Archives de catégorie : traduction

Bigot

Les États-Unis sont-ils au bord d’une guerre civile? Certains pensent que oui. À mon sens, elle ne ressemblera en rien à la guerre de Sécession qui a déchiré le pays de 1861 à 1865. Ce sont plutôt des fanatiques de toute sorte qui pourraient perpétrer des attentats ciblés, enlever ou assassiner des personnalités publiques. L’invasion du Congrès, le 6 janvier 2021, pourrait n’être qu’une répétition.

Malheureusement, le pays de l’Oncle Sam est peuplé de personnes intolérantes, fanatisées, étroites d’esprit, celles qu’on appelle souvent des bigots. Attention, il s’agit ici d’un anglicisme pernicieux.

Il y a effectivement un grand nombre de bigots chez nos voisins du sud, mais pas exactement ceux qu’on pense. Car, en français, un bigot n’est rien d’autre qu’une personne dévote, une grenouille de bénitier comme on dit couramment. Or, les États-Unis ont été fondés par des puritains fuyant l’Angleterre; les bigots ont essaimé partout dans le pays et leur influence se fait encore sentir : la religiosité des Américains fait contraste avec ce qu’on observe dans d’autres pays occidentaux.

Bigots et lunatiques

Le terme anglais bigots pourrait se traduire tout simplement par intolérants, entre autres. En anglais, on parle souvent de la lunatic fringe. Il s’agit d’utopistes, que certains qualifieraient en français d’extrémistes ou de jusqu’au-boutistes.

Un lunatique, en français n’a rien à voir avec un lunatic en anglais, une personne qui se conduit de manière stupide, sans réfléchir. Dans notre langue, un lunatique est une personne instable, versatile.

Ce qui nous amène vers un troisième faux ami : versatile. On entend souvent les commentateurs sportifs parler d’un joueur versatile. En réalité, il est question d’un joueur polyvalent, par exemple un ailier aussi bon en défensive qu’en offensive.

Ce billet met en évidence les multiples pièges que comporte la traduction et le danger de traduire sans bien comprendre ce qu’on lit.

Pipeline

L’acheminement du gaz russe en Allemagne est un sujet qui retiendra l’attention au cours des prochains mois. On reproche amèrement à l’ancienne chancelière Angela Merkel d’avoir rendu son pays dépendant du géant russe pour chauffer ses maisons.

Au cœur du problème (un mot qui semble disparu du vocabulaire médiatique) : le pipeline Nord Stream 1 grâce auquel le gaz russe est acheminé en Allemagne.

Prononciation

Les Canadiens qui écoutent les médias français ont sûrement remarqué que les animateurs prononcent le mot à l’anglaise paï-peu-laïne, ce qui se comprend aisément puisque le terme vient de l’anglais.

De ce côté-ci de l’Atlantique on le prononce comme un mot français : pipe-line. Faut-il condamner cette prononciation ? Pas nécessairement, étant donné que le mot est bien intégré au vocabulaire de notre langue.

D’ailleurs, le Robert donne les deux prononciations, tandis que le Larousse… surprise ! donne seulement la prononciation française.

Synonymes douteux

Naguère on entendait souvent oléoduc. Dans ce cas, il s’agit d’une conduite pour le pétrole uniquement, alors que le pipeline peut servir à acheminer du gaz aussi bien que du pétrole. Par conséquent, oléoduc ne peut être considéré comme un parfait synonyme de pipeline.

Qu’en est-il de gazoduc ? Comme le nom l’indique, il s’agit d’une conduite destinée au gaz naturel, liquide ou pas.

Gaz

Au Québec et dans le reste du Canada on peut dire qu’il y a de l’eau dans le gaz. Sous l’influence de l’anglais américain, le mot gaz désigne l’essence qu’on met dans un véhicule. Peser sur le gaz signifie accélérer, c’est-à-dire peser sur l’accélérateur. Mettre du gaz dans le char c’est faire le plein à une station de gaz.

Ne craignez rien, les Québécois ne sont pas en train de révolutionner la conduite automobile : ils parlent américain avec des mots français, comme c’est trop souvent le cas.

En passant, ce que les Américains appellent gas se dit petrol en Angleterre. Comprenne qui pourra.

Provision

Le vocabulaire juridique comporte son lot d’anglicismes au Canada. On n’a qu’à penser à renverser une décision, qui a fait l’objet d’un article dans ce blogue.

Un anglicisme plus insidieux nous guette : « Il n’y a pas de provision dans cette loi qui autorise… » On l’entend parfois sur les ondes. Il s’agit d’un faux ami. En anglais, une loi ou une entente peut comporter des provisions, c’est-à-dire des dispositions prévoyant telle ou telle chose.

En français, provision n’a pas ce sens. Une provision se définit comme un ensemble de choses utiles ou nécessaires en vue d’en faire usage ultérieurement. Le terme a également une connotation financière, soit une somme déposée chez un banquier pour assurer le paiement d’un chèque.

Rebondissements…

Au Canada, il est souvent question « d’un chèque qui a rebondi ». Anglicisme coloré. Un chèque qui « rebondit » est un chèque sans provision, un chèque qui n’a pu être encaissé. Chez nos voisins, les chèques rebondissent, tandis qu’au Québec et dans le Canada français ils sont platement sans provision.

Taïwan

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, se rendra à Taïwan en visite officielle. Cette visite soulève l’ire du gouvernement de Pékin.

Ce qui devrait soulever l’ire des langagiers, c’est le fait que le nom de l’ile rebelle prend le tréma, tandis que sa capitale, Taipei, n’en prend pas.

À maintes reprises dans cette tribune j’ai discuté de l’incohérence des graphies de lieux étrangers en français. Le tandem précité vient enrichir mon argumentation. Pourquoi n’écrit-on pas Taïpei?

Pourquoi Taïwan?

Taïwan est l’ile sur laquelle les nationalistes chinois se sont réfugiés après la révolution maoïste de 1949. Elle était autrefois appelée Formose. Le gouvernement de Pékin soutient que Taïwan fait partie de la Chine continentale et qu’elle devra tôt ou tard être réintégrée, comme ce fut le cas de Hong Kong.

Les puissances occidentales ont mis du temps à reconnaitre le gouvernement communiste de Pékin et ont longtemps considéré que Taïwan représentait la Chine entière. Elles ont finalement mis fin à cette position absurde.

Entretemps, les Taïwanais ont érigé une démocratie et ne veulent pas subir le sort des Hongkongais. On les comprend.

Quand la politique vient brouiller les cartes de la toponymie

Les Occidentaux font sans cesse le grand écart entre la Chine continentale et l’ile rebelle. Elles essaient de soutenir Taïpei du mieux qu’elles peuvent sans offenser Pékin. Cette situation absurde a pu être observée à l’Organisation mondiale du commerce où Taïwan est considérée comme une économie, et non comme un pays… L’organisation a même rebaptisé Taïwan de la manière la plus absurde qui soit : le Taipei chinois.

Un peu comme si on disait « le Budapest hongrois » pour éviter de parler de la Hongrie.

Comme on le voit les découpages politiques et la toponymie ne font pas bon ménage.

Scooter des neiges

« Scooter des neiges. » L’expression est une véritable gifle pour les francophones du Canada.

Notre climat nordique nous a amenés à inventer un mode propulsion original monté sur des skis et activé par un petit moteur. Une sorte de moto qui glisse sur la neige, d’où son nom original de MOTONEIGE.

Je le mets en majuscules et en caractères gras, parce que je ne dérage pas en lisant le polar français Le dernier lapon, écrit par Olivier Truc. Tout au long de cet opus, couronné de nombreux prix, je lis « scooter des neiges »; le vrai terme motoneige apparait enfin à la page 116, comme un synonyme peu usité.

Or il s’avère que l’engin a été inventé au Québec par Joseph-Armand Bombardier. Il a pris d’abord le nom commercial de Ski-Doo, à l’époque où l’anglais dominait encore le Québec, mais le terme générique de motoneige s’est vite imposé. Plus personne n’utilise le terme Ski-Doo, et encore moins cette abomination française de « Scooter des neiges ».

Un scooter? Vraiment?

La vaste majorité des Français n’a jamais vu une motoneige. Je me demande comment on en est venu dans l’Hexagone à baptiser un véhicule canadien d’un nom anglais qui, comble de tout, est erroné. Erroné parce qu’il constitue un affront à l’appellation originale de motoneige, mais aussi parce qu’il ne correspond pas à la définition d’un scooter.

Le Robert : « 1. Motocycle léger, caréné, à cadre ouvert et à petites roues. 2. Scooter des neiges > Motoneige »

Une motoneige est certes équipée de roues, mais celles-ci activent des chenilles qui lui permettent d’avancer dans la neige; en outre, une motoneige glisse sur des skis. Avouons qu’on est finalement très loin de ces petites guêpes à deux roues qui sillonnent les capitales européennes.

Une question d’attitude

L’actrice française Vanessa Paradis a déjà séjourné au Québec et, dans une entrevue, pardon une interview, elle parlait des « scooters des neiges » qu’elle avait vus dans notre pays. Pourtant, elle a dû entendre des dizaines de fois l’expression motoneige. Alors pourquoi cette substitution? Par esprit de supériorité? Par mépris pour la langue québécoise?

Cette idée de rebaptiser à la française le nom d’une invention québécoise est insultante. J’ai contacté le journaliste français Olivier Truc pour signaler mon irritation. Il s’en fout complètement.

Que diraient les Français si je m’avisais d’appeler soudain la baguette française « pâte de farine »?

Saint-Pétersbourg

Pour bien des gens, orthographier les noms russes est aussi agréable que d’avaler du bortch…

Nous commencerons notre voyage par Saint-Pétersbourg, mais en passant brièvement par Kyïv avant de nous perdre dans la steppe des graphies contradictoires…

J’ai écrit de nombreux billets sur l’écriture en français des noms russes et slaves, sujet rébarbatif sur lequel les médias ont dû se pencher récemment, à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’article que j’avais écrit l’an dernier sur Kyïv et Kiev est soudainement devenu très populaire, au point que j’ai même donné une entrevue sur la question à une émission humoristique québécoise, l’Infoman.

Je planche sur une conférence portant sur la Russie soviétique et celle de Poutine, qui commencent à se ressembler étrangement. Mes passionnantes recherches sur le pays des tsars m’amènent à me frotter à des noms de lieux et de personnes translittérés en français.

Un phénomène m’a immédiatement frappé : les noms écrits en français ne prennent pas toujours l’accent aigu, alors qu’ils le devraient; ensuite les finales en SKI ne sont pas bien écrites.

Les personnes aimant aller au fond des choses poursuivront leur lecture…

L’accent aigu aléatoire

Saint-Pétersbourg est l’ancienne capitale russe bâtie par Pierre le Grand. Pendant la Première Guerre mondiale, elle a été rebaptisée Petrograd. On remarquera tout de suite que le premier nom est correctement francisé, tandis que le second a perdu l’accent aigu qu’il devrait avoir.

La magnifique ville, théâtre de la Révolution russe de 1917, a repris son nom d’origine après la chute du communisme en 1991. Pour ceux qui se le demandent, le nom des habitants est Pétersbourgeois.

Une autre ville marquante de l’histoire de la Russie est Iékatérinbourg, que j’écris avec des accents, alors que dans le Larousse il n’en prend pas. L’encyclopédie nous apprend que la famille impériale a été exécutée à Iekaterinbourg, sans aucun accent. Voilà une curieuse incohérence.

Incohérence il y également avec Boris Ieltsine, que les ouvrages s’entêtent trop souvent à écrire Eltsine. L’anglais est plus près du russe : Yeltsin.

Lénine (avec accent aigu) a été le leader de la Révolution bolchévique. Le nom du révolutionnaire a été francisé un peu partout… Lenine? Niet!

Mais si on écrit Lénine, pourquoi trouve-t-on Tchekhov? Le nom en cyrillique est bien Чехов, le E se prononçant IÉ. On devrait donc écrire Tchiékhov, ou à tout le moins Tchékhov. En anglais : Chekhov.

Force est donc de constater que la transcription en français des noms russes est souvent approximative et ne reflète pas fidèlement la prononciation en langue originale.

Un autre exemple en ce sens est l’adjectif bolchevique, parfois bizarrement écrit bolchevik. La graphie en russe comporte bel et bien un E, prononcé IÉ, ce qui ne semble pas suffire pour lui attribuer un accent aigu dans notre langue. Est-ce que bolchevik et bolchevique font plus exotiques?

Les finales en SKI ET SKY

Les langues slaves comportent une forme de I allongé et mouillé qui s’écrit en russe avec un double I : ий.

Prenons l’exemple connu de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski.

En russe : Фёдор Михайлович Достоевский. Ceux qui lisent le cyrillique voient tout de en finale est le fameux I allongé. On devrait donc écrire Dostoïevsky, le Y servant à illustrer ce I allongé qui n’existe ni en français ni en anglais.

D’ailleurs, les anglophones nous livrent une orthographe bien plus précise du nom de l’écrivain russe : Fyodor Dostoyevsky.

On remarquera que le Y remplace le Ï français dans le prénom, mais que la finale du nom de famille comporte le Y du I allongé.

On observe le même phénomène avec le nom d’un ancien oligarque russe : Михаил Борисович Ходорковский,

Mikhaïl Khordorkovski en français et Mikhail Khordorkovsky en anglais.

Là encore deux graphies légèrement différentes et celle de l’anglais est plus précise.

Conclusion

Il semble que les lexicographes et rédacteurs francophones ont adopté un système graphique s’écartant légèrement de la prononciation du russe. Néanmoins, les Européens francophones se donnent la peine de translittérer vers le français, au lieu d’adopter platement les graphies de l’anglais, comme cela se voit trop souvent au Canada français.

Pour ceux et celles qui veulent éviter de s’embrouiller…

Écrire les noms russes en français

Écrire les noms ukrainiens en français

Türkiye

Le saviez-vous, la Turquie ne s’appelle plus la Turquie. Non, elle a officiellement changé de nom et a demandé à la communauté internationale de l’appeler Türkiye.

La raison tient à de multiples facteurs. Le président Erdoğan a annoncé la décision en décembre 2021, faisant valoir que l’appellation originale en langue turque « reflète davantage les valeurs turques. » (Devrait-on dire España pour respecter la culture espagnole?)

Il semblerait aussi que le président Erdoğan verse dans la surenchère nationaliste pour favoriser sa réélection à l’automne 2022. Enfin, l’appellation Türkiye serait plus attirante, plus exotique, sur le plan touristique.

Mais le plus troublant est que l’une des raisons invoquées est le fait qu’en anglais Turkey désigne aussi bien le pays d’Atatürk qu’une simple dinde… En effet, croyez-le ou non, la Turquie part en guerre contre toutes ces étiquettes de vêtement « Made in Turkey » qui, en anglais sèment un peu la confusion. Sans parler de ces sublimes traductions neuronales : « Fait en dinde ».

Ces derniers arguments sont inquiétants. Ils signifient que l’hégémonie de l’anglais est tellement prégnante sur notre planète réchauffée qu’elle finit par influencer des langues aussi lointaines que le turc.

Maintenant, la question est de savoir si cette exigence anatolienne passera dans l’usage.

Exemples passés

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises dans cette tribune, certains pays ont changé de nom aux Nations unies sans que la pratique du français n’en soit modifiée.

La Biélorussie se fait appeler Bélarus depuis 30 ans; la Birmanie est devenue le Myanmar. Récemment, la République tchèque a troqué cette appellation pour l’abominable Tchéquie, qui a des relents d’occupation nazie de la Bohème-Moravie.

Le Bélarus ne s’est pas imposé dans les médias francophones, pas tellement plus que Myanmar, d’autant plus que ce nom a été choisi par une junte militaire impopulaire.

Quant à la Tchéquie, eh bien tout peut arriver. Pour l’instant, le terme ne semble pas s’imposer dans les médias français. Une recherche dans le Larousse en ligne nous mène… à Turquie. Le Robert électronique ne recense pas la Tchéquie. À mon avis, celle-ci risque d’être mise sur la touche pour tenir compagnie au Bélarus.

Pourtant, on est passé sans problème du Zaïre à la République démocratique du Congo, mais ressemble plus à une exception qu’à autre chose. Le changement s’est peut-être opéré plus facilement parce que l’ancien Congo belge est un pays francophone.

Pour ce qui est de la Turquie, la situation est très différente. Voilà une appellation qui date d’une centaine d’années et, à mon sens, le conservatisme français devrait prévaloir, d’autant plus que le changement est proposé par un président qui n’a pas tellement la cote en Occident.

***

Remerciement à Bronson Whitford de m’avoir signalé cette nouvelle appellation.

Reality check

Les humains vivent d’illusions; ils déforment la réalité pour en faire un portrait qui correspond à leurs convictions; ils éludent les éléments de la réalité qui leur déplaisent.

Trop souvent, cette réalité les ramène sur terre. Brutalement. N’est-ce pas Vladimir?

Pour l’autocrate russe, la guerre menée en Ukraine a été un reality check. En français, on dirait un (dur) rappel à la réalité, une belle leçon de réalisme. Il a dû redescendre sur terre. Il a pris ses désirs pour des réalités, il aurait dû être plus réaliste.

Napoléon Bonaparte et Adolf Hitler se sont fait des illusions en croyant pouvoir envahir la Russie. L’épreuve des faits les a ramenés sur terre. L’invasion de la Russie a été pour les deux un reality check, comme on l’écrirait aujourd’hui dans notre monde anglicisant.

Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Une expression anglaise incontournable, diraient nos reporters, peut aisément se traduire en français, parce que notre langue a toutes les ressources nécessaires pour exprimer des réalités qui n’ont pas besoin d’être checkées.

La consultation de l’excellent Guide anglais français de la traduction, de René Meertens, nous le rappelle sans cesse.

Heure

Le Canada vit à l’heure anglo-saxonne… lire à l’heure américaine. Cela vaut pour les absurdes mesures impériales qui continuent de sévir ici, à cause du conservatisme américain vis-à-vis du système métrique.

Cela vaut également pour la façon d’exprimer les heures. Par exemple, travailler de 9 à 5 signifie être à l’œuvre de 9 heures à 17 heures. Jeune adulte, cette façon d’exprimer les heures me laissait pantois, mais, au fond n’est-il pas plus logique de compter de 1 à 24 au lieu de le faire 2 fois de 1 à 12?

La manière internationale d’exprimer les heures s’est peu à peu imposée au Canada – du moins chez les francophones – d’autant plus qu’elle est plus précise notamment dans les horaires de vols à l’aéroport. Votre avion pour Bruxelles décolle à 18 h 45 et non à 6 h 54 PM. Autrement, il y a bien deux 6 h 54 dans la journée et si on n’ajoute pas l’indicatif AM ou PM, tout devient confus.

Au Canada, on observe une grande confusion entre les deux systèmes. Visite du musée des horreurs.

Ouvert de 9 h 00 h AM à 17 h 00 PM                        Les mentions AM et PM sont inutiles.

Ouvert de 9 h 00 h à 17 h 00                                     Les zéros sont inutiles.

Ouvert de 9h à 17h                                                   On doit séparer le H d’une espace.

Ouvert de 9 hres à 17 hres                                        Mauvaise abréviation

Ouvert de 9 HRS à 17 HRS                                         Pire encore! Abréviation anglaise!

Ouvert de 9:00 à 17:00                                             C’est un horaire de train?

Le cours commence à 15.30                                     Erreur et horreur!

Le cours commence à 15H30                                    Pas mieux.

Déboussolé?

Remettons les pendules à l’heure… Toute cette confusion peut laisser croire que l’écriture des heures en français est extrêmement compliquée. Elle ne l’est pas. Le h s’écrit en minuscule et il est placé à une espace du chiffre qui le suit ou le précède. Sa seule forme abrégée est h tout simplement. Il n’y a pas de point abréviatif ni de deux-points. Le double zéro est inutile et ne s’écrit pas.

Les programmes de visite

Lorsque je travaillais au ministère des Affaires étrangères du Canada, nous devions traduire les programmes de visite. Une règle capricieuse du français venait toutefois nous compliquer la tâche. Je pense à cette interdiction d’écrire par exemple 9 h 05, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une décimale. Voici ce que cela donnait :

Accueil des invités                             9 h

Allocution                                          9 h 5

Goûter                                               9 h 15

Début de la visite                              9 h 50

Pause                                                 11 h 5

Suite de la visite                                11 h 30

Pause dîner                                       12 h 50

Discours d’adieu                                14 h 5

Toute personne lisant le programme avait l’impression qu’il était truffé de coquilles. On voit que le chiffre des unités est dans la même colonne que celui des dizaines, ce qui sème la confusion. Les traducteurs ont vite fait passer par la trappe les règles typographiques bancales qui régnaient à l’époque. Autrement, les chiffres du programme de visite anglais étaient bien alignés, tandis que ceux du français donnaient l’impression d’avoir été écrits n’importe comment.

L’Office québécois de la langue française

L’OQLF nous donne l’heure juste, encore une fois.

Auparavant, l’Office québécois de la langue française proposait de ne pas faire précéder d’un zéro les minutes inférieures à dix (8 h 5), car les minutes ne sont pas des unités décimales. Toutefois, l’emploi du zéro accolé aux minutes en bas de dix (8 h 05) étant la notation acceptable la plus répandue, c’est celle que l’organisme propose désormais dans les textes courants. En plus d’être facile à lire et à comprendre, cet usage a le mérite de lever tout doute possible quant à l’heure indiquée, l’omission d’un chiffre pouvant autrement être soupçonnée à la lecture.

Par souci de réalisme, l’Office a modernisé sa recommandation. Si le français fonctionnait toujours ainsi…

Horaires

Un indicateur de chemin de fer aussi bien que le tableau des vols à l’aéroport exprimera les heures en se servant du deux-points.

Départ                        9:28                            Arrivée                        13:08

Ce type de format ne doit pas être employé dans un texte courant.

J’espère vous avoir donné l’heure juste.

Ligne dure

Les langagiers sont toujours en première ligne pour défendre le français. Certains adoptent la ligne dure quant à la lutte contre les anglicismes et je pense faire partie de ce groupe. Au Canada, les langagiers vivent une promiscuité périlleuse avec la langue de Shakespeare et ils en viennent à voir des anglicismes là où il n’y en a pas.

Comme je l’ai signalé dans des billets antérieurs, c’est souvent l’anglais qui a emprunté au français, et non l’inverse.

Par exemple, la ligne dure dont je parlais plus haut. En bout de ligne, c’est l’anglais qui s’est inspiré de notre langue. Hard line et ligne dure marchent main dans la main. Mais oups que voilà! Restons vigilants! En bout de ligne est un calque de : at the end of the line. Un calque du même genre que à la fin de la journée…

Anglicismes fréquents

Au Canada, on parle fréquemment de lignes de piquetage, picket lines, au lieu de piquet de grève.

Pour aller aux États-Unis, il faut traverser les lignes, c’est-à-dire traverser la frontière. On dira aussi qu’il y avait toute une file de voitures aux lignes. Donc une file à la douane.

Douane que l’on écrit parfois au pluriel : les douanes américaines.

Devant les bons restaurants de Montréal et de Québec, il y a parfois une ligne d’attente; il faut donc faire la ligne. Les visiteurs auront compris qu’il y a une file.

Le téléphone a été inventé il y a plus de cent ans. Jadis, lorsqu’on appelait une entreprise, une opératrice (c’étaient toujours des femmes) nous répondait immédiatement. Si, si, ce n’est pas un canular. Elle pouvait nous mettre en attente en disant : « Gardez la ligne. » Ce qui voulait dire Restez en ligne.

De nos jours, des répondeurs automatiques aux menus labyrinthiques nous découragent de rester en ligne. Ils font tout pour nous amener à demander nos renseignements en ligne.

En fin de billet on arrive au dernier droit, autre anglicisme; c’est plutôt de la dernière ligne droite qu’il s’agit. Point à la ligne.