Bleu royal

Au Canada français, il est souvent question de bleu royal. Au Canada anglais, il est souvent question de royal blue… Vous me voyez venir. Le premier est le calque du second, de toute évidence.

Ailleurs dans la Francophonie, on parle de bleu roi, car cette couleur est souvent associée à la monarchie déchue. Mais employer cette expression ici risque de dérouter tout le monde.

On entend aussi bleu marin, qui se dit plutôt bleu marine en Europe et ailleurs. Cette fois-ci, l’expression européenne est alignée sur l’anglais navy blue. Ce n’est probablement pas un anglicisme.

Peu de gens le savent, mais bleu provient des langues germaniques, en fait du francique blao, qui ressemble à l’allemand blau. Les langues latines, comme l’italien, l’espagnol ou le portugais désignent la couleur ainsi : azurro et azul.  On voit tout de suite que le mot français azur vient du latin.

Une visite au dictionnaire nous permet de constater qu’un grand nombre d’expression ont été forgées avec le nom de cette couleur.

Autre article : bleu poudre

Shrinkflation

Tout le monde a remarqué que les emballages des denrées que l’on achète au supermarché rétrécissent sans cesse, alors que le prix augmente. C’est une tactique pas si nouvelle que cela qu’adoptent les entreprises de l’agroalimentaire pour masquer la hausse des prix due à l’inflation.

Ce phénomène a fait l’objet d’un reportage à France 2 qui a gratifié ses téléspectateurs d’une nouvelle horreur linguistique : shrinkflation. Pourtant, dès le début du reportage, le journaliste faisait un petit effort en traduisant le terme par réduflation. Par la suite, il s’en est tenu à l’anglicisme.

Je serais curieux de savoir combien de personnes en France comprendraient le mot shrinkflation. Bien entendu, ils auraient également du mal à comprendre son pendant français, mais, avec un petit d’effort, certains arriveraient à se figurer de quoi il s’agit.

Chose certaine, nous n’avons pas fini d’entendre parler de réduflation par les temps qui courent.

Bleu poudre

La Coalition avenir Québec a peint le Québec en bleu poudre, c’est-à-dire en bleu pâle. Tous les commentateurs le disent. Cette teinte de bleu est la couleur du logo de la CAQ, ce qui lui permet de se distinguer des deux autres formations politiques ayant adopté le bleu comme couleur principale, à savoir le Parti québécois et le Parti conservateur.

Le langagier en moi tique : et si c’était un anglicisme, calque de powder blue? Le Dictionnaire Larousse anglais-français donne comme traduction bleu pastel, mais pas bleu poudre.

Le fait est que cette expression douteuse ne figure pas dans les grands dictionnaires. On verra bleu marine, certes, mais jamais bleu poudre. L’expression semble appartenir au registre québécois, comme en témoigne le nom d’un ancien groupe d’humoristes, les Bleu poudre (sans S).

Ici et là sur la Grande Toile on verra bleu poudré, mais en autant que j’ai pu voir, ce terme ne semble pas du tout répandu dans la francophonie. C’est pourquoi je demeure dubitatif par rapport à cette expression.

Ceux qui redoutent de commettre un anglicisme opteront pour bleu clair ou bleu pastel.

Continuons d’être vigilants…

Dernier droit

Le monde entier retiendra son souffle lorsque le scrutin présidentiel américain de 2024 arrivera dans le dernier droit.

Voilà un terme qu’on entend souvent dans les courses hippiques, l’ennui étant qu’il est erroné.

Chose exceptionnelle, un journaliste, Antoine Robitaille, a sonné l’alarme en dénonçant cette expression trop souvent utilisée dans les médias québécois. Un journaliste qui signale un anglicisme, évènement rarissime. A-t-il seulement été entendu?

Comme on peut s’en douter, l’expression dernier droit vient directement de l’anglais the last straight.

En athlétisme, ou dans les sports équestres, il sera question de la dernière ligne droite. En effet, droit n’a pas le sens de « ligne droite » en français.

Puisque la joute électorale est une compétition, puisons dans le vocabulaire du sport et parlons de dernier sprint, de sprint final. On pourrait aussi parler de dernière étape et, avec un peu d’imagination et de vocabulaire, des derniers moments, du dernier souffle de la campagne électorale. Et pourquoi pas le dernier virage avant la fin de la campagne?

Zeugme

Je lisais récemment la traduction d’un passionnant livre de guerre : L’opération Mincemeat, devenu La Ruse au cinéma.

À plusieurs reprises j’ai lu des phrases comme : « Entrer et sortir du bâtiment; il est allé et revenu de Londres dans la même journée ».

J’étais estomaqué à la fois qu’une traductrice puisse commettre autant de fois cette bourde dans un livre de quelque quatre cents pages; et surtout que l’éditeur français n’y ait vu que du feu. Troublant.

Zeugme

Les zeugmes sont courants dans la vie de tous les jours. Par souci de rapidité on dira volontiers « Catherine est entrée et sortie de la maison en trombe. » La formulation souhaitée, « Catherine est entrée dans la maison et en est sortie en trombe. », est plus exigeante. Et, disons-le, beaucoup de gens ne sont pas conscients de cette erreur.

Il est des zeugmes plus subtils, ceux qui mettent en parallèle deux éléments incompatibles. Par exemple :

Elle est rentrée en larmes et en autobus.

Les grands auteurs ont eux aussi commis des zeugmes, mais ils cherchaient sans doute un effet rhétorique :

Vêtu de probité candide et de lin blanc. (Victor Hugo)

Il croyait à son étoile et qu’un certain bonheur lui était dû. (André Gide)

Les marchands de boisson et d’amour. (Guy de Maupassant)

Bien entendu, il s’agit d’un procédé littéraire qu’on laissera aux belles plumes. Pour les textes courants, il est préférable d’éviter les ruptures de construction, surtout si le livre est publié.

On va se le dire

On va se le dire : on se le dit souvent ces temps-ci dans les médias. Rien de très grave, juste un tic langagier. Mais on le voit mal dans une traduction un tant soit peu minutieuse.

Ceux qui en ont assez d’entendre cette locution pourront la remplacer ainsi : disons-le franchement; soyons clairs; franchement; pour être franc…

Tics

Et des tics il y en a dans les médias. Ils ont parfois leur utilité, mais à force de les entendre on en vient à s’étonner du manque d’imagination, pour ne pas dire de vocabulaire, de certains.

Prenons le fameux terrain de football. Quand on veut donner un ordre de grandeur, il est facile de se référer à la grandeur d’un terrain de football. Utile, certes, mais un peu répétitif. Cocasse aussi de constater que le terme « football » n’a pas le même sens en Europe et en Amérique… La référence n’est donc pas exactement la même.

Lassitude

Tous ceux qui ont à cœur la défense du français ne peuvent qu’éprouver une profonde lassitude devant la pauvreté du vocabulaire dans les médias canadiens. Certes, la tendance aux mots fétiches existe partout, mais elle me parait très marquée ici.

Comme je l’ai souligné dans un autre article, le mot « problème » est complètement disparu. Dans nos médias, tout et n’importe quoi est devenu un « enjeu ». Il y a les enjeux de la campagne électorale, un enjeu de vandalisme des affiches électorales, un enjeu avec les transports dans les banlieues étalées, sans oublier le commun des mortels qui a toutes sortes d’enjeux dans sa vie quotidienne. Pffft…

Cela me fait penser au chien de mon voisin. Quand il aboie, tous les autres se mettent à hurler à leur tour, pour faire pareil, sans trop savoir pourquoi.

C’est méchant, je sais. Soyons clairs, j’en ai vraiment marre.

Donner sa chance au coureur

Donner la chance au coureur, voilà une expression que l’on entend souvent au Québec. En clair, cela signifie « Donner sa chance à quelqu’un. »

Cette expression vient du baseball, ce sport nord-américain dérivant du cricket anglais. Lorsqu’un coureur atteint le but en même temps que la balle est relayée au joueur défensif protégeant ce même but, on déclare le coureur sauf. Si le relai devance le coureur et que celui-ci touche le but en retard – qui n’a rien à voir avec une base, mauvaise traduction franco-française – le coureur est alors retiré.

L’expression a été popularisée par l’ancien premier ministre du Québec, René Lévesque, qui, lors de l’élection historique du Parti québécois, en 1976, a déclaré que l’on devait donner sa chance au coureur, le coureur étant le nouveau gouvernement souverainiste, le premier de l’histoire du Québec.

Depuis lors, la « chance au coureur » fait florès. On l’entend dans divers contextes.

***

Vous lirez avec intérêt mon article sur le baseball en français.

Élisabeth

La reine Élisabeth vient de nous quitter. Son nom nous est tellement familier que nous, les Canadiens, ne remarquons jamais la différence orthographique entre l’anglais et le français.

Les anglophones écrivent Elizabeth, tandis que les francophones écrivent Élisabeth; le nom de la souveraine est donc francisé. Cette transcription n’est pas inusitée puisque les noms des souverains anglais, comme ceux d’autres pays que la Grande-Bretagne, sont le plus souvent francisés.

À commencer par le célèbre Henri VIII et le père de la défunte souveraine, George VI, prononcé à la française, mais dépouillé de son S final. Curieux. Pourtant, son ancêtre Édouard VII voyait son nom bel et bien traduit dans notre langue, le E accentué en étant la preuve.

Hiatus? Peut-être.

La reine Élisabeth a eu quatre enfants : Charles, le nouveau roi, Anne, Andrew, et Edward, tous ces noms orthographiés à l’anglaise.

Le successeur de Charles III sera son fils le prince William. L’accroc à la francisation est ici évident. Le prénom William a de tout temps été traduit par Guillaume. Que l’on pense à Guillaume le Conquérant, traduction de William the Conqueror. Le dernier souverain à avoir porté ce prénom est Guillaume IV.

Lorsque le prince William montera sur le trône, il portera donc le nom de Guillaume V, William V en anglais. À moins bien sûr que la tradition ne soit brisée et que son nom de prince le suive sur le trône.

Bigot

Les États-Unis sont-ils au bord d’une guerre civile? Certains pensent que oui. À mon sens, elle ne ressemblera en rien à la guerre de Sécession qui a déchiré le pays de 1861 à 1865. Ce sont plutôt des fanatiques de toute sorte qui pourraient perpétrer des attentats ciblés, enlever ou assassiner des personnalités publiques. L’invasion du Congrès, le 6 janvier 2021, pourrait n’être qu’une répétition.

Malheureusement, le pays de l’Oncle Sam est peuplé de personnes intolérantes, fanatisées, étroites d’esprit, celles qu’on appelle souvent des bigots. Attention, il s’agit ici d’un anglicisme pernicieux.

Il y a effectivement un grand nombre de bigots chez nos voisins du sud, mais pas exactement ceux qu’on pense. Car, en français, un bigot n’est rien d’autre qu’une personne dévote, une grenouille de bénitier comme on dit couramment. Or, les États-Unis ont été fondés par des puritains fuyant l’Angleterre; les bigots ont essaimé partout dans le pays et leur influence se fait encore sentir : la religiosité des Américains fait contraste avec ce qu’on observe dans d’autres pays occidentaux.

Bigots et lunatiques

Le terme anglais bigots pourrait se traduire tout simplement par intolérants, entre autres. En anglais, on parle souvent de la lunatic fringe. Il s’agit d’utopistes, que certains qualifieraient en français d’extrémistes ou de jusqu’au-boutistes.

Un lunatique, en français n’a rien à voir avec un lunatic en anglais, une personne qui se conduit de manière stupide, sans réfléchir. Dans notre langue, un lunatique est une personne instable, versatile.

Ce qui nous amène vers un troisième faux ami : versatile. On entend souvent les commentateurs sportifs parler d’un joueur versatile. En réalité, il est question d’un joueur polyvalent, par exemple un ailier aussi bon en défensive qu’en offensive.

Ce billet met en évidence les multiples pièges que comporte la traduction et le danger de traduire sans bien comprendre ce qu’on lit.

Pipeline

L’acheminement du gaz russe en Allemagne est un sujet qui retiendra l’attention au cours des prochains mois. On reproche amèrement à l’ancienne chancelière Angela Merkel d’avoir rendu son pays dépendant du géant russe pour chauffer ses maisons.

Au cœur du problème (un mot qui semble disparu du vocabulaire médiatique) : le pipeline Nord Stream 1 grâce auquel le gaz russe est acheminé en Allemagne.

Prononciation

Les Canadiens qui écoutent les médias français ont sûrement remarqué que les animateurs prononcent le mot à l’anglaise paï-peu-laïne, ce qui se comprend aisément puisque le terme vient de l’anglais.

De ce côté-ci de l’Atlantique on le prononce comme un mot français : pipe-line. Faut-il condamner cette prononciation ? Pas nécessairement, étant donné que le mot est bien intégré au vocabulaire de notre langue.

D’ailleurs, le Robert donne les deux prononciations, tandis que le Larousse… surprise ! donne seulement la prononciation française.

Synonymes douteux

Naguère on entendait souvent oléoduc. Dans ce cas, il s’agit d’une conduite pour le pétrole uniquement, alors que le pipeline peut servir à acheminer du gaz aussi bien que du pétrole. Par conséquent, oléoduc ne peut être considéré comme un parfait synonyme de pipeline.

Qu’en est-il de gazoduc ? Comme le nom l’indique, il s’agit d’une conduite destinée au gaz naturel, liquide ou pas.

Gaz

Au Québec et dans le reste du Canada on peut dire qu’il y a de l’eau dans le gaz. Sous l’influence de l’anglais américain, le mot gaz désigne l’essence qu’on met dans un véhicule. Peser sur le gaz signifie accélérer, c’est-à-dire peser sur l’accélérateur. Mettre du gaz dans le char c’est faire le plein à une station de gaz.

Ne craignez rien, les Québécois ne sont pas en train de révolutionner la conduite automobile : ils parlent américain avec des mots français, comme c’est trop souvent le cas.

En passant, ce que les Américains appellent gas se dit petrol en Angleterre. Comprenne qui pourra.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.