Archives de catégorie : traduction

Péninsule

Qu’est-ce que la péninsule Ibérique?

  1. Une pointe de terre dans l’Antarctique.
  2. Le Portugal et l’Espagne.
  3. La portion méridionale de la Corée du Sud.

La plupart d’entre vous aurez opté pour la seconde réponse. Si je vous avais demandé ce qu’est la péninsule Arabique, vous n’auriez eu aucun mal à me pointer sur une mappemonde ce vaste territoire découpé en plusieurs États, dont l’Arabie saoudite.

Les deux expressions s’écrivent de la même façon, c’est-à-dire avec la majuscule à l’élément déterminatif, puisqu’il s’agit d’une appellation géographique. Jusqu’ici tout va bien.

Mais les choses se compliquent rapidement, car des péninsules il y en a un grand nombre un peu partout dans le monde. À commencer par la péninsule acadienne, ici au Canada. Mais pensons aussi à la Corée dans son ensemble, la péninsule coréenne, à l’Italie, qui peut aussi être qualifiée de péninsule italienne.

On aura remarqué que ces dernières appellations sont écrites en minuscules. Autrement dit, la logique appliquée aux péninsules ibérique et arabique ne tient plus. Étrange. De fait, ce sont plutôt les appellations péninsule Ibérique et péninsule Arabique qui surprennent avec leur majuscule. Pourquoi ces deux exceptions? Selon la même logique, on devrait écrire péninsule Coréenne, par exemple.

Pourtant, Le Petit Robert continue d’indiquer que la péninsule regroupant le Portugal et l’Espagne s’appelle Ibérique avec majuscule. D’ailleurs, celle-ci peut se formuler de manière elliptique : la Péninsule. Je me demande combien de francophones dans le monde diraient spontanément, sans la moindre hésitation, que la péninsule Ibérique est la seule que l’on peut appeler la Péninsule tout court.

Bref, il y a incohérence.

Dans mon ouvrage, Plaidoyer pour une réforme du français, je propose d’adopter pour les toponymes le régime de la majuscule double, soit une pour le générique et une pour le spécifique. Ce qui donnerait :

La Péninsule Ibérique, la Péninsule Arabique, la Péninsule Acadienne, Bretonne, etc.

L’autre solution consisterait à tout mettre en minuscule, comme le veut la tradition française d’aplatissement des appellations et de méfiance farouche envers la majuscule. Ce qui donnerait ceci :

La péninsule ibérique, la péninsule arabique, la péninsule acadienne, bretonne, etc.

Évidemment ce serait plus simple et les esprits conservateurs seraient confortés. Mais quel ennui! Des noms ayant une valeur quasi officielle relégués au rang des marteaux et des tournevis.

Vous lirez avec intérêt mon article sur la Crise des majuscules.

De seconde main

Bien des consommateurs achètent des véhicules de seconde main parce qu’ils sont moins chers. En lisant cette phrase, les langagiers crient à l’anglicisme, accusation étayée par les mises en garde qu’on peut lire dans Le dictionnaire des anglicismes et le Multidictionnaire.

Pourtant, l’expression existe bel et bien français. Alors qu’en est-il?

Dans le premier ouvrage, surnommé le Colpron, il est fait état d’une voiture usagée, traduction exacte de second hand car. Comme on le voit, l’anglais s’est encore une fois abreuvé à la fontaine du français. Dans l’opus de Marie-Éva de Villers, seconde main signifie indirectement et non pas usagé.

Cette définition rejoint celle figurant dans le dictionnaire de l’Académie qui parle d’un bien acquis indirectement, sans passer par un intermédiaire.

Le Petit Robert précise : « Voiture de première, de seconde main, qui a eu un, deux propriétaires précédents. » Il va sans dire qu’une telle voiture est forcément usagée. Mais on voit tout de suite que l’expression en l’objet n’est pas la traduction exacte de l’anglais second hand.

C’est donc dire que la langue de Shakespeare a donné à seconde main un sens légèrement différent, phénomène tout à fait normal lorsqu’une langue fait des emprunts à sa voisine.

Par conséquent, on peut acheter une voiture de seconde main uniquement si elle a eu deux propriétaires précédents, sinon il faut parler d’une voiture usagée.

Je reviens à la définition du Trésor de la langue française, qui parle de l’acquisition indirecte d’un bien. Par exemple, une collectionneuse pourrait acheter une statue médiévale de seconde main par l’intermédiaire d’un antiquaire. Dans ce cas, il ne s’agit évidemment pas d’une statue usagée.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Sponsor

Assez souvent la France et le Québec expriment des réalités avec des mots différents. Les deux pays font des emprunts lexicaux à l’anglais, mais ce ne sont pas toujours les mêmes.

Il est amusant de constater que des anglicismes implantés depuis longtemps au Québec apparaissent dans l’Hexagone. On entend parfois « C’est fun », forme raccourcie du québécois « C’est le fun », avec variante « Avoir du fun. » Dans une série française, quelle ne fut pas ma surpr­­­­ise d’entendre checker, immensément populaire ici.

Par contre, bon nombre d’anglicismes franco-français ont été traduits au Québec; que l’on pense à ferry rendu par traversier. L’un d’entre eux est sponsor, et ses dérivés sponsorisation, sponsoriser et sponsoring. Voilà des termes qui sont font rares dans notre contrée enneigée.

D’après le dictionnaire Collins, sponsor viendrait du latin spondere, promettre solennellement. Un sponsor-commanditaire-parrain est une personne physique ou morale qui soutient financièrement une entreprise. Par exemple, les maillots des joueurs de football européens et des coureurs automobiles portent les écussons de leurs sponsors.

En français

Au Québec, une entreprise commandite un tournoi de golf. On dit alors qu’elle est le commanditaire de l’évènement (anglicisme québécois venant de l’anglais event, qui signifie dans ce contexte manifestation).

On peut substituer au mot commandite le terme parrainage. Une entreprise peut être le parrain d’un évènement.

Il n’y a pas si longtemps, le site Facebook parlait d’une page sponsorisée. Facebook semble avoir rectifié sa terminologie – du moins au Québec – et parle maintenant d’une page commanditée.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Sniper

Le mot claque comme un coup de fouet. Il est facile à prononcer pour les francophones qui se débattent avec la prononciation anglaise. Il désigne une réalité contemporaine que l’on peut associer à des conflits récents partout dans le monde. Bref, l’anglicisme idéal.

Idéal, certes, mais on peut facilement le remplacer par tireur isolé, tireur embusqué. Mais demander à tous ceux qui le canardent dans leurs discours de revenir au français constitue un coup d’épée dans l’eau… ou autant de balles perdues, si vous préférez.

Franc-tireur

Je lisais récemment dans la Débâcle d’Émile Zola cette jolie expression qui m’apparut soudain quelque peu surannée. Franc-tireur, voilà un terme qu’on n’entend plus de nos jours. Je me suis demandé s’il ne pourrait pas remplacer l’anglicisme sniper.

Pas tout à fait. Un franc-tireur n’est pas tout à fait la même chose qu’un tireur embusqué. Il s’agit plutôt d’un combattant n’appartenant pas à l’armée régulière. « Dans les armées de la Révolution française, soldat de certains corps d’infanterie légère. », précise le Petit Larousse. Jadis, les francs-tireurs étaient issus des corps francs, ces soldats qui se portaient volontaires pour défendre leur pays.

Un franc-tireur est aussi une personne qui fait bande à part dans un groupe.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Robuste

Lu ce matin dans Le Devoir : « Prions pour que son instinct soit robuste. » Pardon? Quid? L’éditorialiste parlait des mesures d’allègement liées à la covid envisagées par le premier ministre Legault.

Le mot robuste commence à proliférer dans les médias francophones du Canada et devinez pourquoi? Sous l’influence de l’anglais. Bien vu, chers lecteurs et lectrices.

En tant que tel, le mot n’est pas vraiment erroné, sauf qu’il n’est pas toujours à sa place, comme dans la phrase citée en début de texte. Il y a dans ce cas un problème de cooccurrence.

Le mot en l’objet est souvent associé à des mesures, à un plan. Bien entendu, sous forme métaphorique, on peut à la rigueur parler de mesures robustes, ce dernier mot étant un synonyme de solides. Mais avouons que sur le plan stylistique on a déjà vu mieux.

Des mesures peuvent être énergiques, vigoureuses, fermes, bien étayées, entre autres.

Un plan robuste? Que diriez-vous d’un plan ambitieux, d’envergure, entre autres?

Encore une fois, les rédacteurs anglicisés se rabattent sur un mot fétiche qui devient vite un passe-partout. Les exemples médiatiques ne manquent pas : les nauséeux impact, partager, significatif, voyageurs internationaux, etc. ont envahi les ondes et la presse écrite.

Une couple

« Il fut convenu qu’il se reposerait seulement une couple d’heures sur un canapé. »

Cette phrase d’Émile Zola, puisée dans La débâcle, étonne. Les langagiers canadiens y verront immédiatement un calque syntaxique de l’anglais. La fascination pour la langue anglaise, en France et ailleurs, remonte justement à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle Zola écrivait son œuvre magistrale sur les Rougon-Macquart. Toutefois, les emprunts à l’anglais étaient surtout lexicaux; par exemple, Jules Verne parlait des steamers, les bateaux à vapeur.

Mais les calques syntaxiques étaient bien rares et ils le sont encore aujourd’hui, quoique plus fréquents. De fait, la tournure employée par Zola était correcte. Non seulement elle figure dans le Trésor de la langue française, mais aussi dans le Petit Robert.

Le Trésor cite plusieurs exemples : une couple d’œufs, une couple de cents œufs (Verlaine), une couple d’heures (Barres). Ce dernier exemple figure d’ailleurs dans Le Robert, avec la mention régionalisme. Le dictionnaire de l’Académie, quant à lui, donne la définition suivante :

Ensemble de deux choses réunies occasionnellement et, par ext., un petit nombre.

Canadiens et Québécois connaissent bien l’expression que l’on entend couramment dans la langue quotidienne.

Encore une fois nous voyons que ce qui peut sembler un anglicisme n’est parfois rien d’autre que du vieux français.  

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Administration

La nouvelle administration Biden prend son envol… ou plutôt faudrait-il dire le nouveau gouvernement Biden?

Voilà une expression qu’on n’entend guère. Par le passé, autant les médias que les analystes se sont penchés sur les faits et gestes des administrations Kennedy, Nixon, Obama, etc. Pourtant il s’agissait bel et bien d’un anglicisme, comme le confirment les ouvrages de langues.

Le Petit Larousse :

Aux États-Unis, ensemble formé par le gouvernement proprement dit et par les conseillers engagés par le président pour l’aider à élaborer sa politique.

Car administration ne s’emploie pas pour le gouvernement d’un autre pays que les États-Unis. Imagine-t-on l’administration Macron en France? L’administration Merkel en Allemagne? Non.

En français, le mot administration s’entend de l’ensemble des services de l’État. On désigne souvent par ce mot les fonctionnaires.

Administration est donc un anglicisme passé dans l’usage, bref un américanisme.

Un autre américanisme est le mot convention, au sens de congrès d’un parti politique pour désigner un candidat à la présidence et son colistier.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Mitaine

Je ne pensais jamais écrire un billet sur le mot mitaine. La popularité de la photo prise de Bernie Sanders, bien emmitouflé sur les marches du Capitole, m’a convaincu qu’il valait la peine d’en parler.

Ses mitaines tricotées ont fait le tour de la planète et on ne compte plus les trucages pour le faire apparaitre sur des toiles de grands maitres aussi que dans des scènes de la vie quotidienne.

Les médias français ont parlé des moufles du sénateur américain et ce détail a attiré mon attention, puisqu’au Canada il est question de mitaines. De prime abord, je croyais à un anglicisme, puisque les anglophones parlent de mittens. Pourtant ce n’est pas vraiment le cas. Il s’agit d’un régionalisme courant au Canada, mais aussi en Suisse et dans certaines régions françaises. L’anglais a donc repris un terme qui se fait plus rare en français moderne.

Les Européens emploient donc moufles, un mot que l’on ne voit à peu près jamais sous nos contrées enneigées. Il s’agit bel et bien d’une pièce de vêtement qui couvre entièrement la main, sans séparer les doigts.

Quant à mitaine, il revêt maintenant le sens suivant, selon le Petit Robert : « Gant qui laisse à nu les deux dernières phalanges des doigts. » Cette définition surprendrait n’importe quel Canadien.

Le dictionnaire en question retient toutefois l’expression canadienne à la mitaine, qui signifie faire les choses à la main, sans moyens techniques. Un peu comme cette chronique pleine de doigté.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Investiture

Les médias francophones du Canada semblent avoir enfin abandonné cet anglicisme détestable inauguration de Joe Biden. Comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, le terme exact est assermentation. Cependant, bien des médias parlent de l’investiture du nouveau président des États-Unis.

De multiples sources confirment que l’investiture, c’est le fait pour un parti politique de choisir un candidat à une élection. Par exemple, Kamala Harris a reçu l’investiture démocrate pour briguer un poste de sénatrice en Californie.

On pourrait croire que le terme ne convient pas parfaitement à la prise du pouvoir d’un nouveau président, bien que Joe Biden ait obtenu lui aussi l’investiture du Parti démocrate lors d’un congrès de cette formation tenu l’été dernier.

Mais l’investiture ne concerne pas uniquement un parti politique. Le Larousse donne aussi la définition suivante :

Procédure qui tend, en régime parlementaire, à accorder à un nouveau chef de gouvernement la confiance du Parlement.

On y est presque.

Dans le cas des États-Unis, c’est le vote du Collège électoral qui détermine l’élection du président. Ce Collège ne fait pas à proprement parler partie du Congrès; il s’agit plutôt d’une instance temporaire qui vote pour l’un des candidats, dans chaque État de la fédération américaine. Ce collège cesse d’exister dès qu’il a voté.

En étant très puriste, on pourrait crier à l’impropriété.

Investir

Investiture et investir forme un tandem imparfait en ce sens que le substantif et le verbe ne concordent pas parfaitement. C’est ce que j’appelle des mots orphelins ou encore des demi-frères.

Parce que le verbe investir possède un sens moins précis que le substantif. Dixit le Larousse :

Charger solennellement, officiellement, d’un pouvoir, d’un droit, d’une dignité.

Voilà exactement la teneur de la cérémonie d’assermentation du 20 janvier : investir Joe Biden des pouvoirs du président des États-Unis.

Les médias du Canada français ont remplacé inauguration par assermentation ou investiture. D’ailleurs, les médias français parlent eux aussi d’investiture. Ce dernier suit parfaitement la logique du verbe investir et il serait vraiment abusif de crier à l’erreur. Et ce pour deux raisons.

  1. Le sens des mots évolue et ils prennent parfois des significations nouvelles. C’est ce qu’on appelle l’évolution de la langue. Dans le cas présent, cette évolution n’est pas un anglicisme.
  2. L’emploi d’investiture ne débouche pas sur une absurdité linguistique, comme c’était le cas pour inauguration.

Comme c’est presque toujours le cas en français, il faudra attendre plusieurs années avant que les ouvrages de langue finissent par faire concorder investiture et investir. Malheureusement, il est bien possible que les dictionnaires ne confirment jamais cette évolution pourtant facile à recenser. Les lexicographes sont très conservateurs.

Entretemps, réjouissons-nous de l’investiture du président Biden et souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.