Lois de Murphy de l’écrivain

Vous rédigez un plan détaillé. Vous ne le suivrez plus dès le troisième chapitre.

Au bout de quelques mois de travail, vous ne savez plus très où vous en êtes avec cette histoire.

Le livre ne finit jamais comme prévu.

Le personnage le plus vilain gagne votre sympathie. Le héros est fade.

Inévitablement, vous allez assassiner des personnages. D’autres vont naître en cours de rédaction.

Vous allez tout recommencer au moins deux ou trois fois.

Les corrections pour régler certains problèmes agaçants vont générer de nouveaux problèmes agaçants.

Le superbe néologisme qui vous avait foudroyé en pleine nuit sera refusé par l’éditeur.

Le terme élégant que vous chérissez ne veut pas dire ce que vous pensiez.

Vous allez vous contredire sur des détails qui vous échapperont à la relecture… mais pas à vos éventuels lecteurs.

Malgré toutes les vérifications, relectures et passages à tabac dans Antidote, votre manuscrit comportera quelques coquilles et fautes de grammaire.

Les correcteurs ne voient pas toujours les fautes de logique dans l’emploi : le personnage s’écrit : « Zut! ». S’écrie.

Le correcteur s’entête à vous suggérer d’écrire « français » avec la majuscule, alors que vous parlez de la langue portant ce nom.

Si votre action se situe dans le passé, vous allez inévitablement commettre un anachronisme.

Il va sans dire que Paul est appelé David à quelques reprises.

Remplacement de David par Paul. Mais un personnage secondaire, entrevu au milieu du roman, s’appelait David… Devinez ce qui est arrivé.

Vous ne pensiez pas qu’une histoire si simple au départ deviendrait aussi compliquée.

Vous ne vous souvenez plus du nom d’un de vos personnages et il est introuvable dans vos notes.

Vos notes sont une nouvelle forme de cacophonie.

Vous pensiez avoir inséré un passage important à tel endroit… Ben non.

Votre histoire n’a plus à rien voir avec celle que vous avez élaborée avec enthousiasme sur un napperon, au restaurant.

Traductions boiteuses des panneaux publics

Les panneaux publics traduits de l’anglais offrent de beaux exemples de littéralité. En voici un, aperçu près d’une piste de ski de fond.

To comply with the Quebec Highway Safety Code, and for your own safety, use in-line skates or roller skis on the roads in Gatineau Park only when the roads are closed to motor vehicule traffic.

Otherwise, do not practice in-line skating or roller skiing on the roads of Gatineau Park.

Traduit ainsi :

Afin de vous conformer au Code de sécurité routière du Québec, et pour votre propre sécurité, veuillez pratiquer le patin à roues alignées ou le ski à roulettes sur les routes du parc de la Gatineau seulement lorsque les routes sont fermées à la circulation de véhicules motorisés.

Autrement, ne pas pratiquer le patin à roues alignées ou le ski à roulettes sur les routes du parc de la Gatineau.

Un beau cas de traduction littérale qui ne correspond pas à l’esprit de notre langue. Certes, le message est le même en anglais et en français. Sauf que le deuxième paragraphe est répétitif. En fait, il ne correspond pas à la démarche du français, qui évite de répéter ce qui vient tout juste d’être dit.

Voici quelques formulations que l’on aurait pu utiliser, au lieu de répéter « le patin à roues alignées » et « le ski à roulettes ».

  • Autrement, s’abstenir de pratiquer ces activités.
  • Autrement, ne pas faire de patin ou de ski.
  • Autrement, s’abstenir.

En général, le français évite de répéter des évidences. En outre, il ne se sent pas obligé de reprendre intégralement ce qui vient d’être dit, mais cherche plutôt à le sous-entendre. En pareil cas, la démarche stylistique est très différente de l’anglais.

Dans l’exemple précédent, « ces activités » renvoient clairement à celles énoncées dans le paragraphe précédent. Il n’est pas nécessaire de les répéter. Un autre procédé consiste à raccourcir « le patin à roues alignées » et « le ski à roulettes », avec patin et ski. Le lecteur va tout de suite comprendre.

La troisième solution est radicale, certes, mais elle fait appel à l’intelligence du lecteur. On comprend que si les routes ne sont pas fermées, il ne faut pas pratiquer les activités mentionnées.

Voici quelques autres exemples de traductions serviles observées dans l’Outaouais et dans l’Est de l’Ontario.

Lorsque vous entrez en Ontario, on vous avertit immédiatement que les excès de vitesse font l’objet d’amendes. Les speed fines deviennent des amendes de vitesse. Pourtant, le panneau précise les amendes associées à telle ou telle vitesse. Le titre générique Amendes aurait bien suffi.

Les orignaux traversent parfois l’autoroute 417. Des panneaux les représentent avec la mention Night Danger : danger de nuit. Il va de soi que l’orignal présente un danger. Le français ne ressent pas le besoin de préciser une évidence. Heurter un orignal présente un danger. Donc : La nuit aurait été suffisant.

Certains panneaux sont explicites; par exemple No Exit. On aurait pu dire Dead End. En tout cas, la traduction suit la démarche de l’anglais : Pas de sortie. En français : Impasse.

Lu dans un parking : Reserved for permits holders only : réservé aux détenteurs de permis seulement. Il me semble qu’il y a pléonasme dans les deux langues. Le verbe réserver est assez clair sans l’étoffer par un adverbe. Réservé aux détenteurs de permis aurait bien suffi.

L’anglais est une langue plus imagée que le français, ce qui la rend très vivante. Le français, lui, recourt moins à l’image; il est plus abstrait.

On verra les inscriptions suivantes un peu partout au Canada. Elles sont un calque parfait de l’anglais.

Les adeptes du cône orange sont habitués à lire Construction partout, alors qu’il faudrait parler de Travaux à moins que l’on érige un immeuble en hauteur. Et il y a travaux parce que des ouvriers s’activent. Donc, Men at Work devient Hommes au travail, alors qu’en français correct on dirait Travaux, encore une fois.

Dans les immeubles commerciaux, on voit souvent Space to let rendu par Espace à louer. Généralement, il s’agit de Bureaux à louer ou, éventuellement, de Magasin à louer.

En terminant, les bacs de recyclage ontariens portent l’inscription We recycle traduite, si on peut dire, par Nous recyclons. Le français de bonne tenue se contenterait d’un simple mot : Recyclage.

C’est peut-être ce qu’il faudrait faire avec tous ces panneaux mal foutus.

C’est français!

Quand on a le souci de la langue, on finit par voir des anglicismes partout… même là où il n’y en a pas. Le français et l’anglais se sont échangé quantité de mots et d’expressions au fil des siècles, et bien malin qui pourrait s’y retrouver!

Les amants de la langue française sont à l’affût de l’anglicisme comme le chat chasse la souris. Mais, dans bon nombre de cas, il n’y a pas de souris.

Les attentats du 11 Septembre ont suscité toute une commotion aux États-Unis.

C’est ce que l’on dirait en anglais. Le premier sens de commotion en français est un ébranlement violent de l’organisme, comme dans le cas d’une commotion cérébrale. Mais le terme revêt un second sens, figuré, de violente émotion. Donc, pas de faute ici.

Le regretté Jean Béliveau était une figure emblématique des Canadiens de Montréal.

Là encore, c’est correct. Le sens premier est « Qui représente un emblème, se rapporte à un emblème. », selon le Petit Robert. « Qui représente (quelque chose, une idée) de manière forte. » L’exemple donné est justement Une figure emblématique du sport.

Deux autres expressions dans lesquelles l’anglais et le français s’expriment de la même manière.

Les dés sont jetés, il ne reste plus qu’à attendre. Le jeu en vaut-il la chandelle? Nous le saurons bientôt.

Peut-on donner le feu vert à quelqu’un? Là encore, ça sent l’anglais… Pourtant, l’expression est bel et bien dans le Robert, sans aucune mention d’anglicisme.

Mais voici une authentique importation anglaise : le thé.

Le bridge et le cricket, ce n’est vraiment pas sa tasse de thé.

L’image est savoureuse… on se croirait dans un roman d’Agatha Christie, et on y est! L’expression vient bel et bien de l’anglais, mais on la retrouve tant dans le Robert que dans le Larousse!

Le pouvoir évocateur de l’anglais, qui s’exprime beaucoup par images, séduit parfois les francophones.

 

 

Le Portail linguistique du Canada

Le Portail linguistique du Canada est un outil mis sur pied il y  a cinq ans par le gouvernement du Canada pour stimuler l’essor de nos deux langues officielles.

Il constitue un carrefour indispensable pour les rédacteurs, traducteurs et autres langagiers. Le Portail comprend une multitudes de liens vers des ouvrages de langue, des sites langagiers partout au Canada ainsi que des liens vers des cours de langue!

Les esprits curieux s’amuseront avec un Quiz éclair. Les plus sérieux pousseront leurs recherches dans la banque terminologique Termium grâce à un lien direct.

Depuis son lancement en octobre 2009, et après des millions d’interrogations, il est toujours en pleine croissance. Récemment, il s’est refait une beauté avec une toute nouvelle page d’accueil. Plusieurs fonctionnalités y ont été ajoutées, dont :

  • le puissant moteur de recherche Le français sans secrets|Gateway to English, qui interroge en un seul clic 16 outils d’aide à la rédaction et des centaines d’autres ressources linguistiques;
  • l’application mobile noslangues.gc.ca sur le pouce!;
  • les cartes virtuelles, qui permettent de partager les trucs et les jeux de la semaine dans Facebook;
  • de nouveaux outils d’aide à la rédaction français et anglais.

Et, bien sûr, le contenu du Portail s’enrichit sans cesse. Chaque semaine, de nouveaux hyperliens, articles et jeux linguistiques y sont ajoutés.

 

Sur Paris?

Peut-on revenir sur Paris? Sur Montréal?

Vous avez sûrement entendu ce genre d’expression… sur TV5 ou sur TVA. Le francophone nord-américain sursaute quelque peu, bien que le sur géographique se fraie un chemin dans nos médias.

Faut-il condamner cet usage?

Pas selon les dictionnaires européens. Le Larousse est explicite : le sur indique la localisation, la direction. Revenir sur Paris. D’ailleurs, le Hachette va dans le même sens avec un exemple : Faire cap sur Terre-Neuve.

Le Robert, quant à lui, signale qu’on peut l’utiliser avec un verbe de mouvement. Toutefois, le même ouvrage donne un exemple qui semble déconseiller son emploi : « Elle articule qu’elle ne va pas sur Toulouse, mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent. » La citation est de l’écrivain français Jean Échenoz.

Le Robert donne également une définition géographique de la préposition : dans le voisinage immédiat, exemple : Boulogne-sur-Mer. Ici, on pourrait penser à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Odonymes

Les règles régissant les prépositions ne sont jamais logiques, surtout quand on les compare d’une langue à l’autre. En français, on attend quelqu’un; en anglais, on attend pour quelqu’un; en allemand, on attend sur quelqu’un. Cherchez l’erreur.

Le français, jamais à court de complexité, propose diverses prépositions pour les voies de circulation, appelées odonymes en langage savant. Ainsi, on rencontre une personne dans la rue, mais sur un boulevard ou sur une place. Mais on peut la rencontrer aussi bien sur une avenue ou dans une avenue. Et on habite rue Laurier, et non sur la rue Laurier. Comprenne qui pourra.

Anglicismes

La maîtrise des prépositions est l’un des pièges les plus insidieux lorsqu’on apprend une autre langue. On peut dépister un anglophone avec un accent parfait en français à l’usage qu’il fait des prépositions. Par contre, beaucoup de francophones au Canada déclinent régulièrement des prépositions en fonction de la logique de l’anglais, même s’ils ne parlent pas cette langue.

Entendu à la radio ce matin : « Elle n’est pas sur un groupe. » J’espère bien! Elle en fait partie.

Avez-vous grandi sur une ferme? Non, vous avez grandi dans une ferme.

Il travaille à son manuscrit sur semaine. Non, il y travaille en semaine, pendant la semaine.

Vous avez lu une nouvelle sur le journal? Non, dans le journal.

Il travaille sur le train? Non, il travaille dans le train.

Bref, nous n’en avons pas fini avec la préposition sur.

 

Discriminer

La série des mots orphelins se poursuit avec discriminer et discrimination.

Tout le monde s’entend sur le sens du mot discrimination, ce traitement inégal réservé à certaines personnes à cause de leur race, de leur religion, de leur rang social ou de leur âge.

La notion de discrimination positive, qui a fait son entrée dans les dictionnaires, vient de l’anglais. Mais elle exprime une réalité moderne qu’aucun terme français ne peut rendre avec précision.

Jusqu’ici, pas de problème.

Pourtant il y en a un : le verbe discriminer ne devrait-il pas signifier « exercer de la discrimination contre un groupe, une personne »? La logique la plus élémentaire le prescrit.

Pourtant, les ouvrages de langue deviennent étrangement vagues quand ils traitent de ce verbe. Par exemple, le Robert le définit ainsi : « Avoir une attitude discriminante envers un groupe. » Le verbe est transitif, donc requiert un complément. Pourtant, le seul exemple donné n’en a pas : « Recruter sans discriminer. »

De fait, que ce soit dans le Trésor de la langue française, Le Petit Larousse, Le Grand Dictionnaire terminologique, Le Multidictionnaire de la langue française, on ne voit nulle part un exemple comme discriminer tel groupe ethnique.

Les concordanciers comme Linguee sont curieusement avares quand il s’agit de discriminate. Un seul exemple trouvé dans lequel on parle de « discriminer en faveur des écoles qui ont un intérêt explicite à promouvoir… »

Même chose du côté de Tradooit. Les exemples de traduction européens tournent autour d’opérer une discrimination… Un exemple du Parlement européen ressort du lot : « La Commission salue également la position du ministre Nigérian de la justice, qui a déclaré l’an dernier qu’il n’était pas juste de discriminer les musulmans à travers le fait qu’ils étaient condamnés différemment pour un même délit. »

On notera la faute de majuscule pour Nigérian et la maladresse du libellé. Pas convaincant… Les seuls cas d’emploi de discriminer + complément d’objet direct se voient dans les débats du Parlement du Canada.

Pourtant, si un groupe est victime de discrimination, pourquoi ne peut-on dire que le gouvernement, la population discriminent ce groupe?

Et si on peut, pourquoi est-ce que les dictionnaires ne donnent pas d’exemple clair en ce sens?

Suite de cet article.

 

 

Un verre de whisky…

Comme Hemingway, j’aime bien déguster un verre de whisky en écrivant. C’est grisant, non pas parce que je me prends pour le grand écrivain américain, mais parce que le divin breuvage rompt toutes les entraves de ma créativité.

En tant qu’écrivain en devenir, j’aime bien me laisser bercer par la douce euphorie de la boisson ambrée. Mes personnages déclament, ma plume s’envole…

Hemingway calait sa bouteille en écrivant ses articles, mais pas moi. Il y a une nuance entre douce euphorie et soulographie, comme disait Balzac. Pourtant, les modèles ne manquent pas. Pensons à Churchill, qui en buvait une en écrivant ses discours du lendemain… Il a gagné le Nobel de littérature, mais je ne suis pas certain de le suivre sur ce chemin.

L’auteur que je suis aime bien enfiler des défroques peut-être trop grandes pour lui, finalement. Je suis sûr que, perchés sur leur nuage, Winston et Ernest me regardent d’un air attendri.

Un écrivain est comme un comédien : il aime se perdre dans certains rôles, en attendant le jour béni de la publication. Parfois, je m’amuse à personnifier Hemingway. D’autres jours, je me rends dans un café populaire d’Ottawa et, coiffé de ma casquette de baseball, pour faire oublier ma calvitie, je déploie mon Mac sur la table, comme un albatros. Je sirote un latte, je compose. Perdu au milieu des étudiants d’université, je m’imagine avoir encore vingt ans.

La magie d’écrire.

Spéculation

Il est des mots que l’on voit et entend si souvent qu’on a l’impression qu’ils ont toujours fait partie du paysage. Personne ne s’en méfie.

Certains sont de purs barbarismes, comme démotion, tandis que d’autres sont bel et bien français, mais avec un sens différent de l’anglais. Or, cette langue influence beaucoup le français, depuis quelques décennies, de sorte que certains mots voient leur définition élargie, sous les coups de boutoir de l’usage.

Et cet usage devient tellement courant, que les dictionnaires finissent par le signaler dans leurs pages.

C’est le cas du mot spéculation, maintenant accepté au sens de supposition, hypothèse… du moins dans le Larousse. Le mot est toutefois péjoratif. Quant au dernier Robert, celui de 2015, il s’en tient à la définition traditionnelle d’étude ou de recherche abstraite, ou encore d’opération financière.

Le terme français exact est conjecture : on se perd en conjectures sur l’identité véritable de l’assassin de John Kennedy. Le substantif a donné le verbe conjecturer.

Avec le Larousse, nous nous trouvons devant un nouveau cas de mots orphelins, car le verbe spéculer n’a pas le sens de faire des spéculations, au sens d’émettre des hypothèses… Le verbe a plutôt le sens de réfléchir à une question, ce qui n’est pas la même chose que de faire des conjectures.

Ainsi va le français… pour l’instant.

 

 

 

Formel et informel

La série mots orphelins se poursuit avec le cas le plus éloquent.

Vous avez une rencontre informelle avec votre supérieur hiérarchique, ce qui signifie que vous devisez à bâtons rompus, sans ordre du jour précis. Le lendemain, ce même supérieur convoque les employés de votre service à une réunion formelle pour discuter des grandes orientations.

Paradoxalement, informelle est correct, tandis que formelle ne l’est pas.

Formel est l’un des anglicismes les plus répandus. Faux ami idéal, il s’insère parfaitement bien dans une conversation et la plupart des gens n’y voient que du feu.

Que signifie formel? « Dont la précision et la netteté excluent toute méprise, toute équivoque. », nous dit le Robert. Opposer un démenti formel est correct; déposer une accusation formelle, aussi.

Mais le mot n’a pas le sens d’officiel, qui vient de l’anglais.

Les emplois suivants sont fautifs : « … un accord formel entre Édimbourg et Londres » — La Presse. « Amir Khadir réclame une enquête formelle du Commissaire au lobbyisme sur les activités de Power Corporation. » — Le Journal de Montréal.

Un exemple d’emploi acceptable : « Le Congrès du travail du Canada est formel — Ottawa ne pense qu’à rembourser la dette. » — Le Devoir.

Il n’échappera à personne que nous sommes devant une contradiction. D’une part, informel qui signifie « non officiel » et, d’autre part, formel qui n’a PAS le sens d’« officiel ».

Car informel vient bel et bien de l’anglais. Son sens véritable en français est « Qui refuse de représenter des formes reconnaissables et classables. », nous dit Le Robert. Le même ouvrage signale l’origine anglaise de ce terme lorsqu’il désigne une chose qui n’est pas officielle.

Ainsi en va-t-il du français qui accepte d’élargir son répertoire pour accueillir un anglicisme, mais qui ferme la porte à son petit frère.

Prochain article : discrimination et discriminer.

Accommoder

L’anglicisme, voilà l’ennemi; tapi dans l’ombre, il nous attend au détour. Et très souvent, on ne le voit pas venir.

Ainsi en est-il du verbe accommoder et de son petit frère, accommodement.

Les Québécois et les autres francophones du Canada sont très accommodants : ils sont toujours prêts à accommoder un voisin dans le pétrin. Par ailleurs, si les nouveaux venus sont prêts à faire quelques efforts d’adaptation, ils sont aussi disposés à leur consentir certains accommodements pour les aider à s’intégrer.

Qu’est-ce qui cloche dans le paragraphe précédent?

Accommoder. Être accommodant, c’est se montrer conciliant, débonnaire. Consentir des accommodements signifie conclure un arrangement convenable. Pourtant, accommoder n’a pas tout à fait le même sens. Le Petit Robert dit : « Accommoder avec : VIEUX, faire s’accorder, concorder. MOD., préparer des aliments pour la consommation. »

Le Petit Larousse donne cependant un sens voisin : mettre en accord, adapter. Accommoder des paroles aux circonstances. Mais nulle part ne voit-on d’exemple plus contemporain, notamment avec des minorités. En fait le sens du verbe est bien limité, surtout quand on regarde la signification du substantif accommodement. Dixit Le Robert : « Règlement à l’amiable (d’un différend, d’une querelle). »

Sans oublier que l’anglicisme nous attend au détour. En effet, selon la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française, accommoder n’a pas le sens de « rendre service » ou d’« obliger ».

Signalons que l’expression accommodement raisonnable est entrée dans le Robert : « Au Canada, compromis visant à concilier les droits fondamentaux et les particularités culturelles et religieuses d’un individu, d’une communauté. ».

Toutefois, ce que bien peu de gens savent, c’est que l’expression vient tout droit de l’anglais reasonable accommodation, qui figurait dans un jugement de la Cour suprême, en 1985. Les médias ont plus tard récupéré le calque et l’ont propagé (surprise!).

Mais soyons honnête, ce hiatus met en lumière une faute de concordance typique du français : un verbe et un substantif dont le sens n’est pas tout à fait le même. Si nous consentons des accommodements à des gens, pourquoi ne peut-on pas les accommoder aussi?

C’est ce que j’appelle des mots orphelins, à défaut de mieux. C’est un phénomène que je compte étudier dans mes prochains articles.

Un autre exemple éloquent : formel et informel. À lire bientôt.

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