Archives de catégorie : Anglicismes

Roland Garros en anglais

Le tournoi Grand Chelem de Roland Garros, à Paris, nous ramène à une réalité linguistique brutale : la domination de l’anglais dans le monde du sport.

Tout d’abord une belle surprise de constater que les arbitres donnent le pointage en français, soit la langue du pays où est présenté le tournoi. C’est habituellement ainsi dans les autres pays : en Espagne les arbitres indiquent le score en espagnol. Toutefois, il arrive assez souvent que le pointage soit également dit en anglais.

Parler français demande un effort spécial de la part des arbitres qui représentent plusieurs nationalités. Il faut apprendre certains nombres (15, 30, 40), des chiffres allant de 1 à 6, et au-delà. Ensuite certaines expressions doivent aussi être maitrisées, comme égalité, avantage.

Un milieu international

Le plus souvent, les joueurs et joueuses de diverses nationalités s’expriment en anglais, qu’elles soient polonaises, comme Iga Świątek, ou biélorusses comme Aryna Sabalenka. Certains joueurs sont polyglottes. Pensons à Novak Djokovic qui parle l’anglais et le français, en plus de l’allemand et de l’italien; pensons aussi aux deux sœurs Williams, Serena, qui parlait français et Venus, qui maitrisait l’italien.

La grande vedette de Roland-Garros est incontestablement Rafael Nadal. Le joueur espagnol, maintenant retiré, parlait bien l’italien et un peu le français. Son anglais, par ailleurs, était abominable, rappel des efforts que doivent consentir les joueurs pour le parler.

Néanmoins, qu’on le veuille ou non, la lingua franca au tennis est l’anglais. C’est ainsi que l’Italien Jannik Sinner arrive à converser avec le norvégien Casper Ruud.

Lingua franca ou pas, il est quand même déplorable de constater que le site officiel rolandgarros.com est en anglais; idem pour le compte X @rolandgarros. Mais que voulez-vous, l’anglais est bel et bien la langue de communication du tennis international.

Comble de tout, le commanditaire du tournoi, BNP Parisbas, possède un site, We are tennis, dont le titre est anglais lui aussi. Heureusement, le contenu est en français… du moins pour l’instant.

Petite consolation : un arbitre a annoncé un jeu décisif au lieu de l’agaçant tie-break annoncé au tableau. Un petit smash aux anglophiles.

Penser en dehors de la boite

« Penser en dehors de la boite » est l’un des calques de l’anglais les plus hideux qu’on puisse imaginer. On reconnait bien là la démarche de l’anglais, c’est-à-dire d’illustrer un concept abstrait par une image.

Certaines expressions imagées de l’anglais passent assez bien en français, comme « Le chat est sorti du sac. » On comprend aisément. Mais transposer Think outside the box en français, sans chercher à l’adapter, est une pure catastrophe. Penser en dehors d’une boite est un non-sens dans la langue de Vigneault.

Une journaliste du Devoir a pourtant plaqué l’expression en page éditoriale, incapable, semble-t-il, de la traduire. Ce n’était pourtant pas si compliqué.

  • Quelques idées.
  • Sortir des sentiers battus.
  • Penser autrement.
  • Sortir d’un cadre précis.
  • Innover.
  • Prendre du recul.
  • Voir plus grand.
  • Être créatif, original.
  • Penser différemment du lot.
  • Sortir des schémas établis.
  • Faire preuve d’imagination.
  • Voilà, il aurait suffi de faire preuve d’imagination. Et de cesser de croire que l’anglais est plus expressif, alors que le français est sans ressource. C’est cela penser différemment.

Langue de la radio

La qualité de la langue d’ici est le fil conducteur de ce blogue.

Marie-Josée Olsen, enseignante à l’École supérieure en art et technologie des médias du cégep de Jonquière, s’est justement penchée sur la qualité de la langue à la radio, particulièrement dans les émissions diffusées en direct.

La chercheuse a recensé un nombre considérable d’anglicismes, d’expressions familières et de jurons.

Des expressions familières comme « char », « frette », « niaisage », « pogner » ou encore « cossins » étaient utilisées en ondes. D’ailleurs, le langage familier se retrouve dans TOUTES les émissions écoutées. Comble de tout, Mme Olsen a découvert que, dans 38 émissions sur 40, on note des impropriétés de langage. (Grosse surprise, soit dit entre nous.)

Ce n’est guère édifiant, quand on songe que les médias sont des propagateurs efficaces d’expressions et de mots erronés. Comme je l’ai souligné à maintes reprises, il est très difficile de les convaincre de se corriger et le grand public ne fait que répéter ce qu’il entend partout. Si on le dit à Radio-Canada, à TVA ou on l’écrit dans La Presse, ça doit sûrement être correct, non?

Circulez, il n’y a pas d’enjeu…

On lira avec intérêt l’article du Devoir à ce sujet.

Une langue largement contaminée

Il faut aussi lire l’ancien maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin qui, dans un brillant article, expose l’étendue des dégâts. Nous sommes tellement serviles envers l’anglais que nous en devenons incapables de nous exprimer clairement dans notre propre langue. Un désastre.

À force de glisser des mots anglais partout, on en vient à penser que notre langue ne vaut rien, qu’elle est incapable d’exprimer la réalité aussi facilement que l’anglais. Ce qui est faux.

La vulgarité

Ce qui est nouveau, c’est la vulgarité, cette fiente qui éclabousse de plus en plus la langue des médias. Il n’y a pas si longtemps, on exerçait une certaine retenue dans les médias. Les jurons et les propos vulgaires étaient censurés; maintenant, ce n’est plus le cas. La vulgarité est maintenant décomplexée. Il faudrait même créer un nouveau trophée pour nos galas, le Vulgaritas.

Il faut ici rendre un hommage spécial à Guy A. Lepage, qui a donné ses lettres de bassesse aux sacres en ondes à son émission du dimanche soir. Sa contribution à ce chapitre est inestimable et lui vaut un Vulgaritas d’or. Si jamais il me lit, il dira qu’il s’en câlisse. Voilà le problème.

Saluons aussi Chantal Lamarre, à qui nous attribuons un Vulgaritas marron pour ses allusions scatologiques à l’émission du jeudi soir. Elle n’est pas la seule, hélas.

Comment ne pas penser à nos valeureux humoristes? Une émission récente rendait hommage à Yvon Deschamps. Réentendre ses monologues sensibles m’a fait réaliser à quel point l’humour au Québec a dégringolé (a pris une maudite débarque, dirait sans doute un chroniqueur). Deschamps ne jurait pas tout le temps et réfléchissait finement sur la vie. Mais il employait parfois des gros mots, comme nègre et nigger, mais pour se moquer des racistes. Aujourd’hui, Deschamps serait censuré et mis au ban.

Pour le remplacer par qui? Martin Matte?

Ouvrons une petite lucarne dans notre maison empestée et écoutons Boucar Diouf et André Sauvé, qui eux aussi nous amènent à nous interroger, loin du pipi-caca et des blagues sexuelles.

On me permettra de conclure par ce proverbe mongol que je trouve pertinent :

Le sage parle des idées, l’intelligent des faits, le vulgaire de ce qu’il mange.

***

Ce billet renvoie à la réflexion que j’ai développée sur la survie du français en Amérique du Nord. Notre langue décline. Pouvons-nous nous permettre de la massacrer en ondes sans se poser de question?

Survivre en français I

Survivre en français II

Avoir des dents

Laquelle des expressions suivantes est un anglicisme?

  1. Avoir les dents longues.
  2. Se casser les dents.
  3. Montrer les dents.
  4. Avoir des dents.
  5. Avoir une dent contre quelqu’un.
  6. Quand les poules auront des dents.

Un jeune Turc peut avoir les dents longues : il est ambitieux. Mais il peut aussi se casser les dents, c’est-à-dire échouer. S’il est agressif, il montrera les dents et pourra même avoir une dent contre un adversaire. Il reconnaitra ses torts seulement quand les poules auront des dents, c’est-à-dire jamais.

Bien sûr, il a des dents, comme tout le monde. Mais une loi, une série de mesures ne peuvent pas avoir des dents en français. En anglais, si. Évidemment, la traductrice paresseuse (ou son pendant masculin) accouchera d’un retentissant « avoir du mordant », ce qui rejoint l’expression anglaise, et se voudra rassurant pour ceux qui craignent comme la peste de s’éloigner de l’anglais – c’est ce que l’anglais dit, après tout…

Une loi efficace et renforcée permettra au gouvernement de combattre la criminalité, par exemple. La nouvelle loi augmentera la capacité du gouvernement, elle l’habilitera maintenant à répondre plus énergiquement à tel problème. La loi en question est plus rigoureuse, elle plus contraignante.

Annulez donc votre rendez-vous chez le parodontiste et pratiquez un français plus incisif.

À moins d’avoir une dent contre la langue française.

Liker

Une de vos amies poste un statut dans Facebook ou partage un tweet dans X. Vous êtes d’accord avec elle et vous cliquez sur le petit cœur. Vous avez liké son statut.

Relisez bien le paragraphe précédent. Les mots en italique viennent de l’anglais. En fait, une grande partie de ce qui se dit dans le monde de l’informatique et des médias sociaux vient de l’anglais. De nos jours, des mots comme ordinateur, logiciel, téléchargement, sauvegarde seraient énoncés en anglais, sous prétexte que ce sont des termes américains intraduisibles. Ah, cette Amérique mythique.

Je ne reviendrai pas une autre fois sur l’anglicisation de la France. Choose France, comme ils disent.

Liker

Quand on like un message, on l’apprécie, on l’approuve, on l’aime, on est d’accord avec la personne qui l’a écrit. Vous réagissez à ce message, bien que ce verbe réagir soit quelque peu ambigu. Disons que vous réagissez positivement.

Le rédacteur désabusé peut toujours baisser pavillon et utiliser le verbe liker, bel et bien intégré au vocabulaire français et paradant sans vergogne dans le Robert et le Larousse.

Mais attention aux fautes de conjugaison; liker fait nous likâmes au passé simple de la deuxième personne du pluriel. C’est ce que précisent les dictionnaires. Je ne like pas du tout.

Game changer

Les anglophones nord-américains font souvent référence au sport lorsqu’ils s’expriment. Notamment quand ils disent qu’un évènement est un game changer. Dans le cas présent, le plus anglomaniaque des rédacteurs ou traducteurs ne peut vraiment pas calquer l’anglais sans se couvrir de ridicule : changeur de jeu. À moins d’être dans le champ gauche…

Si on reste dans le domaine des sports, on pourrait dire que le circuit de Guerrero a changé le cours de la partie. Appliquer cette métaphore dans un autre contexte est quelque peu forcé. « Les mesures de sécurité renforcées pour les députés ont changé la partie. » Voilà qui est très artificiel. Balle fausse.

Il serait plus naturel de dire qu’attribuer des gardes du corps aux députés est un tournant; cela change les choses (du tout au tout). Voilà qui change les règles du jeu. Il s’agirait ici d’un changement majeur/clé qui donnera un second souffle à la sécurité des élus.

Changer la façon de faire est parfois nécessaire. Au Québec, l’adoption de la Charte de la langue française a changé la donne; un grand évènement qui a transformé le paysage linguistique de notre nation.

Les rédacteurs soucieux ne veulent pas botter en touche. Carton jaune pour game changer et ses dérivés douteux. Tenter le plus souvent de s’affranchir de la logique de l’anglais nous évite d’être mis hors-jeu.

Initier

Le verbe initier revêt un sens quelque peu mystique lorsqu’il s’agit d’amener une personne à accéder à un niveau de connaissance supérieur. (Par exemple en lisant ce blogue!) Les sociétés secrètes, par exemple, initient les nouveaux venus. Mais les facultés universitaires et les équipes de hockey aussi.

Le verbe en question a également un autre sens : celui d’entreprendre quelque chose. Il est souvent frappé d’interdit par les amoureux de la langue française, qui y voient un anglicisme. C’est notamment le cas du Multidictionnaire de la langue française et du Dictionnaire des anglicismes de Colpron. La Vitrine de la langue française le considère comme un emprunt.

Alors, anglicisme ou pas? Il est bien possible que le mot ait pénétré le français sous l’influence de l’anglais, ce que les dictionnaires courants ne signalent pas. À cet effet, il faut prendre en considération qu’initier mot vient du latin initium, qui signifie « commencer ».

Et qu’est-ce qu’une initiative, sinon l’action d’une personne qui entreprend quelque chose? Refuser initier dans le sens d’organiser une activité revient à découpler le verbe et le substantif, une absurdité que l’on voit parfois en français. Voir mon article à ce sujet.

En somme, il y a une certaine logique à employer initier dans un sens élargi, mais il faut toujours garder en tête qu’on n’est pas obligé de le faire. Des verbes comme entreprendre, commencer, lancer, etc. peuvent très bien faire l’affaire.

Survivre en français

Il est peut-être temps de réfléchir à l’avenir du français au Canada. Voici donc la somme de mes réflexions des derniers mois sur le sort qui attend notre belle langue. Ce billet en deux parties n’est pas une étude scientifique mais ma modeste analyse d’une situation que je juge de plus en plus préoccupante. Peut-être comme vous.

1. Le déclin du français

Depuis quelques mois, les francophones du Québec et du Canada sont alarmés par le recul marqué du français.

Selon le recensement de 2021, la proportion de francophones au Canada est passée de 22,2 pour cent en 2016 à 21,4 pour cent en 2021. Au Québec, le poids démographique des francophones est passé de 79 pour cent à 77,5 pour cent.

Bref, le français recule et cette réalité est de plus en plus perceptible dans certaines grandes villes. À l’extérieur du Québec c’est une tendance qu’on observe depuis des décennies.

Certains optimistes feront valoir qu’il n’y pas lieu de s’alarmer. Le français est une des langues officielles du Canada et la majorité des Québécois peuvent converser en français, peu importe leurs origines.

Pourtant, ces statistiques sont les arbres qui cachent la forêt.

  • 2. Un contexte canadien étrange

Les tiraillements entre le gouvernement d’Ottawa et celui de Québec mettent en évidence des visions très différentes, notamment en ce qui a trait à la laïcité. Le gouvernement fédéral a installé des salles de prière dans ses édifices et le dernier budget prévoit des prêts dits islamiques que, soit dit en passant, la majorité des musulmans canadiens n’a jamais demandés.

Un contexte constitutionnel étrange qui étonnerait un Français ou un Allemand. Officiellement, le Canada est un pays multiculturel. Le premier ministre Trudeau va même jusqu’à dire que nous sommes une société postnationale, c’est-à-dire un pays sans culture commune, une sorte de communauté de communautés.

Imagine-t-on le président français en train d’affirmer que la culture française n’est rien d’autre qu’une série de sous-cultures? Le chancelier allemand dire que la nation de Bismarck n’existe pas, en fait? Que ce sont les personnes d’origine turque ou syrienne qui donnent sa véritable identité à l’Allemagne?

Au Québec, on perçoit cette idéologie postnationale comme un autre moyen de banaliser l’existence des francophones au Canada. Pour certains, il s’agit même d’un complot… Mais ce qu’on ne perçoit pas très bien, c’est que l’idéologie en question est aussi une véritable gifle pour le Canada anglais. Après tout, c’est bien lui qui a donné au Canada ses institutions britanniques; qui a créé une société bien plus humaine et compatissante que celle de ses voisins du sud. Mais voilà, le Canada anglais n’est plus qu’une communauté parmi d’autres.

Dire que le Canada est postnational, c’est aussi biffer l’apport des Premières Nations, ravalées elles aussi au rang de spectatrices dans une société soudain privée de compas.

Le multiculturalisme et la société postnationale ont marqué le recul du français au Canada. La gouverneure générale, qui représente le roi anglais au Canada, est la première depuis des lustres à ne pas parler français. Elle a été choisie par Justin Trudeau, et est toujours aujourd’hui incapable de parler français. C’est à mon sens très symbolique.

  • 3. Le déclin de la francophonie

Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, je manifestais un certain optimisme quant à l’avenir de la langue française. L’Afrique, notamment, allait assurer la pérennité de la langue de Gilles Vigneault. Il semble que j’avais tout faux.

Le français va mal, très mal nous dit le lexicographe québécois Lionel Meney, qui vient de faire paraitre un livre, Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais.

Selon Meney, il ne faut pas se laisser leurrer par les chiffres avancés par l’Organisation internationale de la francophonie, qui compte 321 millions de francophones dans le monde. Pour le lexicographe, ce nombre n’est qu’illusion; les Africains qu’on considère francophones parlent en réalité une langue nationale. En Haïti, on parle certes le français, mais la population utilise surtout le créole.

Le lexicographe estime le nombre réel de francophones à tout juste 84 millions de personnes, pas un de plus. Par conséquent, il est illusoire de penser que la population francophone atteindra 767 millions de personnes d’ici 2065.

Certains critiqueront les assertions de Meney. Tout dépend comment on définit un francophone et il y a là un vaste débat. Néanmoins, il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de la francophonie, D’ailleurs n’oublions pas la déclaration de la ministre canadienne des Langues officielles, Ginette Petitpas-Taylor :

Le français est menacé au Canada, y compris au Québec.

Ce qui n’aide vraiment pas dans tout cela, c’est l’indifférence de la France et des Français. L’Hexagone s’est donné le président le plus anglicisant de son histoire. Les commerçants ont sombré dans un délire anglomaniaque en multipliant les raisons sociales en anglais, que ce soit pour une boulangerie ou une parfumerie. Le vocabulaire de l’informatique n’est pratiquement plus traduit et tout phénomène social inédit est généralement exprimé en anglais. Un exemple : shrinkflation au lieu de réduflation. Et que dire de la Fashion Week de Paris (City)?

Meney n’est guère optimiste : « Si la bataille du français se perd en France, qu’est-ce qui va rester pour le Québec, en Amérique du Nord ? Ce sera difficile… »

Bref, on pense de plus en plus en anglais, même en France.

Prochain article : les politiques du gouvernement Legault, l’immigration et une louisianisation annoncée

Laisser savoir

« Je vais vous laisser savoir quand j’aurai pris ma décision. »

Phrase innocente, tout à fait normale qu’on pourrait entendre n’importe quand au Québec et au Canada français sans que personne ne tique. Sauf peut-être les personnes qui lisent cette chronique…

L’ennui, c’est qu’il y a anglicisme en la demeure. Une traduction littérale de let you know. Laisser savoir est un calque insidieux.

Pourtant, l’erreur est facile à corriger : « Je vais vous faire savoir quand j’aurai pris ma décision. » Et l’autre de répondre : « Oui, faites-moi savoir en temps et lieu. » Il aurait pu dire aussi informez-moi.

Dans certains contextes, faire savoir peut aussi se dire faire connaitre.

Le gestionnaire fera connaitre sa décision dans les prochains jours.

D’autres traductions

Les anglophones utilisent parfois inform, dans le sens de faire savoir.

I would like to inform the House…

Traduit par : J’aimerais faire savoir à la Chambre…

Let know peut aussi se traduire très simplement par dire.

Let me know when you’re ready: dites-moi quand vous serez prêt.

Raisons sociales

Le Québec continue de se battre pour rester un État français. Mais rien n’est simple dans le contexte nord-américain, massivement anglicisé.

Dans le monde du commerce, il est ardu de défendre la langue française quand un bon nombre des bannières canadiennes ou américaines sont anglaises. D’autant plus que les Québécois sont quotidiennement exposés à l’anglais américain, ce qui leur confère une sorte d’immunité… ou d’accoutumance, diraient les méchantes langues.

L’un des champs de bataille importants, pour assurer la survie du français, est celui des raisons sociales.

Des raisons sociales déraisonnables…

Les entreprises étrangères qui s’installent au Québec changent rarement leur nom pour répondre aux besoins du marché québécois, un marché étriqué à l’échelle nord-américaine.

Bien entendu, on ne peut pas traduire des appellations comme McDonald’s, Reitman’s ou Greenberg, car ce sont des noms propres. Par ailleurs, on pourrait essayer de le faire avec des noms plus génériques comme Burger King, General Motors ou Victoria’s Secret. Mais les résultats pourraient s’avérer décevants : le Roi du Hamburger, les Moteurs Généraux et le Secret de Victoria (lequel?).

Toute personne en situation de traduction (je me sens woke aujourd’hui…) tiquerait en lisant ces essais, dignes de la non-intelligence artificielle. Bref, on ne traduit pas mot à mot. Et, disons-le, certaines appellations sont très difficiles à traduire, à moins de s’écarter résolument du texte original.

Un dernier exemple : Canadian Tire. Comme disait Lénine, que faire?

Des raisons sociales raisonnables

Certains feront valoir que les raisons sociales anglaises sont carrément intraduisibles. Tout dépend de ce qu’on entend par traduction; si c’est faire du mot à mot, aussi bien changer de métier. Mais si c’est faire une adaptation, alors nous entrons dans un nouvel univers fascinant.

Car les précédents existent.

Pensons à Shopper’s Drug Mart. Traduction mécanique : le Marché des Acheteurs de Médicaments. De quoi tomber malade. Heureusement, une personne compétente a suggéré Pharmaprix. Bien sûr, le sens est un peu différent, mais qui songerait à changer l’appellation française? Un baume pour le cœur.

Au Québec, on peut acheter un matelas chez Dormez-vous? Peu de gens connaissent le nom original : Sleeptek. On aurait pu « franciser » : Sleeptèque, mais ç’aurait été affreux et bâtard. Un cauchemar.

Autre exemple de belle réussite : Staples rendu par Bureau en gros. Imagine-t-on : « J’ai acheté une boite de stylos chez Agrafes. » Eurk. Et, dans le cas présent, on pourrait avancer que le français est même plus expressif que l’anglais. Car chez Bureau en gros on vend aussi du papier, des chaises de bureau et des ordinateurs. La raison sociale anglaise n’exprime pas du tout cette idée.  

Ah oui, Canadian Tire. On se tiendra loin du Pneu canadien, qui ressemble à un pneu crevé. Mais une traduction comme le Quincailler du Canada, ou le Grand Quincailler, serait concevable. Mais les dirigeants de Canadian Tire se sont dégonflés.

Ajouter un descriptif

Tout ne se traduit pas, c’est un fait. Mais les efforts de francisation déployés par divers gouvernements du Québec ont conduit certaines entreprises à ajouter un descriptif à leur raison sociale.

Un bel exemple est Second Cup Café. Ceux qui voudront économiser iront au Supercentre Walmart. Petite question : qui avait remarqué le descriptif?

On pourrait citer d’autres cas, bien entendu. Le descriptif donne une allure plus française à la raison sociale, mais ce n’est pourtant pas lui que les consommateurs retiennent. On va chez Second Cup ou Walmart.

Rien à faire?

Nous sommes inondés d’anglais et les pingouins frileux que nous sommes avons tendance à baisser trop vite les nageoires. D’aucuns essaient de nous faire croire que le français n’est pas commercial. C’est un peu court, young man.

Parler français est chic. Pour des entreprises étrangères, afficher un nom français est raffiné. En Grande-Bretagne, par exemple, on voit la chaine Prêt à manger. Et mes déambulations au Japon m’ont permis de voir quelques affiches dans la langue de Molière.

Alors, le français langue dépassée?

Et que pensez-vous de cette entreprise québécoise connue partout dans le monde :  le Cirque du Soleil? Circus of the Sun?