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Le Canada américain

Le Canada étant menacé d’annexion par les États-Unis, je fais une petite pause linguistique pour vous alerter de la situation alarmante que vit notre pays.

Le Canada menacé par un président délirant et dangereux

Le Canada vit actuellement une crise existentielle majeure et personne à l’étranger n’en parle. Le Canada, jadis un État très respecté, a perdu son lustre depuis le début des années 2000. La presse étrangère ne s’y intéresse pas, sauf lorsqu’il y a des élections, et encore.

Le président Trump a insulté copieusement l’ancien premier ministre Trudeau en l’appelant « gouverneur » et en clamant sa volonté d’annexer le Canada pour en faire le cinquante-et-unième État. L’onde de choc ici est immense et même les partisans de l’indépendance du Québec se rallient aux Canadiens anglais, qui sont totalement furieux.

Que diraient les Français si le chancelier de l’Allemagne appelait Macron le ministre-président du Land de Frankreich?

Aux États-Unis, il va sans dire, on est inconscient de cette commotion. Sauf pour le cas d’une minorité, ce peuple est d’une insondable ignorance en ce qui a trait aux réalités étrangères. Ce pays-continent se suffit à lui-même par son territoire, sa culture qui a envahi la planète, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Ses habitants ne connaissent rien de ce qui n’est pas américain; ils n’apprennent pas de langue étrangère et s’imaginent ne rien avoir à apprendre des autres peuples. Des peuples dont la qualité de vie est souvent bien supérieure à la leur.

Le Canada est le parfait contre-exemple des États-Unis. Voilà une société humaine, compatissante, sans armes à feu et avec des hôpitaux gratuits; nos voisins l’ignorent complètement. C’est cette société que Trump veut conquérir.

Annexer le Canada

Le peuple états-unien commence à peine à mesurer les torts immenses que son président dément est en train d’infliger à son pays et de la commotion qu’il inflige à son voisin pacifique. Lors d’une entrevue donnée au réseau CNN, l’animatrice était bouche bée d’entendre la ministre des Affaires étrangères canadienne, Mélanie Joly, expliquer à quel point les Canadiens sont outrés par les délires du fou furieux de la Maison-Blanche. Et pourtant, l’intervieweuse était une journaliste chevronnée, et elle semblait ignorer tout du Canada, le pays voisin, un ami fidèle des USA. Aux États-Unis, même les élites sont d’une ignorance stupéfiante.

Bien sûr, on pourrait penser que cette idée d’annexer le Canada est une autre lubie du président américain, visiblement en train de perdre la raison. Il va peut-être changer d’idée, mais peut-être pas. Et la question se pose : qui va l’arrêter s’il décide d’envoyer ses troupes au Canada? Les chiffes molles du Congrès américain prêtes à avaler toutes les couleuvres? Son entourage composé de tarés et de sinistres incompétents? Le caniche J.D Vance, ignorant comme une poignée de porte, qui a jappé après Zelensky? En tout cas, les boys n’ont rien à craindre de l’armée canadienne, sous-dotée et sous-financée.

Les États-Unis poutiniens

Pour le premier ministre démissionnaire Justin Trudeau, Trump est vraiment sérieux : il veut mettre la main sur les métaux rares et surtout les immenses réserves d’eau du Canada. Il cherche à affaiblir le Canada en imposant des droits de douane absurdes qui nuisent aussi à l’économie de nos voisins du sud.

Pire encore, la Maison-Blanche suit le patron de jeu de Vladimir Poutine : elle remet en question les frontières entre les deux pays; le président soutient que le Canada et le Mexique sont un axe du mal complice des barons de la drogue, un grossier mensonge. Mais quand on en est rendu à dire que l’Ukraine est responsable de la guerre avec la Russie, plus rien ne devrait nous surprendre.

Les mensonges du Kremlin sont devenus ceux des États-Unis. Pour paraphraser Stephen King, les fous ont pris le contrôle de l’asile. Et pendant ce temps, le Canada est devenu l’Ukraine de l’Amérique.

Un peuple aliéné

Il est temps qu’on en revienne de ces sophismes souvent entendus : Trump ne représente pas vraiment le peuple états-unien, ils sont gentils et nous aiment bien. La moitié des Américains ont voté démocrate…

Je m’excuse, mais la majorité des États-uniens sont bornés et très mal informés. Pensez au dossier des armes à feu… des enfants se font tuer à coups d’armes semi-automatiques dans les écoles, et ce depuis des décennies. Et que font les parlementaires? Rien. Pour eux, le Deuxième Amendement sur les armes à feu est un commandement biblique…

Et qui vote pour ces parlementaires? Le peuple américain.

C’est en toute connaissance de cause que les États-uniens ont réélu Donald Trump, malgré tout ce que l’on sait de lui. Filou, menteur compulsif, criminel, prédateur sexuel, pas grave, il va arranger l’économie, c’est ce qui compte. Le prix des œufs va enfin baisser, c’était intolérable.

Le fait que leur président soit compromis avec la Russie depuis 2007, qu’il épouse le discours de Poutine, les laisse indifférents. Fake news. C’est où déjà l’Ukraine? En Afrique ont répondu certains (voir YouTube).

Un début de réaction

La solution ne peut venir que du peuple américain, encore bien enfoncé dans le brouillard. Tant qu’il ne sera pas dérangé dans ses habitudes, il ne bronchera pas. Mais on entend des craquements inquiétants pour les républicains. Le vice-président Vance a été conspué alors qu’il allait skier au Vermont. Des responsables républicains commencent à dire à des membres du Congrès de ne pas se présenter à des assemblées publiques, parce qu’ils commencent à se faire prendre à partie par des gens en colère. Pourquoi est-ce que les prix montent? Pourquoi tel service de l’État n’existe plus? Pourquoi mon entreprise a-t-elle perdu sa subvention? Pourquoi mon frère a-t-il perdu son emploi? Etc.

Des bornes de recharge Tesla, propriété d’Elon « Sieg Heil » Musk ont été incendiées. Les propriétaires de Tesla se font insulter dans la rue. Et pour cause, personne n’avait vu venir l’ange des ténèbres Musk qui saccage en toute impunité les services publics, sans rendre de compte au Congrès. Au fait, il a fait quoi le Congrès ces derniers temps?

Autre signe, ceux qui ont perdu leur emploi à cause de la purge ouverte menée contre la fonction publique états-unienne commencent à déchanter; beaucoup avaient voté pour Trump, persuadés que leur situation économique s’améliorerait.

Ce ne sont que les premiers soubresauts, mais ce n’est pas suffisant, il faudra attendre une dégradation marquée des services publics, l’inévitable inflation qu’entrainera la guerre tarifaire, la hausse du chômage, etc. Et surtout la hausse de 9000 dollars du prix des VUS – comment les rednecks du Kentucky et du Texas vont-ils réagir? Là ça pourrait brasser. Ces gens sont armés…

La suite?

D’autres acteurs commencent à donner leur pleine mesure, notamment les milieux financiers éberlués par les volte-face de Trump. Les marchés n’aiment pas l’incertitude. Il y a aussi la presse éclairée, comme CNN, le New York Times, l’excellente revue The Atlantic qui dénoncent vertement ce qui se passe à Washington. Et tous ces Américains épris de démocratie qui assistent à la destruction de celle-ci. J’attends avec impatience une prise de parole solennelle des anciens présidents Bush, Clinton et Obama pour dénoncer le régime autocratique qui s’est installé à la Maison-Blanche. Ils ont intérêt à se réveiller vite.

Mais comment faire des prédictions alors que nous vivons une dystopie stupéfiante? Entretemps, le Canada est toujours l’Ukraine de l’Amérique. Je remercie Dieu à chaque jour de ne pas être un Américain, mais je me demande si mes prières suffiront.

Gracier

Gracier, c’est faire grâce à quelqu’un, nous dit le Petit Robert. La grâce est un pardon, une remise de peine, poursuit le dictionnaire.

Dès son retour au pouvoir, le président américain s’est empressé de gracier les émeutiers qui, le 6 janvier 2021, ont tenté d’empêcher la certification par le Sénat de l’élection de Joe Biden. Ce que l’on appelle en langage clair une tentative de coup d’État.

Il n’est pas tout à fait exact de dire que le fou furieux de Washington a pardonné les insurgés. Il s’agit ici d’un calque de l’anglais. En français, on parler de gracier un condamné.

Pardonner

Bien entendu, le verbe pardonner a pour sens de renoncer à punir quelqu’un. Son emploi pour désigner la grâce accordée par Trump aux criminels du 6 janvier n’est pas entièrement dénuée de sens.

C’est pourquoi on peut à demi pardonner les journalistes qui ont utilisé le verbe pardonner, sans toutefois leur donner un pardon total.

Mais, comme on dit, faute avouée à demi pardonnée. Encore faudrait-il qu’il y ait aveu…

Contre-tarif

La guerre commerciale lancée par le cinglé de la Maison-Blanche nous a donné ce farfadet malicieux : tarif (douanier). Tel le monstre du docteur Frankenstein, ses créateurs en ont perdu le contrôle. Il est maintenant dans tous les bouches, quasiment impossible à éradiquer.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je connais deux vaillantes traductrices qui ont tenté en vain de corriger certains médias. Elles ont péri comme Jeanne d’Arc. Le raisonnement des scribes est limpide, à défaut d’être exact : si c’est tariff en anglais c’est sûrement tarif en français.

N’importe qui peut être traducteur.

Nos scribes auraient intérêt à lire la presse étrangère; ils finiraient (peut-être) par se poser des questions. En effet, comment se fait-il que les journaux européens relatant la guerre commerciale lancée par Trump contre le Canada et le Mexique… ne parlent pas du tout de tarifs?

Curieusement, il est question de droits de douane, même quand le Canada réplique au président Trump.

Contre-tarifs

La dernière création des médias canadiens est apparemment solide, mais elle s’appuie sur une faute de langue qu’ils ne veulent pas voir. Dans les textes européens, on ne parle pas de contre-tarifs, mais de droits de douane, cette fois-ci imposés par le Canada.

On pourrait parler de droits imposés en représailles. Et pourquoi ne pas y aller d’une formule plus courte comme : réponse, réplique, réponse tarifaire, mesures de rétorsion, comme l’écrivent certains médias européens.

Tout cela est bien beau, mais encore faut-il qu’il y ait une volonté de se corriger. Or il est très clair qu’elle n’existe pas.

Déportation

Le président réélu Donald Trump nourrit le projet de déporter des millions d’immigrants illégaux et ses sbires ont déjà mené des rafles dans certaines villes étasuniennes.

Nos médias canadiens francophones ont donc repris le terme anglais deportation pour le transposer dans notre langue, sans se poser plus de question, fidèles à leur habitude. L’ennui, c’est que l’anglais a un sens légèrement différent.

En fait, le gouvernement Trump expulse des immigrants sans papiers qui travaillent dans la restauration et cueillent les oranges de Floride. En anglais, deport a ce sens adouci, si on peut dire, par rapport au français.

Les termes déporter et déportation sont des faux amis parfaits. On les voit et on les entend partout et le piège qu’ils recèlent passe le plus souvent inaperçu. À peu près tout le monde l’ignore, mais il y a une énorme différence entre déporter quelqu’un en français et faire la même chose en anglais.

Déporter en français

En fait, que signifie déporter? Voyons le Robert : « 1. Infliger la peine de déportation. 2. Envoyer à l’étranger dans un camp de concentration. » Déportation : « 1. Peine politique afflictive et infamante qui consistait dans le transport définitif du condamné hors du territoire continental français. 2. Internement dans un camp de concentration à l’étranger. »

Quelques exemples frappants en français : les Juifs déportés à Auschwitz; les Acadiens déportés par les Anglais au Nouveau-Brunswick. On voit donc que le mot a un sens très fort en français. On déporte quelqu’un lorsqu’on l’arrache à sa terre natale et qu’on l’envoie au bagne ou dans une contrée étrangère. Malheureusement, cette nuance intéresse très peu nos scribes.

L’anglais peut avoir le même sens, mais il est aussi utilisé dans un sens plus général.

Le cas des États-Unis

Malheureusement le projet utopique de Donald Trump accapare toute l’attention et personne ne voit le faux ami. Le gouvernement américain expulse ou renvoie des immigrants sans papiers, qui n’ont pas obtenu la citoyenneté américaine.

On pourrait parler de déportation, si la nouvelle administration d’extrême droite s’en prenait à des citoyens américains et les forçait à quitter leur propre pays.

Conclusion : prudence avec déporter et déportation.

13

N’importe quel chef d’État ou de gouvernement se tiendrait debout, si un État voisin lui disait que son pays doit être annexé. N’importe lequel, sauf le premier ministre canadien Justin Trudeau. Celui-là n’a rien d’un Zelensky.

Le futur président Trump ne cache pas son mépris envers notre premier ministre en clamant que le Canada devrait devenir un État américain. Il a servi la même médecine au Danemark, à propos du Groenland, et au Panama, au sujet du fameux canal. Dans les deux cas, les dirigeants des deux pays ont répliqué en disant « Pas question ».

Le premier ministre canadien a participé à un dîner de cons au pain de viande en allant rencontrer le fou furieux que les Américains ont réélu en toute connaissance de cause. Quel contraste avec la présidente du Mexique qui a dit qu’elle allait répliquer au chantage économique de Donald Trump.

Bref, le Canada est lamentable. Il suffit de lire la presse internationale pour constater que notre pays n’a plus le lustre qu’il avait jadis. C’est à peine si on parle de nous de temps à autre.

13…

Si le premier ministre avait un tant soit peu de cran, il répliquerait sur le même ton ironique. Par exemple, ne serait-il pas logique que l’Alaska soit intégré au Canada pour devenir une nouvelle province? Ce qui mettrait fin à cette anomalie d’avoir un État américain séparé du reste du pays. Et de onze…

Ensuite, le Maine, qui porte d’ailleurs un nom français. Cet État excentrique ressemble beaucoup aux Maritimes; il est au fond plus canadien qu’américain. D’ailleurs on y relève de nombreux patronymes français. Et de douze.

La treizième province canadienne serait le Vermont, dont les affinités avec la région des Cantons de l’Est est évidente. Et le Vermont porte lui aussi un nom français. Il deviendrait la treizième province canadienne, sous le patronage du Québec pour l’aider à trouver ses marques.

Évidemment tout ceci n’est qu’élucubrations. Mais je souhaiterais voir notre premier ministre manier l’ironie ne serait-ce que pour river son clou au criminel réélu du sud. Malheureusement, il en est incapable. La présidente Sheinbaum du Mexique pourrait lui donner quelques conseils.

Illibéralisme

La Russie est illibérale, comme l’Iran ou la Corée du Nord. Mais qu’est-ce que ça veut dire au juste? Quelle caractéristique partagent ces trois pays?

Eh bien ce ne sont pas des démocraties même si des élections peuvent s’y dérouler. L’opposition est fortement réprimée, quand elle n’est pas en prison ou assassinée. Les libertés individuelles n’existent pas et les droits les plus fondamentaux y sont bafoués. Les tribunaux n’ont aucune indépendance et dépendent du pouvoir politique.

Les pays illibéraux s’opposent au libéralisme politique qu’ils considèrent désuet. Le président russe Vladimir Poutine a déjà affirmé que ce modèle de gouvernance est inefficace. Selon lui, les États totalitaires sont plus efficaces en faisant l’économie de débats politiques stériles. Ce que Lénine appelait le « crétinisme parlementaire ».

L’illibéralisme peut paraitre bien loin de nous, et pourtant… Il suffit d’écouter les discours politiques au sud de notre frontière pour nous poser de sérieuses questions, surtout quand des politiciens de notre pays veulent en importer certaines idées.

Survivre en français

Il est peut-être temps de réfléchir à l’avenir du français au Canada. Voici donc la somme de mes réflexions des derniers mois sur le sort qui attend notre belle langue. Ce billet en deux parties n’est pas une étude scientifique mais ma modeste analyse d’une situation que je juge de plus en plus préoccupante. Peut-être comme vous.

1. Le déclin du français

Depuis quelques mois, les francophones du Québec et du Canada sont alarmés par le recul marqué du français.

Selon le recensement de 2021, la proportion de francophones au Canada est passée de 22,2 pour cent en 2016 à 21,4 pour cent en 2021. Au Québec, le poids démographique des francophones est passé de 79 pour cent à 77,5 pour cent.

Bref, le français recule et cette réalité est de plus en plus perceptible dans certaines grandes villes. À l’extérieur du Québec c’est une tendance qu’on observe depuis des décennies.

Certains optimistes feront valoir qu’il n’y pas lieu de s’alarmer. Le français est une des langues officielles du Canada et la majorité des Québécois peuvent converser en français, peu importe leurs origines.

Pourtant, ces statistiques sont les arbres qui cachent la forêt.

  • 2. Un contexte canadien étrange

Les tiraillements entre le gouvernement d’Ottawa et celui de Québec mettent en évidence des visions très différentes, notamment en ce qui a trait à la laïcité. Le gouvernement fédéral a installé des salles de prière dans ses édifices et le dernier budget prévoit des prêts dits islamiques que, soit dit en passant, la majorité des musulmans canadiens n’a jamais demandés.

Un contexte constitutionnel étrange qui étonnerait un Français ou un Allemand. Officiellement, le Canada est un pays multiculturel. Le premier ministre Trudeau va même jusqu’à dire que nous sommes une société postnationale, c’est-à-dire un pays sans culture commune, une sorte de communauté de communautés.

Imagine-t-on le président français en train d’affirmer que la culture française n’est rien d’autre qu’une série de sous-cultures? Le chancelier allemand dire que la nation de Bismarck n’existe pas, en fait? Que ce sont les personnes d’origine turque ou syrienne qui donnent sa véritable identité à l’Allemagne?

Au Québec, on perçoit cette idéologie postnationale comme un autre moyen de banaliser l’existence des francophones au Canada. Pour certains, il s’agit même d’un complot… Mais ce qu’on ne perçoit pas très bien, c’est que l’idéologie en question est aussi une véritable gifle pour le Canada anglais. Après tout, c’est bien lui qui a donné au Canada ses institutions britanniques; qui a créé une société bien plus humaine et compatissante que celle de ses voisins du sud. Mais voilà, le Canada anglais n’est plus qu’une communauté parmi d’autres.

Dire que le Canada est postnational, c’est aussi biffer l’apport des Premières Nations, ravalées elles aussi au rang de spectatrices dans une société soudain privée de compas.

Le multiculturalisme et la société postnationale ont marqué le recul du français au Canada. La gouverneure générale, qui représente le roi anglais au Canada, est la première depuis des lustres à ne pas parler français. Elle a été choisie par Justin Trudeau, et est toujours aujourd’hui incapable de parler français. C’est à mon sens très symbolique.

  • 3. Le déclin de la francophonie

Dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, je manifestais un certain optimisme quant à l’avenir de la langue française. L’Afrique, notamment, allait assurer la pérennité de la langue de Gilles Vigneault. Il semble que j’avais tout faux.

Le français va mal, très mal nous dit le lexicographe québécois Lionel Meney, qui vient de faire paraitre un livre, Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais.

Selon Meney, il ne faut pas se laisser leurrer par les chiffres avancés par l’Organisation internationale de la francophonie, qui compte 321 millions de francophones dans le monde. Pour le lexicographe, ce nombre n’est qu’illusion; les Africains qu’on considère francophones parlent en réalité une langue nationale. En Haïti, on parle certes le français, mais la population utilise surtout le créole.

Le lexicographe estime le nombre réel de francophones à tout juste 84 millions de personnes, pas un de plus. Par conséquent, il est illusoire de penser que la population francophone atteindra 767 millions de personnes d’ici 2065.

Certains critiqueront les assertions de Meney. Tout dépend comment on définit un francophone et il y a là un vaste débat. Néanmoins, il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de la francophonie, D’ailleurs n’oublions pas la déclaration de la ministre canadienne des Langues officielles, Ginette Petitpas-Taylor :

Le français est menacé au Canada, y compris au Québec.

Ce qui n’aide vraiment pas dans tout cela, c’est l’indifférence de la France et des Français. L’Hexagone s’est donné le président le plus anglicisant de son histoire. Les commerçants ont sombré dans un délire anglomaniaque en multipliant les raisons sociales en anglais, que ce soit pour une boulangerie ou une parfumerie. Le vocabulaire de l’informatique n’est pratiquement plus traduit et tout phénomène social inédit est généralement exprimé en anglais. Un exemple : shrinkflation au lieu de réduflation. Et que dire de la Fashion Week de Paris (City)?

Meney n’est guère optimiste : « Si la bataille du français se perd en France, qu’est-ce qui va rester pour le Québec, en Amérique du Nord ? Ce sera difficile… »

Bref, on pense de plus en plus en anglais, même en France.

Prochain article : les politiques du gouvernement Legault, l’immigration et une louisianisation annoncée

Motion de non-confiance

Le gouvernement de Justin Trudeau vient d’échapper à une motion de non-confiance déposée par l’opposition conservatrice. Si elle avait été adoptée, le Canada aurait connu des élections rapides.

Les deux termes en italique sont des anglicismes. Il s’agit de traductions littérales de non-confidence vote et de quick elections.

Lorsqu’un parti veut retirer sa confiance au gouvernement, il dépose une motion de censure, il propose un vote de défiance. L’expression non-confiance est un calque grossier de l’anglais.

En Allemagne, l’opposition peut demander un vote de défiance constructive. Les parlementaires sont appelés à renverser le chancelier en poste et à le remplacer par une autre personne. L’un ne va pas sans l’autre. Le tout pour éviter des renversements à répétition du gouvernement sans offrir de solution de rechange.

Cette disposition n’existe pas en régime britannique. Le gouverneur général demande habituellement au chef de l’Opposition officiel de tenter d’obtenir la confiance de la Chambre et de former un nouveau gouvernement, ce que les conservateurs auraient été incapables de faire.

Le fait de renverser le gouvernement à la Chambre des communes aurait entrainé la tenue d’élections anticipées, puisque le mandat du gouvernement prend fin en 2025.

Deep fake

Que diriez-vous de ceci ?

Le président Poutine : « Je me rends compte de la monumentale gaffe qu’a été l’invasion de l’Ukraine et retire mes troupes immédiatement. Je vais dédommager les Ukrainiens. »

On croirait que le président russe est tombé sur la tête. Un peu comme si Xi Jinping s’excusait pour la covid…

Nous entrons dans le monde merveilleux des deepfakes.

L’IA, pas de quoi rire

On sait maintenant qu’une déclaration truquée, produite par ordinateur, peut revêtir toutes les apparences de la vérité. Des logiciels sont maintenant accessibles pour faire dire à vos victimes tout ce que vous pouvez imaginer. On peut aussi les déshabiller, parait-il…

Nous commençons à peine à entrevoir la spirale étourdissante dans laquelle nous entraine l’intelligence artificielle.

Deepfake

Le terme commence à se propager et, bien sûr, l’anglais est encore roi et maitre.

Heureusement, des traductions ont aussi commencé à apparaitre. Le message de Poutine exposé en début de texte pourrait être qualifié de fausse vidéo. L’excellente émission Les décrypteurs de Radio-Canada propose hypertrucage, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Dans la même veine, on peut aussi voir hypercontrefaçon et, pourquoi pas, contrefaçon profonde.

Pendant que nous arrivons encore à distinguer le vrai du faux, je tiens à préciser que ce billet n’a pas été composé par intelligence artificielle. La mienne suffit.

Gaza

Gaza vit un enfer ces jours-ci, un enfer qui suscite l’indignation partout dans le monde. États-Uniens et Israéliens semblent décidés à faire l’unanimité contre eux. Les deux méprisent les institutions internationales.

Leur adversaire est un groupe terroriste, le Hamas, ce que bien des gens veulent oublier. Le Hamas veut l’extermination des Israéliens et il est soutenu tant par l’Iran que par une bonne partie du monde arabe.

Quelques rappels linguistiques

Le territoire de Gaza s’appelle la bande de Gaza. Le plus souvent, on dira Gaza tout court; il n’y a pas d’article, tout comme pour Bahreïn. Le toponyme est de genre masculin : Gaza est bombardé quotidiennement. Bien entendu, si on parle de la bande de Gaza, l’accord se fera au féminin.

 Gaza est un territoire situé en bordure de la Méditerranée. Sa capitale s’appelle Gaza elle aussi. Pour éviter la confusion, on pourrait tout simplement dire la ville de Gaza. Rappelons-le : Gaza City est une INVENTION; la ville ne s’appelle pas ainsi en arabe.

D’autres cas

Malheureusement, on répète les mêmes erreurs que jadis, quand on appelait la capitale guatémaltèque Guatemala City, alors que le nom espagnol de la ville est Guatemala Ciudad. Il y a des limites à tout nommer en anglais. Là encore, on pourrait dire la ville de Guatemala. Mais c’est peut-être trop simple. Il y a une dizaine d’années, l’horrible Guatemala City est apparu dans les pages du Larousse, pourtant une source fiable pour la graphie de toponymes. Heureusement, cet anglicisme est disparu par la suite.

Les habitants de Gaza

On les appelle les Gazaouis, ce qui semble faire l’unanimité. Pourtant il y a une autre façon de les désigner. Voir mon article à ce sujet.