Archives de catégorie : traduction

Scooter des neiges

Je lis un bon polar de Henning Mankel, traduit en France par Anna Gibson. Habituellement, rien à redire pour les traductions. C’est bien rédigé, avec les expressions que l’on rencontre dans tous les romans policiers publiés en France.

Mais, là, au détour d’une phrase, apparaît l’affreux scooter des neiges. Il s’agit de cette merveilleuse invention québécoise, la motoneige. Rebaptisée scooter des neiges en Europe pour des raisons incompréhensibles. Nous inventons l’engin, nous le baptisons et ils le rebaptisent, avec un anglicisme en prime. J’écume.

Je veux bien croire que le suédois disait Snöskoter, mais est-ce une raison pour employer un anglicisme injustifiable? Personne au Canada ne parle de scooter des neiges. En fait, personne ne comprendrait cette expression.

Cela me rappelle Vanessa Paradis qui, lors d’une entrevue après un voyage au Canada, parlait elle aussi de ces fameux scooters des neiges. Impossible qu’elle n’ait pas entendu l’expression exacte, motoneige. Elle a probablement considéré qu’il s’agissait d’une autre tournure amusante du patois local.

Il me semble que ne pas tenir compte de la terminologie d’origine, surtout quand elle est bien inspirée, a quelque chose de méprisant, voire de colonialiste.

 

Géorgie ou Georgie?

Comme tout le monde le sait, l’État américain de Georgie s’écrit sans accent, tandis que le pays caucasien Géorgie prend l’accent. C’est d’ailleurs la meilleure façon de les distinguer, sur le plan de la graphie.

Malheureusement, il s’agit d’un mythe. On écrit Géorgie tant pour l’État américain que pour le pays du Caucase. Que le nom de l’État américain dérive de celui d’un roi anglais appelé George (sans accent) ne change rien.

Dans les deux cas, on a tout simplement francisé le nom en lui donnant un accent aigu. D’ailleurs, les dictionnaires le confirment.

Soit dit en passant, bon nombre de pays voient leur nom francisé : Éthiopie, Inde, Mongolie. La Géorgie du Caucase fait partie de ce groupe. (Son nom en géorgien est Saqartvelo.) D’autres, au contraire, gardent le même nom, comme le Bangladesh.

Le Géorgie rejoint un certain nombre d’États américains dont  le nom a été traduit en français : la Californie, le Nouveau-Mexique, la Floride, entre autres.

Les cas de polysémie dans les toponymes sont plutôt rares. On peut penser à la Macédoine, région de la Grèce, mais aussi ex-république yougoslave devenue souveraine en 1993. Suite aux protestations du gouvernement hellénique, cette dernière a pris le nom de Macédoine du Nord.

Thématique

Le mot thématique est très en vogue ces temps-ci. Il figurait en bonne place sur la page d’accueil de la fête nationale du Québec. La thématique en question, c’était les huit millions d’étincelles qui symboliseraient l’ensemble de la population du Québec.

Un autre site, sur les recettes du Québec, parlait des thématiques culinaires : 15 recettes de sauces à spaghetti…

Le terme fait partie de l’arsenal des mots fétiches propagés par les médias. Comme cela arrive souvent, personne ne semble s’être interrogé sur le sens véritable du terme. Alors, nous avons des thématiques partout, parce que les rédacteurs le trouvent plus joli que thème et que tout le monde l’emploie sans discernement. Même histoire avec son cousin lointain, problématique. Quand un mot devient galvaudé, il perd souvent son sens originel. C’est le prix à payer pour hurler avec les loups.

Une thématique n’est pas un thème. Les grands dictionnaires définissent une thématique comme un système organisé de thèmes; c’est un mot bien plus lourd de signification qu’un simple thème. On devrait donc l’employer dans un contexte précis et avec circonspection.

Par exemple, l’environnement pourrait être la thématique d’un congrès, et l’acidification des lacs l’un des thèmes traités.

Le mot thématique est aussi un adjectif, qui signifie ce qui est relatif à un thème.

On peut penser à une soirée thématique à des parcs thématiques.

Acheter du temps

Un vendeur soucieux de votre bien-être vous propose de choisir telle option dans votre police d’assurance. Vous achetez cette idée que vous aurez la paix de l’esprit en étant protégé contre les chutes d’astéroïde.

Par contre, vous n’achetez pas l’argument voulant qu’un chef de gouvernement maladivement contrôlant ne savait pas ce qui se passait autour de lui.

Votre patron vous harcèle pour que vous remettiez votre projet trois jours avant le délai prévu. Vous tentez d’acheter du temps en objectant la difficulté du projet en question.

Toutes ces formulations sont courantes; pourtant elles sont la transposition d’une syntaxe anglicisée.

Avec votre assureur, vous pouvez adopter son idée, l’accepter.

Mais vous ne vous rendez pas à l’argument de ceux qui défendent un premier ministre contrôlant mais naïf.

Et, bien entendu, vous cherchez à gagner du temps auprès de votre patron exigeant.

En français, le verbe acheter s’emploie surtout pour des choses concrètes : acheter une maison.

Mais il faut se méfier des calques de l’anglais. Comme toujours.

Chapitre

On parle beaucoup de la résurrection du groupe de motards criminalisé des Hells Angels. Leur apparition dans certaines régions a suscité un certain émoi.

Les médias ont souligné la création de chapitres du groupe un peu partout au Québec. Dans ce contexte, le mot chapitre est un anglicisme. Il serait plus exact de parler de sections du groupe de motards.

Pour ce qui est du mot chapitre, on s’en tiendra à la définition de l’Office québécois de la langue française : « Division numérotée ou titrée d’un document écrit, qui se suffit généralement à elle-même mais qui est en relation avec les divisions qui la suivent ou qui la précèdent. »

Garder en tête que ce mot ne prend pas l’accent circonflexe.

Être en élection

Le premier ministre l’a annoncé le dimanche 2 août,  le Canada est en élection. C’est exact sur le plan politique mais erroné sur le plan linguistique.

L’expression «être en élection» semble provenir de l’anglais to be in election mode. On entend parfois que le Canada est en mode électoral. Quant à «être en élection», elle pourrait être un raccourci pour «être en mode électoral».

Chose certaine, les dictionnaires français ne mentionnent pas les deux expressions précitées. Il convient donc de s’en méfier.

Il serait plus exact de dire que le Canada va aux urnes. Ou encore que des élections ont été déclenchées au Canada.

Les politiciens seront en campagne pour les 78 prochains jours. Où est l’erreur, cette fois-ci? Certains condamneront politiciens, anglicisme passé en français, mais dont le sens original était péjoratif. L’adjectif a toujours une connotation négative, notamment dans l’expression des promesses de politicien; une réponse de politicien.

Toutefois, le terme politicien a été neutralisé pour désigner toute personne qui fait de la politique. En France on désigne ce genre de personne sous le nom de politique. Par exemple : «Les politiques sont alarmés par la montée du terrorisme.» Cet usage est moins répandu au Canada.

Les politiciens sont bel et bien en campagne. Cette expression est souvent confondue avec à la campagne. On va à la campagne pour y respirer le bon air, mais on ne peut aller en campagne uniquement qui si on part faire la guerre ou si on participe à une campagne électorale.

Dans un article précédent, j’analyse l’anglicisme aller en élection.

Aller en élection

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a choisi d’aller en élection, calque de l’anglais to go in election.

Plus correctement, on pourrait dire que le Canada va aux urnes, que des élections ont été déclenchées, parce que la gouverneure générale a accepté de dissoudre la Chambre des communes, et non le Parlement, comme le racontent les médias. En effet, la vice-reine (c’est son titre officiel) n’a pas le pouvoir de dissoudre la Chambre haute qui, avec les Communes, constitue le Parlement.

Seule la gouverneure générale peut lancer le scrutin; il est donc faux de dire que le premier ministre a déclenché des élections ou, pire encore, qu’il a dissous le Parlement. Nous sommes alors dans le non-sens le plus total.

Comme à chaque scrutin, les anglicismes nous attendent au détour. Le vote (et non la votation) aura lieu le 20 septembre prochain et les électeurs – surtout pas les voteurs – se rendront aux bureaux de scrutin, qu’on évitera d’appeler polls, ou pire encore, bureaux de votation…  Les électeurs choisiront alors les membres de la 44e législature, et non du 44e Parlement, comme on le dit en anglais.

L’obsession majoritaire

Il est clair que le premier ministre Trudeau a demandé la tenue d’un nouveau scrutin uniquement parce qu’il veut obtenir la majorité absolue des sièges, ce qui lui permet de gouverner seul. Or, la défunte législature fonctionnait très bien. Alors pourquoi demander des élections?

Dans un système politique britannique, le fait de diriger un gouvernement minoritaire est perçu comme une aberration à laquelle il faut mettre fin au plus vite. Pourtant, le premier ministre conservateur britannique David Cameron a gouverné pendant quatre ans avec les libéraux-démocrates.

Ailleurs dans les démocraties occidentales, il est très courant que plusieurs partis siègent au gouvernement, car les systèmes électoraux proportionnels ne donnent à peu près jamais à une formation la majorité absolue des sièges. Et personne ne s’en plaint vraiment.

Prenons l’exemple de l’Allemagne. Saviez-vous qu’Angela Merkel occupe le poste de chancelière depuis 16 ans et que jamais elle n’a été majoritaire? Elle a gouverné avec les sociaux-démocrates et les libéraux sans jamais chercher à déclencher des élections prématurées pour avoir plus de la moitié des sièges. De toute façon, elle n’y serait pas parvenue.

L’obsession majoritaire est donc une particularité canadienne et britannique.

Les pays baltes

En anglais, on les appelle « Baltic States »; en français, on parle plutôt des pays baltes, bien que l’appellation « États baltes » se voie parfois. Elle ne peut être considérée comme une erreur.

On appelle pays baltes la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Ces trois pays sont adossés au Bélarus et à la Russie. Ils comportent chacun une importante minorité russe, que Moscou défend avec fermeté.

La graphie Lithuanie est désuète en français, alors que l’anglais a conservé le H : Lithuania. La Lettonie est parfois appelé Latvie, tout comme en anglais : Latvia.

La désignation pays baltes devait s’écrire en minuscules, comme on le fait pour d’autres expressions du genre. Pensons à pays nordiques, pays balkaniques, etc. D’ailleurs les deux grands dictionnaires ne s’entendent pas sur la graphie, le Larousse préférant pays Baltes, tandis que le Robert écrit l’expression en minuscule.

On constatera l’arbitraire de ce genre d’appellation. En effet, les trois pays précités ne sont pas les seuls à posséder un rivage sur la Baltique : c’est aussi le cas de la Pologne et de l’Allemagne.

Ainsi en va-t-il des toponymes. Les référents sont parfois choisis arbitrairement pour des raisons de simplicité.

Membership

Le terme s’est tellement bien implanté dans la prose journalistique qu’on s’imagine qu’il n’existe pas d’équivalent en français. Pourtant, membership est le parfait exemple de l’anglicisme inutile.

Le membership, c’est l’ensemble des membres d’une organisation, particulièrement d’un parti politique. On peut donc parler des membres, de l’effectif, des adhérents. Très facile de parler français quand on veut.

Le plus souvent, on parle du membership en termes quantitatifs. Par exemple, le membership de tel parti s’établit à 14 000 membres. Le membership a augmenté de 25 pour 100 l’an dernier. On peut aisément contourner la difficulté : Le parti compte 14 000 membres; le nombre de membres, l’effectif a augmenté de 25 pour 100 l’an dernier.

Membriété

Termium, la base de données terminologiques du Bureau de la traduction, relève l’expression originale membriété. On dit que ce terme est employé dans les provinces canadiennes. Personnellement, je ne l’ai jamais vu, mais le moteur de recherche anglais-français Linguee le relève dans de nombreux textes. Dans le Devoir du 21 mars 2017, on lisait membrariat.

Effectif ou effectifs?

On voit les deux, mais l’Office québécois de la langue française précise que le singulier s’impose lorsque le nombre précis d’adhérents est connu. Le pluriel s’emploie lorsqu’on ne connait pas le nombre précis de membres.

Exemples : un effectif de 225 membres; des effectifs de plusieurs centaines de personnes.

Une conclusion s’impose : on n’a pas besoin de membership en français.

L’Arabie saoudite

L’erreur revient trop souvent pour ne pas en parler. La graphie Arabie Saoudite est erronée. Je répète, erronée. ERRONÉE.

Il faut écrire Arabie saoudite sans majuscule à «saoudite». On applique le même principe pour République centrafricaine.

Pourquoi? Parce qu’en français l’adjectif s’écrit en minuscule, sauf lorsqu’il précède le substantif dans une appellation officielle. Les exemples sont nombreux : la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Calédonie.

Parfois, l’adjectif suivant le substantif prend effectivement la majuscule, mais uniquement s’il est relié à celui-ci par un trait d’union. Exemple : les États-Unis d’Amérique.