Archives de catégorie : traduction

Passé date

Le lait est suri, il est passé date. C’est ce qu’on entend couramment au Québec et au Canada français. Je ne suis pas certain que nos amis européens, africains ou asiatiques comprendraient. Passé date n’est pas français, c’est du franglais caillé.

L’expression serait un amalgame de deux phrases en en anglais : past due et out of date.

En clair, le lait a dépassé sa date de péremption, sa date de conservation. Bref, il est périmé.

Démodé

L’expression s’emploie aussi au sens de démodé. « Selon le contexte, on la remplacera entre autres par les expressions ou les termes suivants : dépassé, passé, vieux, vieilli, archaïque, démodé, ancien, etc. », nous l’Office québécois de la langue française.

Roland Garros en anglais

Le tournoi Grand Chelem de Roland Garros, à Paris, nous ramène à une réalité linguistique brutale : la domination de l’anglais dans le monde du sport.

Tout d’abord une belle surprise de constater que les arbitres donnent le pointage en français, soit la langue du pays où est présenté le tournoi. C’est habituellement ainsi dans les autres pays : en Espagne les arbitres indiquent le score en espagnol. Toutefois, il arrive assez souvent que le pointage soit également dit en anglais.

Parler français demande un effort spécial de la part des arbitres qui représentent plusieurs nationalités. Il faut apprendre certains nombres (15, 30, 40), des chiffres allant de 1 à 6, et au-delà. Ensuite certaines expressions doivent aussi être maitrisées, comme égalité, avantage.

Un milieu international

Le plus souvent, les joueurs et joueuses de diverses nationalités s’expriment en anglais, qu’elles soient polonaises, comme Iga Świątek, ou biélorusses comme Aryna Sabalenka. Certains joueurs sont polyglottes. Pensons à Novak Djokovic qui parle l’anglais et le français, en plus de l’allemand et de l’italien; pensons aussi aux deux sœurs Williams, Serena, qui parlait français et Venus, qui maitrisait l’italien.

La grande vedette de Roland-Garros est incontestablement Rafael Nadal. Le joueur espagnol, maintenant retiré, parlait bien l’italien et un peu le français. Son anglais, par ailleurs, était abominable, rappel des efforts que doivent consentir les joueurs pour le parler.

Néanmoins, qu’on le veuille ou non, la lingua franca au tennis est l’anglais. C’est ainsi que l’Italien Jannik Sinner arrive à converser avec le norvégien Casper Ruud.

Lingua franca ou pas, il est quand même déplorable de constater que le site officiel rolandgarros.com est en anglais; idem pour le compte X @rolandgarros. Mais que voulez-vous, l’anglais est bel et bien la langue de communication du tennis international.

Comble de tout, le commanditaire du tournoi, BNP Parisbas, possède un site, We are tennis, dont le titre est anglais lui aussi. Heureusement, le contenu est en français… du moins pour l’instant.

Petite consolation : un arbitre a annoncé un jeu décisif au lieu de l’agaçant tie-break annoncé au tableau. Un petit smash aux anglophiles.

Penser en dehors de la boite

« Penser en dehors de la boite » est l’un des calques de l’anglais les plus hideux qu’on puisse imaginer. On reconnait bien là la démarche de l’anglais, c’est-à-dire d’illustrer un concept abstrait par une image.

Certaines expressions imagées de l’anglais passent assez bien en français, comme « Le chat est sorti du sac. » On comprend aisément. Mais transposer Think outside the box en français, sans chercher à l’adapter, est une pure catastrophe. Penser en dehors d’une boite est un non-sens dans la langue de Vigneault.

Une journaliste du Devoir a pourtant plaqué l’expression en page éditoriale, incapable, semble-t-il, de la traduire. Ce n’était pourtant pas si compliqué.

  • Quelques idées.
  • Sortir des sentiers battus.
  • Penser autrement.
  • Sortir d’un cadre précis.
  • Innover.
  • Prendre du recul.
  • Voir plus grand.
  • Être créatif, original.
  • Penser différemment du lot.
  • Sortir des schémas établis.
  • Faire preuve d’imagination.
  • Voilà, il aurait suffi de faire preuve d’imagination. Et de cesser de croire que l’anglais est plus expressif, alors que le français est sans ressource. C’est cela penser différemment.

Avoir des dents

Laquelle des expressions suivantes est un anglicisme?

  1. Avoir les dents longues.
  2. Se casser les dents.
  3. Montrer les dents.
  4. Avoir des dents.
  5. Avoir une dent contre quelqu’un.
  6. Quand les poules auront des dents.

Un jeune Turc peut avoir les dents longues : il est ambitieux. Mais il peut aussi se casser les dents, c’est-à-dire échouer. S’il est agressif, il montrera les dents et pourra même avoir une dent contre un adversaire. Il reconnaitra ses torts seulement quand les poules auront des dents, c’est-à-dire jamais.

Bien sûr, il a des dents, comme tout le monde. Mais une loi, une série de mesures ne peuvent pas avoir des dents en français. En anglais, si. Évidemment, la traductrice paresseuse (ou son pendant masculin) accouchera d’un retentissant « avoir du mordant », ce qui rejoint l’expression anglaise, et se voudra rassurant pour ceux qui craignent comme la peste de s’éloigner de l’anglais – c’est ce que l’anglais dit, après tout…

Une loi efficace et renforcée permettra au gouvernement de combattre la criminalité, par exemple. La nouvelle loi augmentera la capacité du gouvernement, elle l’habilitera maintenant à répondre plus énergiquement à tel problème. La loi en question est plus rigoureuse, elle plus contraignante.

Annulez donc votre rendez-vous chez le parodontiste et pratiquez un français plus incisif.

À moins d’avoir une dent contre la langue française.

Liker

Une de vos amies poste un statut dans Facebook ou partage un tweet dans X. Vous êtes d’accord avec elle et vous cliquez sur le petit cœur. Vous avez liké son statut.

Relisez bien le paragraphe précédent. Les mots en italique viennent de l’anglais. En fait, une grande partie de ce qui se dit dans le monde de l’informatique et des médias sociaux vient de l’anglais. De nos jours, des mots comme ordinateur, logiciel, téléchargement, sauvegarde seraient énoncés en anglais, sous prétexte que ce sont des termes américains intraduisibles. Ah, cette Amérique mythique.

Je ne reviendrai pas une autre fois sur l’anglicisation de la France. Choose France, comme ils disent.

Liker

Quand on like un message, on l’apprécie, on l’approuve, on l’aime, on est d’accord avec la personne qui l’a écrit. Vous réagissez à ce message, bien que ce verbe réagir soit quelque peu ambigu. Disons que vous réagissez positivement.

Le rédacteur désabusé peut toujours baisser pavillon et utiliser le verbe liker, bel et bien intégré au vocabulaire français et paradant sans vergogne dans le Robert et le Larousse.

Mais attention aux fautes de conjugaison; liker fait nous likâmes au passé simple de la deuxième personne du pluriel. C’est ce que précisent les dictionnaires. Je ne like pas du tout.

Game changer

Les anglophones nord-américains font souvent référence au sport lorsqu’ils s’expriment. Notamment quand ils disent qu’un évènement est un game changer. Dans le cas présent, le plus anglomaniaque des rédacteurs ou traducteurs ne peut vraiment pas calquer l’anglais sans se couvrir de ridicule : changeur de jeu. À moins d’être dans le champ gauche…

Si on reste dans le domaine des sports, on pourrait dire que le circuit de Guerrero a changé le cours de la partie. Appliquer cette métaphore dans un autre contexte est quelque peu forcé. « Les mesures de sécurité renforcées pour les députés ont changé la partie. » Voilà qui est très artificiel. Balle fausse.

Il serait plus naturel de dire qu’attribuer des gardes du corps aux députés est un tournant; cela change les choses (du tout au tout). Voilà qui change les règles du jeu. Il s’agirait ici d’un changement majeur/clé qui donnera un second souffle à la sécurité des élus.

Changer la façon de faire est parfois nécessaire. Au Québec, l’adoption de la Charte de la langue française a changé la donne; un grand évènement qui a transformé le paysage linguistique de notre nation.

Les rédacteurs soucieux ne veulent pas botter en touche. Carton jaune pour game changer et ses dérivés douteux. Tenter le plus souvent de s’affranchir de la logique de l’anglais nous évite d’être mis hors-jeu.

Initier

Le verbe initier revêt un sens quelque peu mystique lorsqu’il s’agit d’amener une personne à accéder à un niveau de connaissance supérieur. (Par exemple en lisant ce blogue!) Les sociétés secrètes, par exemple, initient les nouveaux venus. Mais les facultés universitaires et les équipes de hockey aussi.

Le verbe en question a également un autre sens : celui d’entreprendre quelque chose. Il est souvent frappé d’interdit par les amoureux de la langue française, qui y voient un anglicisme. C’est notamment le cas du Multidictionnaire de la langue française et du Dictionnaire des anglicismes de Colpron. La Vitrine de la langue française le considère comme un emprunt.

Alors, anglicisme ou pas? Il est bien possible que le mot ait pénétré le français sous l’influence de l’anglais, ce que les dictionnaires courants ne signalent pas. À cet effet, il faut prendre en considération qu’initier mot vient du latin initium, qui signifie « commencer ».

Et qu’est-ce qu’une initiative, sinon l’action d’une personne qui entreprend quelque chose? Refuser initier dans le sens d’organiser une activité revient à découpler le verbe et le substantif, une absurdité que l’on voit parfois en français. Voir mon article à ce sujet.

En somme, il y a une certaine logique à employer initier dans un sens élargi, mais il faut toujours garder en tête qu’on n’est pas obligé de le faire. Des verbes comme entreprendre, commencer, lancer, etc. peuvent très bien faire l’affaire.

Survivre en français II

4. La montée des eaux

Le gouvernement du Québec reconnait que la situation est alarmante. Il a tout d’abord fait adopter une loi pour renforcer la Charte de la langue française. Cette charte, couramment appelée « loi 101 », a été le fer de lance d’une refrancisation considérable du Québec, particulièrement à Montréal, dans les décennies 70 et 80.

Mais depuis lors, c’est la montée des eaux. Un phénomène qui indiffère certains commentateurs, notamment un qui disait il y a quelques années dans un livre qu’il n’y avait aucun problème de français à Montréal… Un autre, anglophone, qui soutient que le nombre absolu de francophones au Québec augmente et que, par conséquent, le français n’est pas du tout menacé, même si la proportion de francophones diminue…

Pourtant, rien qu’à voir on voit bien, comme on dit chez nous. Mes derniers séjours à Montréal m’ont permis de constater qu’on entend de l’anglais partout, même dans les quartiers francophones. Quelques exemples : la rue Saint-Denis, au cœur du Quartier latin; aux alentours de l’immeuble de Radio-Canada, dans l’est de la ville.

Dans des écoles françaises, des élèves parlent très souvent anglais entre eux. Ils carburent à la culture populaire Tik Tok qui est fortement anglicisée. Le français? Ils s’en fichent, du moment que tout le monde se comprend.

Dans ma ville de Gatineau, on constate l’implantation de plus en plus importante d’anglophones de l’Ontario qui achètent des maisons moins chères que dans la capitale fédérale voisine, Ottawa. Je n’ai rien contre la venue d’anglophones dans mon quartier, mais ils se comportent à Gatineau exactement comme s’ils étaient en Ontario. Sans gêne, ils refusent de dire un mot de français, même si certains l’ont appris à l’école. Ils veulent être servis dans leur langue dans les commerces francophones. C’est pour eux une question de principe. Rappelons qu’à Ottawa il est extrêmement difficile d’être servi en français.

Résultat : mon propre quartier s’anglicise tranquillement et il en va de même dans le reste de la ville. Le phénomène inquiète certaines personnalités politiques de la ville, mais comment réagir?

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que le gouvernement du Québec ait lancé une autre initiative pour assurer la survie du français au Québec. Le gouvernement a présenté un plan d’action pour inverser le déclin du français. On peut se demander si cela sera suffisant. Encore faut-il que la population suive.

5. Les Québécois et l’immigration

Il clair que le Québec tout comme le reste du Canada devient multiethnique, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. La principale différence tient au fait que la diversification de la population est devenue au Canada anglais un véritable dogme politique, société post-nationale oblige. Il faut à tout prix augmenter la population et atteindre les 100 millions d’habitants, comme si la politique d’immigration n’était rien d’autre qu’un chiffre magique. Atterrant. Le gouvernement fédéral ne parle jamais d’intégration, un concept raciste pour certaines personnes qui se disent progressistes. D’ailleurs, pourquoi chercher à intégrer les gens si nous vivons dans une société sans identité nationale?

Mais les faits sont têtus. Accueillir tout ce beau monde, notamment des étudiants étrangers, devient un problème explosif et force la réflexion. L’impensable se produit : le Canada anglais commence à discuter d’immigration, mais du bout des lèvres. Comment loger tous les nouveaux arrivants alors qu’il y a une crise du logement? Je vous laisse réfléchir sur la réponse géniale du ministre de l’Immigration : faire venir plus de monde pour construire des logements qui sont en nombre insuffisant parce qu’on a trop de monde.

Un ancien journaliste de Radio-Canada me disait que le débat sur la politique d’immigration restait encore à faire au Canada anglais. On peut même se demander s’il vient véritablement de commencer.

Un monde de différence avec le Québec, cette société raciste arriérée, selon le Canada anglais. Il faut dire que c’est dérangeant d’avoir ce voisin francophone buté qui tient à protéger son identité nationale. Quand on vit dans une société obsédée par la diversité et les droits individuels, il est difficile de comprendre que le peuple d’à côté souhaite intégrer harmonieusement ses nouveaux venus. Tout effort d’intégration devient donc du « racisme systémique ». Comme si une société n’était rien d’autre que la simple superposition de droits individuels.

Soyons clair, il y a effectivement des gens racistes au Québec qui voient dans l’immigration une menace. Ce sont souvent des personnes nostalgiques d’un Québec pure laine dans lequel les seuls immigrants tolérables étaient des Italiens et des Grecs. Ils ne veulent pas voir l’apport des populations haïtiennes ou africaines au Québec. Ce sont pourtant nos frères francophones. Et n’oublions pas les gens du Maghreb qui parlent eux aussi notre langue.

Les immigrants ne sont pas nos ennemis. Ils ne sont pas responsables des politiques insensées imposées par le gouvernement fédéral au Québec. L’immense majorité des immigrants ne veut rien d’autre qu’une vie meilleure. Mais il faut rester vigilant. Il y a des minorités bruyantes qui défendent un programme politico-religieux évident. Ils lancent des appels au meurtre et les autorités fédérales semblent incapables de réagir. Rappelons-le, ces gens ne représentent pas leur peuple.

6. Les Quebs

Les médias ont signalé ce nouveau phénomène dans les écoles québécoises : le mépris qu’affichent des élèves issus de l’immigration envers les francophones de souche. Ils nous appellent les Quebs.

Comment expliquer que des élèves de diverses origines en viennent à nous mépriser ainsi? Il y a deux réponses à cette question.

Premièrement, la politique canadienne de multiculturalisme. Si on leur présente le Canada comme une mosaïque, alors faut-il se surprendre que certains d’entre eux se sentent peu intéressés à se joindre à la majorité francophone? La glorification des minorités peut avoir des effets pervers.

Deuxièmement, il faut hélas mentionner le manque de fierté collective des francophones de souche. J’en ai parlé dans plusieurs de mes billets antérieurs. On est fier d’être francophone, dit-on, mais à la condition de parler notre belle langue n’importe comment. Écoutez autour de vous : manque de vocabulaire généralisé; syntaxe bancale, des phrases construites n’importe comment; des mots anglais à tout bout de champ, même chez les artistes qui devraient défendre notre langue sans compromis (stage, one-man show, etc.). Mais surtout l’indifférence générale, le refus de se corriger; des médias qui répandent de mauvais usages, etc.

Un nouvel arrivant ne met que quelques mois pour mesurer notre désinvolture. Les francophones apparaissent vite comme un peuple mou, qui se défend peu, qui manque d’assurance et de conviction. Il prétend être fier, mais, en réalité, il l’est très peu. Les gestes suivent rarement la parole.

L’immigrant sentira rapidement que l’anglais est la langue dynamique du continent, tandis que le français est déconsidéré, une langue de sous-culture. Beaucoup d’immigrants finiront par nous mépriser. Mais à qui la faute?

7. Survivre?

C’est dans ce contexte que se pose la question de la survie des francophones au Canada. Le recul constant du nombre de francophones dans notre pays est déjà préoccupant, tout comme la diminution graduelle du poids relatif du Québec à l’intérieur de la fédération canadienne.

La montée des eaux se poursuit; et si certains chroniqueurs s’en émeuvent, on ne peut pas dire qu’il y a un mouvement de masse observable au Québec. On s’habitue à reculer si tout se fait lentement. Surtout quand on déteste les controverses. Le peuple québécois francophone est décidément très différent de ses cousins français, pour qui les débats publics sont un art de vivre.

Le premier ministre Legault a déjà parlé de « louisianisation ». Certains trouvent qu’il dramatise. Moi pas. Les petits reculs finiront par s’accumuler et l’influence des francophones au Canada s’amenuisera. C’est aussi inévitable que la fonte des glaciers. Le taux d’assimilation des minorités francophones au Canada est déjà effarant et cette situation ne changera pas. Qu’arrivera-t-il le jour où le Québec deviendra une province de plus en plus insignifiante?

La Belle Province deviendra graduellement bilingue dans la réalité quotidienne. Les francophones sont maintenant minoritaires à Montréal et c’est très alarmant. Les Montréalais francophones ont l’impression de jouer dans un vieux film. Vous vous souvenez de cette de cette époque où des commerçants vous répondaient en anglais? Eh bien ça recommence. Dans bien des commerces on vous accueille en bilingual « Bonjour/Hi », quand ce n’est pas directement en anglais.

Comble de tout, d’autres régions vont s’angliciser tout doucement, comme c’est déjà le cas dans l’Outaouais. Les eaux continuent de monter.

Les francophones ne vont pas disparaitre au Québec. La question est de savoir quelle sera le rayonnement de la langue française, si le déclin du français se poursuit.

Tôt ou tard, les francophones québécois devront s’interroger sur l’avenir de leur société au Canada et sur le statut du Québec au sein de la fédération canadienne. Certains esprits machiavéliques souhaiterons l’invalidation de la Loi sur la laïcité de l’État par la Cour suprême, ce qui pourrait être un élément déclencheur et conduire à l’indépendance du Québec.

Personnellement, je doute que la Cour tranchera de façon radicale. Après tout, la disposition de dérogation dont s’est prévalu le gouvernement Legault est bel et bien inscrite dans la Constitution canadienne. Les juges feront probablement des remontrances au Québec, mais sans pouvoir invalider la loi. Mais, au fond, n’est-il pas un peu misérable de compter sur les turpitudes du voisin pour finir par prendre son destin en main? Si les Québécois veulent un jour rompre le lien fédéral, cela devrait être le fruit d’une réflexion sereine et non d’un geste de colère.

Allons-nous poursuivre notre déclin tranquille ou saurons-nous redresser la situation? La réponse à ces questions est dans chacun d’entre nous.

Survivre en français

Il est peut-être temps de réfléchir à l’avenir du français au Canada. Voici donc la somme de mes réflexions des derniers mois sur le sort qui attend notre belle langue. Ce billet en deux parties n’est pas une étude scientifique mais ma modeste analyse d’une situation que je juge de plus en plus préoccupante. Peut-être comme vous.

1. Le déclin du français

Depuis quelques mois, les francophones du Québec et du Canada sont alarmés par le recul marqué du français.

Selon le recensement de 2021, la proportion de francophones au Canada est passée de 22,2 pour cent en 2016 à 21,4 pour cent en 2021. Au Québec, le poids démographique des francophones est passé de 79 pour cent à 77,5 pour cent.

Bref, le français recule et cette réalité est de plus en plus perceptible dans certaines grandes villes. À l’extérieur du Québec c’est une tendance qu’on observe depuis des décennies.

Certains optimistes feront valoir qu’il n’y pas lieu de s’alarmer. Le français est une des langues officielles du Canada et la majorité des Québécois peuvent converser en français, peu importe leurs origines.

Pourtant, ces statistiques sont les arbres qui cachent la forêt.

  • 2. Un contexte canadien étrange

Les tiraillements entre le gouvernement d’Ottawa et celui de Québec mettent en évidence des visions très différentes, notamment en ce qui a trait à la laïcité. Le gouvernement fédéral a installé des salles de prière dans ses édifices et le dernier budget prévoit des prêts dits islamiques que, soit dit en passant, la majorité des musulmans canadiens n’a jamais demandés.

Un contexte constitutionnel étrange qui étonnerait un Français ou un Allemand. Officiellement, le Canada est un pays multiculturel. Le premier ministre Trudeau va même jusqu’à dire que nous sommes une société postnationale, c’est-à-dire un pays sans culture commune, une sorte de communauté de communautés.

Imagine-t-on le président français en train d’affirmer que la culture française n’est rien d’autre qu’une série de sous-cultures? Le chancelier allemand dire que la nation de Bismarck n’existe pas, en fait? Que ce sont les personnes d’origine turque ou syrienne qui donnent sa véritable identité à l’Allemagne?

Au Québec, on perçoit cette idéologie postnationale comme un autre moyen de banaliser l’existence des francophones au Canada. Pour certains, il s’agit même d’un complot… Mais ce qu’on ne perçoit pas très bien, c’est que l’idéologie en question est aussi une véritable gifle pour le Canada anglais. Après tout, c’est bien lui qui a donné au Canada ses institutions britanniques; qui a créé une société bien plus humaine et compatissante que celle de ses voisins du sud. Mais voilà, le Canada anglais n’est plus qu’une communauté parmi d’autres.

Dire que le Canada est postnational, c’est aussi biffer l’apport des Premières Nations, ravalées elles aussi au rang de spectatrices dans une société soudain privée de compas.

Le multiculturalisme et la société postnationale ont marqué le recul du français au Canada. La gouverneure générale, qui représente le roi anglais au Canada, est la première depuis des lustres à ne pas parler français. Elle a été choisie par Justin Trudeau, et est toujours aujourd’hui incapable de parler français. C’est à mon sens très symbolique.

  • 3. Le déclin de la francophonie

Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, je manifestais un certain optimisme quant à l’avenir de la langue française. L’Afrique, notamment, allait assurer la pérennité de la langue de Gilles Vigneault. Il semble que j’avais tout faux.

Le français va mal, très mal nous dit le lexicographe québécois Lionel Meney, qui vient de faire paraitre un livre, Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais.

Selon Meney, il ne faut pas se laisser leurrer par les chiffres avancés par l’Organisation internationale de la francophonie, qui compte 321 millions de francophones dans le monde. Pour le lexicographe, ce nombre n’est qu’illusion; les Africains qu’on considère francophones parlent en réalité une langue nationale. En Haïti, on parle certes le français, mais la population utilise surtout le créole.

Le lexicographe estime le nombre réel de francophones à tout juste 84 millions de personnes, pas un de plus. Par conséquent, il est illusoire de penser que la population francophone atteindra 767 millions de personnes d’ici 2065.

Certains critiqueront les assertions de Meney. Tout dépend comment on définit un francophone et il y a là un vaste débat. Néanmoins, il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de la francophonie, D’ailleurs n’oublions pas la déclaration de la ministre canadienne des Langues officielles, Ginette Petitpas-Taylor :

Le français est menacé au Canada, y compris au Québec.

Ce qui n’aide vraiment pas dans tout cela, c’est l’indifférence de la France et des Français. L’Hexagone s’est donné le président le plus anglicisant de son histoire. Les commerçants ont sombré dans un délire anglomaniaque en multipliant les raisons sociales en anglais, que ce soit pour une boulangerie ou une parfumerie. Le vocabulaire de l’informatique n’est pratiquement plus traduit et tout phénomène social inédit est généralement exprimé en anglais. Un exemple : shrinkflation au lieu de réduflation. Et que dire de la Fashion Week de Paris (City)?

Meney n’est guère optimiste : « Si la bataille du français se perd en France, qu’est-ce qui va rester pour le Québec, en Amérique du Nord ? Ce sera difficile… »

Bref, on pense de plus en plus en anglais, même en France.

Prochain article : les politiques du gouvernement Legault, l’immigration et une louisianisation annoncée

Laisser savoir

« Je vais vous laisser savoir quand j’aurai pris ma décision. »

Phrase innocente, tout à fait normale qu’on pourrait entendre n’importe quand au Québec et au Canada français sans que personne ne tique. Sauf peut-être les personnes qui lisent cette chronique…

L’ennui, c’est qu’il y a anglicisme en la demeure. Une traduction littérale de let you know. Laisser savoir est un calque insidieux.

Pourtant, l’erreur est facile à corriger : « Je vais vous faire savoir quand j’aurai pris ma décision. » Et l’autre de répondre : « Oui, faites-moi savoir en temps et lieu. » Il aurait pu dire aussi informez-moi.

Dans certains contextes, faire savoir peut aussi se dire faire connaitre.

Le gestionnaire fera connaitre sa décision dans les prochains jours.

D’autres traductions

Les anglophones utilisent parfois inform, dans le sens de faire savoir.

I would like to inform the House…

Traduit par : J’aimerais faire savoir à la Chambre…

Let know peut aussi se traduire très simplement par dire.

Let me know when you’re ready: dites-moi quand vous serez prêt.