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Iel : équité grammaticale ou idéologie?

La controverse autour du pronom iel prend de l’ampleur et me parait se dérouler dans une certaine confusion. Le pronom en question comporte deux volets qui ne ressortent pas clairement dans les échanges.

Faisons le point.

1)  Mettre fin à la prédominance du masculin sur le féminin.

Comme on le sait, le masculin l’emporte sur le féminin en français. Deux exemples :

Les Canadiens sont heureux quand le printemps arrive enfin.

Les Canadiennes et les Canadiens se réjouissent de l’arrivée du printemps. Ils s’empressent d’aller acheter des fleurs et des légumes pour aller les planter dans leur jardin.

Dans le premier cas, il est clair que le gentilé Canadiens désigne à la fois les femmes et les hommes. Dans le deuxième, l’auteur a voulu être plus inclusif en mentionnant les Canadiennes, pourtant, le pronom utilisé dans la phrase suivante est le masculin. S’il avait décidé d’utiliser le pronom elles pour inclure les hommes également, tout le monde aurait compris qu’il désignait uniquement les femmes canadiennes. Donc confusion.

En fin de compte, le texte avec le doublet est donc un peu plus inclusif sans l’être totalement.

Notre pays a été le fer de lance de la féminisation des titres. L’Office québécois de la langue française a fait figure de pionnier dans ce domaine, alors qu’en Europe la résistance a été farouche. Mais cette féminisation ne règle pas le problème, du moins pas entièrement. Dans les faits, le mot masculin continue d’englober le féminin. Quand je dis « Les auteurs canadiens », je parle aussi des autrices de notre pays.

Lorsque j’enseignais à l’Université d’Ottawa, j’alternais les genres; lorsque je parlais des traductrices, je désignais en fait l’ensemble des personnes faisant de la traduction. N’était-ce pas ainsi lorsqu’on parlait des traducteurs? Alors pourquoi pas les traductrices aussi? Une fois cette mise au point faite, personne ne voyait de confusion dans cette façon de m’exprimer. Il va sans dire qu’essayer d’appliquer un tel principe ne se ferait pas sans heurt ailleurs dans notre société.

L’idée d’introduire le pronom iel est compréhensible dans ce contexte. Comme je le relate dans mon ouvrage, Plaidoyer pour une réforme du français, ce pronom et tous les autres proposés ne sont pas (encore) entrés dans l’usage. Son introduction parait simple de prime abord, mais elle amène toutes sortes de questions complexes, sur le plan grammatical. En outre, contrairement à ce que le débat actuel laisse croire, le pronom en question n’est pas seul. En effet, des auteurs comme Michaël Lessard et Suzanne Zaccour en recensent d’autres dans leur livre Grammaire non sexiste de la langue française.

Retenez votre souffle :

            Il et elle : el, iel, ielle, ille, ya, yel

            Ils et elles : els, iels, ielles, illes

            Elle ou lui : ellui

Et ce n’est pas tout : il y a aussi la question des déterminants. Le et la fusionnent pour devenir li. Et je ne parle pas du pluriel.

L’adoption d’un pronom neutre comme iel amène aussi la question des accords d’adjectifs et de participes passés.

            Iel est heureux ou heureuse de son voyage en Afrique.

            Iel est sorti ou sortie de son isolement.  

On voit tout de suite que si on neutralise le pronom il faudra bien le faire pour le reste. Il faudra aussi inventer une forme neutre pour heureux et sorti. Les conséquences sur la grammaire prennent soudain une allure exponentielle.

Lorsque j’enseignais au Bureau de la traduction du gouvernement du Canada, j’ai constaté que plusieurs traductrices s’étaient résignées à utiliser le traditionnel masculin générique, à défaut de mieux. Les doublets chers aux politiciens, comme Canadiens et Canadiennes, encombraient les textes et nuisaient à leur lisibilité.

Certains intervenants dans le débat font aussi observer que le genre masculin exprime déjà la neutralité en français, et que cela n’a rien à voir avec le sexe. Il n’y a donc aucune utilité à féminiser les titres et à chercher de nouveaux pronoms.

Cela me parait inexact. Des grammairiens comme Nicolas Beauzée, au XVIIIe siècle, ont fait valoir que le masculin l’emporte sur le féminin pour la raison suivante :

Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle.

Des académiciens du siècle dernier défendaient une position semblable. Lorsque le journaliste Jean-François Lisée demanda à Maurice Druon : « Doit-on dire “Madame la ministre est bien bon“ ou “Madame la ministre est bien bonne“? Coincé, Druon s’en tira par une pirouette en répondant : Bonne à quoi? »

Alors pour ce qui est du masculin neutre, on repassera.

2) Un pronom pour les non-binaires.

Certains commentateurs semblent oublier la dimension d’égalité grammaticale qu’introduit iel pour se concentrer sur l’aspect idéologique du problème. Pour Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’un pronom idéologique visant à désigner des personnes représentant environ un pour cent de la population. Donc, on réforme la grammaire pour être plus inclusif et surtout satisfaire les personnes non binaires. Cette opinion tranchée montre que nous avons deux débats en un, ce qui sème la confusion.

La question n’est pas facile à trancher pour une langue genrée comme le français. L’anglais, lui, n’a pas ce problème, puisqu’il recourt au pronom neutre they. Comme je l’ai fait valoir dans un autre article, le recours au singular they est fort pratique mais amène des incohérences grammaticales, puisque ce pronom pluriel est utilisé au singulier. Cela dit, les anglophones ne semblent pas s’en formaliser.

L’introduction de iel, ou d’autres néologismes du genre, est-elle souhaitable? Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, je faisais valoir que toutes les langues finissent par évoluer. Mais elles ne le font pas toujours de manière ordonnée et rationnelle et toute avancée fait l’objet d’une résistance farouche. Le débat entre modernistes et traditionnalistes est éternel.

Les personnes qui proposent de nouveaux pronoms, que ce soit par souci d’équité grammaticale ou d’inclusion, procèdent de manière logique : elles s’inspirent des pronoms actuels pour en créer de nouveaux. On peut être d’accord ou non avec cette démarche, mais elle n’est pas entièrement dénuée de fondement.

Néanmoins, il est clair que le désir de donner un pronom aux personnes non binaires est d’abord et avant tout une démarche idéologique, guidée par un souci d’équité. Le but principal est de mieux respecter les personnes en question et non pas d’assurer une certaine équité grammaticale en abolissant la suprématie du masculin. Cette constatation ne signifie pas que la réforme proposée, avec un nouveau pronom, est totalement dénuée de fondement, mais il est clair qu’elle a des répercussions considérables sur la logique grammaticale du français.

Conclusion

Prendre position dans ce débat revient à essayer de prédire dans quelle direction le français ira dans les prochaines décennies.

Or, force est de constater que les langues sont comme des torrents impétueux dont la trajectoire n’est jamais rectiligne, pas plus qu’elle n’est rationnelle. En fin de compte, c’est l’usage qui décide, et pas toujours pour le mieux.

Les erreurs d’hier finissent par être acceptées (mais pas toutes!). Des emprunts à l’anglais comme réaliser, alternative, opportunité, partager ont fini par pénétrer l’usage au point d’être consignés dans les dictionnaires. Par ailleurs, des propositions intéressantes sur le plan de la francisation sont souvent balayées du revers de la main. Pensons à ordiphone, proposé à la place de smartphone. Les francophones ne voulaient pas du premier terme, point à la ligne.

Un bel exemple de cette dualité : la féminisation des titres est finalement passée, tandis que les timides et très prudentes rectifications orthographiques de 1990 sont encore rejetées en bloc par les auteurs, les éditeurs et par l’ensemble du public.

Peu importent les motifs qui se cachent derrière iel. Ce qui compte c’est la réflexion que cette innovation suscite sur l’avenir du français. Mais gardons à l’esprit que, de toute manière, c’est encore l’usage qui aura le dernier mot.

Iel

Le pronom iel vient de faire son apparition dans le Robert en ligne, ce qui a suscité immédiatement une tempête dans les médias sociaux et ailleurs, on s’en doute. Apparemment, ce n’est pas la veille que il et elle seront remplacés par un pronom neutre.

Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, j’observais une certaine réserve vis-à-vis ce genre de néologisme, parce que iel et autres ceuses sont justement de nouveaux mots très peu répandus et qui sont loin de faire l’unanimité.

La position du Robert est éclairante : le dictionnaire considère que iel s’est multiplié de manière importante au cours des derniers mois dans un grand nombre de publications pour gagner le droit de figurer dans le corpus de l’ouvrage en ligne.

Ce n’est pas la position défendue par le Larousse, qui, par la voix de son lexicographe, Bernard Cequiglini, estime que le terme litigieux est présent surtout dans des textes de militants, ce qui, d’après lui, ne justifie pas son acceptation. Il faut, dit-il, que le mot soit entré dans la langue courante.

Autre problème : le mot iel exprime une volonté de neutralisation de la langue, ce qui a des conséquences graves. En effet, si on neutralise les pronoms, il faudra bien neutraliser aussi les adjectifs, les accords de verbes. Comme l’affirme Bernard Cequiglini, ce n’est pas rien.

La question de iel n’est pas banale : elle interpelle toute la langue française. J’avoue bien humblement ma perplexité, moi qui milite en faveur de changements importants à notre langue, mais tout en respectant la plus grande partie de ses traditions.

Il faut toutefois garder en tête que les formes féminines proposées au Québec ont suscité de vives critiques, en Europe, certains les voyant comme une pure hérésie. Mais elles ont finalement pénétré l’usage et certaines citadelles du conservatisme ont dû baisser pavillon. On peut aussi observer que les points médians – eux aussi controversés – se voient plus fréquemment, afin de rendre les accords de verbes et d’adjectifs plus inclusifs.

Alors?

Eh bien le débat continue.

Sous-entendre

Comme il est curieux de constater qu’un verbe tout simple puisse engendrer une certaine confusion.

Sous-entendre, c’est exprimer une pensée de manière indirecte : il sous-entend que son voisin est un tricheur. Autrement dit, il laisse entendre que son voisin triche en jouant aux cartes.

L’expression laisser entendre est correcte, mais bien des gens font un amalgame avec le verbe sous-entendre, ce qui donne laisser sous-entendre. Évidemment, c’est une faute.

Comprenez-vous?

Avez-vous déjà eu cette étrange impression de vous être exprimé clairement et de vous heurter à un mur d’incompréhension?

Sûrement.

Il n’y a qu’à écouter autour de soi pour constater que la plupart des gens ne maitrisent pas la langue. Le vocabulaire est déficient – on peine à nommer les choses correctement. Pire encore, la syntaxe est délabrée, on construit des phrases comme si on empilait des vieilleries dans la cave, sans trop savoir qu’en faire.

Deux anecdotes. Je suis chez mon tailleur et je veux acheter des jeans de très bonne qualité, plus minces que ceux vendus un peu partout. Le vendeur me dirige justement vers ce genre de vêtement au tissu grossier. Je suis obligé de répéter ma demande pour qu’il comprenne enfin ce que je veux.

Je m’exprime pourtant avec clarté et précision, alors pourquoi n’a-t-il rien compris la première fois?

Deuxième histoire, qui date un peu. J’achète de la pellicule pour mon appareil et je veux prendre des photos noir et blanc. La fille au comptoir veut me faire comprendre que les films 100 ASA ne sont pas les meilleurs dans ce cas, mais elle est incapable de le dire. Son français est tellement rudimentaire qu’elle n’arrive pas à traduire son idée en mots. Elle finit par me dire que ce serait mieux d’acheter du 400 ASA.

Je joue au télépathe et exprime ce qu’elle a dans le fond de la tête : vous voulez dire que je serais mieux d’acheter une pellicule plus sensible pour mieux faire ressortir les contrastes. « C’est ça. »

Les causes?

Des études ont montré qu’environ la moitié des Québécois ont du mal à comprendre un texte écrit. Cela n’est guère surprenant quand on voit comment l’ensemble de la population s’exprime. Les vox populi grinçants dont les journalistes tapissent leurs reportages (avant la pause publicitaire) en sont un brillant témoignage.

Les causes de ce désastre sont multiples. L’environnement anglo-saxon écrasant en est une : le vocabulaire et la syntaxe de l’anglais pénètrent aisément par toutes les fissures de notre français délabré.

L’enseignement du français et les multiples réformes imposées au fil des décennies. Je me demande souvent ce que l’on fait au juste dans les classes. Comment enseigne-t-on la grammaire et l’orthographe? Comment se fait-il qu’à peu près tout ce que l’on lit un peu partout (petites annonces, médias sociaux, etc.) est rempli de fautes grossières?

L’incompréhension des règles d’accord (finales en er, ez), la confusion des homonymes c’est, s’est, ses, ces me jette par terre. Après 11 ans d’étude du français. Mais qu’est-ce qui ces donc passer?

Même les journalistes, qui devraient donner l’exemple, finissent par dire n’importe quoi, sans jamais chercher le sens véritable des mots. Les impacts, enjeux, partager, thématiques, problématiques en sont de vibrants exemples. Les commentateurs ne semblent pas avoir la moindre idée de la signification réelle de ces mots.

À tout cela s’ajoute l’indifférence, la paresse collective de bien parler. C’est peut-être le plus grave problème.

Le résultat est qu’une personne comme moi, qui s’exprime clairement, mais sans affectation, passe pour une sorte d’extraterrestre en public. Mes interlocuteurs sont désorientés d’entendre quelqu’un parler autrement qu’à coup d’approximations… genre.

On pourra reprocher aux Français tout ce qu’on voudra, notamment leurs anglicismes ridicules, prononcés de manière farfelue. Mais écouter la télé française est un ressourcement en soi. La fluidité du discours, la précision du vocabulaire sont admirables.

Pour les amoureux de la langue française, c’est une cure nécessaire.

Mouliner

La maitrise du français au Québec est vraiment déficiente, j’en ai souvent parlé. Écouter les informations à la télé française est une véritable cure de jouvence, ne serait-ce que pour l’absence de pauses commerciales. Le vocabulaire précis et la syntaxe m’émerveillent sans cesse.

Un reportage diffusé dans le bulletin du 20 octobre 2021 de France 2 exposait la faiblesse du réseau informatique dans certaines régions de l’Hexagone. Des personnes interrogées déploraient les difficultés de connexion.

Au Québec, on aurait parlé d’un site qui est très lent, qui tourne en rond, qui met du temps à se télécharger, etc. Rien d’inexact, mais très prosaïque, vous admettrez.

Et que disaient nos cousins en montrant leur ordi en train de pédaler dans le vide? « Et voilà, regardez, il rame, il mouline. » Tellement plus joli, n’est-ce pas? On imagine très mal ces expressions chez nous.

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Vous trouvez le français compliqué? Très compliqué? Inutilement compliqué? Vous lirez avec intérêt mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français. L’auteur y explique comment on pourrait moderniser l’orthographe et la grammaire de notre langue sans la dénaturer complètement.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Transparence

La transparence est un thème à la mode; les entreprises, les gouvernements, les individus aspirent à être transparents, sans nécessairement y parvenir. Les premières s’engagent à être transparentes tout en ayant bien des choses à cacher; les seconds en font un engagement solennel… avant de prendre le pouvoir; quant aux individus…

Pour les langagiers, une question se pose : peut-on appliquer le concept à des choses abstraites? Sommes-nous devant un autre calque insidieux de l’anglais?

Les chasseurs de primes seront déçus. Si la transparence s’applique à des objets matériels, comme l’eau ou le teint, elle décrit aussi des notions plus abstraites.

Une visite dans les dictionnaires ne laisse aucun doute. Le Robert parle de la transparence des intentions d’une personne; le Larousse est également très clair : « Parfaite accessibilité de l’information dans des domaines qui regardent l’opinion publique. »

Réclamer la transparence du financement des partis politiques.

Lorsque le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, en 1976, son président, René Lévesque, avait promis un gouvernement transparent. Cet usage ne date donc pas d’aujourd’hui.

Certains voudront substituer honnêteté à transparence, mais ce serait un glissement de sens. On peut être honnête sans être transparent. C’est d’ailleurs ce vers quoi tendent les autorités politiques, avec des succès très relatifs…

Un synonyme intéressant serait sincérité. Qu’en pensez-vous?

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Déconstruire

Pendant longtemps, j’ai cru que le verbe déconstruire était une façon chic de dire analyser. Je dois quelque peu nuancer cette opinion arbitraire. Au départ, la définition proposée par le Robert sembler pointer vers la redondance des deux termes.

Analyser : Opération intellectuelle consistant à décomposer un tout en ses éléments constituants et d’en établir les relations.

Cependant, déconstruire renvoie à une certaine forme de destruction.           

Défaire par l’analyse (ce qui a été construit). (Robert)

Défaire la construction, la structure, l’organisation de quelque chose. (Larousse)

Le Robert en ligne en rajoute : Défaire complètement ce qui a été construit.

Il ne s’agit donc plus de comprendre les mécanismes d’un tout, mais bien de le défaire. Tout comme on peut déconstruire un bâtiment, on peut déconstruire un concept, une idée.

Par exemple, on peut déconstruire l’idéologie du libéralisme économique en faisant valoir un de ses principes sous-jacents : L’accumulation de richesses par quelques privilégiés finit par profiter à tout le monde. Ce n’est qu’en partie vrai.

L’anglais, quant à lui, ne s’y trompe pas. Déconstruire est rendu par deconstruct, dismantle.

En fin de compte, la déconstruction est une analyse plus agressive.

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S’empirer

Les changements climatiques s’intensifient, la situation s’empire.

Certains crieront immédiatement à l’erreur en faisant valoir que le verbe empirer est intransitif. Donc s’empirer serait aussi pire (!) que se divorcer.

De fait, empirer est maintenant un verbe intransitif, mais il ne l’a pas toujours été. Jadis, on pouvait empirer une affaire, un mauvais remède pouvait empirer le mal. De nos jours, le mode transitif est considéré comme vieilli.

Ainsi en est-il de la forme pronominale. On en trouve un bel exemple daté de 1823 dans le Trésor de la langue française : « Il était impossible que notre situation s’empirât. »

Toujours est-il qu’au Canada français la forme pronominale est encore fréquente. D’après l’Office québécois de la langue française, elle n’est pas nécessairement à éviter :

Aujourd’hui, ces emplois sont considérés comme vieillis dans la plupart des ouvrages de référence, mais ils semblent survivre davantage au Québec. Il n’est pas nécessaire d’éviter ces emplois, qui sont corrects; toutefois, puisqu’ils sont moins courants dans le reste de la francophonie, on peut leur préférer la construction intransitive ou encore un synonyme d’empirer.

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Questions-réponses

Dans le monde des communications, il est courant d’organiser ce que l’on appelle des séances de questions-réponses. D’ailleurs, les sites Web de nombreux organismes privés ou publics affichent cette expression.

Expression innocente et naturelle, s’il en est, mais qui recèle quand même une petite redondance.

Par exemple, une conférence de presse peut être assimilée à une séance de questions-réponses. Et pour cause! On imagine mal un politicien entendre les questions des reporters et refuser ensuite d’y répondre.

Un organisme médical publie des questions et réponses sur le coronavirus. Il serait étonnant que le site Web affiche seulement les questions, mais pas les réponses.

Tout cela pour dire que l’expression questions-réponses est en soi redondante et qu’il serait plus juste de dire une séance de questions, ou encore une série de questions, auxquelles il est clairement sous-entendu qu’on y répondra.

Bien entendu, pas de quoi fouetter un chat; juste une évidence qui semble échapper à tout le monde.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

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Exit

Il y eut tout d’abord le Brexit, mot valise composé de Britain et Exit. C’est aussi le nom d’une crise existentielle qui a secoué la Grande-Bretagne, forçant sa population à choisir une fois pour toute si elle voulait faire partie de l’Union européenne. On connait le résultat.

Ce genre d’expression est la parfaite illustration des capacités infinies de l’anglais à forger des termes succincts et fulgurants pour décrire des réalités complexes.

Exit est un mot venant du latin exitus, le participe passé de exire, qui signifie sortir. L’anglais a repris le sens du latin, car exit peut aussi bien être un verbe qu’un substantif qui désigne une sortie.

Autres dérivés

La construction de l’Union européenne demeure controversée dans les populations du Vieux Continent et les groupes eurosceptiques se font entendre. En France existe la possibilité très réelle que le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 mette à nouveau aux prises Emmanuel Macron et la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, une eurosceptique. Déjà, certains évoquent une possible sortie de la France de l’UE, ce que les commentateurs anglophones appellent Frexit.

La crise de la dette publique en Grèce, en 2008, a mis sur la table la possibilité que la République hellénique soit expulsée de l’Union européenne. Il avait alors été question de Grexit… Aristote, Platon et Socrate auraient sûrement trouvé un autre terme.

Comme on le voit, le latinisme Exit offre d’immenses possibilités pour la création de néologismes.

La Pologne

La Pologne ne cherche pas à sortir de l’Union européenne, mais elle est affectée par une crise politique inquiétante. En effet, le gouvernement national-conservateur de Jarosław Kaczyński pourrait forcer un juge à comparaître devant le bureau du procureur national, qui est dirigé par le ministre de la Justice.

De nombreux Polonais dénoncent cette manœuvre et parlent de Polexit juridique, en ce sens que Varsovie ne respecterait plus les règles en vigueur dans les pays européens de séparation du politique et du juridique.

Force est de constater qu’Exita essaimé pour coloniser de nouveaux domaines. Reste à voir maintenant si d’autres expressions dérivées du même genre apparaitront prochainement.

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