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La langue italienne

Un séjour de cinq semaines en Italie comporte des délices infinis. Le langagier qui a appris l’italien en vient à se laisser ensorceler par les délices de la langue de Dante.

Moins influencé par les langues germaniques que le français, plus étanche à l’arabe que l’espagnol, l’italien est la langue la plus proche du latin.

Comme les lecteurs le savent sans doute, l’italien a fortement influencé le français à l’époque de la Renaissance. À l’époque on s’en plaignait beaucoup. Certains y verront une analogie avec la popularité de l’anglais chez les francophones. Il y a toutefois une différence de taille : les mots italiens se sont fondus dans le paysage français pour devenir presque invisibles. Que l’on pense à balcon, pittoresque, fiasco, cantatrice, pantalon, opéra, bellissime, etc.

En fait, un grand nombre de mots italiens se comprennent facilement, tant ils ressemblent au français. Un francophone comprend aisément le sens général d’un texte italien simple.

Toutes ces considérations ne doivent cependant pas laisser croire que l’italien est une langue facile. D’ailleurs, certains diront qu’il n’y a pas de langue facile; pas même l’anglais.

Conjugaisons, subjonctif et genres

Comme le français, l’italien comporte son lot de verbes irréguliers dont il faut apprendre la conjugaison. Le subjonctif existe aussi, et il n’est pas toujours employé de la même façon.

Bribe de conversation entendue dans la rue : « Me dice que sia amoroso. » Traduction : « Il me dit qu’il est amoureux. » L’italien emploie logiquement un subjonctif, puisqu’il y a un doute sur les réelles intentions du soupirant. En français, on imagine mal : « Il me dit qu’il soit amoureux. » Le doute est exprimé autrement.

Comble de malheur, l’imparfait du subjonctif obéit aux règles de concordances des temps; il est donc employé couramment.

Là où le français emploie l’imparfait (Si j’avais su), l’italien recourt à l’imparfait du subjonctif (Se io avessi saputo, et non Se io avevo saputo).

Pour mettre un peu de piment dans la sauce, ajoutons que les genres ne concordent pas toujours. La fleur est masculine en italien : il fiore. Dolore, colore sont aussi masculins…

Les faux amis

Les francophones du Canada subissent les traquenards des faux amis de l’anglais. Ils sont encore plus nombreux en italien, latinité oblige.

Commençons par les grands classiques.

Si un Italien vous dit qu’il ne peut pas vous sentir, il veut dire sentire, qui signifie entendre. Si votre ami veut salire du cinquième piano, ne craignez rien, il veut tout simplement sortir de son appartement situé au cinquième étage.

En italien, un piano (instrument de musique) se dit piano forte.

Allons au ristorante. Attention à cette appellation en Italie, car elle désigne un établissement de classe, à distinguer de l’osteria, qui ressemble davantage à un bistrot.

Le Nord-Américain risque d’être décontenancé par le menu. On y propose des antipasti (hors-d’œuvre), des primi piatti (entrées) et des secondi piatti (plats principaux). Ceux-ci s’accompagnent de contorni… De quels contours s’agit-il? Des légumes d’accompagnement.

Bien sûr, un bon repas s’accompagne de vin. Le serveur demandera qui veut l’assagiare. Personne ne veut s’assagir – surtout pas en buvant du vin ! Il cherche un goûteur, tout simplement. La boisson servie n’a rien à voir avec le vin de messe, même s’il est versé dans un calice, soit un verre sur pied.

Traverser une rue à Rome demande un certain courage. C’est encore plus périlleux à Naples… Il faut dire que les automobilistes italiens prennent des libertés avec le code de la route… tout comme les piétons… et les cyclistes. Et je ne vous parle pas des scooters, appelés vespa.

Les Québécois se retrouveront en pays de connaissance en traversant un peu partout, dans le milieu de la rue… Les chances de survie du piéton augmentent légèrement lorsqu’il traverse au semaforo. Inutile de sortir la corne de brume, il s’agit tout simplement des feux de circulation.

Le francophone qui prend le train s’amusera en constatant qu’il est dans la carrozza due del binario tre. Nul carrosse d’apparat, ici, et rien de binaire non plus. Le voyageur prend son train au quai trois et voyage dans la voiture deux.

Malgré tout, l’italien n’est pas une fausse amie du français, mais plutôt une bonne amie : le francophone qui fait quelques efforts pour s’adresser aux Italiens dans leur langue sera récompensé par une grande amabilité.

 

 

Daech ou Daesh?

Les initiales arabes du groupe terroriste État islamique se prononcent Daech. C’est ce qu’on appelle un acronyme, soit un sigle qui se prononce comme un mot. Cet acronyme est la transcription des initiales du nom arabe que porte le groupe. Les noms arabes doivent être transcrits à la française, pour qu’ils soient prononcés correctement en français.

Écrire Daesh, comme le font certains francophones, est une erreur, puisqu’il s’agit d’une transcription à l’anglaise. Cette graphie n’a pas sa place en français.

Comme l’arabe ne s’écrit pas en caractères latins, il est de coutume de transcrire les sons de cette langue pour que les francophones les prononcent à peu près de la même manière. Or, le système de transcription, qu’on appelle translittération, n’est pas le même en français et en anglais.

En clair, c’est un peu comme si on écrivait Luxor (anglais) au lieu de Louqsor (français) et Aswan au lieu d’Assouan.

Le gouvernement du Canada vient de renoncer au titre État islamique et souhaite utiliser Daech, comme le fait le gouvernement français. On lira donc Daesh dans les textes anglais et Daech dans ceux des francophones.

C’est du moins ce que j’espère.

Banqueroute

Les dictionnaires font-ils banqueroute?

On pourrait le penser, car il y a clairement dissonance entre la définition stricte qu’ils donnent au terme banqueroute et l’usage courant.

Tout d’abord un peu d’étymologie. Banqueroute est la traduction calquée de banca rotta. En Italie, le comptoir d’un banquier qui faisait faillite était brisé, d’où l’expression « banc cassé ».

Un peu partout, on traite banqueroute comme un synonyme de faillite. Pourtant, tant le Robert que le Larousse, et d’autres ouvrages, définissent le mot comme une faillite délictueuse.

Il faut consulter le précieux Trésor de la langue française pour lire la définition suivante : « Impossibilité déclarée de faire face à ses engagements et de payer ce qu’on doit. » C’est le vocabulaire du droit qui introduit la notion de délit.

Étrangement, ce détail n’est pas signalé dans les grands ouvrages. Une banqueroute est par définition malhonnête, point à la ligne. Pourtant, dans l’immense majorité des cas, une banqueroute est une faillite.

Et cet usage n’est pas récent, puisque le Trésor signale l’adéquation banqueroute/faillite dès le XIXe siècle. Les grands dictionnaires se cramponnent donc à une définition largement démentie par l’usage.

Un autre cas de « crispation lexicale » dont j’ai déjà parlé : lors de, toujours associée à l’antériorité, alors que l’expression est utilisée pour le futur ou pour des énoncés intemporels.

Signalons, en terminant, que banqueroute a pris la signification d’échec total. D’où la première phrase de cet article…

Votre blogueur prend quelques semaines de vacance en Italie, où il espère ne pas faire banca rotta. Retour en octobre.

Tester positif

La pandémie chinoise reprend de la vigueur. Le président des États-Unis vient d’être déclaré positif à la covid-19. De nombreux membres de son entourage l’ont également attrapé. Karma, diront certains.

L’expression tester positif reprend du service, propagée par les médias français, qui semblent l’avoir adoptée, ainsi que par ceux du Canada. Le président américain, sa porte-parole Kayleigh McEnany et bien d’autres justiciers non masqués ont testé positif. 

Ainsi s’exprime-t-on en anglais. Mais comment le dire correctement en français?

L’Office québécois de la langue française nous offre plusieurs solutions :

  • Être déclaré positif;
  • Être positif;
  • Avoir subi un test positif;
  • Avoir subi un contrôle positif;
  • Avoir obtenu un résultat positif.

Dans le monde du sport, on pourra dire que tel athlète russe a eu un contrôle de dopage positif.

Il est donc très facile d’éviter de tester positif.

Record

Les journalistes, obnubilés par la tentation de l’hyperbole, n’en finissent de qualifier de toutes les manières le mot record, comme si ce dernier ne se suffisait pas à lui-même.

Allons-y gaiement. Un nouveau record, un record jamais égalé, un record absolu…

Beurk! Quelle méconnaissance de la sémantique.

Un record est par définition nouveau. Imaginez-vous un commentateur sportif dire que Rafael Nadal a établi un ancien record?

Usain Bolt a établi un record jamais égalé de 9,58 secondes au 100 mètres. Si c’est un record, c’est probablement qu’il n’a jamais été égalé. Si c’était un ancien record, on le dirait, non?

Un jour, peut-être, son record sera battu, pulvérisé, mais non brisé, qui est un anglicisme.

Alors pourquoi tout ce cafouillage?

Pourtant, le Robert est clair quand il définit un record : « Exploit sportif qui dépasse ce qui a été fait avant dans le même genre. »

Le détenteur du record est malheureusement appelé recordman, faux anglicisme, incompréhensible pour des anglophones.

Mis en apposition, record peut aussi servir d’adjectif. Par conséquent, il est logique de l’accorder : des bénéfices records.

Certains grammairiens estiment qu’il devrait être invariable, parce que le mot vient de l’anglais. Idem pour standard. Certains battent tous les records quand il s’agit de compliquer inutilement le français.

Vous trouverez dans ce blogue d’autres articles sur le sport :

Partis politiques

Un parti politique est une organisation et une organisation s’écrit habituellement avec la majuscule initiale. Vrai? Tout à fait.

Les partis politiques français sont eux aussi des organisations, dont le nom s’écrit le plus souvent en minuscule, surtout s’il comporte le générique parti.

Lire sur l’histoire dans les encyclopédies française nous permet d’assister à un défilé de formation anonymisées, comme le parti communiste français, le parti bolchevik. Pourtant, le PCF est bel et bien une organisation; écrire son nom en minuscule est absurde.

Que ce soit dans Le Monde ou dans L’Express, on assiste à une valse-hésitation entre Parti communiste et parti communiste. Les partis étrangers sont également frappés : Parti travailliste, parti travailliste.

En proie à une étrange pudeur, les journalistes hésitent à coiffer d’une majuscule une organisation qui, si elle était de nature commerciale, prendrait automatiquement la majuscule. Qui imagine des graphies comme general motors, hydro-Québec, électricité de France?

Heureusement, la logique est différente lorsqu’une formation politique porte un nom excluant le mot parti. Pensons aux Républicains de l’ancien président Nicolas Sarkozy. Le Rassemblement national de Marine Le Pen.

Alors, comment expliquer cette cohabitation dépassée entre titres énoncés avec la majuscule initiale et les autres tout en minuscule?

Le passé

Pendant longtemps, la pingrerie était à l’honneur. Voilà quelques décennies, les périodiques orthographiaient ainsi les formations politiques : parti socialiste, parti communiste, parti radical-socialiste. Les abréviations utilisées tenaient du rachitisme : p.s., p.c, p.r-s.

Depuis, l’usage s’est modernisé. Heureusement.

La presse française semble avoir abandonné cette fâcheuse habitude d’étêter les noms de partis. Pourtant, les noms tout en minuscules se voient encore assez souvent. Une simple recherche dans Google le démontre facilement.

Ces graphies désuètes et illogiques se perpétuent malheureusement quand il est question des États-Unis. Dans la presse française, on parle du parti républicain et du parti démocrate, alors qu’il serait logique d’écrire Parti républicain et Parti démocrate.

Les vieilles manies ont la vie dure…

La majuscule à l’honneur

Au Québec, on écrit depuis belle lurette ces noms avec la majuscule initiale. Que l’on pense au Parti québécois, au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique. Ici, aucune hésitation. On ne lira jamais dans nos journaux le nouveau parti démocratique. Triste façon de couper les ailes au NPD.

Les noms des partis étrangers sont eux aussi écrits avec la majuscule initiale. Et ils sont traduits la plupart du temps. Pensons aux formations suivantes : Parti national écossais; Congrès national africain, Union chrétienne-démocrate.

Certains partis gardent leur appellation originale, comme le Likoud, en Israël. Certains noms plus difficiles à traduire restent parfois en anglais, comme le Quami Watan Party, au Pakistan.

On se réfère parfois au nom original d’un parti, même si l’appellation est traduite en français. Par exemple le Parti travailliste est souvent appelé le Labour dans notre langue.

Les abréviations

Si les noms peuvent se traduire, il n’en est pas de même pour les abréviations. L’usage tend à conserver le sigle original. Ainsi, le parti d’Angela Merkel, l’Union chrétienne-démocrate, se décline CDU quand on veut l’abréger. Bien sûr, on pourrait forcer un peu la note et adopter UCD, mais il n’est pas certain que le public-cible suivrait.

Comme on le voit, les points abréviatifs ont disparu et toutes les lettres sont en majuscules.

Au Québec, on a choisi de créer des appellations à partir des sigles.

Le Parti québécois, abrégé PQ, a donné les péquistes. La Coalition avenir Québec a engendré les caquistes, appellation malheureuse, à mon avis.

Les partisans

Qui dit parti, dit partisans. Contrairement à ce que pensent bien des rédacteurs, on ne met pas de majuscule initiale : les démocrates américain, les socialistes belges, les libéraux-démocrates britanniques.

Turqueries

On dirait une sucrerie, n’est-ce pas?

On oublie souvent qu’avant de devenir la république d’aujourd’hui, la Turquie était une grande puissance appelée Empire ottoman. Cet empire est venu jadis mordre le flanc est de l’Europe et a été stoppé devant Vienne. Les soldats ottomans laissèrent derrière eux des sacs remplis de graines, dont on a tiré une décoction fameuse : le café!

L’image du Turc envahisseur a aussi pénétré la langue française et laissé derrière elle quelques expressions imagées.

À commencer par le mot « turquerie » lui-même, qui, à l’origine, signifiait dur et impitoyable.

Quelques expressions

Tête de Turc : être victime des railleries des autres.

Bain turc : bain bouillant. (Ne pas confondre avec une douche écossaise…)

Café turc : café noir servi avec le marc. (Hâte de voir comment Starbucks va le baptiser.)

Jeune Turc : un ambitieux.

Fort comme un Turc : personne très musclée

Si vous faites les choses à la turque, cela signifie que vous êtes assis ou accroupi. Les toilettes à la turque sont une révélation pour les visiteurs nord-américains!

Mots français venant du turc

Elle parfume le thé Earl Grey : la bergamote.

Les cavaliers s’en servent pour fouetter leur cheval : la cravache.

Fleur du printemps : la tulipe.

Pavillon de jardin ou lors d’une exposition : le kiosque.

 

 

Soudan du Sud

Les conflits n’en finissent plus de déchirer le continent africain.
Le Soudan du Sud en est un triste exemple. Cet État a fait sécession avec le Soudan tout court en 2011. Depuis lors, le pays est ravagé par une guerre civile larvée qui semble vouloir s’éterniser.
L’entrée dans le concert des nations du Soudan du Sud, parfois mal baptisé Sud-Soudan, a suscité quelques problèmes terminologiques. La tentation était forte d’énoncer le toponyme à l’anglaise était forte. Heureusement, le Sud-Soudan n’est pas entré dans l’usage, comme le fut jadis le Nord-Vietnam.
Le nom des habitants n’a toutefois pas été frappé de la même interdiction. Les Soudanais du Sud devraient normalement s’imposer, mais, dans ce cas-ci, c’est plutôt Sud-Soudanais qui s’est propagé. Il suit les traces de Sud-Africain et Nord-Coréen. Ainsi va le français.
La capitale est Djouba et non Juba, comme l’écrivent souvent les médias français.
C’est la graphie qui figure dans le Petit Larousse. Malheureusement la graphie anglaise Juba semble exercer un attrait irrésistible sur les médias. Des journaux français comme Le Monde et Le Figaro, ainsi que le québécois, Le Devoir ont du mal à fixer leur usage et se livrent à une valse-hésitation désolante.
La graphie d’une capitale ne devrait pas dépendre des préférences ou des humeurs d’un rédacteur.
D’ailleurs, un lecteur rappelait à l’ordre le Figaro en juin 2011 : « …l’appellation anglaise Juba est à éviter pour désigner la ville sud-soudanaise de Djouba, car la graphie anglaise ne correspond pas à la prononciation normale du nom de cette ville (en français, « djouba » doit s’écrire Djouba et non Juba). D’autres langues ont d’ailleurs adapté leur graphie à la prononciation du nom de cette ville, par exemple le polonais avec Dżuba. »
Il va sans dire que Le Figaro a fait la sourde oreille.
Ainsi va le français.

Le Larousse francise Détroit

Dans ce blogue, j’ai traité abondamment de la défrancisation des noms de villes étrangères dans les publications françaises.

Or le Petit Larousse donne maintenant priorité aux graphies Détroit, Saint-Louis et Bâton-Rouge dans son corpus. Pendant des décennies, cet ouvrage écrivait ces noms à l’anglaise, comme le fait d’ailleurs encore le Petit Robert des noms propres. Ces villes refrancisées rejoignent La Nouvelle-Orléans qui, elle, n’a jamais perdu ses galons.

Cette situation était très choquante pour les francophones parce toutes ces villes ont été fondées par des Français. On comprend aisément que les États-Uniens aient, en toute logique, choisi d’en angliciser la graphie. Mais les reprendre en français n’avait aucun sens.

D’autant plus que des explorateurs français ont sillonné le territoire états-unien et l’ont colonisé. Bon nombre de bourgades ont pris de l’expansion et portent toujours des noms français. Il suffit de lire une carte du pays pour découvrir les Montpelier, Racine, Juneau, Pierre, etc.

D’ailleurs, un grand nombre de toponymes américains ont été traduits. Avec l’Italie, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas, les États-Unis figurent au sommet des pays dont les noms sont traduits en français.

Pensons à la Nouvelle-Angleterre, aux États suivants : Nouveau-Mexique, Californie, Floride, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Pennsylvanie, Géorgie, Virginie, Louisiane.

Comme cela arrive souvent, les traductions ne sont pas toujours logiques. Si nous avons le Nouveau-Mexique, il nous faut composer avec le New Hampshire et le New Jersey. Cela sans compter l’État de New York.

Détail intéressant, la version 1934 du Petit Larousse écrivait New-York, graphie non reprise dans l’édition de 2017.

En terminant, petite question piège : Quelle est la seule ville des États-Unis dont le nom anglais est traduit en français? Réponse en fin de chronique.

***

Les lecteurs qui ont apprécié cet article liront avec intérêts mes deux billets précédents sur la défrancisation des noms de villes.

Réponse : Philadelphie.

Supporter

Trouvez-vous le mot supporter (prononcé supportaire) insupportable?

Eh bien, vous devrez vous habituer, car il est déjà entré dans les mœurs sportives. À moins que vous ne préfériez être un fan, diminutif de fanatique, qui nous vient aussi de l’anglais. Bien entendu, les amateurs falots diront partisans, mais là, vraiment, vous êtes des tièdes.

En français, le verbe supporter a un sens bien délimité : « Soutenir quelque chose, lui servir d’appui, d’assise. » nous indique le Petit Larousse. Il peut aussi avoir le sens de « Subir quelque chose en y résistant, en y faisant face. »

Nulle part ne voit-on ce verbe décliné dans un contexte sportif. J’ai déjà parlé de ce phénomène des mots orphelins : substantif et verbe concomitant n’ont pas exactement le même sens : spécifier, spécifique.

Comme cela est souvent le cas, le support anglais possède un champ sémantique autrement plus vaste que notre timide supporter. Ainsi, les anglophones peuvent supporter une autre personne (l’appuyer); ils peuvent aussi supporter une entreprise, une cause, etc. Il est donc logique pour eux de supporter une équipe de hockey ou de football.

De là vient le substantif supporter, repris en français. Certains l’écrivent supporteur.

Toutefois, le français se permet quelques variations en puisant dans d’autres langues : aficionado, tifosi. Quand le fanatisme devient violent, on parle même de hooligans.

Le premier mot est un legs de l’espagnol; il désigne un amateur de course de taureaux. Mais son emploi est beaucoup plus généralisé dans notre langue. On peut parler des aficionados du cigare, du whisky, par exemple.

Quant à tifusi, il désigne les partisans italiens de football et de cyclisme.

Les hooligans, eux, constituent un public encore plus ciblé. On parle ici de jeunes partisans violents qui se déchaînent lors de manifestations sportives, par des actes de vandalisme. On se souvient des tragiques évènements survenus en Belgique, il y a une trentaine d’années.

Les incidents d’aujourd’hui à Paris, pendant la période sacrée de l’Euro, viennent nous rappeler que ces tristes individus sévissent toujours. Soit dit en passant, hooligan peut aussi s’écrire houligan, mais attention à votre dentition!

Le tandem supporter (verbe) et supporter (substantif), nous rappelle l’influence déterminante, voire envahissante, de l’anglais dans le vocabulaire des sports.