Les journalistes et le français

Les journalistes savent-ils encore parler? Sommes-nous en train d’assister au délabrement de notre langue à cause des délirantes réformes de l’enseignement des dernières décennies?

On peut parfois le penser. Écouter certains animateurs à la radio peut devenir très irritant. Les amants de la langue française pourraient les reprendre presque à chaque phrase. Et les journaux sont truffés d’anglicismes.

Notre statut de minorité précaire à l’échelle du continent nous met dans une position délicate. Notre langue essuie un bombardement quotidien de l’anglais. Nous sommes en quelque sorte des miraculés ayant échappé de justesse à l’assimilation. Il est donc normal que notre français soit corrompu.

Ce qui est toutefois remarquable, tant au Québec et qu’au Canada français, ce sont les carences profondes sur le plan de la langue : même les gens les plus instruits font des fautes grossières. Quant au commun des mortels, son français est le plus souvent bancal : il peine à construire trois phrases bien structurées, aligne solécismes et anglicismes, cherche continuellement ses mots. Les vox populi sont éloquents à cet égard. Et que dire de ces enseignants qui font des fautes de grammaire au tableau? Même à l’université, j’en ai été témoin.

Les journalistes ne sont finalement que le reflet de la société à laquelle ils appartiennent. Certains affichent une langue châtiée, tandis que d’autres écrivent à peu près comme ils parlent. Néanmoins, leur maîtrise du français demeure supérieure à celle de l’ensemble de la population.

Le grand mythe au sujet des journalistes est qu’ils n’ont pas le temps de vérifier l’exactitude des termes employés. C’est vrai et c’est faux. Vrai qu’ils sont appelés à nourrir une multitude de plateformes (texte écrit, site Web, Twitter, etc.). Faux qu’ils n’ont pas le temps de chercher. Faire une vérification au dictionnaire prend au plus deux minutes. Encore faut-il le vouloir.

Des chroniqueurs comme Michel David du Devoir et Lysiane Gagnon de La Presse font très peu de fautes. D’autres affichent aussi une langue très correcte.

Le cas de Chantal Hébert est éloquent. Une Franco-Ontarienne de Toronto. Elle aurait de bonnes raisons de faire comme certains de ses collègues et d’aligner les anglicismes lexicaux et syntaxiques. Pourtant, son français est presque impeccable. D’autres, nés au Québec, font plus de fautes qu’elle. Cherchez l’erreur.

Au fond, l’attitude des journalistes n’est que le reflet de celle de la population. À peu près tout le monde veut défendre le français, mais à la condition de ne faire aucun effort personnel pour mieux s’exprimer. Il n’est pas rare d’entendre des personnes instruites clamer que la qualité du français n’a pas d’importance, que tout le monde comprend de toute façon, les défenseurs de la langue étant des ayatollahs qui veulent tyranniser tout le monde.

Depuis une cinquantaine d’années, le journalisme a beaucoup évolué. On assiste à l’avènement d’un certain vedettariat et à la multiplication des chroniques d’humeur. Ces columnists, comme certains appellent ces chroniqueurs, se prononcent sur tout et sur rien, paradent dans les émissions de variété, se croient souvent infaillibles. Ce sont des leaders d’opinion et ils adorent cela.

Beaucoup en viennent à penser qu’ils n’ont rien à apprendre des autres. Les courriels pour leur signaler les petites fautes qu’ils commettent les agacent au plus haut point. Ils ne répondent jamais.

Je me souviens de cette reporter en poste à Québec qui employait le barbarisme démotion, au lieu de rétrogradation. Je lui signale respectueusement son erreur, elle lit mon message, et le soir même répète le mot dans un reportage. Quand l’orgueil personnel l’emporte sur tout. Cette attitude n’est pas rare.

Le plus gros obstacle, c’est le refus des médias de reconnaître leur responsabilité par rapport à la qualité de la langue. Ils sont malheureusement une courroie de transmission des fautes les plus courantes; ils leur donnent leurs lettres de noblesse, en quelque sorte.

Quand on entend continuellement des erreurs comme imputabilité que ce soit à la radio d’État ou à TVA et qu’on le lit dans La Presse et Le Devoir, il est difficile ensuite de faire comprendre aux francophones que c’est une faute. Tout le monde le dit, après tout.

L’influence des médias peut aussi jouer en sens inverse. S’ils décident d’employer une locution correcte, celle-ci devrait se propager comme une traînée de poudre. Je rêve du jour où les médias cesseront de nous inonder d’impacts et de faire en sorte que.

Alors, que faire?

Ne pas hésiter à écrire, même si on se heurte parfois à un mur d’indifférence. Beaucoup de scribes ne demandent qu’à s’améliorer, à la condition de ne pas les harceler et de s’adresser à eux avec respect. Certains sont même très contents d’apprendre quelque chose.

Oui, il faut continuer de se battre. Ne rien dire équivaut à encourager certains scribes à continuer de scribouiller. Après tout, la survie du français en terre d’Amérique a toujours été un combat.

 

Les anglicismes au Québec

Au Québec, la langue est lourdement influencée par l’anglais, tant dans son vocabulaire que dans sa syntaxe. Très souvent, Shakespeare se terre dans les plus petits recoins de notre grenier collectif.

Qui n’a pas dit « Bon matin », tellement plus expressif que le plat « Bonjour » qu’il faudrait employer. Pourtant, cette expression est un anglicisme.

Pensons aussi à « significatif », pour qualifier un nombre considérable, terme qui revient sans cesse dans les médias, même sous les meilleures plumes. Tout dictionnaire bilingue traduira significant par considérable, important. Alors, pourquoi ne pas employer « significatif »? Parce qu’il n’a pas le même sens : « Qui signifie nettement, exprime clairement quelque chose. », nous dit le Robert.

Un autre anglicisme qui revient souvent est « identifier ». Celui-là a le dos large. En anglais, il a le sens de repérer, choisir, déterminer quelque chose parmi un nombre d’éléments, ce qui n’est pas le cas en français. Dixit Le Robert : « Considérer quelque chose comme identique, assimilable à autre chose… Reconnaître du point de vue de l’état civil… Reconnaître comme appartenant à une certaine espèce ou classe d’individus. »

Par conséquent, une phrase comme « Identifier des avenues de solutions pour adresser cette problématique », que l’on imagine facilement dans la bouche d’un porte-parole au Québec, relève du plus pur charabia.

Un dernier mot qui a la vie dure : « démotion », le parfait faux ami. Il s’agit en fait du terme anglais plaqué en français; il fait d’une pierre deux coups : anglicisme et barbarisme. D’une part, demotion se traduit par rétrogradation; d’autre part, le mot « démotion » n’existe tout simplement pas en français.

L’un des principaux problèmes est que les médias colportent régulièrement des anglicismes, ce qui, aux yeux du public, les avalise. Puisque des journalistes bien connus souhaitent un bon matin à leurs auditeurs pour ensuite parler de l’augmentation significative de l’endettement des ménages, il est bien difficile pour les néophytes d’y voir des fautes.

D’où l’utilité de ce blogue.

Sotchi ou Sochi?

Les Jeux olympiques d’hiver ont pris leur envol à Sotchi. Curieusement, ce mot s’écrit Sochi en anglais et c’est la graphie retenue par le Comité international olympique pour le logo officiel des jeux.

Pourquoi cette différence de graphie?

Le russe s’écrit en caractères cyrilliques et il faut transposer les sons originaux en caractères latins pour qu’anglophones, francophones, hispanophones, etc. puissent lire le nom correctement. Or, le système graphique de ces langues varie. Le TCH, par exemple, s’écrit CH en anglais et en espagnol, tandis que l’allemand l’orthographie TSCH. C’est donc dire que Sotchi écrit Sotschi en allemand.

Les lecteurs plus curieux consulteront mon article sur l’écriture des noms russes en français. Dans un autre article, vous trouverez une liste de noms russes courants dont la graphie française diffère de l’anglaise.

Certains s’interrogent sur l’omniprésence de la graphie Sochi dans des sites web français et à Radio-Canada. Cette graphie est erronée, sauf s’il s’agit du logo officiel des Jeux d’hiver. Il faut alors voir ce Sochi comme un dessin. Je sais, c’est irritant, mais c’est encore l’anglais qui triomphe.

Mais sachons que tout texte français de bonne tenue devrait comporter la seule vraie graphie : SOTCHI.

Pluriel des noms adjectivés

De plus en plus, certains noms sont juxtaposés à un autre substantif, lui-même employé comme adjectif. La question de l’accord se pose dès que l’on introduit une forme plurielle. En effet, comment forme-t-on le pluriel des expressions suivantes?

Projet pilote; liaison satellite; secteur clé; maison modèle.

Les meilleurs rédacteurs hésitent. Pourtant la règle est très simple et elle nous vient de l’Académie française : « Le nom apposé varie uniquement si on peut établir une relation d’équivalence entre celui-ci et le mot auquel il est apposé. »

Donc, une maison qui est comme un modèle devient, au pluriel, des maisons modèles. Par contre, une liaison n’est pas un satellite; alors des liaisons satellite.

Lorsque l’on peut intercaler une préposition entre les deux substantifs, il n’y a pas d’accord. Ainsi : des cafés (à la) crème; des chaussures (de) sport.

En fin de compte, ce n’est pas si compliqué. Pourtant, un mot semble résister à cette logique.

Des bénéfices record? Des bénéfices records?

Le croiriez-vous, mais la réponse n’est pas simple. Des bénéfices qui sont comme des records? Donc le pluriel? Pas si sûr…

Les dernières éditions du Petit Robert et du Petit Larousse préconisent encore  l’invariabilité du mot lorsqu’il est employé comme adjectif. Colin, dans Les difficultés du français, va dans le même sens. Pourtant, d’autres auteurs comme Hanse (Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne) et Thomas (Dictionnaire des difficultés de la langue française) prêchent en faveur de l’accord.

Pourquoi cette confusion? Probablement parce que le mot est d’origine anglaise et que le français hésite parfois à appliquer ses règles grammaticales aux mots récemment lexicalisés. D’ailleurs, le même problème se pose pour standard, mot qui vient pourtant du français étendard.

Quand on considère ces deux derniers mots, record et étendard, on se demande si cela vaut vraiment le coup de les garder invariables. Le français a-t-il vraiment besoin de nouvelles exceptions à une règle pourtant si simple? Poser la question, c’est y répondre.

Le singular they

 

Il est toujours délicat pour un francophone de se prononcer sur une question de syntaxe anglaise, mais je ne puis m’en empêcher.

La question du singular they suscite encore beaucoup la controverse chez nos amis anglophones, même si l’usage penche nettement en sa faveur. Mes réflexions valent ce qu’elles valent; ce sont celles d’un francophone qui parle une langue analytique et plus abstraite que l’anglais.

D’emblée, il faut préciser que le singular they comble une lacune de l’anglais qui n’a pas de pronom neutre englobant he et she… d’ailleurs pas plus que le français quand on y pense, pour il et elle.

Notre langue employait jusqu’à tout récemment le pronom il en partant du principe (contesté) que le masculin l’emporte sur le féminin. Certains font d’ailleurs valoir que le genre masculin doit être considéré comme neutre et que, par conséquent, la féminisation des titres est vaine, puisque le masculin est épicène.

Je réfute cette argumentation. Il suffit de lire les textes du XVIIe siècle pour constater que le masculin a été choisi en raison de la supériorité du mâle sur la femelle, comme on disait à l’époque…

L’anglais a aussi utilisé le he en tant que pronom neutre. Je relisais les règles d’un jeu de diplomatie acheté il y a une trentaine d’années. Le pronom pour the player était he; parions qu’aujourd’hui ce serait they.

L’anglais a une grammaire moins contraignante que le français. De plus, il est plus près de la réalité, comme en témoigne la phrase suivante :

The police was called immediately. They arrived within two minutes.

En français, il serait facile de contourner la difficulté en disant les policiers. Toutefois, s’il fallait utiliser un pronom, nous aurions la traduction suivante :

On a appelé la police immédiatement et elle est arrivée en moins de deux minutes.

La logique grammaticale prévaut. En anglais, on voit plutôt la police comme un groupe de personnes et il devient alors logique de recourir à un pronom masculin. C’est donc dire que des ensembles de personnes, comme une direction, un comité, une entreprise seront ensuite désignés par le pronom they.

À ce sujet, le ministère de la Justice du Canada recommande d’employer le singular they pour remplacer les pronoms suivants : anybody, everybody, no one, nobody, every one, every body, person, every applicant, any officer, every judge, manufacturer, officer, taxpayer.

Pour un francophone, il est toujours curieux de lire des phrases comme :

The officer examines the request and they provide an answer in the next two weeks.

Les défenseurs du singular they font valoir que, dans ce cas, le pronom they remplace le he et le she, qu’il permet d’éviter le disgracieux hiatus he/she. Le pronom est neutre et singulier.

Je veux bien, mais quelle drôle d’idée de prendre un pronom existant qui est pluriel par surcroît. En outre, si le pronom en question est singulier, pourquoi le verbe, lui, reste-t-il au pluriel? Ne devrait-on pas dire :

The officer examines the request and they provides an answer in the next two weeks.

Cette fois-ci, ce seront les anglophones qui auront l’oreille écorchée.

Il n’en demeure pas moins que, neutralité ou pas, la première phrase déraille sur le plan grammatical, puisque le premier verbe examines est clairement un singulier, tandis que le second, provide, est un pluriel. À mon sens, il est un peu difficile de soutenir que le singular they représente un singulier, alors que le verbe qui suit ne l’est pas.

On pourrait bien sûr employer le it, singulier et neutre, mais il semble que cette solution n’ait jamais été envisagée sérieusement. Alors ne reste plus qu’à créer un tel pronom, pour éviter l’illogique singular they, mais je ne me fais pas trop d’illusions…

En effet, des auteurs réputés comme Shakespeare l’ont employé. Un ouvrage comme le Cobuild Advanced Learner’s Dictionary l’emploie continuellement, sans compter les journaux, les magazines et les auteurs en général.

Les articles qui encensent le singular they ne manquent pas. Je vous signale entre autres celui-ci : http://motivatedgrammar.wordpress.com/2009/09/10/singular-they-and-the-many-reasons-why-its-correct/

 

 

Faire face à la musique

Lorsqu’une personne est dans une situation difficile, on dit souvent qu’elle doit faire face à la musique. Quand on y pense bien, cette expression est quelque peu absurde et, par-dessus le marché, elle vient de l’anglais, autre raison de s’en méfier. Avez-vous déjà fait face à la musique, au sens propre?

Pourtant, le climat canadien devrait mieux nous inspirer : affronter la tempête est à mon sens beaucoup plus expressif. Relever la tête serait également une solution intéressante, de même qu’affronter la réalité, prendre ses responsabilités, selon le contexte, évidemment.

La première ministre Marois, dans un récent voyage à Paris, disait que les propos de son homologue français étaient de la musique à ses oreilles. Music to my ears, aurait-elle pu dire, pour exhiber le peu d’anglais qu’elle possède.

Cette faute est un parfait exemple de la pénétration de l’anglais au Québec chez les personnes qui ne le parlent pas. Ici, c’est la syntaxe qui est attaquée, phénomène beaucoup plus grave que les anglicismes bruts que l’on peut entendre tant ici que de l’autre côté de l’Atlantique.

Le français, langue analytique, recourt beaucoup moins aux images que l’anglais. Mme Marois aurait tout simplement pu dire qu’elle était ravie d’entendre les propos de Jean-Marc Ayrault

La règle de droit

L’arrivée au pouvoir du regretté Nelson Mandela a permis à l’Afrique du Sud de devenir un État de droit. Qu’est-ce que cela signifie? Un pays où des élections libres ont lieu régulièrement; un pays où les jugements des tribunaux sont respectés et rendus en toute indépendance du pouvoir exécutif.

Tant chez les journalistes que chez les juristes, on entend dire que tel pays pratique la règle de droit. Le Canada, par exemple, maintiendrait la règle de droit… Toutes ces personnes pensent en anglais, et traduisent sans se poser de question le concept de rule of law par règle de droit.

Une simple recherche sur le Net montre que la règle de droit est un concept juridique, une façon d’interpréter la loi. Dans telle cause, par exemple, on dira que la règle de droit est tel ou tel principe. De fait, l’expression anglaise rule of law est un redoutable faux ami, lorsqu’il est question de politique, et les meilleurs traducteurs peuvent tomber dans le piège.

Voyons un exemple où le terme anglais est correctement traduit :

Il y a là refus d’une procédure régulière, ce qui contrevient au principe fondamental de la règle de droit.

This is a denial of due process, a violation of the basic principle of the rule of law

Voici maintenant un exemple où, à mon avis, le terme est mal rendu.

… à un ordre international plus juste fondé sula règle de droit et sur la sécurité collective…

…a fairer international order founded on the rule of law and collective security…

Dans ce dernier cas, il ne s’agit pas vraiment d’une règle d’interprétation juridique, mais plutôt de la primauté du droit. Le traducteur a calqué l’anglais.

Un État de droit, tel que défini au début de l’article, applique la primauté du droit; celle-ci va bien au-delà de simples interprétations des lois, mais englobe l’ensemble des principes régissant une société démocratique. Cette réalité est rendue en anglais par rule of law, terme qui s’applique aussi bien au monde juridique qu’au monde politique.

Pour en revenir à l’Afrique du Sud, on pourra dire qu’il s’agit maintenant d’un État de droit, ou d’un pays qui respecte la primauté du droit.

Proche- et Moyen-Orient : quelle différence?

Le déclenchement de la guerre en Iran, par Israël et son allié étasunien, sème le chaos partout au Proche-Orient... à moins que ce ne soit au Moyen-Orient. Lequel des deux est le plus exact?

Les anglophones disent Middle East, nous disons Proche-Orient, bien qu’on entende aussi Moyen-Orient. Alors ces deux termes sont-ils de parfaits synonymes? Et comment expliquer l’extinction de l’anglais Near East?

Toutes ces questions renvoient à la manière de définir ces expressions, et là commencent les ennuis. Les dictionnaires anglais et français, de même que Wikipédia et d’autres sources électroniques offrent des vues contrastées qui, en fin de compte, sèment la confusion.

Le Proche-Orient

Examinons le cas de Proche-Orient. Tout d’abord, proche par rapport à quoi? À l’Europe, bien entendu. Traditionnellement, il s’agit des pays du pourtour de la Méditerranée, soit le Liban, l’Égypte, Israël, la Turquie et la Syrie; mais certains y ajoutaient aussi bien la Libye que la Jordanie, de même que la péninsule d’Arabie. À mon sens, il est un peu difficile de parler du Proche-Orient, quand on y inclut des États lointains, comme le Yémen ou le Qatar.

Et le Moyen-Orient?

Le Moyen-Orient, lui, regroupait justement les pays de la péninsule d’Arabie, mais aussi des États plus à l’est, comme l’Iran, l’Iraq et, parfois, l’Afghanistan et le Pakistan.

Le conflit israélo-arabe, qui empoisonne les relations internationales depuis 70 ans, est venu brouiller les cartes, puisqu’il accapare toute l’attention. Les États impliqués ne se limitent pas vraiment au Proche-Orient, au sens strict de pays riverains de la Méditerranée. De fait, des pays comme l’Iran et le Pakistan, y sont aussi partie prenante, sans parler du pauvre Liban, colonisé par les milices chiites du Hezbollah, armées par l’Iran.

C’est pourquoi bon nombre d’observateurs voient la région dans son ensemble; la distinction Proche- et Moyen-Orient est donc moins pertinente. Ainsi s’explique l’apparition du Middle East anglais. Je pense qu’il vaut la peine de lire la définition qu’en donne le Merriam Webster :

« Geographic region where Europe, Africa, and Asia meet. It is an unofficial and imprecise term that now generally encompasses the lands around the southern and eastern shores of the Mediterranean Sea—notably Egypt, Jordan, Israel, Lebanon, and Syria—as well as Iran, Iraq, and the countries of the Arabian Peninsula. Afghanistan, Libya, Turkey, and The Sudan are sometimes also included. »

On voit que cette définition ratisse très large, mais qu’elle permet d’englober toute la région, d’où l’éviction de Near East.

L’influence de l’anglais

Comme il arrive souvent, le français a fini par subir l’influence de l’anglais, comme le signale d’ailleurs Le Petit Robert des noms propres. Selon lui, Moyen-Orient peut aussi comprendre les pays du Croissant fertile, ceux de la péninsule d’Arabie, la Turquie, le Pakistan, l’Iran, l’Afghanistan, la Libye et l’Égypte. Bref, Proche-Orient perd toute pertinence, puisqu’il est phagocyté par la notion de Moyen-Orient élargi.

La confusion est encore plus grave en français, car bon nombre de rédacteurs et de publications utilisent Proche-Orient, lorsqu’il est question du conflit israélo-arabe, tandis que d’autres parlent de Moyen-Orient. Or, cette dernière région n’englobait pas, jusqu’à tout récemment, les pays du pourtour de la Méditerranée. Apparemment, il faudra s’y faire.

Autres articles :

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L’antisémitisme

Le conflit au Proche-Orient est devenu un prétexte commode pour répandre la haine des Juifs. La gauche pro-Palestine aussi bien que l’extrême droite traditionnelle ne s’en privent pas. Les propos et les actes antisémites se multiplient et la politique radicale du gouvernement Nétanyahou ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Antisémitisme est un bien vilain mot, non seulement par le phénomène qu’il décrit que par son étymologie. La haine des Juifs est malheureusement très courante et ceux qui l’entretiennent visent précisément le peuple que l’on qualifiait jadis d’israélite, autre terme qui peut être péjoratif.

Au commencement était le verbe. Haïr, détester un peuple appelle normalement le suffixe « phobe » : francophobe, anglophobe, etc. Curieusement, la haine des Juifs a donné antisémitisme, que l’on peut considérer comme une impropriété. Si l’on décompose l’expression, on peut lire « contre les Sémites ». Or, les Sémites sont un ensemble de peuples du Proche-Orient ayant parlé dans l’Antiquité des langues sémitiques, notamment les Hébreux et les Arabes. Bref, ce mot ratisse large.

Nous avons donc une impropriété, car l’antisémitisme vise spécifiquement les Juifs, et non les Arabes. Il rejoint les rangs de mots comme Américains, largement accepté pour désigner les habitants des États-Unis, mais incorrect. Mais tenter de lui substituer ÉtatsUniens suscite un déluge de réticences, bien qu’il soit parfaitement correct.

Par quoi pourrait-on alors remplacer antisémitisme?

Il serait plus approprié de parler de judéophobie, que le Larousse définit comme l’« hostilité systématique à l’égard des Juifs ». Cependant, la judéophobie est une épidémie de sauterelles sur le plan linguistique, car elle peut englober la haine des Juifs, tout comme l’antijudaïsme ou l’antisionisme, qui sont des phénomènes d’un autre ordre.

Je reviens au mot Israélite. Il désignait autrefois le peuple de l’Israël biblique; de nos jours, il peut remplacer le mot Juif, mais, attention, il est souvent employé par les judéophobes.

Et qu’en est-il des Hébreux? Les Israéliens, les habitants d’Israël, parlent l’hébreu, mais on ne peut les appeler Hébreux pour autant. Les Hébreux étaient dans des temps anciens un peuple sémitique chassé de ses terres par les Romains.

Prochain article : Proche et Moyen Orient

Les surnoms géographiques

Les surnoms que l’on attribue aux pays, villes et continents relèvent souvent de la plus grande poésie. La Sublime Porte, cela vous dit quelque chose? Il s’agit d’Istanbul, ancienne capitale de ce que l’on appelait prosaïquement l’Homme malade de l’Europe, c’est-à-dire l’Empire ottoman, devenu ensuite la Turquie.

Les rédacteurs trempaient parfois leur plume d’oie dans un encrier empli d’eau de rose.

  • Le Trône du Chrysanthème : le Japon
  • La Verte Érin : l’Irlande
  • Le Toit du Monde : le Tibet
  • Le Pays du Matin calme : la Corée
  • Le Céleste Empire ou encore l’Empire du Milieu : la Chine

Toutefois, certains surnoms étaient nettement plus terre à terre, et même quelque peu agressifs :

  • La Perfide Albion : l’Angleterre
  • La Plat Pays : la Belgique
  • La Botte : l’Italie
  • L’Hexagone : la France

Bon nombre de référents reviennent, sans doute à cause de leur puissance évocatrice :

  • La Perle du Danube : Budapest
  • La Perle de l’Orient : Alexandrie
  • La Perle de l’Adriatique : Dubrovnik

Venise, la Cité des Doges, a donné son nom à des cousines elles aussi traversées par des cours d’eau, généralement des canaux.

  • La Venise du Nord : Amsterdam, Bruges, Saint-Pétersbourg, Stockholm (la concurrence est féroce!)
  • La Venise de l’Orient : Bangkok

Idem pour Paris :

  • Le Paris du Moyen-Orient : Beyrouth
  • Le Paris de l’Orient : Shanghai

Les villes, que l’on appelle parfois cité, sont également une source d’inspiration infinie. Ceux qui ont visité la splendide ville de Boston ont sûrement remarqué le grand nombre de collèges et d’universités qu’elle abrite, d’où son surnom d’Athènes de l’Amérique. Les voyageurs qui découvrent avec ravissement Vancouver seront d’accord avec l’appellation de Jardin du Pacifique. N’appelle-t-on pas aussi Montréal la Ville aux Cents Clochers? Elle partage toutefois ce surnom avec Rouen, en France, et Prague.

Voici d’autres cités qui ont le droit de cité…

  • La Cité de la Joie : Calcutta
  • La Cité du Lys : Florence
  • La Cité des Papes : Avignon
  • La Cité de l’Amour fraternel : Philadelphie

Une lectrice me signale que les Maoris appellent la Nouvelle-Zélande le Pays des longs nuages blancs.

Les lecteurs qui veulent en savoir plus liront avec intérêt une page Web que j’ai préparée à ce sujet : http://pages.videotron.com/ara17/.

 

 

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