Petit quizz au lendemain des élections fédérales au Canada.
Vrai ou faux ?
- Justin Trudeau a remporté les élections et, à titre de chef d’État, il formera le prochain gouvernement.
- Le premier ministre choisit les membres de son Cabinet.
- Le premier ministre nomme les ministres.
- La gouverneure générale Julie Payette pourrait demander à Andrew Sheer de tenter de former un gouvernement puisqu’il a obtenu la pluralité des voix.
Toutes ces affirmations, sauf la 2, sont inexactes.
Il est vrai que Justin Trudeau a remporté les élections et qu’il formera le prochain gouvernement. Mais il ne le fera pas en tant que chef d’État.
Le premier ministre choisit les membres de son Cabinet, certes, mais il ne les nomme pas. La gouverneure générale assermente les ministres lors d’une cérémonie. C’est à elle que revient la nomination officielle des membres du Cabinet.
La quatrième affirmation relève de la politique-fiction. La gouverneure générale est la chef d’État du Canada. À ce titre, elle doit se tenir loin du jeu politique. Elle n’a pas à décider que notre système électoral est injuste envers les conservateurs ; elle n’est pas nommée pour redresser les torts des uns et des autres.
Or la tradition veut que le premier ministre dispose de certaines prérogatives, dont celle de garder le pouvoir et de tenter de former un gouvernement qui recevra l’assentiment de la Chambre des communes. C’est seulement s’il n’y parvient pas que la gouverneure générale pourra demander à Andrew Scheer de former un gouvernement et de se présenter à la Chambre pour en obtenir la confiance.
Un ancien gouverneur général du Canada, lord Bing, a refusé en 1926 au premier ministre sortant MacKenzie King le déclenchement d’un nouveau scrutin peu de temps après l’élection d’un gouvernement minoritaire. Le fait qu’il n’a pas obtempéré au désir du premier ministre en poste a déclenché une crise constitutionnelle. Par la suite, les autres chefs de l’État canadien se sont bien gardé de répéter cet affront.
Le fameux conflit Bing-King est abondamment commenté sur le Web.
La notion de chef d’État
Elle suscite beaucoup de confusion. Est chef de l’État la personne qui nomme officiellement les ministres du gouvernement, reçoit les lettres de créance des diplomates étrangers et surveille le respect de la constitution et des institutions par ceux qui gouvernent.
Au Canada, ce rôle revient… à la reine d’Angleterre, qui est aussi la reine du Canada et donc le chef d’État de notre pays. La souveraine délègue ses pouvoirs à la gouverneure générale, Julie Payette, qui joue le rôle de vice-reine.
Le mot État s’écrit avec la majuscule initiale lorsqu’il désigne une autorité administrative ou encore un pays
Il est dans les prérogatives de l’État d’assurer l’ordre public.
Les États membres de l’Onu disposent d’un siège à l’Assemblée générale.
La notion de gouvernement
Au sens élargi, le gouvernement est l’ensemble des institutions publiques pour assurer le fonctionnement d’un État. Le gouvernement englobe les ministères, la fonction publique, les organismes gouvernementaux ou paragouvernementaux.
L’État le poursuit pour détournement de fonds.
Au sens restreint, le gouvernement est le Cabinet ministériel qui dirige le pays.
Le gouvernement du Canada assure la protection de ses ressortissants à l’étranger.
On aura remarqué que le mot gouvernement s’écrit toujours avec la minuscule initiale, sauf dans les proclamations et dans les textes diplomatiques.
Comment démêler les deux notions
Ce n’est pas toujours facile, car certains chefs d’État sont aussi chefs de gouvernement. C’est notamment le cas du président des États-Unis. Le président de la France, lui, est aussi chef d’État, mais c’est lui qui forme le Cabinet et il en dirige les réunions. Le premier ministre est officiellement chef de gouvernement, mais il est en quelque sorte une émanation du président de la République qui peut le renvoyer quand il le souhaite.
Les rois, reines, empereurs, sultans, etc. sont des chefs d’États qui ont le plus souvent des pouvoirs extrêmement limités. Tout comme les présidents de l’Allemagne, de l’Italie, d’Israël, qui font ce que les Français appellent des «inaugurations de chrystanthèmes». Ils jouent un rôle essentiellement protocolaire. Le gouvernement est alors dirigé par un premier ministre, parfois appelé président du Conseil.
Alors pourquoi autant de rois, de présidents dépouillés de pouvoir? Tout simplement pour assurer la pérennité de l’État et veiller au bon fonctionnement des institutions. Bien des pays estiment qu’il est préférable que chef d’État et chef de gouvernement soient deux personnes distinctes.