Archives de catégorie : traduction

Record

Les journalistes, obnubilés par la tentation de l’hyperbole, n’en finissent de qualifier de toutes les manières le mot record, comme si ce dernier ne se suffisait pas à lui-même.

Allons-y gaiement. Un nouveau record, un record jamais égalé, un record absolu…

Beurk! Quelle méconnaissance de la sémantique.

Un record est par définition nouveau. Imaginez-vous un commentateur sportif dire que Rafael Nadal a établi un ancien record?

Usain Bolt a établi un record jamais égalé de 9,58 secondes au 100 mètres. Si c’est un record, c’est probablement qu’il n’a jamais été égalé. Si c’était un ancien record, on le dirait, non?

Un jour, peut-être, son record sera battu, pulvérisé, mais non brisé, qui est un anglicisme.

Alors pourquoi tout ce cafouillage?

Pourtant, le Robert est clair quand il définit un record : « Exploit sportif qui dépasse ce qui a été fait avant dans le même genre. »

Le détenteur du record est malheureusement appelé recordman, faux anglicisme, incompréhensible pour des anglophones.

Mis en apposition, record peut aussi servir d’adjectif. Par conséquent, il est logique de l’accorder : des bénéfices records.

Certains grammairiens estiment qu’il devrait être invariable, parce que le mot vient de l’anglais. Idem pour standard. Certains battent tous les records quand il s’agit de compliquer inutilement le français.

Vous trouverez dans ce blogue d’autres articles sur le sport :

Partis politiques

Un parti politique est une organisation et une organisation s’écrit habituellement avec la majuscule initiale. Vrai? Tout à fait.

Les partis politiques français sont eux aussi des organisations, dont le nom s’écrit le plus souvent en minuscule, surtout s’il comporte le générique parti.

Lire sur l’histoire dans les encyclopédies française nous permet d’assister à un défilé de formation anonymisées, comme le parti communiste français, le parti bolchevik. Pourtant, le PCF est bel et bien une organisation; écrire son nom en minuscule est absurde.

Que ce soit dans Le Monde ou dans L’Express, on assiste à une valse-hésitation entre Parti communiste et parti communiste. Les partis étrangers sont également frappés : Parti travailliste, parti travailliste.

En proie à une étrange pudeur, les journalistes hésitent à coiffer d’une majuscule une organisation qui, si elle était de nature commerciale, prendrait automatiquement la majuscule. Qui imagine des graphies comme general motors, hydro-Québec, électricité de France?

Heureusement, la logique est différente lorsqu’une formation politique porte un nom excluant le mot parti. Pensons aux Républicains de l’ancien président Nicolas Sarkozy. Le Rassemblement national de Marine Le Pen.

Alors, comment expliquer cette cohabitation dépassée entre titres énoncés avec la majuscule initiale et les autres tout en minuscule?

Le passé

Pendant longtemps, la pingrerie était à l’honneur. Voilà quelques décennies, les périodiques orthographiaient ainsi les formations politiques : parti socialiste, parti communiste, parti radical-socialiste. Les abréviations utilisées tenaient du rachitisme : p.s., p.c, p.r-s.

Depuis, l’usage s’est modernisé. Heureusement.

La presse française semble avoir abandonné cette fâcheuse habitude d’étêter les noms de partis. Pourtant, les noms tout en minuscules se voient encore assez souvent. Une simple recherche dans Google le démontre facilement.

Ces graphies désuètes et illogiques se perpétuent malheureusement quand il est question des États-Unis. Dans la presse française, on parle du parti républicain et du parti démocrate, alors qu’il serait logique d’écrire Parti républicain et Parti démocrate.

Les vieilles manies ont la vie dure…

La majuscule à l’honneur

Au Québec, on écrit depuis belle lurette ces noms avec la majuscule initiale. Que l’on pense au Parti québécois, au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique. Ici, aucune hésitation. On ne lira jamais dans nos journaux le nouveau parti démocratique. Triste façon de couper les ailes au NPD.

Les noms des partis étrangers sont eux aussi écrits avec la majuscule initiale. Et ils sont traduits la plupart du temps. Pensons aux formations suivantes : Parti national écossais; Congrès national africain, Union chrétienne-démocrate.

Certains partis gardent leur appellation originale, comme le Likoud, en Israël. Certains noms plus difficiles à traduire restent parfois en anglais, comme le Quami Watan Party, au Pakistan.

On se réfère parfois au nom original d’un parti, même si l’appellation est traduite en français. Par exemple le Parti travailliste est souvent appelé le Labour dans notre langue.

Les abréviations

Si les noms peuvent se traduire, il n’en est pas de même pour les abréviations. L’usage tend à conserver le sigle original. Ainsi, le parti d’Angela Merkel, l’Union chrétienne-démocrate, se décline CDU quand on veut l’abréger. Bien sûr, on pourrait forcer un peu la note et adopter UCD, mais il n’est pas certain que le public-cible suivrait.

Comme on le voit, les points abréviatifs ont disparu et toutes les lettres sont en majuscules.

Au Québec, on a choisi de créer des appellations à partir des sigles.

Le Parti québécois, abrégé PQ, a donné les péquistes. La Coalition avenir Québec a engendré les caquistes, appellation malheureuse, à mon avis.

Les partisans

Qui dit parti, dit partisans. Contrairement à ce que pensent bien des rédacteurs, on ne met pas de majuscule initiale : les démocrates américain, les socialistes belges, les libéraux-démocrates britanniques.

Turqueries

On dirait une sucrerie, n’est-ce pas?

On oublie souvent qu’avant de devenir la république d’aujourd’hui, la Turquie était une grande puissance appelée Empire ottoman. Cet empire est venu jadis mordre le flanc est de l’Europe et a été stoppé devant Vienne. Les soldats ottomans laissèrent derrière eux des sacs remplis de graines, dont on a tiré une décoction fameuse : le café!

L’image du Turc envahisseur a aussi pénétré la langue française et laissé derrière elle quelques expressions imagées.

À commencer par le mot « turquerie » lui-même, qui, à l’origine, signifiait dur et impitoyable.

Quelques expressions

Tête de Turc : être victime des railleries des autres.

Bain turc : bain bouillant. (Ne pas confondre avec une douche écossaise…)

Café turc : café noir servi avec le marc. (Hâte de voir comment Starbucks va le baptiser.)

Jeune Turc : un ambitieux.

Fort comme un Turc : personne très musclée

Si vous faites les choses à la turque, cela signifie que vous êtes assis ou accroupi. Les toilettes à la turque sont une révélation pour les visiteurs nord-américains!

Mots français venant du turc

Elle parfume le thé Earl Grey : la bergamote.

Les cavaliers s’en servent pour fouetter leur cheval : la cravache.

Fleur du printemps : la tulipe.

Pavillon de jardin ou lors d’une exposition : le kiosque.

 

 

Soudan du Sud

Les conflits n’en finissent plus de déchirer le continent africain.
Le Soudan du Sud en est un triste exemple. Cet État a fait sécession avec le Soudan tout court en 2011. Depuis lors, le pays est ravagé par une guerre civile larvée qui semble vouloir s’éterniser.
L’entrée dans le concert des nations du Soudan du Sud, parfois mal baptisé Sud-Soudan, a suscité quelques problèmes terminologiques. La tentation était forte d’énoncer le toponyme à l’anglaise était forte. Heureusement, le Sud-Soudan n’est pas entré dans l’usage, comme le fut jadis le Nord-Vietnam.
Le nom des habitants n’a toutefois pas été frappé de la même interdiction. Les Soudanais du Sud devraient normalement s’imposer, mais, dans ce cas-ci, c’est plutôt Sud-Soudanais qui s’est propagé. Il suit les traces de Sud-Africain et Nord-Coréen. Ainsi va le français.
La capitale est Djouba et non Juba, comme l’écrivent souvent les médias français.
C’est la graphie qui figure dans le Petit Larousse. Malheureusement la graphie anglaise Juba semble exercer un attrait irrésistible sur les médias. Des journaux français comme Le Monde et Le Figaro, ainsi que le québécois, Le Devoir ont du mal à fixer leur usage et se livrent à une valse-hésitation désolante.
La graphie d’une capitale ne devrait pas dépendre des préférences ou des humeurs d’un rédacteur.
D’ailleurs, un lecteur rappelait à l’ordre le Figaro en juin 2011 : « …l’appellation anglaise Juba est à éviter pour désigner la ville sud-soudanaise de Djouba, car la graphie anglaise ne correspond pas à la prononciation normale du nom de cette ville (en français, « djouba » doit s’écrire Djouba et non Juba). D’autres langues ont d’ailleurs adapté leur graphie à la prononciation du nom de cette ville, par exemple le polonais avec Dżuba. »
Il va sans dire que Le Figaro a fait la sourde oreille.
Ainsi va le français.

Le Larousse francise Détroit

Dans ce blogue, j’ai traité abondamment de la défrancisation des noms de villes étrangères dans les publications françaises.

Or le Petit Larousse donne maintenant priorité aux graphies Détroit, Saint-Louis et Bâton-Rouge dans son corpus. Pendant des décennies, cet ouvrage écrivait ces noms à l’anglaise, comme le fait d’ailleurs encore le Petit Robert des noms propres. Ces villes refrancisées rejoignent La Nouvelle-Orléans qui, elle, n’a jamais perdu ses galons.

Cette situation était très choquante pour les francophones parce toutes ces villes ont été fondées par des Français. On comprend aisément que les États-Uniens aient, en toute logique, choisi d’en angliciser la graphie. Mais les reprendre en français n’avait aucun sens.

D’autant plus que des explorateurs français ont sillonné le territoire états-unien et l’ont colonisé. Bon nombre de bourgades ont pris de l’expansion et portent toujours des noms français. Il suffit de lire une carte du pays pour découvrir les Montpelier, Racine, Juneau, Pierre, etc.

D’ailleurs, un grand nombre de toponymes américains ont été traduits. Avec l’Italie, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas, les États-Unis figurent au sommet des pays dont les noms sont traduits en français.

Pensons à la Nouvelle-Angleterre, aux États suivants : Nouveau-Mexique, Californie, Floride, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Pennsylvanie, Géorgie, Virginie, Louisiane.

Comme cela arrive souvent, les traductions ne sont pas toujours logiques. Si nous avons le Nouveau-Mexique, il nous faut composer avec le New Hampshire et le New Jersey. Cela sans compter l’État de New York.

Détail intéressant, la version 1934 du Petit Larousse écrivait New-York, graphie non reprise dans l’édition de 2017.

En terminant, petite question piège : Quelle est la seule ville des États-Unis dont le nom anglais est traduit en français? Réponse en fin de chronique.

***

Les lecteurs qui ont apprécié cet article liront avec intérêts mes deux billets précédents sur la défrancisation des noms de villes.

Réponse : Philadelphie.

Supporter

Trouvez-vous le mot supporter (prononcé supportaire) insupportable?

Eh bien, vous devrez vous habituer, car il est déjà entré dans les mœurs sportives. À moins que vous ne préfériez être un fan, diminutif de fanatique, qui nous vient aussi de l’anglais. Bien entendu, les amateurs falots diront partisans, mais là, vraiment, vous êtes des tièdes.

En français, le verbe supporter a un sens bien délimité : « Soutenir quelque chose, lui servir d’appui, d’assise. » nous indique le Petit Larousse. Il peut aussi avoir le sens de « Subir quelque chose en y résistant, en y faisant face. »

Nulle part ne voit-on ce verbe décliné dans un contexte sportif. J’ai déjà parlé de ce phénomène des mots orphelins : substantif et verbe concomitant n’ont pas exactement le même sens : spécifier, spécifique.

Comme cela est souvent le cas, le support anglais possède un champ sémantique autrement plus vaste que notre timide supporter. Ainsi, les anglophones peuvent supporter une autre personne (l’appuyer); ils peuvent aussi supporter une entreprise, une cause, etc. Il est donc logique pour eux de supporter une équipe de hockey ou de football.

De là vient le substantif supporter, repris en français. Certains l’écrivent supporteur.

Toutefois, le français se permet quelques variations en puisant dans d’autres langues : aficionado, tifosi. Quand le fanatisme devient violent, on parle même de hooligans.

Le premier mot est un legs de l’espagnol; il désigne un amateur de course de taureaux. Mais son emploi est beaucoup plus généralisé dans notre langue. On peut parler des aficionados du cigare, du whisky, par exemple.

Quant à tifusi, il désigne les partisans italiens de football et de cyclisme.

Les hooligans, eux, constituent un public encore plus ciblé. On parle ici de jeunes partisans violents qui se déchaînent lors de manifestations sportives, par des actes de vandalisme. On se souvient des tragiques évènements survenus en Belgique, il y a une trentaine d’années.

Les incidents d’aujourd’hui à Paris, pendant la période sacrée de l’Euro, viennent nous rappeler que ces tristes individus sévissent toujours. Soit dit en passant, hooligan peut aussi s’écrire houligan, mais attention à votre dentition!

Le tandem supporter (verbe) et supporter (substantif), nous rappelle l’influence déterminante, voire envahissante, de l’anglais dans le vocabulaire des sports.

Élection ou élections?

Les participants qui assistaient à mes ateliers sur le système politique canadien me posent souvent cette question : doit-on dire « les élections fédérales » ou bien « l’élection fédérale »

De prime abord, on peut penser que les deux se disent, et c’est exact. Sauf qu’il faut savoir dans quel contexte.

Le Petit Robert nous met sur une piste grâce aux exemples qu’il présente au lecteur. Au pluriel :

Élections municipales, sénatoriales, législatives, européennes.

Dans tous ces scrutins, on élit des conseillers municipaux, des sénateurs, des députés.

Le même ouvrage propose le singulier lorsqu’une seule personne peut être élue.

Élection présidentielle, élection d’un académicien, d’un pape.

On parlera donc des élections fédérales et non d’une élection fédérale.

Que ce soit une ou des élections, l’anglicisme nous guette. J’ai écrit deux articles à ce sujet.

Être en élection : article.

Aller en élection : article.

Ainsi, on écrira : « Aux États-Unis, les élections à la Chambre des représentants se déroulent en même temps que l’élection présidentielle. »

Billion

Pas besoin d’être un crack en maths pour constater l’absence du mot billion en français. On dirait même que ce terme n’existe pas, alors que c’est pourtant le contraire.

En anglais, les billions prolifèrent. Ils sont une unité de mesure courante, dont l’équivalent français est milliards. C’est d’ailleurs ce mot que les anglophones utilisaient jadis pour parler de mille millions.

En fin de compte, le terme billion s’est imposé dans la langue d’Obama. Les comptes publics, les profits des banques s’expriment aujourd’hui en billions (anglais) et en milliards (français).

Ce n’est pas le seul écart sémantique entre les deux langues. Jusque là, pas de problème.

Mais la confusion s’installe aussitôt qu’on s’aventure dans le marécage des multiples. Les faux amis sont tapis dans la canopée.

En anglais, mille milliards équivalent à un trillion. Pour les anglophones, la dette publique états-unienne se chiffre à 18,9 trillions de dollars; en français, on parle plutôt de 18 900 milliards. Pourtant, il s’agit en fait de 18,9 billions de dollars.

Le décalage entre les deux langues s’élance vers l’infini… Un tango mortel : billion-milliard; trillion-billion, etc.

Pas étonnant que les sites économiques français s’en tiennent aux milliers de milliards. La domination de l’anglais dans ce domaine particulier – et dans les autres – aurait tôt fait de semer bisbille et confusion.

Il serait trop simple de dire que ce sont les anglophones qui ont tout faux. Remarque intéressante dans le Robert : « Les termes billion, trillion, quatrillion, quintillion et sextillion sont à éviter en raison des risques de confusion entre les nouvelles et les anciennes acceptions. »

Les anciennes acceptions? Le même ouvrage signale que billion avait pour sens… mille millions! Sens qu’a retenu l’anglais, qui, comme c’est souvent le cas, s’inspire de l’ancien français. Vestige de la conquête normande.

Souhaitons maintenant que l’inflation ne parte pas en spirale. Parce que tôt ou tard, les francophones devront décider s’ils s’alignent sur l’anglais pour éviter de graves erreurs de traduction.

Bien sûr, beaucoup protesteront. Mais, parions que le pragmatisme prévaudra : il sera plus simple de changer la définition de trillions dans notre langue que de parler de billions.

À moins que nos amis Américains ne décident de rectifier leur propre terminologie pour l’harmoniser avec celle du français…

Le jour où cela se produira, le salaire d’un employé de magasin se chiffrera en quatrillions… peu importe la manière dont vous définissez ce mot.

Anglicismes inutiles

J’ai écrit des dizaines d’articles sur les anglicismes. La plupart d’entre eux portaient sur les anglicismes sémantiques qui circulent au Canada français. J’ai également abordé la question des anglicismes de l’Europe francophone, qui sont d’un tout autre ordre.

Des lecteurs européens de mon blogue et de mon fil Twitter (@Andrracicot) me répondent parfois lorsque je dénonce certains anglicismes. Ils font valoir que les langues s’enrichissent en empruntant à leurs voisines. Ils ont tout à fait raison.

Des mots comme leadership seraient difficilement remplaçables en français et ils enrichissent notre langue.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on a traduit des termes qui ont intégré le vocabulaire français. Un exemple parmi tant d’autres est traversier, qui se dit ferry-boat en Europe. Pivot aime bien le mot entrevue, qui n’est rien d’autre qu’une interview.

Évidemment, on ne peut pas tout traduire. Qui songerait à traduire spaghetti, whisky et bien d’autres mots? Néanmoins, les arguments de mes contradicteurs pour justifier certains anglicismes inutiles et facilement traduisibles sont souvent spécieux.

Certains anglicismes européens surprennent les Québécois parce qu’ils n’en comprennent pas l’utilité, d’autant plus qu’ils ont délogé des expressions parfaitement françaises. De plus, ces anglicismes ne décrivent pas une réalité spécifique anglo-saxonne, qui pourrait justifier leur emploi.

Quelques exemples rapides.

Docker : c’est un débardeur, les dictionnaires sont clairs à ce sujet. Comment se fait-il que le mot français soit vieilli? Mystère. Et pourquoi l’avoir remplacé par docker ?

Follower : se dit couramment abonné partout au Canada. Il a engendré des monstruosités comme unfollower (verbe). « Hugo m’a unfollow. » (sic)

Sniper : ce n’est rien d’autre qu’un tireur embusqué.

Warnings : les feux d’urgence, vous connaissez?

Sponsor : un commanditaire, un parrain. Telle entreprise parraine telle manifestation.

Listing : les ouvrages recommandent listage. Une liste tout court, ça ne suffit pas? Le fait qu’elle provienne d’un ordinateur justifie vraiment l’anglicisme?

Starting-block : les commentateurs canadiens aux Jeux olympiques ont toujours parlé de blocs de départ. L’énoncer en anglais rend-il les coureurs plus rapides?

 

 

Apprécier

« Apprécier » est un verbe limite. Il est un quasi-sosie d’appreciate, au point qu’on peut aisément le confondre avec celui-ci dans l’usage courant.

Commençons par en déterminer le sens général.

Sens général

Son sens en français voisine dangereusement avec celui de l’anglais et, parfois, la frontière entre les deux est ténue.

Le sens général du verbe est de porter un jugement favorable sur quelque chose ou quelqu’un.

Apprécier la cuisine française.

Il peut aussi vouloir dire reconnaître la valeur d’une chose ou d’une personne.

J’apprécie l’intelligence de Marie.

J’apprécie le travail bien fait.

Dans ce contexte, nous sommes au confluent de l’anglais, qui définit appreciate ainsi : « To value highly. »

Cependant, il faut prendre garde de s’aventurer dans les pâturages anglo-saxons en attribuant au verbe apprécier le sens de souhaiter ou de savoir gré.

Les Clefs du français pratique, du Bureau de la traduction, nous mettent en garde contre les sens suivants, empruntés à l’anglais : être reconnaissant, être sensible au fait que…

La construction apprécier que est à bannir.

J’apprécierais que vous révisiez ce texte pour moi.

J’apprécierais que vous m’aidiez à éclaircir cette affaire.

On se méfiera donc de cette construction, un calque manifeste de appreciate that. Elle est d’ailleurs condamnée tant par les Clefs que par la Banque de dépannage linguistique et le Multidictionnaire de la langue française.

 

Un verbe limite

Le Petit Larousse vient toutefois jeter un pavé dans la mare. Il définit apprécier de la manière suivante : « Juger bon, agréable; faire cas de. Apprécier l’aide de quelqu’un. »

Cet exemple est troublant.

Apprécier l’aide d’un ami, n’est-ce pas lui être reconnaissant, lui savoir gré? De toute évidence, le sens est exactement le même qu’en anglais. L’exemple vient du Larousse… Il n’est pas signalé comme un anglicisme.

Il me paraît un peu forcé de dire qu’on porte un jugement favorable sur l’aide d’une autre personne. Il est clair, dans ce cas-ci, qu’on est reconnaissant à notre ami de nous avoir aidé.

Signalons toutefois que le Larousse est le seul à donner un exemple du genre, du moins à ma connaissance.

En d’autres circonstances, je pense qu’on peut employer apprécier assez librement. Si le sens semble trop voisin de l’anglais, vérifier dans un dictionnaire français. On verra tout de suite que la convergence entre les deux langues est grande.