Compétitionner

Compétitionner vient de l’anglais to competition, certes, mais il s’est bien intégré dans la langue française au point de figurer à la fois dans le Larousse et le Robert. Il a pris le sens de « participer à une épreuve sportive » mais aussi celui de se faire concurrence. Le Petit Larousse :

Être en compétition avec une personne, une entreprise; se faire concurrence : journaux qui compétitionnent.

Compétition

Ce qui nous amène à compétition. Lui aussi pourrait être soupçonné d’anglicisme, particulièrement lorsqu’il est question de concurrence commerciale. D’ailleurs, le Dictionnaire des anglicismes de Colpron le condamne comme tel de même que le dictionnaire en ligne québécois Usito.

Il faut reconnaitre que compétition et concurrence ressemblent à des frères jumeaux, sur le plan sémantique. La Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française donne une série d’exemples où les deux mots sont interchangeables.

La concurrence était forte entre les participants à cette épreuve.

Tous les deux étaient en compétition pour obtenir le poste.

L’Office signale que certains auteurs considèrent compétition comme un anglicisme, car les dictionnaires traditionnels – y compris celui de l’Académie française – ne donnent pas d’exemple où ce mot est employé pour parler de la concurrence. On parle de la compétition que se livrent deux entreprises, chacune étant la rivale de l’autre. Mais cette autre entreprise n’est jamais appelée compétition dans les ouvrages.

Il semblerait donc que cette acception vient davantage de l’anglais. C’est pourquoi, beaucoup trouveront plus prudent de s’en tenir à concurrence dans ce contexte.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Base

La « locution sur la base de » est devenue particulièrement envahissante, au point d’éclipser des manières plus naturelles et plus simples de s’exprimer. Quelques exemples :

Le reporter rédige un reportage sur une base quotidienne.

Sur une base hebdomadaire, on recense 3000 nouveaux cas.

Le taux d’inflation dans ce pays frise les 30 pour 100, sur une base annuelle.

L’agent de sécurité vérifie la fermeture des portes sur une base régulière.

Ces formulations paraissent tout ce qu’il y a de plus naturelles, sauf si on les reformule en français.

Le reporter rédige un article par jour.

Toutes les semaines, on recense 3000 nouveaux cas.

Le taux d’inflation annuel dans ce pays frise les 30 pour 100.

L’agent de sécurité vérifie régulièrement la fermeture des portes.

Première constatation : le texte est moins lourd et surtout plus naturel. Deuxième constatation : les expressions de remplacement vont dans la logique du français, elles n’écorchent pas les oreilles.

On se demande alors pourquoi les rédacteurs ne les emploient pas. La réponse est simple : parce qu’ils pensent en anglais.

Basé

« Êtes-vous basé en Outaouais? », me demandait récemment un journaliste. Cette question m’a fait froncer les sourcils. Le lévrier parfois congestionné que je suis parfois flairait l’anglicisme. Avais-je tort?

D’emblée, cette expression me paraissait relever du vocabulaire militaire, ce qui est tout à fait exact. Être basé quelque part signifie avoir pour base. Par extension, on peut dire qu’une entreprise, un diplomate ou un journaliste est basé à Abidjan.

Mais il serait plus juste et plus élégant d’affirmer qu’une entreprise est implantée à Abidjan, qu’un diplomate ou un journaliste est en poste dans la même ville.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Inauguration

Le 20 janvier prochain le président désigné Donald Trump prêtera serment sur les marches du Capitole. Il s’agit donc d’une cérémonie d’assermentation.

Il faut se méfier comme du terme inauguration, un faux ami insidieux. Il est temps qu’on en finisse avec cet anglicisme ronflant de cérémonie d’inauguration. Pensez-y bien, on ne peut inaugurer un président en français ; on inaugure un bâtiment.

En témoigne cette définition dans Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Le Petit Robert ajoute la nuance suivante :

FIG. et LITT. Commencement, début. L’inauguration d’une nouvelle politique.

Bien sûr, on peut fouiller dans les tréfonds de l’histoire pour essayer à tout prix de trouver un sens vieilli, voire caduc, afin d’employer inauguration.

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Intronisation

Dans un sens figuré, on sera tenté de parler de l’intronisation de Donald Trump. Les attitudes impériales du financier élu pourraient nous inciter à utiliser cette expression, au figuré. Mais le fait est que la présidence américaine ne repose pas sur une dynastie. À moins que Trump n’ait l’intention de tenter un coup d’État comme celui de Louis-Napoléon Bonaparte, en 1851, il est présomptueux de parler d’intronisation de Donald Trump.

Investiture

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Par exemple, M. Trump a obtenu l’investiture des républicain l’été dernier.

Mais le terme investiture n’est pas totalement dénué de logique, comme je l’explique dans un autre article.

Assermentation

Le vote des grands électeurs est officiellement dépouillé le 14 décembre. Le 6 janvier, le Sénat reconnaît officiellement le résultat du scrutin, ce qui est normalement une formalité. Suit la cérémonie d’assermentation du nouveau président des États-Unis qui se déroule devant le Capitole, le 20 janvier. Le nouveau président prête alors serment et devient officiellement le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

L’expression cérémonie d’assermentation est donc celle qu’il faut retenir.

Échecs

Vous n’avez pas encore vu la série Le jeu de la dame? Courez vite! Que vous connaissiez les échecs ou non, vous allez être captivé par cette étonnante série. Sa diffusion, le mois dernier, a provoqué un engouement pour le noble jeu.

Origines et nom

Les origines du jeu sont inconnues, bien que certain les attribuent à la Perse. Toujours est-il que le nom viendrait du persan shâh, qui signifie roi. Le jeu se compose de huit pions et de huit pièces appelées roi, reine, fou, cavalier et tour.

En anglais, le fou s’appelle le bishop et le cavalier kight. En français, le nom des pièces a varié au fur et à mesure que le jeu se répandait un peu partout en Asie, comme l’indique La Grande Encyclopédie Larousse.

Au cours du transfert vers l’Occident, les échecs ont subi des mutations diverses. Le chariot s’est transformé en roq, ou tour, qui fut la pièce la plus forte au Moyen Âge. L’éléphant est devenu l’alphil. Mais les formes et les règles modernes sont fixées à l’époque de la Renaissance, où les dernières métamorphoses font apparaître la reine, ou dame, qui remplace le fers du jeu asiatique, et le fou, qui se substitue à l’alphil. Un immense essor est désormais assuré aux échecs, qui, de jeu des rois, deviennent peu à peu le roi des jeux, universellement aimé et respecté.

Un vocabulaire particulier

Le but du jeu est de mettre le roi adverse mat, mot qui vient de l’arabe mât, qui signifie « mort ». Le mat survient lorsque le roi est attaqué par un pion ou une pièce adverse et ne peut se déplacer sur une case sûre. Toutefois, si le roi n’est pas attaqué directement, mais ne peut se déplacer sur une autre case sans se mettre en échec, on dit alors qu’il est pat et c’est match nul. Ce dernier mot tire son origine de l’italien patta, « quitte ».

L’italien a aussi donné un autre mot au monde des échecs : gambit. Le joueur qui sacrifie un pion ou une pièce pour obtenir un avantage sur son adversaire fait un gambit, dont l’origine est l’italien gambetto, c’est-à-dire faire un croc-en-jambe.

On peut mettre son roi à l’abri grâce une manœuvre appelée roque, qui vient de l’ancien nom de la tour en français, roc.

Jouer aux échecs

La pratique des échecs développe à la fois l’esprit stratégique et l’esprit tactique. Quand vous possédez seulement l’un des deux, comme moi, alors vous êtes un piètre joueur. Heureusement, il y a moyen de s’améliorer en jouant en ligne. Des sites en ligne comme chess.com, chesstempo.com, chess24.com et lichess.org vous ouvrent les portes d’un très grand univers.

J’aime bien le premier site, auquel je me suis abonné, car on peut assister à de petites démonstrations en ligne pour les débutants. Le joueur peut également tenter de résoudre des problèmes avec ou sans aide avec réactions sans équivoque de l’ordinateur (gaffe, coup imprécis, etc.). Parfois dur pour l’égo…

Enfin, il est possible de jouer des parties complètes en ligne. Le site va vous apparier avec un joueur du même calibre. Ensuite, il analysera votre partie coup par coup, ce qui est la meilleure façon de vous améliorer.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Avent

Petite énigme du dimanche. Quand il est question de cette période de quatre semaines précédant Noël, nous écrivons Avent avec un e. Pourtant, dans tous les autres cas, nous écrivons ce mot avec un a, avant. Pourquoi?

Tout d’abord, il faut être conscient que les deux mots ne jouent pas le même rôle grammatical, avant est en effet un adverbe, tandis qu’Avent est un substantif. Le second a trait à la religion chrétienne et prend la majuscule, contrairement au premier.

Mais pourquoi ces deux déclinaisons dont le son an est écrit de deux manières différentes? La réponse se trouve dans l’étymologie. La période religieuse appelée Avent tire son origine du latin adventus, qui signifie arrivée. L’Avent c’est l’avènement du Christ.

Quant à avant, il brille par sa banalité qui lui vaut la minuscule initiale et provient du latin abante. Il est un adverbe mais aussi un substantif désignant la partie antérieure d’une chose, comme l’avant d’un véhicule ou encore un joueur offensif, au hockey, football, rugby, entre autres.

Les deux mots n’ont donc pas la même racine latine, ce qui explique les deux graphies différentes.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Docteur

N’est pas docteur qui veut, du moins dans la francophonie canadienne et québécoise. Ce titre est réservé aux détenteurs d’un doctorat en médecine, ce qui inclut les médecins comme tels, les dentistes et les vétérinaires. D’autres professionnels, comme les podiatres, les optométristes, les psychologues peuvent également se faire appeler docteur, mais à la condition d’indiquer après leur nom la discipline pour laquelle ils ont obtenu leur diplôme.

Paul Piébot, docteur en podiatrie.

Ce qui laisse en plan toute une cohorte de détenteurs d’un doctorat qui ne peuvent arborer le titre tant convoité sur leur carte de visite. Les sociologues et autres philosophes et biologistes peuvent se consoler en faisant suivre leur titre de l’auguste abréviation Ph. D.

Paul Pot, Ph. D. (science politique)

Erreurs courantes

Sous l’influence de l’anglais, on écrit parfois Dr. Latendresse. En français, l’abréviation comportant la première et la dernière lettre du mot ne prend pas le point.

Le Dr Prudent-Lafraise est dentiste depuis 25 ans.

L’abréviation n’est pas obligatoire et on peut écrire le titre au long, sans majuscule initiale, toutefois.

Le docteur Prudent-Lafraise fait aussi des chirurgies mineures.

Autre influence de l’anglais :

Dr Latendresse ne prend pas de nouveaux patients.

En français, il faut mettre l’article défini avant le titre :

Le Dr Latendresse ne prend plus de rendez-vous le vendredi.

Autres langues

Dans d’autres langues, l’utilisation du titre de docteur est moins restrictive. En italien, par exemple, on appellera volontiers docteur une personne ayant fait des études universitaires, même si elle est titulaire d’un diplôme de premier cycle.

Lorsque j’apprenais l’italien, il était normal d’appeler l’enseignante dottoressa, alors qu’elle n’avait aucun doctorat.

Au Québec, on appellera souvent docteur(e) une personne dont on respecte le bagage intellectuel, ou qui prétend en avoir. L’appellation est sur le ton de la badinerie, naturellement.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Ces mots galvaudés qui nous envahissent

Certains mots sont utilisés à toutes les sauces au point d’en devenir vide de sens. Petit tour d’horizon des grands classiques souventes fois dénoncés dans cette chronique.

Historique

J’espère que vous êtes conscient que le 3 décembre 2020 est un jour historique. Vous ne le saviez pas? Qu’importe les médias vous le signaleront dans la journée. Demain aussi. La pandémie de coronavirus est certes historique, mais l’annulation des fêtes de Noël par le gouvernement? La prochaine élection fédérale? La reprise des activités de la Ligue nationale de hockey? Les Olympiques de Tokyo en 2021? Le Byebye 2020? Pourquoi pas? En fait, tout est historique, selon les médias.

En fait, historique est un mot très fort que l’on devrait employer avec circonspection. Mon billet.

Impact

Voilà un bon bout de temps que je dénonce cet anglicisme (si, si!) envahissant qui remplace des mots plus nuancés comme effet, conséquences etc. Cette fixation tenace sur impact conduit à un appauvrissement du vocabulaire, parce que ce mot, pris au sens propre, est costaud. Mon billet.

Priorité

Nos leaders ont beaucoup de priorités… tellement qu’on peut se demander si la dixième priorité énoncée est encore une priorité. Une priorité est-elle absolue? Réflexion prioritaire dans ce texte.

Partager

La propagation de ce mot dans le vocabulaire informatique a ensuite débordé sur le reste du français à un point tel qu’on pourrait presque parler de pandémie linguistique. On partage tout, des impressions, un appartement, des photos, un document, etc.

Le sens véritable de ce verbe s’est perdu dans le délire le plus complet.

Pourtant, on peut facilement s’exprimer d’une manière plus exacte avec quelques verbes comme dire, informer, diffuser, en parler, mentionner…

Mais on se partage également toutes ces choses, car la formulation réflexive envahit également la langue parlée. Mon billet.

Communauté

Ceux qui vivent en région anglophone comprendront. Dans l’Outaouais fortement anglicisé, tout et n’importe quoi devient une communauté. Mais qu’est-ce qu’une communauté au juste? Texte.

Un incendie éclate dans un village? La communauté s’est mobilisée… pas le village, la communauté. Mais la communauté peut également désigner les habitants d’un quartier du même village, les personnes habitant une rue inondée, à moins que ce soit la région englobant ledit village. Tout est possible.

Le souci de précision le plus élémentaire amènera le langagier à remplacer ce mot très vague. Mon billet.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Assumer

S’assumer, c’est important dans la vie, même si ce n’est pas toujours facile. On peut aussi assumer des responsabilités, assumer les conséquences d’une erreur. Assumer, c’est prendre en charge quelque chose. On assume les fonctions de superviseur dans une usine.

Voilà pour le sens français du verbe.

Lorsqu’on traverse du côté anglais de la force, on pénètre dans le vaste royaume des suppositions. On assume que notre ami sera ponctuel; il ne s’est pas présenté, on assume qu’il a eu un accident.

En anglais, to assumepeut avoir le même sens qu’en français. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas. Comme le précise le Collins Dictionary.

If you assume that something is true, you imagine that it is true, sometimes wrongly.

Une bonne façon de traduire le assume anglais serait de le remplacer par tenir pour acquis ou encore par présumer, considérer

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Numéro civique

Vous habitez au 215, avenue des Pins. Mais si vous dites tout simplement que vous habitez avenue des Pins, il est probable qu’on vous demande votre numéro civique… du moins en anglais. Mais cette expression est vite passée dans le français canadien… comme une lettre à la poste.

Votre interlocuteur pourrait vous demander votre numéro de porte, numéro d’immeuble, ou plus simplement votre numéro tout court. Numéro civique est un anglicisme.

La virgule

Poste Canada ainsi que les guides de rédaction prescrivent la virgule entre le numéro de porte et l’élément générique. Cette virgule est une absurdité syntaxique; elle ne joue aucun rôle utile dans la phrase, puisque son omission n’amène aucune ambigüité. Que vous écriviez 215, avenue des Pins ou 215 avenue des Pins, le résultat est le même.

D’ailleurs, une petite promenade sur Internet montre que les Européens omettent très souvent la fameuse virgule dans leurs adresses.

La minuscule au générique

J’ai déjà écrit un billet sur les règles capricieuses régissant l’emploi de la majuscule en français. Je faisais mention de ce jeu de bascule étourdissant qui fait passer la majuscule de l’élément générique à l’élément déterminatif dans de nombreuses appellations, notamment celles s’appliquant aux toponymes.

Dans le cas qui nous occupe, le générique avenue ne s’écrit pas avec la majuscule; c’est plutôt l’élément suivant qui la reçoit. Ainsi en va-t-il avec les toponymes. La page de l’Office québécois de la langue française explique clairement l’énonciation des adresses en français.

Pourtant, dans les autres langues latines, comme l’espagnol ou l’italien, on n’hésite pas à mettre la majuscule à l’élément générique qui, il faut le préciser, est placé au tout début de l’adresse, alors que le numéro de porte vient à la toute fin.

Via Antonio Gramsci 14

Pisa

Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, je propose de simplifier l’écriture des odonymes en adoptant la majuscule initiale pour les génériques avenue, rue, boulevard, place, etc. Ce qui nous éviterait des acrobaties du genre :

Catherine habite au bois de Boulogne, mais Damien habite rue du Bois-de-Boulogne.  

On écrirait Bois de Boulogne et Rue du Bois-de-Boulogne (l’élément spécifique requiert le trait d’union, autre finesse du français.)

Conclusion

Le retrait de la virgule dans les adresses n’a aucune conséquence fâcheuse et se voit déjà ailleurs. L’adoption de la majuscule à l’élément générique serait également plus simple. Ainsi nous aurions :

215 Avenue des Pins

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Les Américains et le français

Le nouveau président américain (y en a-t-il eu un après Obama?) vient de faire connaitre quelques-uns des membres de son futur cabinet. Certains journalistes ont mis en évidence le caractère polyglotte de ces nouvelles personnes tellement rafraichissantes.

À commencer par le secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a étudié à Paris et parle français couramment. Il est en bonne compagnie avec John Kerry, ancien secrétaire d’État, nommé représentant spécial pour le climat. M. Kerry parle aussi le français. Pour compléter le tableau francophone, soulignons que la vice-présidente Kamala Harris étudié à Montréal lorsqu’elle était plus jeune et qu’elle a une connaissance de notre langue.

Le responsable de la sécurité nationale, Alejandro Mayorkas est hispanophone.

Présidents francophones

Petite colle pour vous tous. Qui est le dernier président américain francophone?

  1. Richard Nixon
  2. Ronald Reagan
  3. Franklin Roosevelt
  4. John Kennedy

RÉPONSE…

Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Ça fait un bail. Le président Roosevelt a d’ailleurs prononcé un discours partiellement en français à Québec en 1936. M. Roosevelt parlait aussi allemand.

Son oncle, Theodore Roosevelt parlait lui aussi le français ainsi que l’allemand. Il lisait aussi l’italien.

On sera surpris d’apprendre que quelques présidents américains d’un passé plus lointain parlaient notre langue : John Adams, Thomas Jefferson, James Monroe et John Quincy Adams.

Pourtant, la langue française a connu quelques déboires aux États-Unis. Rappelons-nous également que lorsque la France a refusé d’entrer en guerre contre l’Iraq, en 2003, le candidat démocrate à la présidentielle de l’année suivante a dû cacher le fait qu’il parlait français. Il s’agissait de… John Kerry.

Oui, parler français peut parfois être mal vu aux États-Unis. Parlez-en à Mitt Romney, candidat républicain en 2012 et francophone. Certains trouvaient remettaient en question son allégeance américaine et trouvaient qu’il était trop français…

Une méfiance envers les langues étrangères

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apprentissage des langues étrangères suscite peu d’intérêt aux États-Unis. Cela peut être attribuable à une tradition bien implantée d’anti-intellectualisme, mais aussi au caractère dominant de la culture américaine dans le monde. Pourquoi se casser la tête à maitriser l’espagnol, puisque les hispanophones qui s’installent aux États-Unis doivent apprendre l’anglais? Pourquoi se mettre à l’italien et à l’allemand? On parle l’anglais en Italie et en Allemagne. On reconnait cette arrogance des grandes nations qui refusent de s’incliner devant la culture des autres pays.

Pourtant, certains présidents de notre époque ont appris des langues étrangères.

Le président Clinton a appris l’allemand et l’a utilisé lors d’un discours devant la porte de Brandebourg, après la chute du Mur. Un autre démocrate avant lui, Jimmy Carter pouvait s’exprimer en espagnol, tout comme George W. Bush. Détail navrant, certains commentateurs – probablement unilingues – s’étaient amusés des erreurs de Bush dans la langue de Cervantès, au lieu de saluer ses efforts.

On comprend que plus tard Barack Obama a déploré le fait que les Américains n’apprenaient à peu près jamais de langue étrangère. De fait, moins d’un Américain sur cinq parle une langue étrangère, alors que la population états-unienne est très diversifiée.

Un voyage dans l’univers

Je parle à des convertis. Toute personne qui s’investit dans une autre langue fait une incursion – que dis-je, un voyage – dans une autre culture. Lorsque je parle en anglais, en allemand ou en italien, je deviens une autre personne. En allemand, par exemple, je deviens plus affirmatif, je décide de l’ordre d’importance des éléments d’une phrase. En italien, j’ai tendance à être plus emphatique.

On reproche souvent aux Américains d’être insensibles aux réalités étrangères. Nul doute que des études linguistiques plus soutenues seraient porteuses de changements hautement désirables dans leur mentalité.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.