Être dépisté

Peut-on se faire dépister? Peut-on dire que X milliers de personnes ont été dépistées? Dans la langue des médias, il semble que oui. Qu’en pensent les ouvrages de langue?

Définition

Dépister, c’est :

Rechercher systématiquement et découvrir (ce qui est peu apparent, ce qu’on dissimule).

La définition du Petit Robert est claire et, prise comme telle, il est quelque peu difficile de dire qu’on dépiste une personne.

On trouvera quelques exemples dans le dictionnaire de l’Académie dans lesquels le verbe dépister s’applique à des personnes. Par exemple Montherlant :

Le train allait partir! et il avait son billet en poche, et n’avait qu’à s’installer, mais Georges, de retour, sûrement le dépisterait

Mais on voit tout de suite que l’on pourrait remplacer le verbe en l’objet par trouver, découvrir.

C’est dans cet esprit que le Larousse donne l’exemple suivant :

Dépister de nouvelles vedettes de la chanson.

Être dépisté?

Les médias n’emploient cependant pas le verbe dépister au sens de découvrir, mais bel et bien au sens d’avoir subi un test pour la covid. On observe donc un écart avec la définition donnée par les dictionnaires.

Évidemment, les journalistes sont portés à trouver la solution la plus simple et la plus rapide, sans se poser plus de questions. Quand on dit que des milliers de personnes n’ont pas été dépistées, on entretient une certaine ambigüité.

1) Des milliers de personnes possiblement asymptomatiques courent les rues. On ne les a pas repérées.

2) Des milliers de personnes n’ont pas été testées.

Dans le premier cas, utiliser le verbe dépister revient à dire ce qui suit : « Elles n’ont pas été repérées/trouvées pour la covid-19. » Cette construction étonne. Pire encore : « Je n’ai pas été dépisté pour la covid-19. » Il serait plus exact de dire qu’on n’a pas été testé pour la covid-19.

C’est pourquoi il me parait quelque peu risqué d’utiliser le verbe dépister de cette manière.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Cancel culture

On n’osait pas en parler, mais le phénomène a pris tellement d’ampleur qu’il est maintenant impossible pour les médias de l’ignorer, comme ils l’ont fait pendant des années.

La cancel culture sévit depuis un bon bout de temps sur les campus américains. Elle est le fait d’un groupe d’individus extrémistes, supposément progressistes, convaincus de posséder la vérité et qui ne tolèrent aucune contradiction. Ils sont souvent très agressifs et harcèlent tous leurs contradicteurs dans le but de les faire taire une fois pour toutes.

Cette nouvelle orthodoxie, qui déferle au Canada et ailleurs dans le monde, embrasse des causes souvent très louables, comme l’écologie, le véganisme, le féminisme, l’antiracisme, etc. Mais elle tend à les radicaliser et à supprimer toute nuance dans le débat public.

Traduction

L’expression se traduit assez mal. Comme on peut le deviner, l’anglicisme a la cote dans les médias français et même ici au Canada. Les traductions comme culture de la cancellation (sic), culture de l’annulation ne sont guère inspirantes.

La cancel culture conduit au bannissement, à l’élimination de certains groupes ou individus. Ils sont expulsés du débat public, dès qu’ils osent parler, des hordes de militants intraitables les harcèlent pour les empêcher de parler. C’est pourquoi on pourrait parler de culture du bannissement, de l’anéantissement, de l’annihilation.

Des lectrices me suggèrent culture-bâillon, culture-boycott.

Ces dernières années, l’actualité nous a fourni de nombreux exemples de professeurs d’université mis au ban, harcelés par leurs étudiants et leurs collègues au point de devoir démissionner. Le cas de la chargée de cours Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa est emblématique.

Le mot culture

Le mot culture pose un problème, car il n’est pas vraiment employé dans son sens propre, c’est-à-dire de « L’ensemble des aspects intellectuels, artistiques d’une civilisation », dixit le Robert.  Malheureusement, il est difficile de lui substituer un terme plus juste. On pourrait parler de l’idéologie du bannissement, mais, là encore, le terme serait inapproprié.

Une idéologie

Une idéologie est un « Système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un comportement individuel ou collectif » nous dit le Larousse.

De fait, le bannissement des personnes qui n’adhèrent pas au wokisme n’est qu’une manifestation du wokisme lui-même. Ce dernier correspond davantage à une idéologie, dans la mesure où il propose (ou impose) une série de postulats précis, par exemple le fait que le sexe (qu’il appelle genre) n’est pas une réalité biologique mais bien une construction sociale.

Conclusion

À défaut d’une meilleure expression, il faudra s’en tenir à la culture du bannissement pour traduire cancel culture.

Nipponneries

Dans un article précédent, je faisais état de l’influence limitée de la langue japonaise sur le français. Ce que peu de gens savent, c’est que le français a aussi laissé sa trace sur le japonais.

Il faut dire que la prononciation et les accents toniques du japonais sont assez différents du français, bien que la langue nipponne ne soit pas si difficile à prononcer pour un francophone. Néanmoins, l’importation de mots français ne se fait pas dans une parfaite fluidité. Tant s’en faut.

Commençons par les mots les plus simples.

Les Japonais aiment la shanson. Ils portent aussi le pantaron et boivent de la biru. Aimer la chanson, porter le pantalon et boire de la bière. Pas trop difficile à comprendre.

Ce dernier mot ne vient pas du français, mais on comprend aussi de quoi il est question. Soit dit en passant, le u se prononce toujours ou. Ma biru favorite au pays du Soleil-Levant est la Sapporo. Heureusement, elle est exportée.

J’ai vu très peu de pan au Japon. Il faut dire que la nourriture est très différente de celle des pays occidentaux, notamment de l’Italie, où le pane est toujours servi avec le repas. Quand on prend des bakansu au Japon, il faut s’attendre à un peu d’exotisme, après tu, pardon après tout. Les vacances, c’est fait pour cela, non?

Petit quizz

Votre esprit est maintenant bien aiguisé. Déterminez de quels mots français proviennent les gallicismes suivants :

  • Mayonezu
  • Aban taitoru
  • Angajuman
  • Anketo
  • Burujuwa
  • Puretaporute

Saviez-vous qu’à la fin d’un concert, les spectateurs crient ankoru! pour demander un rappel? En français on dirait bis.

Réponses au quizz

Mayonnaise, avant-titre, engagement, enquête, bourgeois, prêt-à-porter.

Il ne faut pas en vouloir aux Japonais pour toutes ces déformations amusantes. Le français a importé de l’anglais des mots comme riding coat, packet boat et fuel, devenus redingote, paquebot et fioul.

Autres articles sur le Japon :

Revenir du Japon

Incident au Japon

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Présentiel

Le mot irrite bien des gens. Il est en vogue depuis quelques années dans le monde de l’enseignement et traduit la soif de néologismes qui affecte ce milieu, comme cela se voit souvent ailleurs aussi.

La réalité qu’il décrit est pourtant très simple : le fait pour les étudiants de suivre un cours sur place, devant le professeur, d’être présent. Ce que l’on appelle tout simplement un cours en classe. Tellement simple qu’on se demande pourquoi il a fallu inventer une nouvelle terminologie.

Mais c’est justement le propre du jargon d’exprimer de manière compliquée des réalités très simples. Toutes les disciplines scientifiques ou non y passent.

Pour badiner, on serait tenté d’avancer que ceux qui ne suivent pas les cours en présentiel le font en… absentiel. Non, ils le font en ligne.

Bien sûr, il n’y a pas lieu de lancer un anathème contre le mot présentiel. Certains le trouvent joli et, pour une fois, il ne s’agit pas d’un anglicisme, ce qui est toujours agréable dans le contexte canadien.

D’ailleurs, le mot est entré dans les dictionnaires.

Réflexions d’un ancien chargé de cours

Pour les profs obligés de donner des cours en ligne, il faudrait parler de démerdentiel – si, si, le mot existe! Les plus curieux regarderont avec intérêt la vidéo suivante.

Car, pour les professeurs, les cours à distance ne sont pas de la tarte. L’enseignant doit chambarder son cours pour l’adapter au nouveau médium, opération qui exige des heures considérables de travail. En outre, la dynamique avec les étudiants et entre les étudiants est perturbée.

Les échanges sont forcément plus limités. Il est plus facile à certains étudiants de devenir distraits, de se perdre dans Facebook, en rédigeant quelques messages, tout en écoutant le prof distraitement, convaincus qu’ils arrivent à tout faire en même temps. La situation se complique quand certains optent pour le visionnement différé du cours, car à ce moment-là il est impossible de poser une question au prof. Le cours devient une autre vidéo YouTube…

Le cours en ligne permet toutefois à l’étudiant de faire des recherches complémentaires sur le Net pour mieux comprendre la conférence. Mais c’est exactement ce que font les étudiants en classe, certains vérifiant soigneusement toutes les allégations du prof, comme j’ai pu le constater…

Les enseignants préfèrent les cours en classe, ou en présentiel, si vous préférez. Mais il y a fort à parier que les universités profiteront de la brèche créée par la pandémie pour intensifier la prestation de cours à distance, et ce pour toutes sortes de raisons.

Le fait est que la tendance à pratiquer un enseignement à distance était déjà amorcée avant la pandémie chinoise. Mais celle-ci a accentué le processus. D’autres raisons expliquent cette transformation opérée par les universités.

Il y a bien sûr la fascination de la technologie et le désir de paraître à jour. Ensuite, les institutions d’enseignement ont investi beaucoup d’argent dans la quincaillerie informatique, donc difficile de faire marche arrière. De plus, le fait de vider les campus pourrait permettre de faire des économies dans la gestion des locaux. Moins de bâtiments seront nécessaires. Actuellement, les campus universitaires ressemblent à des villages abandonnés dans le Far West.

Je ne suis pas convaincu de la viabilité des cours à distance à plus long terme. Il est clair que la qualité de l’enseignement finira par en souffrir et que, à la manière du télétravail, les autorités universitaires opteront pour des formules mixtes.

Les cours en présentiel ne sont peut-être pas morts, mais leur vie sera transformée à tout jamais, pour le meilleur et pour le pire.

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Adresse à la nation

Le premier ministre Trudeau vient de prononcer une adresse à la nation au sujet de la pandémie qui reprend de la vigueur dans notre pays. Encore une fois, le Canada pense en anglais quand il parle en français.

Si en anglais on peut s’adresser à la nation, il en est tout autrement en français, surtout si on examine le sens du mot adresse. Les grands dictionnaires définissent une adresse, comme l’expression d’un vœu exprimé par une assemblée politique à un souverain. On est donc très loin du discours prononcé par M. Trudeau.

Adresse à la nation s’inspire de l’anglais address to the nation. La définition trouvée pour address dans le Merriam-Webster est assez éloquente :

A prepared speech delivered to a special audience or on a special occasion.

L’expression en l’objet est donc un autre calque de l’anglais, avec toutes les apparences de la normalité, raison pour laquelle il passe inaperçu un peu partout.

Le premier ministre a tout simplement prononcé un discours au pays, un discours aux Canadiens.

On lira avec intérêt mon article sur le mot nation.

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Loukachenko

Le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko, attire beaucoup l’attention ces derniers temps. La foule rugissante dans les rues dénonce l’élection truquée qui l’a reporté au pouvoir cet automne. Le président est tellement alarmé qu’il s’est rapproché de l’inquiétant voisin russe qui ne pense qu’à l’annexer.

Le langagier que je suis ne peut que se réjouir de cette « popularité », parce que les journalistes francophones du Canada disposent de tellement de sources en français sur cette crise, qu’ils ne peuvent faire autrement que d’écrire le nom du président sans faire de faute.

Si Loukachenko était le directeur d’une centrale nucléaire du fin fond du pays, il y aurait de fortes chances que nos braves rédacteurs orthographieraient son nom ainsi Lukashenko. Pourquoi? Parce c’est écrit ainsi dans Canadian Press ou Reuter.

Ce qui saute aux yeux pour le président de la Russie est beaucoup moins clair quand on affiche le nom d’un inconnu dans un reportage. J’ai déjà fait part de cette problématique à la cheffe d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada, mais elle ne m’a jamais répondu. Malheureusement, le Téléjournal continue d’afficher les noms slaves avec une orthographe anglaise, dans la très grande majorité des cas. Désolant.

Dans un article précédent, j’ai analysé le problème de la translittération des noms slaves écrits en caractère cyrilliques. Des langues comme le russe, l’ukrainien, le biélorusse, le serbe, entre autres, sont concernées. À cause de cela, les anglophones et les francophones ne transposent pas les sons de la même manière. Ainsi, Poutine s’écrit Putin en anglais.

La journaliste en poste à Moscou, si elle me répond un jour, me dirait probablement qu’elle n’a pas le temps de s’occuper de ce genre de choses. C’est peut-être vrai, mais les chefs de pupitre à Montréal? Ils s’en fichent aussi?

Passer à travers

L’un des travers des puristes et de bien des langagiers est de voir des anglicismes partout. Ils n’ont pas toujours tort.

On entend souvent l’expression passer à travers quelque chose. La traductrice vigilante, le terminologue à l’affût se méfient à bon droit puisque l’une des définitions de through en anglais comporte comporte le sens suivant, selon le Merriam-Webster :

Arrived at completion or accomplishment.

Par conséquent, l’expression to go through something, peut comporter le sens figuré de subir une épreuve, d’aller jusqu’au bout et de s’en sortir.

Le langagier délivre donc un constat d’anglicisme à son rédacteur.

Minute papillon!

Une simple recherche au dictionnaire nous amène une révélation surprenante : l’expression existe aussi en français! Le Robert :

Passer au travers : échapper à un danger, à qqch de fâcheux.

Le sens n’est pas exactement le même. Si en Europe et ailleurs dans la Francophonie on échappe à une situation difficile, au Québec on la vit d’un bout à l’autre et on s’en sort.  On est donc plus près du sens anglais.

À travers le Canada

Qui ne rêve pas de voyager à travers le Canada, à travers l’Europe ou l’Asie? Anglicisme ou pas? Là encore, les langagiers ont les sens en éveil, flairant la proie.

Comme l’indique le Collins :

To go through a town, area, or country means to travel across it or in it.

En français, aller à travers quelque chose signifie le traverser d’un bout à l’autre, dans toute son étendue. Comme l’indique l’Office québécois de la langue française, il est probable que l’expression s’inspire de l’anglais, quand il est question de géographie, bien que ni le Larousse ni le Robert ne la qualifient d’anglicisme.

Toutefois, force est de constater que de grands écrivains français employaient l’expression eux aussi. Il est peu probable qu’ils aient été contaminés par le français québécois anglicisé.

Le chevalier s’en allait à travers le monde, secourant la veuve et l’orphelin. – Chateaubriand

Si on tient à éviter l’expression, on peut toujours dire Voyager d’un bout à l’autre de l’Asie, partout en Europe, aux quatre coins du Canada, etc.

J’espère que vous ne prendrez pas cette chronique de travers.

Action

Action! Voilà le mot lancé par les cinéastes quand la caméra se met à tourner.

Le mot surgit plus souvent qu’à son tour dans le discours politique et journalistique. Dernière citation en date, celle du premier ministre Trudeau : « Prendre des actions. » On a vu aussi récemment venant d’un autre interlocuteur : « Prendre action. »

Si une action est la manifestation d’une activité, il n’en demeure pas moins que les deux expressions ci-dessus tranchent et s’inspirent de l’anglais. Elles sont d’ailleurs condamnées par l’Office québécois de la langue française.

L’anglicisme s’insinue aussi dans la définition du mot même. Les rédacteurs parlent fréquemment des « actions du gouvernement », alors qu’il serait plus français de discuter des mesures, interventions ou décisions des autorités.

Le gouvernement de la France emploie pourtant l’expression « actions du gouvernement » sur son site Web, ce qui ne manquera pas de donner des munitions aux actionnistes, ceux qui tiennent absolument à parler à l’anglaise. Sur le site, on peut lire ce qui suit :

Vous voulez comprendre les décisions du Gouvernement? Savoir ce qu’elles changent pour vous au quotidien? Vous êtes au bon endroit.

C’est moi qui souligne. On remarquera l’emploi du mot décisions ainsi que la majuscule à Gouvernement. Le site parle des actions du gouvernement au sens large, classées par thématiques, économie et finances, culture, etc.

À proprement parler, on ne peut condamner l’emploi du mot actions, mais le repli vers décisions m’apparait significatif.

Soyons donc prudents avant de qualifier d’actions des mesures courantes, quitte à parler de l’action du gouvernement en général. Quant aux expressions « Prendre action » et « Prendre des actions », laissons-les au premier ministre Trudeau.

Interview

Le mot interview est plus utilisé en Europe, bien qu’on le lise parfois au Canada. De ce côté de l’Atlantique, on dit plutôt entrevue, mais cette francisation comporte quelques inconvénients.

Interview

Cet anglicisme s’applique dans le cas d’une entrevue que mène un journaliste en vue de publier un article. Point à la ligne.

Le substantif a engendré le verbe interviewer. Dans les deux cas, le contexte est clair. Exemple :

Bernard Pivot interviewe André Racicot (on peut rêver!).

Entrevue

Au Canada, on utilise surtout le substantif entrevue, nettement plus polyvalent. Il désigne la rencontre d’un journaliste et d’une personne… interviewée. Mais on peut également parler d’une entrevue d’embauche, d’une rencontre concertée de plusieurs personnes, d’un entretien.

Je ne crois pas qu’entrevue soit tellement polysémique, au point qu’il faudrait recourir à l’anglicisme interview. Quand on dit que Yannick Nézet-Séguin donne une entrevue à La Presse, tout le monde comprend.

Cependant, entrevue est en quête d’un verbe. Un journaliste peut-il entrevoir Yannick Nézet-Séguin? Ce dernier a-t-il été entrevu par le quotidien en question?

On verra plutôt des tournures comme celles-ci :

Interviewé par La Presse, Yannick Nézet-Séguin a annoncé la tenue de nouveaux concerts l’an prochain. Lors de l’entrevue, il s’est déclaré enchanté des performances de son orchestre. La semaine prochaine, notre reporter interviewera Kent Nagano.

Comme on le voit, l’anglicisme interviewer finit par servir de béquille.

Distanciation sociale 2

Plusieurs lecteurs et lectrices m’ont interpelé au sujet de l’expression distanciation sociale. Toutes ces personnes me trouvaient trop laxiste et s’étonnaient que je n’aie pas condamné le terme en question. Un nouveau tour de piste s’imposait.

D’entrée de jeu, disons-le clairement, distanciation sociale s’est imposée un peu partout, tant au Canada qu’en Europe. Encore une fois, l’usage – cet abruti, trop souvent, – impose sa loi.

L’expression figure même dans le Grand Dictionnaire terminologique du Québec, qui donne comme synonyme distanciation physique. Définition :

Ensemble des mesures de santé publique mises en œuvre par la population pour réduire au minimum les contacts physiques directs et indirects entre individus et ainsi enrayer la propagation d’une maladie contagieuse.  

Observation intéressante dans le Dictionnaire de l’Académie française :

Le mot ne semble pas encore entré dans la lang. cour., les auteurs le mettant presque toujours entre guillemets. 2. On rencontre dans la docum. le verbe trans. distancier. Mettre à distance, prendre du recul (vis-à-vis de quelque chose). 

Il est clair que distanciation a connu une évolution, puisque ce mot était surtout utilisé dans le monde du théâtre, quand l’acteur prend ses distances avec son personnage. Dans d’autres contextes on se distanciait d’une chose, et non d’un individu.

Il serait donc plus approprié de parler de distance sanitaire. Cette expression est très claire et décrit très bien la situation actuelle. On pourrait également évoquer l’éloignement physique que tout individu sain d’esprit devrait observer dans les lieux publics.

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Je viens de publier un ouvrage sur l’avenir du français : Plaidoyer pour une réforme du français, aux éditions Crescendo. Un portrait de l’état de notre langue, de son histoire, et des façons très simples de la simplifier un peu tout en respectant son esprit.

On peut se le procurer dans certaines libraires ou encore le commander sur le site LesLibraires.ca.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.