Archives de catégorie : Stylistique

Quai

Le français est une langue parcimonieuse quant à l’utilisation de la majuscule. On peut observer ce phénomène dans l’écriture des adresses, qui a fait l’objet d’un article dans ce blogue.

Les génériques rue, boulevard, chemin, place s’écrivent avec la minuscule initiale. Ainsi en va-t-il de quai.

Au Québec, ce générique n’identifie généralement pas une voie de circulation. Un quai est un endroit où l’on amarre un bateau.

En Europe, par contre, la rue bordant un fleuve ou une rivière est parfois appelée un quai. À Lyon, on peut circuler sur le quai Jean Moulin, qui longe le Rhône. Les fans de Bob Morane savent qu’il habite au quai Voltaire, à Paris.

Certains quais sont devenus mythiques, parce qu’ils identifient aussi une institution importante.

L’Institut de France est situé sur le quai Conti. Il abrite notamment l’Académie française. Par métonymie, on parle souvent du Quai Conti, avec majuscule. Celle-ci indique qu’il n’est pas vraiment question de la voie de circulation, mais bien de l’Institut.

D’autres quais symbolisent eux aussi une organisation importante.

Le Quai des Orfèvres : la police judiciaire. Ceux qui lisent Simenon connaissent…

Le Quai d’Orsay : le ministère des Affaires étrangères de France.

Les États-Unis blâment la France : le Quai d’Orsay a réagi vivement.

Lorsqu’il devient élément déterminatif d’un odonyme, le mot s’écrit avec la majuscule, comme le précise l’Office québécois de la langue française.

850, chemin du Vieux-Quai

Record

Les journalistes, obnubilés par la tentation de l’hyperbole, n’en finissent de qualifier de toutes les manières le mot record, comme si ce dernier ne se suffisait pas à lui-même.

Allons-y gaiement. Un nouveau record, un record jamais égalé, un record absolu…

Beurk! Quelle méconnaissance de la sémantique.

Un record est par définition nouveau. Imaginez-vous un commentateur sportif dire que Rafael Nadal a établi un ancien record?

Usain Bolt a établi un record jamais égalé de 9,58 secondes au 100 mètres. Si c’est un record, c’est probablement qu’il n’a jamais été égalé. Si c’était un ancien record, on le dirait, non?

Un jour, peut-être, son record sera battu, pulvérisé, mais non brisé, qui est un anglicisme.

Alors pourquoi tout ce cafouillage?

Pourtant, le Robert est clair quand il définit un record : « Exploit sportif qui dépasse ce qui a été fait avant dans le même genre. »

Le détenteur du record est malheureusement appelé recordman, faux anglicisme, incompréhensible pour des anglophones.

Mis en apposition, record peut aussi servir d’adjectif. Par conséquent, il est logique de l’accorder : des bénéfices records.

Certains grammairiens estiment qu’il devrait être invariable, parce que le mot vient de l’anglais. Idem pour standard. Certains battent tous les records quand il s’agit de compliquer inutilement le français.

Vous trouverez dans ce blogue d’autres articles sur le sport :

Partis politiques

Un parti politique est une organisation et une organisation s’écrit habituellement avec la majuscule initiale. Vrai? Tout à fait.

Les partis politiques français sont eux aussi des organisations, dont le nom s’écrit le plus souvent en minuscule, surtout s’il comporte le générique parti.

Lire sur l’histoire dans les encyclopédies française nous permet d’assister à un défilé de formation anonymisées, comme le parti communiste français, le parti bolchevik. Pourtant, le PCF est bel et bien une organisation; écrire son nom en minuscule est absurde.

Que ce soit dans Le Monde ou dans L’Express, on assiste à une valse-hésitation entre Parti communiste et parti communiste. Les partis étrangers sont également frappés : Parti travailliste, parti travailliste.

En proie à une étrange pudeur, les journalistes hésitent à coiffer d’une majuscule une organisation qui, si elle était de nature commerciale, prendrait automatiquement la majuscule. Qui imagine des graphies comme general motors, hydro-Québec, électricité de France?

Heureusement, la logique est différente lorsqu’une formation politique porte un nom excluant le mot parti. Pensons aux Républicains de l’ancien président Nicolas Sarkozy. Le Rassemblement national de Marine Le Pen.

Alors, comment expliquer cette cohabitation dépassée entre titres énoncés avec la majuscule initiale et les autres tout en minuscule?

Le passé

Pendant longtemps, la pingrerie était à l’honneur. Voilà quelques décennies, les périodiques orthographiaient ainsi les formations politiques : parti socialiste, parti communiste, parti radical-socialiste. Les abréviations utilisées tenaient du rachitisme : p.s., p.c, p.r-s.

Depuis, l’usage s’est modernisé. Heureusement.

La presse française semble avoir abandonné cette fâcheuse habitude d’étêter les noms de partis. Pourtant, les noms tout en minuscules se voient encore assez souvent. Une simple recherche dans Google le démontre facilement.

Ces graphies désuètes et illogiques se perpétuent malheureusement quand il est question des États-Unis. Dans la presse française, on parle du parti républicain et du parti démocrate, alors qu’il serait logique d’écrire Parti républicain et Parti démocrate.

Les vieilles manies ont la vie dure…

La majuscule à l’honneur

Au Québec, on écrit depuis belle lurette ces noms avec la majuscule initiale. Que l’on pense au Parti québécois, au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique. Ici, aucune hésitation. On ne lira jamais dans nos journaux le nouveau parti démocratique. Triste façon de couper les ailes au NPD.

Les noms des partis étrangers sont eux aussi écrits avec la majuscule initiale. Et ils sont traduits la plupart du temps. Pensons aux formations suivantes : Parti national écossais; Congrès national africain, Union chrétienne-démocrate.

Certains partis gardent leur appellation originale, comme le Likoud, en Israël. Certains noms plus difficiles à traduire restent parfois en anglais, comme le Quami Watan Party, au Pakistan.

On se réfère parfois au nom original d’un parti, même si l’appellation est traduite en français. Par exemple le Parti travailliste est souvent appelé le Labour dans notre langue.

Les abréviations

Si les noms peuvent se traduire, il n’en est pas de même pour les abréviations. L’usage tend à conserver le sigle original. Ainsi, le parti d’Angela Merkel, l’Union chrétienne-démocrate, se décline CDU quand on veut l’abréger. Bien sûr, on pourrait forcer un peu la note et adopter UCD, mais il n’est pas certain que le public-cible suivrait.

Comme on le voit, les points abréviatifs ont disparu et toutes les lettres sont en majuscules.

Au Québec, on a choisi de créer des appellations à partir des sigles.

Le Parti québécois, abrégé PQ, a donné les péquistes. La Coalition avenir Québec a engendré les caquistes, appellation malheureuse, à mon avis.

Les partisans

Qui dit parti, dit partisans. Contrairement à ce que pensent bien des rédacteurs, on ne met pas de majuscule initiale : les démocrates américain, les socialistes belges, les libéraux-démocrates britanniques.

Élection ou élections?

Les participants qui assistaient à mes ateliers sur le système politique canadien me posent souvent cette question : doit-on dire « les élections fédérales » ou bien « l’élection fédérale »

De prime abord, on peut penser que les deux se disent, et c’est exact. Sauf qu’il faut savoir dans quel contexte.

Le Petit Robert nous met sur une piste grâce aux exemples qu’il présente au lecteur. Au pluriel :

Élections municipales, sénatoriales, législatives, européennes.

Dans tous ces scrutins, on élit des conseillers municipaux, des sénateurs, des députés.

Le même ouvrage propose le singulier lorsqu’une seule personne peut être élue.

Élection présidentielle, élection d’un académicien, d’un pape.

On parlera donc des élections fédérales et non d’une élection fédérale.

Que ce soit une ou des élections, l’anglicisme nous guette. J’ai écrit deux articles à ce sujet.

Être en élection : article.

Aller en élection : article.

Ainsi, on écrira : « Aux États-Unis, les élections à la Chambre des représentants se déroulent en même temps que l’élection présidentielle. »

Chefferie

La course à la direction du Parti québécois est lancée et connaîtra son dénouement le 7 octobre prochain.

Il n’est pas rare que les médias parlent de la chefferie d’un parti, notamment d’un congrès à la chefferie. Certains sourcilleront.

Voici ce qu’en dit le Grand Dictionnaire terminologique : Le terme chefferie, bien qu’il soit encore critiqué dans certains ouvrages correctifs, fait partie du vocabulaire politique du Canada français depuis la fin du XIXe siècle, et est parfaitement conforme au système linguistique du français.

Bien entendu, ce terme n’a pas intégré le Petit Robert en ce sens. Pourtant, il existe bel et bien, mais pour l’Afrique. Son sens est toutefois différent : Unité territoriale sur laquelle s’exerce l’autorité d’un chef traditionnel.

Beaucoup parlent aussi d’un congrès au leadership. Ce mot est couramment employé et il est français depuis 1875. Alors, à moins d’être puriste…

Ceux qui voudront éviter chefferie (pas assez officiel ou guindé), et qui se méfieront de l’anglicisme leadership, pourront toujours se rabattre sur direction.

Allons-y donc gaiement : les conservateurs, néodémocrates et péquistes organiseront des congrès à la direction d’ici 2017. Décidément, pas mal de chefferie dans l’air…

Du singulier au pluriel

On le fait régulièrement en anglais et personne ne tique. Mais en français, on dirait qu’il y a un petit hiatus. Comparons.

The driver called the police and they arrived quickly.

Le chauffeur a appelé la police et ils sont arrivés rapidement.

Cela ne colle pas. Le pronom se rapporte à un nom singulier, pourtant le pronom est pluriel.

L’anglais recourt souvent à ce procédé appelé syllepse grammaticale. Les anglophones sont moins agacés que les francophones, car leur langue s’articule moins autour de la rigueur grammaticale, mais davantage autour de la réalité.

Notre chauffeur de tantôt a appelé la police et on peut présumer que ce sont des policiers qui se présenteront, et non pas un seul. Dans cas, il y a une certaine logique à utiliser un pronom pluriel. De plus, on peut percevoir la police comme une entité collective.

Autre exemple lu récemment sur la Toile :

Mon message à la jeunesse africaine, c’est de leur dire de rester en Afrique.

La jeunesse africaine représente une multitude d’individus. On devine que la phrase ci-dessus vient de l’anglais et qu’on a employé le pronom them. Donc, nouvelle manifestation de l’horripilant singular they.

En français, ça ne passe pas aussi bien qu’en anglais. L’accord devrait se faire en fonction du genre et du nombre du référent. On dira donc :

Mon message à la jeunesse africaine, c’est de lui dire de rester en Afrique.

Ce type de glissement grammatical est toutefois assez répandu en français. Comme le signalent les Clefs du français pratique :

Il est toutefois admis d’employer un pronom qui s’accorde avec un terme sous-entendu à l’esprit de l’auteur plutôt qu’avec son antécédent. L’accord se fait alors selon le sens et non selon les règles grammaticales.

On aura donc des cas dans lesquels les deux formes sont possibles :

J’ai envoyé ma demande à l’université et elle ne m’a pas encore répondu.

J’ai envoyé ma demande à l’université et ils ne m’ont pas encore répondu.

Il faut cependant éviter d’abuser de ce procédé.

Inuit

On les appelait Esquimaux. Ce terme ne sert plus que de nom à une équipe de football d’Edmonton. Les Inuits ont acquis leurs lettres de noblesse depuis un bon bout de temps, mais la graphie de ce nom ainsi que l’accord au pluriel et au féminin continuent d’intriguer.

Pourtant rien de très compliqué.

Les noms d’origine étrangère intégrés au français en prennent les caractéristiques grammaticales, point à la ligne. Cela signifie que l’on fait l’accord au féminin – Inuite – et au pluriel – Inuits et Inuites.

Ces graphies sont confirmées par l’Office québécois de la langue française, les Clefs du français pratique du Bureau de la traduction, le Multidictionnaire de la langue française et le Petit Robert.

Il est assez étonnant que le ministère des Affaires autochtones et du Nord continue de prêcher l’invariabilité du terme.

Ce n’est pas un problème nouveau. Le nom des ethnies a toujours causé des mots de tête aux langagiers. En pratique, les noms des ethnies les plus connues ont été francisés.

Les Khmers, les Tatars, les Tchétchènes.

On a même francisé les Bushmen pour adopter Bochimans.

Toutefois, le français ne fait pas toujours preuve de logique; il adore couper les cheveux en quatre. Alors, les noms des ethnies moins connues restent invariables.

Les Oromo, les Xhosa, les Karen.

Pourquoi? Par crainte que la forme plurielle soit confondue avec le singulier. Par exemple, si on disait les Karens, certains pourraient penser que le nom de l’ethnie est Karens, et non Karen.

D’où la confusion avec Inuit. Pendant longtemps, ce mot a été invariable. Pourtant, on écrivait Esquimau, Esquimaude, Esquimaux.

Dans le cas d’Inuit, la logique et la simplicité l’ont emporté. Pour une fois.

Certains feront valoir qu’Inuit est en fait le pluriel d’Inuk. Il ne faut donc pas superposer un pluriel ethnique à un pluriel français. Cet argument ne tient pas. Le français a adopté la forme plurielle de Targui, soit Touareg. Et le fait déjà pour panini, forme plurielle de panino. On dit bien des paninis, comme on dit des spaghettis, n’est-ce pas?

Alors, où est le problème?

 

 

Les mythes de la nouvelle orthographe

Ces dernières semaines, on a entendu et lu beaucoup de commentaires sur les rectifications de l’orthographe de 1990. Comme il y a déjà un quart de siècle, les échanges de vue ont souvent dérapé. Un peu triste de constater que certains mythes continuent d’être propagés dans les médias sociaux et autres.

Que vous soyez pour ou contre ces rectifications, somme toute bien modestes, essayez au moins d’étayer vos commentaires de faits établis.

Voici donc une récapitulation des faussetés recensées dernièrement.

Les rectifications sont obligatoires; les graphies traditionnelles sont caduques.

FAUX. Les rectifications sont optionnelles.

C’est un bouleversement complet de la façon d’écrire.

FAUX. Seulement 1400 mots sont touchés, dont environ 800 sont d’usage courant. Cela représente un ou deux mots par texte de deux pages. En fait, les rectifications sont presque imperceptibles dans un texte courant.

On ne pourra plus faire la différence entre sur et sûr.

FAUX. On a beaucoup écrit sur cette fausseté dans les médias sociaux… C’est justement pour éviter la confusion entre sur, mur, du, jeune, que l’accent est maintenu : sûr, mûr, dû, jeûne.

Dorénavant, on écrira au son.

FAUX. L’orthographe du français demeure largement étymologique, contrairement à celle de l’espagnol, de l’italien et du portugais. On continuera d’écrire philosophie et théâtre.

Les rectifications introduisent une nouvelle faute avec nénufar.

La graphie nénuphar est la véritable faute. Ce mot ne vient pas du grec mais de l’arabe nînûfar. C’est une faute de transcription survenue en 1935 qui a introduit un faux hellénisme. Les dictionnaires d’avant cette date écrivaient nénufar.

Il sera impossible de lire les grands classiques.

FAUX. L’orthographe des œuvres de Rabelais, aussi bien que celles de Flaubert, est actualisée dans les éditions modernes, et ce, depuis longtemps.

Il est maintenant permis d’écrire «les chevals».

Ce mythe est propagé dans les écoles par des professeurs qui ne savent manifestement pas de quoi ils parlent.

Hostilité et méfiance…

 Mon enseignement m’a permis de constater que les langagiers sont en général méfiants. De fait, beaucoup d’entre eux ignorent la teneur exacte des rectifications. Lorsqu’on leur explique, leur hostilité s’atténue.

Ce qui agace souvent les participants à mes ateliers, c’est que les rectifications sont une série de demi-mesures. Par exemple, on supprime le trait d’union dans certains mots commençant par un préfixe; pourtant bien d’autres mots conservent le trait d’union. L’illogisme persiste.

Mais on peut se demander si une réforme plus ambitieuse du français passerait la rampe, quand on constate la levée de boucliers qu’a suscitée une modeste rectification de l’orthographe.

On lira avec intérêt l’article suivant qui retrace l’histoire du conservatisme linguistique des Français.

 

 

Les prépositions pièges

Les prépositions sont un moyen sûr de détecter les locuteurs étrangers qui parlent votre langue avec un accent parfait. C’est à s’y méprendre… jusqu’au moment où ils butent sur une préposition.

Les prépositions sont les mines antipersonnel des langues. Elle sont rarement gouvernées par la logique, puisque leur utilisation diffère d’une langue à l’autre.

Prenons le verbe attendre. En français, on attend quelqu’un; en anglais on attend POUR quelqu’un, tandis qu’en allemand on attend SUR quelqu’un.

Nul besoin d’être un anglophone pour s’enferrer (l’ancêtre d’enfarger) dans le nœud kafkaïen des prépositions.

Nous allons pallier à ces inconvénients. Ici, le à est de trop. Nous allons pallier ces inconvénients.

Une erreur que l’on entend souvent dans les médias et partout : Les pourparlers achoppent sur la question de la rémunération. La préposition exacte est à : Les pourparlers achoppent à la question de la rémunération.

Les institutions gouvernementales peuvent elles aussi comporter des pièges. Qu’on en juge. Le ministère de la Santé, le secrétariat à la Condition féminine.

Les ministères américains s’appellent secrétariat. On dira donc : le secrétariat au Trésor, et non du Trésor.

Un verbe comme discriminer pose problème. Les exemples sont nombreux avec la préposition contre; il y en a aussi un bon nombre dans lesquels le verbe est employé sans préposition.

S’il est clair que l’on peut dénoncer la discrimination contre un groupe précis, il est moins certain que l’on puisse dire : discriminer contre tel groupe. On le voit pourtant, aussi bien en Europe qu’au Canada.

Le verbe est aussi employé de manière absolue :

À propos du handicap, nous constatons une tendance à fournir certains services aux personnes handicapées, mais à les discriminer. (Parlement européen)
Voici un extrait d’un débat au Parlement canadien :
Bien entendu, ces mesures ont été rejetées du revers de la main par ces réformistes-conservateurs qui ont préféré discriminer les industries en n’étant généreux qu’avec celles qui lui fournissent le plus de capital politique.
Cette fois-ci, on voit que le verbe est employé sans préposition. L’usage ne semble donc pas fixé, ce qui explique que les derniers dictionnaires escamotent le problème en ne donnant aucun exemple précis avec le verbe discriminer.
Pour en savoir plus sur le verbe discriminer, veuillez consulter cet article et le suivant.

Les États américains : mode d’emploi

La façon d’énoncer les noms des États américains peut poser des problèmes. Je reprends donc l’article que j’ai fait paraître en 2004 dans la défunte revue L’actualité terminologique.

Deux points suscitent des interrogations : l’utilisation ou non des parenthèses lorsqu’il y a apposition avec un nom de ville et la préposition à employer.

Les parenthèses

Le nom de l’État est souvent mis en apposition lorsqu’il est question d’une ville américaine. Ce procédé est parfois inutile, notamment pour Washington, qu’il n’est pas nécessaire de faire suivre de DC en français, car il n’y a aucun risque de confusion avec l’État du même nom. On pourrait aussi se dispenser d’écrire que Boston est au Massachusetts, Cleveland en Ohio, etc. Cependant, il faut prendre garde à certains noms de villes qui ont des homonymes, si je puis dire, dans d’autres États. Prenons le cas de Salem. On a brûlé des femmes accusées de sorcellerie à Salem, au Massachusetts, mais pas en Oregon, dont la capitale porte également ce nom. Dans ce cas, il peut effectivement être utile de préciser l’État.

Le nom de celui-ci est indiqué sous forme d’incise dans les textes anglais, précédé d’une virgule. On lira par exemple Los Angeles, California. Il est tentant pour le langagier francophone d’imiter cette formulation, mais, tôt ou tard, surviendra un problème d’uniformité si des villes canadiennes sont énumérées dans le même texte, avec le nom de la province en référence. Nous aurons donc Los Angeles, Californie et Vancouver (Colombie-Britannique). Hiatus. Aux fins d’uniformité, ne serait-il pas préférable de conserver la présentation adoptée pour les provinces canadiennes? Je crois que oui. Et ce qui vaut pour les États américains vaut aussi pour les Länder allemands, les provinces françaises, les États fédéraux mexicains ou indiens.

La préposition

Faut-il dire : « Il est né dans le Delaware » ou bien « …au Delaware »? En fait, c’est un faux problème, car il s’agit tout simplement d’appliquer les règles habituelles.

  • Si le nom est féminin et commence par une consonne : en. Exemple : en Virginie.
  • Si le nom est féminin et commence par une voyelle : il n’y en a aucun.
  • Si le nom est masculin et commence par une consonne : au. Exemple : au Kansas.
  • Si le nom est masculin et commence par une voyelle : en. Exemple : en Indiana.

Quant à Hawaï, il s’agit d’un nom féminin, qui s’emploie sans article et requiert la préposition à. Deux autres noms d’États – Washington et New York – ne prennent pas l’article et sont de genre masculin; l’usage au Canada français est de faire précéder leur nom du générique État, qu’il faut faire précéder de la préposition dans suivie de l’article. Ce qui donne : dans l’État de Washington; dans l’État de New York.

Vous souhaitez en savoir plus? Je vous invite à relire deux de mes articles parus dans L’Actualité terminologique, soit « Les États-Uniques » (vol. 31,  2, 1998, p. 20) et « États-Uniens ou Américains? » (vol. 33,  2, 2000, p. 23). L’article d’Hélène Gélinas-Surprenant, « Le Canada et les États-Unis au long et en abrégé » (vol. 35,  4, 2002, p. 26) vous éclairera aussi sur le « maniement » des noms d’États américains – emploi de l’article, genre et abréviation.