Archives de catégorie : traduction

Portfolio

Le remaniement ministériel que le premier ministre Trudeau a partagé a eu de l’impact sur son Conseil des ministres et a fait en sorte que plusieurs d’entre eux ont changé de portfolio.

Qu’est-ce qui cloche dans cette phrase écrite en style journalistique contemporain? (Soupir…)

La voici réécrite : Le remaniement ministériel du premier ministre Trudeau a eu des répercussions sur son Conseil des ministres et plusieurs d’entre eux ont changé de portefeuille.

Les lecteurs qui voudront en savoir plus sur les corrections consulteront les articles suivants :

Les reportages sur la question nous ont malheureusement asséné une autre horreur que l’on n’attendait pas, à savoir portfolio, anglicisme grinçant pour portefeuille.

Par exemple, notre ancien alpiniste de la tour du CN, Steven Guilbault s’est vu confier le portefeuille de l’environnement. Certains médias, dont La Presse, ont employé portfolio.

Ce mot est emprunté à l’italien portfogli et désigne un ensemble de photos ou de gravures qui sont présentées dans un coffret ou une pochette. En anglais, le même terme est employé pour l’ensemble des responsabilités d’un ministre, ce qu’on appelle portefeuille en français.

Cette erreur nous rappelle le danger d’emprunter directement à l’anglais sans vérifier la définition d’un mot en français. Traduire machinalement – pour ne pas dire comme une machine – n’est jamais une bonne idée.

Dernier droit

On entend cette expression aussi bien dans le monde du sport que dans un contexte plus général. Elle est fautive et s’inspire de l’anglais the last straight. Dans une course de 400 mètres, par exemple, on dira que les coureurs abordent le dernier droit. En politique, on dira qu’une campagne entre dans son dernier droit, c’est-à-dire dans les derniers jours.

Le français est pourtant très simple : la dernière ligne droite. Exemple tiré du Multidictionnaire de la langue française :

Les cyclistes se positionnent en vue de la dernière ligne droite.

Dans un contexte plus général, on parlera aussi de la dernière ligne droite d’un projet. Évidemment, il sera toujours possible de moduler, selon le contexte. Quelques suggestions : les derniers moments/détails, la touche finale, le parachèvement, etc.

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Transparence

La transparence est un thème à la mode; les entreprises, les gouvernements, les individus aspirent à être transparents, sans nécessairement y parvenir. Les premières s’engagent à être transparentes tout en ayant bien des choses à cacher; les seconds en font un engagement solennel… avant de prendre le pouvoir; quant aux individus…

Pour les langagiers, une question se pose : peut-on appliquer le concept à des choses abstraites? Sommes-nous devant un autre calque insidieux de l’anglais?

Les chasseurs de primes seront déçus. Si la transparence s’applique à des objets matériels, comme l’eau ou le teint, elle décrit aussi des notions plus abstraites.

Une visite dans les dictionnaires ne laisse aucun doute. Le Robert parle de la transparence des intentions d’une personne; le Larousse est également très clair : « Parfaite accessibilité de l’information dans des domaines qui regardent l’opinion publique. »

Réclamer la transparence du financement des partis politiques.

Lorsque le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, en 1976, son président, René Lévesque, avait promis un gouvernement transparent. Cet usage ne date donc pas d’aujourd’hui.

Certains voudront substituer honnêteté à transparence, mais ce serait un glissement de sens. On peut être honnête sans être transparent. C’est d’ailleurs ce vers quoi tendent les autorités politiques, avec des succès très relatifs…

Un synonyme intéressant serait sincérité. Qu’en pensez-vous?

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Déconstruire

Pendant longtemps, j’ai cru que le verbe déconstruire était une façon chic de dire analyser. Je dois quelque peu nuancer cette opinion arbitraire. Au départ, la définition proposée par le Robert sembler pointer vers la redondance des deux termes.

Analyser : Opération intellectuelle consistant à décomposer un tout en ses éléments constituants et d’en établir les relations.

Cependant, déconstruire renvoie à une certaine forme de destruction.           

Défaire par l’analyse (ce qui a été construit). (Robert)

Défaire la construction, la structure, l’organisation de quelque chose. (Larousse)

Le Robert en ligne en rajoute : Défaire complètement ce qui a été construit.

Il ne s’agit donc plus de comprendre les mécanismes d’un tout, mais bien de le défaire. Tout comme on peut déconstruire un bâtiment, on peut déconstruire un concept, une idée.

Par exemple, on peut déconstruire l’idéologie du libéralisme économique en faisant valoir un de ses principes sous-jacents : L’accumulation de richesses par quelques privilégiés finit par profiter à tout le monde. Ce n’est qu’en partie vrai.

L’anglais, quant à lui, ne s’y trompe pas. Déconstruire est rendu par deconstruct, dismantle.

En fin de compte, la déconstruction est une analyse plus agressive.

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Offshore

Le scandale des Pandora Papers vient révéler toute la duplicité de nos dirigeants qui prétendent lutter contre l’évasion fiscale, mais ne font à peu près rien, parce que beaucoup d’entre eux profitent du système ou en profiteront. D’ailleurs qui peut nommer une firme importante ou une personnalité qui a dû rembourser à la collectivité les sommes qu’elle lui a dérobées en les versant dans des paradis fiscaux?

Les Jacques Villeneuve et autre Tony Blair ont ouvert des comptes dits offshore dans les Caraïbes ou ailleurs. La notion d’offshore est tellement courante qu’elle est entrée dans les dictionnaires courants. La recommandation officielle est extraterritorial.

En effet, quelle bonne idée! Mais en voici d’autres : si une entreprise a des actifs offshore, ils sont placés à l’étranger, dans un autre pays. Soit dit en passant, voilà une belle façon de réhabiliter le mot étranger, que la rectitude politique anglo-saxonne a banni pour le remplacer par international, ce qui entraine toute une ribambelle de faux sens, comme dans étudiants internationaux, terme joyeusement adopté par nos institutions d’enseignement.

On parle aussi de plateformes pétrolières offshore, celles qui font du forage en mer, au large. Il est également possible de parler de forage côtier ou encore marins. Là encore, on peut aisément se passer de l’anglicisme.

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Province

Le vocabulaire constitutionnel canadien est entachés d’anglicismes, sans compter tous les faits erronés rapportés dans les médias.

Le mot province, qui désigne les dix États fédérés composant la fédération canadienne, fait partie de ces anglicismes. Beaucoup seront surpris, car une province peut être une subdivision territoriale, comme l’indique le dictionnaire de l’Académie.

La Loi constitutionnelle de 1867 crée le Canada moderne et institue quatre provinces : le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Ces États font partie d’une fédération – et non d’une confédération. Des pouvoirs précis leur sont attribués, certains exclusifs, d’autres partagés avec le nouveau gouvernement fédéral.

Le mot province, pour désigner un État fédéré, est inspiré de l’anglais et mentionné depuis un bon bout de temps dans les dictionnaires traditionnels, à commencer par celui de l’Académie; on y apprend que le même mot est utilisé en Belgique pour parler d’une division politique et administrative. Le Petit Robert, quant à lui, précise que les provinces sont souveraines dans leurs domaines de compétences.

Malgré les origines anglaises du terme en question, il serait vain de tenter de lui substituer l’expression État fédéré.

D’autres pays fédéraux emploient des mots originaux. Nous avons bien sûr les États-Unis, composés de cinquante États; la Suisse avec ses vingt-six cantons; l’Allemagne et ses seize Länder, mot qui signifie « pays ».

Pour ceux qui se posent la question, le Canada est une fédération, c’est-à-dire un pays divisé en États fédéraux. Une confédération est une association d’États souverains. L’Union européenne, par exemple, est un ensemble confédéral.

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Ceylan

Certains se souviendront du thé de Ceylan. Je dis bien « de Ceylan », car le toponyme ne prenait pas l’article. Les subtilités du français. Bien entendu, il était difficile de trouver le genre dans les dictionnaires. Les plus érudits (débrouillards) avaient compris que c’était le masculin.

En 1972, le pays adopte une nouvelle constitution et change de nom pour devenir le Sri Lanka. Cette fois-ci, le français conserve le masculin et attribue un article. Désormais, on dira « le Sri Lanka ». Au moins, les choses sont claires à présent.

Mais pour ce qui est de la prononciation de Sri Lanka… nous sommes à nouveau dans le brouillard. En français, on entend le plus souvent Sri Lanka, prononcé exactement comme ça s’écrit. En anglais, il est plus courant de prononcer Shri Lanka, bien que la prononciation « à la française » soit aussi assez courante.

Les habitants du Sri Lanka s’appellent des Sri-Lankais. On remarquera le trait d’union qui est conforme à l’usage pour des toponymes composés de deux mots : Néo-Zélandais, Sud-Africains.

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Data mining

Nous avons tous vu cela sur le Net, notamment dans Facebook : quel est le nom de ton premier chien? Et bien innocemment beaucoup d’entre nous répondons Nabuchodonosor, surnommé la Terreur des facteurs. Nous lisons ensuite les autres réponses, sans être conscient que nous venons de tomber dans un piège.

Il est question ici de data mining, que l’on peut traduire par exploration, extraction, forage, fouille, prospection de données.

Les cyberfripouilles qui hantent la Grande Toile cherchent à connaitre la réponse que vous donnerez à une banque, en ouvrant un nouveau compte. Ce compte sera protégé par des questions de sécurité, comme, justement le nom de votre premier toutou, votre première voiture ou le nom de votre meilleur ami.

Les cyberfripouilles en question cherchent aussi à connaitre votre adresse, l’endroit où vous travaillez etc., et amalgament tous ces éléments pour reconstituer le puzzle de votre identité. Identité qu’ils finiront par voler. Parlez-en à ceux qui ont reçu des comptes de cartes de crédit à leur nom, mais qu’ils n’ont jamais possédées.

Une autre arnaque est le clickbait ou piège à clics, aussi appelé attrape-clics. Dans Facebook, ou ailleurs, on vous soumet une affirmation douteuse à laquelle on vous demande de réagir, par exemple : « Il n’y a aucun mot qui commence par z et finit par o. » Fier comme un paon, vous écrivez zéro. Une prise contre vous.

Dans YouTube, on vous proposera des vidéos sensationnelles, comme Les évènements les plus bizarres filmés, avec en prime une photo de jeune femme dénudée sur un yacht. Curieux de nature, vous allez voir la vidéo où il n’y a ni yacht ni jeune femme. Le fumiste qui a mis en ligne cette vidéo a récolté un clic, qui lui servira à obtenir des revenus publicitaires. Deux prises.

Morale de cette histoire : il ne faut pas réagir à n’importe quoi sur le Net, ou vous pourriez être retiré sur trois prises.

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S’empirer

Les changements climatiques s’intensifient, la situation s’empire.

Certains crieront immédiatement à l’erreur en faisant valoir que le verbe empirer est intransitif. Donc s’empirer serait aussi pire (!) que se divorcer.

De fait, empirer est maintenant un verbe intransitif, mais il ne l’a pas toujours été. Jadis, on pouvait empirer une affaire, un mauvais remède pouvait empirer le mal. De nos jours, le mode transitif est considéré comme vieilli.

Ainsi en est-il de la forme pronominale. On en trouve un bel exemple daté de 1823 dans le Trésor de la langue française : « Il était impossible que notre situation s’empirât. »

Toujours est-il qu’au Canada français la forme pronominale est encore fréquente. D’après l’Office québécois de la langue française, elle n’est pas nécessairement à éviter :

Aujourd’hui, ces emplois sont considérés comme vieillis dans la plupart des ouvrages de référence, mais ils semblent survivre davantage au Québec. Il n’est pas nécessaire d’éviter ces emplois, qui sont corrects; toutefois, puisqu’ils sont moins courants dans le reste de la francophonie, on peut leur préférer la construction intransitive ou encore un synonyme d’empirer.

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Insécure

Insécure est un anglicisme fréquemment employé au Canada. Et il l’est probablement parce que les traductions habituelles semblent marquer un léger glissement de sens par rapport à la langue originale.

Une personne insécure est inquiète, anxieuse. C’est ce que nous disent les dictionnaires de traduction. Mais quand on consulte les ouvrages anglais, on apprend aussi qu’elle manque de confiance en elle, qu’elle a des appréhensions. Bref, elle a peur.

Pour éviter insécure, on pourrait recourir à une périphrase comme « Elle se sent en état d’insécurité. Elle a des appréhensions. »

Bien sûr, il serait facile de dire qu’elle est tout simplement anxieuse, l’anxiété étant la crainte d’un danger imminent.

La popularité de l’anglicisme insécure s’explique probablement par la transparence de cet emprunt, qui renvoie à insécurité. Or, une personne souffrant d’insécurité est forcément anxieuse et nerveuse.

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