De Gaulle et le Québec

De Gaulle

Le général de Gaulle n’est pas perçu de la même façon au Québec et en France. Pour les Français, il est le père de la Cinquième République, celui qui a réformé le système politique de l’Hexagone, pour le rendre viable. Mais beaucoup le considèrent comme une figure politique du passé. Pour les Québécois, il est celui qui a osé mettre le Québec sur l’échiquier politique international.

Découvrir un peuple

Dans les manuels d’histoire en France, la colonisation du Canada était une toute petite parenthèse. Une amie Parisienne m’a confié qu’on en parlait pendant à peu près deux minutes au lycée…

Le Canada moderne, c’était cette étrange nation britannique sise au nord d’une contrée fabuleuse, les États-Unis d’Amérique. L’histoire de cette nation courageuse, colonisée par les Britanniques leur échappait. Ils ignoraient le long combat des Canadiens pour survivre et ne pas être assimilés comme le furent plus tard les Louisianais.

Un esprit libéral, lord Durham, considérait que ce serait rendre un service aux Canadiens de les faire disparaître une fois pour toutes…

Ce sont ces Canadiens (par opposition aux Anglais) que le général de Gaulle a découvert avec surprise lorsque les Alliés sont venus libérer la France du joug nazi. Or le Général avait le sens de l’histoire. Il a reconnu dans ces « Français du Canada », comme il le disait, de dignes descendants des Français.

D’autres l’avaient vu avant lui, mais ces éclairs de lucidité se sont vite éteints. Peu de gens le savent, mais le premier ministre Honoré Mercier a été reçu avec les grands honneurs à Paris, en 1888, où on lui a décerné la Légion d’honneur.

Presque cent ans plus tard, en 1960, le président de la République Charles de Gaulle recevait le premier ministre Jean Lesage avec le même faste que s’il était un chef d’État.

Cette fois-ci était la bonne. Les relations entre la France et le Québec prirent leur envol.

Dans ses Mémoires, de Gaulle avait déjà pris conscience des « réalités profondes qui font de la Fédération canadienne un État perpétuellement mal à l’aise, ambigu et artificiel. » Il exprima à Jean Lesage sa conviction profonde que le Québec était appelé à devenir un État souverain. [1]

Vive le Québec libre

Contrairement à ce que beaucoup ont laissé croire, le fameux cri du général de Gaulle n’était pas entièrement spontané. Il était résolu à corriger ce qu’il appelait la lâcheté de la France.

Lâcheté, vous dites? La France n’avait pas engagé assez de troupes pour défendre le Canada et semblait peu intéressée par le sort de sa colonie, ces fameux « arpents de neige », selon Voltaire. Après la défaite de 1760, elle avait abandonné ses colons canadiens aux Britanniques par le traité de Paris en 1763. Par la suite, la France avait fourni un appui militaire aux rebelles américains qui ont arraché leur indépendance en 1776. Les Canadiens de l’époque en voulaient beaucoup à la mère patrie. Pis encore la France a par la suite oublié l’existence même de ces Canadiens, devenus par la suite des Québécois, pour une bonne partie d’entre eux.

« Ils vont m’entendre. », clamait le Général avant d’entamer sa visite au Canada, à l’occasion du centenaire de la fédération canadienne. De Gaule aurait même exercé des pressions sur le premier ministre Johnson pour l’inciter à réaliser l’indépendance du Québec[2]. Johnson ne se sentait nullement prêt à aller dans cette direction.

Le Général a été accueilli dans ce qu’il a lui-même appelé « une atmosphère de Libération ». C’étaient des mots puissants venant du chef de la Résistance française.

Tout au long de son parcours, sur le chemin du Roy, s’étalaient des bannières « France libre Québec libre ». Nul doute qu’elles ont stimulé les ardeurs du Général. À l’hôtel de ville de Montréal, un micro fut mystérieusement placé sur le balcon, alors qu’il n’était pas prévu que l’auguste visiteur prendrait la parole. Entraîné par la foule majoritairement indépendantiste, le Général lança le fameux « Vive le Québec libre! » Catastrophé, le premier ministre Johnson lui reprocha d’avoir repris le slogan de ses adversaires du RIN. De Gaulle n’en fit pas grand cas.

Cette déclaration lapidaire a provoqué un incident diplomatique avec le Canada et le Général plia bagage avec sans doute le sentiment du devoir accompli.

Un chemin différent

On connaît la suite. Les Québécois ont refusé par deux fois d’emprunter le chemin de l’indépendance. Ils préfèrent demeurer un État fédératif dans le grand ensemble canadien, quitte à se faire conspuer abondamment par ce peuple canadien-anglais convaincu, lui, de ne pas être raciste du tout. My foot.

Je n’ose pas imaginer ce que le Général penserait de cette situation.


[1]  « Il y a 50 ans, le Québec à Paris -2 – Un grand élan diplomatique, Le Devoir, le 11 octobre 2011.

[2]  Voir Pierre Godin, Daniel Johnson, Montréal, éditions de l’Homme, 1980.

Violence américaine

En observant – médusés – le drame qui se déroule aux États-Unis, on ne peut qu’être frappé par la violence coutumière qui embrase ce pays.

J’ai toujours aimé les États-Unis et les Américains. Je garde de beaux souvenirs de mes vacances d’adolescent à la plage d’Atlantic City, avant l’arrivée des casinos. Le Boardwalk enchanteur qui longeait l’océan, les bâtiments désuets qui s’alignaient le long de ces avenues dont le nom avait inspiré les créateurs du jeu de Monopoly.

Ce pays ressemblait tellement au Canada. Jeune ado, j’avais remarqué la présence de Noirs dans les rues, ce qu’on ne voyait à peu près pas chez nous. J’avais voulu aller voir des Noirs qui habitaient en face de notre motel, mais ma mère m’en avait dissuadé, car c’était dangereux. Ah bon.

Plus tard, j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité et fait des études de science politique à l’université. Mon opinion à propos des Américains a commencé à s’infléchir.

Un grand peuple

Au départ, j’éprouvais beaucoup de sympathie envers les Américains – et c’est toujours le cas aujourd’hui, malgré tout. Ces fiers soldats venus mourir sur les plages françaises pour libérer l’Europe du joug nazi. Ces touristes débonnaires qui débarquaient à Montréal, charmés par la magie du français, tout autour d’eux. D’ailleurs, je n’éprouvais pas de malaise à pratiquer mon anglais maladroit avec eux, car je savais qu’ils n’avaient pas d’aversion envers les francophones, contrairement à ce qui se produisait dans mon propre pays.

Politologue en herbe, j’ai étudié avec ravissement la Constitution américaine, texte génial inspiré des philosophes français. Il était fascinant de lire cette loi fondamentale ainsi que toutes ces réflexions profondes sur l’édification d’un système politique équilibré mettant la population à l’abri d’une dictature.

Et comment ne pas être ébahi devant l’ascension fulgurante de cette nation devenue à l’aube du XXe siècle un géant économique, avant de devenir un colosse politique?

La violence dès le berceau

La violence a imprimé un sceau indélébile sur la mentalité américaine. Les États-Unis sont nés dans la violence. La Révolution américaine est une révolte contre le pouvoir jugé despotique du roi anglais George III. Cette révolution est primordiale pour comprendre la mentalité du peuple américain. Elle a ancré l’idée que la violence peut être un moyen légitime de régler un problème.

Et la violence allait imprégner la société américaine de multiples manières. C’est peut-être dans le système économique qu’elle est la plus perceptible. Les Américains ont une foi absolue dans l’économie libérale; celle-ci départage les gagnants, ceux qui travaillent dur, des perdants, des fainéants, des maladroits, brutalement écartés de la richesse collective. Dans cette foire d’empoigne qu’est l’économie libérale, chacun a exactement ce qu’il mérite et l’État n’a pas à s’en mêler. En fait, le gouvernement c’est le problème, pour paraphraser Ronald Reagan. Certains extrémistes en viennent à voir dans l’État un ennemi potentiel des libertés individuelles – présentées comme sacrées et protégées par le Bill of RIghts – d’où ces théories délirantes du deep state qui cherche par tous les moyens à surveiller les individus.

Cette foi totale dans l’économie de marché remonte au XIXe siècle. Depuis lors, les pays occidentaux se sont ravisés après avoir constaté les inégalités criantes qu’elle amène. Lisez Dickens. Tant au Canada qu’en Allemagne ou au Danemark, il va de soi que tous les citoyens doivent bénéficier d’un régime public d’assurance-maladie. Aux États-Unis, c’est une hérésie pour une couche importante de la population. Le fameux Obamacare, qui étendait la protection médicale aux couches plus démunies de la population, a suscité une immense controverse chez nos voisins du sud. Beaucoup en faisaient une question de principe : l’État n’a pas à offrir une protection à des losers qui ne travaillent pas assez fort pour s’enrichir. Pourquoi moi je paierais pour eux? C’est leur problème.

Exclure brutalement les pauvres des soins de santé est une forme de violence.

Les Noirs

Dans la Constitution de 1787, on parlait de ces « autres personnes » pour désigner les esclaves. Des présidents comme Washington et Jefferson possédaient des esclaves.

L’esclavagisme était une plaie pour la jeune nation américaine et il allait conduire le pays à une guerre civile particulièrement dévastatrice. Cent ans après, il ne s’en était toujours pas remis et le pasteur Martin Luther King clamait devant la foule qu’il avait un rêve, celui de l’égalité raciale.

À cette époque, les Noirs n’étaient pas admis dans bien des hôtels et des restaurants. Il y avait des toilettes séparées pour les Blancs et les Noirs. Comme en Afrique du Sud, un État qui, lui, s’affichait ouvertement raciste.

Le racisme systématique et systémique est un acte violent. Il touche aussi les Autochtones, que l’on a exterminés à coups de fusil avant de les entasser dans des réserves. Heureusement, il n’y pas eu de solution finale pour les Noirs, mais les extrémistes blancs en rêvent sûrement. Certains brûlent des croix et glorifient Hitler.

Le Deuxième Amendement

Et il y a les armes à feu. Il peut être amusant de regarder à la télé les grands classiques du western, avec tous ces gens qui s’entretuent à qui mieux mieux. Les Amérindiens sont toujours les méchants, on voit très peu de Noirs sauf dans le rôle de palefreniers ou de serviteurs. Mais, surtout, le fait de tuer une autre personne à coup de pistolet est tout ce qu’il y a de plus banal. Là encore, l’utilisation d’une arme à feu, soit pour se défendre soit pour faire justice, est parfaitement légitime. On en revient à la Révolution américaine. On tire d’abord, on s’explique ensuite.

La sacralisation des armes à feu est imprégnée dans la culture américaine, au point qu’elle a été consacrée dans le Deuxième Amendement de la Constitution américaine. Un phénomène unique dans les pays occidentaux. En fait, les Américains sont très étonnés de savoir qu’au Canada ou en France, personne ne ressent le besoin de posséder un pistolet. « Comment faites-vous pour vous défendre? », demandent-ils, intrigués.

Le lien entre les centaines de tueries qui surviennent chaque année aux États-Unis et la libre possession d’armes à feu n’échappe pas à un enfant de cinq ans. Pourtant, on entend régulièrement des sophismes de tout genre pour défendre la libre circulation des armes. Comme : « Ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les gens. » C’est en partie vrai. Les États-Unis sont malheureusement une société violente à divers degrés, comme j’essaie de le démontrer. Ce sont en effet les gens qui tuent, qui décident d’ouvrir le feu lors d’une altercation avec un voisin, quand quelqu’un les dépasse sur l’autoroute, quand ils entendent un bruit suspect dans la maison et descendent leur propre enfant qui rentrait un peu tard. Ce sont aussi des gens qui décident de massacrer leurs collègues au bureau, leurs collègues à l’école secondaire. Le lien entre cette violence outrancière et la disponibilité des armes à feu est évident.

Sans parler de ces bons parents qui amènent leur enfant de dix ans à une foire d’armes à feu. La vénération des fusils et des armes d’assaut commence jeune.

Parlons-en des enfants. Même le massacre de 20 enfants à l’école primaire de Sandy Hook, en 2012, n’a pas convaincu les parlementaires de modifier les lois. Le Deuxième Amendement l’emporte sur toute autre considération.

Un pays irréformable?

Dans un autre texte, je faisais état du dysfonctionnement de certaines institutions américaines. La Constitution géniale de 1787 se dégonfle au fur et à mesure que les États-Unis s’enfoncent dans une décadence de plus en plus évidente. L’élection comme président d’un homme malade et inapte, un boutefeu irresponsable, vient accélérer la tendance.

Mais nos voisins du sud n’ont pas toujours été dirigés par des abrutis. Obama était un président inspirant, l’un des plus intelligents jamais vus. Pensons aussi à l’autre Roosevelt, Theodore, qui a créé les grands parcs nationaux.

La politologue et chroniqueure Josée Legault parlait d’un pays individualiste, obsédé par l’argent et irréformable. L’avenir dira si elle a raison.

Mais l’avenir des nations tient souvent aux leaders qu’elles choisissent. En 1932, les Américains ont élu Franklin Delano Roosevelt qui allait lancer le New Deal, un programme de dépenses publiques dont l’objectif était de donner du travail aux masses de chômeurs jetés dans la rue par le krach boursier. Roosevelt allait à l’encontre de la philosophie individualiste qui imprégnait la société américaine.

À mon sens, l’espoir réside dans la jeunesse. C’est peut-être elle qui lancera les réformes nécessaires pour mettre les États-Unis au diapason des autres pays occidentaux. Joe Biden serait bien avisé de choisir une colistière noire et jeune comme Kemala Harris.

Mais le chantier est vaste et les forces réactionnaires particulièrement virulentes et bien armées. Surtout que certaines réformes impliquent un changement radical de la mentalité américaine. La fracture de la société américaine n’est pas que raciale : elle divise les Américains en deux camps : les progressistes qui s’alignent sur les autres pays occidentaux et les conservateurs opposés à toute forme de changement. La bataille s’annonce rude et violente.

Le subjonctif italien

L’apprentissage du subjonctif français est sûrement l’une des tâches les plus redoutables pour tous ceux qui apprennent notre langue. Je remarque que les anglophones essaient d’éviter son emploi en tournant la phrase autrement… En effet, le subjonctif ne pardonne pas : « Je veux que tu sais que je suis avec toi. » dirait notre collègue anglophone, avant de s’exprimer autrement.

Le subjonctif français comporte deux lames sur lesquels tous ceux qui apprennent notre langue peuvent s’embrocher :

  1. Décider s’il faut employer le subjonctif.
  2. Connaitre la bonne conjugaison.

Le cas de l’italien

Apprendre la langue de Dante est relativement facile pour un francophone. Bien des mots sont transparents et on peut intuitivement deviner comment on dit une chose dans beaucoup de cas. Bien sûr, ça ne fonctionne pas à tous les coups et, comme avec l’anglais, il y a des faux amis. Salire pour monter; fermare pour arrêter.

Les francophones qui s’attaquent au subjonctif italien comprennent très vite ce que peuvent éprouver anglophones ou germanophones qui apprennent le français. Il n’y a pas d’équivalence systématique entre le français et l’italien, bien que dans la plupart des cas la convergence soit au rendez-vous.

Des locutions comme benche, senza che, affinche, perche, prima che commandent le subjonctif comme leurs équivalents français bien que, sans que, afin que, pour que, avant que.

Des phrases exprimant le doute, le regret, la volonté ou la crainte exigent aussi le subjonctif dans les deux langues.

Je veux que tu viennes / voglio che tu venga (au lieu de vieni à l’indicatif).

Jusqu’ici, pas de problème.

Mais dans d’autres cas, le français semble baisser la garde et ne respecte plus la logique initiale du subjonctif. Considérons les cas suivants :

J’espère que tout va bien. -> Sprero che tutto vada bene.

Je crois qu’elle est malade. -> Penso che sia malata.

J’imagine qu’il a eu une panne. -> Immagino che abbia avuto un guasto.

Il me semble que ce n’est pas la bonne réponse. -> Mi sembre che non sia la risposta giusta.

Il me dit qu’il est amoureux. Mi dice che sia amoroso.

La dernière phrase a été captée par hasard dans les rues de Rome. La jeune femme qui parlait à une amie exprimait un doute sur les intentions réelles de son copain. Logiquement, elle recourt au subjonctif, alors qu’une Française se sert de l’indicatif.

Comme on le voit, l’italien est à la fois plus logique et plus systématique dans l’emploi du subjonctif. Le francophone qui apprend l’italien a donc une toute petite idée des affres que subissent les anglophones qui décident d’apprendre la langue de Molière. Employer le subjonctif ou ne pas l’employer, voilà la question.

Acronymes

C’était inévitable, la dernière édition du Petit Robert a intégré l’infâme expression covid-19, écrite en minuscule. On constate ici une rupture avec la prose journalistique, surtout canadienne, qui retient l’acronyme en majuscule COVID-19. Mais c’est quand même une autre abréviation dans le paysage.

La presse française écrit plutôt Covid-19, au masculin d’ailleurs, contrairement à ce qui se fait au Canada. À propos, l’Académie française a bel et bien précisé qu’il s’agit de la covid-19, puisqu’il est question d’une maladie, et non du virus. Le Covid-19 est une erreur, puis le nom du virus est SARS-CoV-2. Mais là-bas comme ici, il est bien difficile de demander aux médias de rectifier… Pour être juste, mentionnons quand même que les médias francophones du Canada ont vite changé le fusil d’épaule et adopté la COVID-19. Si c’était toujours comme ça…

Ne reste plus qu’à mettre le nom de la maladie en minuscule : la covid-19.

Les acronymes

Bien des acronymes finissent par s’installer dans l’usage courant. Écrits en majuscule au départ, ils s’adaptent à leur nouvel environnement (comme un virus…) et endossent les habits plus étroits de la minuscule…

C’est le sort qu’a connu SIDA devenu sida. D’autres acronymes courants s’écrivent aussi en minuscule. Pensons à radar, laser et cégep. On constate que ces mots lexicalisés prennent toutes les caractéristiques d’un nom commun. On dira par exemple « des cégeps ».

Rappel : Les abréviations prononcées comme un mot s’appellent des acronymes. Une abréviation dont on prononce toutes les lettres est un sigle. Le hideux CHSLD est un sigle, pas un acronyme. En plus, cette appellation est une véritable horreur.

Les noms d’organisations

Les Européens lexicalisent également les noms d’organisations exprimés sous forme d’acronymes. L’Onu, l’Unesco en sont de bons exemples. La majuscule n’est conservée que pour la première lettre du nom, le reste étant en minuscule. Ce genre de graphies est peu répandu chez nous, mais il m’apparait moins brutal que l’acronyme frappé de la majuscule à toutes les lettres.

Le Canada est membre de l’Onu…

me parait plus joli que :

Le Canada est membre de l’ONU.

À mon avis, seuls les sigles devraient s’écrire tout en majuscule.

Florilège

La réforme du français est un sujet controversé un peu partout dans la francophonie. La résistance est particulièrement vive en Europe où la maitrise de notre langue est vue comme un signe de réussite sociale. Par conséquent, toute simplification du français est perçue – à tort – comme une dégradation de celui-ci.

Les recherches menées pour la rédaction de mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français m’ont permis de découvrir certains arguments, tous plus fantaisistes les uns que les autres, pour s’opposer à toute réforme du français. Heureusement, d’autres personnes tiennent un discours plus logique pour défendre leurs opinions.

Voici donc un florilège de certaines déclarations amusantes, tirées de mon livre à paraitre bientôt. Amusez-vous bien!

Bernard Pivot s’émerveille de voir libellule s’écrire avec quatre l, car l’insecte a quatre ailes. Il aurait aimé voir hippopotame s’écrire avec quatre p pour « assurer à l’animal plus de stabilité sur ses quatre pattes. » Le même Pivot soutient que tifon avec un seul f n’est plus qu’une petite pluie. Le poète Géo Norge y va de l’argument suivant : « Quand je lis “fotografe“, adieu la magie! Plus de petit oiseau qui sort de l’objectif. Les mots ne sont pas seulement des sons, mais des idéogrammes. » Et le même Norge de poursuivre : « Cette idée de réforme est une affaire de cuistres et de pisse-froid. Mon âme tient à son accent circonflexe et la plume de mon porte-plume ne pourrait plus s’envoler si on la soudait à ce porte-plume déjà bien lourd. » Autres réflexions apocryphes glanées ici et là : Le trait d’union dans ping-pong est indispensable, car il symbolise le filet séparant les deux joueurs. Vous n’y aviez pas pensé? Moi non plus. Dans ce cas, pourquoi n’écrit-on pas ten-nis? Le paon ne peut plus faire la roue si on lui enlève le o. La graphie nénuphar est plus poétique que celle avec un f.  

Plaidoyer pour une réforme du français.
Éditions Marcel Broquet : description du livre.

Crèche

Au Québec, on envoie ses jeunes enfants dans une garderie alors qu’en France on les dépose à la crèche. Comme cela arrive souvent, l’ancienne colonie emploie des mots différents de ceux de la mère patrie.

Il faut dire que crèche a un sens bien précis en France : un établissement qui accueille les enfants de moins de trois ans dont les parents travaillent. Nos garderies accueillent aussi bien des bambins que des enfants plus âgés.

Pourtant, garderie existe depuis 1877. C’est un local où l’on garde des enfants en bas âge. La définition est donc plus générique. Mais le terme que je vois le plus souvent dans les écrits de l’Hexagone est crèche, à moins qu’un lecteur me corrige.

D’autres parleront de jardin d’enfants, une expression qui s’apparente à l’allemand Kindergarten. D’après le Robert, cet établissement prend soin des enfants d’âge préscolaire, après la crèche.

Ces dernières années sont apparus des centres de la petite enfance, endroit où l’on fait aussi garder ses enfants.

Les parents québécois qui désirent sortir en soirée font appel à une gardienne pour prendre soin de leurs enfants, moyennant rétribution. Logique, quand même, puisqu’une gardienne garde des enfants. L’anglicisme babysitter, utilisé en Europe,étonne beaucoup de ce côté-ci de l’Atlantique.

Pas toujours un jeu d’enfants, le français.

Plan de contingence

La crise actuelle de COVID-19 met en évidence le manque de prévoyance des gouvernements face à une nouvelle pandémie. On a sabré dans les services de prévention des maladies parce que la recherche n’a pas d’effets spectaculaires qui peuvent ensuite servir d’argument en campagne électorale.

La cigale ayant chanté tout l’été, la voici maintenant confinée. Entretemps, les autorités publiques sont prises au dépourvu et élaborent des plans de contingence.

C’est bien mal connaitre le sens du mot contingence, qui est le « caractère de ce qui est contingent; éventualité que quelque chose arrive ou non », nous dit le Larousse.

On est donc loin du mot urgence. Force est de reconnaitre que nous avons affaire ici à un autre faux ami. Un plan de contingence n’est rien d’autre qu’un plan d’urgence. On pourrait aussi parler de plan d’intervention, de plan de secours.

Dépister

Les gouvernements cherchent à dépister tous les cas de covid-19 (on va finir par l’écrire tout en minuscule). La clé du déconfinement passe par le dépistage. À propos, avez-vous été dépisté?

La dernière phrase accroche, même si on l’entend dans les médias. Au même titre, d’ailleurs, que « Toutes les personnes n’ont pas encore été rencontrées. »

Selon le Robert, dépister signifie « Rechercher systématiquement et découvrir (ce qui est peu apparent, ce qu’on dissimule). Dépister une maladie. Dépister la maltraitance. »

Le dépistage, c’est la recherche d’une maladie. Le dépistage du sida, de la tuberculose.

Pour éviter l’erreur, il suffit de substituer le verbe trouver à dépister.

On trouve un objet perdu. On trouve une maladie à quelqu’un.

Mais une personne peut-elle être trouvée? Pourrait-on dire : « J’ai été trouvée pour la covid-19 »? On voit tout de suite que cette phrase est très bancale.

Seuls le manque de rigueur et une méconnaissance du français peuvent expliquer ce genre de construction. Alors, que dire? Pour paraphraser Lénine…

Bien des personnes n’ont pas été testées, et non dépistées. Le dépistage des personnes asymptomatiques reste à faire; toutes n’ont pas été testées.

Lusophone

Non, ce n’est pas un instrument de musique! Certains se souviendront de cet article dans lequel j’énumérais le nom des locuteurs de telle ou telle langue. On y découvrait, sans doute avec surprise, que les personnes parlant le portugais sont des lusophones.

Ce mot vient de Lusitanie, nom que portait le Portugal au temps des Romains.

Le Portugal a été jadis une grande puissance coloniale. Des pays comme le Brésil et l’Angola sont lusophones. Bien sûr, le portugais qu’on y parle s’est affranchi de la mère patrie, de la même manière que l’espagnol des Argentins est différent de celui de l’Espagne.

Le portugais est une langue latine, tout comme l’espagnol ou l’italien. Ces deux dernières langues ont eu une influence considérable sur le français, mais le portugais a aussi laissé son empreinte chez nous.

Marmelade

Vous mangez de la marmelade? Vous êtes lusophone d’adoption! Le mot vient en effet du portugais marmelada, qui n’est rien d’autre qu’une confiture de coings. Pourtant, en français, la marmelade est une confiture à base de m’importe quel fruit, tandis qu’en anglais il s’agit d’une confiture d’oranges…

Le plus étonnant est que le marmelada portugais dérive du latin melimelum, qui désigne une sorte de pomme douce…

On voit donc, encore une fois, que les emprunts à d’autres langues s’acclimatent de manière surprenante et voient leur signification changer.

Les emprunts au portugais

Le Portugal n’a pas seulement donné une variété de tartelettes au Nouveau Monde… (Les Québécois comprendront l’allusion.) Quelques emprunts viennent du monde maritime : caravelle, sargasses, vigie. D’autres touchent la gastronomie : curaçao, pintade, porto et, si vous en mangez, cobra et zèbre.

Notre ignorance de l’apport du portugais est embarrassante (mot d’origine lusitanienne).

Impliquer

Impliquer est un verbe courant qui a connu une mutation intéressante au fil des siècles. Il est passé d’un sens péjoratif à un sens positif, revêtant même la cape du verbe réflexif pour se donner plus d’éclat.

Ce qui est le plus étonnant, c’est que les deux sens cohabitent dans une relative harmonie. Pourtant, le verbe continue de faire grincer les dents de bien des langagiers.

Sens traditionnel

Au départ, c’était clair, impliquer signifiait – et signifie toujours – être engagé dans une affaire fâcheuse, souvent judiciaire.

Être impliqué dans un scandale de corruption.

Balzac l’employait dans ce sens, comme le signale Le trésor de la langue française. L’usage allait évoluer.

Avoir comme conséquence

Le verbe a pris une tournure beaucoup plus neutre, puisqu’il peut marquer une conséquence logique.

Entrer en politique implique de faire de nombreux sacrifices personnels.

Le Trésor mentionne aussi un emploi pronominal au sens de s’entrainer logiquement.

Toutefois, la forme pronominale contemporaine a pris une autre signification.  

S’impliquer

Votre voisin s’implique dans le scoutisme. Est-ce une faute? Pour bien des gens, oui. À leurs yeux, le sens d’impliquer est détourné et il serait préférable de dire s’investir.

Cette tournure a pénétré l’usage à un point tel que le Multidictionnaire du français l’accepte sans restriction. Il en va de même pour le dictionnaire québécois Usito. En outre, la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française ne le condamne pas non plus. Elle affiche l’exemple suivant :

Marie-Noëlle compte s’impliquer dans l’association étudiante de son école.

Même le Larousse y met du sien :

Mettre beaucoup de soi-même dans ce qu’on fait : S’impliquer dans son travail.

Une forme fautive

Lorsque le verbe signifie « être concerné par quelque chose », dans un sens non péjoratif, il doit être remplacé par toucher, intéresser, concerné.

Les personnes touchées par cette décision peuvent s’adresser au directeur.

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