Fenêtre d’opportunité

Après le dépôt de son prochain budget, le gouvernement disposera d’une belle fenêtre d’opportunité pour déclencher des élections. On imagine la même expression dans les pages sportives pour parler de la possibilité d’échanger un joueur.

Expression absente du registre français, sauf ces dernières années. Et pour cause : ce n’est pas du français. De quoi parle-t-on au juste? Du moment propice, de l’occasion rêvée de déclencher des élections. Rien de plus.

La fameuse fenêtre d’opportunité sent le caoutchouc brûlé, elle est artificielle, elle relève d’une autre logique, celle de l’anglais.

Les correcteurs du journal Le Monde ont répertorié quelques tournures au fumet irrésistible avec le mot fenêtre.

Une fenêtre de tir pourrait avantageusement remplacer la hideuse fenêtre opportunité. Il s’agit du très bref moment pendant lequel on peut lancer une fusée dans l’espace pour qu’elle se place correctement en orbite. Par extension, cette fenêtre désigne une possibilité favorable pour prendre une décision politique.

La politique et l’amour partagent aussi une fenêtre de rencontre. En diplomatie, on réservera une fenêtre de rencontre entre deux chefs d’État.

Enfin, le monde des vignobles possède une fenêtre de maturité.

Quant au mot opportunité, il nous réserve encore de longs et vigoureux débats sur son sens véritable : le caractère opportun d’une chose, ou encore une possibilité, une occasion.

Je profite de cette belle opportunité pour vous signaler que cette dernière acception vient de l’anglais opportunity; à cela, j’ajouterais que l’Académie française accepte ce nouveau sens.

Certains y voient une belle occasion d’enrichir le français, tandis que d’autres préfèrent s’en tenir au sens traditionnel. À vous de choisir.

Envoyer un manuscrit

Bon, puisque vous y tenez vraiment, semblent dire les éditeurs.

Jadis, soumettre votre roman était la chose la plus simple. Il suffisait de vous présenter chez l’éditeur ou encore de l’envoyer par la poste. C’est cette solution que la plupart des auteurs choisissent.

Mais là, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Les directives de l’Union des écrivains et écrivaines du Québec nous laissent croire que les éditeurs ont tous les mêmes exigences. Plus maintenant.

Certains souhaitent même que vous leur soumettiez par courriel un synopsis, afin de voir si votre histoire les intéresse ou non. À ce sujet, l’auteur qui ne veut pas perdre son temps et ses sous à envoyer des manuscrits à tout vent aurait intérêt à consulter la page Web de l’éditeur visé. Dressez la liste de ceux qui publient votre genre de prose. Oubliez les autres.

La plupart des maisons d’édition vont dans le sens de l’Union en exigeant un manuscrit tapé à double interligne avec des marges généreuses pour laisser place aux commentaires. Ensuite, les pages doivent être imprimées d’un seul côté. Pourtant, je suis tombé sur des éditeurs qui souhaitaient plutôt un interligne et demi, voire simple interligne; l’un d’entre eux voulait une impression recto-verso.

Ce n’est pas tout d’envoyer le manuscrit. Il faut y joindre vos coordonnées et une présentation de votre roman. Certains veulent même un CV, signe encourageant qu’ils voudraient mieux vous connaître.

La lettre de présentation de votre roman est cruciale. Il ne suffit pas de raconter platement votre histoire. Non, c’est bien plus cela : vous devez expliquer à l’éditeur pourquoi votre roman pourrait séduire le public. Vos personnages ont du gabarit : dites-le! Votre plume fait du patinage artistique : dites-le aussi. Essayez de mettre en lumière ce en quoi votre futur livre se distinguera des autres.

En fait, il s’agit d’une première pub et c’est vous qui la signez. Donc ne manquez pas votre coup!

Le cœur gonflé d’espoir (cliché pratique), vous mettez votre manuscrit à la poste. Quelques éditeurs acceptent maintenant un simple courriel et une pièce jointe. Vous êtes déjà impatient de recevoir une réponse. Justement…

Là où les conditions varient sensiblement d’une maison à l’autre, c’est le délai de réponse. Généralement, on nous promet une réponse écrite dans les trois mois. Certains éditeurs, toutefois, nous préviennent qu’il ne faut rien espérer avant… six mois. L’un d’entre eux m’a dit carrément qu’après ce délai, il fallait tout simplement l’oublier : il n’enverra même pas de lettre de refus. Insultant pour le pauvre auteur qui a investi des années dans son œuvre. Nous en sommes rendus là.

Que s’est-il passé?

Apparemment, les éditeurs sont inondés de manuscrits. Cette constatation surprend, en cette époque numérique; pourtant, oui, les gens écrivent encore des histoires et veulent les faire publier sur papier. Non, tout n’est pas dans le Web. Cela vous rassure? Moi oui.

Comme nous l’avons vu dans mon premier article, il est hélas fort probable que votre chef-d’œuvre ne sera pas reconnu à sa juste valeur. L’éditeur vous en avise par une lettre stéréotypée, vous disant que malheureusement votre roman ne pourra faire partie de son programme de publication de l’an prochain. Cette lettre prend parfois la forme d’un simple courriel. Chose certaine, elle est rarement motivée et on ne vous fournit pas les commentaires du comité de lecture. Bien dommage.

Magnanime, la maison d’édition vous proposera de vous renvoyer le manuscrit pour une modique somme. Certaines d’entre elles ne retourent plus les manuscrits.

Vous savez maintenant à quoi vous en tenir. Bon courage.

Écrire et réécrire

Lorsque vous regardez une partie de tennis, vous pouvez avoir l’impression de pouvoir vous en tirer aussi bien que Milos Raonic ou Eugenie Bouchard. Voyons! Exécuter un revers a l’air si facile… Je pourrais faire la même chose. Bon sang, comment a-t-il fait pour rater cette balle?

Le lecteur qui dévore un roman historique de Ken Follet a l’impression qu’il l’a écrit d’un seul trait. Tout s’enchaîne merveilleusement bien, on tourne les pages et le temps file…

(Ironiquement, j’imagine le même Follet présentant son manuscrit à un éditeur : bof, trop long, les personnages ne sont pas assez développés, récit plutôt invraisemblable, style trop racoleur, allez voir ailleurs…)

En réalité, vous pouvez être certain que l’auteur de n’importe quel roman a sué sang et eau avant d’en arriver à la version finale. Et cette version n’est qu’un pâle reflet de ce que l’auteur avait prévu dans son plan.

Car tout le monde vous le dira : il faut un plan. Votre histoire doit être un papier à musique que vous suivez aveuglément; bref l’auteur est une sorte de piano mécanique qui égrène les notes.

Ce n’est pas tout à fait exact. Les anglophones disent souvent que le diable est dans les détails.

Pourtant, tout était clair dans votre tête. Le train partait de Montréal et il allait à Toronto. Mais très rapidement, votre prose s’anime sous vos mains, elle vous échappe et le convoi dévie. Pourquoi? Les péripéties exponentielles dont vous agrémentez votre chef-d’oeuvre forment bientôt un nœud inextricable : tel évènement vient en télescoper un autre, de sorte que tel développement ne tient plus. Et tout le reste, si clair dans votre esprit, devient tout à coup fragile, comme un château de sable léché par la mer.

Le doute vous tenaille, tel un spectre. En promenant votre chien, vous essayez de démêler les fils d’une intrigue qui apparaissait si simple au départ. Vous commencez à vous méfier des idées de génie qu’une muse perfide vous suggère. Vous hésitez à prendre des chemins de traverse qui pourraient vous conduire vers le néant.

L’inspiration étouffe sous le poids de vos hésitations; peut-être que tout votre récit n’a aucun sens, en fin de compte. L’impensable se produit : vous êtes tentés de tout laisser tomber. Incapable d’en sortir, vous chassez l’histoire de votre esprit, en pensant que vous n’avez pas la trempe d’un écrivain.

Pendant quelques semaines, vous délaissez votre projet. Tourner en rond vous exaspère, démêler les fils de votre propre histoire est trop frustrant.

Puis… l’illumination.

Tuer tel personnage mène à une impasse; par contre en éliminer un autre est nettement plus intéressant. Tiens! Pourquoi pas? Votre histoire ressuscite après une longue hibernation. Les muses reviennent vous hanter dans vos promenades et vous susurrent de nouveaux développements prometteurs. Le personnage principal est une musulmane née au Québec; pourquoi l’une de ses amies ne serait-elle pas une catholique pratiquante, pour faire contrepoids avec une autre copine agnostique?

L’espoir renaît. Alors, petit tâcheron, vous saupoudrez le récit de petites précisions qui en renforcent l’armature. Vos personnages deviennent plus nuancés. Ils s’emparent de l’auteur et lui dictent de nouveaux passages. Fébrile, vous relisez votre œuvre, rattrapant des passages devenus caducs, éliminant longueurs et redites. Le récit prend du tonus; il devient prometteur. Le train repart pour Toronto.

Pour la cinquième fois, vous réécrivez le synopsis : la fin est légèrement modifiée (il y avait trois possibilités); tel personnage prend du galon, un autre s’efface avec humilité.

Mais il y a encore un nœud. Un personnage envoûté par sa religion doit changer d’attitude, mais comment? Il est trop obtus pour évoluer et tout revirement risque de verser dans l’invraisemblance. Vous devez trouver une solution… sinon il faut changer la fin.

L’équilibre du récit repose sur une ribambelle de détails; aucun lien logique ne doit être négligé. Vous êtes à la merci de la moindre distraction. Tout doit se tenir. Et soyez assuré que la moindre faille n’échappera pas à l’œil inquisiteur de l’éditeur.

Vous vous relisez une dernière fois. Toutes les incohérences du roman ont été gommées… du moins vous l’espérez. Un personnage a cessé de changer de nom au fil du récit. Un changement global irréfléchi vous a conduit à baptiser Laurence et Charlotte du même nom que l’héroïne… difficile de démêler les trois Safia qui dialoguent en même temps! L’histoire se tient, elle est logique et crédible. Les lieux communs sur les musulmans ont été évités, vos personnages sont nuancés et approfondis. Vous les sentez, ils vibrent dans votre cœur. Le comité de lecture va aimer ça.

Gonflé d’espoir, vous envoyez votre précieux manuscrit à quelques éditeurs.

 

Prochain article : Envoyer un manuscrit.

Noms de pays francisés

La plupart des noms de pays viennent de langues étrangères et conservent leur graphie originale.

Quelques-uns sont des traductions : Autriche (Österreich), République dominicaine (República Dominicana), Japon (日本).

Habituellement, les noms sont translittérés d’une manière assez fidèle dans les langues occidentales, pour que la graphie reflète la prononciation originale du toponyme.

Les noms de pays comportant un E prononcé comme un É peuvent représenter une difficulté. Le Monténégro, nom issu de l’italien, prend deux accents et fait figure d’exception. Le nom des autres pays concernés s’écrit sans accent : Belarus, Guatemala, Liberia, Nigeria, Venezuela.

On remarquera que le nom de leurs habitants comporte un É. Bélarussien, Guatémaltèque, Libérien, Nigérian, Vénézuélien. Pourquoi? Parce qu’il s’agit de noms français et que, par conséquent, ils prennent les caractéristiques orthographiques de notre langue.

Depuis 2013, le dictionnaire Larousse francise certaines graphies, comme Détroit et Saint-Louis, auparavant écrites à l’anglaise. Rappelons que ces deux villes ont été fondées par les Français. Le même ouvrage donne maintenant deux graphies pour les pays précités, une avec accent aigu et une autre sans accent, celle qu’on voyait dans les éditions précédentes.

Les États dont la graphie a été francisée voient leur nom écrit ainsi : Bélarus (entrée principale à Biélorussie), Guatémala, Libéria, Nigéria, Vénézuéla. Notons que ces graphies sont données comme deuxième choix, mais elles n’en acquièrent pas moins une certaine crédibilité en étant publiées dans le Larousse.

Il me semble que c’est la voie à suivre.

Intoxiqué

L’erreur est trop fréquente pour ne pas en parler. Un party d’adolescents tourne mal : plusieurs d’entre eux sont intoxiqués et doivent être soignés dans un hôpital.

Que veut-on dire au juste? Tout dépend dans quelle langue on pense, car « intoxiqué » est un redoutable faux ami. En français, vous êtes intoxiqué si vous avez mangé des huîtres qui n’étaient pas fraîches. Une intoxication est un empoisonnement.

En anglais, toutefois, intoxicated signifie que vous avez trop bu; vous êtes ivre, grisé, saoul.

Bien entendu, une personne qui dépasse six fois la limite permise pour la consommation d’alcool est saoule, mais on peut dire, dans ce cas précis, qu’elle est aussi intoxiquée, parce qu’elle est dans un coma éthylique qui met sa vie en danger.

Comme pour l’alcool, l’emploi du mot intoxiqué est une question de mesure. Sauf dans les cas d’empoisonnement, il est préférable de parler d’ivresse plutôt que d’intoxication.

À l’effet que

La Presse : « Les commentaires du maire Jean Tremblay à leffet que le député péquiste Sylvain Gaudreault aurait eu de meilleures chances de se tirer de… » .

Le Devoir : « Peu de temps après, des informations ont circulé à leffet que Mme Normandeau aurait eu des échanges avec le Parti conservateur. »

La locution à l’effet que fait tellement partie de notre parler quotidien qu’elle en devient transparente. Elle s’immisce même dans le monde de la justice, comme en témoigne ce bel exemple du français atroce de certains magistrats :

« Un procureur des poursuites pénales :«  M. X a présenté ses excuses au corps policier et il rencontrait les éléments prévus par la jurisprudence à l’effet que c’était dans son intérêt véritable d’obtenir une telle mesure et que cette mesure-là n’allait pas à l’encontre de l’intérêt de la société. »

Ouf! C’est tellement mauvais qu’il faudrait recomposer la phrase.

À l’effet que est un calque de l’anglais to the effect that, qui signifie selon lequel.

Voici quelques exemples où l’on peut remplacer à l’effet que :

 

Les rumeurs (à l’effet que) selon lesquelles des élections seraient déclenchées au printemps sont plausibles.

La nouvelle (à l’effet que) voulant qu’il soit échangé aux Maple Leafs a causé (toute une commotion) tout un choc.          

Soulignons que la locution à l’effet de est correcte dans un contexte juridique, lorsqu’elle signifie « dans le but de », « dans l’intention de ».

 

Prévaloir

Lu dans une dépêche de l’Agence France Presse : «Même si la situation n’est en rien comparable à celle qui prévalait au milieu des années 60.» Le reporter est en poste à Washington et, comme le font les Canadiens depuis des décennies, il a été victime d’un faux ami.

Voici des exemples d’utilisation correcte de prévaloir :

«L’Allemagne est un pays où prévaut la stabilité économique et politique.»  «La meilleure éducation du monde ne prévalait pas contre les mauvais instincts » ( Gide ).

Prévaloir a le sens de l’emporter sur, avoir le dessus.

Pourtant, le verbe est souvent mal utilisé.

« Les habitudes qui prévalent dans les médias. » « La situation qui prévaut au Proche-Orient est inquiétante. » « Le pessimisme prévaut chez les économistes américains. » « Il faut  revoir la stratégie économique qui prévaut au Québec. »

Lorsque prévaloir remplace règne, il y a anglicisme. Dans les cas qui précèdent, la situation au Proche-Orient ne l’emporte pas; le pessimisme n’a pas le dessus; la stratégie économique ne gagne rien du tout.

Parfois, il suffit d’un peu d’imagination pour éviter prévaut.

« Les habitudes qui ont cours dans les médias. » « La situation au Proche-Orient est inquiétante. » « Le pessimisme affiché par les économistes américains. » « Il faut revoir la stratégie économique mise de l’avant au Québec. »

L’expression s’est immiscée dans la langue du sport.

« Les Canadiens ont prévalu contre les Rangers… »

On flaire tout de suite l’anglicisme, car le même verbe est employé en anglais. Pourtant, il est utilisé dans le sens de l’emporter sur. Cependant, je ne vois aucun exemple dans les dictionnaires français dans lesquels prévaloir est utilisé dans un tel contexte.

Je recommanderais la prudence dans ce cas.

 

Conversation

Il fallait entendre ce citoyen au Téléjournal de l’Outaouais. Un promoteur effronté veut ériger deux tours vertigineuses à côté du Musée de l’histoire, devant la rivière des Outaouais. Les habitants du quartier sont furieux, et avec raison. À croire que les promoteurs définissent maintenant l’urbanisme des villes.

Le pauvre citoyen qui parlait de l’importance d’avoir une «conversation» sur la question. Quand il s’agit de construire des monstruosités dans un quartier résidentiel populaire, l’heure n’est plus à la conversation.

Le problème ne date pas d’hier. Les médias se gargarisent de conversations depuis un certain temps. Steven Guilbeault qui parle de conversation lors de la Conférence des Nations unies sur l’environnement. Les échanges, peut-être?

L’attentat d’Ottawa qui aurait pu virer au drame, pourtant, le Globe and Mail : « In the wake of the Ottawa attack, how will our conversation around terrorism change? »

Les Canadiens ont-ils vraiment une conversation sur le terrorisme?

Autre exemple du même journal : « Follow the conversation on the blog below. »

Le Devoir suit la parade : « L’heure d’une conversation nationale sur l’éthique a sonné. »

De plus en plus, les chroniqueurs politiques saupoudrent leurs textes de conversations… Qu’en est-il vraiment?

Les Canadiens n’ont pas de conversation sur le terrorisme, tout simplement parce que c’est un sujet controversé. Tout échange d’idées à ce sujet devient vite une discussion, voire un débat, car chacun a des opinions bien arrêtées.

Pour les sujets moins controversés, on peut certes parler d’échange de vues.

L’atténuation du mot discussion en soi-disant conversation reflète une tendance de notre époque, celle de chercher des mots moins abrasifs pour parler de sujets délicats.

 

L’attentat du 22 Octobre à Ottawa

On évoque avec horreur le souvenir des attentats du 11 Septembre. Désormais, on parlera au Canada de l’attentat du 22 Octobre. Si on ajoute l’année, cela devient l’attentat du 22 octobre 2014.

Certains médias parlent encore de fusillade, alors qu’il s’agit bel et bien d’un acte motivé par une idéologie spécifique. Rien à voir avec le braquage d’une banque. Un forcené qui pénètre dans un parlement dans le but d’assassiner des gens commet un attentat, que certains qualifieront de terroriste.

Sur le plan linguistique, il importe d’écrire ces expressions correctement, c’est-à-dire en employant la majuscule. Celle-ci désigne un événement clé dans l’histoire. Ne pas l’employer banalise la date et en rabaisse l’importance.

Comparons : les événements du 11 septembre et les événements du 11 Septembre. Lequel retient davantage l’attention?

Les règles quant à l’utilisation ou non du trait d’union dans les dates historiques ne sont pas claires. On voit toutes sortes de graphies. Cependant, l’Office québécois de la langue française préconise l’absence de trait d’union.

D’autres événements historiques comportant un élément de date voient leur nom écrit avec la majuscule. Par exemple, la Crise d’Octobre, la Monarchie de Juillet en France, la Révolution d’Octobre en Russie.

Place

La Place Bell sera bientôt construite à Laval. Ce complexe abritera une patinoire transformable en salle de spectacle. Pourtant, la Place Bell n’est pas une place.

En géographie urbaine, une place est un vaste espace découvert où convergent plusieurs voies de circulation. Pensons à la place de la Concorde à Paris, à la place d’Armes à Montréal ou à la place d’Youville à Québec. Donc rien à voir avec un immeuble public.

Certains feront valoir que des immeubles montréalais portent déjà ce nom : la Place Ville-Marie, la Place Bonaventure. L’ennui, c’est que le mot place est un calque de l’anglais. D’ailleurs, le Canadian Oxford parle de particular building, un sens inconnu en françaisPeu de gens le savent, mais le Complexe Desjardins devait s’appeler Place Desjardins, à l’origine. On a rectifié le tir. Par ignorance ou par manque de volonté, on réédite une vieille erreur avec la Place Bell. On devrait sonner les cloches de la Cité de la culture et du sport de Laval et de la Société québécoise des infrastructures, responsables du projet.

Comme on le voit, d’autres génériques que place sont possibles. Pensons à tour, immeuble, édifice, galerie.

Bien entendu, il est maintenant impensable de débaptiser la Place Ville-Marie, la Place-des-Arts. Ces noms sont gravés dans le paysage urbain; ils sont traités comme des éléments spécifiques et prennent la majuscule et le trait d’union. C’est un peu comme si on disait l’immeuble Place-Ville-Marie, mais en faisant une ellipse. Néanmoins, l’anglicisme est toujours là.

Trop tard pour la grande tour cruciforme, mais il est encore temps de trouver un autre nom pour la soi-disant Place Bell.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.