, il est toujours tentant de calquer l’anglais pour aller plus vite. Bon nombre de lecteurs ont eu des idées plus créatives : vérité négative, de rechange; envers de la vérité; autre vérité; faits parallèles, etc.

La traduction la plus simple et la plus directe serait tout simplement mensonges.

Je voudrais maintenant me pencher sur le mot alternatif.

Il est encore critiqué par beaucoup, mais force est de reconnaître que son emploi s’est généralisé, dans le sens de solution de rechange.

Comme le précise le Robert :

Qui constitue une solution de remplacement… Qui, par sa pratique, propose d’autres choix que ceux imposés par les société industrielles et technologiques, par la société de consommation.

Le dictionnaire donne comme exemples médecine alternative. En politique on parle des mouvements alternatifs.

Les soi-disant faits alternatifs sont-ils des faits de rechange? Beaucoup tiqueront.

Les rédacteurs de tout acabit hésiteront sans doute à parler de mensonges, malgré leur hostilité évidente envers le nouveau président américain. Ceux qui voudront éviter la tournure douteuse des faits alternatifs pourront toujours puiser dans les possibilités énoncées ci-dessus.

Rappelons-nous que cette novlangue, inspirée d’Orwell, a commencé par le mot de l’année 2016 : post-vérité. Voir mon article à ce sujet.

Gaslighting

La présidence ubuesque de Trump vient à peine de débuter qu’elle nous apporte déjà son lot d’aberrations terminologiques.

La Presse Plus du 23 janvier relatait que les mensonges éhontés de la Maison-Blanche, notamment sur l’ampleur de la foule ayant assisté à l’assermentation, sont qualifiés de gaslighting dans les médias sociaux. Selon Rima Elkouri, le terme viendrait d’une pièce de théâtre de 1930 dans laquelle un mari manipulateur tente de détruire la santé mentale de sa femme.

Le terme « gaslighting » désigne donc les manœuvres psychologiques qui visent à créer chez ses victimes des sentiments d’anxiété et de confusion tels que celles-ci se mettent à douter de leur propre mémoire, de leur propre perception et de leur propre jugement.

Le terme a fait florès sur les médias sociaux.

Mais comment le traduire?

Bien entendu, la solution facile serait d’écrire trumperies… Quelques collègues ont avancé les suggestions suivantes : pathotromperie, tromperimanie, mythomanie, intoxication.

Un autre collègue nous ramène tous à l’ordre : au fond, n’est-ce pas tout simplement des mensonges? Ou bien : la déformation systématique de la réalité.

Alternative facts

Le mensonge c’est la vérité, assénait George Orwell.

La conseillère de Trump, Kellyanne Conway, a lancé ce pétard terminologique en pleine entrevue à la télévision américaine. Il était question encore une fois de la foule présente à l’assermentation. Mme Conway a allégué que le représentant de la Maison-Blanche n’avait fait que présenter des « faits alternatifs ». Autrement dit, prétendre que la foule était « historique », alors qu’elle était clairsemée.

On pourrait traduire alternative facts par les faits alternatifs. Nulle doute que cette solution de facilité séduira un grand nombre de rédacteurs francophones. Surtout qu’elle sonne tellement anglais, pour ne pas dire américain…

Les premières idées qui me sont venues : les faux faits, la vérité négative.

Je n’étais pas fier de mes trouvailles. Parce qu’il s’agit encore de mensonges que toutes les tournures créatives n’arriveront jamais à dissimuler. Un de mes abonnés Twitter a suggéré les faits parallèles.

Parmi les autres suggestions : fausses perspectives, perspectives tronquées, erronées, vérité de rechange, autre version des faits, autre vérité. Bref, le mensonge sème à tout vent.

Au fond, le meilleur terme n’est-il pas l’envers de la vérité? Ou la pseudo-vérité?

Car, au fond, ne vivons nous pas à l’ère de la post-vérité, terme qui a fait l’objet d’un article précédent.

 

 

 

 

 

Contre-terrorisme

Il est facile de s’embrouiller lorsqu’il est question du contre-terrorisme. De prime abord, on songe tout de suite à la lutte contre le terrorisme. Le terme est d’ailleurs employé assez souvent dans ce sens, notamment par le ministère français de la Défense. On le voit aussi à la Gendarmerie royale du Canada.

Curieusement, contre-terrorisme ne désigne pas la lutte contre le terrorisme. Du moins, pas pour tout le monde… La définition traditionnelle figure dans le Larousse :

Ensemble d’actions ripostant au terrorisme par des moyens analogues.

Le contre-terrorisme serait donc des actions terroristes perpétrées par un État contre un autre. Certains loustics diront qu’il s’agit d’une pratique courante…

pourtant, Le Robert précise que cette lutte contre le terrorisme s’effectue «parfois par les mêmes moyens».

On peut penser que le sens de ce mot évoluera dans les prochaines années pour rejoindre celui de l’anglais. En effet, on parle beaucoup plus de la lutte contre le terrorisme, que celui pratiqué par certains État pour contrer le terrorisme qu’ils subissent. L’usage tracera son sillon, comme d’habitude.

On peut établir un parallèle avec contre-espionnage, que le Larousse définit ainsi :

Service de sécurité chargé de déceler l’action des agents de renseignements ennemis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Le contre-espionnage est la lutte contre l’espionnage. La nuance étant que cette lutte peut passer par des activités d’espionnage.

Un sujet explosif.

Cérémonie d’inauguration

Le 20 janvier prochain se déroulera une cérémonie au cours de laquelle le président élu des États-Unis prêtera serment, avant de prendre ses fonctions.

Les journalistes canadiens seront encore une fois tentés de suivre la démarche de l’anglais, sans se poser de question. On risque d’entendre nos médias parler de la cérémonie d’inauguration du nouveau président.

Cette expression ne passe pas en français. Dans notre langue, on inaugure un bâtiment, comme en témoigne Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Comme on le voit, on n’inaugure pas un président.

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Le nouveau président prêtera serment sur les marches du Capitole. Il s’agit donc d’une cérémonie d’assermentation.

Peut-on dans ce cas précis parler d’investiture? Pas vraiment.

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Par exemple, Mme Clinton a été investie par le Parti démocrate. Une investiture peut aussi être définie par la confiance que vote un Parlement à un gouvernement ou un premier ministre. Ce dernier est investi de la confiance de la Chambre.

Souhaitons que nos scribes nous épargnent leur cérémonie d’inauguration ou cérémonie d’investiture. Je suis d’un optimisme très prudent.

US

L’abréviation US est courante lorsqu’on parle des devises monétaires : le dollar US. Cette abréviation s’inspire du Code des monnaies de l’ISO qui désigne la devise américaine de la façon suivante : USD.

Il semble toutefois que le sigle de deux lettres ait envahi la langue courante pour devenir un synonyme du mal aimé « américain ».

Bien entendu, cet adjectif est un faux sens passé dans l’usage, qu’on le veuille ou non. Il devrait normalement qualifier les habitants du continent américain. D’ailleurs, bien des francophones parlent de l’Amérique, et non des États-Unis.

Certains tentent de rétablir l’équilibre et remplacent « américain » par « états-unien », qu’on écrit aussi « étasunien ».

Il n’y a pas lieu de revenir sur américain, car l’usage a tranché depuis longtemps. Alors pourquoi US un peu partout?

La diplomatie US, les médias US, les élections US

Heureusement, ce genre de formulation n’est guère répandu, mais il est quand même à déconseiller.

Pour se convaincre de l’inutilité et de l’absurdité de ce genre de construction, imaginons la phrase suivante : « La livre UK encore en baisse. Londres devra emprunter sur les marchés CH. »

Tout le monde a bien compris? Ah oui, CH c’est la Confédération helvétique, surnom de la Suisse.

Délais judiciaires

Ces temps-ci, on ne parle que des délais judiciaires. Les médias propagent allègrement cette petite faute sans le moindrement douter de l’exactitude de cette expression insidieuse.

Dans un billet précédent, j’ai mis en lumière l’énorme confusion existant entre le sens français de délai – date butoir, et celui de l’anglais – retard.

Au Québec, l’usage courant est une joyeuse fricassée des deux sens, allègrement confondus par à peu près tout ce qui gribouille et scribouille.

L’expression délais judiciaires ne fait qu’ajouter à la confusion monstre qui règne déjà. Il est à la fois question des dates limites pour la tenue de certains procès, auquel cas le mot délai est correctement employé. Mais en lisant bien les articles des médias, on comprend vite qu’il est également question des retards de la justice.

À cause de ces retards, les délais prescrits par la loi pourraient ne pas être respectés, avec les conséquences que l’on sait.

Or, en observant attentivement la prose journalistique dans tous les domaines, ainsi que l’usage courant, on constate vite que dans la majorité des cas les fameux délais ne sont rien d’autre que des retards.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Des retards à rendre justice.

Il faudrait donc parler des retards judiciaires.

Free-lance

Aujourd’hui, deux anglicismes dont on peut remettre en question l’utilité réelle.

Free-lance

Le néolibéralisme continue de ravager le monde du travail. Les employeurs préfèrent maintenant des employés contractuels à qui ils ne sont pas forcés plus tard de verser des pensions de retraite et autres avantages sociaux qui entravent la compétitivité.

Dans le monde cahoteux de la traduction, le recours à des free-lances devient une solution facile. C’est ainsi qu’on s’exprimerait dans un café parisien… et à New York.

Au Canada, free-lance n’est jamais employé par les francophones.

Un employé qui n’a pas de contrat de longue durée avec un employeur, pour reprendre la définition du Petit Robert, s’appelle un pigiste.

Un pigiste travaille à la pige. Qu’est-ce qu’une pige? Encore le Robert :

« Mode de rémunération d’un journaliste, d’un rédacteur rétribué à la ligne, à l’article. »

Alors pourquoi diable free-lance?
D’ailleurs on pourrait dire aussi travailleur indépendant .

Customiser

Vous achetez une maison construite en série. Le vendeur vous propose tout de suite de la mettre à votre goût en choisissant tel type de rampe d’escalier, de l’érable pour le plancher du salon, une porte de garage différente, etc.

Il vous aide à customiser votre maison. Quoi?

Larousse :

Modifier la carrosserie d’une voiture ou d’une moto pour en faire un custom.

Un custom, vous dites? Jamais entendu chez nous. Il s’agirait d’un véhicule personnalisé, d’après les ouvrages de langue.

Un petit tour dans la Grande Toile nous apprend qu’on peut customiser des chaussures, un t-shirt et bien d’autres choses. La popularité de ce verbe étonne, d’autant plus qu’existe déjà en français le verbe personnaliser.

D’ailleurs, un tas d’objets peuvent être personnalisés. Le Petit Robert mentionne une voiture, un appartement, un plat cuisiné.

L’engouement pour customiser est vraiment inexplicable.

D’autant plus inexplicable qu’on peut aisément le remplacer, comme le signale la Banque de dépannage linguistique :

Particulariser, individualiser, adapter à l’usager, adapter au client.

Passer une loi

« Le gouvernement va passer une loi pour réformer le mode de scrutin. »

Cette phrase innocente comporte une double faute. La première ne saute pas aux yeux : un gouvernement ne peut adopter une loi, à moins de se substituer au Parlement.

La deuxième est plus facile à repérer. L’expression passer une loi est un anglicisme. L’anglais n’est pas loin, en effet, to pass a law.

Mais on aurait tort de se passer de passer… Car une surprise nous attend au détour.

« Le gouvernement italien vient de faire passer une loi qui modifie et amende la législation antérieure… » – Parlement européen

« Le gouvernement a accéléré le processus législatif et prévoit de faire passer une loi sur le commerce électronique à la fin de 2001. » – Unesco

On peut donc supposer que, comme cela arrive souvent, l’anglais s’est inspiré du français pour sa propre expression. La langue de Shakespeare et celle de Molière sont des vases communicants, au Canada, de sorte que les francophones calquent l’expression anglaise sans se rendre compte de l’erreur. C’est la loi du plus fort…

Toutefois, une autre surprise les attend.

Le Petit Robert ajoute une nuance en donnant au verbe passer le sens d’être accepté, admis.

« La loi a passé. »

Donc, on ne passe pas une loi, on la fait passer; mais une loi a passé.

Au Canada, on dit souvent que la loi a des dents. Il s’agit bien sûr d’un autre calque. Le Multidictionnaire nous suggère : « La loi a du pouvoir. » Les loustics diront qu’elle a du mordant…

On pourrait également écrire qu’elle est efficace.

Enfin, ne pas oublier qu’une législation et une loi, ce n’est pas du tout la même chose. Vous lirez avec intérêt mon article sur cette question.