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Le charabia chic

On peut l’appeler charabia chic, ou langue de plastique ou jargon déshumanisé. Certains y verront de la pédanterie, de l’infatuation; d’autres parleront de la parlure prétentieuse de personnes qui cherchent à camoufler leurs carences linguistiques. Qu’importe, le fléau fait rage dans les relations publiques et envahit les reportages diffusés dans les médias.

Comme disait l’autre, n’en jetez plus, la cour est pleine.

Le milieu hospitalier est contaminé, avec ses centres hospitaliers, ses CHSLD, qui accueillent les heureux bénéficiaires, dont le véritable nom est patients, mot qui n’a jamais été aussi vrai. Si la première expression fait plus chic qu’un simple hôpital, la seconde est une expectoration du langage bureaucratique le plus infect. D’accord, on parlait auparavant d’hospice; mais que dirions-nous de maisons de retraite?

Le domaine des ressources humaines comporte aussi son jargon prétentieux. Mais faut-il vraiment rabaisser les employés au rang de ressources? Peut-être pour un comptable, mais encore…

Au gouvernement et ailleurs, il est déplacé de parler de problèmes (probablement parce qu’il n’y a que des solutions). Si l’on doit absolument admettre qu’il y a difficulté, pourquoi ne pas élever le tout en problématique? Cependant, on préfère habituellement discuter des défis qui nous attendent.

À propos de la fusion de deux entreprises, l’un des dirigeants avait dit, voilà quelques années : « Nous allons concrétiser les synergies. » Bel exemple de charabia chic. Prétentieux et obscur.

Entre vous et moi, existe-t-il un mot plus vide et inutile que synergie? Si l’on remonte à la racine grecque sunergia, on découvre… coopération. Tiens donc! Voilà donc ce qu’il voulait dire : stimuler la coopération entre les… joueurs? Mais non, les intervenants, les deux parties, les acteurs, etc. Tout le monde aurait compris.

Les entreprises ne poursuivent plus de buts, des objectifs. Non, elles ont des cibles. Évidemment, l’anglais n’est pas loin. Je ne sais pas si les cibles paraissent plus dynamiques, plus attirantes, mais, chose certaine, les porte-parole de ces entreprises ne font pas mouche… du moins sur le plan de la langue.

L’élévation de vocabulaire est devenue une seconde nature dans le monde des affaires. Le croirait-on, mais le partage est à l’honneur. Ainsi, on pratique le réseautage pour mieux partager des expériences. On échange aussi des pratiques exemplaires. Tout cela permet à tout le monde de grandir. Et quand on grandit, on est plus à même de déconstruire une problématique.

Traduction…

Lors de leurs rencontres, les gens d’affaires se communiquent leurs expériences, échangent des conseils pratiques, ce qui leur permet d’acquérir des connaissances, de progresser. De ce fait, ils sont mieux en mesure d’analyser un problèmeavec une précision chirurgicale? Non! Avec grande précision.

Bien entendu, le monde politique n’est pas à l’abri du charabia chic, d’autant que la vérité y est le plus souvent malmenée. Mais les politiciens ont-ils vraiment le choix? S’ils ouvrent leur cœur et disent ce qu’ils pensent, on les traitera de naïfs, en faisant valoir qu’ils ne comprennent pas les règles de la politique; s’ils se réfugient dans la langue de bois, on dira qu’ils sont hypocrites.

Toujours est-il que les débats sont devenus des conversations. Sont-ils pour autant plus civilisés, ce qui expliquerait cette atténuation de vocabulaire? Permettez-moi d’en douter. Les élections approchent et nous verrons bien si les politiciens conversent vraiment…

Parfois, les discussions permettent de dégager des consensus. Encore faut-il s’entendre sur le sens de ce terme. Le Larousse est sans équivoque : « Accord et consentement du plus grand nombre, de l’ensemble ou d’une large majorité de l’opinion publique. »

Un peu comme priorité ou impact, ce mot est malmené par les rédacteurs. Combien de fois n’est-il pas question de large consensus? Il serait peut-être plus simple d’écrire : « On s’entend pour dire que telle mesure est souhaitable. »?

Un petit dernier en terminant, la coqueluche des plumitifs qui sévissent dans la sphère publique : l’imputabilité des responsables ou des irresponsables, si vous préférez… Souvent, les porte-parole ressemblent à des pieuvres paniquées qui projettent de l’encre tout autour d’elles pour tenter de brouiller les pistes. Une personne est responsable, redevable, tout simplement. La rendre imputable lui donne-t-il un meilleur sens des responsabilités?

Les tics langagiers au Québec

Les tics langagiers sont un phénomène normal; certains mots à la mode traversent le firmament langagier, telles des étoiles filantes et disparaissent dans l’espace intersidéral.

D’autres s’incrustent et relèvent de la faute de langue, faute amplifiée par les médias, les responsables des relations publiques et les divers rédacteurs, qui s’en font l’écho et lui donnent ses lettres de noblesse.

Voici quelques tics parmi les plus en vogue depuis quelques mois, sinon quelques années. Certains viennent de l’anglais.

De nos jours, il y a des communautés partout. L’Isle-Verte vit un drame et la communauté est en deuil. À Toronto, les frasques du maire Ford indisposent la communauté, tandis que la communauté médicale s’inquiète de l’apparition d’une nouvelle souche de virus de la grippe.

Ce sont plutôt les rédacteurs de tout acabit qui ont attrapé un virus. Le terme communauté est tellement galvaudé qu’on ne sait plus exactement quelle est la taille du regroupement qu’il désigne. Est-ce un village, comme L’Isle-Verte, ou bien une métropole, comme Toronto? Et même si les médecins peuvent être considérés comme une communauté, n’est-il pas plus simple de faire abstraction de ce mot?

De nos jours encore, bien des joueurs sont incontournables. Pour être clair, parlons tout d’abord des acteurs, transposition correcte du players anglais. Il s’agit de personnes dont on ne peut se passer, parce qu’elles sont indispensables. Et une personne est incontournable si elle a de l’impact.

Si vous trouvez les nouvelles déprimantes, amusez-vous à compter le nombre d’impacts mentionnés dans un bulletin de nouvelles, surtout s’il y a des entrevues en direct. Tout élément qui a des répercussions, des effets d’entraînement, des retombées, des conséquences… a un impact. Du moins dans la langue des médias, et aussi, de plus en plus, dans la langue populaire, hélas. Certains journalistes ne connaissent plus que ce mot…

Il serait bon de retourner à nos bons vieux dictionnaires pour constater qu’un impact est un choc violent; il ne peut être question d’une simple conséquence. Le mot est donc très souvent utilisé de manière abusive. Et tout mot galvaudé perd son effet.

Au chapitre du remplissage, quel terme plus efficace qu’actuellement? Chaque fois que vous êtes tenté de l’employer, demandez-vous si le sens de votre phrase serait altéré si vous le biffiez. La plupart du temps, ce ne serait pas le cas. Le service de police mène actuellement une enquête? Il mène une enquête, tout simplement. Ne brouillez pas inutilement les pistes. Vous n’êtes pas à la Commission Charbonneau.

Un des tics les plus agaçants est questionner. Vous questionnez quand vous posez des questions; si vous n’êtes pas d’accord avec la position de quelqu’un, vous la remettez en question. C’est souvent parce qu’on ne se pose pas assez de questions que l’on finit par tout questionner.

Un petit dernier, législation, qui n’en finit plus de faire des petits, de proliférer dans les chroniques, les reportages, le tout dans une confusion monstre. Un projet de loi est la traduction de l’anglais bill. Il est déposé au Parlement et, après trois votes à la Chambre, étude en comité et débat, il est adopté, pour obtenir la sanction royale. À partir de ce moment, il s’agit d’une loi, pas d’une législation.

Un ensemble de lois dans un domaine précis constitue une législation. Par exemple la législation du travail. Un projet de loi n’est pas une législation, une loi non plus. Le projet de charte des valeurs québécoises n’est pas une législation et n’en sera jamais une. S’il est adopté par l’Assemblée nationale, il deviendra une loi.

Étonnant de voir qu’autant de spécialistes au fait de l’actualité politique soient incapables de faire cette nuance.

Les journalistes et le français

Les journalistes savent-ils encore parler? Sommes-nous en train d’assister au délabrement de notre langue à cause des délirantes réformes de l’enseignement des dernières décennies?

On peut parfois le penser. Écouter certains animateurs à la radio peut devenir très irritant. Les amants de la langue française pourraient les reprendre presque à chaque phrase. Et les journaux sont truffés d’anglicismes.

Notre statut de minorité précaire à l’échelle du continent nous met dans une position délicate. Notre langue essuie un bombardement quotidien de l’anglais. Nous sommes en quelque sorte des miraculés ayant échappé de justesse à l’assimilation. Il est donc normal que notre français soit corrompu.

Ce qui est toutefois remarquable, tant au Québec et qu’au Canada français, ce sont les carences profondes sur le plan de la langue : même les gens les plus instruits font des fautes grossières. Quant au commun des mortels, son français est le plus souvent bancal : il peine à construire trois phrases bien structurées, aligne solécismes et anglicismes, cherche continuellement ses mots. Les vox populi sont éloquents à cet égard. Et que dire de ces enseignants qui font des fautes de grammaire au tableau? Même à l’université, j’en ai été témoin.

Les journalistes ne sont finalement que le reflet de la société à laquelle ils appartiennent. Certains affichent une langue châtiée, tandis que d’autres écrivent à peu près comme ils parlent. Néanmoins, leur maîtrise du français demeure supérieure à celle de l’ensemble de la population.

Le grand mythe au sujet des journalistes est qu’ils n’ont pas le temps de vérifier l’exactitude des termes employés. C’est vrai et c’est faux. Vrai qu’ils sont appelés à nourrir une multitude de plateformes (texte écrit, site Web, Twitter, etc.). Faux qu’ils n’ont pas le temps de chercher. Faire une vérification au dictionnaire prend au plus deux minutes. Encore faut-il le vouloir.

Des chroniqueurs comme Michel David du Devoir et Lysiane Gagnon de La Presse font très peu de fautes. D’autres affichent aussi une langue très correcte.

Le cas de Chantal Hébert est éloquent. Une Franco-Ontarienne de Toronto. Elle aurait de bonnes raisons de faire comme certains de ses collègues et d’aligner les anglicismes lexicaux et syntaxiques. Pourtant, son français est presque impeccable. D’autres, nés au Québec, font plus de fautes qu’elle. Cherchez l’erreur.

Au fond, l’attitude des journalistes n’est que le reflet de celle de la population. À peu près tout le monde veut défendre le français, mais à la condition de ne faire aucun effort personnel pour mieux s’exprimer. Il n’est pas rare d’entendre des personnes instruites clamer que la qualité du français n’a pas d’importance, que tout le monde comprend de toute façon, les défenseurs de la langue étant des ayatollahs qui veulent tyranniser tout le monde.

Depuis une cinquantaine d’années, le journalisme a beaucoup évolué. On assiste à l’avènement d’un certain vedettariat et à la multiplication des chroniques d’humeur. Ces columnists, comme certains appellent ces chroniqueurs, se prononcent sur tout et sur rien, paradent dans les émissions de variété, se croient souvent infaillibles. Ce sont des leaders d’opinion et ils adorent cela.

Beaucoup en viennent à penser qu’ils n’ont rien à apprendre des autres. Les courriels pour leur signaler les petites fautes qu’ils commettent les agacent au plus haut point. Ils ne répondent jamais.

Je me souviens de cette reporter en poste à Québec qui employait le barbarisme démotion, au lieu de rétrogradation. Je lui signale respectueusement son erreur, elle lit mon message, et le soir même répète le mot dans un reportage. Quand l’orgueil personnel l’emporte sur tout. Cette attitude n’est pas rare.

Le plus gros obstacle, c’est le refus des médias de reconnaître leur responsabilité par rapport à la qualité de la langue. Ils sont malheureusement une courroie de transmission des fautes les plus courantes; ils leur donnent leurs lettres de noblesse, en quelque sorte.

Quand on entend continuellement des erreurs comme imputabilité que ce soit à la radio d’État ou à TVA et qu’on le lit dans La Presse et Le Devoir, il est difficile ensuite de faire comprendre aux francophones que c’est une faute. Tout le monde le dit, après tout.

L’influence des médias peut aussi jouer en sens inverse. S’ils décident d’employer une locution correcte, celle-ci devrait se propager comme une traînée de poudre. Je rêve du jour où les médias cesseront de nous inonder d’impacts et de faire en sorte que.

Alors, que faire?

Ne pas hésiter à écrire, même si on se heurte parfois à un mur d’indifférence. Beaucoup de scribes ne demandent qu’à s’améliorer, à la condition de ne pas les harceler et de s’adresser à eux avec respect. Certains sont même très contents d’apprendre quelque chose.

Oui, il faut continuer de se battre. Ne rien dire équivaut à encourager certains scribes à continuer de scribouiller. Après tout, la survie du français en terre d’Amérique a toujours été un combat.

 

Pluriel des noms adjectivés

De plus en plus, certains noms sont juxtaposés à un autre substantif, lui-même employé comme adjectif. La question de l’accord se pose dès que l’on introduit une forme plurielle. En effet, comment forme-t-on le pluriel des expressions suivantes?

Projet pilote; liaison satellite; secteur clé; maison modèle.

Les meilleurs rédacteurs hésitent. Pourtant la règle est très simple et elle nous vient de l’Académie française : « Le nom apposé varie uniquement si on peut établir une relation d’équivalence entre celui-ci et le mot auquel il est apposé. »

Donc, une maison qui est comme un modèle devient, au pluriel, des maisons modèles. Par contre, une liaison n’est pas un satellite; alors des liaisons satellite.

Lorsque l’on peut intercaler une préposition entre les deux substantifs, il n’y a pas d’accord. Ainsi : des cafés (à la) crème; des chaussures (de) sport.

En fin de compte, ce n’est pas si compliqué. Pourtant, un mot semble résister à cette logique.

Des bénéfices record? Des bénéfices records?

Le croiriez-vous, mais la réponse n’est pas simple. Des bénéfices qui sont comme des records? Donc le pluriel? Pas si sûr…

Les dernières éditions du Petit Robert et du Petit Larousse préconisent encore  l’invariabilité du mot lorsqu’il est employé comme adjectif. Colin, dans Les difficultés du français, va dans le même sens. Pourtant, d’autres auteurs comme Hanse (Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne) et Thomas (Dictionnaire des difficultés de la langue française) prêchent en faveur de l’accord.

Pourquoi cette confusion? Probablement parce que le mot est d’origine anglaise et que le français hésite parfois à appliquer ses règles grammaticales aux mots récemment lexicalisés. D’ailleurs, le même problème se pose pour standard, mot qui vient pourtant du français étendard.

Quand on considère ces deux derniers mots, record et étendard, on se demande si cela vaut vraiment le coup de les garder invariables. Le français a-t-il vraiment besoin de nouvelles exceptions à une règle pourtant si simple? Poser la question, c’est y répondre.

L’antisémitisme

Le conflit au Proche-Orient est devenu un prétexte commode pour répandre la haine des Juifs. La gauche pro-Palestine aussi bien que l’extrême droite traditionnelle ne s’en privent pas. Les propos et les actes antisémites se multiplient et la politique radicale du gouvernement Nétanyahou ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Antisémitisme est un bien vilain mot, non seulement par le phénomène qu’il décrit que par son étymologie. La haine des Juifs est malheureusement très courante et ceux qui l’entretiennent visent précisément le peuple que l’on qualifiait jadis d’israélite, autre terme qui peut être péjoratif.

Au commencement était le verbe. Haïr, détester un peuple appelle normalement le suffixe « phobe » : francophobe, anglophobe, etc. Curieusement, la haine des Juifs a donné antisémitisme, que l’on peut considérer comme une impropriété. Si l’on décompose l’expression, on peut lire « contre les Sémites ». Or, les Sémites sont un ensemble de peuples du Proche-Orient ayant parlé dans l’Antiquité des langues sémitiques, notamment les Hébreux et les Arabes. Bref, ce mot ratisse large.

Nous avons donc une impropriété, car l’antisémitisme vise spécifiquement les Juifs, et non les Arabes. Il rejoint les rangs de mots comme Américains, largement accepté pour désigner les habitants des États-Unis, mais incorrect. Mais tenter de lui substituer ÉtatsUniens suscite un déluge de réticences, bien qu’il soit parfaitement correct.

Par quoi pourrait-on alors remplacer antisémitisme?

Il serait plus approprié de parler de judéophobie, que le Larousse définit comme l’« hostilité systématique à l’égard des Juifs ». Cependant, la judéophobie est une épidémie de sauterelles sur le plan linguistique, car elle peut englober la haine des Juifs, tout comme l’antijudaïsme ou l’antisionisme, qui sont des phénomènes d’un autre ordre.

Je reviens au mot Israélite. Il désignait autrefois le peuple de l’Israël biblique; de nos jours, il peut remplacer le mot Juif, mais, attention, il est souvent employé par les judéophobes.

Et qu’en est-il des Hébreux? Les Israéliens, les habitants d’Israël, parlent l’hébreu, mais on ne peut les appeler Hébreux pour autant. Les Hébreux étaient dans des temps anciens un peuple sémitique chassé de ses terres par les Romains.

Prochain article : Proche et Moyen Orient

L’anglais est-il une langue imprécise?

Toute personne qui traduit la prose fédérale officielle est rapidement agacée par les maladresses des rédacteurs, dont les textes sont obscurs, mal construits et redondants. Je me souviens d’une note de service d’une page et demie sur l’importance d’être concis dans les communications…

Force est de constater que les textes bien rédigés, et donc clairs, sont rarissimes. On pourrait évoquer toutes sortes de raisons qui expliquent une maîtrise de la langue de plus en plus chancelante et ces raisons seraient les mêmes pour les francophones.

Pourtant, certains traducteurs finissent par proclamer que l’anglais est par essence une langue imprécise. Qu’en est-il vraiment? Je pense qu’ils ont en partie raison.

Certains sauteront vite aux conclusions en me taxant d’anglophobie. Pourtant, critiquer n’est pas détester. Comme toutes les langues, l’anglais possède des qualités évidentes, mais aussi quelques faiblesses. Essayons de les départager.

Les faiblesses de l’anglais

L’anglais est une langue de juxtaposition, en ce sens qu’il met les mots les uns à côté des autres, sans préciser leurs liens par une préposition. Dans la très grande majorité des cas, le contexte est suffisamment éclairant sans qu’il y ait besoin d’expliciter. Mais pas toujours.

Imaginons que vous lisez l’expression the teacher’s document dans un texte assez long, sans qu’il n’y ait de référence précise à ce sujet. Si le contexte est peu éclairant, le lecteur pourrait penser ce qui suit : 1) le document présenté par le professeur; 2) le document remis au professeur. Il peut donc y avoir ambigüité.

Bien sûr, la deuxième occurrence est improbable et un anglophone à la plume mieux affûtée aurait sûrement précisé : the document given to the teacher. Mais nous jouons encore sur les probabilités. Par conséquent, il est clair que ce manque d’articulation entre les éléments peut représenter un problème.

Les traducteurs sont également confrontés à l’abus de mots génériques comme community, issues, area, item, identify, pattern, etc. Ils sont employés à toutes les sauces, à tel point qu’on ne sait souvent pas ce qu’ils veulent dire au juste. Une issue, par exemple, peut aussi bien être un sujet à l’ordre du jour, un problème, une question débattue. De fait, le mot peut finir par être étiré dans tous les sens et devenir un dossier à l’étude.

Je travaillais récemment à un document dans lequel il était question d’un nouveau formulaire (form), qui, dans le corps du texte devenait un pluriel (forms), et ensuite un package — autre mot passe-partout. Après un décryptage serré, il est apparu qu’il s’agissait en fait d’une trousse de nouveaux formulaires. Ouf! Mais package possède plusieurs cordes à son arc. Lors des négociations constitutionnelles de 1992, le package n’était rien d’autre que l’accord de Charlottetown. Parler de deal ou d’accord aurait sûrement été plus précis, mais, là encore, on y allait par approximation en se fiant au contexte pour que les gens comprennent.

L’anglais supprime souvent des mots et ces ellipses peuvent elles aussi conduire à des ambigüités, comme dans cette résolution des Nations Unies qui enjoint Israël à se retirer des territoires occupés — c’est du moins le libellé français. L’anglais est moins clair : « to withdraw from occupied territories ». Se retirer de certains territoires ou de tous les territoires? Dans ce cas précis, l’économie de mots peut avoir des conséquences graves. Et pour comprendre le sens exact de la résolution, il faut lire le texte français.

Faut-il en conclure que l’autre langue officielle du Canada est un ramassis d’approximations? Ce ne serait pas lui faire justice.

Les subtilités de l’anglais

Tout d’abord, sur le plan lexical, il faut reconnaitre que l’anglais est nettement plus descriptif, puisqu’il se situe sur le plan du réel, alors que le français est plus abstrait. Par exemple, si on me dit que je trouverai un seat-cover dans ma voiture, je comprends tout de suite qu’il s’agit d’une housse, alors que ce dernier mot n’évoque rien pour un anglophone.

Les cas où l’anglais est limpide sont nombreux : drinking water, dog show, family tree, etc. Leurs équivalents français sont plus obscurs : eau potable, exposition canine, arbre généalogique.

On dit qu’en inuktitut il existe des dizaines de façons de désigner la neige, tandis qu’il y en aurait tout autant en arabe pour parler du désert. Ainsi en est-il de l’anglais dans bien des cas. Là où le français utiliserait le verbe briller, l’anglais module son vocabulaire en fonction de l’élément qui brille : surface polie : glisten; métal : glint, shine; un diamant ou de l’eau : glitter; une étoile : twinkle; une ampoule, le ciel qui rougeoie : glow.

Les emprunts quasiment sans entrave que fait l’anglais aux autres langues lui permettent de raffiner son vocabulaire. Parfois, ces emprunts aboutissent à une certaine polysémie, par exemple prison et jail.

Le français a été langue de la monarchie britannique pendant trois cents ans, à la suite de la Conquête normande, en 1066, de sorte que de nombreux mots français ont pénétré l’anglais, autrefois une langue plus purement germanique. Le vieil anglais, avait en effet de nombreux traits communs sur le plan lexical avec l’allemand et le néerlandais. De nos jours, l’origine latine et française de beaucoup de mots transparait et distingue l’anglais des autres langues germaniques. On dira, par exemple, transport en anglais, mais Verkehr en allemand, vervoer en néerlandais.

Au Moyen Âge, cette cohabitation amène l’apparition de doublets, soit un mot d’origine latine, employé par les élites administratives, et un mot d’origine germanique, que la population en général comprend.

Ce double vocabulaire permet de nuancer l’anglais de façon considérable. Ainsi, on dira begin something dans la langue de tous les jours; mais lorsqu’on voudra élever le discours, on pourra employer commence.

Les doublets font partie de l’anglais et renforcent son discours. Trust and confidence en est un bel exemple.

Cette dichotomie mots germaniques/mots latins s’observe en gastronomie, où il vaut mieux manger des escargots que des snails…

Enfin, les verbes à particule offrent aux locuteurs de l’anglais un bassin quasi illimité grâce auquel ils peuvent moduler leur discours, alors que le français devra souvent recourir à des périphrases. Par exemple : We must phase out the program qui devient Nous devons éliminer progressivement le programme.

L’outil de traduction automatique de Google dit tout simplement : Nous devons éliminer le programme. Il y a perte de sens, preuve qu’il vaut toujours mieux s’adresser à un vrai traducteur…

 

Pléonasmes

Près de l’endroit où je travaille, on peut lire sur un panneau devant le terrain de stationnement : « Réservé aux détenteurs de permis seulement ». Comme c’est souvent le cas dans la région de la capitale fédérale, il s’agit d’une traduction servile de l’anglais : « Reserved for permits holders only ». Dans les deux cas, il s’agit d’un pléonasme, c’est-à-dire d’une répétition qui aboutit à une évidence.

Les pléonasmes sont plus nombreux qu’on le croit, mais on ne les détecte pas toujours facilement. En voici quelques-uns :

Réserver à l’avance une place au restaurant. Réserver tout court évite de répéter deux fois.

Nos politiciens ne sont pas à court d’inspiration dans ce domaine.

Leur première priorité, c’est l’économie, quand ce n’est pas une priorité absolue. Cela me rappelle un texte d’un organisme fédéral dans lequel le brillant rédacteur énumérait une soixantaine de priorités, divisées en sous-priorités. Je parie qu’il ne connaissait pas le mot « dictionnaire ». Une priorité est, par définition, ce qui passe en premier, alors inutile d’en rajouter (encore!).

Les politiciens n’ont pas de panacée universelle à tous les problèmes, qu’ils appellent d’ailleurs défis. Fait cocasse, Balzac lui-même a déjà commis le pléonasme : « Les savants prétendaient qu’il avait trouvé la panacée universelle. » Il faut dire que Balzac était payé au mot…

Lorsqu’ils ont un peu de courage, les politiciens peuvent opposer leur veto. Ils devraient plutôt « mettre leur veto », car ce mot d’origine latine signifie déjà « je m’oppose ». Assez curieusement, le Robert propose pourtant cette formulation, probablement parce que tout le monde ignore le sens véritable de ce mot.

Les politiciens n’aiment pas tellement divulguer publiquement des documents secrets, surtout s’ils révèlent qu’ils ont menti. Certains croient en effet qu’ils possèdent une sorte de monopole exclusif de la vérité, alors qu’en réalité bien des gens s’arrogent de ce privilège.

J’espère que ce billet plus ou moins sérieux allumera la lumière dans votre esprit, fera sonner une cloche, comme diront les anglicisants, ou, mieux, vous sonnera les cloches (bien gentiment).

N’oubliez pas d’éteindre en sortant.

Faut-il réformer la grammaire française?

Soyons clair d’entrée de jeu : il faut réformer la grammaire française. Le français possède une l’une des grammaires les plus arbitraires qui rebute les francophones et décourage les étrangers. Cette constatation n’est pas nouvelle.

Du côté des étrangers, on dénonce souvent la pléthore de conjugaisons irrégulières, pire à mon avis que celles de l’italien et de l’espagnol. Le subjonctif, absent de l’anglais et de l’allemand, est une autre source de difficulté. Mais, soyons réalistes, il est bien difficile d’envisager une réforme de ces deux éléments, car la façon de parler serait radicalement changée.

Le subjonctif permet de nuancer le discours français en soulignant des éléments qui relèvent de l’hypothèse, du doute, de la crainte. Le supprimer serait une perte.

De plus, toutes les langues ont leurs îlots de difficulté. À moins de vouloir transformer le français en copie de l’espéranto, il faut se limiter à des domaines où il est possible d’intervenir.

L’accord du participe passé

La palme (académique…) de complexité des règles revient à celle de l’accord du participe passé.

Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter grammaires et ouvrages de difficulté de la langue, dans lesquels abondent les règles, leurs exceptions, les exemples et contre-exemples, les tableaux récapitulatifs, etc. Le simple mortel y perd son latin. Dès qu’il prend la plume, un doute le saisit.

Ces règles sont passablement complexes et même ceux qui maîtrisent le français finissent un jour ou l’autre par s’empêtrer. Pourtant, le simple fait d’évoquer une réforme possible de la grammaire française suscite une opposition farouche. Le journaliste et grammairien André Thérive (1891-1967) a bien résumé le problème :

Hélas! Quand on touche au vieil accord des participes passés, on se fait aussitôt accuser de sacrilège grammatical… Ainsi donc on pourrait soutenir que l’accord du participe ne sert à rien, ne plaît à personne et gêne tout le monde.

L’hostilité devant une simplification possible des règles étonne. Il y a du côté européen une soif d’anglais qui entraîne un saccage de plus en plus marqué du vocabulaire. Par contre, les mêmes personnes qui insistent pour utiliser le hideux email au lieu de courriel, un mot français, s’opposent farouchement à toute velléité de modernisation grammaticale et orthographique du français. Cet illogisme ne cesse d’étonner les francophones du Canada.

Peu de gens le savent, mais l’Académie française a proposé, il y a un siècle, d’abolir l’accord du participe passé. Comme on le voit, cette suggestion n’a pas été suivie. Certains font valoir que tout le génie analytique du français réside justement dans les règles d’accord, et que les abolir amoindrirait considérablement le français. Ce raisonnement se défend, certes, mais à quel prix pour les rédacteurs et locuteurs?

L’abolir nuirait-il tant que cela à la logique du français? On pourrait en discuter longtemps, mais il convient de noter que de telles règles n’existent tout simplement pas dans l’immense majorité des langues de la planète. Je suis convaincu que les locuteurs de l’hindi ou du chinois n’en souffrent pas…

Réformer les règles d’accord du participe passé ne changerait pas beaucoup le discours, contrairement à ce qui se produirait avec le subjonctif ou la conjugaison des verbes. En effet, la grande majorité des accords ne s’entendent pas à l’oral; et la façon de parler ne serait pas altérée. À cela on pourrait ajouter que ces accords n’ont pas vraiment une grande utilité. Omettre un accord n’entraîne à peu près jamais de problème de compréhension.

Mais pour beaucoup, la simple idée de réformer l’accord du participe passé — sans nécessairement l’abolir — est une hérésie. Pourtant, l’accord du participe est facultatif en italien et rarement appliqué dans la langue parlée. L’italien est-il devenu pour autant une langue dégénérée?

D’ailleurs, les règles à ce sujet ont déjà évolué… un tout petit peu. En effet, l’accord du participe passé de laisser suivi d’un infinitif est maintenant invariable. La réforme de 1990 comportait un timide volet grammatical qui a échappé à la majorité des gens, trop préoccupés par la graphie de nénufar…

Les verbes pronominaux

Les règles byzantines régissant l’accord (ou non) des verbes pronominaux découragent les inconditionnels de la grammaire française. Beaucoup de ceux qui s’opposent à toute réforme grammaticale seraient sûrement disposés à changer leur fusil d’épaule pour les verbes pronominaux.

Le Multidictionnaire de la langue française classe ces verbes de la manière suivante : 1) Les verbes pronominaux réfléchis; 2) Les verbes pronominaux non réfléchis; 3) Les verbes essentiellement pronominaux; 4) Les verbes pronominaux de sens passif; 5) Les verbes pronominaux dont le participe passé est invariable. Il va sans dire que les verbes de chacune de ces catégories comportent des règles d’accord précises.

Le rédacteur doit donc prendre une pause pour réfléchir et se livrer à une petite analyse grammaticale pour classer son verbe; ensuite, il doit connaître la règle qui s’applique à son type de verbe; éventuellement, il devra consulter un ouvrage pour s’assurer qu’il applique la bonne règle. Beaucoup de travail pour un simple verbe.

L’application rigoureuse de ces règles donne les exemples suivants, apparemment contradictoires :

Elle s’est coupée. MAIS Elle s’est coupé le doigt.

Les pouvoirs qu’elle s’est arrogés. MAIS Elle s’est arrogé des pouvoirs.

Ils se sont parlé. MAIS Ils se sont salués.

Ils se sont fait déjouer par un filou. MAIS Ils se sont faits vieux.

Elle s’est donnée à lui. MAIS Elle s’est donné du mal.

Je dis bien apparemment contradictoire, car une logique grammaticale se cache derrière ces exemples. Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est quelque peu impénétrable. Bien entendu, ceux qui maîtrisent ces règles diront que les autres n’ont qu’à faire comme eux et de les apprendre, mais c’est justement le problème. La grande majorité des locuteurs du français ne les apprendront pas et feront des fautes de grammaire, et ce, pour deux bonnes raisons : 1) Ils n’arrivent pas à mémoriser ces règles byzantines et n’ont pas le temps de vérifier à gauche et à droite; 2) Ils ont abandonné la partie.

L’imposition de ce genre de règles tatillonnes nuit au rayonnement du français. L’abolition de l’accord pour tous les verbes pronominaux ne compromettrait nullement la valeur analytique de notre langue, souvent bien plus précise que l’anglais. Est-ce qu’une phrase comme Elle s’est dit satisfaite est vraiment plus choquante que Elle s’est dite satisfaite?

Il est plus que temps de cesser d’accorder les verbes pronominaux. Nos descendants se demanderont comment les règles qui le régissaient ont pu survivre aussi longtemps.

Les adjectifs de couleur

Il n’y  pas que l’accord des verbes qui gagnerait à être simplifié. Un exemple parmi tant d’autres est celui des adjectifs de couleur.

Selon les règles actuelles, les adjectifs de couleur ainsi que ceux dérivant de tels adjectifs s’accordent. Les adjectifs composés sont invariables, de même que les adjectifs formés à partir d’un substantif.

Ce qui donne ceci :

Des robes mauves. MAIS Des robes orange.

Des teintures rouges. MAIS Des teintures framboise.

Des autos vertes. MAIS Des autos vert olive.

La logique du français serait-elle définitivement anéantie, si tous les adjectifs de couleur étaient accordés?

Des yeux gris aciers, des tuniques safrans.

Conclusion

Le français a évolué au fil des siècles et il n’y a aucune raison pour qu’il cesse d’en être ainsi. L’italien et l’espagnol ont à la fois simplifié leur grammaire et leur orthographe et ne s’en portent pas plus mal. Pourquoi pas notre langue?

 

Légende urbaine

J’ai déjà lu dans un journal que les disques compacts allaient s’effacer spontanément au bout de dix ans… Les miens semblent en avoir décidé autrement, puisque mes collections de Beethoven et de Mozart, achetées il y a une vingtaine d’années, continuent de m’enchanter… comme la flûte de Mozart, justement.

Ce genre de rumeur, parfois présentée comme un fait véridique, et véhiculée dans les médias sociaux ou traditionnels, s’appelle une légende urbaine. Le terme vient de l’anglais, bien entendu, mais est-ce une raison valable de le rejeter? Pas nécessairement, car certains emprunts enrichissent la langue, parce qu’ils ne remplacent pas un mot ou une expression consacrée. C’est le cas de légende urbaine.

J’ai lu dans un roman une traduction intéressante de urban legend : mythe urbain. Voilà qui est intéressant.

Mais ceux qui tiennent à l’écarter à tout prix proposent des solutions bancales, qui s’écartent du sens véritable de l’expression. Certains proposent légende, un récit populaire traditionnel ou encore une représentation déformée de la réalité. C’est le mot qui se rapproche le plus d’une légende urbaine, sans en avoir tout à fait le sens.

D’autres suggèrent de dire affabulation. Mais, selon le Petit Robert, il s’agit plutôt d’un « arrangement de faits constituant la trame d’un roman, d’une œuvre d’imagination ». Là encore, ça ne colle pas.

Une rumeur, alors? Un bruit qui court, sans que l’on puisse en attester la véracité. Peut-être, pourquoi pas?

De fait, bien des mots français « traditionnels » pourraient être substitués à l’expression. Pensons à fable, un récit à base d’imagination, une anecdote ou une allégation mensongère; pensons aussi à conte une histoire invraisemblable ou mensongère.

L’ennui, c’est que l’expression légende urbaine s’est solidement implantée dans l’usage et que dictionnaires et sites linguistiques en sont venus à la consigner telle quelle. Difficile de revenir en arrière.

L’expression a fait son entrée dans le Robert et le Larousse; le Robert-Collins traduisait déjà urban legend par légende urbaine. Enfin, l’expression obtient ses lettres de noblesse dans la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française :

Histoire étrange et spectaculaire, apparemment véridique, souvent inspirée d’un fait divers, qui fait le tour du monde, circulant par bouche à oreille, par courriel ou via Internet, qui est racontée de bonne foi par des gens sincères, déformée ou amplifiée par chaque narrateur, mais qui, la plupart du temps, se révèle totalement fausse.

Ce n’est donc pas une légende urbaine de dire qu’elle est maintenant largement acceptée.

Le bout du tunnel

L’anglais et le français se sont mutuellement influencés, tant dans leur vocabulaire que dans leurs expressions. Parfois, une chatte aurait du mal à y retrouver ses petits.

Les emprunts à l’anglais pour des expressions courantes sont d’autant plus insidieux qu’ils revêtent leurs plus beaux atours, soit des mots tout ce qu’il y a de plus français.

Ainsi, lorsque vous êtes découragés, vous lancez la serviette. On y imagine facilement le geste; pourtant, en français, on jettel’éponge, allez savoir pourquoi. Mais il ne faut jamais abandonner et plutôt mettre l’épaule à la roue. Deuxième prise. En clair, on veut s’atteler à la tâche, mettre la main à la pâte. On pourra à la rigueur pousser à la roue, ce qui signifie aider quelqu’un à réussir, faire évoluer un processus.

Si nos efforts sont couronnés de succès, on pourra dire qu’on voit la lumière au bout du tunnel. L’anglais est une langue descriptive, ne l’oublions pas, et il énonce parfois des évidences. Pensons à ces boutons d’ascenseur Press for alarm; un bouton, c’est fait pour peser, non? Revenons à notre tunnel : qu’est-ce qu’on voit au bout d’un tunnel, sinon la lumière? Donc, voir le bout du tunnel suffit amplement en français.

Nous voyons défiler à la Commission Charbonneau de paisibles citoyens qui prennent un café et jouent aux cartes avec les deniers publics. Parfois, le chat sort du sac, expression savoureuse, s’il en est. Le français se veut plus abstrait que l’anglais : la vérité apparaît, on connaît le fin mot de l’histoire.

Nos paisibles citoyens ajoutent l’insulte à l’injure en tentant de nous faire prendre des vessies pour des lanternes (autre expression imagée, mais bien française, celle-là). Disons tout simplement qu’ils vont trop loin, dépassent la mesure. Dans certains cas, on peut aussi dire comble de tout.

Il faudrait bien prendre le taureau par les cornes. Encore de l’anglais? Pas vraiment, car les deux langues tiennent parfois le même discours. Donc, vérifier dans un dictionnaire bilingue avant de proclamer l’anglicisme et de verser de l’huile sur le feu (add fuel to the flames).

Tout ce qui vient de l’anglais n’est pas nécessairement à rejeter, je tiens à le préciser. Il faut manifester assez d’ouverture pour donner le feu vert aux expressions qui viennent enrichir notre langue. La plus savoureuse est incontestablement ce n’est pas ma tasse de thé, dont le cachet britannique est irrésistible.