Trillion

Depuis déjà un bon bout de temps les sommes que perçoivent et dépensent les gouvernements se chiffrent en milliards de dollars, exprimés par le mot billions en anglais. Les personnes qui jonglent avec les deux langues sont habituées à cet équivalence et ne commettent pas d’erreur grossière de traduction.

Les choses sont toutefois bien différentes lorsqu’il est question, en anglais, de trillions of dollars. Les scribes ont la sagesse de traduire le terme par milliers de milliards. Bref, ils ont flairé la chausse-trappe, pour une fois.

Comme je l’ai signalé dans un article précédent, le mot billion en français n’a pas le même sens qu’en anglais. Dans la langue de Shakespeare, one billion signifie un milliard en français.

Là où les choses se compliquent c’est lorsqu’aux États-Unis (encore eux!), les dépenses et déficits se chiffrent en trillions of dollars, comme c’est le cas du projet de budget adopté par le Sénat états-unien.

Il serait maladroit de suivre l’anglais et de parler d’un futur ajout de trois trillions de dollars à la dette américaine, car le trillion anglais équivaut à… un billion dans notre idiome.

Dans notre beau Canada anglicisé, on imagine aisément la confusion qui s’installerait dans les esprits s’il fallait traduire les trillions anglais en billions français, beaucoup ayant à l’esprit le sens anglais de billion.

Une traduction prudente

Les scribes se sont donc rabattus sur l’expression milliers de milliards, pour éviter le hiatus billions en français et trillions en anglais.

Autrement dit, la dette états-unienne augmenterait de trois mille milliard de dollars. Là, aucune confusion.

Au dictionnaire

D’ailleurs le Petit Robert affiche cette remarque à l’entrée billion : « Les termes billion, trillion, quatrillion, quintillion et sextillion sont à éviter en raison des risques de confusion entre les nouvelles et les anciennes acceptions. »

Nostalgie. car, tenez-vous bien, on disait jadis en français, un billion pour un milliard… Il y avait donc adéquation parfaite entre l’anglais et le français, mais c’est maintenant chose du passé.

Les grands nombres

Ceux qui n’ont pas le vertige consulteront le tableau de synthèse de la Vitrine de la langue française qui nous éclaire sur les optiques différentes de l’anglais et du français pour les grands nombres.

5 réflexions sur « Trillion »

  1. Au cas où ce serait utile à quelqu’un, voici une partie de l’échelle de conversion EN>FR que je me suis faite il y a quelques années:

    • vigintillion => décilliard (= mille décillions) = 10E63
    • novemdecillion => décillion = 10E60
    • octodecillion => nonilliard (= mille nonillons) = 10E57
    • septendecillion => nonillon = 10E54
    • sexdecillion => octilliard (= mille octillions) = 10E51
    • quindecillion => octillion = 10E48
    • quattuordecillion => septilliard (= mille septillions) = 10E45
    • tredecillion => septillion = 10E42
    • dodecillion => sextilliard (= mille sextillions) = 10E39
    • undecillion => sextillion = 10E36
    • decillion => quintilliard (= mille quintillions) = 10E33
    • nonillon => quintillion = 10E30
    • octillion => quadrilliard (= mille quadrillions) = 10E27
    • septillion => quadrillion = 10E24 (préfixe international : yotta- [Y])
    • sextillion => trilliard (= mille trillions) = 10E21 (préfixe international : zetta- [Z])
    • quintillion => trillion = 10E18 (préfixe international : exa- [E])
    • quadrillion => billiard (= mille billions) = 10E15 (préfixe international : péta- [P])
    • trillion => billion = 10E12 (préfixe international : téra- [T])
    • billion => milliard = 10E9 (préfixe international : giga- [G])

  2. Personnellement, et vous le savez, André, je milite pour l’usage d’unités de grandeur qui sont évocatrices pour le lecteur.

    Indépendamment du risque de confusion avec l’anglais, le fait est que le billion n’est pas familier à beaucoup de lecteur et que même ceux qui comprennent le terme vont souvent mentalement convertir dans leur tête les billions en milliers de milliards pour mieux appréhender la grandeur en cause. Comme je le souligne régulièrement sur twitter, ou X, aujourd’hui, même les rédacteurs et journalistes se sentent généralement obligés d’expliciter le mot billion après l’avoir écrit, preuve qu’ils sont conscients du problème. Pourquoi dès lors s’obstiner à l’employer dans des textes destinés au grand public?

    Il en va de même, dans un autre ordre d’idée, pour les reportages sur les incendies ou la foresterie, où les superficies concernées sont traditionnellement exprimées en hectares. Qui, en lisant ces articles, ne fait pas mentalement la conversion en kilomètres carrés, pour mieux se faire une idée de la taille de la zone?

    J’ai même vu pire cette semaine un article où on parlait en millions de pieds carrés (la logique aurait été la même s’il s’était agi de mètres carrés) : qui peut spontanément saisir l’ampleur d’un superficie de 12 millions de pieds carrés (env. 1,1 km2)?

    Un rédacteur ne devrait jamais perdre de vue le public à qui il s’adresse et devrait adapter son texte en conséquence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *