Motion de non-confiance

Le gouvernement de Justin Trudeau vient d’échapper à une motion de non-confiance déposée par l’opposition conservatrice. Si elle avait été adoptée, le Canada aurait connu des élections rapides.

Les deux termes en italique sont des anglicismes. Il s’agit de traductions littérales de non-confidence vote et de quick elections.

Lorsqu’un parti veut retirer sa confiance au gouvernement, il dépose une motion de censure, il propose un vote de défiance. L’expression non-confiance est un calque grossier de l’anglais.

En Allemagne, l’opposition peut demander un vote de défiance constructive. Les parlementaires sont appelés à renverser le chancelier en poste et à le remplacer par une autre personne. L’un ne va pas sans l’autre. Le tout pour éviter des renversements à répétition du gouvernement sans offrir de solution de rechange.

Cette disposition n’existe pas en régime britannique. Le gouverneur général demande habituellement au chef de l’Opposition officiel de tenter d’obtenir la confiance de la Chambre et de former un nouveau gouvernement, ce que les conservateurs auraient été incapables de faire.

Le fait de renverser le gouvernement à la Chambre des communes aurait entrainé la tenue d’élections anticipées, puisque le mandat du gouvernement prend fin en 2025.

Challenge

Le mot « challenge » est un affreux anglicisme, pensent certains. Ils ont raison et ils ont tort.

Un challenge, nous dit le Robert, est : « Une entreprise dans laquelle on se lance pour gagner, comme par défi. » L’anglicisme vient du vieux français chalenge, qui signifiait débat, chicane.

Le mot a cours au Québec et il est prononcé à l’anglaise, d’où cette impression tenace qu’il s’agit d’un mot anglais pur jus. Or, environ 60 pour 100 du vocabulaire anglais vient du français, conquête normande oblige. Nous pourrions donc faire comme nos cousins d’outre-mer et prononcer le mot à la française.

Défi

Dans nos contrées jadis si enneigées, on parle plutôt de défi. Pourtant, ce n’est pas la première définition de ce mot. Un défi étant la sollicitation d’un combat singulier; une déclaration provocatrice pour tenir quelqu’un responsable de quelque chose; le refus de s’incliner ou encore un obstacle extérieur.

Cependant, le Larousse parle bel et bien de défi quand il définit challenge : « Situation difficile, se présentant à quelqu’un ou à un groupe, et constituant pour lui un défi à relever ; le défi lui-même. » C’est moi qui souligne.

Ce qui explique que le terme défi se voit aussi en Europe et ailleurs, et pas seulement au Québec.

Challengeur

Challenge nous a donné challengeur. Il peut s’agir d’un rival qui cherche à soutirer son titre à un champion. Dans un contexte plus général, en politique par exemple, un challengeur est un adversaire.

On peut penser à l’affreux duel qui se prépare aux États-Unis : Trump qui est le challengeur de Biden. Tout un défi pour la démocratie étasunienne.

Ne pas être une option

« L’échec n’est pas une option. » – Arnold Schwarzenegger

L’acteur austro-américain fait école. Les variantes de sa célèbre citation se multiplient : « Abandonner n’est pas une option. » « Perdre n’est pas une option. » Il y en a bien d’autres.

« Ne pas être une option » est une expression qui ne fait pas partie de l’arsenal traditionnel du français. Les dictionnaires ne la répertorient pas et elle apparait surtout dans des textes au Canada français, dans lesquels l’influence de la langue américaine se fait bien sentir. Ne manquent plus que des rafales d’armes automatiques et un véhicule qui explose.

Est-ce français?

Bien entendu, cette déclaration péremptoire résonne bien en français. En effet, une option est la possibilité de choisir entre plusieurs éléments aussi bien qu’une possibilité. Donc pas de problème… du moins en apparence.

Pourtant, le Robert donne une série de cooccurrences avec option, mais aucune d’entre elles ne comprend le verbe être.

La construction « être une option » n’est pas en soi fautive, mais il est très clair qu’elle s’inspire de l’anglais.

Autres options…

Les francophones qui veulent éviter de paraphraser Schwarzenegger pourront s’inspirer des tournures suivantes :

Un échec est impensable.

  • Abandonner n’est pas envisageable.
  • Revenir en arrière est impossible.
  • Tout recul est à écarter.
  • Refuser une telle offre est inimaginable.

Parler français est toujours une option.

Checker

Au Québec les emprunts de toutes sortes à l’anglais sont légion et intégrés à la langue sans grand effort. On peut par exemple checker ses wipers qui égratignent le windshield.

Il y a belle lurette que l’anglicisme checker (tchéquer) est employé couramment en terre boréale québécoise. Je fus cependant étonné de l’entendre dans une série policière française, Balthazar.

Le terme en question n’est répertorié ni dans le Robert ni dans le Larousse. On trouve quelques définitions dans le web.

L’Internaute : « Verbe d’origine anglophone (sic) qui signifie « vérifier », « contrôler attentivement »… (Il) est souvent associé à l’idée de tri et d’objectif de résultat. »

Sur le site Je-parle-quebecois.com, on propose les traductions suivantes : vérifier, regarder et écouter.

C’est curieux, j’ai un peu l’impression les Français viennent puiser dans l’intimité de notre patrimoine linguistique. Avant, on pouvait dire à un cousin de « tchéquer ses claques. » avec l’assurance qu’il ne comprendrait rien. À présent, il peut saisir le début de la phrase, mais sûrement pas la fin…

L’espagnol

La langue de Cervantes est l’une des plus répandues dans le monde. Comme l’indique l’Institut Cervantes, l’espagnol « … figure parmi les cinq premières langues du monde en termes de nombre de locuteurs, de nombre de pays où elle est officielle et d’extension géographique. C’est une langue officielle des Nations Unies et une langue de référence dans les relations internationales. » Quelque 500 millions de personnes dans le monde sont hispanophones. L’espagnol est la troisième langue la plus utilisée dans le Web.

Des sources diverses

Comme bien des langues, l’espagnol a puisé dans le réservoir grec pour s’alimenter : bodega (cale) qui vient du grec apotheka. Le latin a donné filosofía et teología.

La présence des Wisigoths a aussi laissé des traces : ganso (oie), guerra et robar (voler). Ce dernier mot n’est pas sans rappeler l’anglais robbery et le français dérober.

L’occupation musulmane, à partir de 711 de notre ère, a amené l’entrée massive de mots arabes dans la langue de Cervantes. Pensons à algarabia (charabia), à comparer au français algarade (altercation); algodón (coton) et Guadalkivir qui, en arabe, signifie « grand fleuve ».

La Reconquesta de 1492 allait tout changer et entrainer la domination du castillan.

Cette fois-ci, c’est le français qui devient source de néologismes. Par exemple manjar (mets); mensaje (message); batallón (bataillon); bayoneta (bayonnette), sans oublier… jardín.

Le Siècle d’or espagnol, de 1492 à 1681, est marqué par le grand rayonnement culturel de l’Espagne, de sorte que le français est encore une fois allé puiser des néologismes en Ibérie. Vous saviez probablement que guitare vient de l’espagnol tout comme grandiose.

D’autres hispanismes suivront au fil des siècles : boléro, gitane, guérilla, intransigeant.

Le castillan d’Amérique

Le français européen diffère de celui parlé en Amérique. Ainsi en va-t-il de l’espagnol sud-américain de celui de la mère patrie.

On observe l’élision du S de la deuxième personne du singulier et du pluriel. Par exemple, puedes se prononce POU-È-DEH; los Indios se prononce LOH INDIOH.

Ceux qui apprennent l’espagnol se heurtent à la jota, ce H aspiré et rocailleux. En Amérique latine, il est considérablement amoindri et ressemble à un H français.

Quant au Z, sa prononciation semblable au th britannique n’existe plus sur notre continent.

Apport de l’anglais

J’ai déjà traité du cas de canceller en français québécois. Eh bien il existe aussi en espagnol, ce qui donne cancelar. Au Québec, on parle souvent de la clutch au lieu de l’embrayage, ce qui est condamné; en espagnol américain ils ont une cloche, qui n’a rien à voir avec une cloche en français.

Le dernier et non et non le moindre : checar. Là encore, les Québécois s’y retrouveront : tchéquer. Il semble que les Français aient été contaminés eux aussi si j’en juge par ce que j’entends dans la série Balthazar.

Espero que te haya gustado este artículo. Saludos a mis amigos españoles.

Addiction

Il est des anglicismes qui finissent par s’installer confortablement en français au point de devenir quasiment indispensables. Non pas parce que des solutions de rechange n’existent pas, mais parce le terme anglais a fini par prendre toute la place. Addiction est l’un d’entre eux.

Le terme est largement utilisé dans la littérature scientifique et dans les médias pour décrire un phénomène hélas trop répandu, soit la dépendance à certaines substances douces, comme l’alcool, le tabac, la marijuana et à des drogues autrement plus puissantes, comme l’héroïne.

Le terme addiction est porteur de sens. Une addiction a de lourdes conséquences sur la santé.

Des solutions de rechange

Selon, le Robert, le terme est entré dans la langue vers 1970 et il a rapidement pris sa place. Pourtant, dépendance aurait été une solution de rechange intéressante.

Certains auraient voulu remplacer addiction par assuétude, qui fait quelque peu endimanché, pour être franc, et ne veut pas dire tout à fait la même chose. Une assuétude est une accoutumance à une substance toxique, donc le fait que l’organisme la tolère de mieux en mieux.

On appelle aussi ce phénomène accoutumance. C’est le fait que le corps tolère de mieux en mieux une substance. Ce phénomène s’observe chez une personne qui boit de grandes quantités d’alcool et qui s’habitue graduellement.

La progéniture

Le terme a engendré une petite marmaille, autre signe qu’addiction a bel et bien pénétré notre langue.

Ainsi, on peut dire qu’une substance est addictive : elle crée une dépendance. Une discipline est née : l’addictologie. Le Robert :

Discipline médicale qui étudie les comportements liés à l’addiction et les mécanismes de la dépendance.

Évidemment, ce n’est pas parce que le terme est entré dans les ouvrages de langue que l’on est forcé de l’employer. La dépendance aux anglicismes, ça se combat.

Sacquer

Les personnes en situation de traduction (!!!) pourraient tiquer en lisant ce qui suit : « La présidente d’un fonds d’investissement est saquée après avoir reconnu qu’elle détournait des sommes considérables pour payer sa résidence cossue à la Barbade. »

On croit voir un autre calque de l’anglais : to sack. Il y a plutôt fort à parier que c’est l’anglais qui, encore une fois, a pillé le français; on pourrait même parler du sac de notre langue par la perfide Albion.

Sacquer (ou saquer) c’est renvoyer sans ménagement une autre personne. Les motifs sont donc impérieux. On ne saurait confondre ce verbe avec congédier, nettement plus nuancé. En effet, congédier revient à indiquer à quelqu’un qu’il doit quitter son emploi.

Les raisons peuvent être multiples : baisse de la demande, surplus d’employés, restructuration, etc. Les personnes touchées ne sont pas vraiment responsables de leur départ, mais plutôt victimes des évènements.

Dans le monde du sport, on va congédier un entraineur, sans nécessairement le brutaliser ou le démolir sur la place publique. On invoquera souvent le désir d’adopter une autre orientation dans la gestion d’une équipe.

Sac

Les dissonances du français ne sont pas nouvelles. Le verbe saquer n’a rien à voir avec le terme sac, dans le sens de pillage. On peut par exemple évoquer le sac de Rome en 1527 sans pouvoir affirmer que la Ville éternelle a été saquée par les pillards. Elle a été pillée, mise à sac.

L’anglais est plus généreux. Le mot sack désigne aussi bien le renvoi d’une personne que le pillage d’une ville. Le verbe couvre également les deux définitions.

Limoger

Ce verbe se voit plus rarement, du moins au Canada.

Le verbe vient de la ville française de Limoges. Le général Joffre y plaça en résidence une centaine d’officiers qu’il jugeait incapables pendant la Grande Guerre. Le terme est resté.

Tout comme pour sacquer, il ne s’agit pas d’un simple congédiement. Limoger, c’est frapper une personne haut placée d’une mesure de disgrâce en la déplaçant ou en la destituant.

L’exemple du capitaine Alfred Dreyfuss est éclairant. Cet homme juif fut limogé après avoir été accusé en 1894 de haute trahison. L’affaire embrasera la France et ouvrira les vannes d’un antisémitisme débridé.  

Difficile dans ce contexte de parler d’un simple renvoi ou congédiement.

Pull

Je l’ai dit souvent, les anglicismes utilisés en France et en Europe ne sont pas toujours les mêmes qu’au Québec, ce qui est tout à fait normal.

Très jeune, en deuxième année du primaire, j’ai été confronté à ce phénomène lorsqu’une jeune fille d’origine française s’est jointe à notre classe. L’enseignante lui a demandé de parler au groupe et j’ai immédiatement perçu un accent très différent du nôtre. Mais c’est surtout un mot qu’elle a employé qui a retenu mon attention.

Elle portait un pull. Ce que nous appelons couramment un chandail, ici. Le terme m’est apparu étrange et il continue de l’être puisque les Québécois portent des chandails quand il fait froid (souvent) et jamais des pulls, un anglicisme surprenant pour nous.

Un pull, c’est un vêtement tricoté, généralement en laine que l’on enfile en le passant par-dessus la tête. Mais, au fond, n’est-ce pas un chandail? Un gros tricot qu’on enfile par la tête? Non?

La similarité, sinon la concordance des deux termes, explique que l’anglicisme n’a jamais percé chez nous, malgré notre expérience… vivifiante avec le froid. (Entendre les journalistes français parler d’un froid « glacial » quand il fait moins deux à Paris nous faire sourire.)

Alors pourquoi le mot pull? Probablement parce que tous ces tricots viennent souvent de ces contrées quelque peu frisquettes que sont l’Irlande ou l’Écosse. D’où le carambolage de consonnes dans leurs idiomes, les voyelles étant frigorifiées par l’air fortifiant de la mer (explication non scientifique).

Bref, Français et Québécois continuent d’être deux peuples séparés par la même langue. Souhaitons qu’ils ne soient pas en froid.

Top

Êtes-vous au top ces temps-ci? Bien des gens ne sont pas, déprimés par l’hiver.

Cette question aurait pu être posée aussi bien en Europe qu’en Amérique et tout le monde aurait compris. Ailleurs aussi dans la francophonie, probablement.

Car le mot top est entré dans l’usage, tout d’abord en éclaireur, pour ensuite se greffer à d’autres mots pour former de nouvelles expressions.

On peut comprendre l’engouement des francophones parce que cet anglicisme est séduisant et facile à prononcer.

Définition

Les ouvrages de langue s’entendent, le top c’est le sommet, ce qui se fait le mieux. Quand on est au top, c’est qu’on est le meilleur, ou que l’on a obtenu ce qu’il y a de mieux. Alors si vous êtes au top du top, eh bien c’est la félicité totale.

Rendons hommage à Mikaël Kingsbury, fier Canadien, le roi des bosses au ski acrobatique, qui est au top du top dans son sport.

Expressions

Dans le monde du tennis, il est souvent question du top-10, qui réunit l’élite de ce sport. Il est bien difficile de l’atteindre, mais encore plus ardu d’y rester. Saluons l’arrivée de la Chinoise Zheng Qinwen parmi les dix meilleures joueuses de tennis au monde.

Dans ce contexte, on pourrait dire que le nouveau champion des Internationaux d’Australie, Jannik Sinner, est maintenant, un joueur de tennis top-niveau.

Toujours au rayon des célébrités, des mannequins célèbres ainsi que de très jolies actrices et athlètes deviennent des top-modèles, calque intégral de l’anglais.

Toper et topper…

Tope là, entend-on parfois. Le verbe toper s’entend de taper dans la main d’une autre personne pour accepter un marché. Rien à voir avec top.

Rien à voir non plus avec topper (ou toper) au Québec qui signifie « avoir le dessus sur quelqu’un d’autre ». C’est du langage populaire et nul doute que, cette fois-ci, nos amis de la francophonie n’y comprendraient rien.

Unité de logement

Au Canada, les calques de l’anglais trouvent facilement à se loger.

L’expression unités de logement apparait souvent dans les textes journalistiques en cette période de pénurie. Elle a toutes les apparences de la normalité, tant et aussi longtemps qu’on ne se demande pas ce qu’est un logement en réalité.

Il s’agit de la partie d’une maison ou d’un immeuble où l’on habite.

(Moment de silence.)

La phrase suivante devient subitement absurde :

Cet immeuble de la rue Laurier compte 35 unités de logement.

Ce qui signifie que l’immeuble en question offre 35 appartements, chacun d’entre eux étant un logement. On voit donc que le mot unité devient superflu. Les propriétaires d’immeubles locatifs louent des appartements; les coopératives, qu’on appelle condos au Canada, sont des appartements, des logements, mais pas des unités.

Si vous louez le sous-sol de votre maison, vous mettez un logement sur le marché. Allez-vous faire publier une annonce libellée comme suit : « Unité de logement à louer »? Évidemment non, vous direz « Sous-sol à louer ».

De la même manière, les tours d’habitation qui poussent comme des champignons dans les grandes villes offrent, à ceux qui peuvent se le permettre, des logements. D’ailleurs, on indiquera sur les murs « Logements à louer ». Tout le monde comprend.

En conclusion, le mot unité dans ce contexte est non seulement inutile, mais aussi un anglicisme.

Logis

Ce mot est souvent employé comme synonyme de logement. Ce n’est pas une faute. Toutefois, les Européens voient logis comme un mot plus littéraire. Ce n’est pas le cas ici.

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