Archives de catégorie : traduction

Spécifique

L’utilisation de l’adjectif spécifique est tellement répandue que personne ne s’en formalise. D’ailleurs, les définitions des dictionnaires convergent.

Le Robert : « Propre à une espèce et elle seule. »

Larousse : « Qui appartient en propre à une espèce, qui est particulier à quelque chose. »

Trésor de la langue française : « Qui est propre à; qui présente une caractéristique originale et exclusive. »

Il y aurait toutefois lieu d’être plus prudent, comme en témoigne l‘exemple ci-dessous.

« La police a été spécifique sur ce point, aucun désordre ne sera toléré. »

« Notre gestionnaire ne nous a rien dit de spécifique au sujet à propos du fiasco de ce système informatique. »

Les définitions précitées paraissent soudainement peu pertinentes. Trop souvent, le sens donné à spécifique est celui qui nous vient de l’anglais : précis, explicite, déterminé, comme l’indiquent les Clefs du français pratique.

En tenant compte de ce qui précède, le premier de nos exemples devient :

« La police a été formelle, claire, explicite… »

Formel, que les médias confondent avec officiel, reprend son véritable sens.

Quant au second exemple, on peut le reformuler ainsi :

« Notre gestionnaire n’a pas parlé en détail »

Bien des mots permettent d’éviter le piège de l’anglicisme, comme juste, exact, concis, déterminé, etc.

Alors comment utiliser correctement le mot en question?

La Banque de dépannage linguistique donne des exemples éclairants.

« Le goût spécifique du cèpe accompagne cette viande à merveille. »

« Une nouvelle réglementation spécifique aux aliments importés vient d’être adoptée. »

On voit tout de suite que le sens n’est pas le même.

Compenser

Les tics langagiers des médias causent, à la longue, beaucoup de ravages. Ils finissent par se répercuter dans le langage populaire. Ici, la répétition agit comme un conditionnement. Ces impacts font en sorte que tout le monde finit par se les partager, écriraient certains plumitifs de la presse.

L’abus du verbe partager sombre dans le délire le plus total.

Les dix millions de dollars versés à Omar Khadr font énormément jaser. Des médias sérieux comme Le Devoir parlent de compensation à l’ancien prisonnier de guerre.

Or, comme l’explique le Petit Robert, compenser c’est « Équilibrer (un effet, généralement négatif, par un autre). Parmi les synonymes : racheter, réparer.

On n’est pas tellement loin du sens de l’anglais, il faut l’avouer. Pourtant, les dictionnaires français ne donnent pas d’exemples semblables à celui de Khadr, qui défraie la chronique.

Le Colpron, Le dictionnaire des anglicismes, est catégorique : compensation se rend par indemnisation, dédommagement; à ces deux solutions, on pourrait ajouter remboursement.

Donc, Khadr sera indemnisé à hauteur de dix millions de dollars. Rien de très sorcier, chers journalistes.

Dans le Trésor de la langue française, on parle de compensation de créances, de dettes. Signification : « Annulation réciproque de créances de même nature, jusqu’à concurrence de la plus faible, lorsque deux personnes sont respectivement débitrices et créancières l’une de l’autre. »

Le verbe compenser est souvent victime d’une erreur de syntaxe. Certains écriront :

Compenser les producteurs pour les pertes subies.

Le verbe en question est transitif direct, comme le précisent les Clefs du français pratique.

Cet apport d’argent frais compense le manque à gagner.

Les Clefs donnent un autre exemple d’usage correct de compenser, verbe qui admet la construction absolue.

Pour compenser, nous paierons les dégâts.

Un autre fléau médiatique : les sigles. Comment les éliminer et rendre les textes plus lisibles : article.

Si vous avez aimé cet article, par pitié, ne le partagez pas : diffusez-le.

Kakistocratie

Un nouveau mot est né : la kakistocratie. En anglais : kakistocracy.

La kakistocratie est un effet collatéral de l’arrivée au pouvoir du nouveau président américain. Il est l’antonyme d’aristocratie.

Comme le signale le site slate.fr, « Après la première vague de nominations de Donald Trump, certains commentateurs proposent de désigner l’ère qui s’ouvre comme une kakistocratie. »

Un exemple parmi d’autres : Trump nomme à la tête de l’Agence de protection de l’environnement un individu qui lui est hostile et l’a poursuivie en justice!

Pour bon nombre d’observateurs, le gouvernement américain a été détourné par un groupe hostile à l’État tout court et qui cherche à le diminuer, voire à le détruire.

Le terme kakistocracy apparaît donc dans certains médias. Il se définit comme « le pire gouvernement… celui des plus mauvais. » dixit slate.fr.

En anglais, le terme a déjà sa page Wikipédia (https://en.wiktionary.org/wiki/kakistocracy). Il figure notamment dans le Webster (https://www.merriam-webster.com/dictionary/kakistocracy) et l’Oxford Dictionary (https://en.oxforddictionaries.com/definition/kakistocracy).

En français, le mot n’est pas encore très implanté. Aucune page Wikipédia, mais le terme est mentionné dans celle qui traite des formes de gouvernements (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_formes_de_gouvernements).

Ce n’est qu’une question de temps, le gouvernement Trump ayant été élu pour quatre ans…

Je tiens à remercier Stéphanie Saint-Gelais de m’avoir signalé l’avènement de ce nouveau terme.

Délai de pluie

La météo vient souvent jouer les trouble-fêtes lors des tournois de tennis. Chaque fois, aussi bien Radio-Canada, RDS, TVA, etc tombent dans le panneau et parlent de délai de pluie. En un tour de smash, les médias québécois ont trouvé la traduction de rain delay.

Une traduction absurde qui n’a aucun sens en français. Malheureusement, les journalistes ici ont un mal fou à faire la distinction entre le sens français de délai, qui est un laps laps de temps et celui de l’anglais qui est retard.

J’ai écrit un article complet à ce sujet.

Comment rendre rain delay en français? Tout d’abord en arrêtant de penser en anglais. En s’enlevant de la tête que délai est un retard. Non c’est un anglicisme. UN DÉLAI N’EST PAS UN RETARD EN FRANÇAIS. Bien hâte que les médias finissent par le comprendre.

Après cette brève tempête, revenons à la traduction… Le match est interrompu ou arrêté à cause de la pluie. Il connaît un retard à cause de la pluie.

Si l’ondée se prolonge, on peut dire que le match est reporté à cause de la pluie. On peut donc parler d’un report à cause de la pluie, d’une interruption à cause du mauvais temps, etc.

En toute simplicité, on peut aussi dire que la pluie a retardé le match. Ainsi, on évite la faute directe.

Articles connexes :

Le tennis en français

Délai

Délais judiciaires

Holistique

Une approche holistique en éducation… Une vétérinaire holistique… S’attaquer aux problèmes d’une manière holistique.

Le terme fait un peu savant, il se pointe le nez de temps à autre dans les médias. Le langagier toujours sur ses gardes flaire un autre anglicisme tapi dans l’ombre. L’évidence s’impose, holistique est une déformation de l’anglais whole. La cause est entendue.

Pas vraiment, votre honneur.

Est holistique ce qui s’attache à la globalité d’une chose. Pourtant, les ouvrages de langues associent cet adjectif suspect au holisme. Définition du Robert :

Théorie selon laquelle l’être humain est un tout indivisible qui ne peut être expliqué par ses différentes composantes…

Le mot vient du grec holos, qui signifie entier.

Holistique est donc un hellénisme.

Une brève consultation des dictionnaires anglais nous apprend que whole, lui, n’a rien à voir avec le grec. Le mot vient du vieil anglais hal.

Morale de cette histoire : cultiver le doute, mais vérifier.

 

Suggérer

« Les entreprises canadiennes manquent de courage, suggère une étude … »

L’utilisation du verbe suggérer dans cette phrase étonne. Le doute nous saisit. On est un peu loin de la suggestion, telle qu’on la conçoit dans notre langue. Comment une étude peut-elle proposer un manque de courage?

Alexis de Tocqueville se disait étonné du français étrange que parlaient les colons canadiens conquis par la Grande-Bretagne. Il n’avait pas tort.

Il est clair que dans la phrase citée le verbe français s’inspire de l’anglais.

Là encore, l’anglais offre un champ sémantique plus diversifié que le français, d’où ce énième faux ami entre les deux langues.

Quand un anglophone suggère quelque chose, il ne vous fait pas toujours une proposition. En fait, il insinue quelque chose.

Are you suggesting that nobody is interested?

Insinuez-vous que personne n’est intéressé? Êtes-vous en train de nous dire que

Dans ce contexte, laisser croire, supposer constituent de belles solutions de rechange.

Comme on le voit, le verbe anglais peut exprimer une affirmation, qu’elle soit fondée ou non. Un exemple du Parlement du Canada :

If a company suggests it will produce 200 jobs…

Si une société prétend créer 200 emplois…

Toujours en anglais, une chose peut en suggérer une autre.

Prudence suggests a retreat.

La prudence conseille la retraite.

Comme on le voit, dès que l’anglais s’écarte des propositions, suggestions, hypothèses, il est préférable, en français, de rompre les amarres et de voguer sur des eaux moins périlleuses que celle des anglicismes.

Loin de moi l’idée de suggérer, pardon de prétendre, qu’il faut toujours se méfier des similitudes entre les deux langues. Mais la vigilance s’impose.

C’est ce que je vous suggère.

Le baseball en français

Troisième d’une série sur le sport en français.

Le baseball est une énigme enveloppée dans un mystère, pour paraphraser Churchill. Ce sport nord-américain est un descendant du cricket, la différence étant que les parties ne durent pas deux jours, mais quelques heures.

Dans les articles précédents, nous avons vu qu’il est possible de traduire le vocabulaire des sports anglo-saxons. Les Québécois l’ont fait avec brio.

Le terrain

Le terrain est défini par deux lignes à quatre-vingt dix degré. Le champ intérieur a la forme d’un losange composé de trois buts appelés bases en anglais. Le frappeur, appelé batteur en Europe, tente de frapper la balle que lui envoie un lanceur. Le frappeur tente d’y parvenir au moyen d’un bâton, appelé batte en Europe. Le lanceur envoie la balle au-dessus d’une plaque, appelée marbre.

Le champ extérieur est patrouillé par trois voltigeurs, traduction habile d’outfielder. Le champ extérieur est délimité par une clôture, voire une barricade, généralement élevée.

Derrière cette clôture se trouve l’enclos de pratique (bullpen) où se trouvent les lanceurs de relève (relief pitchers).

Le jeu

Si le frappeur tente de frapper la balle, mais échoue, il écope d’une prise (strike). Toutefois, un lancer qui est hors cible est une balle. Une balle frappée hors des limites du jeu est une fausse balle (foulball).

Le frappeur qui subit trois prises est retiré. C’est un retrait au bâton (strikeout). Lorsque le lanceur lance quatre balles à l’extérieur de la zone des prises, le frappeur reçoit un but sur balles (base on balls, walk).

L’équipe en défensive envoie neuf joueurs sur le terrain. En plus du lanceur, le receveur, le premier but, le deuxième but et le troisième but tentent de capter toute balle frappée au champ intérieur, que ce soit au sol ou dans les airs. Le joueur d’arrêt-court complète la brigade défensive. Cette appellation est un calque intégral de l’anglais short stop. Il s’agit en fait d’un intercepteur et c’est pourquoi on l’appelle parfois l’inter.

Lorsqu’un frappeur réussit à frapper la balle, il court vers le premier but. Si elle tombe au sol et qu’il atteint le but avant le tir d’un joueur en défensive, il est l’auteur d’un coup sûr (basehit). Si le joueur peut courir jusqu’au deuxième but, c’est un double, et vers le troisième but, c’est un triple. Si la balle sort des limites du terrain, au champ extérieur, c’est un coup de circuit (homerun). Si trois joueurs se trouvaient sur les buts, c’est un grand chelem (grand slam), emprunté au vocabulaire du tennis.

Le joueur qui parvient à toucher le marbre, après avoir franchi les trois buts précédents marque un point.

Tout joueur frappant la balle mais qui n’atteint pas le premier but avant le tir d’un joueur en défensive est retiré (out). Il est également retiré si un joueur en défensive capte une balle frappée avant qu’elle ne touche le sol.

L’équipe à l’attaque va au bâton tant et aussi longtemps que trois de ses joueurs n’ont pas été retirés. Les deux équipes frappent à tour de rôle. Chaque tour de batte (comme on dit en Europe) est appelé manche (inning) en Amérique du Nord. Un match de baseball comporte neuf manches.

Vocabulaire spécialisé

Le baseball est un sport truffé d’américanismes, évidemment. Sans volonté de traduction, il deviendrait un sabir incompréhensible… comme dans les films européens.

Quelques termes méritent qu’on s’y attarde.

Shoe string catch : se dit lorsqu’un joueur en défensive attrape une balle au niveau des lacets de chaussure, d’où l’expression anglaise. En français : vol au sol.

South paw : désigne un lanceur gaucher. Son bras était souvent du côté du soleil dans les anciens stades, d’où le terme énigmatique et pittoresque de « patte au sud » en anglais. Dans notre langue : lanceur gaucher tout simplement.

Fly ball : balle frappée dans les airs. En français : ballon.

Ground ball : balle frappée au sol. En français : roulant.

Pop fly : balle frappée à une faible hauteur. En français : chandelle.

Infield fly : jeu appelé pour empêcher un joueur en défensive d’échapper la balle pour provoquer plusieurs retraits. En français : retrait automatique.

Wild pitch : balle lancée hors cible par le lanceur. En français : mauvais lancer.

Passed ball : balle que laisse passer le receveur et qui roule au fond du terrain. En français : balle passée.

Double play : lorsque deux joueurs sont retirés coup sur coup. En français : double retrait.

Triple play : lorsque trois joueurs sont retirés coup sur coup, mettant fin à la manche. En français : triple jeu.

La traduction d’un tel vocabulaire n’allait pas de soi. Des efforts considérables ont été investis pour mettre à profit le génie du français et les résultats parlent d’eux-mêmes.

Traduction douteuse

Le terme Séries mondiales est une mauvaise traduction de World Series. En 1900 est formée la Ligue américaine de baseball qui vient concurrencer la Ligue nationale. On décide d’organiser une série de championnat entre les deux ligues. La finale est financée par un journal new-yorkais, The World. On aura donc les World Series, les séries du World, en bon français.

Mais le journal a depuis disparu et l’appellation américaine est restée… de même que sa traduction fautive. Impossible de corriger. D’ailleurs l’immense majorité des États-Uniens ignorent cette anecdote et pensent qu’on parle d’une série internationale… Alors l’appellation Séries mondiales en français n’est peut-être pas si mauvaise, en fin de compte.

En Europe

Mais cette fausse balle linguistique n’est rien quand on la compare avec le charabia épouvantable que proposent les traducteurs européens.

À commencer par la définition que donne le Larousse du mot baseball  : « Sport dérivé du cricket qui se pratique sur un terrain jalonné de piquets (bases)… »

Un exemple percutant qui démontre l’ignorance totale des francophones européens par rapport à un sport qui n’est pas ou peu pratiqué chez eux. Mais là n’est pas le problème. C’est surtout le refus d’admettre qu’ils ne comprennent rien au jeu et disent n’importe quoi.

Une équipe est dirigée par un manager. Les batteurs doivent frapper la balle et courir sur les bases (sans foncer dans les piquets, sans doute). Ils comptent un point s’ils atteignent le home, mais à condition de ne pas faire trois strikes avant. Il peut arriver qu’un joueur frappe la balle hors champ et c’est alors un home-run; alors tout le monde court sur les bases. Notons, qu’il y a neuf tours de batte dans une partie…

La série mondiale, aussi bien que les séries de championnat de ligue, sont un profond mystère et deviennent les séries de première division…N’importe quoi.

***

La solution est simple, traducteurs européens, marchez sur votre orgueil et consultez un francophone québécois ou canadien.

Humiliant, certes, mais nécessaire.

Articles précédents :

Le golf en français

Le tennis en français

Le tennis en français

Deuxième article d’une série sur le sport en français.

We are tennis. Telle est l’inscription inscrite au dos des t-shirts que portaient les chasseurs de balle au tournoi de Roland-Garros. Pourtant, le tennis, ce sont les Français qui en sont les inventeurs… d’une certaine manière.

Beaucoup de gens le savent déjà, le noble sport britannique tire son origine du jeu de paume français. Lorsqu’un joueur servait, il avertissait son adversaire ainsi : « Tenez. ». D’où la déformation anglaise de tennis. Fait amusant, le mot tennis est revenu par le rebond en français pour désigner un type de chaussure de sport…

Nous avons vu que le vocabulaire français du golf est presque entièrement anglicisé – du moins en Europe. Le tennis, qui nous vient pourtant des îles britanniques lui aussi, a moins subi l’influence de l’anglais. Peut-être à cause de ses origines françaises.

Le tennis se joue sur un court, que l’on prononce comme cour, mot français jadis écrit court.

L’un des joueurs envoie la balle à son ou ses adversaires. C’est que l’on appelle le service, qui, s’il tombe dans le carré de réception et n’est pas retourné s’appelle un ace. Le serveur dont le pied ou le corps dépasse la ligne de service commet une faute, que l’arbitre appelle fault. Si le serveur tire la balle dans le filet, on entendra let ou filet.

Si le serveur tire la balle deux fois de suite dans le filet, il perd le point. C’est ce que l’on appelle une double faute.

Le joueur à la réception peut le retourner d’un coup droit ou encore du revers s’il renvoie la balle sur le côté opposé duquel il tient la raquette. Celle-ci vient aussi du jeu de paume; elle date du XVIe siècle.

La façon originale de compter les points viendrait du nombre de pas que devait reculer l’un des joueurs à la réception du service : 15 tout d’abord, ensuite 30 et finalement 40.

D’ailleurs, le pointage 15 à zéro exprimé en anglais s’inspire lui aussi du français : Fifteen-love, le zéro ayant la forme de l’œuf, déformé dans la langue de Shakespeare : love.

En anglais…

Le tennis vit une histoire d’amour avec la langue anglaise. Si une partie du vocabulaire vient d’Angleterre, un faux anglicisme s’est faufilé… Il s’agit de tennisman, terme qui n’existe PAS en anglais. On dit plutôt tennis player. Un homme tennis est un non-sens en anglais.

Un terme qui revient souvent est passing shot, « Balle rapide en diagonale ou près d’un couloir, évitant un joueur placé pour faire une volée. », nous explique le Robert. La banque de terminologie du gouvernement du Canada, Termium, nous propose coup de débordement ou débordement tout court. J’ai déjà lu placement, qui me paraît plus intéressant. Mais passing, en abrégé, est passé dans l’usage.

Autre expression courante : le smash, un coup que l’on voit aussi au volleyball ou au ping-pong. Le joueur qui smashe écrase la balle pour tenter un coup imparable. Tout le contraire d’un amorti.

Un joueur qui envoie la balle en hauteur effectue un lob afin qu’elle passe par-dessus la tête de son adversaire. Si le joueur a lifté la balle, celle-ci rebondira davantage. On peut également slicer une balle, c’est-à-dire la couper, pour lui imprimer une rotation qui la fera courber.

Le pointage

Compter les points au tennis est assez complexe. Pour remporter un jeu, il faut gagner quatre points et en détenir au moins deux d’avance. Le joueur qui remporte six jeux gagne la manche, qu’on appelle aussi le set.

Jadis, les manches pouvaient s’éterniser lorsque aucun des deux joueurs ne parvenait à distancer son adversaire par deux jeux. On dispute alors un jeu décisif, appelé bris d’égalité au Canada. Malheureusement le terme tie-break semble s’être imposé en Europe.

Le compte des points change. Finis les 15, 30 et 40… Le premier joueur à marquer sept points remporte la manche, s’il a deux points d’avance. On peut aussi bien gagner à 7-2, qu’à 11-9 ou bien 15-13… Ce jeu décisif permettra à l’un des deux joueurs de d’emporter la manche avec la marque de sept à six.

Pour gagner une partie, il faut gagner deux manches. Dans les grands tournois, les hommes doivent en remporter trois. Les grands tournois? Ce sont ceux du Grand Chelem : les Internationaux de l’Australie, les Internationaux de France (Roland-Garros), les Internationaux de Wimbledon et les Internationaux des États-Unis.

 

Prochain article : le baseball en français.

Le golf en français

De l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, on semble croire que tout ce qui vient du monde du sport s’exprime d’abord et avant tout en anglais. Ce n’est pas tout à fait exact. On peut traduire, quand on le veut bien. Cet article est le premier d’une série sur le sport en français.

Le golf est une invention écossaise, c’est un fait établi. Quel golfeur n’a jamais rêvé d’aller fouler le terrain mythique de St. Andrew? Ce sport s’est ensuite répandu un peu partout dans le monde.

L’aménagement du terrain de St. Andrews reflète « l’esprit originel » du golf, un véritable parcours du combattant parsemé de fosses de sable, appelées bunkers, et d’autres innommables chausse-trapes.

Une rumeur persistante dit que le mot golf serait un acronyme pour gentlemen only ladies forbidden… À mon sens, elle a probablement pris naissance au dix-neuvième trou devant une chope de bière à la mousse abondante.

Le vocabulaire du golf est probablement le plus anglicisé de tous les sports. Peut-on parler français sur les links ? Bien sûr, en voici la preuve.

Pour jouer au golf, il faut un bâton, appelé club en Europe. Certains crieront à l’impropriété, mais si on se sert d’un bâton pour le ski, pourquoi pas pour le golf? Certains bâtons sont désignés en français : le bois pour les coups en longueur et le fer lorsqu’on se rapproche du vert, pardon, du green.

Le golfeur pose sa balle sur un tee, que certains écrivent té. Assez curieusement, le tee désigne aussi l’aire de départ d’un trou, du moins en Europe. Cette acception est inusitée au Canada. Après s’être réchauffé, le joueur s’élance d’un bel élan (swing); c’est le coup de départ (drive). Au Québec, on appelle souvent driver le bois utilisé à cette occasion.

Le golfeur range ensuite ce bâton dans son sac qu’il tire dans un chariot, à moins d’avoir embauché un caddie, que l’on peut aussi appeler cadet. Évidemment, cela fait moins britannique.

Un bon joueur enverra sa balle au milieu de l’allée (fairway). S’il est plus maladroit, sa balle décrira une courbe vers la droite, qu’on appelle slice. Une courbe vers la gauche est un hook. Ce terme ne figure pas dans le Robert. Les joueurs français tirent donc uniquement vers la droite…

Si votre balle a dévié, elle pourrait aller choir dans un étang ou une trappe de sable, un calque de l’anglais populaire au Québec, car de trappe il n’y a point. Les plus malchanceux iront chercher leur balle dans le l’herbe longue, le rough.

À l’approche du vert, juste traduction du green, le joueur expérimenté approfondira l’utilisation de son arsenal en recourant au wedge, le décocheur, pour son coup d’approche.

Il cherchera à jouer la normale, le par. S’il est talentueux, il jouera un coup en dessous, soit un birdie, parfois traduit par oiselet. S’il est en forme, il pourrait réaliser un aigle, un eagle, voire un albatros. Les joueurs plus médiocres commettront un boggie en jouant un coup sous la normale.

Les professionnels réalisent parfois des prodiges sur le vert avec leurs coups roulés (putts) ultra précis. Putter est tout un art et les coups roulés de plusieurs mètres impressionnent toujours les néophytes.

Au Québec, le vocabulaire du golf est essentiellement français, même si les anglicismes ne sont pas rares, hélas.

Pour mieux connaitre les termes français appropriés, on consultera avec intérêt le site suivant : Lexique sur le golf.

Prochain article : le tennis en français.

Fake news

Fake news

 

L’expression, facile à prononcer, brille de tous ses feux. Elle envahit les médias européens, qu’ils soient francophones ou pas. Le locataire de la Maison-Blanche l’utilise quotidiennement, ou presque, jetant de l’huile sur le feu.

Un feu ardent, alimenté par la fascination que les États-Unis exercent sur beaucoup d’Européens et de Canadiens.

Ce n’est quand même pas la première fois de l’histoire que des médias, quand ce ne sont pas des politiciens, propagent des fausses nouvelles. L’art de triturer les faits, de les présenter de manière trompeuse existe depuis longtemps.

À l’époque de la Guerre froide, le régime soviétique était passé maître dans l’art de propager des vérités tronquées, destinées à induire en erreur des Occidentaux de bonne foi. C’est ce que l’on appelait de la désinformation. Certains feront valoir que Moscou n’a pas tellement changé…

Le président Macron a employé le terme contre-vérité devant son homologue russe, lorsqu’il dénonçait la désinformation de certains médias russes pendant l’élection française. Une contre-vérité peut cependant être faite de bonne foi.

Pour en revenir aux fake news, il serait très facile de parler de faux reportages, de fausses informations, ou de fausses infos. Ne manque que la volonté de s’exprimer en français…

Plusieurs lecteurs m’ont suggéré d’autres solutions, via Twitter.

Bobard : mot qu’on oublie. Il a le sens de fausse nouvelle.

Intox : qui vient d’intoxication. Selon le Robert : « Action insidieuse sur les esprits, tendant à accréditer certaines opinions, à démoraliser, à affaiblir le sens critique. »

Infox : l’allusion à Fox News n’échappera pas aux lecteurs avertis…

Infaux : jolie trouvaille! J’ai bien hâte de lire cela dans nos médias anglicisants.

Autres tromperies

Certains voudront utiliser le mot canular. Le champ sémantique n’est pas tout à fait le même. Un canular, c’est une mystification, un coup monté. On en voit beaucoup le premier avril… Le Robert signale que ce mot peut, par extension, désigner une fausse nouvelle, mais qu’il remplace l’anglicisme hoax, sur lequel je reviens ci-dessous.

Devant le déluge de faussetés qui polluent les médias sociaux, la pratique de la vérification des informations par des fact-checkeurs, qui font bien sûr du fact-checking, commence à se répandre. Ces deux horreurs, trouvées dans la presse française, n’ont pas leur place dans notre langue. La vérification des faits est suffisamment claire en soi. Ceux qui s’y adonnent sont des vérificateurs, tout simplement.

Il n’y a pas que les fausses nouvelles qui encombrent les médias sociaux. Il y a aussi ce que les Européens appellent les hoax. D’après le dictionnaire Collins, il s’agit d’une tromperie ou d’un tour. Il y en a eu beaucoup au siècle dernier; pensons au monstre du Loch Ness, aux circular crops, ces sillons en rond tracés par des farceurs dans des champs, que bien des gens attribuaient aux extra-terrestres…

De beaux canulars, bref.

L’électronique en français

Qui n’a jamais eu à se débattre avec des pourriels, que l’on appelle spams en Europe? La recommandation officielle est arrosage, un mot à mon avis imprécis. Le terme pourriel, inventé au Québec, vient de courriel, le mot français pour l’imbuvable email. Votre boîte de courriel électronique (courriel) est encombrée de messages publicitaires, elle devient une poubelle à cause de tous ces pourriels.

Comme on le voit, on peut parler des technologies informatiques en utilisant des termes français. Oui, on peut traduire. Non, l’anglais n’est pas indispensable pour exprimer ces réalités. Et ce n’est ni une fausse nouvelle ni un canular.

À regarder le paysage linguistique des médias européens, et souvent canadiens, on s’étonne de trouver encore dans le vocabulaire courant des mots étranges comme ordinateur, logiciel et informatique. De véritables diplodocus en ces temps de fake news.