Un dilemme moral

Pour certaines personnes, choisir un plat au restaurant, prendre une simple décision est un véritable dilemme moral. Un loustic pourrait demander si la même personne a déjà dû affronter un dilemme physique… Ne souriez pas, vous trouverez cette douteuse expression dans les brumes de la Grande Toile.

Un dilemme étant une alternative menant à des choix contradictoires, il est difficile de concevoir autre chose qu’un dilemme… moral.

Il suffit de tendre l’oreille dans la rue, d’écouter les médias avec attention pour glaner ce genre d’exagération que l’on appelle pléonasme.

Voici un florilège de ce que j’ai entendu récemment.

Le gouvernement et les entreprises sont convenus de collaborer ensemble et de s’entraider mutuellement pour s’avertir à l’avance de toute difficulté à surmonter.

Le journalisme d’enquête devrait être l’apanage exclusif des journalistes professionnels et ne pas être laissé entre les mains d’animateurs d’émissions de variété. Ce monopole exclusif devrait assurer une plus grande objectivité dans les entrevues. L’idée d’humaniser les politiciens en les invitant à des émissions de variété est un faux prétexte pour mener des entrevues souvent biaisées, voire même hostiles.

Faire fonctionner ses clignotants est une bonne façon d’avertir les autres à l’avance de votre intention de tourner. Malheureusement, il faut souvent répéter la même chose avant que certains entêtés finissent par comprendre.

Le match de tennis a été reporté à plus tard à cause de la pluie. Les personnes admises dans les tribunes de la presse avaient fait l’objet d’un tri sélectif. Un journaliste des sports a encore parlé d’un record historique. Il devrait faire attention pour ne pas toujours répéter les mêmes choses.

La prolifération des pléonasmes n’a rien de surprenant. Elle peut s’expliquer en partie par ce démon du nouveau siècle de tout faire rapidement, peu importe les conséquences, comme par exemple rédiger ce billet en espérant ne pas y avoir laissé des coquilles fautives

Les mouches du coche

Il est de ces mots et expressions erronées (accord de proximité) qui reviennent sans cesse nous hanter, nous empoisonner la vie, comme des mouches du coche.  Sans oublier les sigles qui nous envahissent comme une épidémie de sauterelles. Petit tour d’horizon.

Impact

Tout est devenu un impact : une collision violente de deux véhicules aussi bien que la plus banale des conséquences. L’article.

Communauté

Les médias, sous l’influence de l’anglais, ne cessent de désigner tout groupe, grand, petit, énorme, sous le nom de communauté. Oui, on peut vivre sans le mot communauté et il est facile de le remplacer.

Imputabilité

Une tache tenace qui s’incruste… L’exemple parfait de l’impropriété. Qu’est-ce au juste que l’imputabilité?

La siglite compulsive

La huitième plaie d’Égypte pour veut communiquer clairement. Des textes rendus infects par la multiplication des sigles énigmatiques.

Quitter

Largement employé sans complément d’objet, ce qui est une faute. Quitter exige un complément. On quitte son emploi, mais on part tout court.

Faire en sorte

Il y a les épidémies de grippe… La langue a aussi ses poussées de maladie virale. L’expression faire en sorte semble… incontournable de nos jours. Le point ici.

Renverser une décision

Un abonné des téléjournaux. L’expression piège par excellence. Comment la remplacer?

Significatif

Une hausse significative des taux d’intérêt… Un élément significatif de la politique ministérielle… Tout est significatif. Mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire?

Intoxiqué

Un autre favori des médias. Si vous êtes saoul, vous n’êtes PAS intoxiqué.

Disposer de

Les journalistes des sports l’ont adopté. On le lit dans les dépêches de la Presse Canadienne; La Presse l’emploie régulièrement. Pour se débarrasser de disposer de.

Législation

Une législation est un ENSEMBLE DE LOIS, par une simple loi, ni un projet de loi. Difficile d’entrer cela dans la tête des journalistes.

Et pour terminer

Comment ne pas mentionner toutes les problématiques et thématiques qui nous envahissent soudain? Ces mots sont employés de façon abusive.

Kiosque

Le sujet suscite la controverse au Québec.

Dans le coin gauche, on trouve les partisans de kiosque, qui estiment que le terme s’est acclimaté au Québec et désigne tout pavillon et espace réservé à un exposant dans une foire, une exposition.

Dans le coin droit, ceux qui estiment que kiosque est une impropriété dans ce sens et défendent l’anglicisme stand. C’est le cas entre autres de la lexicographe Marie-Éva de Villers, auteure du Multidictionnaire de la langue française.

Le Petit Robert ne donne pas à kiosque le sens qu’on lui attribue au Québec. On parle plutôt d’un pavillon de jardin, d’un édicule où l’on vend des journaux et de la superstructure d’un sous-marin.

Le Petit Larousse, lui, signale l’usage québécois.

La question qui se pose est la suivante : faut-il à tout prix s’aligner sur les pratiques européennes et balayer du revers de la main certains usages bien implantés chez nous, usages que l’on appelle souvent des canadianismes?

L’Office québécois de la langue française répond par la négative. Selon elle, le fait qu’un mot anglais soit généralisé et même son attestation dans des ouvrages de langue ne devrait pas servir de prétexte pour l’importer dans notre pays. L’Office fait valoir que stand ne constitue pas un apport indispensable au français et qu’il ne comble pas de lacune lexicale.

Le mot a évolué dans notre langue, poursuit l’OQLF, pour donner kiosque à fleurs, kiosque d’information, kiosque de gare.

Certains verront dans ces évolutions un garant de la « pureté du français »; ils se trompent. Car, en fait, notre kiosque n’est rien d’autre qu’un mot d’origine turque! L’original se décline comme suit : kösk.

Quant au mot stand, il a fait lui aussi son bonhomme de chemin dans nos contrées enneigées… Dixit l’Office : « L’emprunt stand est également utilisé dans plusieurs expressions, notamment dans stand à hot-dogs, stand à pizzas, stand de souvenirs, stand à journaux (à la place de kiosque), dans stand de cosmétiques, stand de jouets (au lieu de comptoir ou rayon), ou encore à la place de station, dans stand de taxis. »

L’usage québécois et canadien est donc différent de celui qu’on observe en Europe. Nous manifestons la même réticence à employer stand pour kiosque que pour email à la place du très français courriel.

Étant donné que stand s’est frayé un chemin dans notre langue, il est probable que beaucoup de gens d’ici continueront de militer pour son emploi dans les foires et expositions.

Fusillade?

Ce matin, les journaux évoquent encore la supposée fusillade du 22 octobre lors de laquelle un malheureux soldat a été froidement assassiné devant le monument aux Morts, à Ottawa. Or, ce qui s’est passé dans la capitale, et avant à Saint-Jean-sur-Richelieu, n’est pas une simple fusillade, c’est un attentat.

Un attentat inspiré par le groupe fanatique qui se fait appeler État islamique. Non, il ne s’agit pas d’un échange de coups de feu lors d’un vol de banque, mais bien d’un acte violent motivé par la politique et la religion.

On oublie vite que l’assassin avait pour but de décimer les caucus conservateur et néo-démocrate. S’il était parvenu à ses fins, nous aurions été témoins d’une tragédie politique d’une ampleur jamais vue dans notre pays. Pourtant, certains médias continuent de parler de fusillade.

Les médias français, eux, parlent bel et bien de l’attentat du 7 janvier contre Charlie Hebdo. Personne, chez nos cousins, ne songerait un seul instant à en minimiser l’horreur.

De retour au Québec. Le 4 septembre 2012, Richard Henry Bain tuait lui aussi un innocent et voulait assassiner la première ministre élue, Pauline Marois. Certes, l’individu souffrait de problèmes mentaux, mais son but était quand même d’éliminer une personnalité politique pour des raisons politiques. Là encore, les médias ont cafouillé, parlant d’attentat, de fusillade, des évènements du 4 septembre, etc. Il y a deux jours, La Presse parlait encore de fusillade. Aurait-il fallu que madame Marois meure sous les balles pour qu’on parle d’attentat?

Pourquoi autant de pusillanimité?

À mon sens, on peut y voir un effet collatéral du courant de rectitude politique qui traverse les sociétés occidentales depuis quelques décennies. Au départ, les intentions étaient bonnes : éliminer du vocabulaire courant des appellations insultantes pour certaines catégories de personnes. Un seul exemple suffira : les arriérés mentaux, devenus des personnes souffrant de déficience intellectuelle.

Mais les zélateurs du politiquement correct ont poussé le bouchon jusqu’au fond de la bouteille; les sourds sont devenus de malentendants, des patients sont maintenant des bénéficiaires (de quoi au juste?).

Bref tout le monde marche sur des œufs et la moindre incartade de vocabulaire peut coûter cher. Alors on atténue sans cesse. Ce travestissement du vocabulaire est devenu un réflexe bien implanté, surtout quand il sert des fins politiques. Normand Baillargeon, dans son Petit cours d’autodéfense intellectuelle, en donne de beaux exemples issus de la Guerre du Golfe.

Pertes collatérales = mort de civils

Frappe chirurgicale = bombardement que l’on espère précis en raison de la présence de civils.

Bien entendu, je ne prête pas aux journalistes les noirs desseins du gouvernement Bush. Mais le réflexe est quand même bien implanté. La preuve étant que le vocabulaire militaire précité reparaît régulièrement dans nos médias.

Un autre explication serait que notre pays n’a pas de tradition d’attentats politiques, sauf ceux du FLQ  et quelques-uns commis par la GRC. Peut-être que cette pusillanimité est le fruit d’une sorte de refoulement collectif : non c’est impossible, cela ne peut pas se produire chez nous.

Pourtant, c’est arrivé. Le Canada a été victime d’attentats terroristes. Sachons le reconnaître.

Frapper

L’Airbus d’Air Canada qui s’est écrasé (et non crashé) à Halifax a frappé des fils électriques avant d’atteindre la piste. Pierre a frappé un mur quand il a demandé une mutation. Mireille a frappé le bord de la table en se rendant au salon.

Qu’est-ce qui cloche? Le verbe frapper, probablement inspiré de l’anglais hit.

Le sens véritable de ce verbe est de porter des coups à une chose ou à une personne. Le Robert donne battre, cogner, taper, poignarder, assommer comme synonymes.

Dans les exemples précédents, on pourrait dire que l’avion a percuté des fils, que Pierre est tombé sur un os et que Mireille a heurté le bord de la table.

Toutefois, il faut signaler que tant le Robert que le Larousse mentionnent le sens canadien de frapper. Ils appellent cela un régionalisme. Parmi les exemples donnés : frapper un arbre, un cycliste, un orignal. L’expression frapper un nœud est même répertoriée.

Le Larousse donne un sens très près de celui utilisé au Canada : venir heurter. Par exemple : Le ballon a frappé le poteau. Exemple européen, soit dit entre nous. Combien de fois la rondelle de certains joueurs des Canadiens de Montréal n’a-t-elle pas frappé le poteau…

Tout ceci nous amène à réfléchir sur la pertinence d’employer des canadianismes dans nos textes. Je suis conscient d’ouvrir une boite de Pandore…

Ils ne sont certes pas tous à bannir, mais il convient d’être prudent et conscient de ce qu’on écrit.

Crasher

Le verbe crasher est une horreur. Le réflexif se crasher est encore pire.

Deux parfaits exemples d’anglicismes parfaitement inutiles, puisque le français a déjà un verbe pour désigner cette action : s’écraser.

L’écrasement de l’Airbus de la Germanwings a défrayé la chronique de l’autre côté de l’Atlantique. Des médias comme France 2, Le Monde, Le Figaro, Libération, Paris Match (bien entendu) ont repris en chœur le mot crash.

Évidemment, le mot figure dans les dictionnaires; leurs portes sont toujours toutes grandes ouvertes aux anglicismes. Crash est même devenu l’alter ego du mot allemand krach : un crash boursier. L’informatique, grande importatrice d’anglicismes, l’utilise comme synonyme de détérioration du disque dur.

Il n’y a donc pas que les avions qui crashent, les ordinateurs aussi.

Mais, à bien y penser, puisque crasher est maintenant français, cela signifie qu’il peut être conjugué selon les normes en vigueur… Amusons-nous un peu.

Peu s’en est fallu que l’appareil crashât dans la tempête.

Ainsi, vous crashâtes dans les Alpes.

Crashez, il en restera toujours quelque chose.

 

Mieux vaut en rire.

Bon matin

« Bon matin! » On entend fréquemment cette salutation à la radio et ailleurs. Beaucoup n’y voient que du feu, car elle semble s’inscrire dans la logique de la langue.

Après tout, ne dit-on pas « Bonsoir »? Et « Bon avant-midi » ou « Bon après-midi »? Alors où est le problème?

Le problème est le suivant : Bon matin suit une double logique; la première, celle de l’anglais Good morning; la seconde, une logique naturelle. Je m’explique.

Dans un premier temps, on peut considérer l’expression comme un calque de l’anglais. Certains ne seront pas d’accord. Pourtant, les dictionnaires bilingues sont sans équivoque : ils traduisent good morning par bonjour. Pas de Bon matin nulle part. C’est un indice que cette expression ne s’emploie pas dans le reste de la francophonie. Si vous n’êtes toujours pas convaincu, faites une recherche dans Google.

Dans un second temps, on peut dire que Bon matin suit une certaine logique naturelle. Si on peut dire « Bonsoir », pourquoi pas « Bon matin! »? En effet.

Pour compliquer les choses, parlons un peu des termes avant-midi et après-midi. Là encore, une petite recherche vous permettra de constater que ces mots ne peuvent servir de salutation dans le reste de la francophonie.

Autre constatation, avant-midi est un régionalisme du Canada et de la Belgique. On parle plutôt de matinée ou de matin.

En conclusion, Bon matin s’inspire de Good morning; il s’agit d’un calque, comme il y en a tellement dans le français au Canada. Est-ce que aux oreilles de ceux qui l’utilisent il a plus de retentissement que bonjour? La question reste posée. Va-t-il s’incruster dans l’usage canadien au point de faire son apparition dans les dictionnaires? Cela reste à voir.

Les lecteurs consulteront avec intérêt la capsule linguistique du Bureau de la traduction à ce sujet.

D’ici là, je vous souhaite le bonjour.

 

 

 

Pays et péninsule

Voilà deux génériques qui peuvent causer du fil à retordre au langagier.

En effet, on ne peut leur appliquer aveuglément les règles sur les majuscules que l’on voit habituellement dans les toponymes. Comme on le sait, le générique s’écrit presque toujours avec la minuscule, tandis que c’est le spécifique qui reçoit la majuscule, qui constitue le début de l’appellation. Et même si l’élément spécifique est un adjectif, il s’écrit quand même avec la majuscule initiale.

Par exemple : rivière des Prairies, océan Arctique, mont Blanc.

Mais cette règle n’est pas suivie dans au moins trois cas : les pays baltes, le Pays basque et le pays de Galles.

Les pays baltes

Les pays baltes, aussi appelés les États baltes, se composent de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Détail intéressant, le Larousse écrit les pays Baltes, tout comme le dictionnaire Hachette; le Robert, lui, y va d’une graphie tout en minuscule. La presse française a tendance à adopter cette graphie également, bien qu’on y décèle, de temps à autre, des Pays baltes.

Force est de constater que pays Baltes fait figure d’exception. D’autres appellations semblables ne reçoivent pas la majuscule : les pays balkaniques, les pays scandinaves, les pays sud-américains. Alors pourquoi cette exception pour la Baltique?

Le Pays basque

Pour ce qui est de Pays basque, il y a unanimité. La règle de la majuscule au spécifique ne semble plus s’appliquer, peut-être parce que ce nom désigne une région précise? Pourtant, cette même région est divisée entre deux États : la France et l’Espagne. En outre, les pays baltes ne constituent-ils pas une région bien délimitée également? Une autre exception du français?

Le pays de Galles

Ici, il est impensable d’écrire le spécifique en minuscule; nous avons affaire à un nom propre, traduction de l’anglais Wales. Mais doit-on appliquer la règle du générique en minuscule? On peut s’interroger, puisque Pays basque prend la majuscule initiale. Alors pourquoi pas le Pays de Galles également?

Pourtant, le Robert, le Larousse et le dictionnaire Hachette l’écrivent ainsi : pays de Galles. Comprenne qui pourra.

La presse française nous offre tout un buffet. Les journalistes du Monde se contredisent allègrement : pays de Galles y côtoie Pays de Galles. Certains médias nous offrent un étonnant Pays De Galles. Voilà ce qui arrive quand les règles ne sont pas claires.

À mon sens, il y a une certaine logique à écrire Pays de Galles, mais cette graphie ne fait pas l’unanimité.

Péninsule

L’appellation péninsule Ibérique est classique. On la retrouve dans les trois dictionnaires susmentionnés. La péninsule Arabique s’écrit parfois avec la majuscule au spécifique, ce qui relève d’une certaine logique puisque l’on voit aussi le désert Arabique.

Pourtant, d’autres appellations semblables s’écrivent toujours en minuscule : la péninsule coréenne, italienne, armoricaine, etc. La graphie péninsule Ibérique jouit donc d’un statut particulier. Le Petit Robert donne aussi l’exemple suivant : la Péninsule : l’Espagne et le Portugal. Cet exemple me paraît douteux. Je serais curieux de savoir comment nos amis d’outre-Atlantique réagiraient, car, après tout, la Péninsule ça pourrait être aussi l’Italie.

Chose étonnante, les ouvrages de difficultés de la langue aussi bien que le Bon usage de Grevisse ignorent complètement les deux termes péninsule et pays, comme s’ils ne comportaient aucune difficulté.

 

 

Nations Unies : avec ou sans majuscule?

Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’ONU est le seul forum pour discuter de l’ensemble des questions qui préoccupent la communauté internationale. C’est même sa vocation.

Le nom officiel de l’ONU (prononcé o-é-nu par les Européens) est l’Organisation des Nations Unies. Trois majuscules, dont une à l’adjectif, ce qui est plutôt inhabituel.

Pour les noms d’organismes, unanimité dans les manuels de typographie, qui prescrivent la majuscule initiale au premier substantif; l’adjectif s’écrit toujours en minuscule, à moins qu’il ne commence l’expression.

C’est ainsi qu’on écrit le Comité international olympique; le Fonds monétaire international; l’Union européenne. Comme on le voit, la graphie officielle de l’ONU (que les Européens écrivent Onu) s’écarte des normes habituelles.

Ce n’est pas un cas unique.

  • L’Organisation mondiale de la Santé: le deuxième substantif reçoit lui aussi la majuscule.
  • L’Organisation Internationale du Travail: majuscule à tous les substantifs et même à l’adjectif.

Ces graphies sont arbitraires. Les autorités qui les ont adoptées ont choisi de ne pas tenir compte des règles typographiques conventionnelles, en supposant qu’elles les connaissaient.

Le rédacteur est confronté à un dilemme. Ou bien il respecte scrupuleusement les appellations officielles, mais court le risque d’entacher l’uniformité de son texte, si les noms d’autres organisations internationales y figurent. Ou encore il rectifie les graphies apparemment fautives, mais ne respecte plus la terminologie consacrée.

La presse du Canada et de la France retient la graphie conventionnelle Nations unies; c’est également celle que l’on trouve dans le Larousse et le Robert des noms propres. L’usage penche donc massivement pour le conformisme aux règles de typographie.

Certains feront valoir, à bon droit, qu’Organisation des Nations Unies est le nom officiel de cet organisme. Qui sommes-nous pour en décider autrement? Il importe de respecter la décision de l’ONU, car, autrement, ce serait un manque de respect.

Cette position n’est pas dénuée de valeur. Mais le rédacteur devra alors se plier à toutes les graphies proposées par des organisations internationales ou autres, quitte à oublier l’uniformité dans ses textes. Bref, une belle cacophonie.

Il est vrai qu’imposer Organisation des Nations unies écorchera la sensibilité des dirigeants de l’ONU. Mais tout dépend dans quelles circonstances on emploie cette graphie révisée. N’oublions pas que c’est celle qu’ont adoptée non seulement Le Devoir et La Presse au Canada, mais aussi le prestigieux journal Le Monde, et d’autres avec lui : Le Figaro, L’Express, le Nouvel Observateur, etc. Nous sommes donc en bonne compagnie.

On pourrait réserver la graphie officielle aux correspondances destinées à l’organisation sise à New York. Ce serait commettre un impair de ne pas orthographier son nom comme elle le souhaite. Un peu comme si quelqu’un vous écrivait en faisant une faute d’orthographe à votre nom de famille.

Ces trois exemples mettent en lumière l’incohérence qui règne quant à l’utilisation des majuscules, non seulement dans les noms d’organismes, mais aussi pour les graphies de périodes historiques, de noms d’entreprises, etc. Un peu d’uniformité ne nuirait pas.

À travers

L’expression a mauvaise presse. Elle serait un calque de l’anglais through. Il faut l’éviter à tout prix. On serait tenté de dire que à travers à elle seule est une légende urbaine en soi.

Peut-on voyager à travers le Canada ?

Peut-on passer à travers une épreuve?

Peut-on passer à travers une pile de livres?

Grossiers anglicismes que tout cela? Voyons voir.

La définition la plus courante de l’expression est de traverser une chose dans toute sa longueur ou son épaisseur. On pense à une balle de pistolet qui passe à travers un mur. L’expression sœur passer au travers de quelque chose a un sens semblable, soit de passer d’un bout à l’autre, de part en part.

Voyager à travers le Canada

Prenons le premier exemple. On peut effectivement voyager à travers le Canada. Les grands dictionnaires donnent des exemples dans ce sens. La plus intéressante vient du Trésor de la langue française : « En parcourant, en franchissant, en pénétrant quelque chose. » Parmi les exemples cités : « Marcher à travers un jardin. »

Le Petit Robert, de son côté, parle de voyager à travers le monde entier. Un coup d’œil au Multidictionnaire et au Dictionnaire des anglicismes, de Colpron, ne permet pas de trouver quelque condamnation que ce soit.

Une conclusion s’impose : voyager à travers le Canada n’est PAS un anglicisme. Un vrai anglicisme serait de parler à travers son chapeau. Parler à tort et à travers serait plus français.

Passer à travers une épreuve

On croit discerner l’ombre menaçante de l’anglais pass through an ordeal. De fait, il serait plus exact de dire passer au travers d’une épreuve. En effet, la locution passer au travers peut avoir le sens de « échapper à un danger à quelque chose de fâcheux », selon le Robert. Ici, c’est l’idée de se faufiler, d’éviter les obstacles, qui prime.

Certains feront valoir qu’une personne peut avoir fait face aux évènements, alors qu’au travers évoque l’idée de se défiler.

Passer à travers une pile de livres

Rien n’est moins sûr dans ce cas-ci. Les ouvrages ne donnent aucun exemple probant qui irait dans ce sens. Bien sûr, on pourrait se cramponner à la définition originale de « un bout à l’autre, de part en part » figurant dans le Trésor et décider de donner un sens figuré à cette expression. Donc, lire sa pile de livres d’un bout à l’autre.

Toutefois, ce ne serait pas une bonne idée de dire passer au travers d’une pile de livres. L’expression au travers recèle la notion d’obstacles, de danger.

Comme on le voit, la crainte de commettre un anglicisme peut parfois nous pousser vers un purisme excessif.
 

 

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