Si j’étais amateur de science-fiction, je qualifierais volontiers la conjonction et/ou de monstre à deux têtes. Indispensable en anglais, elle est le plus souvent redondante en français.
En anglais, le or marque un choix entre deux possibilités. C’est soit A soit B. Si les deux options peuvent être retenues, il faut ajouter le and, d’où le fameux and/or. Comme cela se produit souvent, on ne peut importer en français une locution de l’anglais sans risquer le calque. Or, et/ou en est un beau.
Comme je le dis souvent dans mes cours, il faut toujours vérifier dans les dictionnaires le sens réel des mots. Une conjonction comme ou gagnerait à être connue. Sa valeur est double. Elle peut marquer une alternative, soit le choix entre deux options.
Je paierai mes dettes ou je serai emprisonné. L’un ou l’autre.
Mais le ou peut aussi marquer l’addition des deux éléments reliés.
On peut s’inscrire le jeudi ou le vendredi.
La conjonction et/ou est donc parfaitement inutile en français, car le ou couvre déjà les deux possibilités. Mais bien peu de gens connaissent cette réalité. Le foisonnement des et/ou s’explique donc ainsi : combler une lacune qui n’existe pas dans notre langue.
Certains trouveront utile de glisser un et/ou dans des textes juridiques ou techniques, pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité. Mais la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française nous avertit que l’on peut alourdir les textes en multipliant les et/ou, que certains écrivent et (ou). Ce quasi-sosie n’apporte rien de neuf.
Enfin, les adeptes du charabia chic adorent truffer leurs exposés de et/ou. Des énoncés deviennent subitement plus complexes, plus songés. Pour ma part, je dirais : ou on écrit clairement ou bien n’écrit pas du tout.