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Virgule

La virgule est le signe de ponctuation le plus délicat à employer à bon escient, nous dit Albert Doppagne, auteur d’un livre sur la bonne ponctuation. La virgule est apparue au cours du XVIIIe siècle pour rendre le discours plus clair.

Un exemple révélateur qui circule dans Internet nous en démontre le caractère indispensable :

On mange les enfants.

Sans le mignon petit hameçon, la phrase prend un sens radicalement différent.

La virgule n’est pas toujours de mise. Dans une phrase courte et bien construite, elle peut même devenir encombrante.

Le magasin de jouets est ouvert du mardi au samedi.

Le magasin de jouets est ouvert, du mardi au samedi.

En revanche, les phrases longues gagnent à être fragmentées.

Le magasin de jouets fondé en 1871 et immensément populaire dans le quartier a ouvert ses portes rue des Hirondelles avant de déménager sur le boulevard Gilles-Vigneault.

Le magasin de jouets, fondé en 1871 et immensément populaire dans le quartier, a ouvert ses portes rue des Hirondelles, avant de déménager sur le boulevard Gilles-Vigneault.

Dans la dernière phrase, deux virgules suffisent pour assurer la fluidité du discours; la proposition se lisait et se comprenait aisément. Une troisième virgule aurait un peu trop haché la phrase.

Incises et inversions

L’incise est un art; il faut savoir la doser pour éviter de perdre le lecteur. Une bonne incise n’est jamais trop longue et elle apparait le plus souvent dans le milieu de la proposition. À moins de chercher un effet de style, il n’est pas toujours heureux de lancer la phrase avec une incise.

L’incise peut être amenée par une virgule, des tirets ou des parenthèses. L’effet est différent selon le cas.

Balzac (auteur de la Comédie humaine) est né à Tours en 1799.

Balzac, auteur de la Comédie humaine, est né à Tours en 1799.

Balzac – auteur de la Comédie humaine – est né à Tours en 1799.

Dans les exemples qui précèdent, le tiret est le signe le plus expressif : il interrompt le discours pour mettre en relief l’œuvre de Balzac, la Comédie humaine. La virgule, pour sa part, donne une information intéressante, mais sans trop insister, tandis que la parenthèse signale un détail en passant.

Par ailleurs, une inversion suivie d’une virgule peut attirer l’attention du lecteur sur un élément.

Aviateur de renom, St-Exupéry est disparu dans la Méditerranée en 1944. 

Ce livre, je le connais par cœur.

Quelques questions sur la virgule

Et – faut-il le faire précéder d’une virgule?

Habituellement ce n’est pas nécessaire.

Mon voyage aux États-Unis m’a amené à Chicago, Détroit et Cleveland.

Le et pourra être précédé d’une virgule s’il signale une conséquence.

L’armée russe a envahi l’Ukraine, et cela a attisé la haine des Ukrainiens contre le peuple russe.

Pour ce qui est de la locution latine et cetera, elle est précédée d’une virgule.

Elle a acheté le vin, le fromage, le pain, etc.

Ni – virgule ou pas?

Il n’est pas nécessaire de glisser une virgule dans une double négation amenée par un ni.

L’entreprise ne veut ni diminuer sa production ni mettre des employés à pied.

Mais – virgule ou pas?

Dans le cas d’une nouvelle proposition introduite par un mais, il est préférable de le faire précéder d’une virgule.

Les ventes de livres ont augmenté durant la pandémie, mais elles ont recommencé à chuter cette année.

Car ?

Lorsqu’il coordonne deux propositions assez longues, car est précédé d’une virgule.

Le président Theodore Roosevelt, né en New York, a connu une immense popularité, car il a tour à tour remporté le prix Nobel de la paix et fondé les grands parcs nationaux américains.

Un énoncé plus court ne requiert pas la virgule.

Le professeur n’a pu donner son cours car il était grippé.

Voilà, point à la ligne.

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Pour en savoir plus, veuillez consulter les deux ouvrages suivants :

Albert Doppagne, La bonne ponctuation.

Bernard Tanguay, L’art de ponctuer.

Pour faire une histoire courte

Les personnes disertes n’en finissent plus de parler. Elles racontent toutes sortes d’histoires et adorent être le centre d’attention. D’ailleurs, une histoire peut être un récit long et ennuyeux…

Pour faire une histoire courte, ces personnes au verbe luxuriant peuvent parfois être envahissantes, pour rester poli.

Certains d’entre vous ont peut-être sursauté en lisant l’amorce de la phrase précédente. Pour faire une histoire courte… to make a long story short.

Des ouvrages comme le Dictionnaire des anglicismes de Colpron et le Multidictionnaire de la langue française, de Marie-Eva De Villers mettent les lecteurs en garde contre cette expression, qui est un anglicisme. Le calque est tellement naturel qu’on peut n’y voir que du feu.

Heureusement, on peut y remédier facilement :

En résumé, bref, pour couper court, pour résumer, sans vouloir tout vous raconter, pour faire court, pour faire vite, allons droit au but, pour abréger, pour abréger mon récit/mon histoire, en deux mots, somme toute, etc.

Bref, allez droit au but, comme dans ce billet.

À la fin de la journée

L’expression « à la fin de la journée » s’entend partout au Canada français et il n’échappe à personne qu’elle n’est rien d’autre qu’un calque de l’anglais At the end of the day.

Mais l’expression anglaise est tellement collée sur la réalité qu’elle est souvent reprise en français.

Des tournures plus longues peuvent aussi être envisagées. Pour faire une histoire courte, si on résume le tout; une conclusion s’impose, etc. Et pourquoi pas ultimement ?

On se rend compte que les possibilités offertes par le français sont nettement plus abstraites, ce qui peut expliquer la popularité de la version anglaise.

Ce phénomène anglais concret/imaginé et français plus abstrait n’est pas nouveau. En fin de compte, nous sommes condamnés à nous exprimer en bon français et à délaisser l’anglais, à moins qu’une personne puisse suggérer une expression française aussi imagée que l’anglais.

À la fin du jour? Voilà qui ressemble à l’anglais.

Parking

Les emprunts lexicaux à l’anglais que font les Français diffèrent souvent de ceux des Québécois.

Le mot parking en est un bel exemple. Les Français l’ont emprunté à l’anglais, alors que nous disons plus souvent stationnement. Plus souvent en effet, mais pas toujours, car l’anglicisme « parking » s’entend fréquemment lui aussi, non par mimétisme pour le français parisien, mais bien parce que l’influence de l’anglo-américain est énorme ici.  

Autres langues

D’autres langues européennes en pourtant traduit le mot anglais parking.

Allemand : parkplatz

Espagnol : aparcamiento

Italien : parcheggio

Portugais : estacionamento

Néerlandais : parkeerplaats

En Europe, la recommandation officielle est parc de stationnement. La longueur de l’expression en rebute sans doute beaucoup.

Parking

Parquer sa voiture, c’est la mettre dans un parc de stationnement ou encore dans une aire de stationnement. Mais, entre nous, qui parle ainsi dans une conversation courante?

Toutefois, on dira que notre voisin gare sa voiture devant sa maison, car il ne la met pas dans un parc. Il y a donc une petite nuance qui disparait en anglais, puisque parking désigne l’action à la fois de mettre sa voiture dans un parc de stationnement ou de la garer devant sa maison ou dans son entrée.

Stationnement

Au Canada, on stationne son véhicule dans un terrain de stationnement, couramment appelé stationnement tout court. « J’ai perdu ma voiture dans le stationnement du centre commercial. » En Europe, le stationnement est l’action de garer sa voiture. Le mot « stationnement » dans le sens de parking est considéré comme un régionalisme.

Ce qui nous ramène à une question fondamentale : doit-on à tout prix importer les anglicismes franco-français? Non, surtout si les Québécois ont trouvé une autre manière de s’exprimer, comprise de tous, et qui permet d’éviter un anglicisme. Néanmoins, écarter parking sous prétexte que ce n’est pas français, eh bien c’est faire fausse route.

Clause dérogatoire

La fameuse clause dérogatoire, cette disposition particulière de la Charte des droits et libertés du Canada, fait encore couler beaucoup d’encre. Mais les médias ont enfin commencé à l’appeler par son nom exact : la disposition de dérogation, comme quoi il y a parfois espoir de faire évoluer la prose journalistique.

Par le passé, constitutionnalistes, juristes, politologues et journalistes ont tiré dans toutes les directions pour parler de la notwithstanding clause : clause nonobstant, clause de dérogation, clause dérogatoire, etc.

Quid?

Cette disposition de la Charte des droits et libertés permet à un gouvernement de mettre une loi à l’abri de l’application de ladite charte pendant cinq ans. Il s’agit de l’article 33 de la Charte.

Cette disposition a été adoptée en 1982 sous les pressions de gouvernements conservateurs de l’Ouest. Le gouvernement fédéral s’inquiète que le Québec et l’Ontario, notamment, recourent à cette disposition à titre préventif en adoptant une loi controversée. À l’origine, le recours à la disposition de dérogation devait être exceptionnelle. À présent, cette ligne rouge est de plus en plus franchie, d’où le débat actuel.

Sur le plan linguistique

Jadis, les rédacteurs nous assénaient l’anglicisme mal digéré de clause nonobstant, calque hideux de notwithstanding clause. Or, le mot « nonobstant », bien que faisant partie du vocabulaire juridique, ne s’emploie pas de cette manière.

Les langagiers s’interrogeaient également sur l’adjectif « dérogatoire » dans clause dérogatoire. Certains y voyait un beau cas d’usage abusif de l’adjectif : la clause ne déroge pas elle-même parce qu’elle permet de déroger. C’est pourquoi tant le Lexique constitutionnel du Bureau de la traduction que l’Office québécois de la langue française préconisent l’utilisation de l’expression disposition de dérogation.

Adjectivite

Clause dérogatoire serait donc un beau cas d’utilisation abusive de l’adjectif. Pourtant, ce genre de construction dans lequel le rapport entre l’adjectif et le substantif est indirect se voit couramment. Pensons aux poteaux électriques, autobus scolaires, journalistes sportifs, etc. Les poteaux ne sont pas en soi électriques, les autobus ne sont pas scolaires, mais à essence, et les journalistes qui couvrent le hockey ne sont pas nécessairement des athlètes.

Chose certaine, la fameuse clause dérogatoire marque un net progrès sur l’horrible clause nonobstant. Pour plus de prudence, utilisons plutôt disposition de dérogation.

Clause et disposition

Le mot « clause » s’applique lorsqu’il est question des dispositions d’un contrat ou d’un acte juridique. Il est donc préférable d’employer « disposition ».

Podiatre

Les anglicismes peuvent se cacher dans les mots les plus courants. Nous sommes tous allés faire soigner nos pieds chez un podriatre. La mienne m’a appris que ce mot vient de l’anglais podiatrist.

Retombé sur mes pieds, j’ai fait quelques vérifications pour constater que c’était vrai. Le terme français exact est podologue. Le Robert définit le podologue comme un spécialiste de la podologie, qui est l’étude du pied et de ses affections.

Quant au terme podriatre, il est présenté comme un canadianisme, et il renvoie à un médecin qui pratique la podiatrie.

Un régionalisme ?

Faudrait-il dire un podologue ? L’ennui, c’est que podriatre est bien implanté ici; bien entendu, on pourrait se donner un coup de pied au bon endroit et essayer d’implanter podologue, plus français, certes, mais moins bien connu.

Il y a un rapprochement entre le tandem podiatre/podologue et celui de condominium/copropriété. Dans les deux cas, l’anglicisme est très répandu au point d’en devenir invisible. Il est d’autant plus difficile de le remplacer par l’expression française exacte que l’anglicisme est déjà entré dans les dictionnaires de l’Hexagone.

Craque

Le mot craque est un autre faux ami de l’anglais. Son emploi, au Québec et au Canada français, peut étonner. Qu’on en juge :

La rue est pleine de craques. La Ville a dû asphalter.

Le plancher est craqué.

Dans la première phrase, le mot craque est un calque de l’anglais crack, qui a le sens de fissure. Dans la deuxième, le plancher était fissuré et non craqué.

On me permettra de citer Leonard Cohen : « There is a crack in everything, that’s how the light gets in. »  On peut traduire cette phrase de bien des manières, mais pas avec le mot craque.

En français

Dans notre langue, il n’est nulle part question de fissure. Une craque est un mensonge par exagération, un bobard.

J’ai remporté l’élection de 2020. Le vote était truqué.

Le verbe craquer a plusieurs sens :

Produire un bruit sec; se déchirer brusquement :

La toile de la piscine a craqué.

Le verbe évoque aussi la notion d’échec : s’effondrer; échouer, rater, avorter.

Le projet de réforme l’orthographe du français a craqué.

Craquer, c’est aussi succomber à la tentation; tomber sous le charme. Exemple :

Les jeunes mariés ont craqué pour cette belle maison de campagne.

Pousser des craques

Un dernier sens sidérant pour la francophonie : craque au sens de moquerie. Faire des remarques obliques et ironiques sur une personne ou une situation. Le président russe, un pince-sans-rire à ses heures, a déjà dit à propos d’un président américain : « Il est un homme intelligent et équilibré. »

Au Québec, on lui aurait répondu : « Tu me niaises! » Traduction libre : « Tu te fous de ma gueule. »

Bolsonaro et le néofascisme

L’assaut donné au palais présidentiel du Brésil par les partisans de Jair Bolsonaro, défait à la dernière élection, rappelle la tentative de coup d’État par des partisans républicains de Donald Trump, le 6 janvier 2021. Le maitre fait des émules.

Le président Lula a qualifié les assaillants de fascistes. Exagération? Sûrement pas.

Néofascisme

Ces dernières années, une droite radicale se fait jour. Une droite qui est de plus en plus clairement en conflit avec la démocratie, dans la mesure où elle ne reconnait plus le résultat des élections quand elle les perd. Le cas des républicains américains est symbolique, dont les éléments les plus radicaux sont en train de transformer ce vieux parti en maison de fous.

Comment qualifier ces mouvements? Populistes? Néoconservateurs? Des nuances s’imposent. Pour ce qui est de l’extrême droite, certains avancent le terme néofascisme.

Il n’y a rien de néo là-dedans. Le Fascisme est un régime populiste, souvent doté d’un leader charismatique, qui est opposé à la démocratie et impose une version autoritaire de l’État. Cette définition va comme un gant aux partisans de l’ex-président Bolsonaro, dont beaucoup, y compris l’ex-président lui-même, sont des nostalgiques de la dictature militaire.

À mon sens, dès qu’un parti refuse de reconnaitre le résultat des élections et cherche à commettre un coup d’État, eh bien il devient très difficile de parler de démocratie. La démocratie seulement si on gagne?

Populisme

Le populisme est une autre notion floue qui peut s’appliquer aussi bien à des mouvements de gauche que de droite. Les populistes prônent une forme de radicalisme qui s’écarte des positions défendues par les partis traditionnels, qu’ils soient conservateurs ou de gauche.

Les leaders populistes ne sont pas une espèce en voie de disparition. Les mouvements populistes comme ceux de la Hongrie et de la Pologne marquent un raidissement du pouvoir et l’affaiblissement de l’État démocratique, sans que l’on puisse vraiment parler de (néo)fascisme.

Même s’ils paraissent moins radicaux, les mouvements populistes sont à surveiller, car ils peuvent faire bien des dégâts. Pensons au Tea Party et à l’influence délétère qu’il a eu sur les républicains, ce qui a mené à l’élection de Donald Trump.

Le Rassemblent national et les Frères d’Italie

À cet égard, le succès grandissant du Rassemblement national en France est également inquiétant, d’autant plus que le parti a été fondé par un antisémite notoire, Jean-Marie Le Pen, dont la fille a pris la tête du mouvement. Marine Le Pen est une partisane de Vladimir Poutine. Par conséquent assimiler le RN à un parti de droite traditionnel me parait hautement risqué. Le populisme n’est pas toujours très loin du néofascisme.

C’est particulièrement vrai avec l’inquiétante prise du pouvoir par les Frères d’Italie. Certains considèrent que ce mouvement est populiste, mais sa présidente et nouvelle première ministre de l’Italie Giogia Meloni a milité pour la formation néofasciste Mouvement social italien. En accédant au pouvoir, elle a révisé ses positions sur Mussolini (qu’elle admirait) et sur la guerre en Ukraine (elle appuyait Poutine). Mais peut-on vraiment lui faire confiance? Et qu’arriverait-il si elle avait les coudées franches?

Conclusion

Pour des leaders comme Vladimir Poutine et Xi Jinping, la démocratie libérale est dépassée; les régimes autoritaires sont la voie de l’avenir. Ces deux tristes personnages sont clairs, au moins.

Le caractère antidémocratique des mouvements néofascistes et populistes ressort moins bien. Leur participation aux élections ne signifie pas nécessairement qu’ils appuient la démocratie.

Ce qui vient tout juste de se produire au Brésil est une sonnette d’alarme.

Demain : le néoprogressisme

Caddie

Les Français ont parfois un vocabulaire qui nous étonne au Québec. (Les Français pourraient dire la même chose au sujet des Québécois. Voir mon article sur les impropriétés.)

Les supermarchés européens n’ont rien à envier à ceux de l’Amérique du Nord, sauf que nos cousins entassent leurs achats dans un petit chariot qu’ils appellent caddie, terme inusité de ce côté-ci de l’Atlantique.

Caddie est en fait le nom d’une marque, comme Frigidaire ou Kleenex. Il vient du mot cart et désigne un type de chariot que l’on voit dans les supermarchés, mais aussi dans les gares et les aéroports. On s’en sert pour y mettre notre épicerie ou nos bagages.

Anglicisme : cachez ce sein que je ne saurais voir

Les Québécois sont prompts à dénoncer les anglicismes franco-français, alors qu’ils aspergent leur discours d’anglicismes de syntaxe sans jamais s’en rendre compte. Mais c’est un vieux débat. Dans le cas présent, caddie serait un autre anglicisme dont on pourrait se passer.

Mais comment le remplacer? Deux possibilités : 1) désigner le caddie sous le terme plus générique de charriot; 2) employer l’impropriété panier ou pire encore : carrosse.

Chariot

Ce mot englobe plusieurs significations : il peut s’agir d’un véhicule agricole aussi bien que d’une plateforme de cinéma permettant de réaliser des travellings. Charriot vient du verbe charrier qui, on l’aura noté, s’écrit avec deux R, d’où le charriot proposé par la réforme orthographique de 1990.

Panier et carrosse

Si charriot est correct, c’est loin d’être le cas pour l’autre terme employé par les Québécois : panier. Or, un panier peut se transporter sous le bras et il est doté d’une anse. Bien entendu on peut y mettre des provisions, d’où le lien fait avec le caddie. Mais un panier n’a pas de roues. C’est donc une erreur grossière de parler d’un panier au supermarché.

On entend aussi carrosse, qui n’a absolument rien à voir avec un charriot d’épicerie. Il s’agit d’une ancienne voiture à chevaux dont se servent parfois certains souverains pour parader devant la foule.

Alors, oubliez ce carrosse, à moins que vous ne fassiez l’épicerie avec votre jument… Comme diraient les Britanniques, henni soit qui mal y voit…

Sergueï

Le prénom Serge, qu’il soit décliné en russe ou en ukrainien, en voit de toutes les couleurs. On l’écrit de toutes sortes de manières, le plus souvent de façon erronée.

Qu’on en juge :

  • Pour le russe : Sergei, Sergey, Serghei, Serguei, Sergueï
  • Pour l’ukrainien : Serhii, Serhiy

Mais pourquoi autant de versions? Ceux et celles qui connaissent la problématique de la translittération peuvent sauter les deux prochains paragraphes.

Encore la translittération

Ces variantes existent parce ces deux langues slaves s’écrivent en caractères cyrilliques et que les sons doivent être transcrits dans les langues qui s’écrivent en caractères latins, le problème étant que l’anglais, le français ou l’allemand n’écrivent pas les sons de la même manière. Voir mon article à ce sujet.

Les médias canadiens, et parfois européens, continuent de multiplier les fautes de transcription des noms slaves. Va pour les noms connus de personnalité comme Poutine ou Zelensky. Toutefois le nom de personnes moins connues, comme un général de brigade ou un obscur porte-parole, est trop souvent écrit à l’anglaise, une faute inaperçue.

Sergueï

Le ministre des Affaires étrangères de Russie s’appelle Sergueï Lavrov. En cyrillique : Сергей Лавров. Ceux qui lisent le russe voient tout de suite deux choses : le p cyrillique représente le son G et le й un I allongé. Écrire Sergei est une erreur grossière, car le G devant un E se prononce comme un J en français. Nous aurions donc Ser-Jè. En français, on met un U après le G pour le « durcir », comme dans guerre. Et ei se prononce è, comme dans seigneur.

Écrire Sergey n’est pas mieux, car le G continue d’être prononcé comme un J. D’ailleurs, cette graphie vient de l’anglais.

Sergey

En anglais, le G devant un E peut être prononcé de deux manières. Un G dur comme dans geek ou un G « mou », comme dans generous. Dans le cas de Sergey le G est dur. Le Y marque le I allongé.

Conclusion : il faudrait écrire Sergueï pour obtenir la même prononciation qu’en russe.

Serhiy

Le prénom Serge en ukrainien peut s’écrire de deux façons.

Prenons le cas de Serhiy Jadan, qui s’écrit ainsi en ukrainien : Сергій Жадан. Comme on le voit, le prénom comporte un double I, un I court et le I allongé, qui ressemble à un N à l’envers. En français, cet I allongé est souvent transcrit par la lettre y, d’où la graphie Serhiy.

On voit parfois Serhii, ce qui est une autre manière de représenter le I allongé. Il me semble plus traditionnel d’utiliser le Y.

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Vous lirez avec intérêt les articles suivants :

L’écriture des noms russes en français

Écrire les noms ukrainiens en français

L’ukrainien et le russe

Kiev ou Kyïv?