Archives de catégorie : Anglicismes

World class

Une cité universitaire de classe mondiale. Une entreprise de recyclage des déchets de classe mondiale. Ne sentez-vous pas le besoin d’aérer la pièce? Des relents d’américain nous empestent.

Devant l’omniprésence de la langue américaine, les langagiers ressemblent parfois à des poules sans tête et se contentent de calquer l’original anglais sans se poser de question.

Pourtant, même si ce réflexe se perd dans la francophonie, il y a souvent moyen de traduire, même si le calque syntaxique fait figure de sirène…

Les traductions les plus simples

Suivre la logique de l’anglais est toujours invitant. Nous aurons donc une cité universitaire de calibre, de classe, de niveau ou de rang mondial. Elle pourrait aussi être d’envergure mondiale ou internationale.

Comme on le voit, on pourra jongler avec les mots international(e) et mondial(e).

Des traductions plus imaginatives

Je sais, tout est demandé pour avant-hier. Mais ne pourrait-on pas parler d’une entreprise incomparable de recyclage des déchets? D’une excellente entreprise, d’une entreprise à la fine pointe, ultramoderne? Bref, une entreprise de (grande) renommée.

La notion de « calibre international » est ainsi implicitée. Et le français s’en porte mieux.

Quelques exemples glanés dans la Grande Toile

World class regulatory regime = un puissant outil de planification.

World class researchers = d’éminents chercheurs; des chercheurs de premier ordre.

World class technology = une technologie de pointe.

D’autres idées?

QR code

Bonjour, comment vont vos code-barres bidimensionnels?

Vous savez, ces gribouillis labyrinthiques en forme de carré. Vous les balayez avec votre téléphone et hop! accès direct à un site web.

Vous avez sans doute reconnu les fameux QR code, comme on dit en Europe, appelés ici au Québec code QR. Que signifie au juste l’initiale QR? Quick response, donc un code de réponse rapide. Je ne pousserai pas le purisme jusqu’à proposer cette traduction; il me semble que code QR est suffisant.

Bien sûr, il ne scintille pas de mille feux comme l’anglicisme, parfaitement inutile d’ailleurs. Le QR code est le parfait exemple d’un terme anglais facilement traduisible en français.

L’OQLF

Les code-barres bidimensionnels précités sont une proposition de l’Office québécois de la langue française. Proposition qui fera certes des gorges chaudes outre-Atlantique, où l’on a perdu l’habitude de traduire dès que ça vient de l’Amérique.

Néanmoins, il faut reconnaitre que la traduction de l’OQLF demeure obscure et quelque peu pompeuse. C’est pourquoi il ne me semble pas avisé de l’adopter.

Sensitivity readers

Le concept est anglo-saxon, alors il est normal qu’il soit exprimé en anglais, du moins dans un premier temps.

Les sensitivity readers sont des traqueurs qui scrutent les manuscrits pour isoler les expressions susceptibles d’indisposer certains membres des minorités. Ces épurateurs modifient le contenu des œuvres pour les rendre plus acceptables.

On a tous entendu parler de Dix petits nègres d’Agatha Christie dont le titre est devenu Ils étaient dix. Ce qui est moins insultant, on avouera.

Kevin Lambert, lauréat québécois du Prix Médicis pour Que notre joie demeure, a embauché une Canado-Haïtienne pour s’assurer de la crédibilité d’un personnage d’origine haïtienne.

Ai-je besoin de préciser que ce courant de purification littéraire vient des États-Unis? Nul ne sera surpris qu’il envahisse le Canada, mais aussi la France et sûrement le reste de l’Europe.

Traduction

L’Office québécois de la langue française propose lecteur sensible, mais aussi démineur éditorial. Voilà qui ne manque pas de piquant et ce dernier terme a été proposé par la Commission d’enrichissement de la langue française.

Il est clair que l’américanisme est promis à un bel avenir ici et en Europe. Cela ne signifie pas qu’il est impossible de la traduire en français.

Je salue le journal parisien Le Figaro qui se donne la peine de chercher des traductions, contrairement au Monde qui se gargarise allègrement dans ce nouvel anglicisme excitant.

La récolte ne manque pas d’intérêt : conseillers culturels, correcteurs de sensibilité, mais aussi des traductions plus radicales comme censeurs littéraires. Évidemment, ce dernier terme n’est pas tout à fait neutre, c’est le moins que l’on puisse dire. Les personnes à l’affut de la moindre incartade sémantique seront évidemment fâchées qu’on les traite de censeurs. Par ailleurs bien des gens estiment qu’ils n’ont pas à se faire dire ce qu’ils doivent ou ne doivent pas lire.

À mon sens, correcteurs de sensibilité est une belle trouvaille. Des lecteurs m’ont envoyé toutes sortes de suggestions, que je vous livre en vrac : expurgateurs, euphémisateurs, aseptiseurs...

Un lecteur me signale le terme anglais bowdlerization, du nom de Thomas Bowdler qui, au XIXe siècle, a épuré les œuvres de Shakespeare pour qu’elles conviennent mieux aux femmes et aux enfants.

Donc, rien de nouveau sous le soleil. Dans quelle mesure ces propositions arriveront-elles à s’implanter? Je demeure d’un optimisme prudent…

Gaza

Gaza vit un enfer ces jours-ci, un enfer qui suscite l’indignation partout dans le monde. États-Uniens et Israéliens semblent décidés à faire l’unanimité contre eux. Les deux méprisent les institutions internationales.

Leur adversaire est un groupe terroriste, le Hamas, ce que bien des gens veulent oublier. Le Hamas veut l’extermination des Israéliens et il est soutenu tant par l’Iran que par une bonne partie du monde arabe.

Quelques rappels linguistiques

Le territoire de Gaza s’appelle la bande de Gaza. Le plus souvent, on dira Gaza tout court; il n’y a pas d’article, tout comme pour Bahreïn. Le toponyme est de genre masculin : Gaza est bombardé quotidiennement. Bien entendu, si on parle de la bande de Gaza, l’accord se fera au féminin.

 Gaza est un territoire situé en bordure de la Méditerranée. Sa capitale s’appelle Gaza elle aussi. Pour éviter la confusion, on pourrait tout simplement dire la ville de Gaza. Rappelons-le : Gaza City est une INVENTION; la ville ne s’appelle pas ainsi en arabe.

D’autres cas

Malheureusement, on répète les mêmes erreurs que jadis, quand on appelait la capitale guatémaltèque Guatemala City, alors que le nom espagnol de la ville est Guatemala Ciudad. Il y a des limites à tout nommer en anglais. Là encore, on pourrait dire la ville de Guatemala. Mais c’est peut-être trop simple. Il y a une dizaine d’années, l’horrible Guatemala City est apparu dans les pages du Larousse, pourtant une source fiable pour la graphie de toponymes. Heureusement, cet anglicisme est disparu par la suite.

Les habitants de Gaza

On les appelle les Gazaouis, ce qui semble faire l’unanimité. Pourtant il y a une autre façon de les désigner. Voir mon article à ce sujet.

Replay

J’écoute régulièrement les informations télévisées de France pour avoir un point de vue différent de ce que j’entends au Canada, mais aussi pour d’autres raisons. À commencer par l’absence de pauses commerciales envahissantes qui brisent le rythme des téléjournaux. Mais aussi pour entendre une langue fluide au vocabulaire précis qui contraste nettement avec celle des journalistes du Canada français (vocabulaire pauvre, syntaxe malmenée, etc.)

Malgré cette richesse linguistique, les bulletins de la télé française nous assènent sans cesse de nouveaux anglicismes, dont la plupart peuvent aisément se traduire en dans notre langue. Shrinkflation est un bon exemple. Évidemment, ces accrocs sont sans commune mesure avec le délabrement de la langue ici.

Sur les ondes françaises, on parle d’une émission en replay. Je tique. L’animateur parle probablement d’une émission diffusée en reprise. C’est en tout cas ce que l’on dirait chez nous.

On peut voir l’expression En rattrapage dans le menu de certaines plateformes de diffusion en continu (streaming en France). Voilà une belle façon de faire sauter l’anglicisme replay.

Dans les dictionnaires

Le Robert propose la définition suivante : « Service qui permet de voir en différé un programme télévisé ou radiophonique après sa diffusion. »

La recommandation officielle est télévision en rattrapage…

Je me demande soudain si les lexicographes français ne se sont pas inspirés de l’expression qui a cours au Canada.

Oublie ça!

« Oublie ça! », entend-on souvent au Canada français. Cette réplique familière est tellement courante qu’on oublie qu’elle s’inspire de l’anglais Forget it!

Elle s’emploie lorsqu’on exprime un souhait irréalisable parce qu’une autre personne ne voudra jamais suivre nos conseils.

En bon français, il faudrait plutôt recourir à l’une des locutions suivantes :

Laisse tomber!

N’y compte pas!

Peu importe. C’est perdu d’avance.

Il ou elle ne voudra jamais.

Tu prends tes désirs pour des réalités.

En anglais, forget it est une réponse commune lorsqu’on remercie une personne qui nous a rendu service. Au lieu de dire platement Oublie ça, on pourrait essayer de s’exprimer en français correct :

Je vous en prie.

Ne vous en faites pas.

Cela n’a aucune importance.

Cela me fait plaisir.

Et surtout éviter le très américain Pas de problème.

Cold case

Certains considèrent le meurtre du président John Kennedy en 1963 comme un cold case, tandis que d’autres se rangent du côté du juge Warren. Lee Harvey Oswald est le seul coupable, point à la ligne. Entre les deux, tout un vivier de conjectures qui incriminent la mafia, Cuba, les Soviétiques, etc. J’oubliais les extraterrestres.

Les amateurs de romans policiers, dont je suis, tombent parfois sur l’expression cold case. Un franc-tireur de la police, généralement marginal, alcoolique et coureur de jupons, décide de déterrer une vieille affaire pour tenter de la résoudre. Il y parvient toujours.

Cold case constitue le crime parfait : impossible de traduire le terme littéralement. Les affaires froides? On parlera plutôt des affaires non résolues, affaires non élucidées, des dossiers en suspens, non encore fermés, des dossiers non classés.

Mais pourquoi pas les affaires classées sans suite?

Certains proposeront des traductions comme vieilles affaires, anciennes affaires, etc. Mais toutes pèchent par imprécision.

L’attrait irrésistible de l’anglais en Europe ne se dément pas. L’expression cold case est régulièrement employée, que ce soit dans les bouquins ou dans les séries policières. Un simple délit là-bas, un vrai crime au Canada.

Food truck

Les anglicismes envahissent tellement la langue française qu’il y a de quoi faire une indigestion, surtout quand il serait possible de traduire l’expression dans notre langue et que, par surcroit, elle ne renvoie pas uniquement à une réalité anglo-saxonne.

C’est le cas de food truck. Vous savez, ces espèces de bazars ambulants qui vendent le plus souvent des mets rapides, cuits sur le gril. Par exemple des hot-dogs et autres shawarmas.

Le terme n’est pas si difficile à traduire.

L’Office québécois de la langue française propose : camion de restauration, camion de cuisine de rue.

Camion de cuisine, camion-cuisine, camion-restaurant, etc. Certains risqueront camion de bouffe… Et pourquoi pas? Les cyniques ajouteront camion de malbouffe…

On peut voir aussi camion alimentaire, camion à nourriture.

Et pourquoi pas le bon vieux mot cantine? Certains objecteront qu’une cantine est une sorte de restaurant collectif… Vrai, mais n’est-ce pas ce qu’est, au fond, un food truck? On pourrait peut-être dire une cantine roulante.

Bref, vous voilà saturés, bande d’insatiables. Quand on y panse (!), il est facile de traduire cet anglicisme.

Graduation

Êtes-vous gradué? Si oui, c’est que vous ressemblez à un thermomètre!

En cette fin d’année scolaire, on assiste à une ribambelle de bals de graduation qui marquent la fin des études secondaires. Il s’agit en fait d’un bal de fin d’études.

Grade

La confusion vient du fait que le mot français grade a inspiré l’anglais. Dans notre langue, un grade est un titre ou un diplôme universitaire. Le fait d’en posséder un signifie que vous êtes diplômé. Vous avez obtenu votre diplôme, vous êtes titulaire d’un diplôme. Chose certaine, vous n’êtes PAS un gradué pour autant, pas plus qu’un gradé, d’ailleurs, terme qui appartient au vocabulaire militaire.

Graduation

Le terme graduation est un emprunt à l’anglais.  Il renvoie à une cérémonie de remise des diplômes, qu’on appelle en français la collation des grades, du moins dans les universités. Pour le collège ou l’école secondaire on parlera de remise des diplômes ou encore de cérémonie de fin d’études.

Vous désirez monter en grade? Arrêtez de parler de vos études comme un anglophone. C’est le français qui en prend pour son grade!

Top guns

Le ministre québécois de la Santé parle de recruter les top guns dans son réseau. Autre preuve que l’anglicisation a encore de beaux jours au Québec. Une notion simple que l’on se sent obligé d’exprimer en anglais, parce que… quoi, au juste? Le terme est plus évocateur, plus solide dans la langue de Joe Biden?

L’idée du ministre Dubé, c’est d’embaucher des praticiens de haut niveau, de rang supérieur, des gens très compétents. Bref des médecins et infirmières de haut vol. Certains diraient des gros canons, des grosses pointures. En fait, la crème de la crème, les meilleurs, quoi. Des praticiens d’élite.

Top

En Europe on parlerait peut-être de médecins de top niveau. Certes, on pourrait tout simplement dire de haut niveau, mais ce serait trop simple… Car, le mot top s’est glissé en français depuis plusieurs décennies et son éradication parait impossible, parce qu’il est court et facile à prononcer pour des gens qui ne connaissent rien à l’anglais.

Mais cet anglicisme est quand même à déconseiller, nous dit l’Office québécois de la langue française :  

L’emprunt à l’anglais top est déconseillé en français, qu’il soit employé comme nom ou comme adjectif. Top signifie « haut, sommet », et est parfois employé, par extension, avec une valeur superlative.

Le top, c’est le plus haut niveau, ce qu’il y a de mieux. Le mot en question apparait dans quelques expressions figées, qu’il est heureusement facile de traduire.

  • Top model, ou top-modèle : mannequin vedette.
  • Top niveau : de niveau supérieur, de haut niveau.
  • Top secret : ultrasecret.

Encore faut-il faire l’effort de le traduire.

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