Archives de catégorie : Stylistique

Variant

Plusieurs personnes m’ont posé la question au sujet de ce mot suspect, variant.

Le terme vient d’apparaitre au sujet de l’infâme coronavirus. Un variant a été détecté en Angleterre et, déjà, la communauté internationale s’alarme, craignant le pire. Pourtant, cette nouvelle version du virus sera elle aussi neutralisée par les vaccins récemment mis au point. Mais le virus sera néanmoins plus contagieux.

La communauté des langagiers, elle, s’inquiète de ce mot inconnu et lance une armada globules blancs à ses trousses. Sus à l’ennemi! Pourquoi ne dit-on pas «une variante du virus»?

Tout ce qui gribouille, scribouille et gazouille dans Twitter y a mis son grain de sel. Ce qui en ressort, c’est que l’expression variant est tout à fait correcte. D’ailleurs, le Petit Robert est lui aussi contaminé et offre la définition suivantes :

Organisme qui se différencie des autres membres de la même espèce par des caractères mineurs issus de mutations génétiques. Les variants d’un virus.

En espérant que ce texte devienne viral.

Bahreïn

Le toponyme Bahreïn pose plusieurs difficultés aux francophones. En effet, cet archipel de 33 iles dans le golfe Persique est de genre masculin, ce qui ne saute pas aux yeux. On a tendance à croire que le genre grammatical des noms d’iles est féminin, ce qui se vérifie pour Cuba, par exemple, mais pas pour Haïti.

Le nom arabe de cet État est al-Bahrayn, le h étant prononcé dans le fond de la gorge. L’article al est assez troublant pour un étranger, car il donne à penser que l’article défini est de mise. Pourtant, aussi bien en français qu’en anglais, on dit Bahreïn/Bahrayn tout court.

C’est une incongruité, puisque d’autres États environnants s’énoncent avec l’article; par exemple le Qatar. Pourtant, on dit : « Bahreïn est situé au Moyen-Orient », alors qu’il serait logique de dire en français le Bahreïn et en anglais the Bahrain.

Autre problème (ce défunt mot de la langue française) : le tréma. Celui-ci s’explique facilement par la prononciation. Il y a bel et bien diphtongue e-i. Bahreïn ne se prononce pas avec une nasale en in.

Le gentilé

Selon les ouvrages, les habitants de Bahreïn sont soit des Bahreïniens, soit des Bahreïnites. Mais un autre gentilé d’inspiration arabe se voit aussi. Il s’agit de Bahreïni, que l’on trouve dans l’Encyclopaedia Universalis et parfois dans la presse française.

Ce nom côtoie les Émirati, Qatari, Baghdadi, etc. qui pullulent dans les médias. Ces appellations se veulent plus « authentiques » que les versions françaises que sont Qatarien, Émirien, Baghdadien.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Échecs

Vous n’avez pas encore vu la série Le jeu de la dame? Courez vite! Que vous connaissiez les échecs ou non, vous allez être captivé par cette étonnante série. Sa diffusion, le mois dernier, a provoqué un engouement pour le noble jeu.

Origines et nom

Les origines du jeu sont inconnues, bien que certain les attribuent à la Perse. Toujours est-il que le nom viendrait du persan shâh, qui signifie roi. Le jeu se compose de huit pions et de huit pièces appelées roi, reine, fou, cavalier et tour.

En anglais, le fou s’appelle le bishop et le cavalier kight. En français, le nom des pièces a varié au fur et à mesure que le jeu se répandait un peu partout en Asie, comme l’indique La Grande Encyclopédie Larousse.

Au cours du transfert vers l’Occident, les échecs ont subi des mutations diverses. Le chariot s’est transformé en roq, ou tour, qui fut la pièce la plus forte au Moyen Âge. L’éléphant est devenu l’alphil. Mais les formes et les règles modernes sont fixées à l’époque de la Renaissance, où les dernières métamorphoses font apparaître la reine, ou dame, qui remplace le fers du jeu asiatique, et le fou, qui se substitue à l’alphil. Un immense essor est désormais assuré aux échecs, qui, de jeu des rois, deviennent peu à peu le roi des jeux, universellement aimé et respecté.

Un vocabulaire particulier

Le but du jeu est de mettre le roi adverse mat, mot qui vient de l’arabe mât, qui signifie « mort ». Le mat survient lorsque le roi est attaqué par un pion ou une pièce adverse et ne peut se déplacer sur une case sûre. Toutefois, si le roi n’est pas attaqué directement, mais ne peut se déplacer sur une autre case sans se mettre en échec, on dit alors qu’il est pat et c’est match nul. Ce dernier mot tire son origine de l’italien patta, « quitte ».

L’italien a aussi donné un autre mot au monde des échecs : gambit. Le joueur qui sacrifie un pion ou une pièce pour obtenir un avantage sur son adversaire fait un gambit, dont l’origine est l’italien gambetto, c’est-à-dire faire un croc-en-jambe.

On peut mettre son roi à l’abri grâce une manœuvre appelée roque, qui vient de l’ancien nom de la tour en français, roc.

Jouer aux échecs

La pratique des échecs développe à la fois l’esprit stratégique et l’esprit tactique. Quand vous possédez seulement l’un des deux, comme moi, alors vous êtes un piètre joueur. Heureusement, il y a moyen de s’améliorer en jouant en ligne. Des sites en ligne comme chess.com, chesstempo.com, chess24.com et lichess.org vous ouvrent les portes d’un très grand univers.

J’aime bien le premier site, auquel je me suis abonné, car on peut assister à de petites démonstrations en ligne pour les débutants. Le joueur peut également tenter de résoudre des problèmes avec ou sans aide avec réactions sans équivoque de l’ordinateur (gaffe, coup imprécis, etc.). Parfois dur pour l’égo…

Enfin, il est possible de jouer des parties complètes en ligne. Le site va vous apparier avec un joueur du même calibre. Ensuite, il analysera votre partie coup par coup, ce qui est la meilleure façon de vous améliorer.

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Avent

Petite énigme du dimanche. Quand il est question de cette période de quatre semaines précédant Noël, nous écrivons Avent avec un e. Pourtant, dans tous les autres cas, nous écrivons ce mot avec un a, avant. Pourquoi?

Tout d’abord, il faut être conscient que les deux mots ne jouent pas le même rôle grammatical, avant est en effet un adverbe, tandis qu’Avent est un substantif. Le second a trait à la religion chrétienne et prend la majuscule, contrairement au premier.

Mais pourquoi ces deux déclinaisons dont le son an est écrit de deux manières différentes? La réponse se trouve dans l’étymologie. La période religieuse appelée Avent tire son origine du latin adventus, qui signifie arrivée. L’Avent c’est l’avènement du Christ.

Quant à avant, il brille par sa banalité qui lui vaut la minuscule initiale et provient du latin abante. Il est un adverbe mais aussi un substantif désignant la partie antérieure d’une chose, comme l’avant d’un véhicule ou encore un joueur offensif, au hockey, football, rugby, entre autres.

Les deux mots n’ont donc pas la même racine latine, ce qui explique les deux graphies différentes.

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Docteur

N’est pas docteur qui veut, du moins dans la francophonie canadienne et québécoise. Ce titre est réservé aux détenteurs d’un doctorat en médecine, ce qui inclut les médecins comme tels, les dentistes et les vétérinaires. D’autres professionnels, comme les podiatres, les optométristes, les psychologues peuvent également se faire appeler docteur, mais à la condition d’indiquer après leur nom la discipline pour laquelle ils ont obtenu leur diplôme.

Paul Piébot, docteur en podiatrie.

Ce qui laisse en plan toute une cohorte de détenteurs d’un doctorat qui ne peuvent arborer le titre tant convoité sur leur carte de visite. Les sociologues et autres philosophes et biologistes peuvent se consoler en faisant suivre leur titre de l’auguste abréviation Ph. D.

Paul Pot, Ph. D. (science politique)

Erreurs courantes

Sous l’influence de l’anglais, on écrit parfois Dr. Latendresse. En français, l’abréviation comportant la première et la dernière lettre du mot ne prend pas le point.

Le Dr Prudent-Lafraise est dentiste depuis 25 ans.

L’abréviation n’est pas obligatoire et on peut écrire le titre au long, sans majuscule initiale, toutefois.

Le docteur Prudent-Lafraise fait aussi des chirurgies mineures.

Autre influence de l’anglais :

Dr Latendresse ne prend pas de nouveaux patients.

En français, il faut mettre l’article défini avant le titre :

Le Dr Latendresse ne prend plus de rendez-vous le vendredi.

Autres langues

Dans d’autres langues, l’utilisation du titre de docteur est moins restrictive. En italien, par exemple, on appellera volontiers docteur une personne ayant fait des études universitaires, même si elle est titulaire d’un diplôme de premier cycle.

Lorsque j’apprenais l’italien, il était normal d’appeler l’enseignante dottoressa, alors qu’elle n’avait aucun doctorat.

Au Québec, on appellera souvent docteur(e) une personne dont on respecte le bagage intellectuel, ou qui prétend en avoir. L’appellation est sur le ton de la badinerie, naturellement.

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Ces mots galvaudés qui nous envahissent

Certains mots sont utilisés à toutes les sauces au point d’en devenir vide de sens. Petit tour d’horizon des grands classiques souventes fois dénoncés dans cette chronique.

Historique

J’espère que vous êtes conscient que le 3 décembre 2020 est un jour historique. Vous ne le saviez pas? Qu’importe les médias vous le signaleront dans la journée. Demain aussi. La pandémie de coronavirus est certes historique, mais l’annulation des fêtes de Noël par le gouvernement? La prochaine élection fédérale? La reprise des activités de la Ligue nationale de hockey? Les Olympiques de Tokyo en 2021? Le Byebye 2020? Pourquoi pas? En fait, tout est historique, selon les médias.

En fait, historique est un mot très fort que l’on devrait employer avec circonspection. Mon billet.

Impact

Voilà un bon bout de temps que je dénonce cet anglicisme (si, si!) envahissant qui remplace des mots plus nuancés comme effet, conséquences etc. Cette fixation tenace sur impact conduit à un appauvrissement du vocabulaire, parce que ce mot, pris au sens propre, est costaud. Mon billet.

Priorité

Nos leaders ont beaucoup de priorités… tellement qu’on peut se demander si la dixième priorité énoncée est encore une priorité. Une priorité est-elle absolue? Réflexion prioritaire dans ce texte.

Partager

La propagation de ce mot dans le vocabulaire informatique a ensuite débordé sur le reste du français à un point tel qu’on pourrait presque parler de pandémie linguistique. On partage tout, des impressions, un appartement, des photos, un document, etc.

Le sens véritable de ce verbe s’est perdu dans le délire le plus complet.

Pourtant, on peut facilement s’exprimer d’une manière plus exacte avec quelques verbes comme dire, informer, diffuser, en parler, mentionner…

Mais on se partage également toutes ces choses, car la formulation réflexive envahit également la langue parlée. Mon billet.

Communauté

Ceux qui vivent en région anglophone comprendront. Dans l’Outaouais fortement anglicisé, tout et n’importe quoi devient une communauté. Mais qu’est-ce qu’une communauté au juste? Texte.

Un incendie éclate dans un village? La communauté s’est mobilisée… pas le village, la communauté. Mais la communauté peut également désigner les habitants d’un quartier du même village, les personnes habitant une rue inondée, à moins que ce soit la région englobant ledit village. Tout est possible.

Le souci de précision le plus élémentaire amènera le langagier à remplacer ce mot très vague. Mon billet.

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Université

L’écriture et la traduction des noms d’universités peut être source d’embêtements multiples pour les langagiers.

Majuscule ou minuscules?

Un problème qui se pose souvent en français. Tout naturellement, nous avons tendance à écrire Université Laval, Université de la Colombie-Britannique avec la majuscule au générique Université, car ce sont là, après tout, des noms d’organisations.

On constate toutefois que dans bien des textes émanant d’Europe ou d’ailleurs le générique ne prend pas toujours la majuscule, surtout dans les appellations étrangères. On verra par exemple :

L’université de Grenade, mais l’Université de Grenoble

Pis encore, j’ai lu récemment l’université de Lyon. Il semble donc que la règle n’est pas claire pour tous les francophones. Certains d’entre eux reportent aux noms d’universités la frilosité très française quant à l’utilisation de la majuscule.

Si on accepte la règle sous-jacente de garder la majuscule initiale aux noms d’universités françaises, il devient absurde d’énoncer le nom des universités étrangères en minuscule, ce qui nous conduit à un manque flagrant d’uniformité. Une université étrangère est autant une organisation qu’une université française, belge ou canadienne.

D’autres feront valoir que l’université de Grenade est un nom traduit, ce qui expliquerait la minuscule initiale. Je pense que cette position est indéfendable, comme je l’expliquerai ci-dessous.

Conclusion : il faut écrire Université avec la majuscule initiale.

Énonciation

Le générique Université est suivi du partitif de lorsqu’il précède un toponyme.

L’Université de Montréal, l’Université d’Oxford, l’Université de Tokyo

Une erreur courante consiste à faire l’apposition du toponyme et du générique, comme dans Université Oxford. C’est UNE FAUTE. Il s’agit d’une énonciation à l’anglaise.

En fait, il y a apposition uniquement lorsque l’élément qui suit le générique n’est pas un toponyme; le partitif de disparait alors.

L’Université McGill, l’Université Simon Fraser, l’Université Humboldt à Berlin

Traduction

La grande question que se pose inévitablement toute personne appelée à rédiger un texte sur les réalités étrangères est la suivante : ai-je le droit de traduire les noms des organisations étrangères, particulièrement ceux des universités?

La réponse est très simple : OUI. Parce que nous traduisons couramment le nom d’organisations politiques étrangères et que personne n’y voit de problème.

Pensons aux organismes politiques. Le Parlement du Japon s’appelle la Diète. Vous viendrait-il à l’idée de l’écrire en japonais? Qui vous comprendrait, sauf les Nippons? Selon la même logique, nous écrivons les Centres de contrôle et de prévention des maladies, le ministère des Affaires étrangères de Pologne, l’Agence suédoise de développement et de coopération internationale.

Nous n’avons guère le choix, autrement il nous faudrait lire dans nos textes les appellations suivantes : Centers for Disease Control and Prevention, Ministerstwo Spraw Zagranicznych,  Styrelsen för Internationellt Utvecklingssamarbete.

Puisque nous traduisons déjà les noms d’autres organisations étrangères, pourquoi faudrait-il s’abstenir pour les noms d’universités étrangères?

Dans un texte, on écrira sans honte l’Université de Helsinki et non l’indéchiffrable Helsingin Yliopisto. Je pense que cet exemple est suffisamment éloquent pour que la question soit tranchée.

Pourtant, j’ai souvent répondu aux questions suivantes lorsque je travaillais au Bureau de la traduction.

  1. Ces traductions ne sont pas officielles en français. C’est vrai; et puis après? Comme je l’ai indiqué, on traduit déjà, et depuis longtemps, les noms officiels d’autres organisations étrangères.
  2. Ne serait-il pas plus prudent de conserver le nom anglais du texte que je traduis?

S’il s’agit d’une université d’un pays non anglophone, le fait de garder le titre anglais revient à traiter le français comme une langue inférieure.

Je m’explique. Prenons l’Université d’Oslo, appelée en norvégien Universitetet i Oslo. Cette appellation a été traduite dans votre texte anglais par University of Oslo. Serait-il vraiment acceptable de garder ce titre en français, alors qu’il s’agit d’une traduction vers l’anglais? Si on traduit vers l’anglais, et que cette traduction n’a rien d’officiel dans cette langue, pour quelle raison au juste faudrait-il être plus prudent en français?

Certains objecteront que, pourtant, on conserve certains titres américains.

Appellations hors norme et des États-Unis

Un premier point à établir : Doit-on traduire tous les noms? NON.

Le nom des institutions américaines n’est pas toujours traduit. Certaines bien connues le sont : le Congrès et ses deux chambres, la Maison-Blanche et Garde nationale, la Réserve fédérale. D’autres, au contraire, voient leur nom décliné en anglais. Pensons au FBI, à la CIA, à la Food and Drug Administration.

Il n’y a ni règle ni logique ici, seulement l’usage, cet ivrogne qui s’accroche aux réverbères quand il titube un peu trop.

Alors, nous verrons l’Université de la Californie à Los Angeles, mais le Massachusetts Institute of Technology, entre autres. Il serait possible de traduire cette dernière appellation par l’Institut de technologie du Massachusetts et ce titre serait parfaitement valable. L’ennui étant que cette traduction est peu courante. Toutefois le langagier qui souhaiterait recourir au français pour être plus clair ne saurait être blâmé, à mon humble avis.

Il en va autrement pour d’autres appellations moins limpides. Par exemple le Boston College. La traduction le Collège de Boston suscite un malaise, parce qu’en français un collège n’est habituellement pas une institution universitaire.

On peut également penser à la London School of Economics, bien connue sous ce nom. Là encore, une traduction vers le français semblerait un peu forcée.

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Être dépisté

Peut-on se faire dépister? Peut-on dire que X milliers de personnes ont été dépistées? Dans la langue des médias, il semble que oui. Qu’en pensent les ouvrages de langue?

Définition

Dépister, c’est :

Rechercher systématiquement et découvrir (ce qui est peu apparent, ce qu’on dissimule).

La définition du Petit Robert est claire et, prise comme telle, il est quelque peu difficile de dire qu’on dépiste une personne.

On trouvera quelques exemples dans le dictionnaire de l’Académie dans lesquels le verbe dépister s’applique à des personnes. Par exemple Montherlant :

Le train allait partir! et il avait son billet en poche, et n’avait qu’à s’installer, mais Georges, de retour, sûrement le dépisterait

Mais on voit tout de suite que l’on pourrait remplacer le verbe en l’objet par trouver, découvrir.

C’est dans cet esprit que le Larousse donne l’exemple suivant :

Dépister de nouvelles vedettes de la chanson.

Être dépisté?

Les médias n’emploient cependant pas le verbe dépister au sens de découvrir, mais bel et bien au sens d’avoir subi un test pour la covid. On observe donc un écart avec la définition donnée par les dictionnaires.

Évidemment, les journalistes sont portés à trouver la solution la plus simple et la plus rapide, sans se poser plus de questions. Quand on dit que des milliers de personnes n’ont pas été dépistées, on entretient une certaine ambigüité.

1) Des milliers de personnes possiblement asymptomatiques courent les rues. On ne les a pas repérées.

2) Des milliers de personnes n’ont pas été testées.

Dans le premier cas, utiliser le verbe dépister revient à dire ce qui suit : « Elles n’ont pas été repérées/trouvées pour la covid-19. » Cette construction étonne. Pire encore : « Je n’ai pas été dépisté pour la covid-19. » Il serait plus exact de dire qu’on n’a pas été testé pour la covid-19.

C’est pourquoi il me parait quelque peu risqué d’utiliser le verbe dépister de cette manière.

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Nipponneries

Dans un article précédent, je faisais état de l’influence limitée de la langue japonaise sur le français. Ce que peu de gens savent, c’est que le français a aussi laissé sa trace sur le japonais.

Il faut dire que la prononciation et les accents toniques du japonais sont assez différents du français, bien que la langue nipponne ne soit pas si difficile à prononcer pour un francophone. Néanmoins, l’importation de mots français ne se fait pas dans une parfaite fluidité. Tant s’en faut.

Commençons par les mots les plus simples.

Les Japonais aiment la shanson. Ils portent aussi le pantaron et boivent de la biru. Aimer la chanson, porter le pantalon et boire de la bière. Pas trop difficile à comprendre.

Ce dernier mot ne vient pas du français, mais on comprend aussi de quoi il est question. Soit dit en passant, le u se prononce toujours ou. Ma biru favorite au pays du Soleil-Levant est la Sapporo. Heureusement, elle est exportée.

J’ai vu très peu de pan au Japon. Il faut dire que la nourriture est très différente de celle des pays occidentaux, notamment de l’Italie, où le pane est toujours servi avec le repas. Quand on prend des bakansu au Japon, il faut s’attendre à un peu d’exotisme, après tu, pardon après tout. Les vacances, c’est fait pour cela, non?

Petit quizz

Votre esprit est maintenant bien aiguisé. Déterminez de quels mots français proviennent les gallicismes suivants :

  • Mayonezu
  • Aban taitoru
  • Angajuman
  • Anketo
  • Burujuwa
  • Puretaporute

Saviez-vous qu’à la fin d’un concert, les spectateurs crient ankoru! pour demander un rappel? En français on dirait bis.

Réponses au quizz

Mayonnaise, avant-titre, engagement, enquête, bourgeois, prêt-à-porter.

Il ne faut pas en vouloir aux Japonais pour toutes ces déformations amusantes. Le français a importé de l’anglais des mots comme riding coat, packet boat et fuel, devenus redingote, paquebot et fioul.

Autres articles sur le Japon :

Revenir du Japon

Incident au Japon

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Présentiel

Le mot irrite bien des gens. Il est en vogue depuis quelques années dans le monde de l’enseignement et traduit la soif de néologismes qui affecte ce milieu, comme cela se voit souvent ailleurs aussi.

La réalité qu’il décrit est pourtant très simple : le fait pour les étudiants de suivre un cours sur place, devant le professeur, d’être présent. Ce que l’on appelle tout simplement un cours en classe. Tellement simple qu’on se demande pourquoi il a fallu inventer une nouvelle terminologie.

Mais c’est justement le propre du jargon d’exprimer de manière compliquée des réalités très simples. Toutes les disciplines scientifiques ou non y passent.

Pour badiner, on serait tenté d’avancer que ceux qui ne suivent pas les cours en présentiel le font en… absentiel. Non, ils le font en ligne.

Bien sûr, il n’y a pas lieu de lancer un anathème contre le mot présentiel. Certains le trouvent joli et, pour une fois, il ne s’agit pas d’un anglicisme, ce qui est toujours agréable dans le contexte canadien.

D’ailleurs, le mot est entré dans les dictionnaires.

Réflexions d’un ancien chargé de cours

Pour les profs obligés de donner des cours en ligne, il faudrait parler de démerdentiel – si, si, le mot existe! Les plus curieux regarderont avec intérêt la vidéo suivante.

Car, pour les professeurs, les cours à distance ne sont pas de la tarte. L’enseignant doit chambarder son cours pour l’adapter au nouveau médium, opération qui exige des heures considérables de travail. En outre, la dynamique avec les étudiants et entre les étudiants est perturbée.

Les échanges sont forcément plus limités. Il est plus facile à certains étudiants de devenir distraits, de se perdre dans Facebook, en rédigeant quelques messages, tout en écoutant le prof distraitement, convaincus qu’ils arrivent à tout faire en même temps. La situation se complique quand certains optent pour le visionnement différé du cours, car à ce moment-là il est impossible de poser une question au prof. Le cours devient une autre vidéo YouTube…

Le cours en ligne permet toutefois à l’étudiant de faire des recherches complémentaires sur le Net pour mieux comprendre la conférence. Mais c’est exactement ce que font les étudiants en classe, certains vérifiant soigneusement toutes les allégations du prof, comme j’ai pu le constater…

Les enseignants préfèrent les cours en classe, ou en présentiel, si vous préférez. Mais il y a fort à parier que les universités profiteront de la brèche créée par la pandémie pour intensifier la prestation de cours à distance, et ce pour toutes sortes de raisons.

Le fait est que la tendance à pratiquer un enseignement à distance était déjà amorcée avant la pandémie chinoise. Mais celle-ci a accentué le processus. D’autres raisons expliquent cette transformation opérée par les universités.

Il y a bien sûr la fascination de la technologie et le désir de paraître à jour. Ensuite, les institutions d’enseignement ont investi beaucoup d’argent dans la quincaillerie informatique, donc difficile de faire marche arrière. De plus, le fait de vider les campus pourrait permettre de faire des économies dans la gestion des locaux. Moins de bâtiments seront nécessaires. Actuellement, les campus universitaires ressemblent à des villages abandonnés dans le Far West.

Je ne suis pas convaincu de la viabilité des cours à distance à plus long terme. Il est clair que la qualité de l’enseignement finira par en souffrir et que, à la manière du télétravail, les autorités universitaires opteront pour des formules mixtes.

Les cours en présentiel ne sont peut-être pas morts, mais leur vie sera transformée à tout jamais, pour le meilleur et pour le pire.

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