Liberté académique

Depuis quelques années, les professeurs d’université canadiennes et américaines sont aux prises avec des étudiants radicaux qui les intimident parce qu’ils ont dit un mot de trop. Ces étudiants prétendent posséder une conscience sociale supérieure à la moyenne et sont déterminés à l’imposer sur les campus universitaires, comme les marxistes-léninistes dans les années 1970.

Les médias ont toujours affiché une grande complaisance envers l’extrême gauche; c’est pourquoi des incidents de harcèlement survenus il y a quelques années ont été passés sous silence. Mais le phénomène, attisé par l’idéologie woke, importée des États-Unis, a pris une ampleur qu’il est impossible d’ignorer. À un point tel que des professeurs, même les plus hardis, ont commencé à s’autocensurer.

Ce qui est en jeu, c’est la liberté pour les professeurs d’aborder certaines réalités, certains concepts, pour en faire l’étude en classe, ce que l’on appelle couramment la liberté académique.

On pourrait aussi parler de la liberté universitaire, de la liberté d’enseignement, car le terme en question paraît suspect.

Académique

Au Canada, l’anglicisme académique est souvent utilisé pour qualifier les activités universitaires, collégiales et autres. Comme le signale l’Office québécois de la langue française, le mot en question revêt en anglais un sens plus large qu’en français.

L’ennui, c’est qu’académique est aussi employé en Belgique, au Luxembourg et en Suisse, avec un sens similaire à celui du Canada. Pourquoi?

Le Dictionnaire de l’Académie française nous donne une piste :

            Relatif à une division territoriale et administrative de l’Université française.

Le doute s’insinue. D’autant plus que le Petit Robert va dans le même sens :

            Qui a rapport à l’administration de l’académie (enseignement). Inspection académique, palmes académiques.

Un anglicisme?

Il semble donc que l’emploi du mot académique dans liberté académique n’est pas aussi condamnable qu’on peut le penser.

Détail intéressant, le dictionnaire de l’Académie cite la locution liberté académique, qui serait un belgicisme (???) et la définit ainsi :

            (Liberté) dont jouissent les enseignants universitaires dans leurs activités d’enseignement et de recherche.

Conclusion

Si l’on considère qu’académique peut renvoyer à l’administration de l’enseignement, il ne me parait pas si clair que liberté académique soit un anglicisme insupportable. On peut se demander, en fait, si l’expression anglaise academic freedom ne viendrait pas au fond du français?

Les personnes qui entretiennent des doutes sur l’expression peuvent certainement lui substituer liberté universitaire, liberté d’enseignement. En espérant qu’elle survive.

4 Thoughts on “Liberté académique

  1. Le sens apparaissant dans le Robert et dans le dictionnaire de l’Académie (version actuelle) concerne les académies, qui sont les autorités assurant l’administration de l’Éducation nationale au niveau régional en France : https://www.education.gouv.fr/les-regions-academiques-academies-et-services-departementaux-de-l-education-nationale-6557

    Cela n’a rien à voir avec le sens anglais et ne cautionne en aucun cas l’anglicisme.

  2. FRANCARD on 8 février 2021 at 10:22 said:

    Le « Dictionnaire des belgicismes » (De Boeck, 2015) précise que « académique », dans ces emplois, est une influence de l’allemand, le système universitaire belge ayant été inspiré par le modèle universitaire allemand.

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